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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cape & épée, #Donald Crisp, #Douglas Fairbanks, #Zorro
Don X, Fils de Zorro (Don Q, Son of Zorro - Donald Crisp, 1925)

Trente ans ont passé, Don Diego de Vega (Douglas Fairbanks) a eu un fils Don Cesar (Douglas Fairbanks) qui est parti se former en Espagne, terre de ses ancêtres.

C’est un jeune homme bien bâti, courageux et bon chanteur, et surtout habile avec son fouet.

C’est cet instrument qui lui permet de devenir le protégé de l’Archiduc Paul (Warner Oland), et l’ennemi numéro 1 de l’officier de la Reine (Stella de Lanti) : Don Sebastian (Donald Crisp).

De plus, il fait la rencontre de la belle Dolores de Muro (Mary Astor), que ce même officier convoitait. Bien sûr, il tombe amoureux d’elle et va la souffler à son rival.

Sauf que ce rival est un infâme : il va tuer l’archiduc et faire accuser Don Cesar.

Ce dernier entre dans la clandestinité espérant laver son honneur.

 

Bien que Zorro soit mentionné dès le titre, il faut attendre longtemps avant que ce dernier entre en scène et le dernier quart d’heure pour le voir de pied en cape, accompagné de son fidèle et muet serviteur Bernardo (Tote Du Crow).

Mais ces deux personnages ont vieilli : les cheveux sont gris et les traits marqués. Pour le reste, ils sont identiques à eux-mêmes, toujours alertes et prêts à en découdre.

 

Mais le vrai héros est bien sûr Don Cesar, qui est tout à fait le fils de son père, ce qui est un peu normal vu que c’est Douglas Fairbanks qui interprète les deux.

On a alors droit à la rencontre entre ces deux hommes, vers la fin, mais sans jamais se toucher avec les deux visages visibles : quand ils s’embrassent, on ne voit qu’un seul visage, l’autre est de dos. Qu’importe, on a la réunion et c’est tout ce qui compte.

 

A nouveau, nous avons des méchants plutôt réussis : outre l’infâme Sebastian, on suit l’ascension d’un personnage fourbe et menteur, Fabrique Borusto (Jean Hersholt). Encore une fois, Hersholt est un méchant crédible, dont l’obséquiosité a d’égale la fourberie. C’est un devoir alors pour le spectateur de détester un tel personnage.

L’union entre ces deux hommes – forcée, Fabrique fait chanter Sebastian – est des plus réussies et leur élimination n’en devient que plus méritée.

 

Ce deuxième opus des aventures (éloignées) de Zorro est des plus réjouissants. On avait aimé le premier pour la découverte de ce nouveau personnage de justicier, on ne peut qu’aimer ce second volet.

En effet, on y retrouve les traits principaux du Renard – sans le masque – mais d’une certaine manière on retourne à la source de cette famille : les ruines du château des ancêtres. On peut admirer à cette occasion de très beaux décors de ruines qui servent pour l’explication finale – la bagarre, quoi !


Certes, le niveau du film n’atteint pas d’autres productions où apparaît Douglas Fairbanks, mais la présence de Donald Crisp derrière et devant la caméra donne une autre teinte : la place belle est faite aux acteurs. Fairbanks brille, bien sûr, mais Hersholt est à nouveau magnifique dans un rôle d’infâme et la jeune Mary Astor (19 ans, mais sur les écrans depuis plus de quatre ans), après avoir donné la réplique à John Barrymore (dans Beau Brummel, rien que ça), se retrouve aux côtés d’une autre grande figure du muet (si ce n’est la plus grande), dans une scène de rencontre dans le même esprit espiègle des prestations de Fairbanks.

 

Alors oui, on s’amuse encore une fois grâce à ce petit film réjouissant : n’est-on pas au cinéma pour ça ?

 

 

PS : pourquoi Don X. (Don Q. en VO) ? La réponse dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #George Fitzmaurice, #Rudolph Valentino
Le Fils du cheik (The Son of the sheik - George Fitzmaurice, 1926)

Comme il y a eu Don Q. son of Zorro cinq ans après The Mark of Zorro, il y a Ahmed, le Fils du Cheik, cinq ans après Le Cheik.

Et encore une fois, c’est le beau Rudolph Valentino qui l’interprète.

Et même mieux : il interprète aussi son père, lui aussi prénommé Ahmed.

Nous suivons donc les aventures d’Ahmed Jr. lui aussi conquis par la beauté d’une jeune femme blonde.

Mais comme il n’était pas envisageable de refaire exactement la même chose, George Fitzmaurice, qui succède à George Melford, fait appel à la talentueuse Frances Marion qui écrit donc une suite dans la même verve mais avec beaucoup plus d’humour.

 

Ahmed (le fils) est tombé amoureux de la belle Yasmin (Vilma Bánky), danseuse mais surtout fille d’André (George Fawcett), une espèce de renégat, allié à des Arabes cruels et stupides, qui vont tout faire pour les séparer et essayer de s’enrichir aux dépens du prince.

Bien sûr, ils n’y arriveront pas et tout se terminera bien, mais était-il nécessaire de le préciser ?

 

Plus que Don Q. Son of Zorro, ce film est devenu mythique. Et pour deux raisons. La première, c’est que Valentino était alors au fait de sa gloire, adulé par des cohortes de femmes qui succombaient à son charme d’Italien ténébreux. Mais la seconde est beaucoup plus tragique : Rudolph Valentino est mort trois mois après la sortie du film. Vous avez donc compris : il s’agit de son dernier film, Character Studies ayant été tourné bien avant ce film (1).

 

Ce deuxième opus, en plus d’une technique beaucoup plus maîtrisée (2), a les allures d’un film avec Douglas Fairbanks, Valentino réalisant des bonds et des prouesses courageuses lors de toutes les scènes d’action : il saute sur la selle de son cheval, brette comme un forcené, et enlève les jeunes femmes avec toute sa fougue légendaires.

A ses côtés, on retrouve dans une séquence quasi magique son double (lui-même jouant son père), et tout comme pour Mary Pickford dans The little Lord Fauntleroy, le père touche l’épaule de son fils sur un même plan ! Evidemment, l’artifice est connu, mais il n’empêche, on ne peut que se réjouir devant cette prouesse technique.

Agnes Ayres (sa mère) a bien voulu jouer dans cette suite, reprenant son même rôle, et ce grâce à monsieur Samuel Goldwyn, comme c’est annoncé dès le générique de présentation, précisant même que c’est aussi par amitié pour la star monumentale qu’elle a bien voulu participer.

Et cette présence nous permet aussi de constater que les canons de la beauté d’Hollywood sont en train de changer : alors qu’Agnes Ayres est une belle femme plantureuse, Vilma Bánky est beaucoup plus mince, même si pour le reste, elle n’est pas différente.

 

Si les méchants sont facilement identifiables – George Fawcett en père indigne et son bras droit en bandit (Montagu Love) tout droit sorti des Mille et une Nuits (3), il reste tout de même une paire de personnages qui se rangent de leur côté, mais sont avant tout des éléments comiques de l’intrigue : Bull Montana et Bynunsky Hyman. Ce n’est pas la première fois que ces deux-là sont associés. En effet, ils apparaissent tous les deux dans le film de Max Linder The three Must-Get-There : Bull Montana est le Cardinal Richie-Loo, et il tire sur les rares cheveux d’un moine, interprété par Bynunsky Hyman !

Autre personnage comique – dans une moindre mesure – le second d’Ahmed, Ramadan, interprété par le goguenard Karl Dane : toujours aussi grand et aussi rigolard que dans The big Parade, mais cette fois-ci, il ne meurt pas avant la fin.

 

Le film fut un immense succès, dépassant largement le premier opus. Mais rien d’étonnant là-dedans, ce deuxième film est beaucoup mieux maîtrisé, les cadrages originaux renforçant cette impression (et qui n’en est pas une) de qualité.

Le moment où Ahmed, ivre de jalousie s’approche de Yasmine donne lieu à des mouvements de caméra subjective alternant champ et contre-champ et surtout culminant avec le regard de Vilma Bánky occupant la totalité de l’écran.

Du grand art !

 

Pas étonnant qu’il y ait eu une telle effervescence quand on annonça la mort de Valentino, le 23 août de cette même année 1926.

 

 

  1. Sorti en 1927, il aurait été tourné aux alentours de 1922.
  2. En 5 ans, beaucoup de choses ont évolué, et surtout la manière de filmer.
  3. Encore une fois, Montagu Love interprète un méchant, rôle de prédilection qui le suivra toujours : il est entre autres l’infâme évêque dans The Adventures of Robin Hood.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame
The Confession (Bertram Bracken, 1920)

John Bartlett (Henry B. Walthall) est un prêtre catholique vivant dans la petite ville de Deer Lodge (Montana), avec sa mère (Margaret McWade) et son turbulent frère Tom (Francis McDonald).

Un soir, il reçoit la visite de Joseph Dumont (William Clifford), qui vient se confesser d’avoir tué un certain Jimmie Creighton (Barney Furey), alors qu’il se battait avec Tom Bartlett.

Le marshall (George Spelvin), arrivé sur les lieux, découvre le fusil de Tom et arrête ce dernier pour meurtre.

Apprenant cela, le père Bartlett se retrouve face à un cas de conscience : lié par le secret de la confession, il ne peut pas révéler le nom du meurtrier, et doit donc laisser son frère être accusé et surtout condamné à la pendaison, alors qu’il le sait innocent…

 

Bertram Bracken est un réalisateur aujourd’hui oublié – mais pas par les spécialistes du cinéma muet, n’est-ce pas monsieur Brownlow – malgré qu’il ait tourné pas moins de 80 films entre 1912 et 1932.

Et au vu de ce film, on peut trouver cela bien dommage car les 78 minutes qui nous sont proposées nous offrent quelques belles images et une maîtrise certaine de l’art cinématographique. L’utilisation de l’ombre et la lumière – ou plutôt l’absence de lumière – est assez impressionnante, les noirs étant franchement noirs et les blancs éclatants, donnant une autre dimension à l’histoire, forcément un tantinet manichéenne. (1)

 

Mais surtout, c’est le scénario William H. Clifford et Franklyn Hall (d’après la pièce de Hal Reid, le père de Wallace) qui retient notre attention. En effet, on ne peut pas ignorer une parenté évidente avec I confess du maître Alfred Hitchcock (2). Mais ici, ce n’est pas le prêtre qui est accusé mais son frère.

Bien sûr, Henry B. Walthall est impérial, dans ce rôle on ne peut plus positif mais tout de même bien pénible : parmi les nombreux gros plans proposés par le réalisateur, on retrouve souvent celui de Bartlett, tracassé par le dilemme et on sent le conflit intérieur entre ce qu’il sait et ce qu’il doit faire (et surtout ne pas dire !).

 

En face, le fourbe Dumont est lui aussi taraudé par sa conscience, même si ce n’est pas pour la même raison : non seulement il a tué un homme, mais en plus, sa propre mère (Sally Cohn) en meurt de chagrin et son esprit va hanter la vie de son fils. Cela nous donnera l’occasion de voir une belle surimpression de la vieille femme implorant son fils à moitié malade, rongé qu’il est par le remord.

 

Autre technique utilisée, le flashback : pour raconter le meurtre – nous n’avions pas vu pourquoi Creighton s’était écroulé en pleine bagarre avec Tom – et aussi pour illustrer la déposition du même Dumont devant le tribunal. En effet, il arrange à sa convenance la scène du meurtre afin de se dédouaner totalement, sous le regard sévère du père Bartlett, que l’on sent encore plus prisonnier de son devoir de prêtre.

Et c’est surtout à ce niveau que se joue le film : d’un côté il ne peut rien dire, mais il sait qu’il ne doit pas rester passif face à ce qu’il sait être de l’injustice.

 

Bref, ce n’est pas un petit film que nous avons sous les yeux, mais bien une intrigue bien ficelée et surtout bien filmée. Sans oublier le montage qui, à part un intertitre mal repositionné, est varié et dynamique, donnant à voir plusieurs éléments dans une même séquence, un montage parallèle on ne peut plus pertinent : l’exécution de Tom qui se met en place ; le point de vue de la famille – la mère et aussi Rose (Margaret Landis, alors Mme Bracken à la ville) la fiancée de Tom (et accessoirement la sœur de l’homme tué) – ;  et la course contre la montre (3) à laquelle se livre le père Bartlett, ramenant le meurtrier mourant  qui avoue.

Alors quand il meurt avant d’avoir prononcé le nom de l’homme qu’il a tué…

Mais pour cela, vous irez voir comment se termine le film. Je ne vais pas tout vous dire non plus !

 

 

  1. Avec l’incontournable rayon de lumière symbolisant Dieu… Nous sommes à Hollywood, ne l’oubliez pas !
  2. Mais le grand Alfred se basait, lui, sur une pièce beaucoup plus ancienne : Nos deux Consciences (1902) écrite par Paul Anthelme Bourde (1851-1914). Il n’est donc pas exclu que Hal Reid ait connu cette pièce.
  3. La pendule plutôt, qui est montrée plusieurs fois à l’heure fatidique (6h00).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Joel Schumacher, #Tommy Lee Jones
Le Client (The Client - Joel Schumacher, 1994)

Il est très mauvais de fumer. Et le jeune Mark Sway (Brad Renfro), l’apprend à ses dépens.

En effet, après avoir chipé deux cigarettes à sa mère (Mary-Louise Parker), Mark est allé les fumer dans un lieu éloigné avec son petit frère Ricky (David Speck).

Et manque de chance, ils croisent Jerome Clifford (Walter Olkewicz), qui est venu se suicider. Et juste avant, il livre à Mark son secret : il sait où est caché le corps d’un homme tué par un gangster.

Rapidement, la police est à ses trousses, et Mark sent qu’il est en mauvaise posture.

Il décide alors de prendre un avocat. Ce sera une : Reggie Love (Susan Sarandon).

 

Est-il besoin de dire encore une fois que Susan Sarandon est magnifique ? Oui. Elle est superbe dans ce film, prenant à cœur le sort de ce client inhabituel : ses honoraires s’élèvent à 1dollar, tous frais compris !

Mais si la belle Susan est magnifique, c’est parce que ceux qui l’entourent ne sont pas mal non plus, à commencer par le jeune Brad Renfro – onze ans, la révélation du film – dans le rôle de ce drôle de client qui a peut-être grandi trop vite.

Ce jeune garçon est un client fort pertinent et ses interventions touchent tous ceux qui le voient évoluer : l’avocate, bien sûr, mais aussi son « adversaire »  le District Attorney (DA) Foltrigg (Tommy Lee Jones, arrogant à souhait, mais tout de même beau joueur) – chacun de façon différente ; et surtout le public.

 

Et évidemment, comme nous sommes dans un film américain, il y a un bout de rédemption qui traîne. Cette rédemption concerne Reggie. Comme lui balance au visage Foltrigg, c’est une ancienne alcoolique. Bien sûr, elle a une bonne raison pour avoir sombré (1), et d’ailleurs le reconnaît, expliquant à son client pourquoi. Il s’agit alors du tournant du film. En effet, rapidement, l’intrigue arrive à une impasse : entre le gamin qui ne veut pas parler – les conséquences seraient néfastes pour sa santé (2) et celle des siens – et le DA qui veut absolument que son enquête avance, alors que l’enfant bloque la machine judiciaire.

C’est donc une séquence d’échange et surtout de confiance. Cette confiance va dans les deux sens : il n’y a pas de confiance possible s’il n’y a pas de vérité.

Mais cet échange n’est que le début de la résolution.

Et donc de la rédemption : le passé de Reggie qui ne jouait pas en sa faveur est effacé par cette affaire, même si elle doit tout de même en payer le prix d’une certaine façon.

 

Joel Schumacher n’est pas un réalisateur toujours très subtil, mais il mène cette histoire avec maîtrise, reprenant le thème du duo plus ou moins bien assorti. Mais le petit plus du film vient du point de vue qui reste quasiment tout le temps au niveau de l’enfant. J’ai déjà dit que la distribution est à la hauteur, et n’oublions pas non plus les seconds rôles qui sont eux aussi pertinents et bien utilisés. On y trouve quelques visages qui sont plus ou moins passé au premier plan depuis (3) – William H. Macy, par exemple – ou qu’on a pu voir de très nombreuses fois, comme Will Patton ou le regretté J.T. Walsh.

 

Un film judicaire donc, mais un peu différent du fait du duo annoncé. Et la seule audience à laquelle nous assistons est en plus très réjouissante.

A (re)découvrir.

 

 

  1. Il y a toujours une bonne raison, même si elle convainc rarement l’entourage du buveur.
  2. Vous voyez pourquoi fumer n’est pas une bonne chose !
  3. 25 ans déjà que le film est sorti…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Film noir, #Comédie, #Carl Reiner
les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men don't wear plaid - Carl Reiner, 1982)

Rigby Reardon (Steve Martin) est un détective privé. Il vient d’être engagé par la très belle Juliet Forrest (Rachel Ward) qui ne croit pas à la mort accidentelle de son père, un scientifique spécialisé dans le fromage.

A mesure que Reardon découvre la vérité, ses ennemis se dressent sur son chemin pour l’empêcher de faire toute la lumière sur une grande conspiration, avec nazis à la clé : c’est normal, nous sommes dans les années 1940, après la seconde Guerre Mondiale.

 

Dès la scène de présentation, le ton est donné : Reardon est un privé à qui on ne la fait pas, mais surtout dans les bras duquel les femmes tombent comme c’est cas ici : sa visiteuse s’évanouit.

Mais là où Sam Spade ou Philip Marlowe aurait eu les gestes précis pour la réveiller, il n’en va pas de même pour ce singulier détective : il l’embrasse sur la bouche et se met à lui « repositionner » les seins.

En clair : il la tripote.

 

Dès lors, la place est faite pour la parodie. On retrouve le monologue intérieur de l’enquêteur mais on comprend rapidement que là n’est pas le plus important.

C’est l’intervention d’un jeune homme qui vient s’occuper de notre héros : il porte une serviette dans laquelle repose un pistolet que cet homme va utiliser pour éliminer Reardon avant qu’il ne soit trop tard.

Rien de bien nouveau ni de parodique, me direz-vous. Oui, mais si j’ajoute que ce jeune homme ressemble étonnamment à Alan Ladd et que les images sont tirées de This Gun for hire (Frank Tuttle, 1942).

Et cet emprunt est le premier d’une longue série (1) qui voit apparaître Humphrey Bogart, Ava Gardner, James Cagney ou encore Ingrid Bergman, dans des films plus ou moins emblématiques de la période.

C’est un véritable festival. On s’amuse à retrouver les films dont sont tirés les extraits, et on sourit à la façon dont Reiner a mis en scène l’adaptation : les dialogues sont pertinents et s’intègrent très bien à l’intrigue ; les décors et les costumes ont été recréés afin d’assurer la continuité des situations, permettant à Steve Martin de « jouer avec » quelques (très) grands noms du cinéma.


Et puisque nous parlons de costumes, saluons ici l’immense Edith Head dont ce fut la dernière collaboration à un film : elle mourut pendant la production, mettant ainsi fin à une carrière de plus de 400 films et de nombreux téléfilms (2).

Si les acteurs « actuels » (ceux qui ont vraiment tourné pour ce film) sont un peu moins connus, on reconnaît tout de même Carl Reiner dans le rôle du majordome à l’accent allemand prononcé (3).

Et si certaines séquences anciennes n’ont pas toujours le même grain d’image ou possèdent une musique différente, on se laisse totalement prendre par cette histoire improbable de conspirateurs aux objectifs meurtriers absurdes (4).

Et on ne peut que saluer le tour de force de Carl Reiner d’avoir réussi ce magnifique fil-hommage au film noir américain des années 1940 : de Suspicion (Alfred Hitchcock, 1941) à In a lonely Place (Nicholas Ray, 1950).

 

 

PS : « Rigby Reardon », quel nom ! D’un autre côté, il fallait que les séquences anciennes soient en rapport avec l’intrigue « moderne ». Rigby est le nom de Robert Taylor dans The Bribe (Robert Z. Leonard, 1949) avec Ava Garner. Reardon est celui d’Edmond O’Brien dans The Killers (Robert Siodmak, 1946) avec encore une fois la très belle Ava.

 

  1. vous irez voir vous-même celles et ceux que j’aurai oubliés.
  2. Brad Bird, dans les deux Indestructibles a créé le personnage d’Edna Mode qui de par son nom et son original crée des costumes…
  3. Inutile de préciser qu’il est l’un des nazis annoncés.
  4. Je ne dirai rien de plus : la texture du fromage est un élément primordial dans cette entreprise criminelle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Sam Wood, #Comédie
Le Gosse infernal (Peck's bad Boy - Sam Wood, 1921)

Le gosse infernal, c’est Jackie Coogan. Il s’appelle ici Henry Peck et est le fils d’un agent immobilier (James Corrigan). Et bien sûr, c’est un garnement très dissipé.

D’un côté, son père est las de ses frasques et veut le corriger, d’un autre sa mère (Lillian Leighton) lui passe tout.

Bref, nous assistons à toute une série de bêtises que fait ce galopin, parfois anodines mais surtout gênantes voire dangereuses : la première que l’on voit, c’est d’avoir libéré le lion d’un cirque.

 

Après le succès de Jackie Coogan dans The Kid trois mois plus tôt, Sam Wood exploite le filon de ce Kid. C’est donc une comédie où  le petit Jackie brille, bien sûr, mais pas autant qu’avec Chaplin.

En effet, alors que Chaplin alternait avec beaucoup de bonheur et surtout de justesse de grands moments comiques et des scènes d’émotion, ici ce ne sont que les éléments comiques qui sont mis en valeur, avec plus ou moins de bonheur.

En effet, ce souci de faire rire à tout prix amène une escalade certes, mais aussi a tendance à délaisser un tantinet l’intrigue.

 

D’ailleurs, quelle intrigue ?

On pourrait presque dire que c’est un film à sketchs où Jackie Coogan donne beaucoup de la sa malice, tant on ne voit pas bien où on va. Certes, on a une histoire d’amour, une histoire d’inventeurs et un sauvetage de dernière minute. Mais cela ne suffit pas à faire un bon film.

Non pas que nous assistons à un navet, mais on aurait pu espérer mieux.

 

Jackie Coogan est égal à lui-même mais il n’a pas la possibilité de s’exprimer pleinement, son rôle le cantonnant à créer des catastrophes toujours plus grandes. 

Les liens entre les différentes péripéties sont ténus (trop peut-être) et ne réussissent pas à nous tenir en haleine.

Tous ces gags, de différentes qualités ne sont pas exploités à fond, comme aurait pu le faire Chaplin (1).


Au final, le film est amusant, mais on aurait aimé quelque chose d’un petit peu plus subtil.
Tout comme Beyond the Rocks, dont j’ai déjà parlé ici, on attendait mieux du film. Aux côtés de Jackie Coogan, on retrouve quelques noms du cinéma muet (outre ceux déjà mentionnés) : Wheeler Oakman en jeune docteur amoureux de la sœur d’Henry (Doris May), sans oublier Raymond Hatton en épicier peu regardant sur l’honnêteté.

 

Bref, on ne peut pas faire un film seulement sur un seul personnage ou exploiter le talent d’un acteur (2), et surtout, faire rire, c’est bien (3), mais dans une intrigue structurée, c’est mieux.

 

PS : Dans le film suivant de Jackie Coogan (My Boy), l’intrigue sera plus structurée, mais le comique beaucoup moins présent.

Je me répète : n’est pas Chaplin qui veut !

 

PPS : la copie que j’ai visionnée (distribuée par Oldires.com) n’est pas d’une très grande qualité. Outre l’image qui n’a pas été restaurée et apparaît souvent passée, les plans ont été recadrés et certains intertitres sont alors incomplets. De plus, la musique qui accompagne est une suite hétéroclite de morceaux de jazz qui semblent provenir de la même époque que le film. Autant enlever le son, on ne perd absolument rien.

 

  1. Encore lui, mais que voulez-vous, après un tel chef-d’œuvre, il était difficile de l’égaler, et encore moins de le surpasser.
  2. On reconnaît à plusieurs endroits l’apport de Chaplin dans le jeu de Jackie Coogan, reprenant certaines attitudes qui ont fait son succès avec son mentor.
  3. Sans oublier que c’est très difficile.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
El Dorado (Howard Hawks, 1967)

El Dorado n’a rien à voir avec un lieu mythique où les bâtiments sont en or. Non. C’est une petite ville de l’Ouest américain comme il en existe beaucoup. Et comme dan d’antres villes, un propriétaire plus riche a une certaine tendance à se croire au-dessus des lois.

Ici, il s’appelle Bart Jason (Edward Asner). Ce gros propriétaire a un ennemi : Kevin McDonald (R.J. Armstrong).

Bien qu’il ait engagé Cole Thornton (John Wayne) – une fine gâchette – ce dernier a refusé son offre, étant un vieil ami du shérif du coin, J.P. Harrah (Robert Mitchum).

A la suite d’un « malentendu, Thornton tue un fils de McDonald. SI le père comprend les circonstances, il  n’en va pas de même pour sa fille Joey (Michele Carey) qui tire sur Thornton, le rendant partiellement invalide.

Le temps passe, et quand Thornton revient à El Dorado, Harrah est devenu une éponge, suite à une histoire d’amour malheureuse (comme d’habitude).

Mais Jason, lui, n’a pas changé. Au contraire, il a engagé une nouvelle gâchette : Nelse McLeod (Christopher George).

 

On retrouve ici une intrigue qui rappelle – à juste titre – celle de Rio Bravo. Mais premier détail d’un changement : le shérif n’est pas interprété par John Wayne. C’est Robert Mitchum le patron de cette ville. Et il semble, au vu de leur première rencontre, que ses deux cow-boys ne sont pas obligatoirement des amis intimes. Et si en plus, la beauté du coin – Maudie (Charlene Holt) – a distribué ses faveurs à Thornton avant Harrah, on pourrait croire que nous sommes dans une impasse.
Deuxième changement par rapport à Rio Bravo, celui qui est en prison est le grand chef.

Quoi qu’il en soit, il est toujours question de récupérer l’homme incarcéré, et l’issue violente est inéluctable : il y aura des morts – mais pas John Wayne, rassurez-vous.

 

Une des différences avec Rio Bravo tient surtout aux deux acteurs principaux : John Wayne et Robert Mitchum ne sont plus de la première jeunesse. Si Mitchum peut (presque) faire illusion – il n’a que 49 ans quand le film sort – John Wayne vient de changer de décennie (60 ans à la sortie américaine en juin 1967).  Cet aspect biologique n’est pas anodin quand on voit les effets que peut faire la blessure de Joey sur Thornton.

Quant à Walter Brennan, il a été remplacé par Arthur Hunnicut, mais n’est pas aussi vindicatif ni ronchon que son prédécesseur.

Autre remplaçant, James Caan, (Mississipi), qui n’a de commun avec Colorado (Ricky Nelson) que son surnom venant d’un des états de l’Union.

 

On retrouve tout de même les mêmes éléments pertinents de l’intrigue, ainsi que la résolution violente, mais avec du temps qui a passé. Même la belle Maudie ne peut rivaliser avec Feathers (Angie Dickinson) : sa vie avant l’intrigue ne joue pas en sa faveur (1).

Mais la grande différence vient avant tout de l‘intrigue. En effet, si on doit comparer les deux, El Dorado se situe en amont part rapport à Rio Bravo.

Alors que Rio Bravo s’ouvrait sur le meurtre décisif – il en traine l’incarcération du meurtrier qui amène ce western ô combien étouffant – ici il faut attendre un bon moment avant que Jason soit enfermé. De plus, Hawks prend le temps de nous décrire la situation initiale et surtout le contexte (ce qu’il n’avait pas fait avant).

Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, et si John Wayne ne sort pas avec la jeune première, il n’est pas non plus mis sur la touche : Maudie ne lui résiste pas, et Harrah sort de sa mauvaise passe alcoolique.

 

 

(1) Angie est née en 1931, et Charlene en 1928, peut-on vraiment considérer la seconde comme une aînée de la première ? Non, mais comme le film est tourné plus tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Decoin, #Jean Gabin, #Gangsters
Razzia sur la Chnouf (Henri Decoin, 1955)

La chnouf. La came, la blanche… Tous ces termes fleuris ne décrivent qu’une seule chose : la drogue.

Et Henri Ferré dit « Le Nantais » (Jean Gabin), la drogue, c’est sa partie. Il débarque des Amériques où il a fait son trou, pour reprendre l’affaire de Paul Liski (Marcel Dalio), gros bonnet en France. Il faut dire qu’avant son arrivée, son prédécesseur a été retrouvé truffé de plomb.

Henri va alors « secouer » le milieu pour faire repartir les affaires qui périclitaient.

Et pour ce faire, il va rencontrer tous les protagonistes du trafic, du fournisseur (ou presque) jusqu’au consommateur.

Et pour ceux qui ne sont pas contents, il reste une paire de tueurs à son service : Roger, dit « Le Catalan » (Lino Ventura) et son complice Aimé (Albert Rémy).

 

Un an après Touchez pas au Grisbi, on retrouve Gabin dans un rôle de caïd, dans une atmosphère plutôt similaire. Alors qu’Henri Decoin à succédé à Jacques Becker, Auguste Lebreton remplace Albert Simonin. Lebreton, et en plus du scénario, signe les dialogues et fait même une apparition dans la partie de craps.

Et à propos d’apparition, quelques jeunes personnes apparaissent ça et là : Marcel Bozuffi, qui retrouvera Ventura et Gabin deux ans plus tard (Le Rouge est mis) ; Roger Carel, qui se contente de passer le téléphone ; et d’autres encore, qui émaillent régulièrement le cinéma français des années 1950-1970.

 

Quant à Gabin, c’est du sur mesure – comme d’habitude –, et son personnage de caïd est tout à fait convaincant. Le seul bémol, c’est peut-être de le faire tomber amoureux de la belle Magali Noël, 23 ans quand le film est tourné, alors que le Vieux en a déjà 50.

Mais ne boudons pas notre plaisir, Gabin reste sobre et nous permet une plongée impressionnante dans les milieux nocturnes parisiens de l’époque.

 

Plus de soixante ans après sa sortie, le film a bien sûr perdu de sa force, mais le constat reste le même : la drogue est un fléau, même si le public touché n’est pas concentré sur les noctambules. Ici, tout se passe la nuit, soulignant alors une belle atmosphère de film noir.

De plus, on a une petite sensation de malaise quant au public décrit. Si on y croise une jeunesse qui se presse dans les boîtes de nuit pour jouir de la vie, on y croise aussi le milieu homosexuel qui est mouillé dans l’affaire. Certes, ce n’est pas une généralisation, mais on ne peut pas oublier que les homosexuel(le)s étaient (encore plus) mal considéré(e)s à cette époque, d’où la commodité de les utiliser comme dealers (terme qui n’était pas usité en 1955, mais qui exprime une même réalité).

 

Autre minorité qui consomme de la drogue : les Noirs. Le Nantais se rend avec Léa (Lila Kedrova) dans un bar antillais dans lequel on fume de la marijuana en écoutant de la musique.

C’est aussi dans cet endroit qu’on voit un jeune homme à qui la drogue donne des spasmes, qu’il soit en train de fumer ou non. C’est, avec Léa, le seul à qui la drogue fait un effet terrible.

La prestation de Lila Kedrova est d’ailleurs magnifique, donnant une interprétation pathétique sans être pour autant outrée.

 

Razzia sur la Chnouf est un film qui a vieilli certes, mais son propos reste le même : la drogue, c’est de la merde. Et puis on y retrouve une autre façon de filmer, avec des acteurs de tout premier plan : c’est toujours un plaisir de le revoir.

 

Et puis retrouver Gabin et Dalio sur une même affiche, ça fait toujours du bien…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Reginald Barker, #Drame
The Italian (Reginald Barker, 1915)

C’est un homme (George Beban) qui lit un livre, dans son salon, au coin du feu. Ce livre, c’est The Italian.

C’est alors que commence réellement le film, racontant l’histoire de Beppo Donnetti, et bien sûr, par identification, le lecteur devient Beppo.

Beppo est un gondolier, dans une Italie traditionnelle où le soleil brille, les moines prient et les hommes font les vendanges.

Beppo est amoureux d’Annette (Clara Williams), mais elle est aussi courtisée par un vieux barbon – Gallia, le tailleur. Le père d’Annette accepte que sa fille épouse Beppo à la condition qu’il lui ait trouvé un toit avant un an.

Beppo part aux Etats-Unis, y débarque après avoir passé l’inévitable Statue de la Liberté qui annonce la fin du voyage. Et dans le temps imparti, Annette reçoit de l’argent pour effectuer la traversée de l’Atlantique et rejoindre son fiancé.

 

George Beban est un acteur aujourd’hui oublié, mais était tout de même un très bon acteur, et comme le dit Kevin Brownlow : il a beaucoup fait pour l'image des Italiens en Amérique (1).

Son personnage de Beppo est un Italien tout à fait moyen. Il n’est pas un paysan inculte, ni un érudit. Bien sûr, c’est un homme de tempérament et les bonnes nouvelles sont toujours exprimées de façon extrême, mais c’est logique. Il n’y a nulle moquerie dans le jeu de Beban, de l’exaltation certes, mais aussi de la subtilité, et surtout beaucoup d’émotion.

Beppo est d’abord un bon vivant, qui charme les femmes de sa voix de velours.

Mais une fois en Amérique, il doit survivre et surtout assurer un toit pour sa promise.

 

Après une première partie qui nous expose la situation, arrive le premier élément du destin : le vieux Gallia qui précipite le départ de Beppo.

Suit ensuite les débuts de ce dernier dans le Lower East Side de New York, où les habitants sont un magnifique exemple de melting-pot : Beppo va fêter la naissance de son fils avec un voisin juif, et il invite tous ceux qui sont présents à célébrer la naissance.

Bref, c’est une communauté où les gens se connaissent et s’entraident.

Arrive alors le deuxième coup du destin. Si le premier a amené une situation heureuse – Beppo a réussi à se marier avec la belle Annette – le second est beaucoup plus terrible : une vague de canicule va amener un très grand malheur sur les Donnetti, et leur fils âgé de quelques mois va mourir.

 

Ce qui est le plus étonnant (et réjouissant), c’est la qualité cinématographique du film.

En effet, alors que les géants du muet (Chaplin, Griffith, Brown, Keaton…) sont toujours loués (à juste raison) pour leur apport au cinéma, nous découvrons ici Reginald Barker, un réalisateur obscur qui travaillait dans l’ombre de l’immense Thomas H. Ince (2).

Et ce que l’on peut dire, c’est que le film possède une valeur technique assez admirable, sachant que nous sommes en 1915.

En effet, ce sont des fondus enchaînés ou au noir qui amènent des souvenirs ou font la transition vers une autre péripétie ; des gros plans – voire très gros plans – du visage de Beppo quand le malheur le frappe ; des travellings latéraux ou arrières pour suivre la course de Beppo (la caméra est sur une voiture et filme l’Italien qui s’agrippe à une autre voiture avant d’en être éjecté par le pied du « Boss » du quartier pauvre (Leo Willis) ; et même un cadrage à travers le trou de la serrure qui nous montre ce qu’il se passe chez Beppo après la naissance.

Bref, c’est du très bel ouvrage, mais on était en droit d’attendre cela d’un film qui vient de chez Ince.

 

Et en plus d’être un très bon film, Reginald Barker (et Ince, faut-il le rappeler) nous dresse un tableau tout à fait réaliste de la vie dans le Lower East Side de New York (3). Je rejoins Brownlow encore une fois quand il dit que les formalités pour entrer aux USA sont escamotées : on assiste directement de la descente du bateau à la vie dans les rues de la mégalopole. Mais comme ça n’a pas une grande incidence sur le film, passons (4).

 

Reste un film superbement restauré par la Library of Congress avec une nouvelle musique d’accompagnement signée (et interprétée) par Ben Model, pianiste spécialiste du cinéma muet.

A (re)découvrir !

 

 

  1. cf. Behind the Mask of innocence (London: Jonathan Cape, 1990 – Chap. X, The Foreigners)
  2. C’est d’ailleurs lui qui signe, avec C. Gardner Sullivan, le scénario (et qui a bien sûr supervisé la création du film) : le livre lu par l’homme de l’introduction est d’ailleurs signé par leurs deux noms.
  3. Même si la plupart des prises ont été faites à Venise. Venise certes, mais dans celle de Los Angeles…
  4. Je vous renvoie à My Boy, où Jackie Coogan eut une drôle de façon de passer à travers les contrôles d’Ellis Island.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cape & épée, #Fred Niblo, #Douglas Fairbanks
Le Signe de Zorro (The Mark of Zorro - Fred Niblo, 1920)

Ca court, ça saute, ça brette : pas de doute, il s’agit d’un film avec Douglas Fairbanks.

C’est d’ailleurs à se demander si ce personnage de justicier masqué n’a pas été écrit spécialement pour lui !

En effet, le court roman de Johnston McCulley est paru l’année précédente, et nous pouvons donc voir ici la toute première adaptation, et donc apparition de Zorro ! (1)

Et c’est à Fred Niblo qu’échoit le rôle de metteur en scène où Douglas Fairbanks est, comme à son habitude, le géant de l’écran.

Près de cent ans plus tard, et de nombreuses adaptations, on ne se lasse pas de voir le grand Douglas interpréter ce rôle double (Diego Vega/Zorro), alors totalement inconnu sauf des lecteurs du All Story Weekly qui publia le roman sous forme de feuilleton.

Sans oublier certaines réminiscences qu’on retrouve dans d’autres films : The Princess Bride (Wesley est habillé exactement pareil que Zorro) ou The Artist où une séquence est carrément insérée dans le film (1).

 

Nous sommes donc en Californie au temps de l’occupation espagnole (début XIXème siècle) et la ville de Capistrano voit les opprimés vengés par un bandit de grand chemin qui se fait appeler Zorro (2). Dans le même temps, le jeune Diego Vega est revenu d’Espagne. Mais si Zorro est intrépide et très courageux, Diego est mou et un tantinet paresseux, le moindre déplacement le fatiguant.

S’ajoute à cela un gouverneur cruel (George Periolat) et son homme de main le capitaine Ramon (Robert McKim), la jeune Lolita Pulido (Marguerite De La Motte) qui aime Zorro et méprise Diego ; le sergent Gonzales (Noah Berry qui fait ses débuts au cinéma), matamore et videur de verres (qu’il casse ensuite), prêt à affronter Zorro, mais de loin.

Bref, tout est là pour passer un bon moment.

 

Bien sûr, c’est une intrigue taillée sur mesure pour Douglas Fairbanks : normal, il a écrit le scénario avec Eugene Miller (2). Et comme en plus, il est le producteur… On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Si le début est un peu lent, du fait de l’abondance d’intertitres pour nous décrire le contexte, l’action se met vite en place et très rapidement, nous avons quelques bons moments.

L’apparition du sergent Gonzales est un bon moment comique, surtout quand après sa diatribe, Zorro apparaît : c’est un sourire sous un chapeau noir, puis un cigarillo qui fume, et enfin, c’est le visage masqué tant attendu.

Cette scène amène le premier duel qui voit Zorro marquer son adversaire – beaucoup moins courageux, tout d’un coup – à un endroit judicieux.

 

Mais si Zorro est un modèle de courage et de justice, je préfère tout autant l’interprétation de Diego par Fairbanks. C’est un magnifique négatif du héros, plus intéressé par son foulard avec lequel il ennuie tout le monde en réalisant des tours, que par la situation politique.

Cette personnalité ô combien ridicule participe au comique du film. Parce qu’à aucun moment, on se pose des questions sur l’authenticité d’un tel justicier masqué (3).

On savoure avec gourmandise cet épisode des aventures de Douglas Fairbanks, qui en plus de nous ravir, pose les bases d’une des plus grandes légendes de la culture populaire.

 

Cinq ans plus tard, Donald Crisp en fera une suite avec le même Douglas Fairbanks.

Mais, bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : parmi les petits rôles, on retrouve Snitz Edwards, reconnaissable à sa petite taille et son rôle d’aubergiste peu courageux.

 

  1. Il s’agit de la dernière poursuite qui amène le duel final (etc.)
  2. « Le renard », d’où l’ombre de l’animal dans le générique de la série avec Guy Williams (1957-1961). A ce propos, Fairbanks, alors qu’il est Diego, s’amuse à faire des ombres chinoises.
  3. C’est normal, on est au cinéma !

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