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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Guerre
Le Pianiste (The Pianist - Roman Polanski, 2002)

Le « Pianiste », c’est Władysław « Wladek » Szpilman (Adrien Brody). Szpilman a traversé toute la seconde guerre mondiale dans Varsovie : du studio de radio où il joue jusqu’à la Libération du pays près de six ans plus tard.

Juif, il doit subir l’occupation allemande et son lot de brimades, tortures et exécutions sommaires. Pendant toute cette période, il survit péniblement dans le ghetto avant de s’échapper et de se cacher en attendant la fin des hostilités.

 

Quand le film fut présenté à Canes, cela faisait près de dix ans Polanski avait refusé la proposition de Spielberg de tourner La Liste de Schindler, un thème trop pénible pour lui qui perdit une grande partie de sa famille dans les camps (1).

En 2002, quand sort le film, Polanski a mûri et présente à son tour un film traitant de la Shoah. Ce qui frappe au premier abord, c’est l’échelle humaine du film.

EN effet, si les exactions nazies sont malheureusement spectaculaires et d’une dimension gigantesque, le film reste toujours au niveau de Wladek (2).

C’est exclusivement son cheminement dans Varsovie que nous suivons, au gré des circonstances historiques (les repères chronologiques donnés dans le film) et de ses errances personnelles motivées par son existence plus ou moins menacée.

 

Si Polanski s’appuie sur le livre de Szpilman (3), il y ajoute certains événements qui lui sont arrivés pendant la même période à Cracovie (il avait 6 ans quand la guerre a éclaté). Les malheurs de Szpilman enrichis des souvenir du cinéaste rendent cette dimension humaine à des actions totalement inhumaines. En effet, il n’y a aucune exagération dans ce qui est montré, parfois crument. Ce ne sont pas des foules immenses qui sont décimées par les nazis. Seulement des individus, parmi tant d’autres et qui n’avaient que le seul tort de se trouver là. Polanski reste d’ailleurs toujours très près de son héros alors que le monde qu’il connaissait se déshumanise progressivement, à mesure que la couleur elle aussi s’altère à la même allure, jusqu’à presque disparaître (magnifique travail photographique de Paweł Edelman).

C’est une vision très sobre de la guerre, jusque dans la musique très peu présente hors des moments de piano de Wladek. Mais la sobriété n’empêche pas la violence, froide, implacable. Insupportable.

Ce sont des exécutions sommaires la plupart du temps qui sont montrées crument, sans s’attarder. La mort devient alors banale et fait partie du décor. Si l’arrivée des Szpilman dans le ghetto les confronte à une situation nouvelle à la limite du supportable, quelques mois plus tard, les cadavres qui jonchent les rues ne font plus réagir personne, chacun faisant tout de même attention de ne pas marcher sur un cadavre.

 

On retrouve dans cette histoire la shoah comme elle est présentée par Claude Lanzmann dans Shoah. D’une certaine façon, Polanski a donné des images aux différents épisodes tragiques qui étaient racontés par les témoins de l’époque. On retrouve la même absence d’artifice dans la crudité des images.

Des victimes, tout simplement : assassinées sommairement ou asservies par un ennemi inhumain avant d’être éliminées.

On assiste à l’antisémitisme ordinaire nazi. Les malheureux obligés de danser sur ordre de leurs bourreaux, les coups répétés par une brute épaisse à chaque Juif passant près de lui pour célébrer la nouvelle année. C’est une accumulation de scènes douloureuses et difficiles à regarder tant on atteint un haut degré d’inhumanité : la jeune femme qui est abattue pour avoir demandé où ils allaient ; le malheureux allongé qui échappe à l’exécution parce que le pistolet est déchargé n’a pas la chance du rabbin Menasha Levartov (Ezra Dagan) dans le film de Spielberg.

 

Le film de Polanski est magnifique à bien des égards, mais surtout, l’interprétation est absolument magistrale. Les différents protagonistes sont montrés dans leur ordinaire : nul acte héroïque ou glorieux.

Adrien Brody est impressionnant. Allant jusqu’à suivre un régime amaigrissant afin de paraître plus vrai, il interprète avec une justesse bouleversante cet homme qui a eu la chance (?) de survivre dans cette ville qui fut autrefois une prestigieuse capitale, presque totalement détruite à l’issue de cette guerre.

Brody est Wladek jusqu’au bout de ses doigts de pianiste (il apprit à en jouer pour les besoins du film), accablé par le malheur qui le frappe toujours plus à mesure que la guerre se déroule et que les Nazis durcissent les conditions de vie dans le ghetto et après.

Chaque moment de la survie de Wladek est une goutte d’espoir dans son errance : quand il prend un bain, quand il peut manger ou tout simplement s’endormir sur une table d’accouchement.

Sans oublier les rares moments où il parvient (presque) à s’évader : il joue dans l’air, allant jusqu’à survoler littéralement un piano dans sa cachette où le moindre bruit le ferait repérer et signifierait sa fin.

En même temps, il est témoin de ce qui se passe dans Varsovie : quand le Ghetto se soulève et qu’il est liquidé ; pendant l’insurrection de la Résistance polonaise, abandonnée par l’Armée Rouge, et qui se termine encore une fois en bain de sang. A chaque fois, c’est de la fenêtre que Wladek voit la mort faire son œuvre : une simple ouverture qui circonscrit l’horreur sans toutefois l’atténuer.

 

Et puis il y a l’Allemand : Wilm Hosenfeld (Thomas Kretschmann). C’est un militaire nazi qui a changé d’optique à mesure que les  crimes nazis augmentaient et devenaient plus horribles. C’est aussi grâce à lui que Wladek survit et surtout celui qui lui permet de s’exprimer, après cinq ans de silence : il amène le « Juif » (comme il l’appelle) à un piano à queue et l’écoute, bouleversé.

C’est l’un des plus beaux moments du film où nous ne voyons que les mains du Pianiste. Et l’émotion qui s’en dégage –  et que ressent l’Allemand – nous emmène loin du décor désolé environnant. Nul artifice encore une fois, les mains qui interprètent la Ballade n°1 en sol de Chopin nous transportent tout de même : loin de l’horreur de cette guerre, vers la Vie (4).

Parce que Wladek joue la vie, joue sa vie dans cet intermède artistique lourd d’émotion.

 

Un autre grand moment de cinéma.

 

  1. Seul son père est revenu.
  2. Deux courtes séquences seulement adoptent un autre point de vue, dont celle d’ouverture nous montrant des images d’archives de Varsovie avant guerre.
  3. Szpilman est mort pendant l’écriture du scénario.
  4. A moins que ce ne soit là où vont les notes quand elles se taisent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #John Carpenter
New York 1997 (Escape from New York - John Carpenter, 1981)

1988-1997

Deux dates pendant lesquelles le monde s’est radicalisé : le monde est toujours binaire, d’un côté les (gentils) Américains et de l’autre les (méchants) Russes.

Mais surtout, la criminalité est telle que l’île de Manhattan est devenue une immense prison, cernée de murs gigantesques où aucune évasion n’est possible.

Pourtant, Air Force 1, le jet présidentiel s’est écrasé sur l’île, et Hauk (Lee van Cleef), le responsable de la sécurité passe un marché avec Snake Plissken (Kurt Russell) : il ramène le Président (Donald Pleasence), et il est libre.

Et si Manhattan est devenue une prison, les habitants n’en demeurent pas moins des prisonniers aux mœurs peu en adéquation avec une personnalité présidentielle.

 

Trois ans après Halloween, John Carpenter retrouve Donald Pleasence pour une histoire encore bien glauque. Ce n’est pas un psychopathe qui cherche des victimes : ce sont des psychopathes, de tous les genres, dans un décor apocalyptique absolument fantastique.

Et comme nous sommes en 1981 quand le film sort, inutile de vous dire que les effets spéciaux tiennent plus du bricolage – génial – que du numérique.

C’est un New York terrible avec sa flore incroyable qui nous est décrit. Ce n’est pas une prison dans le sens courant du terme : c’est plus une jungle urbaine abandonnée aux criminels de tous poils (ou sans) avec pour effet obligatoire, une hiérarchisation fondée sur la force et la peur.

Le super méchant ici est le Duke – Isaac Hayes – un Afro-américain à l’allure cool : il n’y a d’ailleurs que son allure qui l’est, ses pratiques étant un tantinet plus « hot ».

Ses hommes de mains lui sont totalement dé&voués, avides d’un peu de pouvoir et surtout de violence. Avec quelques personnages aussi glauques que l’intrigue, dont l’inquiétant Romero (Frank Doubleday).

 

Si le film est violent – euphémisme – il n’en possède pas moins une esthétique particulière (1). Carpenter nous brosse un univers apocalyptique d’autant plus magnifique qu’il est familier. Certes, on n’échappe pas aux surimpressions (écran bleu) inévitables, mais cela est fait avec un véritable souci de réalisme, afin de rendre presque vraisemblable une histoire improbable(?).

L’autre force du film tient à l’interprétation. Si Kurt Russell entre de plain pied dans la légende – Snake Plissken est devenu un personnage culte (comme on dit) – la présence de quelques stars reconnues donne un cachet supplémentaire de respectabilité. Outre Pleasence, on trouve Ernest Borgnine en chauffeur de taxi franchement pas net mais assez truculent, ainsi qu’un gentil salaud en la présence de Hauk : Lee van Cleef, éternel méchant est encore une fois dans un rôle ambigu.

En prime nous avons Harry Dean Stanton (Brain) dans le rôle d’un personnage douteux, ménageant la chèvre et le chou, mais arrêtant tout de même son choix scellant ainsi son destin (inévitable, encore une fois).

 

Mais bien sûr, c’est Plissken qui est le centre de l’intrigue. C’est un autre Justicier à New York, comme l’avait envisagé Carpenter. Mais alors que Charles Bronson évoluait dans un NY très familier, la dimension post-apocalyptique du film donne une aura plus grande à ce personnage qui semble revenu d’entre les morts : tout le monde croyait que Snake était mort.

Mais vivant ou non, les cadavres des multiplient sur son passage dans une débauche d’hémoglobine et d’images fortes.

Mais Plissken, malgré tout, n’est pas un justicier. Ce n’est rien d’autre qu’un mercenaire, luttant pour sa liberté – c’est normal, il est américain – et ne s’embarrassant pas de détails.

Son antagonisme avec Hauk ajoute à son personnage qui le rend sympathique au public.

Mais – parce qu’il y a toujours un mais – la vision futuriste a ses limites : si l’extrapolation criminelle peut se justifier, l’évolution des techniques de communication n’est pas à la hauteur et on arrive à une extrapolation non pas de 16 ans (1997) mais bien de quelques mois, soit 1981 : comme pour Le dernier Combat (2), c’est la cassette audio qui casse l’ambiance. Le Compact Disc n’arrivera sur le marché que l’année suivante…

 

 

PS : J’oubliais. C’est Jaimie Lee Curtis qui présente la situation au début du film. Encore une interprète de Halloween.

 

  1. Comme toujours chez Carpenter
  2. Besson n’a pas l’excuse de Carpenter : son film est sorti en 1983.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Scheuring, #Prison
The Experiment (Paul Scheuring, 2010)

L’Expérience était un film allemand de 2001. Celui-ci en est le remake.

Paul Scheuring, après avoir tourné Prison Break, reprend le thème pénitentiaire dans une tout autre dimension : il s’agit d’une illustration de l’expérience de Stanford où un groupe d’hommes avait été enfermés dans une prison, une partie d’entre eux étant les gardiens et une autre (la majorité) des prisonniers.

Il va sans dire que cette expérience a raté, interrompue au bout de six jours sur les quatorze prévus.

 

Dès la première séquence, Scheuring nous plonge dans un bain de violence : nous voyons des affrontements entre animaux de différentes espèces mais aussi classes (des insectes, des poissons, des mammifères…) entrecoupés par des affrontements tout aussi violents mais cette fois concernant les hommes : manifestations, camps de concentration, lynchages…

Cette séquence met dans le bain, certes, mais c’est un bain très glacé, voire fangeux, prémonitoire aux images qui vont suivre. (1) A partir de là, un malaise va s’installer et grandir en même temps que la situation va se détériorer.

 

Travis (Adrien Brody) est un jeune homme fauché qui vient d’être licencié. Dans une manif, il rencontre une jeune femme agressée par un petit bourgeois. Ils se plaisent, mais elle doit s’en aller. Sans argent pour la rejoindre (en Inde !), il accepte de participer à l’expérience du titre.

Son engagement pour la paix le fait tout naturellement se retrouver du côté des prisonniers, pendant que Barris (Forest Whitaker) qui, à 42 ans, vit toujours chez maman, décide de participer afin de se sortir de cet univers prégnant : sa mère est malade et autoritaire, on a un Norman Bates en puissance devant nous !

Et Barris, toujours au service de Maman, se retrouve chef des gardiens, secondé par quelques acolytes aux mœurs pas toujours bien claires.

 

 Cette expérience, nous en sommes sûrs dès le début, va tourner au fiasco : les images des affrontements nous ont préparés à ça. En effet, si les animaux dits « inférieurs » usent de la force, c’est pour survivre (manger, se protéger) ou en vue de se reproduire. Alors que l’homme, cet animal qu’on dit « évolué » a plus tendance à tuer son prochain pour des raisons indépendantes de sa survie : une guerre n’a jamais été une bonne excuse. Il n’y a pas de guerre juste.

 

Alors on voit une situation qui démarre comme un jeu de rôle, où chacun pense pouvoir se faire 14.000 dollars aisément. Quatorze jours, c’est vite passé. Sauf que dès le premier jour on assiste à un accident : un ballon envoyé à un « gardien » qu’il ne saisit pas. Son nez saigne et le chef des gardiens secondé par Chase (Cam Gigandet), un obsédé sexuel, institue une première punition, en rapport avec l’infraction commise : petite punition pour un petit accident.

Mais une fois le doigt dans l’engrenage, la pression et la violence montent et les punitions morales tournent vite à la violence : il me semble qu’à cet instant, l’expérience est concluante.

Mais elle va durer six jours, avec une violence toujours grandissante, jusqu’à l’irréparable, qui va signer la fin de l’expérience et le retour à la vie « normale ».

 

Mais comment peut-on revenir à une vie normale une fois l’expérience terminée. Le film de Scheuring termine sur note peut-être un tantinet optimiste, je n’en suis pas complètement convaincu.

Pour le reste, on reste sur le malaise entrevu dès le début : entre voyeurisme et expérience scientifique.

Certes la montée en puissance est très bien menée, on ne nous épargne aucun élément des films carcéraux : de la brimade à la torture, sans oublier bien sûr la sexualité.

C’est un film brutal à tout point de vue. La lente dégradation des rapports qui deviennent de moins en moins humains atteint des proportions à la limite du supportable.

Adrien Brody et Forest Whitaker sont remarquables, et les autres acteurs sont aussi très justes dans leur jeu : Whitaker en chef des bourreaux et Brody en figure christique jusqu'à la révolte inévitable.

Au milieu de cette violence qui s’intensifie, on retrouve la belle Bay (Maggie Grace), flânant dans les marchés d’Inde, où les couleurs sont éclatantes de vie, en totale contradiction avec l’univers épuré de la prison où les couleurs ternes tendent plus vers le noir et blanc, avec juste ce qu’il faut de rouge pour le sang.

 

Un film implacable et un peu dérangeant : à découvrir.

 

Ou pas.

 

 

(1) En « prime », avant les premières images du film, une société de production intitulée Natural Selection avec deux éléphants qui se rentrent dedans tête baissée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Penn, #Western
Little big Man (Arthur Penn, 1970)

Enfin.

Enfin un film qui remet les pendules à l’heure.

En effet, depuis le magnifique They died with their Boots on de Raoul Walsh, aucun film n’avait traité aussi bien Little big Horn. Ni avec autant de panache.

En effet, le film de Walsh nous présentait un Custer romantique en diable, interprété par l’immense Errol Flynn et aimé d’une Elizabeth (Olivia de Havilland, même mariée à Custer, elle est magnifique…) admirative.

Mais ça, c’était avant. Du temps où un bon Indien était avant tout un Indien mort.

Pourtant ce précepte fut – heureusement – écorné dès les années 1950 avec, par exemple, La Prisonnière du désert et d’autres films qui suivirent.

Mais ici, Arthur Penn va encore plus loin : Custer est très loin de l’image véhiculée auparavant : il n’est rien qu’un chef bouffi d’orgueil et surtout un véritable abruti, au grand dam de ses subordonnés.

Ca fait du bien des fois...

 

Mais si Custer (Richard Mulligan) est malmené, le véritable héros du film est avant tout le peuple cheyenne. Si Jack Crabb (Dustin Hoffman) est le narrateur, il est avant tout le porte-parole d’un peuple fier (et farouche, cela va sans dire) dont les membres se désignent eux-mêmes (à juste titre) des « êtres humains ». Il faut dire que les Blancs qu’on y croise peuvent difficilement se targuer d’un tel titre.

Et pourtant, Jack est avant tout un homme blanc. Mais surtout, c’est un témoin (improbable) des guerres indiennes.

La première fois que nous voyons Jack, c’est un très vieil homme (1) qui approcherait les 120 ans si on en croit la narration.

Très jeune il est recueilli par la tribu d’Old Lodge Skin (Chief Dan George) et est élevé parmi ce qui devient sa nouvelle famille.

Mais étant avant tout un homme blanc, Jack va aller de famille en famille, et surtout alterner entre les Cheyennes et les Blancs au hasard des opportunités.

Avec, en point d’orgue la fameuse bataille de Little big Horn.

 

Quelle que soit la période dont nous parle Jack, ce sont toujours les mêmes personnages que nous rencontrons : la tribu d’Old Lodge Skin d’un côté ; et de l’autre Wild Bill Hickok (Jeff Corey), Custer ou encore Merriweather (Martin Balsam), sans oublier Mrs Pendrake (Faye Dunaway).

C’est un rôle magnifique pour Dustin Hoffman. Non seulement il a la taille requise, mais en plus, il passe d’un archétype à un autre avec brio, le tout rythmé par sa voix altérée de narrateur. Cette narration, d’ailleurs, possède un recul étonnant qui confine parfois à l’ironie. Jack passe d’un statut à l’autre en fonction des circonstances, mais avant tout pour sauver sa peau !

 

Si les Indiens sont les véritables gentils du film, il ne s’agit pas d’un film didactique comme peut l’être le superbe A Man called Horse qui est sorti quelques mois plus tôt. Mais le point commun entre ces deux films est un respect du peuple indien, et surtout une volonté d’éveiller les spectateurs au sort de ceux qui sont avant tout les véritables Américains : alors quand on entend un président qui veut chasser tous les « étrangers (2) » de son pays, on ne peut que lui conseiller de revoir ces deux films (et les autres).

 

Alors certes, on peut légitimement qualifier l’intrigue d’improbable, voire invraisemblable, mais il en demeure tout de même que le thème abordé l’est fait avec beaucoup de talent. Pendant 70 ans, on a montré les Indiens comme des brutes sanguinaire – sans oublier barbares – que l’on peut aisément duper. Il n’en demeure pas moins que la tribu qu’on nous montre est un magnifique exemple d’humanité (voir plus haut).

Cette tribu qui accueille Jack le fait sans hésiter ni préjugé. Et si Jack se brouille (à la vie, à la mort) avec Younger Bear (Cal Bellini) – autre brave – c’est avant tout par méconnaissance des us et coutumes cheyennes. Pour le reste, il s’adapte facilement à cette vie nomade dont les propriétés ne sont pas toujours désagréables (3).

 

Mais plus qu’un plaidoyer pour les Indiens ? Arthur Penn nous livre ici un western magnifique où le pittoresque se mêle à l’historique pour notre plus grand bonheur.

Jack, s’il est le personnage central, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un héros dans le sens positif du terme. Pour avoir traversé cette période – et les autres, le récit a lieu en 1969 ou 1970, d’où une vie marquée par de grands événements historiques mondiaux – Jack a une chance extraordinaire.

Mais cela ne l’a pas empêché de côtoyer les grands noms de l’Ouest américain (Wild Bill Hickok, Custer, mais aussi Buffalo Bill), ainsi que vivre différentes vies plus ou moins honorables : jeune candide auprès de Mrs. Pendrake ; pistolero (avant sa rencontre avec Hickok) ; partenaire d’un charlatan qui vend un élixir miracle ; sans oublier poivrot avec tous les désagréments inhérents dont un temps atmosphérique franchement désavantageux…

 

Bref, nous sommes ici en présence de ce qu’on pourrait appeler un sommet (« a peak » comme ils disent) du western.

Indispensable.

 

 

  1. Dick Smith, le maquilleur, est un véritable magicien.
  2. « Aliens » en VO. Rien à voir avec Ridley Scott.
  3. cf. l’épisode avec les sœurs de Sunshine (Aimee Eccles).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joe Johnson, #Science Fiction
Jurassic Park III (Joe Johnston, 2001)

Et de 3 !

Alan Grant (Sam Neill), l’Indiana Jones de la paléontologie est de retour ! Mais cette fois, sans Ellie Sattler (Laura Dern). Enfin si, mais non : Laura a rencontré un autre homme avec qui elle a deux enfants.
Grant était retourné à ses fouilles (1) et surtout ses raptors fossilisés, aidé d’un jeune homme entreprenant, Billy Brennan (Alessandro Nivola). Il n’est plus question pour lui de retourner observer quelque dinosaure qui ne soit pas à l’état de fossiles, l’expérience de John Hammond l’ayant guéri à vie de ces charmantes bestioles.

Mais bien entendu (2) il y replonge, malgré lui et surtout à cause de Mr. et Mrs. Kirby (William H. Macy & Téa Leoni) : leur fils Eric (Trevor Morgan) a disparu dans les environs de l’Isla Sorna, célèbre surtout pour abriter le site B du complexe Jurassic Park

 

Quand un sujet se prolonge sur plusieurs épisodes, on peut avoir du très bon (Starwars) ou du moins bon (3). Et quand le film est sorti, ce n’est pas vers lui que je fus attiré.

Une quinzaine d’années plus tard, il me semblait intéressant d’y jeter un œil, pour voir.

Et j’avoue avoir été plutôt contenté. Joe Johnston n’est pas Spielberg, mais j’aurais tendance  à le considérer comme un de ses fils spirituels, après l’avoir côtoyé sur différents projets.

Et ce troisième opus des aventures jurassiques est plutôt bien ficelé.

On retrouve pratiquement tous les protagonistes des deux films précédents (les animaux, pour les humains, il ne reste qu’Alan et Ellie), avec quelques nouveaux venus dont le redoutable spinosaure.

Bien entendu, notre vieux complice le tyrannosaure est de la partie, amenant un combat de titans qui n’est pas sans rappeler celui qui le met en scène contre King Kong dans le film éponyme (celui de 1933, bien sûr). Et encore une fois, notre ami le T.Rex n’est pas à la fête.

 

Pour le reste, le film de Johnston se regarde avec une certaine gourmandise : on y retrouve ce qui faisait le charme des deux premiers épisodes, ce qui est la moindre des choses quand on reprend une franchise.

Et si Sam Neill, l’un des rares rescapés, est toujours là, sa naïveté a complètement disparu. Il a beau être toujours seul dans sa vie, il n’en demeure pas moins adulte et très professionnel.

Et finalement, il laisse la place à Kirby qui va être le personnage qui profitera de la transfiguration inévitable d’un héros digne de ce nom.


Alors une nouvelle adaptation du monde de Michael Crichton était-elle nécessaire ? Pas plus que n’importe quel autre film. Le plus important est de passer un moment agréable, et si en plus c’’est bien fait, où est le problème ?

Alors oui, je trouve que cette suite (qui n’en est pas vraiment une) a sa place dans une cinémathèque. Ce ne sera pas la première place, mais ce ne sera certainement pas la dernière, c’est du cinéma, tout simplement : de l’action, du spectacle, des effets plus que spéciaux, et des acteurs qui croient à ce qu’ils jouent.

 

C’est avant tout ça que nous voulons !

 

 

  1. Curieuses ?
  2. Autrement le film n’aurait pas vraiment de raison d’être, n’est-ce-pas ?
  3. Pour ne froisser personne, je vous laisse le soin de choisir

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Presse
Pentagon Papers (The Post - Steven Spielberg, 2017)

Que faire quand on attend la fin de la postproduction de son film ? Un autre film, bien évidemment. Surtout quand on est cinéaste, et encore plus quand on s’appelle Steven Spielberg.

Avec Pentagon Paper (1), Spielberg élargit son champ d’action cinématographique et se lançant dans un film sur la presse, et plus particulièrement à la suite d’Alan J. Pakula : en 1976 sortait Les Hommes du Président, dont les protagonistes étaient (sont) deux journalistes de ce même Post.

 

En 1966, Dan Ellsberg (Matthew Rhys) se procure un rapport accablant à propos de la guerre du Vietnam qui commence (déjà) à s’enliser.

Cinq ans plus tard, le New York Times (autre journal prestigieux) publie un extrait de ce rapport.

La Maison Blanche contre-attaque en assignant le Times.

Entretemps, le Post récupère la quasi-intégralité du rapport. Faut-il le publier ?

 

Les cinéphiles savent (voir plus haut) que la réponse est oui. Mais ce n’est pas ça qui est le plus intéressant dans ce film. C’est plus la façon d’y arriver et surtout la personnalité de Katharine « Kay » Graham (Meryl Streep, magnifique), fille et épouse des deux précédents directeurs du quotidien.

Mais surtout, nous sommes dans un film de Spielberg, et dans cette reconstitution historique, on retrouve quelques thèmes privilégiés du réalisateur, comme la famille et l’inadaptation.

En effet, le personnage de Kay est absolument incongru dans cet univers d’hommes – on trouve aussi peu de femmes dans le film de Pakula – la séquence à Wall Street en est un exemple flagrant.

Quant à la famille, outre les précédents directeurs, beaucoup de scènes – dont l’étude de ces fameux papiers – se situent chez les protagonistes principaux : chez Kay ou chez Benjamin « Ben » Bradlee (Tom Hanks).

 

La première incursion dans la salle de rédaction du Post nous renvoie directement au film de Pakula. Pour ceux – comme moi – qui ont vu l’autre film, c’est un lieu familier, synonyme de sérieux et de qualité. Et pourtant, au moment de cette histoire, le Post est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. La publication ou non de cette affaire d’état est un enjeu essentiel pour le film, mais surtout pour le Post : les investisseurs suivront-ils ?

Pourtant, le véritable enjeu – pour Spielberg – c’est la place d’une femme dans un monde exclusivement masculin.

 

Il y a chez Kay une fragilité visible : elle n’est pas à l’aise parmi dans ce monde d’hommes. La réunion avec les investisseurs est une illustration très juste de cet état de fait. Elle a beau présider la séance et avoir prépa&ré à fond cet entrevue, elle ne peut pas aller au bout de ce qu’elle voulait, et en plus les participants se tournent vers son collaborateur Fritz Beebe (Tracy Letts) qui se trouvez obligé de prendre à son compte le travail de Kay.

L’ouverture des esprits créée par l’année 1968 ne s’est pas propagée partout : les tenants de la phallocratie sont toujours aux commandes et malgré son statut, Kay n’est qu’une femme, et semble acceptée seulement parce qu’elle était liée aux anciens directeurs. A ce propos, Bradley Whitford, dans le rôle d’Arthur Parsons, est magnifique phallocrate bouffi de sa suffisance masculine.

Et puis il y a la séquence de Wall Street : le jour de l’entrée sur le marché du Post, après près de 100 ans d’indépendance financière.

Kay gravit les marches vers la salle de réunion et se retrouve devant une assemblée de femmes, toutes portant des dossiers : ce sont les secrétaires des hommes qui ont pu pénétrer dans le sanctuaire. L’entrée de Kay et surtout sa place à la table de réunion la fragilisent encore plus. On sent sa gêne, mais aussi le poids des préjugés de ces hommes qui n’ont d’autre alternative que de la recevoir. C’est un immense moment de solitude pour elle.

 

Mais heureusement, la famille est là : c’est elle qui va lui donner la force qui lui manque : son échange avec sa fille Lallie (Alison Brie) est l’élément déclencheur, ce qui lui manquait pour passer à autre chose. A partir de cet instant, Kay devient enfin la directrice qu’on attendait. Elle le sera jusqu’en 1979 et aura encore un rôle important dans l’autre grand scandale révélé par le Post : le Watergate.

 

Et Nixon dans tout ça ? On ne le voit pas, mais on sent son  influence à chaque moment-clé du journal. Il y a une crainte – justifiée – de la réaction de la Maison Blanche, et l’injonction prononcée contre le Times est le révélateur d’un gouvernement bien éloigné du discours de Gettysburg.

Les seules interventions qu’on a de la Maison Blanche sont des conversations téléphoniques d’un proche de Nixon, aperçu de dos à travers les vitres. La dernière intervention nous amène bien entendu au film de Pakula : mais comment pouvait-il en être autrement ?

 

 

PS : Dans le film de Pakula, c’est Jason Robards qui interprète Ben Bradlee.

 

(1) Le titre original laconique – The Post – se réfère au Washington Post, l’un des journaux les plus prestigieux des Etats-Unis. Les « Pentagon Papers » sont toutefois l’un des enjeux de l’intrigue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steve Buscemi, #Prison
Animal Factory (Steve Buscemi, 2000)

Animal Factory.

Le titre original – pour une fois non traduit – amène une ambiguïté qui, ‘une certaine façon, va baigner tout le film.

En effet, doit-on traduire par « Usine d’Animaux » ou « Usine pour Animaux » ?

En clair : les hommes qui peuplent cette « usine » sont-ils déjà des animaux quand ils y arrivent, ou le deviennent-ils ? (1)

 

Il y a dans le cinéma une fascination compréhensible pour les films carcéraux. En effet, pour la plupart des spectateurs, c’est un univers inconnu sauf par le biais de films (I’m a Fugitive from a chain gang, Brubaker ou encore The Shawshank Redemption) comme de séries (Prisoner, Wentworth, etc.). Et comme (presque) dans tous les autres, on retrouve les thèmes associés : violence, solidarité, racisme, homosexualité…

C’est plus la façon de traiter le sujet qui fait l’intérêt du film. En effet, Steve « Shut the fuck up, Donnie » Buscemi est un acteur et il donne la part belle à ses collègues, Willem Dafoe (Earl Copen) en tête.

 

Mais si Earl Copen est la figure centrale du film, c’est tout de même le point de vue de Ron Decker (Edward Furlong) que nous suivons.  Ron est un jeune homme qui est tombé pour trafic de stupéfiants (marijuana) et se retrouve à Saint Quentin auprès de détenus au passé pas toujours aussi léger que le sien.

Il est jeune et beau, ce qui amène immanquablement certains autres détenus à s’intéresser à son corps. Heureusement (?), Earl Copen veille et Ron passe un séjour qui eût pu être largement pire.

 

Bien sûr, c’est avant tout la relation entre les individus qui reste le centre de l’intrigue. Ron est un témoin muet de ce qu’il se passe autour de lui. Et s’il est franchement novice dans cette prison, il en apprend rapidement le fonctionnement et les différents rouages, et surtout la sexualité qui y règne.

Cet univers est un concentré de divisions, voire de discrimination. En effet, on retrouve l’opposition raciale (Noirs vs Blancs) ainsi qu’une distinction entre ceux qui travaillent et les inactifs, et au milieu de tout cela : Earl.

 

Earl rappelle à l’envi que cette prison est la « sienne », et ce que nous voyons ne lui donne pas vraiment tort, tant beaucoup de choses tournent autour de lui. Mais s’il jouit d’un traitement particulier, il n’en échappe pas moins aux châtiments pour des échauffourées particulièrement graves (isolation pendant plus d’un an, etc.).

Tout ce qui se passe dans la prison est su par Earl qui est le médiateur entre les détenus ainsi qu’avec les surveillants.

Sa relation avec Ron a une ambiguïté que ce dernier perçoit. Earl ne s’en cache pas et joue franc jeu : s’il protège Ron, c’est parce qu’il n’est pas laid.  Et sa relation reste ambiguë tout le long du film pour le spectateur, alors que pour les autres détenus – ceux qui ne savent pas la véritable nature de leurs relations – cela ne fait aucun doute.

 

Et puis il y a l’Etat, le véritable patron de cette prison. Il est représenté par quelques policiers, et surtout un magistrat – H.R. Hosspack – qui est tout naturellement interprété par Steve Buscemi lui-même. En effet, ce magistrat est le véritable représentant (et chef) de la Loi. Ses rares interventions se situent dans des affaires graves survenant dans la prison.

D’une certaine façon, il est son propre porte-parole, se basant seulement sur les faits, condamnant ou non les différents détenus à qui il a affaire.

 

Mais malgré tout, Buscemi (réalisateur ne répond pas complètement à la question (voir ci-dessus), laissant le spectateur se faire sa propre conviction.

D’un côté, on assiste à des relations pleines d’humanités de la part de détenus considérés comme des cas irrécupérables (Earl en fait partie), mais d’un autre, Ron qui n’a à son actif qu’un délit plutôt mineur, se retrouve impliqué dans des actions qui relèvent du criminel, devenant d’une certaine manière un des animaux de cette usine.

 

Finalement, ce très beau film reste une chronique. La description ordinaire d’un univers particulier sans véritable part pris. Aucun des hommes qu’on croise n’est « innocent » comme c’est parfois le cas dans ce type de films. A aucun moment on ne remet en cause la présence de tous ces hommes dans cet établissement.

Quant à la rédemption qu’on pourrait attendre (2), elle n’existe pas. La rédemption ne concerne que les hommes qui ont péché. Or tous ces personnages, de par leurs actions criminelles passées, ne sont plus des hommes.

 

D’où le titre.

 

PS : une mention spéciale pour Mickey Rourke, interprétant magnifiquement Jan, un détenu ouvertement homosexuel dans des atours de travesti.

 

 

  1. « Traduction = Trahison » c’est bien connu : dans ce cas, choisir une traduction plus que l’autre aurait induit un choix que seul le spectateur doit faire.
  2. Comme dans beaucoup de films américains, je ne vous apprends rien…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Comédie, #Austin Powers, #Jay Roach
Austin Powers (Austin Powers: International Man of mysteryJay Roach, 1997)

1967.

L’abominable Docteur Evil (Mike Myers) échappe aux services secrets britanniques et surtout à son espion vedette : Austin Powers (Mike Myers).

Evil s’est fait cryogéniser et envoyer sur orbite afin de revenir plus tard ourdir sa vengeance.

Austin Powers en fait de même afin de retrouver son ennemi à son retour.

Trente ans après, Dr. Evil revient.

On réveille alors Austin Powers.

 

Oui, c’est une parodie de James Bond : Austin Powers possède une bonne partie des attributs de James Bond, mais avec excès. Il est britannique jusqu’au bout des ongles (1), irrésistible auprès des femmes, et se sort toujours des situations dangereuses où il est plongé, avec brio, cela va sans dire...

Mais la comparaison ne s’arrête pas à James Bond. En effet, les rapports avec sa partenaire de 1967 ne sont pas sans rappeler ceux de Steed et Mrs Peel : tout comme cette dernière, Mrs Kensington (Mimi Rogers) ne succombe pas au charme de son partenaire et ce malgré une attirance et une complicité qui va au-delà d’une simple collaboration de travail.

Bref, Jay Roach nous propose un agent secret « très spécial », issu de l’imagination débridée de Mike Myers qui en plus du scénario produit le film et contribue aussi à certains morceaux musicaux.

 

Comme toujours dans une bonne parodie, il ne faut pas lésiner sur les effets. Et on peut dire qu’ici, c’est bien réussi. Mike Myers est formidable dans ce rôle d’agent secret complètement déjanté et décalé juste comme il faut pour amener des situations grotesques et drôles.

A ses côtés, Miss Kensington (Elizabeth Hurley), la fille de sa mère, se décoince progressivement pour de venir une inconditionnelle de cet espion tellement spécial.

 

Mais pour que cette parodie soit vraiment réussie, il fallait un méchant digne de ce nom, c’est le cas du Dr. Evil, interprété lui aussi par Mike Myers  suite à la défection de Jim Carrey : ce Dr. Evil est un  mélange des différents méchants de la série James Bond. En effet, outre la tête chauve et abîmée de Blofeld interprété par Donald Pleasence (On ne vit que deux Fois), il a le même genre de costume que le Dr. No, ainsi que des lobes auriculaires protubérants, clin d’œil à ceux inexistants chez le Blofeld de Telly Savalas (Au Service secret de Sa Majesté).

De plus, parmi les acolytes de ce docteur, on trouve quelques personnages rappelant d’autres méchants qui eurent affaire à James Bond : outre le borgne Numéro 2 (Robert Wagner) qui rappelle Emilio Largo (Adolfo Celi) dans Opération Tonnerre, l’un des affreux possède un avant-bras en métal terminé par un crochet, rappelant Tee Hee (Julius Harris dans Vivre et laisser mourir)  etc. Et en prime Random Task (Joe Son) dont le nom, la carrure et le chapeau melon font immédiatement penser à Oddjob (Harold Sakata), le « majordome » d’Auric Goldfinger.

 

C’est donc une comédie complètement loufoque où le sexe tient une certaine place, voire une place certaine, et où les corps dénudés – celui d’Austin Powers comme celui d’Elizabeth – sont à chaque fois cachés par un élément du décor ou un accessoire.

Reste tout de même le torse velu de Powers qui à défaut de rappeler exactement celui de Sean Connery, possède une suggestive on ne peut plus suggestive.

Et tout cela entrecoupé de transitions musicales qui semblent tout droit sorties de 1967, interprétées par les Mint Tea, une créée pour le film dont le chanteur n’est autre que Mike Myers, accompagné par Matthew Sweet, Christopher Ward & Susanna Hoffs.

 

Un régal !

 

 

(1) jusqu’au fond du slip (!) serait plus juste…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Soderbergh, #Policier
L'Anglais (The Limey - Steven Soderbergh, 1999)

L’Anglais du titre, c’est Dave Wilson (Terence Stamp). Il débarque à Los Angeles parce que sa fille est morte dans un accident de voiture.

Sauf qu’il n’y croit pas beaucoup.

Il va alors enquêter afin de savoir ce qu’il s’est vraiment passé.

 

C’est un film policier très particulier que nous propose ici Steven Soderbergh. EN effet, si le genre est « policier », on n’en voit pas beaucoup. L’intrigue se concentre autour de cet Angliche (1) traquant celui qui a tué sa fille, car il ne peut pas en être autrement pour lui : sa fille était trop raisonnable pour se droguer jusqu’à l’excès.

Mais la narration de cette traque impitoyable est assez originale.

 

En effet, pendant tout le film on alterne les prises de vue de rencontres pour chaque personnage : Quand Wilson rencontre Eduardo (Luis Guzman) (2), le dialogue commence mais les différentes répliques ne se font pas toutes au même endroit. Et il en va de même à chaque personne rencontrée.

Le spectateur semble brinquebalé d’un lieu à l’autre alors que le dialogue se poursuit dans sa continuité.

 

Et là on réalise : le point de vue est celui de Wilson. Mais au lieu de tourner en caméra subjective, Soderbergh nous retranscrit la pensée de Wilson. D’où des personnages qui s’expriment en continuité avec des lieux différents et même parfois des plans de coupe amenant des flashbacks récurrents (sa fille, sa vie avec sa femme) ou encore le meurtre de Terry Valentine (Peter Fonda) de différentes manières.

 

Cavanna expliquait qu’il avait écrit Les Ritals comme lui venaient les souvenirs, dans le désordre, même si son personnage (le petit François) grandissait à mesure que le livre avançait.

Ici c’est la même démarche qui nous est montrée : Wilson fait appel à sa mémoire et se souvient des gens à qui il a parlé, les lieux n’ayant qu’une importance secondaire, sauf à chaque moment de tension (souvent avec échange de coups de feu). Peu importe donc l’endroit où se situe l’échange, c’est ce qui est dit et qui fait avancer son enquête qui est le plus important.

Une fois cette figure de style identifiée, l’intrigue retrouve sa limpidité et tout se met en place : non, ce n’était pas un accident (3).

 

Mais n’oublions pas le titre du film.

Wilson est un Anglais, et ça s’entend. Certes, ce n’est pas un sujet modèle – il a passé de nombreuses années en prison – mais on ne peut que ressentir une certaine empathie devant cet homme à qui la vie a pris en plus sa femme et tout récemment sa fille.

Mais Wilson est surtout un truand, et même dangereux (4). Il n’hésite pas une seule fois dans ses intentions. Même roué de coups (première séquence violente) et menacé de mort, il retourne au combat, prêt à tout pour avoir ce qu’il demande. Et qu’il obtient !

 

Terence Stamp est un « Angliche » magnifiquement terrible. Il possède ce même flegme britannique qu’on peut trouver chez les Britanniques, mais avec une dose certaine de violence et un vocabulaire fort difficile à comprendre pour ses adversaires (comme pour les spectateurs non anglophones) amenant quelques éléments comiques dans cette histoire bien noire.

En face de lui, Peter Fonda et surtout Barry Newman (Jim Avery) sont des adversaires à sa mesure : d’un côté un vieux beau tombant les jeunes femmes un tantinet naïves, mais au final sans beaucoup de courage ; et de l’autre un homme de main qui ne salit pas les siennes, préférant utiliser un professionnel : Stacy (Nicky Katt), redoutable avec juste ce qu’il faut d’un psychopathe pour faire bonne mesure.

 

Bref, un film qui, s’il n’est pas aussi populaire que la série Ocean’s 11/12/13 (par exemple), mérite tout de même notre attention. La narration, déroutante dans un premier temps, se révèle passionnante et surtout originale, remplaçant la caméra subjective par le cheminement de la pensée.

 

A voir !

 

  1. « Limey » peut se traduire pas « Angliche », « rosbif » ou autres joyeusetés.
  2. Eduardo porte trois tee-shirts différents (Che Guevara, Mao, Khomeiny) mais de la même facture : ces différences sont dues à la mémoire de Wilson, les souvenirs n’étant jamais précis car ce qui est important, c’est avant tout ce qu’il apprend à Wilson et non son apparence.
  3. Je vous laisse découvrir, je ne vais pas tout révéler tout de même !
  4. Attaque à main armée, excusez du peu !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Guerre
La Liste de Schindler (Schindler's List - Steven Spielberg, 1993)

Ca commence en 1939, à Cracovie, une fois l’armée polonaise rapidement défaite. La machine administrative allemande se met en place et recense les Juifs. Ensuite, on va les isoler dans un ghetto. Et puis ensuite, le ghetto sera liquidé et les occupants envoyés dans des camps de concentration.

Pendant le même temps, un jeune industriel se fait sa place dans la ville, se créant un carnet des dignitaires nazis de l’endroit en vue de s’installer et faire fortune : cet homme se nomme Oskar Schindler (Liam Neeson).

 

On trouve trois parties dans le film :

L’ascension de Schindler, Schindler fait fortune grâce à sa main-d’œuvre qui n’est rien d’autre qu’un groupe d’esclaves ; le déclin et la liste.

Mais à chaque progression ou tout du moins chaque changement dans la vie de Schindler s’accompagne un changement dans la vie des Juifs.

 

La séquence d’ouverture est un montage parallèle entre l »’arrivée des Juifs et de Schindler à Cracovie. Dès cette première séquence, deux premières listes sont établies : celle des Juifs qui se font enregistrer par l’administration efficace du régime nazi, et la liste des appuis que Schindler est en train de se constituer, afin de pouvoir mener à bien son ambitieux projet : arrivé avec une petite valise plus ou moins vide, repartir avec deux grosses malles de voyage bourrées de billets de banque.

C’est une ascension irrésistible que celle de Schindler, et plus il grandit en importance, plus le statut des Juifs perd en confort. On a même une famille qui est jetée hors de chez elle et se retrouve dans la longue file des Juifs emmenés de le ghetto. Et pendant que cette famille s’installe dans une pièce minuscule qu’elle doit partager avec une autre famille, Oskar prend possession de sa nouvelle maison : celle de cette même famille.

Cette ascension est d’autant moins irrésistible que le sort des Juifs se détériore lui aussi sans résistance.

 

Et quand Schindler va arriver à son apogée, pour les Juifs ce sera un nouvel enfer : le camp de concentration de Płaszów, dirigé par le cruel et psychopathe Amon Göth (Ralph Fiennes, glaçant). Les scènes de la vie du camp sont d’une cruauté assez insupportable, tant Göth est terrible.

 

L’ascension de Schindler est tout d’abord celle d’un opportuniste. Son sens des affaires, qui va de paire avec son charisme – à moins que ce soit son argent – est son atout. C’est un homme d’affaire assez fort pour arriver à ce qu’il veut. La façon dont il finance son projet d’usine d’émail est très caractéristique de son état d’esprit : ce sont des capitaux juifs qu’il v a utiliser comme mise de fonds. C’est bien connu, l’argent n’a pas d’odeur.

Autre caractéristique de Schindler : tout le long du film il arbore à la boutonnière l’insigne du Parti Nazi. A aucun moment il ne songe à l’enlever, sauf au moment des regrets, se rendant compte que cet objet en or aurait peut-être pu sauver une autre vie.

Schindler est un homme très difficile à cerner : d’un côté il entretient de très bonnes relations avec des dignitaires nazis, et de l’autre il cherche à sauver sa main-d’œuvre, constituée exclusivement de Juifs. Ce double jeu fera couler un peu d’encre, mais sera noyé dans le flot des critiques unanimes quant à la qualité du film.

 

Cette ambiguïté ne sera jamais remise en question ni débattue pendant le film, le véritable enjeu étant le sort des Juifs pendant la même période, et surtout ceux qu’on appela Les « Juifs de Schindler » (Schinlerdjuden).

On a reproché à Spielberg sa mise en scène des différentes opérations des nazis, allant jusqu’à les comparer avec les attaques de requin de Jaws.

Certes, c’est à chaque fois spectaculaire. Mais alors que l’intrigue de Jaws est avant tout une fiction, ici, les différentes opérations de violence sont la reproduction de pratiques avérées. Il y a une violence totale dans ce film. Cette violence est physique et morale, et constituée d’humiliations, de brimades et d’exécutions sommaires.

La séquence de liquidation du ghetto de Cracovie est à la limite du supportable tant ce qui est montré est révoltant. On comprend alors pourquoi Spielberg a tourné (presque) exclusivement en noir et blanc (1) : le sang noir atténuant un petit peu la brutalité des exécutions.

Autre moment terrible du film : l’opération de sélection dans le camp de Płaszów, où les prisonniers doivent courir nus afin de montrer leur bonne forme, alors que des nazis en blouse blanche sélectionnent ceux qui leur semblent les plus faibles (les plus âgés, bien entendu).

 

Et puis il y a Auschwitz. La première fois, c’est une prisonnière qui raconte aux autres femmes ce qu’elle tient d’une autre qui elle-même avait entendu une autre qui lui avait raconté que (etc.). L’énormité de l’atrocité qu’elle raconte n’est pas possible selon ses codétenues. Pourtant, quand ces mêmes femmes sont envoyées par erreur (?) dans cette « antichambre » de la mort, et qu’elles se retrouvent nues dans une salle de douche, la terreur et surtout la conscience de ce qui va leur arriver atteint un degré extrême qui n’en amènera qu’un plus grand soulagement.

 

Mais Auschwitz – et c’est comme ça que je l’ai ressenti la première fois que j’ai vu le film – c’est avant tout la porte de l’enfer.

L’arrivée des femmes se fait de nuit, éclairée par quelques projecteurs, alors que tombe ce qui ressemble à de la neige alors que se détache du ciel les flammes qui jaillissent de l’immense cheminée des fours crématoires.

Cette vision infernale – outre l’analogie diabolique des nazis – est renforcée par la file ininterrompue de personnes qui descendent vers la chambre à gaz.

On y retrouve deux idées.

L’une physique : c’est une industrialisation de la mort, une sorte de travail à la chaîne où les Juifs sont définitivement dépouillés de leur statut humain pour devenir des objets transformés en cendre et fumée.

L’autre morale : ces êtres humains sont comme les damnés qui, après le Jugement dernier  sont précipités en Enfer (d’où l’importance de la descente) où ils y brûleront éternellement.

A aucun moment cette descente aux enfers n’est interrompue : c’est ainsi quand le convoi arrive, et il en est de même quand il repart. Inexorablement.

 

Et puis il y a le cinéma. Parce que La Liste de Schindler est avant tout un film.

C’est un film très personnel où les Juifs sont malgré eux les inadaptés de ce monde brutal. Mais nul ressort comique dans cette immense tragédie. Quant à l’interprétation, elle est d’une grande justesse. Liam Neeson – alors acteur de second plan – possède cette aura qui attire qui le rend irrésistible auprès des nazis comme des femmes, toujours maître de lui-même presque jusqu’au bout : c’est alors que tout est terminé qu’il craque, comme si l’énormité du massacre qui a eu lieu pendant toutes ces années s’imposait enfin à lui.

Ben Kingsley, encore une fois, est impeccable. Il met en Stern tout son (immense) talent dans le rôle Itzhak Stern, tout en subtilité et discrétion, mettant en évidence tout le travail que ce dernier fit pendant ces six années infernales (dans le sens premier du terme) : un homme qui fit au moins autant que Schindler pour sauver ses coreligionnaires d’un destin abominablement funeste. Sa relation avec Schindler évolue tout le long du film alors que leurs rapports se muent en une relation de confiance et d’interdépendance, embryon d’amitié basée sur un respect mutuel.

Quant à Ralph Fiennes, il est un Amon absolument insupportable, un barbare de la pire espèce. Amon Röth est certainement l’un des plus grands méchants du cinéma, surtout quand on sait que le personnage original fut un liquidateur très zélé de différents ghettos en Pologne.

Il s’agit très  certainement de l’un des meilleurs rôles de l’acteur, un personnage aussi malfaisant que froid, en un mot inhumain.

 

Un film indispensable dont le côté spectaculaire sert admirablement le propos : raconter la vie d’un personnage pas si clair que ça mais dont il ne faut pas oublier qu’il sauva tout de même près de 1200 Juifs d’une mort certaine.  

 

 

(1) Il semblerait que le manteau d’une petite fille apparaisse en couleur, mais en tant que daltonien, je n’ai vu que les bougies du shabbat se teinter.

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