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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #André Téchiné, #Drame
L'Adieu à la nuit (André Téchiné, 2019)

C’est une histoire presque ordinaire. Malheureusement.

Muriel (Catherine Deneuve) reçoit la visite de son petit-fils Alex (Kacey Mottet-Klein) avant qu’il parte au Canada.

Sauf qu’il ne part pas au Canada : il a l’intention d’aller en Syrie.

 

On pourrait presque parler d’un film courageux, que celui que Téchiné nous propose ici. L’actualité de son intrigue en est la cause : depuis le 7 janvier 2015, c’est un sujet brûlant en France, et c’est peut-être pour cela qu’il situe son intrigue fin mars 2015 (1). Sinon, pourquoi l’avoir daté ainsi : je ne vois aucune justification pertinente : nul besoin de datation pour rendre son sujet actuel. Au contraire, le circonscrire dans le temps (5 jours) peut – plus tard – en faire un film « daté », et amoindrir son aspect actuel.

 

Il a usé d’un grand soin pour décrire ce jeune homme qui s’est radicalisé sans véritable raison. En effet, nous assistons aux derniers préparatifs – physiques et moraux – de ce garçon qui semble avoir trouvé un sens à sa vie. Parce qu’il ne faut jamais oublier que ses pairs sont persuadés d’être dans le vrai, et que leur combat est on ne peut plus juste.

A ses côtés, la jeune Lila (Oulaya Amamra) est un personnage ambigu très intéressant. Aide à domicile, elle  se trouve confrontée à des situations qui ne rentrent pas toujours dans le cadre religieux qu’elle s’est donné : des vêtements qui ne laisse paraître qu’un minimum de peau, refus de laver les hommes. Mais comme elle dit, elle s’adapte, s’arrange avec ses collègues.

Bref, elle masque le plus possible sa radicalisation.

 

Bien sûr, le déclic vient de Muriel, très rapidement dans le film, quand elle surprend Alex en train de prier en arabe.

Sa première réaction est des plus normales : il n’y a pas de jugement quant à sa croyance, même si on y sent une certaine réticence. Cette réticence va d’ailleurs se développer tout le long du film, jusqu’à la prise de décision inévitable.

Et on a beau entendre parler d’histoires similaires, on n’est jamais prêt à un tel événement. Comme toujours, on croit que « ça n’arrive qu’aux autres »

Et c’est peut-être là qu’il faut chercher la thèse du film : Alex, malgré le fait qu’il ait perdu sa mère quelques années plus tôt (un accident ?), n’a pas le profil qu’on a tendance à imaginer pour ces individus.

 

C’est aussi la rencontre de Muriel avec Fouad (Kamel Labroud), un repenti, qui va être déterminante : ce jeune homme explique avec justesse le processus qui amène à la radicalisation. S’il est d’origine maghrébine, cela n’explique en rien son désir de djihad : c’est le désir d’autre chose qui l’a avant tout motivé. Tout comme Alex, il aspirait à un changement de vie, dû à un rejet de la société qu’il connaissait.

Mais surtout, c’est la promesse d’une autre vie – une assurance-survie ? – qui était le moteur de sa motivation. Sans oublier le prestige inhérent au statut, admiré par celles et ceux qui pensent comme lui.

 

Mais le personnage principal, c’est Muriel.

Le problème avec Catherine Deneuve, c’est qu’elle a interprété si souvent des rôles de bourgeoise plus ou moins parisienne, qu’on a du mal à la considérer comme une propriétaire de chevaux et de cerisiers. Et cela ne vient pas seulement de son manque flagrant d’accent du sud-ouest. D’autant plus que Muriel est née en Algérie qu’elle a quittée quand elle était petite.

Sa prestation est tout de même très juste, même si j’aurais préféré une actrice un peu plus authentique. 

On a du mal à croire qu’elle tient une école d’équitation tant son rapport aux chevaux est distant. Et c’est bien dommage parce que sa personnalité crée une distance avec les autres protagonistes. Sa réponse à Alex qui lui demande si elle est heureuse en est un exemple caractéristique.

 

André Téchiné nous propose un film plutôt ambitieux mais avec certains éléments dont on peut douter de la pertinence. La fête familiale – la famille de Youssef (Mohamed Djouhri), le partenaire de Muriel – en est un bel exemple. Je pense que la présence du jeune Alex aurait donné une autre dimension à cet événement. Youssef est musulman, mais on peut voir sa petite-fille danser en se trémoussant, et la présence du jeune homme à ce moment-là aurait pu amener des réactions ou/et un débat intéressant.

Mais non.

 

On reste alors un peu sur sa faim, regrettant ces occasions ratées qui auraient pu donner une dimension plus importante au film et amener une réflexion au spectateur comme le fait un autre film mettant exergue la religion et qui lui aussi est sorti récemment : Grâce à Dieu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Le grand Sam (North to Alaska - Henry Hathaway, 1960)

 

Nome, Alaska (au nord, donc), 1900.

Sam McCord (John Wayne) et son partenaire George Pratt (Stewart Granger) ont découvert un filon : les voilà riches à millions.

Il ne reste plus alors à Sam qu’à aller chercher Jenny (Lilyan Chauvin), la fiancée de George qu’il a quittée voilà maintenant trois ans.

Sauf que depuis, Jenny s’est mariée.

Pour le consoler, Sam ramène Michelle « Angel » Bonnet (Capucine), une fille qu’il a rencontrée dans un saloon…

Bien sûr, avec la femme vont arriver les ennuis…

Que ce soit bien clair : ce n’est pas la belle Angel qui amène les ennuis. C’est plutôt une vieille connaissance de cette dernière – Frankie Canon (Ernie Kovacs) – qui est fraîchement arrivé à Nome, et qui se trouve être un galant escroc (comme on dit).

 

Alors que le western vit ses dernières heures de gloire (1) – avant de renaître (refrain connu) – Henry Hathaway nous en propose ici un bien singulier.

Tout d’abord, nous ne sommes pas dans l’Ouest sauvage traditionnel mais au pied des massifs d’Alaska, chez les prospecteurs de la ruée de 1898 (2). Et surtout, on est dans une intrigue qui ne se règle pas à coup de pistolets, avec une bonne dose d’humour.

Et de l’humour avec le Duke, ça se savoure !

 

Certes nous sommes dans une intrigue on ne peut plus classique avec méchant à fines moustaches, mais tout de même, nous rions de bon cœur.

Il faut dire que John Wayne incarne encore une fois un cow-boy misogyne, mais cette misogynie n’a d’égale que sa bonne éducation. Ses rapports avec Angel sont d’une drôlerie rare dans un film avec John Wayne : même son duo avec Angie Dickinson (Rio Bravo) n’atteint pas ce niveau de comique. La présence de Stewart Granger y est aussi pour beaucoup, cette association donnant d’autres éléments comiques dont des inévitables bagarres – trois – avec ou sans destruction.

 

La première séquence qui voit McCord et Pratt arroser leur (bonne) fortune donne le ton : c’est un festival de torgnoles avec destruction indispensable, avec en prime un limonaire qui réagit – lui aussi – aux coups.

La dernière est un festival qui n’est pas sans rappeler l’ère muette : ça s’étale dans la boue, ça voltige, ça atterrit la tête la première dans un tonneau… C’est absolument délirant, avec en prime un dormeur qui n’arrive pas à dormir et qui prie tous ces gens de faire moins de bruit, le tout sans une seule parole !

Mais surtout, le comique se mélange très bien avec une intrigue pas si drôle que ça : Angel est une fille de saloon, avec ce que cela implique de scabreux, surtout quand on sait qu’elle fut un temps acoquinée avec l’infâme Canon. Le traitement que lui réserve McCord est d’autant plus chevaleresque quand on connaît son passé.

 

Bref, nous sommes dans un western atypique, bien loin de celui qui est sorti deux mois plus tôt (1).

A (re)découvrir de toute urgence !

 

  1. La même année sort Les 7 Mercenaires
  2. Cela nous ramène à la trouée du Klondike après laquelle un prospecteur solitaire a trouvé l’or et l’amour : La Ruée vers l’or.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Gangsters, #Robert Duvall
Le Parrain 3 (The Godfather: Part III - Francis Ford Coppola, 1990)

Le temps a passé. Vingt ans depuis les événements de Cuba narrés dans le deuxième film (1974).

Michael (Al Pacino) a vieilli, ses enfants ont grandi, mais les affaires restent toujours les mêmes.

Tom Hagen (Robert Duvall) est mort, et Kay (Diane Keaton) est partie.

C’est lors d’une cérémonie religieuse en l’honneur de Michael qu’apparaît Vincent (Andy Garcia), le fils – illégitime – de Santino (James Caan).

Avec lui arrivent de nouveaux ennuis et la volonté de Michael de réformer ses affaires est encore une fois interrompue.

 

Avec ce film, Francis Ford Coppola et son complice Mario Puzo, mettent un terme aux activités de Michael Corleone, sans pour autant  en mettre un à cette famille.

Avec ce film, c’est d’une certaine façon un retour aux sources qui est entrepris par les deux comparses autant que par Michael.

Et d’une façon générale, on retrouve une structure similaire à celle du premier opus (1972).

 

Mais tout le monde a vieilli, en particulier Michael et un ancien ami de son père, Don Altobello (Eli Wallach). Altobello c’est donc le lien avec le passé, mais avec l’arrivée de Vincent, c’est l’avenir qui se joue : saura-t-il succéder à son oncle et faire mieux que son père ? La réponse est bine sûr donnée à la fin.

Mais avant d’y arriver, nous allons replonger dans les affaires siciliennes que Coppola et Puzo avaient laissées de côté pour un épisode cubain – avec tout de même une partie de l’ascension de Vito Corleone (Robert de Niro).

On retrouve d’ailleurs Little Italy et ses processions dans ce film, avec la même destinée : la mort au bout. C’était Fanucci (Gastone Moschin) dans l’épisode précédent, vous irez voir qui meurt par vous-même…

 

Et encore une fois la famille Corleone influe sur la situation internationale. Après avoir soutenu Batista, Michael s’introduit dans les affaires du Vatican. Et pour cela, Puzo et Coppola avaient un événement mondial qui se prêtait à toutes les suppositions : la mort de Jean-Paul 1er (Raf Vallone), après quelques semaines de pontificat. Puisque tout est possible au cinéma, pourquoi ne pas intégrer sa mort dans un immense scandale financier.

Mais bien sûr, J-P I n’est pas le seul à tomber et Coppola nous rappelle – comme s’il en avait besoin – qu’il est l’un des maîtres du montage parallèle.

Comme dans la première partie, le final – l’opéra ou chante Tony Corleone (Franc D’Ambrosio) – est prétexte à une grande lessive dans laquelle les ennemis de la famille sont éliminés les uns après les autres.

 

Ce n’est d’ailleurs pas le seul montage parallèle du film : pendant la cérémonie, l’assemblée ecclésiastique récite un Ave Maria : Michael revoit Fredo (John Cazale) en faire de même alors qu’il participe à sa dernière partie de pêche. Les deux séquences fonctionnent comme si Fredo donnait la traduction de ce qu’on entend. Cette partie de pêche funèbre est d’ailleurs l’un des éléments déterminants de la vie de Michael et de ses relations avec le futur pape temporaire.

 

Je parlais de retour aux sources pour ce film et le retour en Sicile y est pour beaucoup. En effet, le film est composé de deux parties bien distinctes : l’une à New York et l’autre dans l’île. Michael (et les autres) vont d’ailleurs en Sicile une fois les affaires américaines réglées – définitivement encore une fois.

Le retour en Sicile, c’est aussi les souvenirs qui remontent et submergent presque Michael : son premier mariage avec la belle Appolonia (Simonetta Stefanelli), et le souvenir de sa mort qu’elle a trouvée parce qu’elle avait pris la place de Michael en voiture.

Le retour en Sicile est aussi l’occasion de retrouver don Tomassino (Vittorio Duse), autre personnage important pour les Corleone.

Et puis surtout, la Sicile est pour Michael un lieu de malheur où à chaque fois une femme qu’il aime – et qui l’aime – meurt pour lui. Là encore, il é »tait la cible du tueur, mais le destin en veut autrement.

Pas étonnant alors que Michael meurt seul, au soleil, vieux et usé par cette vie atypique.

 

Mais Le Parrain III, c’est aussi une entreprise familiale qui va au-delà de l’intrigue : non seulement Coppola y a fait jouer sa fille Sofia, mais en plus on trouve le nom « Coppola » à différents moments du générique de fin, sans oublier Talia Shire (Connie Corleone) et Nicolas Cage (producteur) – nièce et neveu de Francis – et surtout la musique signée par Carmine Coppola, son propre père.

 

Il est bien dommage que Mario Puzo soit mort si tôt (1999, il allait tout de même sur 79 ans) : ils avaient en projet une quatrième partie mettant en scène l’ascension de Vito dans Little Italy, avant que ne commence le premier film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Richard Lester, #Superman
Superman II (Richard Lester, 1980)

Bof.

Après un premier épisode réjouissant, c’est Richard Lester qui a remplacé Donner pour une deuxième aventure plutôt décevante.

En effet, ce qui faisait le charme du premier a disparu, remplacé par une débauche d’effets spéciaux pas toujours bien maîtrisés, en particulier les incrustations dans le décor futuriste du pole nord.

Pourtant ça aurait presque pu bien commencer si on n’avait pas un générique interminable (encore une fois) permettant au spectateur qui n’a pas vu le premier film de se familiariser avec ce qui s’était passé.

 

D’ailleurs, la première séquence – pré-générique – fait le lien avec ce film : on assiste à nouveau au procès puis à l’incarcération de Non (Jack O’Halloran), Ursa (Sarah Douglas) et surtout du général Zog (Terence Stamp).

La suivante (après le générique, donc) voit Lex Luthor (Gene Hackman) s’évader avec la complicité d’Eve Teschmacher (Valerie Perrine) avec bien sûr l’inévitable Otis (Ned Beatty).

Tous les affreux sont donc là, mais ça ne marche pas. Peut-être d’ailleurs parce qu’une telle (sur)dose de méchants est exagérée et que surtout Luthor ne peut pas partager la première place dans sa catégorie, comme il aime à le rappeler çà Zog à diverses occasions.

 

De plus, Lester est sans cesse tiraillé entre le sérieux et la parodie : certaines répliques sont savoureuses mais tombent presque toujours à plat du fait de cette intrigue on ne peut plus sérieuse, elle.

Autre signe du constant jonglage de Lester entre sérieux et farfelu, le vent terrible créé par Zog et ses complices amène des situations comiques mais qui ne sont malheureusement pas à leurs places dans le contexte de l’intrigue.

 

Et pourtant, c’est Mario Puzo qui est derrière toute l’histoire. Comme quoi, il était certainement plus à l’aise avec les parrains de la mafia qu’avec un tel superhéros.

L’intrigue d’ailleurs est un tantinet confuse voire contradictoire, surtout en ce qui concerne le passage de Superman à un état humain et donc faible, sensé être définitif et impossible à inverser.

Quant au final, nul besoin de s’étaler, on n’y croit pas beaucoup.

 

C’est certainement la relation entre Superman (Christopher Reeve) et Lois Lane (Margot Kidder) qui amène la déception. Il est clair que dans la version comics, Lois découvre la véritable identité de Clark Kent/Superman. Mais ici, cette découverte n’est pas dans le même contexte et surtout elle provoque un déséquilibre qui ne sera résolu qu’à la toute fin et avec une pirouette (voir plus haut).

Mais surtout, on peut se poser la question de la nécessité d’avoir amené cette révélation : elle n’est pas très pertinente et ne sert pas vraiment l’intrigue principale (1).

 

Dommage.

 

 

PS : Deux grandes enseignes font les frais des combats, doit-on y voir un message ?

 

(1) Et on en revient à la faiblesse de l’intrigue qui doit inverser la tendance, ramenant les rapports entre Lois et Clark au niveau de l’amitié professionnelle et rien d’autre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Oliver Hirschbiegel, #Guerre
La Chute (Der Untergang - Oliver Hirschbiegel, 2004)

Il était indispensable qu’un jour, un réalisateur allemand s’empare d’Hitler et le replace dans son contexte. Ce n’est pas exactement le cas puisque nous n’assistons qu’à la dernière décade de ce triste individu, mais tout de même, on sent l’exorcisme pas loin….

Nous suivons alors l’évolution de Traudl Junge (Alexandra Maria Lara) de son engagement jusqu’à sa fuite du célèbre bunker d’Hitler où ce dernier s’est donné la mort.

 

Les repères temporels sont plutôt flous, car si on se renseigne sur la jeune femme, on s’aperçoit que la toute première séquence aurait eu lieu en 1943 alors que tout le reste du film se situe entre le 20 avril – anniversaire d’AH – et le 7 mai – date de la capitulation sans condition.

Toujours est-il que le premier repère qui nous est donné est le jour de l’anniversaire d’Hitler (Bruno Ganz) : il lui est rapidement souhaité puis on retrouve quelques temps plus tard Eva Braun (Juliane Köhler) entraîner les habitants de la forteresse souterraine à danser.

Le deuxième repère consiste en une lettre écrite par Magda Goebbels (Corrina Harfouch) dans laquelle elle n’envisage pas de survivre si le régime tombe.

Le troisième c’est la mort d’Hitler et Eva, quant au dernier, c’est l’annonce de la capitulation, mais à ce moment, le film est quasiment fini.

 

Oliver Hirschbiegel concentre son récit sur les 10 jours entre l’anniversaire et la mort, à travers les yeux de la jeune secrétaire qui assiste en témoin passif de la déliquescence annoncée du régime. Dans le même temps sont insérés des éléments de la (sur)vie à Berlin, montrant les jeunes garçons et filles assurer une résistance dérisoire autant qu’aveugle, galvanisés par d’autres fanatiques en hommage à un homme qui n’a finalement pas grand-chose à faire de ces sacrifices vains.

 

C’est d’ailleurs cet homme le centre d’intérêt. Et Bruno Ganz est un führer terrible. Non pas pour ce qu’il représente mais avant tout parce qu’il est humain. On a toujours considéré qu’Hitler avait un côté inhumain, voire extra-humain. Or ce n’était qu’un homme, ce qui rend son influence et les exactions commises en son nom d’autant plus condamnables et ses idées combattues sans relâche.

Ganz a beaucoup travaillé pour arriver à ce résultat et on retrouve dans cet homme autant ses qualités humaines qu’inhumaines. Il est clair qu’on voit surtout  Bruno Ganz incarner Hitler. La ressemblance n’est pas là, ce qui semble être un parti pris du metteur en scène : ce sont avant tout les dialogues et certains détails qui indiquent tel ou tel personnage historique.

L’exemple le plus flagrant est bien sûr Goebbels (Ulrich Matthes) : il a la coiffure et le costume de cet autre sinistre individu, mais il ne lui ressemble absolument pas. Tout comme Ulrich Noethen (Himmler) ou encore Mathias Gnedinger (Göring). Le seul qui semble un peu échapper à cette non-ressemblance est Heino Ferch dans le rôle de Speer.

 

Ganz, pour sa part, a de véritables faux airs de son personnage, mais essentiellement dans ses mouvements et surtout dans sa parole. Il n’est pas étonnant d’apprendre que l’acteur a beaucoup visionné et écouté d’archives de ce « modèle ».

On assiste alors à des colères terribles, surtout à l’encontre d’Himmler, et le plus souvent une forme de délire paranoïaque mâtiné d’un optimisme aveugle et irraisonné.

On a alors la possibilité de voir les réactions de son entourage absolument désarmé face à _un tel acharnement. Réactions que ce dernier bien sûr ne voyait pas.

 

Le film suscita de nombreuses polémiques quant aux événements ou encore aux personnages eux-mêmes. Mais ce n’est pas ici que je les relaierai, ça ne m’intéresse pas.

Ce que je peux dire, c’est que la « Chute » (« Untergang » en VO) ne concerne pas seulement Hitler mais bel et bien son régime et ses différentes composantes. On assiste alors à des scènes qui n’ont peut-être rien de véridiques mais qui décrivent bien l’agonie d’un régime qui n’en finit pas de mourir : la fête animée par Eva Braun ou les différentes beuveries des soldats retransmettent très bien cette impression de décadence qui se développe en même temps que le IIIème Reich se meurt.

Et le moment le plus terrible dans cette fresque, c’est très certainement la fin des enfants Goebbels, précédant de peu celle de leurs parents.

 

Un film fort et sans concession avec une distribution toujours juste, qui illustre parfaitement les derniers jours d’un personnage des plus terribles qui ait jamais existé, mais qui n’était rien d’autre qu’un homme.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Kathryn Bigelow
Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow, 2012)

11 septembre 2001 : destruction des Tours jumelles.

2 mai 2011 : mort d’Oussama Ben Laden suite à la prise d’assaut de son repaire.

Entre ces deux dates, près de 10 années de traque menée par la CIA pour le mettre hors d’état de nuire.

C’est cette histoire que nous raconte ici Kathryn Bigelow, essentiellement du point de vue de Maya (Jessica Chastain), une jeune membre de l’Agence, entre Langley (Va) et Abbottabad (Pakistan), en passant par différents états du Proche Orient.

 

La séquence d’ouverture donne le ton : Dan (Jason Clark) procède à un interrogatoire « musclé » auprès d’Ammar al-Baluchi (Reda Kateb), sous les yeux de Maya dont la réaction n’est pas bien claire.

Bien sûr, il s’agit de torture, même si le mot n’est jamais prononcé. Et pas une seule fois cette pratique ne sera remise en cause tant que l’administration Bush Jr. restera aux commandes du pays.

 

Il y a toujours eu dans le cinéma américain une maturité que les Français ont du mal à acquérir : il n’a jamais fallu beaucoup de temps de silence avant d’évoquer un événement historique. Il suffit de se souvenir du traitement de la Guerre du Vietnam pour s’en convaincre. Ici aussi, la traque de Ben Laden (Ricky Sekhon) est encore fraîche dans les esprits quand le film sort, et on peut aussi y trouver une des raisons du succès du film.

L’autre raison – la plus vraisemblable – est que le travail effectué sur ce film est absolument gigantesque et d’une très grande rigueur.

 

On sent que le sujet est maîtrisé et aux où l’information est libérée (sinon totalement libre), les sources sont nombreuses et vérifiables, surtout dans ce domaine. Nous suivons alors les différentes phases de recherche de cet ennemi public n°1, les avancées tout comme les régressions : l’interdiction de l’usage de la torture étant considérée par ces gens-là comme une terrible régression.

Le jeu des différents acteurs et la présence de la caméra aux premières loges donne une dynamique authentique aux images, chaque différente étape faisant l’objet d’un chapitrage jusqu’à la dernière partie : les Canaris (1).

Le montage lui aussi est essentiel au déroulement du film, alternant les phases en fonction de l’intensité et du spectaculaire, et surtout les différents attentats qu’ils soient à Londres (7-7-2005) comme à Islamabad (20-9-2008).

 

D’une manière générale, on retrouve la rigueur du précédent film de Bigelow : Démineurs. Mais alors que ce film traitait du quotidien d’un soldat en particulier réalisant ce qu’on attendait de lui, il n’y avait pas l’aspect national voire international du propos de Zero.

Ici, la petite histoire rejoint la grande. Mais encore une fois à travers des yeux humains : les scènes de torture assumées (surtout avec Dan) ne nous sont pas épargnées, et alors qu’on pouvait attendre d’elle un regard de commisération – c’est une femme – on se rend compte que Maya est rompue à ce genre d’exercice et que pour elle comme pour Dan ou tous les autres qui ont pu pratiquer la torture sous divers régimes et latitudes, seul compte le résultat.

 

Si le film est bien documenté et nous retransmet les différentes phases d’une opération on ne peut plus importante, nous ne pouvons pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une exécution légale : pas un instant il n’est question de traduire OSB devant quelque tribunal que ce soit. De plus, un rappel aurait été judicieux à la fin du film : plusieurs des protagonistes d’Al-Qaïda sont toujours retenus prisonniers dans la base de Guantanamo (2).

 

  1. Nom donné aux soldats d’intervention qui ont délogé et tué OBL.
  2. Ils sont actuellement 40.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #René Clément, #Guerre
Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966)

Quatre ans après, le cinéma français fait son Jour le plus long.

Comme son aîné, le film comporte une pléiade de stars – françaises – ainsi que quelques vedettes internationales : Gert Fröbe (von Choltitz) (1), Kirk Douglas (Patton), Glenn Ford (Bradley), etc.

Zanuck (et consort) ayant filmé LE tournant de la guerre, René Clément se concentre sur un événement autant français que symbolique : la libération de Paris.

 

Pendant environ deux heures, nous assistons au soulèvement dirigé par les différents réseaux de résistance parisiens, les appartenances politiques bien que mises théoriquement de côté dans la lutte contre l’occupant, n’empêchent en aucune manière une surenchère dans les différentes actions, chaque camp essayant de ne pas se laisser distancer.

Les tractations sont alors un élément important de l’intrigue, les deux camps – d’un côté les gaullistes avec Chaban-Delmas (Alain Delon) et de l’autre les communistes avec Rol-Tanguy (Bruno Crémer) – ne cédant que par obligation du terrain à l’autre avec en vue de le reprendre plus tard.

Ces divisions annoncent alors la reconstruction politique d’après-guerre.

 

C’est impressionnant. Peut-être moins que le film américain, mais tout de même. La force du film tient surtout dans son utilisation des archives : le noir et blanc, encore une fois, permet d’insérer de véritables images de cet épisode.  Vien sûr, on aperçoit une différence de grain dans ces images, mais elles donnent tut de même un impact plus important et surtout une authenticité indéniable.


Par contre, ce qui ne joue pas en faveur de cette authenticité indispensable, ce sont les deux versions disponibles de ce film. Le choix est simple : tout en en français ou tout en anglais. Alors que Zanuck avait conservé la langue d’origine des différents protagonistes, ici les acteurs étrangers sont systématiquement doublés, à part la première séquence qui voit von Choltitz rencontrer Hitler (Billy Frick) près de ce qui reste de la salle où eut lieu l’attentat du 20 juillet, soit quelques semaines avant le temps du film.

Ce doublage systématique est (parfois) insupportable, mais surtout il induit que le spectateur n’est pas capable, quand il ne parle pas la langue, de lire les quelques sous-titres.

 

A côte de ça, les différents moments-clés de la libération sont respectés, ce qui n’a rien d’étonnant puisque une vingtaine d’années après leur déroulement, la plupart des leaders de la résistance étaient encore en vie, dont certains mêmes exerçaient de hautes fonctions.

Il fut reproché à Clément le point de vue très gaullien de son film, allant presque jusqu’à glorifier la police française qui fut tout de même coupable de certaines exactions collaborationnistes graves : la rafle du Vel’d’Hiv’ étant certainement la plus emblématique.

De même, mis à part le personnage de Serge (Jean-Louis Trintignant), on ne trouve qu’une seule référence à la Collaboration (le maire d’arrondissement qui est remplacé pendant un mariage) : aucun des débordements des résistants de la dernière heure n’étant évoqué. Seul von Choltitz est pris à partie par la foule, mais comme il est protégé par les GI, seule sa valise souffrira de la vindicte populaire.

 

Le pays est uni, et le mot d’ordre des gaullistes à la fin de la guerre et après – qui impliquait parfois une « mémoire courte » (2) quant à certaines exactions et autres participations actives à la Collaboration : Maurice Papon était alors préfet de police de Paris depuis l’accession au pouvoir du Général.

Il faut dire que la course contre la montre engagée par De Gaulle et consort pour remettre en marche le pays afin de ne pas tomber sous le joug d’une nouvelle occupation, encourageait à ne pas se poser trop de questions.

 

Le film se termine alors dans la liesse générale, et si De Gaulle ne déclare pas « Paris outragée… » (etc.), il n’en descend pas moins les Champs avec d’autres figures de cette résistance parisienne qui accéléra cette libération alors accessoire pour le haut commandement allié.

 

P.S. : Trois acteurs allemands ont aussi participé au film La grande Evasion (1963). Saurez-vous les reconnaître…

  1. Qui est présent dans le film américain.
  2. Voir à ce sujet le film de Francine Prémysler et Henri Torrent (1963).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Ed Harris, #Viggo Mortensen
Appaloosa (Ed Harris, 2008)

Appaloosa (N.M.), 1882.

Randall Bragg (Jeremy Irons) est un homme riche qui a imposé sa loi sur la petite ville. Quand le Marshall Jack Bell (Robert Jaurequi) vient arrêter un de ses hommes, il le tue ainsi que ses adjoints.

N’y tenant plus, les édiles de la ville engagent un Marshall autrement plus redoutable, Virgil Cole (Ed Harris) et son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen).

Cole est un Marshall très particulier : chacune de ses interventions fait loi, faisant de lui le véritable patron de la ville.

Alors quand il fait arrêter et condamner à mort Bragg, les choses s’enveniment.

 

Quand un acteur passe de l’autre côté de la caméra, on a souvent un film un peu différent des réalisateurs rompus à l’exercice, donnant une plus grande part aux acteurs. Ici, pas vraiment, Ed Harris réalisant un film fort honnête, un western de facture classique, le traitement de la violence restant dans la mouvance actuelle. On ne peut pas parler de western crépusculaire ici, l’intrigue reprenant d’ailleurs certains éléments hawksiens.

En effet, les références à la trilogie Rio Bravo/El Dorado/Rio Lobo sont les plus nettes.

ON assiste à l’arrestation d’un criminel et nous suivons alors les différentes étapes jusqu’à sa condamnation. Alors que Rio Bravo s’arrêtait avant l’arrivée d’un juge, ici le film continue bien après son arrivée, concluant définitivement l’affaire, de la manière habituelle : un duel où le méchant est tué.

Vous m’excuserez de vous dévoiler la fin (1), mais de ce côté, peu de surprise : nous sommes dans un western on ne peut plus classique avec le manichéisme indispensable comme on le trouve chez Ford, Hawks ou Walsh (et bien d’autres).

 

Et encore une fois, comme chez Hawks, la Femme joue un rôle déterminant dans le destin des différents protagonistes, Cole en tête de liste.

Elle s’appelle Allison French (Renée Zellweger) mais préfère qu’on l’appelle Allie, elle est belle sans être très jeune (Angie Dickinson avait 10 ans de moins dans Rio Bravo), elle possède le charme qu’on lui connaît et surtout va grandement influer sur l’intrigue. Elle possède la même assurance que son aînée mais ne semble pas avoir sa rouerie. Elle aussi tombe sous le charme du Marshall, mais pas que, ce qui amène une sous-intrigue fort intéressante, qui remet en cause le statut amoureux habituel du personnage principal.

Et avec le recul, la première question que lui pose Cole vaut n’est pas si maladroite que ça (2) : elle est elle aussi une femme moderne dans cet ouest traditionnel.

 

Du point de vue du western, outre combat manichéen, on retrouve certains ingrédients indispensables tels les décors du Nouveau Mexique : une petite ville éloignée de tout (il faut plus de deux semaines pour faire venir un juge) qui est aussi la proie des éléments. Le ciel n’est pas toujours bleu comme à la grande époque héroïque des réalisateurs cités plus haut, on a même droit à des bourrasques soulevant la poussière, remplaçant alors le brouillard matinal qui amène parfois les ennuis. La ville est entourée de collines propices à l’observation, sans oublier la présence de quelques Indiens pas si méchants que ça, même si leurs intentions premières ne sont pas très amicales. Mais comme celles de Bragg et des frères Shelton (Lance Henriksen & Adam Nelson) ne sont pas beaucoup mieux, pas besoin de s’étendre.

 

Si Cole semble le héros incontesté, ce n’est pourtant pas lui qui raconte : Hitch ouvre et referme le film, amenant cet ultime épisode avec Cole, avant de repartir, tout comme Lucky Luke, vers le soleil couchant.

Bien sûr, les méchants sont à la hauteur, et surtout Jeremy Irons qui donne le ton dès sa première apparition (voir plus haut). A ses côtés, les frères Shelton représentent une classe particulière de l’Ouest américain (légendaire, cela va de soi) : les pistoleros ou as de la gâchette. Cole et Hitch font partie de cette même engeance mais nous sommes en 1882 et Union est souveraine. La civilisation, symbolisée par le chemin de fer et la Justice qui atteignent n’importe quel endroit reculé du territoire,  avance inexorablement, amenant inéluctablement la disparition de ces adeptes de la justice exécutive.

Hitch repart donc, toujours plus vers l’Ouest jusqu’à ce qu’il soit lui-même rattrapé par cette nouvelle société américaine où il n’y aura plus besoin de avoir tirer vite et juste pour être en sécurité.

Et comme nous sommes dans un western plutôt classique, il s’en va dans le soleil couchant (3)…

 

 

PS : autre « emprunt » à Hawks (Rio Lobo), Bragg est arrêté par Cole et Hitch alors qu’il sort de la « cabane au fond du jardin ».

 

  1. Enfin une partie seulement, l’intrigue ne se réduisant pas à un duel au sort joué d’avance.
  2. Allez voir, vous comprendrez.
  3. Mais il ne chante pas qu’il est un pauvre cowboy solitaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Levinson, #Policier
Le Secret de la pyramide (Young Sherlock Holmes - Barry Levinson, 1985)

Londres, deuxième moitié du 19ème siècle.

Le jeune John Watson (Alan Cox) fait son entrée au collège de Brompton. Il est le voisin de lit d’un jeune homme qui s’essaie au violon : Sherlock Holmes (Nicholas Rowe).

Rapidement, ils deviennent amis, et quand des morts mystérieuses arrivent, ils suivent ensemble une piste qui les mène au pied d’une grande pyramide de bois.

 

Dès l’ouverture, nous sommes prévenus : en aucune manière il s’agit ici d’une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle, il s’agit tout juste d’une rencontre précoce entre ces deux piliers de la littérature policière anglaise voire mondiale. Une rencontre empreinte des deux personnages tels que les décrit Watson dans ses mémoires.

Et c’est tout à fait ça : Holmes est déjà féru de logique et de déduction, avec une inclination pour tout ce qui concerne la chimie, tout en étant une fine lame pendant les cours du professeur Rathe (Anthony Higgins).

 

Pour ce qui est des déductions, on va suivre deux exemples pertinents des facultés de ce jeune détective : l’intrigue principale autour de la pyramide et un défi lancé par le jeune Dudley (Earl Rhodes). Ce défi est l’occasion de montrer le processus d’investigation de Holmes, avec ou sans son indispensable loupe.

En ce qui concerne les autres attributs (objets) caractéristiques du futur détective, on les voit apparaître dans le film lors de moments-clés, posant ainsi les bases du portrait physique que l’on se fait du personnage.

 

Et puis il y a l’élément presque incongru : la présence d’une jeune fille – Elizabeth Hardy (Sophie Ward) – nièce d’un ancien directeur de l’école (Nigel « Cavendish » Stock). Nous comprenons rapidement qu’il s’agit ici du grand amour d’Holmes, et cette « romance » explique pourquoi Holmes n’a pas le même penchant pour les femmes comme son compagnon dans les nouvelles de Sir Arthur.

 

Ensuite, il y a l’intrigue qui met en valeur l’esprit déductif de Holmes ainsi que ses capacités physiques. Et nous comprenons alors pourquoi Steven Spielberg a été mentionné dès les premières images : « Steven Spielberg presents ». La secte que nous voyons officier rappelle celle du film de Spielberg l’année passée : Indiana Jones & the Temple of doom

On y retrouve des fanatiques (normal, dans une secte) mais un décorum quasiment identique – grand prêtre, victime expiatoire, adeptes scandant une mélopée de plus en plus forte – avec le même nombre de spectateurs/justiciers : ils sont trois, Holmes à la place de Jones, Elizabeth à celle de Willie, et Watson pour Demi-Lune avec son côté comique.

C’est peut-être d’ailleurs le moment le moins intéressant du film, laissant une forte impression de déjà-vu.

 

En plus de la musique de Bruce Broughton (qui est alors novice au cinéma), le film est intéressant pour ses effets spéciaux qui annoncent la révolution qui arrivera une dizaine d’années plus tard : le chevalier qui s’échappe du vitrail pour menacer le prêtre (Donald Eccles) est impressionnant de maîtrise technique (balbutiante).

Les différents délires des victimes sont aussi très bien rendus, les passages d’une réalité à l’autre fort bien montés, donnant toute leur dimension aux effets de la drogue.

 

On notera aussi la présence du jeune policier Lestrade (Roger Ashton-Griffiths) que les deux compagnons croiseront de nombreuses fois dans leurs « vraies » aventures.

Il est bien dommage que le film n’ait pas rencontré le succès, car même s’il n’est pas un film impérissable, il méritait un peu plus d’intérêt de la part des spectateurs.

Outre son côté Indiana Jones, on y trouve aussi de quoi amuser les amateurs du détective.

De plus, c’est un film qui, à l’instar de ceux du maître se laisse regarder avec plaisir, s’adressant à tous : petits et grands, qu’on connaisse ou non Sherlock Holmes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mike Leigh, #Biopic
Mr. Turner (Mike Leigh, 2014)

Splendide.

James Mallord William Turner fut et reste très certainement l’un des plus grands peintres du 19ème siècle, et inspira  l’impressionnisme tant son œuvre est marquée par ses impressions visuelles autant qu’émotionnelles.

Pour avoir visité plusieurs fois la Tate Gallery (avant qu’elle devienne Modern), j’en garde le souvenir d’une grande émotion devant cette peinture incroyable si loin des représentations factuelles mais pourtant si proches du ressentir.

Ici, Mike Leigh nous raconte les vingt-cinq dernières années de la vie de ce géant : ses œuvres, ses inspirations, ses rencontres. C’est un artiste reconnu par ses pairs et l’establishment qui se dégage progressivement des canons de son époque, délaissant le figuratif pour exprimer autrement ses émotions.

 

Ce qui frappe d’entrée, c’est son côté jouisseur, que ce soit avec la nourriture, la boisson ou les femmes. Il n’y eut pas une femme dans la vie de Turner, mais plusieurs : sa mère – « maudite soit-elle » (1) ; Sarah Danby (Ruth Sheen) la mère de ses enfants ; Sophia Booth (Marion Bailey). Sans oublier sa servante Hannah (Dorothy Atkinson), qu’il appelle « damsel », qui doit avoir son âge et avec qui il a une relation qui va au-delà du simple service.

 

En ce qui concerne les hommes, le seul qui semble avoir une véritable influence sur lui est son père William Sr. (Paul Jesson), pour qui il montre un amour débordant. La relation entre eux deux est loin de la retenue victorienne de l’époque. D’une manière générale, chez les Turner, il n’y a pas beaucoup de retenue émotionnelle. Ce sont des effusions lors des retrouvailles et des larmes quand le vieil homme meurt, il n’y en aura pas pour la mort de sa fille cadette Georgiana (Amy Dawson).

 

Dès l’ouverture du film, nous plongeons dans la peinture de Turner. C’est une aube hollandaise qui le voit croquer le paysage, alors que deux femmes portant coiffes traditionnelles passent près d’un canal. Déjà le soleil est voilé. Et d’une manière générale, la source de lumière naturelle sera toujours représentée voilée : c’est le cas des différents plans solaires tout comme la lune qui, voilé, émet un halo pâle sur une nuit noire.

 

Mais ce que Mike Leigh a réussi à faire, c’est le chemin inverse de celui de Turner.

Comme tous les peintres avant et après lui, Turner capture la vie et en fait une toile sur laquelle s’exprime en plus des couleurs le ressentir de l’artiste.

Ici, Leigh capture la toile et la réanime, la ramenant à la vie. C’est le cas pour le soleil mais c’est aussi le cas pour ce bateau qu’un remorquer à vapeur emmène pour son dernier voyage avant la destruction (2).

A un autre moment, on peut admirer une anse où les vagues déferlent régulièrement : c’est, dans les tons et le cadrage, tout simplement un tableau vivant.

 

Et surtout, il réussit une transition extraordinaire entre Turner qui peint arrange un tableau avec une frénésie incroyable, griffant la toile de ses ongles, crachant sur la peinture afin de pouvoir la délayer directement avec ses doigts… Quand il a terminé, la caméra se recule et nous voyons les touches subtiles sur le tableau qui n’en est plus un : plus la caméra recule et plus nous constatons qu’il s’agit d’une falaise de rocs devant laquelle se promène l’artiste.

Fabuleux autant que bluffant !

 

L’autre artiste, c’est bien entendu Timothy Spall – acteur fétiche de Leigh – qui sort des seconds rôles qui l’ont rendu célèbre – Peter Pettigrew dans Harry Potter entre autres – qui nous offre une prestation superbe (encore !) de cet artiste, qui comme tous les grands sortait complètement de l’ordinaire. Il est le mélange entre un ours et un ogre : il possède un appétit de vi(vr)e immense, et surtout il pousse un nombre incalculable de grognements tout au long du film.

 

A ses côtés, on retrouve de nombreux-ses habitué(e)s des films de Mike Leigh, mais ce sont les femmes qui ont la plus grande importance – et surtout Hannah et Sophia – les hommes étant essentiellement des confrères quand ce ne sont pas des concurrents. Les rapports brefs avec Constable (James Fleet) (3) sont d’ailleurs très éloquents.

 

Un film merveilleux.

 

 

PS: Que le temps passe, déjà 1000 films !

  1. « curse her ! » dit son père sur son lit de mort.
  2. The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up, (1838).
  3. Autre grand nom de la peinture anglaise, célèbre pour ces paysages campagnards et autres scènes champêtres.

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