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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Albert Dupontel, #Comédie
9 Mois ferme (Albert Dupontel, 2013)

Elle a 40 ans.

Elle est juge.

Elle est célibataire.

Voilà qui résume parfaitement la vie d’Ariane Felder (Sandrine Kiberlain, superbe).

On peut juste ajouter qu’elle va bientôt monter d’un cran dans la hiérarchie judiciaire.

Mais ça, c’était avant. Avant qu’elle participe au Réveillon du Barreau, le 31 décembre 2012.

Parce que ce soir là s’est terminé bizarrement : elle n’en a aucun souvenir le lendemain, ni les jours suivants.

Mais une chose est sûre : elle est enceinte. Et la procréation aurait eu lieu cette fameuse nuit…

Et comme il semble qu’en plus le « père » est un truand notoire (1) – Robert « Bob » Nolan (Albert Dupontel) – c’est toute sa vie qui se met à basculer…

 

C’est une très belle comédie que nous propose Dupontel, quatre ans après son film précédent (Le Vilain), où il retrouve d’ailleurs quelques acteurs qui y participaient.

Cette histoire absolument improbable est magnifiquement mise en scène, allant au-delà de ce qui aurait pu n’être qu’un affrontement entre deux mondes : la Loi d’un côté, et la truande de l’autre.

En effet, c’est Ariane qui présente l’intrigue (résumée ci-dessus), juge intraitable et cynique ne vivant que pour et par la Loi, ce qui explique la dichotomie manichéenne.

En face, Bob Nolan représente tout ce qu’elle combat : ignare, inculte et légèrement déficient intellectuellement, mais surtout il est un délinquant.

Mais si la vie était si simple, ça se saurait, et surtout, il n’y aurait pas ce film !

 

Albert Dupontel, avec Bob Nolan, retrouve certains de ses personnages de scène, du temps où il tournait avec son one-man-show. Ce Nolan ressemble étrangement à ce jeune garçon qui expliquait Rambo qu’il venait voir, jouant en plus du récit avec des modulations de voix pertinentes.

Autour de ces deux personnages forts, Albert Dupontel a jouté quelques personnages loufoques – surtout parmi les magistrats – interprétés avec justesse par des habitués du réalisateur (Philippe Uchan  en juge ou Nicolas Marié en avocat), donnant une autre dimension comique au film.

En effet, la situation duelle initiale ne suffit pas à assurer le comique du film. Avec ces deux « ténors » du barreau, Dupontel ajoute une dimension sonore (l’élocution de l’avocat, dont on se demande s’il a pu un jour gagner un procès) ainsi qu’une teinte burlesque avec le juge qui se prend régulièrement des choses sur la tête.

Cet aspect burlesque s’étend à d’autres moments du film, utilisant alors des ressorts du cinéma muet : outre les objets qui assomment, on l’errance d’Ariane après le réveillon et ce qui s’ensuivit, ainsi qu’un traducteur en langue des signes très particulier (2).

 

Mais tout cela fonctionne surtout grâce à la narration. En effet, rapidement, Ariane ne commente plus rien et Dupontel (réalisateur) prend les commandes, alternant avec talent les éléments comiques et les moments plus émouvants, aidé par Sandrine Kiberlain absolument magnifique.

Encore une fois, c’est un acteur qui est derrière la caméra, et le film s’en ressent, au-delà de la maîtrise technique.

Et la séquence finale qui voit Ariane et Bob au-dessus du berceau résume à elle seule tout le ton du film.

Un grand moment.

Encore.

 

  1. « globophobe » : il mange les yeux de ses victimes.
  2. Petite apparition d’un artiste du cinéma muet…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gilles Lellouche
Le grand Bain (Gilles Lellouche, 2018)

Il y a dans le cinéma français une tradition de films de copains qui remonte à un certain temps : l’un des plus beaux est certainement La belle Equipe de Duvivier, et Yves Robert nous gratifia d’une série de films sur le même thème avec en point d’orgues les quadra de Un Eléphant ça trompe énormément et sa suite.

Le film de Lellouche se situe dans cette même mouvance où le rire se mêle à l’émotion quand ce n’est pas le contraire.

 

Ils sont six hommes, avec une femme, puis sept, et puis une autre femme arrive, et puis finalement un huitième vient compléter l’équipe.

Parce que c’est avant tout une équipe. Ce ne sont pas des « bras cassés » mais ils n’en sont tout de même pas loin : chacun ses problèmes, ses névroses et sa dépression.

Un chef d’entreprise, un pompier, un vendeur de meubles laids, un factotum de piscine qui ne sert qu’à ranger les bouées…

C’est une formidable équipe de solitaires.

Et ces solitaires vont se retrouver pour un pari absolument insensé : participer au championnat du monde de natation synchronisée… Masculine ! (1)

Mais c’est parce que ce rêve est complètement fou voire improbable que ça marche.

 

En plus d’être un film de copain, c’est un film d’acteur(s) : on y retrouve quelques noms de quinquas du cinéma français et francophone (Benoît Poelvoorde), voire un sexa (Jean-Hughes Anglade).

Et à la direction, on retrouve un autre acteur – Gilles Lellouche – qui dirige avec aisance sa bande de nageurs.

C’est – enfin – le premier film de Lellouche tout seul et on comprend ses commentaires enthousiastes quant à sa direction : chacun a sa place, certains en ont une lus grande que les autres, mais on arrive alors à un équilibre entre ces différents hommes qui n’ont certes pas le profil attendu dans une telle discipline.

 

Et puis, il y a les femmes. Les deux coachs (comme on dit) – Delphine (Virginie Efira) et Amanda (Leïla Bekhi) – deux femmes complémentaires et anciennes amies jusqu’à l’accident qui a brisé leurs vie : l’une en fauteuil qui ne peut plus nager comme avant et l’autre obligée d’abandonner car ayant perdu son alter ego.

Ces deux femmes sont absolument différentes : dans leur savoir faire et surtout dans leur savoir être : si Delphine est calme et toujours à l’écoute de ses garçons, Amanda est le sergent instructeur qu’il fallait à cette bande de vieux dépressifs.

Il y a dans Amanda toute la rage de ne plus pouvoir évoluer dans l’eau comme avant et cette rage est encore plus forte avec ces hommes qui ne réalisent pas la chance qu’ils ont de pouvoir nager en rythme. Et surtout, Amanda est peut-être la personne la plus saine du groupe, cachant ses faiblesses derrière une violence verbale exacerbée : véritable défouloir contre l’injustice de la vie qui l’a laissée en fauteuil.

 

Et les autres ? Elles sont trois : une mère (Claire Nadeau) une femme (Marina Foïs) et une fille (Noée Abita).

Elles représentent les générations du film :

La mère de Laurent (Guillaume Canet), abandonnée dans une maison de retraite de type « Thoiry » (2), mais surtout atteinte de troubles psychiques la faisant passer de l’amour à la haine, ce qui explique son abandon, par un fils qui ne peut pas assumer cette parentalité brutale voire violente. C’est le nœud du problème de Laurent, celui qu’il doit dénouer afin d’être en paix.

La femme de Bertrand (Mathieu Amalric), véritable pilier du foyer, malheureuse de voir son « mec » déprimer mais qui reste neutre par rapport à sa maladie : jamais elle ne critique son apathie ou ne le plaint de son état. Et il y a chez Marina Foïs la justesse qu’il fallait à ce personnage sans cesse en équilibre et surtout équilibrée dans la lente dérive chronique de Bertrand.

Et la dernière, Lola, la fille de Simon, le raté. Musicien raté, chanteur ringard, père pas vraiment à la hauteur. Et Lola, qui l’aime quand même, malgré tout ça, même si c’est difficile. C’est peut-être pour elle que c’est le plus difficile, parce qu’elle n’est pas aussi armée que peuvent l’être les autres femmes, et surtout, c’est difficile d’assumer un tel père.

 

Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une comédie et si les dépressifs sont rarement drôles, ici nous avons Benoît Poelvoorde et Philippe Katerine. Ce sont deux gros nases, chacun dans son style, mais tout de même attachants, surtout Philippe Katerine.

Il faut dire aussi que Benoît Poelvoorde est encore une fois magnifique, alors pas besoin d’en rajouter…

A eux deux, et de façon totalement différente, ils sortent le film de ce qui aurait pu être une nouvelle histoire larmoyante (avec ou sans mouchoir, malgré la présence de Guillaume Canet) pour lui donner une dimension comique qui s’inscrit dans la durée (3). Certes, le cinéma français (qui se prononce comme le béret de Pierre Prévert, si vous voyez de qui je veux parler) n’aime pas beaucoup les succès comiques et préfère souvent s’émerveiller devant un Godard ou pire encore un Rohmer.

 

En ce qui me concerne – et vous avez le droit de ne pas m’approuver – je persiste : quand on assiste à une belle comédie enlevée, il ne faut surtout pas bouder son plaisir.

 

  1. Et le gagner : puisqu’on en est à rêver, autant aller jusqu’au bout.
  2. Incompréhensible sans voir le film.
  3. Le succès du film une dizaine de jours après sa sortie semble me donner raison.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Joe Johnston
Captain America: First Avenger (Joe Johnston, 2011)

Une expédition polaire met à jour une curieuse structure métallique : c’est une sorte de vaisseau mâtiné d’un bombardier qui renferme à son bord un homme congelé : Steve Rogers (Chris Evans).

Voilà près de 70 ans qu’il est prisonnier des glaces.

Steve Rogers était alors connu sous une autre identité : Captain America.
Tout a commencé en 1942, alors que les Etats-Unis enrôlaient à tour de bras des jeunes hommes pour aller casser du nazi.

Parmi eux, un avorton : Steve Rogers.

 

Captain America est un personnage de l’univers Marvel qui fut avant tout créé en vue d’une propagande antinazie dès décembre 1940 (1), d’où cette intrigue en plein cœur de la deuxième Guerre Mondiale, à un moment où le rapport de forces est en train de s’inverser.

Il est clair qu’un cinéaste comme Joe Johnston – élevé au Starwars et Indiana Jones en passant par Jurassic Park III – ne peut que s’épanouir dans ce genre de film. Et c’est ce qui se passe.

Reprenant le personnage dès le début, il nous propose de solides bases pour ce personnage d’Avenger (vengeur) – le premier, nous dit le titre, mais c’est faux – aux valeurs nobles et américaines.

 

La première partie du film est à mon avis la plus réjouissante : Chris Evans, qui a abandonné sa combinaison de quatrième fantastique (la Torche Humaine) nous apparaît comme un homme et, comme chantait Renaud, « épais comme un sandwich SNCF » (Marche à l’Ombre). Il a toute l’apparence d’un petit garçon dans un monde – hostile, bien entendu – de grands. Même l’agent Carter (Hayley Atwell) le dépasse largement !

Evidemment, son enfance est rythmée par les raclées qu’il dut subir par ses pairs autrement plus forts que lui.

Bien sûr, le peu d’entraînement que nous voyons n’est pas à son avantage, mais ses qualités n’en demeurent pas moins essentielles : une intelligence contrebalançant sa faiblesse physique ainsi qu’une grandeur d’âme augmentée d’un sens du sacrifice, deux qualités qui lui vaudront d’être désigné par le docteur Erskine (Stanley Tucci), inventeur d’un sérum qui décuple les aptitudes physiques et intellectuelles.

Mais si ce sérum rend le gentil Steve invulnérable et brillant, un personnage mauvais et un peu dérangé mentalement en deviendrait un Méchant superlatif.

Et c’est là qu’intervient le docteur Johann Schmidt (Hugo Weaving), alias Red Skull (Crâne rouge).

 

Red Skull est un méchant magnifique : intelligent et cruel appartenant aux terribles armées nazies, mais à l’ambition surdimensionnée : pourquoi se contenter de l’Europe quand on peut conquérir le monde ?

Hugo Weaving endosse à nouveau le rôle du méchant, et chose amusante, le nom de Schmidt est le pendant allemand de Smith, comme le nom d’un autre méchant qu’il interpréta à trois reprises dans la trilogie Matrix.

 

Avec ce film, Johnston nous propose la genèse de ce super-héros ultra américain dont la combinaison un tantinet ridicule est aussi prétexte à gags, surtout dans la première partie du film qui le voit encourager les Américains à acheter les fameux Bons de la Défense : il ne faut surtout pas oublier l’humour inhérent aux films estampillés Marvel.

Même si la deuxième partie du film – les missions – est un ton en dessous, le déroulement des différentes péripéties est mené tambour battant avec une superbe débauche d’effets spéciaux. Un vrai régal.
Et quand le film se termine, nous faisons la connaissance d’un personnage-clé dans les futures aventures des Avengers (Steve Rogers et les autres), un homme borgne avec ce qui ressemble à un bandeau de pirate (ou de Moshe Dayan, si vous voyez qui je veux dire) : Nick Fury (Samuel L. Jackson).

Et plus important encore (?), parmi les scientifiques des Alliés, on trouve Howard Stark (Dominic Cooper), père de Tony, déjà patron de Stark Industries.

 

Et comme on est chez Marvel, si on attend patiemment la fin du générique, on a droit à une séquence supplémentaire, annonçant le prochain film…

 

 

PS : En prime, une référence anachronique à Indiana Jones. Saurez-vous la retrouver ?

 

  1. Dessiné par Jack Kirby et scénarisé par Joe Simon, arrêté après la guerre avant d’être repris par le même Kirby et Stan Lee dans les années 1960. On peut – encore une fois – apercevoir ce même Stan Lee dans le film, cherchez bien…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Science Fiction
Ready Player one (Steven Spielberg, 2018)

Nouveau thème exploré par Spielberg : les jeux vidéo.

A une époque où le virtuel est très développé, le grand Steven nous propose un film synthèse de ce thème, où évidemment, le numérique et surtout ses effets sont omniprésents. Pas étonnant qu’il ait eu le temps de faire le fabuleux Pentagon Papers pendant ce temps-là.

Bien entendu, les amateurs de jeux vont s’y retrouver, encore que beaucoup ont été déçus par ce film qui s’approprie allègrement l’univers des gamers sans toutefois oublier que nous sommes au cinéma, et que donc les références à mon art préféré sont légions.

Vous vous doutez bien que j’ai beaucoup apprécié ce film. [Pour ceux qui n’ont pas aimé, je vous donne rendez-vous demain pour un autre film…]

Non pas pour les jeux – même si je ne crache pas de temps en temps sur une petite escapade Lord of the Rings – mais pour cet univers semi-réel semi-virtuel (re)créé devant nous avec débauche d’effets parfois époustouflants.

 

Le véritable talent de Spielberg, dans ce film est le passage continu d’un univers à l’autre, tout en conservant l’idée que c’est avant tout un jeu.

Le monde dans lequel Wade « Parzival » Watts (Tye Sheridan) évolue est franchement glauque, tirant plus vers le bidonville que vers la résidence privative.

Mais dès la première séquence qui voit Wade sortir de chez lui et se rendre vers son espace de gamer donne le ton : sa descente plus ou moins périlleuse à travers un labyrinthe de structures empilées qui servent d’appartements est un très beau clin d’œil aux jeux de plateforme : il faut grimper, utiliser des cordes ou sauter pour passer d’un niveau à l’autre.

La vie de Wade est avant tout un grand espace de jeu avant de devenir un autre univers quand il revêt sa combinaison de joueur.

Ce passage du jeu à la vraie vie et inversement et le destin des avatars nous rappellent d’une certaine façon Tron, où quand ces derniers mouraient, le jeu était fini.

Mais alors que Tron bénéficiait des lointains balbutiements des effets numériques, ici Spielberg utilise ce qui se fait de mieux en 2017 pour nous proposer des aventures autrement plus spectaculaires.

Avec surtout le souci de réalisme, sinon de l’intrigue, du moins des personnages et des décors. Et en cela, il reste dans la lignée des développeurs de jeu vidéo qui ont (presque) toujours recherché le réalisme dans les jeux proposés.

 

Mais alors que l’intrigue est censée se passer en 2045, la plupart des références relèvent des années 1980, voire de la fin des années 1970 : les jeux comme Space Invaders ou Adventure (devenus cultes auprès des gamers) ainsi que la musique qui accentue ce décalage.

On a beau être plus de 60 ans après cette période, elle s’impose inexorablement. Bien sûr, ces indices anachroniques ne sont pas tous compréhensibles par le plus jeune public, mais ils ne sont pas un frein pour comprendre et apprécier ce film.

Tout de même, certaines références sont on ne peut plus savoureuse : la Grenade Sacrée (« Holy Handgrenade ») de Sacré Graal ou le Zemeckis Cube – qui, bien sûr vous fait voyager dans le temps (1) – sont parmi les très belles trouvailles du scénario dont le point culminant reste – pour moi -  l’emprunt à Shining lors de la deuxième épreuve.

C’est une séquence qui reprend les moments forts du film (2) avec le recul nécessaire pour ne pas heurter le plus jeune public (3) : le labyrinthe (encore un), la chambre 237 et la salle de balle, sans oublier la photo du 4 juillet (etc.), se retrouvent dans une adaptation jubilatoire ! (4)

 

Et puis il y a le méchant. Spielberg a fait appel à Ben Mendelsohn (il est Nolan Sorrento), méchant patenté du magnifique Rogue One, et qui interprète ici le Boss, dans les deux sens du terme.

D’un côté il est le patron d’IOI, la marque concurrente de la firme créée par James Donovan Halliday (Mark Rylance, pour sa troisième collaboration avec Spielberg) : un homme sans scrupule, informaticien raté et jaloux.

De l’autre il est le « Boss » du jeu dans lequel évolue Wade et ses amis, ART3MIS (Olivia Cooke) ou encore Aech (Lena Waithe) pour ne  citer qu’eux : un personnage maléfique aux pouvoirs extraordinaires et de ce fait difficile à battre avant de terminer victorieux ce même jeu.

 

Mais Wade est aussi Parzival, et cette parenté onomastique est on ne peut plus pertinente : l’œuf, but ultime des joueurs, n’est rien d’autre que le Graal convoité par le jeune et pur chevalier, ce qui, en plus, nous ramène à la Grenade des Monty Python.

Quant à Halliday, son dernier avatar ne laisse aucun doute sur son essence et le fait qu’il soit à l’origine de cette grande quête.

 

Je comprends que beaucoup ne soient pas rentrés complètement dans ce film. Pour ma part, je le reverrai avec un certain plaisir (voire un plaisir certain) afin d’y découvrir d’autres éléments qui m’ont échappé.

Et surtout parce que, malgré tout, c’est aussi ce que je recherche dans un film : m’évader, le temps d’une intrigue, avant de retourner dans ma réalité, pas toujours rose, mais pas toujours noire non plus…

 

 

  1. Sans oublier la voiture conduite par Wade…
  2. Le film est déjà un film fort. Alors je parle des séquences encore plus fortes : emblématiques !
  3. L’universalité des films de Spielberg…
  4. Je n’aime pas ce mot, mais il faut avouer que c’est celui qui décrit le mieux mon ressentir pendant cette séquence.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Guerre
Le Pianiste (The Pianist - Roman Polanski, 2002)

Le « Pianiste », c’est Władysław « Wladek » Szpilman (Adrien Brody). Szpilman a traversé toute la seconde guerre mondiale dans Varsovie : du studio de radio où il joue jusqu’à la Libération du pays près de six ans plus tard.

Juif, il doit subir l’occupation allemande et son lot de brimades, tortures et exécutions sommaires. Pendant toute cette période, il survit péniblement dans le ghetto avant de s’échapper et de se cacher en attendant la fin des hostilités.

 

Quand le film fut présenté à Canes, cela faisait près de dix ans Polanski avait refusé la proposition de Spielberg de tourner La Liste de Schindler, un thème trop pénible pour lui qui perdit une grande partie de sa famille dans les camps (1).

En 2002, quand sort le film, Polanski a mûri et présente à son tour un film traitant de la Shoah. Ce qui frappe au premier abord, c’est l’échelle humaine du film.

EN effet, si les exactions nazies sont malheureusement spectaculaires et d’une dimension gigantesque, le film reste toujours au niveau de Wladek (2).

C’est exclusivement son cheminement dans Varsovie que nous suivons, au gré des circonstances historiques (les repères chronologiques donnés dans le film) et de ses errances personnelles motivées par son existence plus ou moins menacée.

 

Si Polanski s’appuie sur le livre de Szpilman (3), il y ajoute certains événements qui lui sont arrivés pendant la même période à Cracovie (il avait 6 ans quand la guerre a éclaté). Les malheurs de Szpilman enrichis des souvenir du cinéaste rendent cette dimension humaine à des actions totalement inhumaines. En effet, il n’y a aucune exagération dans ce qui est montré, parfois crument. Ce ne sont pas des foules immenses qui sont décimées par les nazis. Seulement des individus, parmi tant d’autres et qui n’avaient que le seul tort de se trouver là. Polanski reste d’ailleurs toujours très près de son héros alors que le monde qu’il connaissait se déshumanise progressivement, à mesure que la couleur elle aussi s’altère à la même allure, jusqu’à presque disparaître (magnifique travail photographique de Paweł Edelman).

C’est une vision très sobre de la guerre, jusque dans la musique très peu présente hors des moments de piano de Wladek. Mais la sobriété n’empêche pas la violence, froide, implacable. Insupportable.

Ce sont des exécutions sommaires la plupart du temps qui sont montrées crument, sans s’attarder. La mort devient alors banale et fait partie du décor. Si l’arrivée des Szpilman dans le ghetto les confronte à une situation nouvelle à la limite du supportable, quelques mois plus tard, les cadavres qui jonchent les rues ne font plus réagir personne, chacun faisant tout de même attention de ne pas marcher sur un cadavre.

 

On retrouve dans cette histoire la shoah comme elle est présentée par Claude Lanzmann dans Shoah. D’une certaine façon, Polanski a donné des images aux différents épisodes tragiques qui étaient racontés par les témoins de l’époque. On retrouve la même absence d’artifice dans la crudité des images.

Des victimes, tout simplement : assassinées sommairement ou asservies par un ennemi inhumain avant d’être éliminées.

On assiste à l’antisémitisme ordinaire nazi. Les malheureux obligés de danser sur ordre de leurs bourreaux, les coups répétés par une brute épaisse à chaque Juif passant près de lui pour célébrer la nouvelle année. C’est une accumulation de scènes douloureuses et difficiles à regarder tant on atteint un haut degré d’inhumanité : la jeune femme qui est abattue pour avoir demandé où ils allaient ; le malheureux allongé qui échappe à l’exécution parce que le pistolet est déchargé n’a pas la chance du rabbin Menasha Levartov (Ezra Dagan) dans le film de Spielberg.

 

Le film de Polanski est magnifique à bien des égards, mais surtout, l’interprétation est absolument magistrale. Les différents protagonistes sont montrés dans leur ordinaire : nul acte héroïque ou glorieux.

Adrien Brody est impressionnant. Allant jusqu’à suivre un régime amaigrissant afin de paraître plus vrai, il interprète avec une justesse bouleversante cet homme qui a eu la chance (?) de survivre dans cette ville qui fut autrefois une prestigieuse capitale, presque totalement détruite à l’issue de cette guerre.

Brody est Wladek jusqu’au bout de ses doigts de pianiste (il apprit à en jouer pour les besoins du film), accablé par le malheur qui le frappe toujours plus à mesure que la guerre se déroule et que les Nazis durcissent les conditions de vie dans le ghetto et après.

Chaque moment de la survie de Wladek est une goutte d’espoir dans son errance : quand il prend un bain, quand il peut manger ou tout simplement s’endormir sur une table d’accouchement.

Sans oublier les rares moments où il parvient (presque) à s’évader : il joue dans l’air, allant jusqu’à survoler littéralement un piano dans sa cachette où le moindre bruit le ferait repérer et signifierait sa fin.

En même temps, il est témoin de ce qui se passe dans Varsovie : quand le Ghetto se soulève et qu’il est liquidé ; pendant l’insurrection de la Résistance polonaise, abandonnée par l’Armée Rouge, et qui se termine encore une fois en bain de sang. A chaque fois, c’est de la fenêtre que Wladek voit la mort faire son œuvre : une simple ouverture qui circonscrit l’horreur sans toutefois l’atténuer.

 

Et puis il y a l’Allemand : Wilm Hosenfeld (Thomas Kretschmann). C’est un militaire nazi qui a changé d’optique à mesure que les  crimes nazis augmentaient et devenaient plus horribles. C’est aussi grâce à lui que Wladek survit et surtout celui qui lui permet de s’exprimer, après cinq ans de silence : il amène le « Juif » (comme il l’appelle) à un piano à queue et l’écoute, bouleversé.

C’est l’un des plus beaux moments du film où nous ne voyons que les mains du Pianiste. Et l’émotion qui s’en dégage –  et que ressent l’Allemand – nous emmène loin du décor désolé environnant. Nul artifice encore une fois, les mains qui interprètent la Ballade n°1 en sol de Chopin nous transportent tout de même : loin de l’horreur de cette guerre, vers la Vie (4).

Parce que Wladek joue la vie, joue sa vie dans cet intermède artistique lourd d’émotion.

 

Un autre grand moment de cinéma.

 

  1. Seul son père est revenu.
  2. Deux courtes séquences seulement adoptent un autre point de vue, dont celle d’ouverture nous montrant des images d’archives de Varsovie avant guerre.
  3. Szpilman est mort pendant l’écriture du scénario.
  4. A moins que ce ne soit là où vont les notes quand elles se taisent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #John Carpenter
New York 1997 (Escape from New York - John Carpenter, 1981)

1988-1997

Deux dates pendant lesquelles le monde s’est radicalisé : le monde est toujours binaire, d’un côté les (gentils) Américains et de l’autre les (méchants) Russes.

Mais surtout, la criminalité est telle que l’île de Manhattan est devenue une immense prison, cernée de murs gigantesques où aucune évasion n’est possible.

Pourtant, Air Force 1, le jet présidentiel s’est écrasé sur l’île, et Hauk (Lee van Cleef), le responsable de la sécurité passe un marché avec Snake Plissken (Kurt Russell) : il ramène le Président (Donald Pleasence), et il est libre.

Et si Manhattan est devenue une prison, les habitants n’en demeurent pas moins des prisonniers aux mœurs peu en adéquation avec une personnalité présidentielle.

 

Trois ans après Halloween, John Carpenter retrouve Donald Pleasence pour une histoire encore bien glauque. Ce n’est pas un psychopathe qui cherche des victimes : ce sont des psychopathes, de tous les genres, dans un décor apocalyptique absolument fantastique.

Et comme nous sommes en 1981 quand le film sort, inutile de vous dire que les effets spéciaux tiennent plus du bricolage – génial – que du numérique.

C’est un New York terrible avec sa flore incroyable qui nous est décrit. Ce n’est pas une prison dans le sens courant du terme : c’est plus une jungle urbaine abandonnée aux criminels de tous poils (ou sans) avec pour effet obligatoire, une hiérarchisation fondée sur la force et la peur.

Le super méchant ici est le Duke – Isaac Hayes – un Afro-américain à l’allure cool : il n’y a d’ailleurs que son allure qui l’est, ses pratiques étant un tantinet plus « hot ».

Ses hommes de mains lui sont totalement dé&voués, avides d’un peu de pouvoir et surtout de violence. Avec quelques personnages aussi glauques que l’intrigue, dont l’inquiétant Romero (Frank Doubleday).

 

Si le film est violent – euphémisme – il n’en possède pas moins une esthétique particulière (1). Carpenter nous brosse un univers apocalyptique d’autant plus magnifique qu’il est familier. Certes, on n’échappe pas aux surimpressions (écran bleu) inévitables, mais cela est fait avec un véritable souci de réalisme, afin de rendre presque vraisemblable une histoire improbable(?).

L’autre force du film tient à l’interprétation. Si Kurt Russell entre de plain pied dans la légende – Snake Plissken est devenu un personnage culte (comme on dit) – la présence de quelques stars reconnues donne un cachet supplémentaire de respectabilité. Outre Pleasence, on trouve Ernest Borgnine en chauffeur de taxi franchement pas net mais assez truculent, ainsi qu’un gentil salaud en la présence de Hauk : Lee van Cleef, éternel méchant est encore une fois dans un rôle ambigu.

En prime nous avons Harry Dean Stanton (Brain) dans le rôle d’un personnage douteux, ménageant la chèvre et le chou, mais arrêtant tout de même son choix scellant ainsi son destin (inévitable, encore une fois).

 

Mais bien sûr, c’est Plissken qui est le centre de l’intrigue. C’est un autre Justicier à New York, comme l’avait envisagé Carpenter. Mais alors que Charles Bronson évoluait dans un NY très familier, la dimension post-apocalyptique du film donne une aura plus grande à ce personnage qui semble revenu d’entre les morts : tout le monde croyait que Snake était mort.

Mais vivant ou non, les cadavres des multiplient sur son passage dans une débauche d’hémoglobine et d’images fortes.

Mais Plissken, malgré tout, n’est pas un justicier. Ce n’est rien d’autre qu’un mercenaire, luttant pour sa liberté – c’est normal, il est américain – et ne s’embarrassant pas de détails.

Son antagonisme avec Hauk ajoute à son personnage qui le rend sympathique au public.

Mais – parce qu’il y a toujours un mais – la vision futuriste a ses limites : si l’extrapolation criminelle peut se justifier, l’évolution des techniques de communication n’est pas à la hauteur et on arrive à une extrapolation non pas de 16 ans (1997) mais bien de quelques mois, soit 1981 : comme pour Le dernier Combat (2), c’est la cassette audio qui casse l’ambiance. Le Compact Disc n’arrivera sur le marché que l’année suivante…

 

 

PS : J’oubliais. C’est Jaimie Lee Curtis qui présente la situation au début du film. Encore une interprète de Halloween.

 

  1. Comme toujours chez Carpenter
  2. Besson n’a pas l’excuse de Carpenter : son film est sorti en 1983.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Scheuring, #Prison
The Experiment (Paul Scheuring, 2010)

L’Expérience était un film allemand de 2001. Celui-ci en est le remake.

Paul Scheuring, après avoir tourné Prison Break, reprend le thème pénitentiaire dans une tout autre dimension : il s’agit d’une illustration de l’expérience de Stanford où un groupe d’hommes avait été enfermés dans une prison, une partie d’entre eux étant les gardiens et une autre (la majorité) des prisonniers.

Il va sans dire que cette expérience a raté, interrompue au bout de six jours sur les quatorze prévus.

 

Dès la première séquence, Scheuring nous plonge dans un bain de violence : nous voyons des affrontements entre animaux de différentes espèces mais aussi classes (des insectes, des poissons, des mammifères…) entrecoupés par des affrontements tout aussi violents mais cette fois concernant les hommes : manifestations, camps de concentration, lynchages…

Cette séquence met dans le bain, certes, mais c’est un bain très glacé, voire fangeux, prémonitoire aux images qui vont suivre. (1) A partir de là, un malaise va s’installer et grandir en même temps que la situation va se détériorer.

 

Travis (Adrien Brody) est un jeune homme fauché qui vient d’être licencié. Dans une manif, il rencontre une jeune femme agressée par un petit bourgeois. Ils se plaisent, mais elle doit s’en aller. Sans argent pour la rejoindre (en Inde !), il accepte de participer à l’expérience du titre.

Son engagement pour la paix le fait tout naturellement se retrouver du côté des prisonniers, pendant que Barris (Forest Whitaker) qui, à 42 ans, vit toujours chez maman, décide de participer afin de se sortir de cet univers prégnant : sa mère est malade et autoritaire, on a un Norman Bates en puissance devant nous !

Et Barris, toujours au service de Maman, se retrouve chef des gardiens, secondé par quelques acolytes aux mœurs pas toujours bien claires.

 

 Cette expérience, nous en sommes sûrs dès le début, va tourner au fiasco : les images des affrontements nous ont préparés à ça. En effet, si les animaux dits « inférieurs » usent de la force, c’est pour survivre (manger, se protéger) ou en vue de se reproduire. Alors que l’homme, cet animal qu’on dit « évolué » a plus tendance à tuer son prochain pour des raisons indépendantes de sa survie : une guerre n’a jamais été une bonne excuse. Il n’y a pas de guerre juste.

 

Alors on voit une situation qui démarre comme un jeu de rôle, où chacun pense pouvoir se faire 14.000 dollars aisément. Quatorze jours, c’est vite passé. Sauf que dès le premier jour on assiste à un accident : un ballon envoyé à un « gardien » qu’il ne saisit pas. Son nez saigne et le chef des gardiens secondé par Chase (Cam Gigandet), un obsédé sexuel, institue une première punition, en rapport avec l’infraction commise : petite punition pour un petit accident.

Mais une fois le doigt dans l’engrenage, la pression et la violence montent et les punitions morales tournent vite à la violence : il me semble qu’à cet instant, l’expérience est concluante.

Mais elle va durer six jours, avec une violence toujours grandissante, jusqu’à l’irréparable, qui va signer la fin de l’expérience et le retour à la vie « normale ».

 

Mais comment peut-on revenir à une vie normale une fois l’expérience terminée. Le film de Scheuring termine sur note peut-être un tantinet optimiste, je n’en suis pas complètement convaincu.

Pour le reste, on reste sur le malaise entrevu dès le début : entre voyeurisme et expérience scientifique.

Certes la montée en puissance est très bien menée, on ne nous épargne aucun élément des films carcéraux : de la brimade à la torture, sans oublier bien sûr la sexualité.

C’est un film brutal à tout point de vue. La lente dégradation des rapports qui deviennent de moins en moins humains atteint des proportions à la limite du supportable.

Adrien Brody et Forest Whitaker sont remarquables, et les autres acteurs sont aussi très justes dans leur jeu : Whitaker en chef des bourreaux et Brody en figure christique jusqu'à la révolte inévitable.

Au milieu de cette violence qui s’intensifie, on retrouve la belle Bay (Maggie Grace), flânant dans les marchés d’Inde, où les couleurs sont éclatantes de vie, en totale contradiction avec l’univers épuré de la prison où les couleurs ternes tendent plus vers le noir et blanc, avec juste ce qu’il faut de rouge pour le sang.

 

Un film implacable et un peu dérangeant : à découvrir.

 

Ou pas.

 

 

(1) En « prime », avant les premières images du film, une société de production intitulée Natural Selection avec deux éléphants qui se rentrent dedans tête baissée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Penn, #Western
Little big Man (Arthur Penn, 1970)

Enfin.

Enfin un film qui remet les pendules à l’heure.

En effet, depuis le magnifique They died with their Boots on de Raoul Walsh, aucun film n’avait traité aussi bien Little big Horn. Ni avec autant de panache.

En effet, le film de Walsh nous présentait un Custer romantique en diable, interprété par l’immense Errol Flynn et aimé d’une Elizabeth (Olivia de Havilland, même mariée à Custer, elle est magnifique…) admirative.

Mais ça, c’était avant. Du temps où un bon Indien était avant tout un Indien mort.

Pourtant ce précepte fut – heureusement – écorné dès les années 1950 avec, par exemple, La Prisonnière du désert et d’autres films qui suivirent.

Mais ici, Arthur Penn va encore plus loin : Custer est très loin de l’image véhiculée auparavant : il n’est rien qu’un chef bouffi d’orgueil et surtout un véritable abruti, au grand dam de ses subordonnés.

Ca fait du bien des fois...

 

Mais si Custer (Richard Mulligan) est malmené, le véritable héros du film est avant tout le peuple cheyenne. Si Jack Crabb (Dustin Hoffman) est le narrateur, il est avant tout le porte-parole d’un peuple fier (et farouche, cela va sans dire) dont les membres se désignent eux-mêmes (à juste titre) des « êtres humains ». Il faut dire que les Blancs qu’on y croise peuvent difficilement se targuer d’un tel titre.

Et pourtant, Jack est avant tout un homme blanc. Mais surtout, c’est un témoin (improbable) des guerres indiennes.

La première fois que nous voyons Jack, c’est un très vieil homme (1) qui approcherait les 120 ans si on en croit la narration.

Très jeune il est recueilli par la tribu d’Old Lodge Skin (Chief Dan George) et est élevé parmi ce qui devient sa nouvelle famille.

Mais étant avant tout un homme blanc, Jack va aller de famille en famille, et surtout alterner entre les Cheyennes et les Blancs au hasard des opportunités.

Avec, en point d’orgue la fameuse bataille de Little big Horn.

 

Quelle que soit la période dont nous parle Jack, ce sont toujours les mêmes personnages que nous rencontrons : la tribu d’Old Lodge Skin d’un côté ; et de l’autre Wild Bill Hickok (Jeff Corey), Custer ou encore Merriweather (Martin Balsam), sans oublier Mrs Pendrake (Faye Dunaway).

C’est un rôle magnifique pour Dustin Hoffman. Non seulement il a la taille requise, mais en plus, il passe d’un archétype à un autre avec brio, le tout rythmé par sa voix altérée de narrateur. Cette narration, d’ailleurs, possède un recul étonnant qui confine parfois à l’ironie. Jack passe d’un statut à l’autre en fonction des circonstances, mais avant tout pour sauver sa peau !

 

Si les Indiens sont les véritables gentils du film, il ne s’agit pas d’un film didactique comme peut l’être le superbe A Man called Horse qui est sorti quelques mois plus tôt. Mais le point commun entre ces deux films est un respect du peuple indien, et surtout une volonté d’éveiller les spectateurs au sort de ceux qui sont avant tout les véritables Américains : alors quand on entend un président qui veut chasser tous les « étrangers (2) » de son pays, on ne peut que lui conseiller de revoir ces deux films (et les autres).

 

Alors certes, on peut légitimement qualifier l’intrigue d’improbable, voire invraisemblable, mais il en demeure tout de même que le thème abordé l’est fait avec beaucoup de talent. Pendant 70 ans, on a montré les Indiens comme des brutes sanguinaire – sans oublier barbares – que l’on peut aisément duper. Il n’en demeure pas moins que la tribu qu’on nous montre est un magnifique exemple d’humanité (voir plus haut).

Cette tribu qui accueille Jack le fait sans hésiter ni préjugé. Et si Jack se brouille (à la vie, à la mort) avec Younger Bear (Cal Bellini) – autre brave – c’est avant tout par méconnaissance des us et coutumes cheyennes. Pour le reste, il s’adapte facilement à cette vie nomade dont les propriétés ne sont pas toujours désagréables (3).

 

Mais plus qu’un plaidoyer pour les Indiens ? Arthur Penn nous livre ici un western magnifique où le pittoresque se mêle à l’historique pour notre plus grand bonheur.

Jack, s’il est le personnage central, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un héros dans le sens positif du terme. Pour avoir traversé cette période – et les autres, le récit a lieu en 1969 ou 1970, d’où une vie marquée par de grands événements historiques mondiaux – Jack a une chance extraordinaire.

Mais cela ne l’a pas empêché de côtoyer les grands noms de l’Ouest américain (Wild Bill Hickok, Custer, mais aussi Buffalo Bill), ainsi que vivre différentes vies plus ou moins honorables : jeune candide auprès de Mrs. Pendrake ; pistolero (avant sa rencontre avec Hickok) ; partenaire d’un charlatan qui vend un élixir miracle ; sans oublier poivrot avec tous les désagréments inhérents dont un temps atmosphérique franchement désavantageux…

 

Bref, nous sommes ici en présence de ce qu’on pourrait appeler un sommet (« a peak » comme ils disent) du western.

Indispensable.

 

 

  1. Dick Smith, le maquilleur, est un véritable magicien.
  2. « Aliens » en VO. Rien à voir avec Ridley Scott.
  3. cf. l’épisode avec les sœurs de Sunshine (Aimee Eccles).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joe Johnson, #Science Fiction
Jurassic Park III (Joe Johnston, 2001)

Et de 3 !

Alan Grant (Sam Neill), l’Indiana Jones de la paléontologie est de retour ! Mais cette fois, sans Ellie Sattler (Laura Dern). Enfin si, mais non : Laura a rencontré un autre homme avec qui elle a deux enfants.
Grant était retourné à ses fouilles (1) et surtout ses raptors fossilisés, aidé d’un jeune homme entreprenant, Billy Brennan (Alessandro Nivola). Il n’est plus question pour lui de retourner observer quelque dinosaure qui ne soit pas à l’état de fossiles, l’expérience de John Hammond l’ayant guéri à vie de ces charmantes bestioles.

Mais bien entendu (2) il y replonge, malgré lui et surtout à cause de Mr. et Mrs. Kirby (William H. Macy & Téa Leoni) : leur fils Eric (Trevor Morgan) a disparu dans les environs de l’Isla Sorna, célèbre surtout pour abriter le site B du complexe Jurassic Park

 

Quand un sujet se prolonge sur plusieurs épisodes, on peut avoir du très bon (Starwars) ou du moins bon (3). Et quand le film est sorti, ce n’est pas vers lui que je fus attiré.

Une quinzaine d’années plus tard, il me semblait intéressant d’y jeter un œil, pour voir.

Et j’avoue avoir été plutôt contenté. Joe Johnston n’est pas Spielberg, mais j’aurais tendance  à le considérer comme un de ses fils spirituels, après l’avoir côtoyé sur différents projets.

Et ce troisième opus des aventures jurassiques est plutôt bien ficelé.

On retrouve pratiquement tous les protagonistes des deux films précédents (les animaux, pour les humains, il ne reste qu’Alan et Ellie), avec quelques nouveaux venus dont le redoutable spinosaure.

Bien entendu, notre vieux complice le tyrannosaure est de la partie, amenant un combat de titans qui n’est pas sans rappeler celui qui le met en scène contre King Kong dans le film éponyme (celui de 1933, bien sûr). Et encore une fois, notre ami le T.Rex n’est pas à la fête.

 

Pour le reste, le film de Johnston se regarde avec une certaine gourmandise : on y retrouve ce qui faisait le charme des deux premiers épisodes, ce qui est la moindre des choses quand on reprend une franchise.

Et si Sam Neill, l’un des rares rescapés, est toujours là, sa naïveté a complètement disparu. Il a beau être toujours seul dans sa vie, il n’en demeure pas moins adulte et très professionnel.

Et finalement, il laisse la place à Kirby qui va être le personnage qui profitera de la transfiguration inévitable d’un héros digne de ce nom.


Alors une nouvelle adaptation du monde de Michael Crichton était-elle nécessaire ? Pas plus que n’importe quel autre film. Le plus important est de passer un moment agréable, et si en plus c’’est bien fait, où est le problème ?

Alors oui, je trouve que cette suite (qui n’en est pas vraiment une) a sa place dans une cinémathèque. Ce ne sera pas la première place, mais ce ne sera certainement pas la dernière, c’est du cinéma, tout simplement : de l’action, du spectacle, des effets plus que spéciaux, et des acteurs qui croient à ce qu’ils jouent.

 

C’est avant tout ça que nous voulons !

 

 

  1. Curieuses ?
  2. Autrement le film n’aurait pas vraiment de raison d’être, n’est-ce-pas ?
  3. Pour ne froisser personne, je vous laisse le soin de choisir

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Presse
Pentagon Papers (The Post - Steven Spielberg, 2017)

Que faire quand on attend la fin de la postproduction de son film ? Un autre film, bien évidemment. Surtout quand on est cinéaste, et encore plus quand on s’appelle Steven Spielberg.

Avec Pentagon Paper (1), Spielberg élargit son champ d’action cinématographique et se lançant dans un film sur la presse, et plus particulièrement à la suite d’Alan J. Pakula : en 1976 sortait Les Hommes du Président, dont les protagonistes étaient (sont) deux journalistes de ce même Post.

 

En 1966, Dan Ellsberg (Matthew Rhys) se procure un rapport accablant à propos de la guerre du Vietnam qui commence (déjà) à s’enliser.

Cinq ans plus tard, le New York Times (autre journal prestigieux) publie un extrait de ce rapport.

La Maison Blanche contre-attaque en assignant le Times.

Entretemps, le Post récupère la quasi-intégralité du rapport. Faut-il le publier ?

 

Les cinéphiles savent (voir plus haut) que la réponse est oui. Mais ce n’est pas ça qui est le plus intéressant dans ce film. C’est plus la façon d’y arriver et surtout la personnalité de Katharine « Kay » Graham (Meryl Streep, magnifique), fille et épouse des deux précédents directeurs du quotidien.

Mais surtout, nous sommes dans un film de Spielberg, et dans cette reconstitution historique, on retrouve quelques thèmes privilégiés du réalisateur, comme la famille et l’inadaptation.

En effet, le personnage de Kay est absolument incongru dans cet univers d’hommes – on trouve aussi peu de femmes dans le film de Pakula – la séquence à Wall Street en est un exemple flagrant.

Quant à la famille, outre les précédents directeurs, beaucoup de scènes – dont l’étude de ces fameux papiers – se situent chez les protagonistes principaux : chez Kay ou chez Benjamin « Ben » Bradlee (Tom Hanks).

 

La première incursion dans la salle de rédaction du Post nous renvoie directement au film de Pakula. Pour ceux – comme moi – qui ont vu l’autre film, c’est un lieu familier, synonyme de sérieux et de qualité. Et pourtant, au moment de cette histoire, le Post est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. La publication ou non de cette affaire d’état est un enjeu essentiel pour le film, mais surtout pour le Post : les investisseurs suivront-ils ?

Pourtant, le véritable enjeu – pour Spielberg – c’est la place d’une femme dans un monde exclusivement masculin.

 

Il y a chez Kay une fragilité visible : elle n’est pas à l’aise parmi dans ce monde d’hommes. La réunion avec les investisseurs est une illustration très juste de cet état de fait. Elle a beau présider la séance et avoir prépa&ré à fond cet entrevue, elle ne peut pas aller au bout de ce qu’elle voulait, et en plus les participants se tournent vers son collaborateur Fritz Beebe (Tracy Letts) qui se trouvez obligé de prendre à son compte le travail de Kay.

L’ouverture des esprits créée par l’année 1968 ne s’est pas propagée partout : les tenants de la phallocratie sont toujours aux commandes et malgré son statut, Kay n’est qu’une femme, et semble acceptée seulement parce qu’elle était liée aux anciens directeurs. A ce propos, Bradley Whitford, dans le rôle d’Arthur Parsons, est magnifique phallocrate bouffi de sa suffisance masculine.

Et puis il y a la séquence de Wall Street : le jour de l’entrée sur le marché du Post, après près de 100 ans d’indépendance financière.

Kay gravit les marches vers la salle de réunion et se retrouve devant une assemblée de femmes, toutes portant des dossiers : ce sont les secrétaires des hommes qui ont pu pénétrer dans le sanctuaire. L’entrée de Kay et surtout sa place à la table de réunion la fragilisent encore plus. On sent sa gêne, mais aussi le poids des préjugés de ces hommes qui n’ont d’autre alternative que de la recevoir. C’est un immense moment de solitude pour elle.

 

Mais heureusement, la famille est là : c’est elle qui va lui donner la force qui lui manque : son échange avec sa fille Lallie (Alison Brie) est l’élément déclencheur, ce qui lui manquait pour passer à autre chose. A partir de cet instant, Kay devient enfin la directrice qu’on attendait. Elle le sera jusqu’en 1979 et aura encore un rôle important dans l’autre grand scandale révélé par le Post : le Watergate.

 

Et Nixon dans tout ça ? On ne le voit pas, mais on sent son  influence à chaque moment-clé du journal. Il y a une crainte – justifiée – de la réaction de la Maison Blanche, et l’injonction prononcée contre le Times est le révélateur d’un gouvernement bien éloigné du discours de Gettysburg.

Les seules interventions qu’on a de la Maison Blanche sont des conversations téléphoniques d’un proche de Nixon, aperçu de dos à travers les vitres. La dernière intervention nous amène bien entendu au film de Pakula : mais comment pouvait-il en être autrement ?

 

 

PS : Dans le film de Pakula, c’est Jason Robards qui interprète Ben Bradlee.

 

(1) Le titre original laconique – The Post – se réfère au Washington Post, l’un des journaux les plus prestigieux des Etats-Unis. Les « Pentagon Papers » sont toutefois l’un des enjeux de l’intrigue.

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