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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Berg, #Catastrophe
Deepwater Horizon (Peter Berg, 2016)

Il n’y a pas à dire : les Américains savent faire des films catastrophes !

Et ça ne date pas d’hier : dès l’époque du muet, on avait déjà eu le fameux tremblement de terre de San Francisco de 1906, entre autres, et régulièrement, Hollywood nous gratifiait d’une nouvelle catastrophe impressionnante, avec plus ou moins de réussite.

Quoi qu’il en soit, ce Deepwater fait partie des plus impressionnants.

Certes, on ne retrouve pas l’aspect symbolique d’un Titanic (celui de Cameron, cela va de soi) ou le charisme porté par les deux géants de Towering Inferno, mais on se laisse prendre au jeu avec beaucoup de plaisir et aussi un peu d’émotion, sinon ça ne peut pas marcher.

 

Encore une fois, il s’agit d’une base véridique : l’accident du Deepwater Horizon (le titre original), une plateforme de prospection pétrolière de la British Petroleum dans la nuit du 20 avril 2010, amenant une marée noire sans précédent aux Etats-Unis, et surtout causant la mort de 11 personnes (1).

Nous suivons donc Mike Williams (Mark Wahlberg), le chef électricien, lors de ce qui devait être le dernier jour de travail sur cette plateforme (2).
Et dès le départ, on sait que ça va foirer : les techniciens venus vérifier tous les aspects de la sécurité repartent – rappelés par BP, vous comprenez, ça coûte de l’argent ces choses-là – sans avoir fini totalement l’inspection.

Et bien entendu dans ces cas-là, c’est là qu’a lieu l’incident qui entraîne l’immense catastrophe.

Et l’incident, on l’a dès la séquence d’ouverture : un rivet (un boulon ? une vis ? difficile à dire) se détache de la chape de béton au fond de l’eau, là où a été coulée la plateforme de forage.

 

A partir de là, on attend la catastrophe.

Pourtant tout allait bien, jusqu’à la période des tests, qui ne sont pas complètement concluants : des plans de coupe nous aiguillent vers les dysfonctionnements, et on ne peut se retenir de penser que ces « responsables » de la BP – Vidrine (John Malkovich, toujours magnifique, même en salaud) & Kaluza (Brad Leland) – ne le sont décidément pas, lissant, comme d’habitude primer les intérêts financiers.

La dernière séquence – juste avant le générique de fin – nous permet, grâce à de véritables séquences du procès, de voir que ces deux personnes, après avoir été accusées de forfaiture ont été relaxées.

Décidément, la justice est parfois bien capricieuse.

 

Mais au-delà des suites pénales, c’est tout de même un film extrêmement spectaculaire qui nous est proposé ici. Et deux des principales têtes d’affiche n’en sont pas à leur premier film catastrophe : Mark Wahlberg a déjà essuyé la tempête dans The perfect Storm et Kurt Russel de beaux incendies (déjà) dans Backdraft. Tous deux mènent avec courage cette épopée, épaulés par Gina Rodriguez qui interprète Andrea Fleytas, la seule femme de la plateforme.

La première heure du film nous montre comment fonctionne une plateforme de prospection, dans ses moindres détails. Et Peter Berg construit cette première partie comme un film documentaire, balayant les différents points d’activité et les relations entre les travailleurs du lieu. C’est une journée presque comme les autres qui commence, si ce n’est le dernier jour sur cette base.

Ensuite, tout part en vrille. Magnifiquement (3).

 

Par contre, Berg monte graduellement la pression – c’est vraiment le cas de le dire ici – et souligne chaque petit élément qui va faire pencher – irrémédiablement – la balance.

Ensuite, la plateforme se transforme en brasier géant avec une débauche d’effets spéciaux impressionnants, donnant raison à ces hommes  qui, quand tout allait bien, appelait l’endroit « le Puits de l’Enfer ».

Bien sûr, cela devient dantesque.

Ca explose de partout, le ciel s’embrase, c’est une catastrophe absolument totale, magnifiquement filmée et surtout montée : malgré la tentation du sensationnel (4), ce n’est pas une déferlante de plans surmultipliés comme on peut toujours en voir dans d’autres productions plutôt sur-humaines, si vous voyez ce que je veux dire…

Mais surtout, malgré l’ampleur de la catastrophe, on reste toujours au niveau des humains. La caméra est presque toujours au milieu de l’action, suivant les différents destins plus ou moins tragiques qui ont émaillé cette catastrophe.

 

Bien sûr, comme c’est un film américain, on ne passe pas à côté de la dimension religieuse et on a droit à une prière par les rescapés sur le bateau de secours.

Mais si Dieu avait été de la partie, aurait-il relaxé les deux « responsables » ?

 

 

  1. Ces victimes sont citées deux fois dans le film : la première quand le chef de la plateforme fait l’appel des survivants, la seconde avant le générique de fin, avec en plus des photos les représentant, la plupart du temps en famille.
  2. Malheureusement, ce fut réellement le dernier jour.
  3. Hélas.
  4. Rassurez-vous, il y en a un peu quand même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Raimi, #Horreur
The Evil Dead (Sam Raimi, 1981)

Une maison de bois à l’écart des routes.

Cinq jeunes personnes (trois filles et deux garçons).

La nuit qui tombe tôt (17h50).

De la fumée.

Et bien sûr : une entité maléfique qui rôde et provoque des tragédies.

 

Bien avant de nous proposer sa version de Spider-Man, Sam Raimi a donné dans le genre horreur et épouvante. C’est bel et bien le cas ici, où en plus il réalise son premier long métrage. Et pour ce qui concerne l’horreur et l’épouvante, c’est plutôt réussi. Certes, nous étions en 1979-1980 quand il l’a tourné, et les effets spéciaux ne sont pas aussi léchés que maintenant.

Mais pour l’époque, ils sont plutôt bien faits et ont d’ailleurs été récompensés à travers Tom Sullivan pour ses maquillages.

 

Il semble tout de même que Sam Raimi a vu L’Exorciste et a plutôt aimé, tant les maquillages des morts-vivants rappellent le visage de la jeune Regan (Linda Blair), ou encore les liquides plus ou moins visqueux qui baignent (1) la fin du film.

Mais là s’arrête la comparaison, ce film allant beaucoup plus loin dans l’horreur que celui de Friedkin.

Tellement loin, qu’à un moment, ça devient trop. Ce sont des litres d’hémoglobine qui se déversent sur les protagonistes, sans compter les différents jaillissements sanguins tout au long du développement de l’horreur.

Tellement que ça en devient même presque risible.

 

L’intrigue est somme toute assez rudimentaire : on se doute bien que ces cinq personnes vont passer une sale nuit. Dès l’ouverture, d’ailleurs, on sent une menace planer sur ces jeunes gens. Le premier plan, caméra à l’épaule, implique une menace : en effet, il s’agit d’une caméra subjective d’un être qui se meut bizarrement, surmontant les obstacles avec fluidité jusqu’à rencontrer nos cinq jeunes insouciants.

D’une manière générale, les sentiments d’horreur et d’épouvante sont accentués par des cadrages différents, surtout dans la dernière partie.

[i.e. : quand Ashley (2) sort de la voiture, alors que la calandre est horizontale, le corps du jeune homme est penché.]

 

Autre élément accentuant le caractère effrayant du film, la musique de Joe Loduca. On y retrouve l’influence de Ligety (cf. The Shining) ainsi que des sonorités qui rappellent fortement les années 1980 (tout comme dans Excalibur qui sortit la même année).

Mais c’est surtout quand la musique se tait que le sentiment d’épouvante se renforce.

S’ajoute à cela l’absence de représentation de la menace paranormale : on sait qu’il y a quelque chose et que ça semble gigantesque. Et ce n’est pas la fin qui pourra nous mettre sur la voie.

 

Parce qu’il y a une fin, et près de 30 ans après la sortie du film, nous savons qu’il y a eu deux suites tournées par Raimi dans les 12 années qui ont suivi.

D’ailleurs cette fin n’en est pas vraiment une, le film s’arrêtant sur une suspension de la narration : qu’a donc vu Ashley au moment où le montage a enchaîné brutalement le générique de fin ?

 

Ceci est bien sûr une autre histoire, mais je ne suis vraiment pas sûr d’y retourner.

  1. C’est le cas de le dire.
  2. Bruce Campbell, un habitué des films de Raimi qui avait déjà joué dans deux de ses courts métrages antérieurs.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Gangsters
Mélodie en Sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Tout commence à la gare du Nord, où Monsieur Charles (Jean Gabin) va prendre le train pour Sarcelles, après cinq années passées aux frais de l’Etat.

Il retrouve sa maison perdue aux milieux des grands ensembles et à l’intérieur sa femme (Viviane Romance), heureuse de le retrouver.

Mais pas pour longtemps, parce que Monsieur Charles a passé ces cinq années à monter le dernier coup de sa carrière, une sorte d’apothéose après 30 ans passés dans son domaine : rafler la caisse du Palm Beach (Cannes, Alpes-Maritimes) après la clôture : un milliard.

Bon, c’est un milliard de centimes – nous sommes en 1962 – mais pour l’époque, c’est une somme franchement rondelette, voire obèse.

Comme son complice Mario (Henri Virlojeux) n’est plus en état de faire quoi que ce soit (1), il s’adresse à un jeune plein d’avenir : Francis Verlot (Alain Delon).

 

C’est tout d’abord une rencontre au sommet, une sorte de passage de témoin : Jean Gabin, le jeune premier des années 1930 aux côtés d’Alain Delon, jeune premier des années 1960s sont tous les deux en haut de l’affiche (2). C’est une collaboration prometteuse et qui verra les deux géants se retrouver dans plusieurs autres films.

Tous les deux tiennent la vedette du début à la fin, même si Delon prend petit à petit le pas sur Gabin : place aux jeunes ! Mais cela se fait doucement et sans que Gabin se mette à faire du Gabin : il reste sobre et donne alors une bonne interprétation de son personnage.

Verneuil signe ici l’un de ses plus beaux films, lui donnant une dimension américaine dans sa façon de tourner.

 

Autour de Delon et Gabin, on trouve aussi une kyrielle de seconds rôles aperçus régulièrement dans la période : Bernard Musson, Robert Rollis ou encore Dominique « Madame Mado » Davray. A propos de cette dernière, on remarque encore une fois que les répliques de Michel Audiard lui siéent très bien. On la retrouvera plusieurs fois donner la réplique pour lui, dans notamment Les Tontons flingueurs qui sortira la même année.

Et puis il ne faut pas oublier Maurice Biraud, qui retrouve Gabin après Le Cave se rebiffe, mais qui fera les frais des tensions du tournage. Grand seigneur – comme toujours – il ne relèvera pas.

 

Si Verneuil signe ici un film de gangsters, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une parodie. La présence d’Audiard n’est pas toujours synonymes de savoureux mots comiques, et si on sourit à quelques répliques – devenues cultes, évidemment, on ne perd jamais de vue le côté noir de l’intrigue : ces deux cadors ne sont rien d’autre que des voleurs. Habiles, certes, mais avant tout voleurs.
Et comme pour Le Cave, il ne faut pas imaginer une issue heureuse à ce casse : la malhonnêteté ne paie pas, pour les voleurs. Pour d’autres professions, je vous laisse à votre propre opinion, gardant la mienne bien précieusement, nous sommes au cinéma.

 

Il n’empêche que le film est vraiment bien mené par Verneuil, et le montage l’une des clés de la réussite. Les plans de transition sont bien léchés (3), donnant une fluidité dans la narration et permettant de faire évoluer plus vite l’intrigue.

Plusieurs fois, Gabin s’adresse à Delon ou Biraud et en cours d’explication on se retrouve sur le terrain, la réplique se continuant, illustrée par les faits et gestes de son interlocuteur sur place.

 

Bien sûr, la séquence finale est magistrale : une dose de suspense avec un brin de fatalité –mais surtout la morale reste sauve, ouf ! – qui voit les deux bandits sur le bord de la piscine, cernés par les policiers, regardant impuissants le fruit de leur rapine s’éloigner d’eux.

On retrouve dans cette séquence finale un écho de celle de L’ultime Razzia, avec le résultat tragique pour Johnny Clay : les policiers s’apprêtent à l’arrêter.

 

Ici, Verneuil s’arrête avant, laissant le spectateur finir la séquence en sortant du cinéma.

 

PS : comme pour Les Tontons flingueurs, Michel Magne signe la musique et décline à l’envi un même thème musical en fonction du moment et du ton du film.

 

  1. Après quelques années à la Santé (?), la sienne n’est plus très folichonne et surtout, c’est madame Mario (Dominique Davray) qui prend les décisions.
  2. Comme dirait Aznavour, qui est mentionné sur les affiches du Palm Beach, par ailleurs…
  3. Un seul reste un peu gros et pas complètement réussi : comme dans La Corde, on voit Gabin près de la caméra tourner le dos et quand il s’éloigne, la situation a changé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Colline des potences (The hanging Tree - Delmer Daves, 1959)

 

La Colline des potences, ou plutôt l’Arbre à pendaisons (le titre original) est le lieu où  tout commence et où tout finit.

Entre les deux, une histoire d’hommes, de femmes et surtout d’or.

 

Un beau jour, le docteur Joe Frail (Gary Cooper) arrive à Skull Creek et achète une maison, à un jet de pierre du fameux arbre.

C’est aussi le jour que choisit Rune (Ben Piazza) pour débarquer là, essayant de voler des pépites dans un berceau.

Pris en chasse, il réussit à s’échapper et est soigné par Frail qui le garde comme serviteur contraint.

Un jour, la diligence est attaquée : les passagers sont tués sauf Elizabeth Mahler (Maria Schell) qui est recueillie au bout de trois jours.

Elle est installée en face de chez le docteur qui la soigne.

 

Delmer Daves est un  réalisateur humain. Son film est une très belle chronique de l’Ouest des orpailleurs : on y retrouve tous les éléments qui suivaient chaque ruée vers l’or.

Ici, c’est le Montana, mais on aurait pu voir la même chose en Californie ou ailleurs.

Les bâtiments qui ne sont que des grandes tentes où vivent, mangent, boivent ou plus : il existe même un « bâtiment » entourée de jolies dames qui vendent leur magasin à fesses, si vous voyez ce que je veux dire (1).

On y trouve aussi une rivière (2) sur les bords de laquelle les chercheurs tamisent le fond. Mais surtout on y trouve une faune hétéroclite et bigarrée.

Des prospecteurs, ça, on le savait, mais on y rencontre aussi Tom Flaunce (Karl Swenson), l’épicier de la ville mais qui vend aussi tout ce qui se rapporte à la prospection ainsi que les opérations financières. C’est le véritable homme à tout faire de la ville-champignon.

En plus des dames déjà mentionnées, on y trouve des joueurs de tout poil et un prédicateur exalté (3), George Grubb (George C. Scott).

Et parmi les prospecteurs, Frenchy Plante (Karl Malden), un brave garçon bien qu’un tantinet limité.

 

Très rapidement, on se rend compte que ce docteur fraîchement arrivé n’est pas de ces praticiens traditionnels : s’il sait enlever des balles dans le corps des blessés, il sait aussi en ajouter aux corps des vivants.

De plus, quand les résidents de Skull Creek apprennent son arrivée, de vieilles histoires ressurgissent : Frail n’est pas un inconnu pour eux. Tous le craignent, et à juste raison : c’est une gâchette, comme on dit.

Même Frenchy, qui n’est pas le plus subtile de la bande est très prudent quand il a affaire à Frail.

 

Et puis arrive le tournant du film : la découverte de la jeune femme, Elizabeth.

Si les prospecteurs sont heureux de son arrivée – et surtout dans ces conditions – il n’en va pas de même pour tout le monde. Trois autres attitudes se révèlent : médicale pour Frail ; morale pour certaines femmes de Skull Creek ; et convoitise pour Frenchy.

Si l’attitude de Frail s’explique facilement, celle des femmes fait aussi partie des éléments récurrents du western : les bonnes dames patronnesses qui sont très souvent décrites  mais surtout caricaturées et moquées (jusqu’à Morris et Goscinny dans Lucky Luke).

Et la femme de Flaunce est un véritable archétype de méchanceté et de médisance sous couvert de prétextes moraux. La façon dont Frail se débarrasse de ces bonnes dames est d’ailleurs l’un des rares moments comiques du film.

 

Parce que le film est avant tout un drame. Un drame humain, où l’or n’est même pas la raison.

Frail est un personnage au premier abord très sympathique (normal, c’est Gary Cooper !), mais on se rend bien compte qu’il n’est pas si bénéfique que ça. Son attitude peut se faire dure voire violente.

De plus, son allure sévère accentue ce côté un peu obscur. Avec l’âge – et la maladie ? Il s’agit de l’un de ses derniers films – le visage Gary a perdu de sa douceur et de la candeur qui lui permit d’interpréter des personnages très attachants. Il n’en demeure pas moins superbe, comme d’habitude.

 

A ses côtés, ou plutôt en face, Karl Malden interprète une brute assez singulière. En effet, ses premières interventions sont empreintes de naïveté : sa découverte de la jeune femme le propulse au devant de la scène. La façon dont il raconte ce qu’il s’est passé est presque touchante. On a un peu l’impression que c’est un grand gamin qui s’exprime.

Mais quand le désir va le gagner au fur et à mesure du film, l’aspect brutal va ressortir et le révéler tel qu’il est.

Malden est remarquable dans ce rôle pas si simple que ça, d’autant plus qu’il dut remplacer au pied levé Delmer Daves qui était malade et terminer le tournage.

Autre acteur remarquable : George C. Scott. On reconnaît d’emblée son profil et encore une fois, on se dit qu’il n’a pas un personnage très positif. Il est un prédicateur exalté certes, même si « fou » lui conviendrait mieux.

 

Et l’arbre ?

Comme je l’ai dit au début, c’est lui qui finit le film, avec une nouvelle corde « branchée ».

Encore une fois, il est témoin de l’avilissement des hommes dû à la fièvre de l’or, et la dernière séquence nous les révèle tels qu’ils sont : petits, égoïstes et brutaux.

Mais sont-ce encore des hommes ?

 

  1. Clin d’œil à Pierre Perret et son Tord-Boyaux.
  2. Elle donne son nom à la ville.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #George Chesebro, #Bruce Mitchell, #Fantastique
Wolfblood (George Chesebro & Bruce Mitchell,1925)

Dick Bannister (George Chesebro) dirige l’exploitation forestière Ford, en concurrence directe avec la Consolidated Lumber Company dirigée par le pas toujours scrupuleux Jules Deveroux (Roy Watson). Deveroux est prêt à tout pour éliminer son concurrent : il fait tirer sur les bûcherons de Bannister. Devant l’accumulation de blessés graves, Bannister demande la venue de la propriétaire et d’un chirurgien.

Arrive alors Edith Ford (Marguerite Clayton) – qui n’est pas une mémère atteinte de goutte – et Eugene Horton (Ray Hanford), son fiancé lui-même chirurgien.

A la suite d’une bagarre contre Deveroux, Bannister est laissé pour mort par son opposant, mais est secouru par le docteur qui doit pratiquer une transfusion sanguine : comme il ne trouve personne, il va utiliser le sang d’une louve, prêtée par un individu louche, Jacques Lebeq (Milburn Morante).

Un peu plus tard, alors que Bannister se remet, Deveroux est tué avec une grande sauvagerie, comme par un loup.

Mais Bannister ne se souvient pas de ce qu’il faisait à ce moment-là, et en plus, ses hommes parlent dans son dos : il serait devenu mi-homme mi-loup…

 

Voilà une intrigue bien compliquée pour un petit film !

En effet, Wolfblood ne dure que 68 minutes et ne casse pas des briques. Si la notion de loup-garou est centrale dans la deuxième partie du film, il ne faut pas attendre de grands effets de maquillage ou de Grand-Guignol : vous ne verrez pas de transformation. Non pas que la métamorphose soit impossible à recréer (1), mais parce qu’il n’y a pas de raison d’en avoir une.

 

Puisque The Werewolf (Henry MacRae, 1913) est considéré comme définitivement disparu dans l’incendie des studios Universal en 1924, on peut décemment considérer ce film comme le plus ancien encore visible traitant des loups-garous. Il s’agit du premier et seul film réalisé par George Chesebro – alors crédité au générique Geo Chesbro – un acteur oublié qui a tout de même joué dans plus de 420 films entre 1913 et 1955.

Sans être un chef-d’œuvre, ce film est bien tourné, les plans de coupe (dans tous les sens du terme, hé ! hé ! hé !…) amenant un plus à la narration : il s’agit d’un film qu’on peut qualifier d’honnête. Honnête certes, mais tout de même un tantinet vieillot dans son exécution.

Sympathique.

 

Toutefois, un léger détail peut faire se détourner la tête des spectateurs près d’un siècle plus tard : le personnage de Jacques Lebeq.

Cet homme est immédiatement étiqueté « half-breed » (2) et est un personnage maléfique.

C’est un trafiquant d’alcool : nous sommes en pleine Prohibition aux Etats-Unis, mais comme l’intrigue se déroule au Canada, c’est moins grave (!).

Son apparence est franchement répugnante et il semble que sa morale soit du même acabit.

Bref, ça ressemble tout de même à un délit de sale gueule.

 

Un film à découvrir.

Ou pas.

 

 

  1. Il suffit de voir les versions antérieures (1912 et surtout 1920) de Dr. Jekyll & Mr Hyde pour s’en convaincre : on savait (et encore plus en 1925) comment montrer une métamorphose au cinéma.
  2. « Métis ». Est-il moitié-canadien et moitié indien ? On pourrait le supposer au vu du statut des Indiens au cinéma, comme dans la société en 1925. Aujourd’hui encore, certains « bons » Canadiens (j’en ai rencontrés) ne sont pas très ouverts à ces véritables Américains.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Kevin Costner
Danse avec les Loups (Dances with Wolves - Kevin Costner, 1990)

Le Western est de retour.

En fait, le Western est toujours de retour, si on doit se fier aux annonceurs. Peut-on dire que le Western a disparu un jour ? Je ne pense pas.

Mais on peut tout de même dire que ce western, à sa sortie fut un événement : Kevin Costner avait même mis un quart du budget de sa poche tant il voulait le réaliser.

Non seulement ce fut un bon calcul financier, mais en plus, il fut grandement récompensée à travers le monde.

L’histoire ? Elle est toute simple, et c’est aussi pour cela que le film a bien marché.

 

Alors qu’il est blessé et qu’on doit l’amputer de la jambe droite, le lieutenant Dunbar (Kevin Costner, donc), qui refuse de devenir invalide, lance contre les Confédérés une charge solitaire autant que suicidaire qui se transforme en acte héroïque et lui vaut une affectation plus reposante et surtout la conservation de sa jambe.

Sa nouvelle affectation est tellement calme qu’il est seul dans ce qui ressemble à des ruines d’un fort militaire, au point le plus occidental de la frontière (1).

A force d’être seul, Dunbar va visiter ses voisins : une tribu de Sioux dirigée par le chef Ten-Bears (Floyd « Red Crow » Westerman) et le sorcier Kicking Bird (Graham Greene).

Une fois la surprise (réciproque) passée, des liens vont peu à peu se nouer entre les Sioux et cet homme blanc si étrange : la première fois que Kicking Bird le voit, Dunbar est tout nu.

 

Bien sûr, on a en tête les deux monuments précédents – Little Big Man et A Man called Horse tous les deux curieusement sortis la même année – qui offraient exclusivement une intrigue du point de vue des Indiens, ce qui n’étaient pas souvent le cas des Westerns de la grande époque avec les spécialistes du genre : John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh pour ne citer qu’eux (2). 

La grande différence tout de même, c’est que le Blanc qui devient Indien le fait volontairement : il n’est pas prisonnier ou perdu comme on le voit pour l’une des membres de la communauté, Stand with a Fist (Mary McDonnell).

 

C’est une épopée fabuleuse que nous offre Kevin Costner, et on comprend pourquoi il voulait à tout prix tourner ce film. Encore une fois, on ne peut que prendre le parti des Indiens contre les hommes blancs : ces derniers, n’intervenant que dans la dernière heure du film (avec aussi la toute première séquence qui voit Dunbar se retrouver à Fort Sedgewick), sont montrés comme des abrutis analphabètes, frustes et violents, ce qui à mon avis n’est pas tellement exagéré.

 

Mais si les Indiens sont les « gentils » du film, cela ne les empêche pas non plus d’être cruels : envers leurs ennemis - les Pawnees (3) – comme envers les Tuniques bleues. Ce dernier combat va définitivement sceller le sort de Dunbar : arrêté et en attente d’être pendu, il est libéré par ses « frères » indiens.

Et d’une façon générale, Dunbar, en six mois (4), va se transformer : physiquement autant que moralement, adoptant définitivement les us et coutumes de ces nouveaux amis.

 

Pour le reste, c’est un superbe western que nous avons là, où le réalisme l’emporte sur le spectaculaire, le tout dans un cadre magnifique : le Dakota du Sud.  Mais surtout, les interprètes autres que les « Blancs » sont de véritables descendants des tribus indiennes, même s’ils ne sont pas d’ascendance sioux.

De plus, le langage utilisé est aussi sioux, ce qui donne encore plus de force aux différentes séquences du film.

 

Alors quand on dit que le Western est de retour, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’est jamais parti, mais qu’il est avant l’un des thèmes les plus fondateurs du cinéma américain, et que s’il est parfois obscurci par le reste de la production cinématographique, il n’en demeure pas moins un repère vers lequel Hollywood revient régulièrement, amenant à chaque fois  une autre pierre à l’édifice de l’histoire américaine du XIXème siècle, avant que ce pays soit définitivement considéré comme civilisé.

 

Civilisé du point de vue occidental, c'est-à-dire conquis avec une bible, mais surtout un fusil.

 

 

  1. La Frontière était la limite où la « civilisation » américaine s’étendait, toujours plus à l’Ouest avant de rejoindre l’océan Pacifique, amenant les colons puis les villes, amenant aussi le crime et les maladies ainsi que la guerre qui furent fatals aux Amérindiens.
  2. Je ne dis pas que tous les autres westerns prenaient exclusivement le point de vue des Indiens, mais la plupart du temps, on en revenait au vieil (et stupide) adage : « un bon Indien est un Indien mort. » On retrouve d’ailleurs cette pratique dans la dernière partie du film.
  3. Parmi les Pawnees, on découvre alors un acteur (amérindien) qui fait ses débuts au cinéma : Wes Studi. On le retrouvera dans le très beau Hostiles de Scott Cooper. On peut imaginer d’ailleurs que l’Indien vieillissant qu’il interprète ne devait pas être beaucoup plus différent dans sa jeunesse de celui qu’on peut voir ici.
  4. Seul repère chronologique : sa rencontre avec les nouveaux « pensionnaires » de Fort Sedgewick.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cape & épée, #Donald Crisp, #Douglas Fairbanks, #Zorro
Don X, Fils de Zorro (Don Q, Son of Zorro - Donald Crisp, 1925)

Trente ans ont passé, Don Diego de Vega (Douglas Fairbanks) a eu un fils Don Cesar (Douglas Fairbanks) qui est parti se former en Espagne, terre de ses ancêtres.

C’est un jeune homme bien bâti, courageux et bon chanteur, et surtout habile avec son fouet.

C’est cet instrument qui lui permet de devenir le protégé de l’Archiduc Paul (Warner Oland), et l’ennemi numéro 1 de l’officier de la Reine (Stella de Lanti) : Don Sebastian (Donald Crisp).

De plus, il fait la rencontre de la belle Dolores de Muro (Mary Astor), que ce même officier convoitait. Bien sûr, il tombe amoureux d’elle et va la souffler à son rival.

Sauf que ce rival est un infâme : il va tuer l’archiduc et faire accuser Don Cesar.

Ce dernier entre dans la clandestinité espérant laver son honneur.

 

Bien que Zorro soit mentionné dès le titre, il faut attendre longtemps avant que ce dernier entre en scène et le dernier quart d’heure pour le voir de pied en cape, accompagné de son fidèle et muet serviteur Bernardo (Tote Du Crow).

Mais ces deux personnages ont vieilli : les cheveux sont gris et les traits marqués. Pour le reste, ils sont identiques à eux-mêmes, toujours alertes et prêts à en découdre.

 

Mais le vrai héros est bien sûr Don Cesar, qui est tout à fait le fils de son père, ce qui est un peu normal vu que c’est Douglas Fairbanks qui interprète les deux.

On a alors droit à la rencontre entre ces deux hommes, vers la fin, mais sans jamais se toucher avec les deux visages visibles : quand ils s’embrassent, on ne voit qu’un seul visage, l’autre est de dos. Qu’importe, on a la réunion et c’est tout ce qui compte.

 

A nouveau, nous avons des méchants plutôt réussis : outre l’infâme Sebastian, on suit l’ascension d’un personnage fourbe et menteur, Fabrique Borusto (Jean Hersholt). Encore une fois, Hersholt est un méchant crédible, dont l’obséquiosité a d’égale la fourberie. C’est un devoir alors pour le spectateur de détester un tel personnage.

L’union entre ces deux hommes – forcée, Fabrique fait chanter Sebastian – est des plus réussies et leur élimination n’en devient que plus méritée.

 

Ce deuxième opus des aventures (éloignées) de Zorro est des plus réjouissants. On avait aimé le premier pour la découverte de ce nouveau personnage de justicier, on ne peut qu’aimer ce second volet.

En effet, on y retrouve les traits principaux du Renard – sans le masque – mais d’une certaine manière on retourne à la source de cette famille : les ruines du château des ancêtres. On peut admirer à cette occasion de très beaux décors de ruines qui servent pour l’explication finale – la bagarre, quoi !


Certes, le niveau du film n’atteint pas d’autres productions où apparaît Douglas Fairbanks, mais la présence de Donald Crisp derrière et devant la caméra donne une autre teinte : la place belle est faite aux acteurs. Fairbanks brille, bien sûr, mais Hersholt est à nouveau magnifique dans un rôle d’infâme et la jeune Mary Astor (19 ans, mais sur les écrans depuis plus de quatre ans), après avoir donné la réplique à John Barrymore (dans Beau Brummel, rien que ça), se retrouve aux côtés d’une autre grande figure du muet (si ce n’est la plus grande), dans une scène de rencontre dans le même esprit espiègle des prestations de Fairbanks.

 

Alors oui, on s’amuse encore une fois grâce à ce petit film réjouissant : n’est-on pas au cinéma pour ça ?

 

 

PS : pourquoi Don X. (Don Q. en VO) ? La réponse dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #George Fitzmaurice, #Rudolph Valentino
Le Fils du cheik (The Son of the sheik - George Fitzmaurice, 1926)

Comme il y a eu Don Q. son of Zorro cinq ans après The Mark of Zorro, il y a Ahmed, le Fils du Cheik, cinq ans après Le Cheik.

Et encore une fois, c’est le beau Rudolph Valentino qui l’interprète.

Et même mieux : il interprète aussi son père, lui aussi prénommé Ahmed.

Nous suivons donc les aventures d’Ahmed Jr. lui aussi conquis par la beauté d’une jeune femme blonde.

Mais comme il n’était pas envisageable de refaire exactement la même chose, George Fitzmaurice, qui succède à George Melford, fait appel à la talentueuse Frances Marion qui écrit donc une suite dans la même verve mais avec beaucoup plus d’humour.

 

Ahmed (le fils) est tombé amoureux de la belle Yasmin (Vilma Bánky), danseuse mais surtout fille d’André (George Fawcett), une espèce de renégat, allié à des Arabes cruels et stupides, qui vont tout faire pour les séparer et essayer de s’enrichir aux dépens du prince.

Bien sûr, ils n’y arriveront pas et tout se terminera bien, mais était-il nécessaire de le préciser ?

 

Plus que Don Q. Son of Zorro, ce film est devenu mythique. Et pour deux raisons. La première, c’est que Valentino était alors au fait de sa gloire, adulé par des cohortes de femmes qui succombaient à son charme d’Italien ténébreux. Mais la seconde est beaucoup plus tragique : Rudolph Valentino est mort trois mois après la sortie du film. Vous avez donc compris : il s’agit de son dernier film, Character Studies ayant été tourné bien avant ce film (1).

 

Ce deuxième opus, en plus d’une technique beaucoup plus maîtrisée (2), a les allures d’un film avec Douglas Fairbanks, Valentino réalisant des bonds et des prouesses courageuses lors de toutes les scènes d’action : il saute sur la selle de son cheval, brette comme un forcené, et enlève les jeunes femmes avec toute sa fougue légendaires.

A ses côtés, on retrouve dans une séquence quasi magique son double (lui-même jouant son père), et tout comme pour Mary Pickford dans The little Lord Fauntleroy, le père touche l’épaule de son fils sur un même plan ! Evidemment, l’artifice est connu, mais il n’empêche, on ne peut que se réjouir devant cette prouesse technique.

Agnes Ayres (sa mère) a bien voulu jouer dans cette suite, reprenant son même rôle, et ce grâce à monsieur Samuel Goldwyn, comme c’est annoncé dès le générique de présentation, précisant même que c’est aussi par amitié pour la star monumentale qu’elle a bien voulu participer.

Et cette présence nous permet aussi de constater que les canons de la beauté d’Hollywood sont en train de changer : alors qu’Agnes Ayres est une belle femme plantureuse, Vilma Bánky est beaucoup plus mince, même si pour le reste, elle n’est pas différente.

 

Si les méchants sont facilement identifiables – George Fawcett en père indigne et son bras droit en bandit (Montagu Love) tout droit sorti des Mille et une Nuits (3), il reste tout de même une paire de personnages qui se rangent de leur côté, mais sont avant tout des éléments comiques de l’intrigue : Bull Montana et Bynunsky Hyman. Ce n’est pas la première fois que ces deux-là sont associés. En effet, ils apparaissent tous les deux dans le film de Max Linder The three Must-Get-There : Bull Montana est le Cardinal Richie-Loo, et il tire sur les rares cheveux d’un moine, interprété par Bynunsky Hyman !

Autre personnage comique – dans une moindre mesure – le second d’Ahmed, Ramadan, interprété par le goguenard Karl Dane : toujours aussi grand et aussi rigolard que dans The big Parade, mais cette fois-ci, il ne meurt pas avant la fin.

 

Le film fut un immense succès, dépassant largement le premier opus. Mais rien d’étonnant là-dedans, ce deuxième film est beaucoup mieux maîtrisé, les cadrages originaux renforçant cette impression (et qui n’en est pas une) de qualité.

Le moment où Ahmed, ivre de jalousie s’approche de Yasmine donne lieu à des mouvements de caméra subjective alternant champ et contre-champ et surtout culminant avec le regard de Vilma Bánky occupant la totalité de l’écran.

Du grand art !

 

Pas étonnant qu’il y ait eu une telle effervescence quand on annonça la mort de Valentino, le 23 août de cette même année 1926.

 

 

  1. Sorti en 1927, il aurait été tourné aux alentours de 1922.
  2. En 5 ans, beaucoup de choses ont évolué, et surtout la manière de filmer.
  3. Encore une fois, Montagu Love interprète un méchant, rôle de prédilection qui le suivra toujours : il est entre autres l’infâme évêque dans The Adventures of Robin Hood.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame
The Confession (Bertram Bracken, 1920)

John Bartlett (Henry B. Walthall) est un prêtre catholique vivant dans la petite ville de Deer Lodge (Montana), avec sa mère (Margaret McWade) et son turbulent frère Tom (Francis McDonald).

Un soir, il reçoit la visite de Joseph Dumont (William Clifford), qui vient se confesser d’avoir tué un certain Jimmie Creighton (Barney Furey), alors qu’il se battait avec Tom Bartlett.

Le marshall (George Spelvin), arrivé sur les lieux, découvre le fusil de Tom et arrête ce dernier pour meurtre.

Apprenant cela, le père Bartlett se retrouve face à un cas de conscience : lié par le secret de la confession, il ne peut pas révéler le nom du meurtrier, et doit donc laisser son frère être accusé et surtout condamné à la pendaison, alors qu’il le sait innocent…

 

Bertram Bracken est un réalisateur aujourd’hui oublié – mais pas par les spécialistes du cinéma muet, n’est-ce pas monsieur Brownlow – malgré qu’il ait tourné pas moins de 80 films entre 1912 et 1932.

Et au vu de ce film, on peut trouver cela bien dommage car les 78 minutes qui nous sont proposées nous offrent quelques belles images et une maîtrise certaine de l’art cinématographique. L’utilisation de l’ombre et la lumière – ou plutôt l’absence de lumière – est assez impressionnante, les noirs étant franchement noirs et les blancs éclatants, donnant une autre dimension à l’histoire, forcément un tantinet manichéenne. (1)

 

Mais surtout, c’est le scénario William H. Clifford et Franklyn Hall (d’après la pièce de Hal Reid, le père de Wallace) qui retient notre attention. En effet, on ne peut pas ignorer une parenté évidente avec I confess du maître Alfred Hitchcock (2). Mais ici, ce n’est pas le prêtre qui est accusé mais son frère.

Bien sûr, Henry B. Walthall est impérial, dans ce rôle on ne peut plus positif mais tout de même bien pénible : parmi les nombreux gros plans proposés par le réalisateur, on retrouve souvent celui de Bartlett, tracassé par le dilemme et on sent le conflit intérieur entre ce qu’il sait et ce qu’il doit faire (et surtout ne pas dire !).

 

En face, le fourbe Dumont est lui aussi taraudé par sa conscience, même si ce n’est pas pour la même raison : non seulement il a tué un homme, mais en plus, sa propre mère (Sally Cohn) en meurt de chagrin et son esprit va hanter la vie de son fils. Cela nous donnera l’occasion de voir une belle surimpression de la vieille femme implorant son fils à moitié malade, rongé qu’il est par le remord.

 

Autre technique utilisée, le flashback : pour raconter le meurtre – nous n’avions pas vu pourquoi Creighton s’était écroulé en pleine bagarre avec Tom – et aussi pour illustrer la déposition du même Dumont devant le tribunal. En effet, il arrange à sa convenance la scène du meurtre afin de se dédouaner totalement, sous le regard sévère du père Bartlett, que l’on sent encore plus prisonnier de son devoir de prêtre.

Et c’est surtout à ce niveau que se joue le film : d’un côté il ne peut rien dire, mais il sait qu’il ne doit pas rester passif face à ce qu’il sait être de l’injustice.

 

Bref, ce n’est pas un petit film que nous avons sous les yeux, mais bien une intrigue bien ficelée et surtout bien filmée. Sans oublier le montage qui, à part un intertitre mal repositionné, est varié et dynamique, donnant à voir plusieurs éléments dans une même séquence, un montage parallèle on ne peut plus pertinent : l’exécution de Tom qui se met en place ; le point de vue de la famille – la mère et aussi Rose (Margaret Landis, alors Mme Bracken à la ville) la fiancée de Tom (et accessoirement la sœur de l’homme tué) – ;  et la course contre la montre (3) à laquelle se livre le père Bartlett, ramenant le meurtrier mourant  qui avoue.

Alors quand il meurt avant d’avoir prononcé le nom de l’homme qu’il a tué…

Mais pour cela, vous irez voir comment se termine le film. Je ne vais pas tout vous dire non plus !

 

 

  1. Avec l’incontournable rayon de lumière symbolisant Dieu… Nous sommes à Hollywood, ne l’oubliez pas !
  2. Mais le grand Alfred se basait, lui, sur une pièce beaucoup plus ancienne : Nos deux Consciences (1902) écrite par Paul Anthelme Bourde (1851-1914). Il n’est donc pas exclu que Hal Reid ait connu cette pièce.
  3. La pendule plutôt, qui est montrée plusieurs fois à l’heure fatidique (6h00).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Joel Schumacher, #Tommy Lee Jones
Le Client (The Client - Joel Schumacher, 1994)

Il est très mauvais de fumer. Et le jeune Mark Sway (Brad Renfro), l’apprend à ses dépens.

En effet, après avoir chipé deux cigarettes à sa mère (Mary-Louise Parker), Mark est allé les fumer dans un lieu éloigné avec son petit frère Ricky (David Speck).

Et manque de chance, ils croisent Jerome Clifford (Walter Olkewicz), qui est venu se suicider. Et juste avant, il livre à Mark son secret : il sait où est caché le corps d’un homme tué par un gangster.

Rapidement, la police est à ses trousses, et Mark sent qu’il est en mauvaise posture.

Il décide alors de prendre un avocat. Ce sera une : Reggie Love (Susan Sarandon).

 

Est-il besoin de dire encore une fois que Susan Sarandon est magnifique ? Oui. Elle est superbe dans ce film, prenant à cœur le sort de ce client inhabituel : ses honoraires s’élèvent à 1dollar, tous frais compris !

Mais si la belle Susan est magnifique, c’est parce que ceux qui l’entourent ne sont pas mal non plus, à commencer par le jeune Brad Renfro – onze ans, la révélation du film – dans le rôle de ce drôle de client qui a peut-être grandi trop vite.

Ce jeune garçon est un client fort pertinent et ses interventions touchent tous ceux qui le voient évoluer : l’avocate, bien sûr, mais aussi son « adversaire »  le District Attorney (DA) Foltrigg (Tommy Lee Jones, arrogant à souhait, mais tout de même beau joueur) – chacun de façon différente ; et surtout le public.

 

Et évidemment, comme nous sommes dans un film américain, il y a un bout de rédemption qui traîne. Cette rédemption concerne Reggie. Comme lui balance au visage Foltrigg, c’est une ancienne alcoolique. Bien sûr, elle a une bonne raison pour avoir sombré (1), et d’ailleurs le reconnaît, expliquant à son client pourquoi. Il s’agit alors du tournant du film. En effet, rapidement, l’intrigue arrive à une impasse : entre le gamin qui ne veut pas parler – les conséquences seraient néfastes pour sa santé (2) et celle des siens – et le DA qui veut absolument que son enquête avance, alors que l’enfant bloque la machine judiciaire.

C’est donc une séquence d’échange et surtout de confiance. Cette confiance va dans les deux sens : il n’y a pas de confiance possible s’il n’y a pas de vérité.

Mais cet échange n’est que le début de la résolution.

Et donc de la rédemption : le passé de Reggie qui ne jouait pas en sa faveur est effacé par cette affaire, même si elle doit tout de même en payer le prix d’une certaine façon.

 

Joel Schumacher n’est pas un réalisateur toujours très subtil, mais il mène cette histoire avec maîtrise, reprenant le thème du duo plus ou moins bien assorti. Mais le petit plus du film vient du point de vue qui reste quasiment tout le temps au niveau de l’enfant. J’ai déjà dit que la distribution est à la hauteur, et n’oublions pas non plus les seconds rôles qui sont eux aussi pertinents et bien utilisés. On y trouve quelques visages qui sont plus ou moins passé au premier plan depuis (3) – William H. Macy, par exemple – ou qu’on a pu voir de très nombreuses fois, comme Will Patton ou le regretté J.T. Walsh.

 

Un film judicaire donc, mais un peu différent du fait du duo annoncé. Et la seule audience à laquelle nous assistons est en plus très réjouissante.

A (re)découvrir.

 

 

  1. Il y a toujours une bonne raison, même si elle convainc rarement l’entourage du buveur.
  2. Vous voyez pourquoi fumer n’est pas une bonne chose !
  3. 25 ans déjà que le film est sorti…

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