Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Shane Black
Iron Man 3 (Shane Black, 2013)

 

Iron Man : troisième – et dernier ? – chapitre.

Tony Stark (Robert Downey Jr.) est de retour, mais avec un gros coup de mou : il a des crises d’angoisse.

Et comme si cela ne suffisait pas, il doit affronter un adversaire plutôt coriace : Le Mandarin (Ben Kingsley).

Ce dernier n’est pas sans rappeler un leader terroriste célèbre responsable de la destruction des Tours Jumelles de New York.

Parallèlement à cela, Stark renoue avec de vieilles connaissances qui nous ramènent au premier de l’an 2000.

Y a-t-il lien entre ces deux parties ?

Bien sûr.

 

Jon Favreau abandonne la direction à Shane Black, conservant sa place dans la production et ainsi que son rôle de Happy, garde du corps fidèle de Stark.

Shane Black, dont ce n’est que le deuxième film réalisé, nous présente une aventure un tantinet à part dans la grande saga des super-héros Marvel.

En effet, chose étonnante, il n’y a pas d’intervention de Nick Fury , et ce, même dans la scène post-générique.

De plus, le ton employé par Black est franchement noir, les déboires de Tony Stark prenant un tour autrement plus sérieux et désespérant.


Certes, on retrouve le côté fantasque et égocentrique du milliardaire, mais c’est plus dans l’adversaire qu’il faut trouver cette origine un tantinet malsaine de l’intrigue.

En effet, le Mandarin entreprend des actions maléfiques d’une portée terrible, résonnant pleinement dans la situation internationale actuelle : ses exactions trouvent un écho très actuel quand on regarde les différents attentats terroristes de ces dernières années : si le 11 septembre 2001 a marqué les consciences et transparaît dans le film, on pense aux différents attentats qui oint suivi dans les années après la sortie du film, le rendant – malheureusement – très actuel.

 

D’un autre côté, on retrouve l’humour (Marvel) dans les mains d’un scénariste qui le manie aisément, comme il a pu le montrer dans son premier film (Kiss Kiss, Bang Bang), où jouait déjà Robert Downey.
De plus, Gwyneth Paltrow (Pepper Potts) prend un peu plus de place dans l’intrigue, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire. Sa relation – forcément – compliquée avec son ex-boss nous donne quelques échanges comiques mais aussi une dose d’émotion bienvenue dans ce film un peu à part par rapport aux deux autres.

 

Et puis on retrouve Stan Lee, toujours présent, dans un plan de coupe toujours teintée de légèreté, mais faites attention tout de même, son apparition est très courte.

Quant à la question posée en introduction, tout semble montrer qu’Iron Man ne reviendra pas seul à l’avenir : le générique final nous montre quelques extraits des trois opus, et voilà maintenant cinq ans qu’il n’est plus apparu en solo.

Mais je ne serai tout de même pas catégorique, la franchise Iron Man est tout de même bien rentable pour les studios Marvel.

 

Alors, à suivre ?

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks, #Noir
Le grand Sommeil (The big Sleep - Howard Hawks, 1946)

Imper, chapeau de feutre et cigarette : voilà Philip Marlowe de retour sur les écrans, deux ans après Murder, my Sweet de Dmytryk, où Dick Powell interprétait le privé.

Mais c’est bien celui-ci que l’histoire retiendra : Humphrey Bogart, est un Philip Marlowe magnifique, au-delà de Sam Spade qu’il avait interprété quelques années plus tôt.

A ses côtés, il retrouve celle qui fut découverte Howard Hawks dans leur précédent film : Lauren Bacall.

 

Hawks signe ici un film tellement noir, que même l’intrigue est obscure. Malgré le recours à William Faulkner et surtout à Raymond Chandler, rien n’est clair. Marlowe avance au jugé, tout comme le spectateur.

Il semble que quelqu’un fait chanter Carmen Sternwood (Martha Vickers), la sœur de Vivian (Lauren Bacall), et le « Général » Sternwood Charles Waldron) a engagé Marlowe pour identifier le maître-chanteur et aussi retrouver son homme de confiance, Shawn Regan.

Il retrouvera le maître-chanteur, mais pas Regan, et de toute façon, on s’en fiche un peu.

 

Si on pouvait considérer Le Port de l’angoisse comme un film noir, celui-ci l’est encore plus, mais avec une flamboyance extraordinaire. C'est un jeu autour de l'ombre et la lumière, où l'intrigue s'enfonce jusqu'à la révélation finale qui de toute façon importe peu, l'intérêt est ailleurs. 

De plus, on y retrouve les ficelles du film de gangsters mais avec une atmosphère aussi obscure qu’épaisse. Des voitures dans la nuit, des morts qui tombent « comme à Stalingrad » (1), un détective dur-à-cuire et de belles femmes à foison.

Pas une seule fois on n’aperçoit une vieille femme dans cette intrigue alambiquée.

Par contre, à chaque nouvel endroit où passe Marlowe, on trouve une jolie fille (2) : même dans le taxi, c’est une femme qui conduit (Joy Barlow) !
Et bien entendu, chacune d’entre elles à son tour tombe amoureuse du détective.

Outre les jeunes femmes et les cadavres, Marlowe boit, le plus souvent sec, et essaie de s’y retrouver.

 

A ses côtés, Lauren Bacall est encore une fois superbe, sa voix grave et chaleureuse contrebalançant son visage de jeune femme, amenant une chaleur non dissimulée, surtout envers celui avec qui elle va se marier une fois le tournage terminé. Leur duo fonctionne encore une fois magnifiquement, et en plus elle chante, comme la fois d’avant.

Encore une fois, ce n’est pas une chiffe molle et elle tient tête farouchement à ce privé qui ne la laisse pas indifférente.

 

N’oublions pas enfin les répliques qui sont devenues « cultes » depuis, la réplique concernant Carmen étant celle qu’on ne peut pas oublier : « She tried to sit on my lap while I was standing up. » (3)

Bref, on est en territoire connu avec un couple mythique et un réalisateur de génie (4) que demander de plus ?

 

 

PS : à noter la présence d’Elisha Cook Jr. ses yeux bleus et son visage sans sourire, il retrouve Bogart après Le Faucon maltais.

 

  1. Je sais, j’exagère un tantinet.
  2. Dont la superbe Dorothy Malone, qui prend son après-midi pour boire un verre avec lui, et plus car affinités…
  3. « Elle a voulu s’asseoir sur mes genoux alors que j’étais debout. »
  4. Arriver à faire un tel film avec une intrigue aussi confuse relève sans aucun doute du génie.A

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Robert Z. Leonard, #Rudolph Valentino
Un délicieux petit Diable (The delicious little Devil - Robert Z. Leonard, 1919)

Ce délicieux diable s’appelle Mary McGuire (Mae Murray) et vit avec sa mère et son oncle Barney (Richard Cummings) et par intermittence son père (Harry L. Rattenberry).

Renvoyée d’un poste de vestiaire, elle profite d’un scandale mondain pour se faire passer pour Gloria de Moine.

Elle est alors embauchée comme danseuse à la Peach Tree Inn, tenue par Larry McKean (William V. Mong) et y exécute quatre soirs par semaine la danse du Paon.

Elle y fait aussi la connaissance de Jimmy Calhoun (Rudolph Valentino) dont le père est le grand entrepreneur Michael Calhoun (Edward Jobson), qui voit d’un mauvais œil cette danseuse tourner autour de son fils.

Il décide alors de la confondre, mais non seulement il n’y arrive pas, mais en plus le Duc de Sauterne (Bertram Grassby), amant de la véritable Gloria, s’invite à la soirée…

 

Robert Z. Leonard (le réalisateur) était alors marié à Mae Murray (1), et lui offre une comédie sur mesure dans laquelle on retrouve surtout un petit jeune homme qui monte : Rudy Valentino (2). Mais ce n’est pas lui la vedette, même s’il interprète un jeune premier tout à fait correct. Mais nous sommes dans une comédie très stéréotypée et Jimmy est alors le jeune premier idéal mais assez insipide : il n’a besoin que d’être beau. Même s’il prend un peu plus d’épaisseur dans la dernière séquence, aidant à parvenir à un dénouement heureux inévitable.

Outre la belle Mae, les véritables ressorts comiques du film sont les autres hommes, des personnages très facilement identifiables.

 

En effet, les deux beaux frères (l’oncle et le père de Mary) sont d’incorrigibles paresseux : tout peut être chamboulé autour d’eux, ils ne lâcheront pas leur partie de dame. Une exception tout de même : ils s’arrêtent manger.

Le père Calhoun est l’archétype du gros homme d’affaire, soucieux d’éviter les croqueuses de diamant pour son fils naïf. Restent alors le directeur du cabaret prêt à tout pour se faire mousser et Percy (Ivor McFadden), le bon gros copain amoureux de Mary mais qui ne peut pas rivaliser avec le beau Jimmy.

Finalement, c’est Mary la seule femme du film qui a de l’importance (sa mère fait deux apparitions sporadiques). Elle a beaucoup d’énergie et une fausse pudeur assez drôle : elle se présente comme la sulfureuse Gloria de Moine et n’ose pas porter des robes plutôt légères…

 

Ce n’est pas une comédie extraordinaire, bien sûr, mais la générosité des protagonistes permet de passer un moment agréable, et Mae Murray est plutôt irrésistible dans ce rôle de « petit diable » (pas si terrible que ça au final).

 

 

  1. Ils divorceront en 1925.
  2. Alors mentionné « Rodolph ».

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Taika Waititi
Thor : Ragnarök (Taika Waititi, 2017)

Après un poussif deuxième épisode, Thor nous revient en pleine forme, et sur l’affiche on s’aperçoit qu’il n’a plus les cheveux longs (1). Le réalisateur Taika Waititi a pris le contre-pied du film précédent en accentuant l’humour déjà présent et en faisant référence à différents films.

Mais reprenons.

 

Ragnarök, dans la mythologie nordique,  c’est le chaos total, la fin d’Asgard et du monde. Bref, c’est peu réjouissant.

Dans un premier temps, Thor empêche cet anéantissement, mais comme c’est une prophétie et qu’on est dans un univers merveilleux, cela arrivera (2).

Entretemps, on fera la connaissance de la fille aînée d’Odin (Anthony Hopkins), la belle et dangereuse Hela (Cate Blanchett), et on retrouvera un disparu de The Avengers: Age of Ultron, le sympathique mais brutal Bruce Banner/Hulk (Mark Ruffalo).

Mais surtout on va rencontrer un personnage complètement décalé, qui vit dans un endroit où se retrouvent les mal aimés (ou pas aimés du tout) : Sakaar.

CE personnage se nomme le Grand Maître et surtout, il est interprété par l’immense Jeff Goldblum, signifiant par là même que Thor est dans de beaux draps (3). Rassurez-vous, il s’en sort à la fin, reprenant un des attributs de son père.

 

Mais surtout, Sakaar est un univers formidablement ringard, avec d’un côté une décharge à perte de vue, et de l’autre une simili-ville bloqué dans les années 1980s où la musique varie entre le disco et la funk et où on s’y bat comme dans un jeu vidéo.

Cette séquence est bien entendue inspirée de Ready Player one, le design et la musique rappelant fortement la période des jeux Arcade.

L’autre référence de ce lieu et qui va se prolonger tout le long du film, c’est Starwars, avec ces vaisseaux qui se tirent dessus joyeusement avec la musique de Mark Mothersbaugh qui n’est pas sans rappeler celle de John Williams.

 

Bref, on s’amuse de bout en bout et on retrouve l’inévitable Stan Lee qui, en plus de parler, joue un (tout) petit rôle dans la vie de Thor. Je vous laisse bien sûr le plaisir de le découvrir, si ce n’est déjà fait.

Pour le reste, c’est du Marvel et les effets spéciaux sont à couper le souffle, et l’humour de ce film semble avoir récupéré celui qui manquait dans le précédent.

De plus, Cate Blanchett est magnifique et après avoir empoisonné l’existence d’Indiana Jones, elle s’occupe de Thor.

 

On s’amuse beaucoup, les acteurs aussi, et si l’introduction rappelle celle des deux premiers films, on passe rapidement à autre chose.

Sans oublier les des grands combats de Thor rythmés par la musique de Led Zeppelin et leur Immigrant Song.

Pourquoi cette chanson ? Elle se justifie rétrospectivement à mesure que la fin approche. Et même si Hela possède une espèce de gros chien/loup noir, ce n’est pas Black Dog !

 

Et comme je l’espérais à propos du film précédent : Thor s’est remis et on ne parle de plus de séquelle.

 

 

  1. Rassurez-vous, il n’est pas Samson et l’explication viendra en temps et en heure.
  2. Quel serait l’intérêt d’annoncer l’apocalypse en titre si elle n’a pas lieu ?
  3. Rappelez-vous La Mouche ou Jurassic Park, dès que Jeff Goldblum est là, il faut craindre le pire…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinema, #Comédie dramatique, #Delbert Mann
Marty (Delbert Mann, 1955)

Marty (Ernest Borgnine) est boucher.

Il a bientôt 35 ans, et il vit toujours chez sa mère.

A longueur de journée, il entend ses clientes lui demander pourquoi il est toujours seul. Marty ne répond rien, mais ces remarques le blessent.

Marty est ce qu’on appelle un vieux garçon. Il n’est pas marié parce qu’il n’a pas rencontré de jeune femme qui veuille de lui.

Il faut dire qu’il n’est pas bien beau. Il n’est ni grand, ni mince et son métier a tendance à repousser les femmes.

Jusqu’au soir où…

 

On connaît tous Ernest Borgnine pour être celui qui a tué Sinatra dans Tant qu’il y aura des Hommes, mais c’est avant tout pour Marty, l’année suivante, qu’il est rentré dans le club des grands, avec le rôle de Marty, pour lequel il a eu un Oscar (fort mérité).

Marty, c’est un film simple, avec une intrigue simple où des gens ordinaires évoluent dans l’Amérique des années 1950s, pendant les fameuses Trente Glorieuses, où la consommation est reine et où les supermarchés s’installent.

Mais si le film semble à première vue « ordinaire », il n’en est rien.

 

C’est une ode à la solitude et à la différence, où dès la première séquence, Borgnine campe magnifiquement son personnage. Marty est malheureux d’être seul à son âge et quelle que soit la personne qu’il rencontre, cette solitude est sinon reprochée, tout du moins lourdement soulignée. Tout le monde se marie autour de lui. Sauf Angie (Joe Mantell) qui est un autre solitaire malgré lui. Marty en a assez des soirées dansantes où les femmes ne veulent pas danser avec lui, ou tout du moins le regrette une fois qu’il a ouvert la bouche pour se présenter.

 

C’est un véritable calvaire que vit Marty et Borgnine rend superbement compte de ses déceptions innombrables. De plus, il sait qu’il est laid et donc pourquoi les femmes ne s’attardent pas auprès de lui.

Et puis, à la moitié du film, arrive Clara (Betsy Blair). Ce n’est plus une jeune fille – elle a 29 ans – et elle n’a pas un physique facile (1), comme on dit dans ces cas-là.

Deux solitudes se croisent et se rencontrent, et la vie change brutalement, dans le bon sens, pour une fois.

Marty se s’éveille : il parle, il sourit, il ne bredouille plus, lui qui n’osait aligner trois mots devient intarissable et en plus, il est drôle.

Et cet éveil amène celui de sa partenaire, laissée pour compte elle aussi, crevant à petit feu de sa solitude.

Ces néophytes de l’amour sont tellement inexpérimentés qu’ils n’arrivent pas à s’embrasser au premier essai. Il faut encore un tout petit peu de temps pour que le baiser arrive enfin : juste au bout d’une heure.

 

Mais si c’était si simple, ce serait déjà terminé. L’entourage de Marty ne comprend plus ce dernier : en une nuit, il s’est métamorphosé : Marty, le gros, le laid, le vieux gars n’est plus : alors cet entourage se révolte et ne veut pas comprendre ce qu’il se passe dans sa tête. C’est d’abord Angie, jaloux de se retrouver seul qui dénigre Clara, puis l’autre femme de sa vie : sa mère (Esther Minciotti).

Theresa a beau regretter que Marty ne prenne pas le chemin de ses autres enfants, elle se rend compte que si Marty se marie, elle sera seule : il faut dire que sa sœur Catherina (Augusta Ciolli) lui a vite instillé cette idée dans le cerveau, elle qui est persona non grata (2) chez son fils (Jerry Paris).

Mais Marty tient bon, et on se doute rapidement qu’il ne va pas laisser cette occasion.

 

Delbert Mann, pour sa première réalisation au cinéma a décroché non seulement l’Oscar pour le film et aussi le scénario, mais en plus la Palme d’Or ! Et ce n’est que justice tant ce film est beau de simplicité et de subtilité. Delbert Mann avance dans l’intrigue avec son personnage. Marty est le centre du film, même si quelques séquences suivent Angie – seul après la rencontre de Marty et Clara – ou encore Clara après sa rencontre et surtout attendant qu’il la rappelle. Pour le reste, l’intrigue avance doucement, soulignant chaque moment qui suit leur rencontre, insistant sur chaque petit fait qui les rapproche doucement mais surement, jusqu’à la dernière séquence qui voit Marty enfin se décider, passant outre les réflexions des autres qui, après lui avoir reproché d’être seul, s’acharnent presque à le détourner ce cette femme.

Cette réaction est malheureusement trop naturelle : « le malheur des uns… » comme dit la formule…

 

Ces deux amoureux « de la dernière chance » sont merveilleux. Leur relation est toute en subtilité, où les paroles n’ont finalement pas toujours une grande importance. Les visages des deux protagonistes sont leur meilleur atout, exprimant au-delà des mots leur véritable sentiment amoureux.

Comme je l’écrivais plus haut, c’est un film simple, à l’intrigue simple montrant deux personnes ordinaires.

Car c’est là qu’est la force du film : c’est beau, tout simplement.

 

  1. C’est bien sûr faux, Betsy Blair possède beaucoup de charme et seul ce rôle l’enlaidit (un petit peu).
  2. On comprend pourquoi très rapidement !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Rex Ingram, #Rudolph Valentino
Eugénie Grandet (The conquering Power - Rex Ingram, 1921)

Quatre mois après Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse, Rex Ingram sort un nouveau film avec le même duo vedette : Alice Terry (Mme Ingram à la ville) et Rudolph Valentino, la révélation du film précédent.

Derrière le titre original – The conquering Power – se cache une adaptation du roman de Balzac, Eugénie Grandet.

Cette puissance évoquée par le titre original est l’amour, qui réussit à se jouer de tout pour triompher.

Enfin, c’est le cas ici, et c’est tant mieux.

 

Victor Grandet (Eric Mayne) est ruiné, et envoie son fils Charles (le beau Rudolph) chez son frère Félix (Ralph Lewis) qui a une charmante fille, la belle Eugénie (Alice Terry, donc). Bien sûr ces deux-là tombent amoureux, mais Grandet père, qui est un avare de la pire espèce ne veut pas partager sa fille et va même jusqu’à spolier son neveu en l’envoyant à la Martinique, espérant le séparer pour de bon d’Eugénie.

Mais comme l’annonce donc le titre original et les intertitres de présentation, tout se terminera bien.

 

N’ayant pas lu le roman, mais connaissant l’histoire, je pourrai m’indigner de cette adaptation qui est bien loin de l’intrigue balzacienne. Mais je n’en ferai rien : nous sommes au cinéma, que diable !

En quoi cette adaptation est-elle moins bonne que celle de Rupert Julian pour Notre-Dame de Paris ?

 

Toujours est-il que si les amoureux sont les protagonistes les plus importants du film, le personnage le plus intéressant est le père Grandet, celui d’Eugénie.

Et Ralph Lewis est magnifique dans ce rôle d’homme obsédé par l’argent.

Le plus grand (et beau) moment du film est d’ailleurs le moment où ce dernier devient fou, voyant les victimes de ses opérations financières venir l’accuser (on a alors de très belles surimpressions), jusqu’à l’apparition d’une espèce de divinité de l’or (C.E. Collins) : serait-ce Mammon en personne ?

 

Autour de ces trois personnages-clés de l’intrigue, Ingram compose une petite bourgade française avec ses personnages truculents, amenant une intrigue parallèle entre la servante de Grandet (Mary Earne) et un paysan du coin (Eugene Pouyet), seules personnes à se réjouir après le coup de théâtre final.

Cette dernière scène est construite comme une scène classique : tous les protagonistes (encore vivants) y participent pour le triomphe de l’amour (1). On y retrouve d’autres participants croquignolets : la trinité Cruchot.

Ces trois personnages sont aussi fats que ridicules : un notaire (Edward Connelly) un tantinet véreux – ce n’est pas toujours un pléonasme ! – un abbé (Willard Lee Hall) obséquieux et le fils à marier (George Atkinson) d’un âge déjà avancé.

Ce trio est l’un des éléments comiques du film avec le marivaudage ancillaire.

 

Ingram nous offre un film dans la lignée de ses précédents, où Valentino et Terry sont sur la même longueur d’onde et joue avec la retenue nécessaire, ce qui est préférable vu la démesure de la folie du père Grandet/Ralph Lewis.

L’exubérance de Grandet annonce celle d’Oliver Haddo (Paul Wegener) dans The Magician quelques années plus tard, l’intervention surnaturelle du Fantôme de l’Or étant dans la même lignée.

 

J’ajouterai enfin que le scénario est signé par la grande June Mathis qui, à la mort de Valentino, fera reposer son corps dans un emplacement tout près du sien, le rejoignant moins d’un an plus tard, victime d’une crise cardiaque. Elle avait 40 ans.

 

 

(1) comme annoncé plus haut.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick, #Guerre
Full metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987)

Nouveau film, ancien domaine : Stanley Kubrick retourne au film de guerre, près de 30 ans après Les Sentiers de la gloire, pour nous proposer une autre vision de la guerre du Vietnam qui a fortement marqué l’opinion américaine pendant et après le conflit.

Si on excepte le film de propagande tourné par ce vieux briscard de John Wayne, une série de film a fleuri sur les écrans américains – et dans le reste du monde, donc – et ce très peu de temps (1) après la fin des conflits et l’évacuation de l’ambassade des Etats-Unis (30 avril 1975). Ces nombreux films prenaient souvent des points de vue différents et traitaient de thèmes pas toujours glorieux, et surtout insistaient sur cette défaite inéluctable que certains avaient ressentie avant les autres.

 

Une « 7,62 mm, full metal jacket », comme le dit Leonard « Pyle » Lawrence (Vincent D’Onofrio), désigne le projectile que crachent les M14, fusils des Marines.

C’est d’ailleurs avec la préparation physique de ces futurs soldats que commence le film, pendant le premier tiers du film.

Ces hommes sont une élite dans l’armée américaine, fonctionnant indépendamment des autres. L’entraînement est dur, physiquement et moralement.

Ici, c’est le sergent instructeur Hartman (R. Lee Ermey) qui s’occupe d’eux on peut rapidement voir que ces hommes ne sont pas à la fête : après avoir perdu leurs cheveux (tonte obligatoire), ils sont traités comme des sous-hommes qui doivent gagner leur droit à être des Marines.

Cet entraînement est d’une violence incroyable : les différents moments sont tous aussi dégradants les uns que les autres, et on ne peut imaginer un tel personnage avoir un quelconque sentiment humain.

La plupart d’entre eux survivent à ce traitement, mais c’est pour se retrouver au front, à quelques milliers de kilomètres de chez eux.

 

S’une certaine façon, cet avant-dernier film de Kubrick rappelle son premier film de guerre – Les Sentiers de la Gloire, donc – qui était alors toujours interdit en France. En quoi ? On assiste ici à une autre stupidité militaire qui consiste à rabaisser les hommes pour en faire de véritables machines à tuer.

Si Matthew Modine est le principal personnage du film – et par ailleurs narrateur à partir de la fin des « classes » - on retient surtout deux prestations phénoménales : Ermey dans le rôle de Hartman, mais surtout Vincent D’Onofrio dans celui du Pyle.

En effet, Hartman est très convaincant, mais c’est bien normal : il interprète un rôle qu’il a déjà vécu puisqu’il fut instructeur et qu’à l’instar de ses « protégés » il est parti au Viêt Nam en 1968.
Vincent D’Onofrio par contre, est magnifique dans ce rôle de bouc émissaire qui punit le peloton par son incapacité. Mais une fois qu’il rentre dans le rang (au propre comme au figuré), il commence à ressembler aux héros de Kubrick : on ne peut oublier son regard de fou quand Joker (Modine) le retrouve dans les toilettes, chargeant son fusil. Ce sont deux autres personnages de Kubrick qui nous viennent en tête : Jack Torrance (Jack Nicholson) dans Shining et surtout Frank Alexander (Patrick Magee), l’écrivain dans Orange mécanique.

 

Et puis il y a la guerre. Le plus spectaculaire ici, ce sont les hommes et non la guerre elle-même. Et ce malgré la prouesse de Kubrick de tourner les scènes du Viêt Nam dans la banlieue de Londres.

Mais pour le reste, la guerre n’a aucune envergure. Les rares ennemis des Marines qu’on y voit ne sont que des ombres, à l’exception du sniper. Les soldats sont alors tentés de tirer sur tout ce qui bouge, n’étant pas capables de discerner leur véritable ennemi.

 

Par contre, quand ils ont attrapés leur sniper, on assiste à une scène étrange où ces hommes sont partagés entre deux sentiments : celui de soulagement d’avoir échappé (‘pour l’instant) à la mort ; et la fascination devant une personne qui agonise. Ils ont tous les yeux fixés sur la « victime », incapable de regarder autre chose.


Tout comme Les Sentiers de la gloire, le film se termine sur une chanson : alors que dans le premier film, c’était une Allemande qui interprétait une chanson de son pays devant des soldats fatigués et émus. Ici, pas de fatigue ni d’émotion : des Marines qui avancent en chantant (pas toujours juste) une de ces chansons de marche à la gloire de leur héros : Mickey Mouse (2).

Dernier avatar de l’absurdité de cette guerre, sale et inutile.

 

PS : j'oubliais, Bonne année !

 

 

  1. Travis (Robert de Niro) dans Taxi Driver (1976) est un vétéran de cette guerre.
  2. Il s’agit du générique de l’émission télévisée Mickey Mouse Club.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Edward Sloman
Up the Ladder (Edward Sloman, 1925)

Edward Sloman est un réalisateur aujourd’hui oublié, et si ce n’était pour le professeur Allen John et surtout l’incontournable Kevin Brownlow (1), on l’aurait complètement oublié.

Ses films muets ont pour une très grande partie été perdus et seuls quelques-uns subsistent, dont ce très beau Up the Ladder.

En haut de l’échelle : on parle bien sûr de l’échelle sociale qu’un des protagonistes de cette histoire va atteindre. Mais comme toujours dans ces cas-là : « plus dure sera la chute ».

 

De tout temps, les Cornwall et les Van Clinton ont été deux familles riches et influentes. Mais le temps passant, James Van Clinton (Forrest Stanley) s’est retrouvé le dernier représentant avec très peu de capital pour survivre. Pourtant, il a conçu un appareil révolutionnaire : le télé-vision-phone.

C’est tout simple, vous vous placez devant un écran, vous appelez la personne concernée et vous avez le plaisir de la voir tout comme elle (2).

Heureusement, Jane Cornwall (Virginia Valli), dernière de sa lignée a encore de l’argent et malgré son refus, elle va financer en sous-main cette invention.

Cinq ans plus tard, James est un inventeur reconnu et riche, père d’une petite Peggy (Priscilla Moran) espiègle et très jolie.

Il est aussi l’amant de la meilleure amie de sa femme, Helene (Margaret Livingston, encore une fois en briseuse de ménage).

 

Nous sommes en plein mélodrame donc, mais à ceci près que celui-ci est très beau et n’incite pas à la larmichette. En effet, Sloman a su tirer la meilleure partie de ses acteurs et en particulier Virginia Valli qui possède un visage très expressif et des regards très pertinents. A aucun moment elle ne surjoue, donnant un ton naturel au film que ses partenaires partagent.

En outre, Sloman utilise la petite Priscilla Moran avec beaucoup d’habileté. C’est une petite fille espiègle certes, mais elle joue un rôle important : elle n’est pas là seulement pour montrer les changements dans la vie de Van Clinton. De plus, son regard bleu (je sais le film est en noir et blanc, mais elle avait tout de même les yeux bleus !) fait craquer tous les adultes autour d’elle, de même que les spectateurs.

 

Si Sloman a réalisé ici un mélo, il s’est affranchi de certains codes habituels où les personnages (féminins essentiellement) passaient une partie de leur temps effondrés et pleurant.

Ici, la seule qui pleure, c’est Peggy, en comprenant intuitivement l’infidélité de son père. Mais pour le reste, Jane est d’une très grande dignité et sort finalement grandie de cet épisode.

De plus, le cadre a beau être un milieu huppé, à aucun moment on ne retrouve le clinquant de Cecil B. DeMille.

Mais surtout, le film renferme une ironie mordante à propos de l’invention révolutionnaire de Van Clinton : alors qu’il a (presque) tout sacrifié pour arriver à développer sa machine, c’est cette dernière qui va le trahir.

La découverte par Jane de l’infidélité est un autre grand moment du film, son entretien télévisiophonique (3) révélant le pot-aux-roses, elle parvient tout de même à garder cette dignité qui est sienne, alors que hors-champ (pour son interlocutrice), elle ronge son frein et ses ongles et déchire son mouchoir, allégorie de son mariage qui se brise.

 

Ajoutons aussi la présence du vétéran George Fawcett dans un rôle de conseiller juridique (lui qui fut le juge de Manslaughter), témoin malheureux et impuissant de cette tragédie.

Une très agréable curiosité, magnifiquement dirigée et filmée, le recours à l’incrustation pour le fonctionnement de l’appareil étant tout à fait bluffant.

 

Sloman est un réalisateur à (re)découvrir absolument.

 

 

  1. Lire à ce sujet le chapitre 13 de The Parade’s gone by (1968, p.155) : merci monsieur Brownlow.
  2. Eh oui, Skype en avait rêvé, Sloman l’a fait !
  3. Je sais, ce mot-là n’existe pas, mais il faut bien trouver un terme !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Kenneth Branagh
Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express - Kenneth Branagh, 2017)

Jérusalem, Istanbul, Vinkovci, Brod…

Hercule Poirot (Kenneth Branagh) voyage, pourfendant le crime à (presque) chaque tape.

Après son succès au pied du Mur des Lamentations, le petit Belge doit découvrir qui de ses voisins de compartiments a mis fin aux jours de l’infâme Ratchett (Johnny Depp), plus connu sous le véritable nom de Cassetti, tueur de la petite Daisy Armstrong.

 

Cela faisait 43 ans que Sidney Lumet avait sorti sa version du roman incontournable de la grande Agatha. Bien sûr, il fallait que ce fût un Anglais qui tournât : Kenneth Branagh est cet homme, britannique jusqu’au bout des angles.

Alors que Lumet avait commencé soin film en racontant l’épisode Armstrong, Branagh choisit de nous présenter le personnage principal : Hercule Poirot.

Comme son modèle romanesque, il possède une moustache improbable qu’il protège bien sûr pour la nuit, et est très à cheval sur la symétrie.

Mais ce sont surtout ses petites cellules grises qui nous intéressent dans cette séquence elles qui vont lui permettre de deviner l’auteur d’un vol.

Bref, nous retrouvons un Hercule Poirot tiré à quatre épingles, mais surtout il possède cet aspect désagréable que lui connaissent ses victimes (1) : son anglais approximatif émaillé de mots français et son flair infaillible qui l’amène au mauvais endroit et au mauvais moment pour elles.

 

Cette nouvelle adaptation est ma foi fort plaisante à regarder, même si elle ne respecte pas bien le déroulement de l’histoire originale. Mais nous sommes au cinéma, alors ne nous appesantissons pas trop sur cela (2).

Le parcours de l’Orient-Express ainsi que les tribulations de Poirot sont tout d’abord prétexte à de très belles images plus ou moins recréées, de véritables cartes postales de ces lieux prestigieux où les Européens occidentaux avaient l’habitude de se comporter en maîtres : Istanbul et ses mosquées, Jérusalem et son Dôme… Sans oublier les montagnes de Yougoslavie.

Et d’une certaine manière, c’est tout le film qui est empreint de ces belles images, donnant à voir un train absolument fabuleux dont le luxe et la beauté n’ont d’égal que les paysages susmentionnés. Peut-être même un peu trop tant l’intérieur du wagon-restaurant nous fait aussi peu penser à un train.

 

Et puis il y a la distribution. Comme pour le film de Lumet, Branagh s’est entouré d’acteurs confirmés voire de stars mondiales, et faut-il y voir un changement de registre, c’est Johnny Depp qui a le rôle du gros méchant : voleur et tueur de petite fille.

En face de lui, Kenneth Branagh s’est  réservé avec bonheur le rôle du petit détective et les autres protagonistes sont tout à fait à leur place eux aussi. Il est étonnant de constater que le rôle de Lisa Arden a été confié à la belle Michelle Pfeiffer qui possède une certaine ressemblance avec celle qui avait alors eu ce rôle : la grande (et belle) Lauren Bacall.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, on peut tout de même regretter le côté spectaculaire des différents événements marquants de l’enquête : le couteau retrouvé non pas dans un sac mais dans un dos ; la fuite de McQueen que Poirot a du mal à rattraper ; ou encore les coups de feu du docteur Arbuthnot (Leslie Odom Jr.), qui par ailleurs n’est plus colonel.

Alors que la panne du train (voie bloquée par une avalanche) est beaucoup mieux montrée que dans le film précédent (3), les différentes péripéties sus décrites ne s’imposaient absolument pas. C’est comme si le réalisateur avait eu peur que son public s’ennuie dans cette intrigue de salon, où la perspicacité est de loin supérieur à la force pour résoudre cette formidable énigme.

 

Quoi qu’il en soit, le voyage est plaisant, et je ne serai pas étonné qu’une suite soit programmée prochainement : la dernière séquence qui voit Poirot s’en aller est on ne peut plus claire.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que sera ce deuxième film, surtout si vous n’avez pas vu celui-ci.

Mais si vous cherchez un peu sur les sites spécialisés, vous saurez rapidement...

 

 

  1. Je veux parler des gens qu’il interroge sans qu’ils soient obligatoirement coupables.
  2. Certains ajouts sont tout de même fort discutables comme j’en parlerai plus tard.
  3. On ne peut mieux : il n’y a pas de mousse qui s’envole pendant les déplacements de l’engin de dépannage !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terrence Malick, #Guerre
La Ligne rouge (The thin red Line - Terrence Malick, 1999)

Guadalcanal, 1942.

Nous sommes à un tournant de la guerre du Pacifique.

Après les Midway, les soldats américains débarquent à Guadalcanal pour participer à ce qui va être l’une des plus grandes boucheries militaires (1) du Pacifique.

 

Il existe nombre de films traitant de la seconde guerre mondiale dont une partie traite de ce qu’il s’est passé dans le Pacifique. Mais comme nous Français n’avions aucune possession dans cette (large) région, cette partie du conflit nous est un peu passé e au-dessus. Mais ces événements se déroulèrent bien loin de chez nous, ils furent tout de même d’une violence extrême et représentèrent un tournant dans la guerre mondiale.

La Bataille de Guadalcanal qui eut lieu peu après la bataille des Midway est aujourd’hui encore un souvenir pénible pour les Américains qui virent de nombreux soldats mourir sur une surface bien modeste pour le nombre de morts. Pendant près de six mois, les troupes américaines progressèrent lentement sur un territoire défendu jusqu’au bout par une armée japonaise galvanisée par son empereur (2).


De notre côté – Europe occidentale – nous sommes habitués à des films traitant de la guerre en Europe avec la plupart du temps un souffle épique mettant en avant les troupes alliées – et parmi elles quelques bataillons français – décrivant de hauts faits d’armes presque tous à la gloire des vainqueurs. On pense bien sûr aux superproductions des années 1960 : Le Jour le plus long ou Paris brûle-t-il ? Dans ces deux films, outre les exploits ayant mené à la Libération, on retrouve une liste exhaustive de ce qui se faisait le mieux en termes de stars (3).

Ici, Malick à son tour nous propose un film épique dont la distribution n’a pas à rougir de ses prédécesseurs. Les stars employées ne sont pas toutes encore reconnues, mais près de vingt ans après, on a plaisir à les reconnaître : mis à part Nick Nolte et John Savage, peu étaient déjà des vedettes reconnues.

 

Mais à la grande différence de ses aînés, La Ligne rouge reste absolument humain. Si les deux films susnommés traitent parfois de cas isolés – Anthony Perkins, Richard Beymer… - ici, tout reste à une échelle humaine. A aucun moment, nous n’aurons une vision globale de ce qu’il se passe.

Si à un moment un général intervient – John Travolta, magnifique crâne d’œuf d’état-major – c’est avant tout pour justifier ce qui va se passer, sans aucune considération pour les futures victimes. Le colonel (Nick Nolte) – le plus haut grade vraiment actif dans ce film – n’est pas un novice ni toutefois un homme de terrain. C’est sa première guerre ce qui explique certains errements qui seront contredits par le capitaine Staros, soucieux de ses hommes, et que ce même colonel écartera afin de se couvrir : on appelle ça une promotion heureuse.

Car ce colonel est avant tout humain et donc sujet à l’erreur. Il n’est pas meilleur que les pauvres troufions qui sont là et qui exécutent des ordres dont lui-même n’est pas sûr.

 

Mais ce sont avant tout les soldats qui intéressent Malick, très peu les gradés, ou alors à un niveau peu élevé. La première chose qui frappe dans ce conflit, c’est l’âge des participants : tous sont de jeunes hommes, valeureux malgré eux, mais toujours dans le doute. Le doute amenant la peur, ces hommes sont sans cesse sur le qui-vive, à la merci d’un ennemi invisible. De ce point de vue, on retrouve un des éléments des films sur la guerre du Viet Nam, autre sujet de traumatisme dans l’esprit des Américains.

 

Mallick use avec adresse de monologues intérieurs pour nous faire ressentir les ressentis des différents protagonistes, qu’ils soient simples soldats ou même colonel. Outre la peur on sent un doute qui s’insinue au plus profond d’eux et les fait se poser des questions quant au conflit : le film commence d’ailleurs avec deux d’entre eux qui ont déserté ce conflit que d’aucuns peuvent qualifier d’inutile (1).

 

Et quand le film s’achève, nous assistons à la fermeture d'une boucle : le film se termine là où il a commencé, laissant la victoire non pas à l’un pou l’autre des camps, mais à la Nature.

En effet, les premières réflexions que nous entendons sont celles de Witt (Jim Caviezel) qui a déserté pour vivre au milieu d’une peuplade de Guadalcanal en harmonie avec la nature : le premier constat qu’il nous livre est que la guerre n’est pas une chose naturelle (4). Sa preuve : les indigènes le considèrent comme une menace, lui qui a quitté son bataillon. Ces autochtones, paradoxalement, ont peur de lui parce qu’il représente la guerre.

Et quand le film se termine, le dernier plan est celui d’un palmier, sur une plage, qui est en train de pousser. Une tige feuillue s’est développée et, semble-t-il continuera longtemps. Longtemps après que les soldats seront partis, après la fin – illusoire – de ce conflit.

 

 

  1. Pléonasme.
  2. Voir à ce sujet Emperor, ou comment le grand responsable de ce carnage fut épargné pour des raisons politiques.
  3. John Wayne, Henry Fonda, Glenn Ford, Sean Connery, etc.
  4. On peut tout de même en douter, si on considère que l’homme fait partie de cette Nature, ce dont je doute de plus en plus.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog