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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Julien Duvivier
Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, 1930)

Il fallait bien qu’un jour Julien Duvivier rencontre Zola. Et comme Zola s’est excusé dès 1902, il restait ses livres.

Et Duvivier en profite pour tirer un trait avec brio sur son cinéma muet : Au Bonheur des Dames ce sera.

Il s’agit de la première adaptation du livre, suivra treize ans plus tard celle d’André Cayatte avec Michel Simon et Albert Préjean, mais ceci est une autre histoire.

 

Bien sûr, Duvivier prend des libertés avec le roman, mais il est tout à fait en droit de le faire, nous sommes au cinéma.

Et pour sûr, c’est du grand spectacle.

Duvivier utilise pratiquement toutes les possibilités qu’offrent la caméra et la technique: travellings (avant et arrière), panoramiques, caméra subjectives, surimpression, incrustation… C’est un festival sans être en même temps une démonstration, si ce n’est celle de l’intrigue.

Le tout servi par une distribution impeccable, on aurait tort de bouder son plaisir.

 

On retrouve donc la jeune et orpheline Denis Baudu (La belle Dita Parlo et son regard triste, même quand elle sourit), qui débarque – de sa Province, même si ce n’est pas dit – et va s’installer chez son oncle le vieux Baudu (Armand Bour) marchand de tissus au Vieil Elbeuf, en face du célèbre Bonheur des Dames. Y vivent aussi sa cousine Geneviève et son fiancé Colomban (Fabien Haziza).

Sauf que le Bonheur des Dames a ruiné tous les commerçants de la rue et que Baudu a beau résister, le rouleau compresseur d’Octave Mouret (Pierre de Guingand)  pour développer son enseigne ayant avalé les petites boutiques les unes après les autres.

Alors Denise va devoir travailler… En face !

 

On retrouve dans les (très) grandes lignes le roman du grand Emile, mais de toute façon, ce n’est pas ça qui est important chez Duvivier qui pour ses adieux au muet nous gratifie d’une nouvelle vision cynique voire pessimiste des hommes.

Et ceci est accentué par la transposition de l’intrigue dans les années 1920s, juste avant les effets désastreux de la crise de 1929.

Les premières images nous montrent l’arrivée d’un train – celui de Denise – et l’apparition de la jeune femme dans la frénésie parisienne. En effet, à partir du moment où elle sort de la gare, c’est un déluge d’images frénétique(s) où ce qui domine le plus est l’agitation (vaine, cela va sans dire), soutenue par un montage rapide et des surimpressions qui donnent le tournis.

Et comme le dit l’intertitre – le cynisme de Duvivier est là – c’est le progrès !

Une fois le côté obscure de Duvivier identifié et un peu mis de côté, nous assistons à un magnifique montage rapide où des gens, des voitures, des trains arrivent et partent, et où trône au milieu de toute cette excitation le Bonheur des Dames : la promotion autour de cette enseigne est d’ailleurs démesurée : des affichages, des ballons, des lumières et même des hommes-sandwiches portant des lettres agencées pour écrire le nom du magasin. Bref, rien n’est trop peu ni trop beau pour ce géant commercial.

Puis, autre grand moment du magasin, sa visite : on passe de rayons en rayons avec des clientes (les plus nombreuses, les hommes étant surtout les employés du magasin), où tout se vend et donc s’achète, se porte se mange, ou tout ce que vous voulez. Bien sûr, au passage, les Galeries Lafayette ont pu jouir d’une certaine publicité (1), mais on peut se demander si Julien Duvivier était le meilleur agent pour cela…

 

Et puis il y a les gens. Mis à part Mouret et sa clique, la plupart des personnages sont de basse extraction et pas toujours très beaux physiquement – Deloche (René Donnio), le jeune homme qui se présente en même temps que Denise est un bel exemple – ou moralement – Jouve (Fernand Mailly), le chef du personnel n’est rien qu’un petit chef qui use de son pouvoir pour harceler les jeunes femmes.

Les jeunes femmes ont un rôle important d’ailleurs puisque Denise est embauchée avec les mannequins. On a alors le droit à des femmes peu vêtues et des plans rapprochés de jambes… Avec en prime l’ignoble Jouve qui se rince l’œil quand il ne tâte pas la marchandise (pas ici, mais il doit le faire de temps en temps, ses œillades ne trompant personne).

Ce milieu féminin est très bien montré avec les faiblesses de chacune dont les autres se gaussent quand elles n’en tirent pas profit, la concurrence étant de mise, et s’empresser de rire de l’une évite qu’une autre se rie de soi-même…

 

Bref, c’est tout de même un drôle de progrès que nous montre Duvivier dans cette adaptation de Zola. Et on peut constater que près de 90 ans après, il subsiste des similitudes, voire une exagération de la situation : il suffit de voir les ruées de clients à chaque période de solde pour s’en convaincre.

Finalement, Duvivier n’a peut-être pas tant grossi le trait que ça…

 

 

(1) Les vues dans le magasin furent tournées là-bas. Il ne manque que la couleur pour admirer pleinement le magnifique plafond en rotonde de l’endroit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Raoul Walsh
L'Enfer est à lui (White Heat - Raoul Walsh, 1949)

Arthur « Cody » Jarrett (James Cagney) est un truand. C’est un psychopathe de la pire espèce, assassinant de sang froid celui qui se met sur son chemin.

Il commande tout et tout le monde, planifie, décide et dirige ses complices, accumulant les cadavres avec les butins faramineux (pour l’époque, nous sommes en 1948).

Mais la police veille et envoie Alan Fallone (Edmond O’Brien) en infiltration auprès de Cody.

 

Avec Jarrett sur les écrans, c’est le retour des truands de haute volée, comme on en trouvait au début des années 1930s.

Mais entretemps, les mentalités ont évolué et le code Hays a bien rempli son rôle.

Pourtant, Raoul Walsh nous offre ici un magnifique film de gangsters, aussi mauvais et dangereux que ses aînés de la décennie précédente. Et avoir choisi James Cagney n’est pas anodin. Outre le fait qu’il était un acteur phénoménal, il a aussi participé à quelques films du genre, dont les personnages sont presque devenus mythiques maintenant : Tom Powers (The Public Enemy) ou encore Rocky Sullivan (Angels with dirty Faces).

 

Mais en plus d’un film de gangsters, Walsh ajoute une teinte carcérale qui voit l’infiltration de Fallone auprès de Cody. Bien que ce ne soit pas le thème le plus important dans le film, on retrouve les codes de cet autre genre avec la promiscuité, les « métiers » ou encore les inévitables désirs d’évasion.

Mais c’est surtout en prison que se passe le tournant du film : l’infiltration. Il faut avant tout savoir que Cody est un malade. En plus d’avoir le cerveau déglingué, il souffre de migraines chroniques – de plus en plus fortes, semble-t-il – qui l’affaiblissent spectaculairement. C’est d’ailleurs au moment de l’une de ces migraines que Fallone va gagner la confiance de Cody.

Il y a dans le jeu de Cagney une maîtrise et surtout une authenticité impressionnantes. Ses deux crises sont à chaque fois des moments pathétiques où seul une personne proche peut le soulager : proche moralement et physiquement.

Le moment où Fallone voit Cody s’effondrer pourrait presque nous faire croire que Fallone a pitié de lui, tant le spectacle auquel il assiste est prenant et surtout terrible pour Cody.

Autre grand moment de bravoure pour Cagney : l’annonce de la mort de sa mère. Cody est pris d’une rage terrible et doit être évacués de force par une escouade de gardiens tant sa     crise est forte. A tel point que les figurants qui occupaient les tables du réfectoire furent eux-mêmes saisis devant le jeu de l’acteur, s’imaginant qu’il avait une vraie crise !

 

Mais quand le film sort, près de 15 ans ont passé depuis la mise en place du Code Hays, et il n’est pas question de faire de ce redoutable gangster un modèle. Et Walsh insiste aussi sur les moyens policiers, utilisant la technologie de pointe (de 1948) avec téléphone dans la voiture et surtout un détecteur radio qui permet de suivre le parcours de Cody et ses complices pour leur dernier coup.

Dernier coup, parce qu’il est indispensable que Cody s’en sorte. Nous assistons alors à une mise à mort, les policiers n’hésitant à aucun moment pour l’abattre. Mais afin de faire passer plus facilement la mise à mort légale, Walsh n’a pas hésité à nous montrer un personnage d’une extrême dangerosité, au cerveau malade dans tous les sens du terme.

Cody devient de plus en plus fou, méprisant la vie humaine quelle qu’elle soit : celle des policier ou celle de ses complices qui tombent un à un.

 

En plus, tout comme Tom Powers, Cody qui est tout pour lui, tout comme il est tout pour elle. Mais alors que Ma Powers (Beryl Mercer) était une femme victime de la malfaisance de son fils, il n’en va pas de même de « Mother » Jarrett (Margaret Wycherly). C’est une femme forte, mais surtout fière de son garçon, bien qu’il soit un gangster notoire. On pourrait même dire que son mauvais penchant est la raison de sa fierté : elle a toujours voulu qu’il arrive tout en haut (« on top of the World »), et d’une certaine façon, il y arrivera comme le dira Fallone en conclusion.

La relation entre Cody et sa mère est très fusionnelle, amenant la crise du réfectoire (cf. plus haut). Il faut dire que cette dernière est plus qu’une mère : elle est aussi complice des méfaits de son fils. Il faut la voir déjouer la vigilance de la police ou annoncer à son fils en prison qu’elle va prendre les choses en main pour s’en convaincre.

 

Il n’y a donc aucune commisération possible : Cody doit mourir, et même sa mère ne peut le racheter, elle est aussi mauvaise que lui.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Fils du désert (Three Godfathers - John Ford, 1948)

Encore un western ?

Pas vraiment.

Si le cadre est celui du genre, le propos va au-delà du western traditionnel.

Certes, tout commence bien pour ces trois hommes qui arrivent à Welcome, Arizona (1) : outre le panneau d’entrée, la première maison qui retient leur attention appartient à un certain B. Sweet (Ward Bond). Littéralement : « soyez doux » (2).

Et ce B. Sweet se prénomme plutôt Buckley ou Buck, voire Pearley, pour sa femme Carrie-Lou (Mae Marsh).

Sauf que cet homme si « doux » n’est autre que le shérif de Welcome.

Et surtout que les trois étrangers qui viennent d’arriver sont de bandits de grand chemin qui ont rendez-vous avec la banque afin d’y clore définitivement tous les comptes.

En fuite, les trois hommes croisent sur leur chemin un chariot dans lequel une femme (Mildred Natwick) meurt après avoir mis au monde un petit garçon.

Comme les trois hommes l’ont aidé pour ses derniers instants, elle les choisit comme parrains pour son enfant, donnant leurs trois prénoms : Robert (John Wayne), William (Harry Carey Jr.), Pedro (Pedro Armendariz).

Va alors commencer une autre traversée du désert, une traversée pour la vie de cette enfant, que ces trois canailles vont protéger sur leur vie.

 

C’est un remake – Marked Men (1928) – mais comme le premier film est perdu, nous devons nous contenter de celui-ci. Mais je ne crois pas qu’on y ait perdu au change.

En effet, John Ford signe ici l’un de ses westerns les plus émouvants, voire humanistes.

En effet, cette responsabilité inattendue qui tombe sur ces trois fripouilles va au-delà de ce qu’on attend d’un western traditionnel. Pensez donc, trois bandits qui donneraient leur vie pour un petit bout d’homme !

En outre, on pense bien sûr au Three bad Men du même Ford, où trois canailles (sublimes disait le titre français) se sacrifient avec panache.

 

Mais cette traversée du désert est on ne peut plus symbolique et le western devient alors parabole et les trois parrains (le titre original) deviennent les trois rois mages, voire le peuple hébreux conduit dans le désert par Robert « Moïse » Hightower.

D’une manière générale, le film fait de nombreuses références à la Bible, que ce soit par les situations ou les paroles : plusieurs citations émanent de la Bible, dont le célèbre psaume 137 (3).

Sans oublier le but du voyage : New Jerusalem. Et si vous en voulez encore, le jour de l’arrivée de Robert (le grand) et Robert (le petit) n’est autre que Noël…

 

Et pourtant, cela reste un western, mais avec tout ce qui fait habituellement le monde de John Ford, ce microcosme plus vivant que la vie avec ses personnages indispensables : le shérif bien sûr, mais aussi le pianiste du saloon (Richard Hageman), le juge débonnaire (Guy Kibbee), le poivrot de service (encore une fois c’est Francis Ford, le frère de), le chef de train (Jack Pennick, fidèle au poste) et bien sûr le vieux grincheux, Curly (Hank Worden) qui, comme son nom ne l’indique pas (« frisé, bouclé ») est chauve.

Bref, nous avons tous les ingrédients pour un magnifique western et c’est encore plus que cela.

Chaplin, en présentant The Kid, avait promis aux spectateurs : « un film avec un sourire, et peut-être une larme ». Cette assertion sert absolument ce film, tant on passe tout naturellement du comique au tragique, progressivement.

 

Comique parce que voir ces trois grands bandits assurer la survie d’un bébé est très drôle, surtout quand ils suivent – à la lettre ou presque – les conseils d’un obscure pédiatre, avec lequel Robert surtout n’est pas beaucoup d’accord. Il est d’ailleurs très amusant de voir John Wayne mal à l’aise avec cet enfant tombé du ciel (4), alors qu’il avait lui-même à l’époque déjà 4 enfants !

 

Et puis il y a le moment de bravoure qui dure plus de la moitié du film : la traversée du désert vers la Terre Promise (voir plus haut).

Il  est évident que le tournage fut épuisant : le Désert de Mojave, La Vallée de la Mort (et Lone Pine).

C’est du désert à perte de vue, avec tempête de sable et soleil de plomb : John fut même hospitalisé. C’est dire.

 

Au final, c’est un western inoubliable où Ford met (presque) de côté les antagonismes habituels, évitant ainsi le côté manichéen du genre, et surtout, comme dans plusieurs films (Stagecoach, entre autres, puisqu’il y a John Wayne), les gentils ne sont pas toujours là où on les attendait, et être hors-la-loi n’empêche pas d’être homme d’honneur et de principes.

 

Un grand film !

 

 

PS : le bébé filmé par John Ford pour le film s’appelle Amelia Yelda. Elle doit avoir à peu près 70 ans aujourd’hui…

 

  1. Un patelin qui s’appelle « Bienvenue », on ne peut rêver mieux comme accueil.
  2. N’est-ce pas professeur Allen John ?
  3. « Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus cum recordaremur Sion » (vous chercherez la traduction, mais je vous donne un indice : un groupe de disco (hum…) en a fait un tube…
  4. Bien sûr, puisque pendant toute cette séquence autour de la naissance, brille dans le ciel une étoile. Cette étoile, c’est aussi le souvenir de Harry Carey, qui mourut avant le film qui lui est dédié : « To the memory of Harry Carey, bright Star of the early western sky. » Et si son fils joue dans ce film, c’est tout de même John Wayne qui reprend son rôle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Valère, #Guerre
La Sentence (Jean Valère, 1959)

Une heure, dans la vie d’un homme, ce n’est rien : 1/8760 d’une année, alors sur toute une vie…

Mais parfois, une heure, c’est tout. C’est là que tout e gagne, ou que tout se perd.

Ici, tout se perd.

Imaginez : un jour de septembre 1944, sur la côte normande pas loin de Cherbourg, un officier allemand est tué par une grenade, lancée d’un balcon. Les soldats fouillent les rares habitations occupées, et arrêtent ceux qu’il trouve, et ceux qui s’enfuient.

Ils sont cinq, enfermés dans une cave, à attendre l’heure de l’exécution.

 

La « sentence », c’est donc la condamnation à mort de ces cinq personnes : Georges Lagrange (Robert Hossein), Catherine Desroches (Marina Vlady, alors Mme Hossein à la ville), Antoine Castellani (Roger Hanin), Jeanne Boissard (Béatrice Bretty) et François Lombard (Lucien Raimbourg).

Si quatre d’entre eux sont des résistants, François lui, a juste garé sa charrette après le passage d’un autre résistant pourchassé. Il a payé pour celui-ci.

Mais le film de Jean Valère est autre chose qu’un film sur la résistance.

 

Avec ce film, Jean Valère se lance enfin dans la réalisation, après plusieurs expériences en tant qu’assistant-réalisateur, avec notamment Robert Hossein. Il se paye le savoir-faire d’Henri Decaë pour la photo et nous propose un film magistral à plus d’un point.

Ayant participé à la Résistance dans le Vercors, il propose une vision du conflit fort différente des autres films. Rien de spectaculaire ni de glorieux, seulement des hommes et des femmes qui assument plus (Antoine) ou moins (François) leur sort et surtout leurs actions.

 

Le rythme est lent et pourtant, la majeure partie du film s’étend sur seulement une heure : de 6 heures (du matin), heure où les cinq personnes apprennent leur sentence, et 7 heures, horaire de son exécution.

Si François est étranger au réseau dont font partie les autres, il n’en demeure pas moins connu d’eux, et ne cache pas ses sympathies pour leur(s) action(s). Mais malgré cela, il est tout de même l’un des condamnés.

Après un premier quart d’heure (environ) où l’attentat se met en place et se produit et où les différents personnages sont emmenés dans une cave, Valère arrête le temps, ou plutôt le maîtrise.

A partir du moment où Antoine traduit la sentence du commandant allemand (Hans Verner), il ne reste qu’une heure à vire et nous allons la vivre avec eux, sans distorsion du continuum temporel.

En effet, à cet instant, Valère se donne comme contrainte la règle des trois unités du théâtre classique :

  • unité de temps : une heure ;
  • unité de lieu : la cave et la plage attenante ;
  • unité d’action : nous vivons tous les moments de cette ultime heure.

C’est absolument magnifique de narration et aussi de jeu d’acteurs. Non, Roger Hanin n’a pas toujours été Navarro ou quelque autre personnage à la truculence pied-noir. Ici, il est un chef de réseau, conscient de ses responsabilités et les assumant jusqu’au bout, acceptant aussi l’injustice faite à François.

Robert Hossein interprète l’étranger de cette équipe : cela ne fait qu’une semaine qu’il est là, engagé dans la Résistance pour donner un sens à sa vie. Mais il n’est qu’humain et refuse cet ultimatum, ayant comme tout un chacun la peur de mourir.

Quant à Marina Vlady, elle est la femme, amoureuse (d’Antoine) mais déterminée, malheureuse de mourir bien sûr, mais ce sera avec l’homme qu’elle aime.

Béatrice Bretty et Lucien Raimbourg, eux, sont d’une certaine manière les victimes collatérales de ce conflit, complice plus ou moins volontairement, mais acceptant eux aussi leur sort inéluctable.

 

En plus de la règle des 3 unités, Valère construit son intrigue en distillant des micro-événements, alternant l’espoir et le désespoir jusqu’au bout, ses personnages conservant (presque) l’espérance illusoire de s’en sortir.

C’est une série continue d’alternance entre une étincelle d’optimisme éteinte par la réalité abrupte (pessimiste), ne donnant jamais la possibilité d’embraser leurs espoirs.

Il n’y aura aucune chance, malgré les Alliés qui s’approchent, ou les camarades qui essaient de les délivrer.

 

C’est aussi un film où la bande-son est très importante. En effet, les silences sont aussi éloquents que les paroles échangées : paroles de regret, d’espoir, de résignation ; et le silence lourd du destin funeste qui les attend.

De plus, aucun compositeur n’a écrit une partition pour ce film : c’est le Requiem de Mozart qui accompagne ces personnes à la mort, ainsi que l’avait voulu le grand Wolfgang Amadeus.

 

En moins de 80 minutes tout est dit, tout est consommé : personne n’est épargné.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Kenneth Branagh
Thor (Kenneth Branagh, 2011)

Après une palanquée de super-héros humains, Marvel s’occupe maintenant de héros un cran au-dessus : les dieux.

Celui qui nous intéresse ici est issu tout droit de la mythologie scandinave : Thor (Chris Hemsworth), fils d’Odin (Anthony Hopkins) et de Frigga (Rene Russo), et bien sûr frère de Loki (Tom Hiddleston).

Nous voici donc dans l’univers d’Asgard, un des 9 royaumes (1).

Et comme dans tous les autres royaumes, nous assistons à des jeux de pouvoirs, de trahisons et toute cette sorte de choses…

Toujours est-il que Thor est banni d’Asgard et est envoyé sur terre ainsi que Mjalnir, son marteau (2).

 

C’est Kenneth Branagh qui signe l’ouverture de la série Thor (deux autres épisodes, sans compter les Avengers), ce qui peut sembler curieux vu ses films précédents. Mais au final, le résultat est là, on a eu ce qu’on attendait : un nouveau super-héros divin avec des péripéties plus spectaculaires les unes que les autres. Bref, nous sommes bien chez Marvel.

Et au cas où vous l’auriez oublié, on a même droit à Stan Lee dans une apparition amusante, comme c’est souvent le cas (3).

 

Pour le reste, rien de bien nouveau, si ce n’est les personnages. Thor est l’archétype du héros scandinave, pour ne pas dire aryen. Mais heureusement, on n’entre pas dans un débat idéologique, ce n’est pas sa place. Et Chris Hemsworth possède le recul nécessaire pour ne pas se laisser emporter par ce héros si parfait : de toute façon, s’il était parfait, il n’y aurait pas de film, et surtout, on s’ennuierait.

Hemsworth a montré depuis qu’il savait être autre chose qu’un beau et grand guerrier blond : son rôle de secrétaire dans le dernier Ghostbusters est absolument savoureux.

 

Comme nous chez Marvel, le SHIELD se rappelle à notre souvenir. En effet, cet organisme intervient peu de temps après l’apparition de Thor sur terre, confisquant tout le matériel de Jane Foster (Natalie Portman), une scientifique qui se trouvait au mauvais endroit et au mauvais moment : celui de l’atterrissage du guerrier. C’est Coulson qui mène la danse et dirige les études scientifiques, mais on y retrouve Nick Fury (Samuel L. Jackson) et un petit nouveau apparaît : l’Agent Jasper Sitwell (Maximiliano Hernández), qui reviendra dans Captain America : the Winter Soldier.

Sans oublier le savant Erik Selvig (Stellan Skarsgård), qu’on retrouvera dans d’autres films.

 

Et puis il y a le méchant. Ils sont deux, don l’un plus fort que l’autre.

Le premier est le géant des glaces Laufey (Colm Feore), du royaume de Jötunheim (un des 9), qu’Odin avait vaincu une première fois et qui revient une fois le vieux dieu endormi, alors qu’il est remplacé par son deuxième fils Loki.
Et c’est là qu’intervient le deuxième (et plus dangereux) méchant : Loki.

Il est magicien et très fort dans son domaine, pétri d’une haine envers Thor due à une jalousie exacerbée envers ce même frère. Bref, un méchant bien identifié et dangereux à souhait, comme on les aime, et qui ferait la fortune d’une psychanalyste.

 

Je terminerai en vous disant que le film renferme la dose habituelle d’humour et que l’arrivée des copains de Thor (dont Ray « Titus Poulo » Stevenson en Volstagg) n’est pas sans rappeler Superman 2 des deux Richard : Donner et Lester.

Et bien sûr, une suite est annoncée en toute fin, avant la scène post-générique habituelle.

 

  1. La Terre en est un autre, ce qui justifie son arrivée.
  2. La fin d’Iron Man 2 nous annonçait le film : on y voyait un cratère au Nouveau-Mexique, et surtout le marteau.
  3. Vous chercherez.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Drame
A l'Ouest de Zanzibar (West of Zanzibar - Tod Browning, 1928)

Phroso (Lon Chaney) est un prestidigitateur de talent se produisant sur diverses scènes de music-hall, accompagné de sa femme Anna (Jacqueline Gadsdon).

Mais celle-ci veut le quitter pour le beau et élégant Crane (Lionel Barrymore).

Une échauffourée s’ensuit entre les deux hommes et Phroso est précipité par une rambarde et se brise la colonne vertébrale. Le voilà hémiplégique.

Quand sa femme refait surface, il la trouve morte, un bébé auprès d’elle.

Phroso décide alors de se venger de Crane et de sa fille.

 

Lon Chaney dans tout son art, Tod Browning dans son élément.

Nous retrouvons donc Lon Chaney dans un rôle de mutilé, le crâne rasé et un regard haineux qui rappelle celui de Blizzard dans The Penalty. On peut alors le voir se déplacer comme n’importe quel hémiplégique, traînant ses jambes mortes (1) ou descendant de l’étage par une corde à nœuds. [NB : il ne la remonte jamais]C’est encore une fois un personnage très maléfique.

Pourtant le film commençait bien : Phroso (2) est marié à la belle Anna, ce qui est un changement par rapport aux autres films où il espère toujours l’affection des jolies femmes : Nanon (Joan Crawford) dans L’Inconnu, Gertrude Hadley (Virginia Valli) dans The Shock, ou encore Lilith (Leatrice Joy) dans The Ace of hearts (etc.).

Mais cela ne dure pas puisqu’en même pas cinq minutes de film, elle est partie revenue et morte, laissant donc une fille, que Phroso reconnaît comme celle de Crane.

Bref, on retrouve le thème de la vengeance dans toute sa dimension cinématographique.

 

Mais si la vengeance peut se justifier entre Phroso et Crane, la fille n’est en aucun cas coupable de quoi que ce soit. Et surtout, il n’est pas question de laisser impuni un tel stratagème criminel au cinéma. Alors encore une fois, le personnage de Lon Chaney va devoir payer pour son (ses ?) crime (s).

Mais si le personnage paie pour avoir dégradé la jeune femme (3), il n’en trouvera pas moins la Rédemption inévitable – ou presque – du cinéma américain.
En effet, la vengeance se retourne contre son instigateur, l’amenant au sacrifice tout aussi inévitable lui aussi.

 

Il s’agit du pénultième film entre Chaney et Browning, et encore une fois, Chaney nous montre toute l’étendue de son talent. On le voit sourire, en colère, suppliant, apeuré… Pratiquement toutes  les émotions sont illustrées dans ce film. Et en plus, on peut le voir avec un visage normal d’homme prévenant, fragile et émouvant comme il savait l’être.

C’est un régal pour ses fans dont je fais partie.

Quant à Browning, outre quelques éléments de sa future œuvre déjà mentionnée (4), on retrouve le monde du spectacle qui a souvent baigné les intrigues de ses films : La Morsure, L’Inconnu et bien sûr Freaks

Phroso est un saltimbanque, dont le déguisement rappelle d’une certaine façon un autre personnage de Chaney : Paul Beaumont dans He who gets slapped.

 

Au final, nous sommes en territoire connu et savoureux. Il ne manquait plus qu’un autre géant du cinéma pour lui donner la réplique - même au cinéma muet, les gens (se) parlent – et c’est le cas avec Lionel Barrymore. Il y a une alchimie qui fonctionne très bien entre  ces deux géants aux rôles pas si éloignés que ça : Crane n’est pas un enfant de chœur et sa confrontation (finale) avec Phroso tourne à son avantage d’une manière tout de même assez ignoble.

C’est hélas le seul film où ces deux géants se partagent la vedette. Mais le personnage de Paul Lavond (The Devil Dolls) , interprété par Barrymore, n’est pas sans rappeler celui d’Echo (The unholy Three) joué par Chaney.

 

Bref, on a du grandiose, dans l’intrigue comme dans l’interprétation, même si on peut douter de l’authenticité des Africains dépeints, pour preuve la présence d’un autre monstre du cinéma : Dick Sutherland (5).

 

A (re)voir de toute urgence.

 

 

PS : Encore une fois, le titre original a été traduit. Le Talion. Certes, il s’agit d’une histoire de vengeance, mais tout de même, A l’Ouest de Zanzibar, ça a plus de cachet : pas besoin d’inclure quelque référence (plus ou moins) biblique vengeresse, Chaney & Browning suffisent à annoncer la couleur. De plus, Zanzibar et son passé commercial apportent la touche exotique et sordide nécessaire.

 

  1. « Dead Legs » est le surnom qu’il porte loin là-bas, à l’Ouest de Zanzibar.
  2. Wallace Ford portera le même nom dans le chef-d’œuvre du même Browning Freaks, quatre ans plus tard. Bien sûr, ce n’est pas une coïncidence.
  3. Il l’envoie dans un bouge de Zanzibar, dont la tenancière n’est autre que Rose Dione, qui sera Madame Tetrallini dans le même Freaks.
  4. Involontairement bien sûr, c’est le spectateur qui fait le lien bien après.
  5. Ceci n’est pas évident : pour ma part je ne l’ai pas remarqué. Il faudra que je revoie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #André de Toth, #Western
La Mission du commandant Lex (Springfield Rifle - André de Toth, 1952)

1952 est une bonne année pour le Western.

En effet, John Ford et Raoul Walsh ont déserté les plaines de l’Ouest au profit de Howard Hawks (La Captive aux yeux clairs) et surtout Gary Cooper, qui est deux fois à l’affiche pour deux films qui sont devenus depuis de véritables classiques : High Noon (Le Train sifflera trois fois) et trois mois plus tôt Springfield Rifle (1) qu’on a traduit par cette périphrase qui révèle une partie de l’intrigue.

Mais reprenons.

 

Lex Kearny (Gary Cooper, donc) est Major de cavalerie dans l’Armée de l’Union. Or depuis quelques temps, les convois de chevaux sont régulièrement attaqués par une bande de pillards qui contraint l’armée d’en acheter d’autres pas toujours bien valides auprès d’un propriétaire du coin – Austin McCool (David Brian) – qui se trouve être l’un des organisateurs des pillages, mais nous ne le savons pas encore (2).

Et comme si cela ne suffisait pas : après un convoi d’où il est rentré bredouille et refusant de sacrifier ses hommes, Kearny est accusé de lâcheté par un subalterne, le capitaine Tennick (Philip Carey).

Jugé puis condamné, Kearny est renvoyé de l’armée.

Et c’est là que commence la mission du titre français.

 

Si je m’insurge régulièrement contre les traductions fantaisistes voire absurdes (3), j’ai encore moins de sympathie pour celles qui anticipent sur l’intrigue. Certes, pour les spectateurs français et francophones, le fusil de Springfield ne leur est pas familier, mais annoncer avant même le film que Kearny est en mission, c’est tout de même révéler un élément qui ne sera effectif que vers la moitié du film et pas avant. De plus, notre héros est appelé par son nom pendant presque tout le film : sauf les séquences avec sa femme Erin (Phyllis Thaxter). Cette dernière a même un autre nom dans la version doublée : Elise.

 

Donc Lex Kearny est en mission, chassé faussement de l’armée dans une séquence au début du film qui le voit dégradé, marqué et chassé manu militari (c’est le cas de le dire), au grand désespoir de ses admirateurs dans la salle de cinéma : « Gary Cooper est un traître ? Quelle horreur ! ».

Et sa mission est alors de démasquer le véritable traître qui renseigne les Confédérés (c’est la Guerre de Sécession).

 

Mais c’est un Western et c’est ça qui est le plus important ici. On retrouve la dichotomie manichéenne, où les gentils sont les soldats de l’Union et les méchants les Sudistes ainsi que leurs alliés. On retrouve d’ailleurs parmi les pillards d’anciens soldats de la Confédération en rupture de ban ou carrément déserteurs, ainsi que quelques Nordistes déserteurs eux aussi. Mais si les Sudistes discutent avec Kearny, il n’en va pas de même des ex-Nordistes qui ne font que de la figuration : ils sont donc doublement du côté obscure, le réalisateur ne s’en préoccupant pas.

 

Et heureusement pour les fans, Kearny – et donc Gary Cooper – n’’est pas le traître ni le lâche qu’on veut nous faire croire.

Par contre, il se montre toujours aussi magnifique que d’habitude et saura identifier le coupable et le ramener pour laver son honneur.

Si le titre nous indique donc que Lex Kearny est un type bien, ne comptez pas sur moi tout de même pour vous dire qui est le traître ou « l’espion ».

 

Espion, parce que si le titre original met en exergue le célèbre « Springfield Rifle » (4), il n’en demeure pas moins un film sur le contre-espionnage.

En effet, la première séquence nous montre un officier d’état-major refusant l’infiltration d’agents dans les lignes ennemis, considérant cette pratique inutile voire ridicule, sans parler du manquement à l’honneur et autres fariboles de militaires…

Toujours est-il que ce même haut gradé reconnaîtra son erreur (5) et louera le courage, la bravoure (etc.) de Kearny et tout est bien qui finit bien.

 

 

PS : cette chronique n’est absolument pas objective, vous vous en êtes aperçus. Il faut dire que du plus loin que je me souvienne, il doit s’agir du premier western que j’ai vu : j’avais 6 ans. C’est resté depuis l’un de mes favoris.

Ca fait bien (trop ?) longtemps !

 

PPS : l’album Outlaw (1973) de Louis Salvérius (1933-1972) et Raoul Cauvin reprend cette idée d’infiltration dans les lignes ennemies. Ce fut en outre le dernier album du dessinateur, qui décéda d’un infarctus, laissant huit planches à dessiner pour Willy Lambil, qui a continué la série depuis.

 

PPPS : à noter, la présence de Guinn « Big Boy » Williams, ancien méchant du cinéma muet, dans un rôle de sergent, bourru certes (ils le sont toujours), mais attachant.

 

  1. Littéralement le « fusil de Springfield ».
  2. On s’en doute bien, mais il faut attendre confirmation.
  3. Cf. Along came Jones devient Le grand Bill (je vous y renvoie) avec le même Gary Cooper.
  4. Son atout consistait à un chargement des munitions par la culasse et non par la bouche, faisant gagner un temps précieux aux soldats.
  5. C’est une attitude bien rare dans ce milieu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Guerre, #Jonathan Demme
Un Crime dans la tête (The Manchurian Candidate - Jonathan Demme, 2004)

Koweït, 1991.

Une équipe de soldats américains est pris dans une embuscade. Le capitaine Marco (Denzel Washington) est touché, c’est alors le sergent Shaw (Liev Schreiber) qui prend le commandement est suave la mission héroïquement, ne déplorant que deux victimes.

Quelques années plus tard, Shaw se présente à la vice-présidence, avec comme palmarès le siège au Congrès où il a remplacé son père, et son action d’éclat au Koweït.

Mais que s’est-il donc bien passé lors de cette embuscade ?

 

C’est (encore) un film brillant que nous propose Jonathan Demme, remake de celui de Frankenheimer (1962), Denzel Washington remplaçant Frank Sinatra (1) dans le rôle de ce soldat qui doute.

Le film est brillant pour son intrigue, mais en cela, il ne diffère pas beaucoup du premier, et aussi pour son actualisation : c’est une mise à jour fort crédible, puisqu’il y est plus question d’argent que d’idéologie, n’en déplaise à ce que pense Eleanor Prentiss Shaw (Meryl Streep).

La guerre de Corée a été remplacée par celle du Golfe (2), qui était alors la nouvelle source de névroses des soldats américains. De plus, le groupe Manchurian Global remplace avantageusement la menace communiste dorénavant obsolète : on y trouve ainsi quelques bribes complotistes ou conspirationnistes bienvenues, sans toutefois la part qu’y joue l’état dans les élucubrations à ce propos.

 

Ce film est avant tout une histoire de point de vue. A de très nombreuses reprises, Demme utilise la caméra subjective pour nous plonger au cœur de l’action et surtout nous permettre un peu d’éprouver les sensations et les angoisses des deux ex-guerriers.

Washington et Schreiber sont d’ailleurs très convaincants dans leur rôle, amenant progressivement une tension palpable, appuyée par le rôle central que joue la mère de Ray.

D’ailleurs, la relation entre la mère et le fils va au-delà de l’affection naturelle : c’est une étape précédant l’inceste qu’elle fait vivre à son fils complètement désorienté.

 

Si la cadre est au goût du jour – la Guerre Froide est (presque) terminée – on n’en demeure pas moins à une intrigue manichéenne où Manchurian Global et ses agents représentent la menace qui risque de détruire les Etats-Unis en mettant à leur tête un de leurs pions. Un coup d’état en douceur, la finance prenant le pas sur le politique. (3) Nous pouvons presque parler de totalitarisme tant on nous présente la mère de Ray comme une femme aux positions très réactionnaires, et dont le mot d’ordre est la Sécurité, d’autant plus qu’elle se présente en croyante de ce système, et non en financière : d’une certaine façon, cette femme est une fanatique.

 

Et toute cette machination est magnifiquement rendue, et en particulier les scènes de lavage de cerveau, d’une haute intensité et surtout pleinement angoissantes. Ce qui n’était que des bribes d’un cauchemar devient une terrible entreprise de contrôle de la volonté. Il est bien difficile pour Marco de mettre en lumière cette opération tant les ramifications sont bien implantées et interfèrent avec d’autres organismes plus ou moins publics relevant aussi de la Défense. Bref, un magnifique complot, mais sans le complotisme : nous sommes avant tout au cinéma, et il ne faut certainement pas chercher à transposer cela dans la vie réelle.

 

Et comme toujours dans ces cas-là (4), c’est un grain de sable qui s’introduit dans l’engrenage : un petit fait de rien du tout, mais qui va prendre des proportions phénoménales et réduire à néant une machination extrêmement adroite, mais surtout meurtrière et immorale. Cette poussière porteuse de grand désordre a un nom : le facteur humain.

 

  1. Tina, sa fille, est d’ailleurs une des productrices.
  2. La première, celle de 1991.
  3. Bien sûr, c’est totalement illogique : comme si un banquier pouvait devenir Président de la République… (rire sardonique).
  4. Au cinéma.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Cox, #Gangsters
Wonderland (James Cox, 2003)

Johnny Holmes (Val Kilmer) était une star du porno américain.

Mais quand sa notoriété a baissé, il s’est enfoncé dans la drogue, jusqu’au 1er juillet 1981, jour de l’assassinat sauvage de 4 personnes dans une résidence de Wonderland Avenue (d’où le titre).

C’est cette tuerie que James Cox nous raconte, prenant appui sur les témoignages des survivants.

Son angle d’attaque tend vers le documentaire, comme une grande enquête sur les raisons de ces meurtres plutôt sauvages (1).

 

Nous suivons donc la progression de Holmes pendant les deux jours qui ont amené les meurtres, mais sans voir ce qu’il se passe réellement. En effet, deux événements sont vus à travers les yeux de Dawn Schiller (Kate Bosworth), la petite amie de John.

Quels sont-ils ? John entre dans la résidence « Wonderland » et un magnétoscope traverse une fenêtre avant de s’écraser sur la chaussée ; John retrouve Dawn qui remarque une tache de sang sur son bras : c’est un accident lui dit-il.

A partir de là, nous allons suivre l’enquête de deux policiers qui vont essayer de faire la lumière sur ce qui s’est passé cette nuit-là. Et nous aurons deux explications pour ces deux scènes : celle de David Lind (Dylan McDermott) et bien sûr celle de John.

 

Le film est donc construit comme une série de reportages autour de l’affaire, où on suit, caméra sur l’épaule, les différentes péripéties. Chaque date est introduite à partir d’un article de journal dont la photo en noir et blanc est l’amorce de la séquence filmée. On commence donc par suivre de près Dawn, puis une fois les meurtres passés, on va s’intéresser à l’enquête. Ce sont des dépositions qui nous sont présentées : David est interrogé et nous voyons son point de vue sur l’affaire. Cette version est tout à fait satisfaisante et on se dit que c’est bon pour John, il ne reste plus qu’à l’arrêter.

Mais John nous sert une autre histoire, incluant certains détails communs à la version Lind, mais il en profite pour se dédouaner des meurtres.

Qui croire ?

 

D’un côté on a un type qui n’a rien à prouver ni à perdre, et de l’autre un junky aux abois, donc prompt à mystifier pour s’en sortir. La balance penche donc vers David en ce qui concerne la vérité, mais il ne faut pas oublier que David aussi se drogue, ce qui permet de remettre en question certains éléments de son récit, voire entièrement.

Heureusement pour nous spectateurs, nous pouvons voir certains autres points de vue auxquels les policiers n’auront pas accès : les souvenirs enfouis le restant…

On a tout d’abord Dawn, puis c’est au tour de Susan Launius (Christina Applegate), la seule victime qui n’est pas morte sous les coups du ou des meurtrier(s), et enfin celui de l’ex-femme de Holmes, Sharon (Lisa Kudrow) qui le recueille au matin du 1er juillet.

Tous ces témoignages off nous permettent de bous faire une idée plus nette de ce qu’il s’est passé, même si aucune preuve ne peut étayer et permettre de faire la lumière complète sur cette affaire.

Les prolongements annoncés au final – procès puis morts de certains protagonistes, etc. – vont tout de même corroborer le point de vue du film.

 

Pour le reste, c’est un film rondement mené avec un bon équilibre dans le déroulement et où la drogue tient une place importante, beaucoup plus que le sexe – malgré le métier de John – ou encore la violence.

La séquence d’exécution des meurtres, selon un point de vue (2), est un moment difficile du fait de la force d’exécution des coups et surtout d’une bande-son un tantinet augmentée, compensant les images directes qui auraient été insupportables, voire impossibles à montrer.

Un film intéressant, essentiellement pour son montage narratif, entrevoyant une (la ?) vérité sans toutefois l’atteindre.

Et puis Val Kilmer est magnifique.

 

 

  1. A coups de tuyaux de plomb.
  2. Je vous laisse découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Carpenter, #Science-Fiction
Los Angeles 2013 (Escape from L.A. - John Carpenter, 1996)

15 ans après, soit un an avant l’année des précédentes aventures de Snake Plissken (Kurt Russel), John Carpenter nous propose une suite des aventures de ce héros un tantinet atypique.

Nous sommes sur la côte ouest, dans une Los Angeles séparée du monde suite à un tremblement de terre qui a isolé la ville du reste du pays.

Comme à New York en 1997, on y déporte les criminels mais surtout les indésirables : ce sont les mêmes.

En effet, pour être considéré comme criminel, il n’est plus besoin de voler ou tuer : on a maintenant des « crimes moraux », édictés par un président-dictateur (Cliff Robertson), garant de la liberté de faire comme il dit.

 

Bref, si Snake débarque là-dedans, ce n’est pas de gaité de cœur : il a été reconnu coupables de 27 chefs d’accusation de ces fameux crimes moraux et doit rendre un petit service au Président s’il veut s’en sortir.

Bien sûr, il va s’en sortir : dès son apparition on en est sûr.

Maintenant, comment cela va-t-il se passer ?

 

On retrouve une intrigue similaire au premier film, dans des décors et avec des personnages dans le même ton : post apocalyptique.

Au milieu de ce monde étrange et franchement décalé, Plissken se meut avec aisance et surtout un gros flingue, rencontrant des personnages plus déjantés les uns que les autres.

Encore une fois, on demande à Snake s’il est bien vivant : son image tenait de la légende avant, il est passé au niveau supérieur, il est un mythe sinon un dieu.

En effet, personne n’a encore réussi à le dégommer, et il semble que ce n’est pas près de s’arrêter.

 

On retrouve donc notre héros borgne, accompagné de diverses rencontres : Pipeline (Peter Fonda) un surfer qui attend le tsunami qui accompagne un grand tremblement de terre et Taslima (Valeria Golino) pour les adjuvants ; le méchant président et un chef de gang (Georges Corraface) assez ambitieux puisqu’il veut renverser ce même président, grâce à la fille de celui-ci (Allison Joy Langer) et la technologie qu’elle lui a offerte, pour les opposants.

Sans oublier quelques personnages ni bon ni méchant mais qui s’avèrent déterminants dans la quête de Snake :

  • « Maps to the Stars » Eddie (Steve « shut the fuck up Danny » Buscemi) passe d’un camp à l’autre sans jamais réussir à se fixer, mais connaît très bien les emplacements des vedettes sur Hollywood Boulevard.
  • Bill « Carjack » Malone, devenu Hershe Las Palmas (Pam Grier) après une opération, cheffe d’un autre gang bien décidé(e) à prendre le contrôle de L.A., amenant par ailleurs à Plissken sa porte de sortie.

Si l’intrigue est finalement assez proche de la précédente, on remarque une plus grande marge de manœuvre : le budget alloué est multiplié par 6 (1), ce qui permet des effets spéciaux moins bricolés (2), mais surtout plus à ma pointe : le numérique en est à ses balbutiements, ce qui amène parfois un effet artificiel plus marqué.

Qu’importe, on déambule dans une Los Angeles dévastée avec une séquence dans Los Angeles Memorial Coliseum qui fut construit pour les Jeux Olympiques et où on y pratique un sport aux règles légèrement différentes : parler d’arènes serait plus juste vu que les sportifs accueillis ont peu de chances d’y survivre…

Avec en prime un petit clin d’œil à la concurrence : les studios Universal ne s’en remettront pas, semble-t-il…

 

Pour le reste : Snake s’en sort, et puis voilà. (3)

 

  1. 6,25 pour être précis, mas ne chipotons pas
  2. moins intéressants ? Il est clair que ceux du premier avaient un aspect très attachant.
  3. Mais sans la fraîcheur du premier film. Comme disent les anglophones : « Déjà vu. »

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