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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #René Clément, #Guerre
Paris brûle-t-il ? (René Clément, 1966)

Quatre ans après, le cinéma français fait son Jour le plus long.

Comme son aîné, le film comporte une pléiade de stars – françaises – ainsi que quelques vedettes internationales : Gert Fröbe (von Choltitz) (1), Kirk Douglas (Patton), Glenn Ford (Bradley), etc.

Zanuck (et consort) ayant filmé LE tournant de la guerre, René Clément se concentre sur un événement autant français que symbolique : la libération de Paris.

 

Pendant environ deux heures, nous assistons au soulèvement dirigé par les différents réseaux de résistance parisiens, les appartenances politiques bien que mises théoriquement de côté dans la lutte contre l’occupant, n’empêchent en aucune manière une surenchère dans les différentes actions, chaque camp essayant de ne pas se laisser distancer.

Les tractations sont alors un élément important de l’intrigue, les deux camps – d’un côté les gaullistes avec Chaban-Delmas (Alain Delon) et de l’autre les communistes avec Rol-Tanguy (Bruno Crémer) – ne cédant que par obligation du terrain à l’autre avec en vue de le reprendre plus tard.

Ces divisions annoncent alors la reconstruction politique d’après-guerre.

 

C’est impressionnant. Peut-être moins que le film américain, mais tout de même. La force du film tient surtout dans son utilisation des archives : le noir et blanc, encore une fois, permet d’insérer de véritables images de cet épisode.  Vien sûr, on aperçoit une différence de grain dans ces images, mais elles donnent tut de même un impact plus important et surtout une authenticité indéniable.


Par contre, ce qui ne joue pas en faveur de cette authenticité indispensable, ce sont les deux versions disponibles de ce film. Le choix est simple : tout en en français ou tout en anglais. Alors que Zanuck avait conservé la langue d’origine des différents protagonistes, ici les acteurs étrangers sont systématiquement doublés, à part la première séquence qui voit von Choltitz rencontrer Hitler (Billy Frick) près de ce qui reste de la salle où eut lieu l’attentat du 20 juillet, soit quelques semaines avant le temps du film.

Ce doublage systématique est (parfois) insupportable, mais surtout il induit que le spectateur n’est pas capable, quand il ne parle pas la langue, de lire les quelques sous-titres.

 

A côte de ça, les différents moments-clés de la libération sont respectés, ce qui n’a rien d’étonnant puisque une vingtaine d’années après leur déroulement, la plupart des leaders de la résistance étaient encore en vie, dont certains mêmes exerçaient de hautes fonctions.

Il fut reproché à Clément le point de vue très gaullien de son film, allant presque jusqu’à glorifier la police française qui fut tout de même coupable de certaines exactions collaborationnistes graves : la rafle du Vel’d’Hiv’ étant certainement la plus emblématique.

De même, mis à part le personnage de Serge (Jean-Louis Trintignant), on ne trouve qu’une seule référence à la Collaboration (le maire d’arrondissement qui est remplacé pendant un mariage) : aucun des débordements des résistants de la dernière heure n’étant évoqué. Seul von Choltitz est pris à partie par la foule, mais comme il est protégé par les GI, seule sa valise souffrira de la vindicte populaire.

 

Le pays est uni, et le mot d’ordre des gaullistes à la fin de la guerre et après – qui impliquait parfois une « mémoire courte » (2) quant à certaines exactions et autres participations actives à la Collaboration : Maurice Papon était alors préfet de police de Paris depuis l’accession au pouvoir du Général.

Il faut dire que la course contre la montre engagée par De Gaulle et consort pour remettre en marche le pays afin de ne pas tomber sous le joug d’une nouvelle occupation, encourageait à ne pas se poser trop de questions.

 

Le film se termine alors dans la liesse générale, et si De Gaulle ne déclare pas « Paris outragée… » (etc.), il n’en descend pas moins les Champs avec d’autres figures de cette résistance parisienne qui accéléra cette libération alors accessoire pour le haut commandement allié.

 

P.S. : Trois acteurs allemands ont aussi participé au film La grande Evasion (1963). Saurez-vous les reconnaître…

  1. Qui est présent dans le film américain.
  2. Voir à ce sujet le film de Francine Prémysler et Henri Torrent (1963).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Ed Harris
Appaloosa (Ed Harris, 2008)

Appaloosa (N.M.), 1882.

Randall Bragg (Jeremy Irons) est un homme riche qui a imposé sa loi sur la petite ville. Quand le Marshall Jack Bell (Robert Jaurequi) vient arrêter un de ses hommes, il le tue ainsi que ses adjoints.

N’y tenant plus, les édiles de la ville engagent un Marshall autrement plus redoutable, Virgil Cole (Ed Harris) et son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen).

Cole est un Marshall très particulier : chacune de ses interventions fait loi, faisant de lui le véritable patron de la ville.

Alors quand il fait arrêter et condamner à mort Bragg, les choses s’enveniment.

 

Quand un acteur passe de l’autre côté de la caméra, on a souvent un film un peu différent des réalisateurs rompus à l’exercice, donnant une plus grande part aux acteurs. Ici, pas vraiment, Ed Harris réalisant un film fort honnête, un western de facture classique, le traitement de la violence restant dans la mouvance actuelle. On ne peut pas parler de western crépusculaire ici, l’intrigue reprenant d’ailleurs certains éléments hawksiens.

En effet, les références à la trilogie Rio Bravo/El Dorado/Rio Lobo sont les plus nettes.

ON assiste à l’arrestation d’un criminel et nous suivons alors les différentes étapes jusqu’à sa condamnation. Alors que Rio Bravo s’arrêtait avant l’arrivée d’un juge, ici le film continue bien après son arrivée, concluant définitivement l’affaire, de la manière habituelle : un duel où le méchant est tué.

Vous m’excuserez de vous dévoiler la fin (1), mais de ce côté, peu de surprise : nous sommes dans un western on ne peut plus classique avec le manichéisme indispensable comme on le trouve chez Ford, Hawks ou Walsh (et bien d’autres).

 

Et encore une fois, comme chez Hawks, la Femme joue un rôle déterminant dans le destin des différents protagonistes, Cole en tête de liste.

Elle s’appelle Allison French (Renée Zellweger) mais préfère qu’on l’appelle Allie, elle est belle sans être très jeune (Angie Dickinson avait 10 ans de moins dans Rio Bravo), elle possède le charme qu’on lui connaît et surtout va grandement influer sur l’intrigue. Elle possède la même assurance que son aînée mais ne semble pas avoir sa rouerie. Elle aussi tombe sous le charme du Marshall, mais pas que, ce qui amène une sous-intrigue fort intéressante, qui remet en cause le statut amoureux habituel du personnage principal.

Et avec le recul, la première question que lui pose Cole vaut n’est pas si maladroite que ça (2) : elle est elle aussi une femme moderne dans cet ouest traditionnel.

 

Du point de vue du western, outre combat manichéen, on retrouve certains ingrédients indispensables tels les décors du Nouveau Mexique : une petite ville éloignée de tout (il faut plus de deux semaines pour faire venir un juge) qui est aussi la proie des éléments. Le ciel n’est pas toujours bleu comme à la grande époque héroïque des réalisateurs cités plus haut, on a même droit à des bourrasques soulevant la poussière, remplaçant alors le brouillard matinal qui amène parfois les ennuis. La ville est entourée de collines propices à l’observation, sans oublier la présence de quelques Indiens pas si méchants que ça, même si leurs intentions premières ne sont pas très amicales. Mais comme celles de Bragg et des frères Shelton (Lance Henriksen & Adam Nelson) ne sont pas beaucoup mieux, pas besoin de s’étendre.

 

Si Cole semble le héros incontesté, ce n’est pourtant pas lui qui raconte : Hitch ouvre et referme le film, amenant cet ultime épisode avec Cole, avant de repartir, tout comme Lucky Luke, vers le soleil couchant.

Bien sûr, les méchants sont à la hauteur, et surtout Jeremy Irons qui donne le ton dès sa première apparition (voir plus haut). A ses côtés, les frères Shelton représentent une classe particulière de l’Ouest américain (légendaire, cela va de soi) : les pistoleros ou as de la gâchette. Cole et Hitch font partie de cette même engeance mais nous sommes en 1882 et Union est souveraine. La civilisation, symbolisée par le chemin de fer et la Justice qui atteignent n’importe quel endroit reculé du territoire,  avance inexorablement, amenant inéluctablement la disparition de ces adeptes de la justice exécutive.

Hitch repart donc, toujours plus vers l’Ouest jusqu’à ce qu’il soit lui-même rattrapé par cette nouvelle société américaine où il n’y aura plus besoin de avoir tirer vite et juste pour être en sécurité.

Et comme nous sommes dans un western plutôt classique, il s’en va dans le soleil couchant (3)…

 

 

PS : autre « emprunt » à Hawks (Rio Lobo), Bragg est arrêté par Cole et Hitch alors qu’il sort de la « cabane au fond du jardin ».

 

  1. Enfin une partie seulement, l’intrigue ne se réduisant pas à un duel au sort joué d’avance.
  2. Allez voir, vous comprendrez.
  3. Mais il ne chante pas qu’il est un pauvre cowboy solitaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Levinson, #Policier
Le Secret de la pyramide (Young Sherlock Holmes - Barry Levinson, 1985)

Londres, deuxième moitié du 19ème siècle.

Le jeune John Watson (Alan Cox) fait son entrée au collège de Brompton. Il est le voisin de lit d’un jeune homme qui s’essaie au violon : Sherlock Holmes (Nicholas Rowe).

Rapidement, ils deviennent amis, et quand des morts mystérieuses arrivent, ils suivent ensemble une piste qui les mène au pied d’une grande pyramide de bois.

 

Dès l’ouverture, nous sommes prévenus : en aucune manière il s’agit ici d’une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle, il s’agit tout juste d’une rencontre précoce entre ces deux piliers de la littérature policière anglaise voire mondiale. Une rencontre empreinte des deux personnages tels que les décrit Watson dans ses mémoires.

Et c’est tout à fait ça : Holmes est déjà féru de logique et de déduction, avec une inclination pour tout ce qui concerne la chimie, tout en étant une fine lame pendant les cours du professeur Rathe (Anthony Higgins).

 

Pour ce qui est des déductions, on va suivre deux exemples pertinents des facultés de ce jeune détective : l’intrigue principale autour de la pyramide et un défi lancé par le jeune Dudley (Earl Rhodes). Ce défi est l’occasion de montrer le processus d’investigation de Holmes, avec ou sans son indispensable loupe.

En ce qui concerne les autres attributs (objets) caractéristiques du futur détective, on les voit apparaître dans le film lors de moments-clés, posant ainsi les bases du portrait physique que l’on se fait du personnage.

 

Et puis il y a l’élément presque incongru : la présence d’une jeune fille – Elizabeth Hardy (Sophie Ward) – nièce d’un ancien directeur de l’école (Nigel « Cavendish » Stock). Nous comprenons rapidement qu’il s’agit ici du grand amour d’Holmes, et cette « romance » explique pourquoi Holmes n’a pas le même penchant pour les femmes comme son compagnon dans les nouvelles de Sir Arthur.

 

Ensuite, il y a l’intrigue qui met en valeur l’esprit déductif de Holmes ainsi que ses capacités physiques. Et nous comprenons alors pourquoi Steven Spielberg a été mentionné dès les premières images : « Steven Spielberg presents ». La secte que nous voyons officier rappelle celle du film de Spielberg l’année passée : Indiana Jones & the Temple of doom

On y retrouve des fanatiques (normal, dans une secte) mais un décorum quasiment identique – grand prêtre, victime expiatoire, adeptes scandant une mélopée de plus en plus forte – avec le même nombre de spectateurs/justiciers : ils sont trois, Holmes à la place de Jones, Elizabeth à celle de Willie, et Watson pour Demi-Lune avec son côté comique.

C’est peut-être d’ailleurs le moment le moins intéressant du film, laissant une forte impression de déjà-vu.

 

En plus de la musique de Bruce Broughton (qui est alors novice au cinéma), le film est intéressant pour ses effets spéciaux qui annoncent la révolution qui arrivera une dizaine d’années plus tard : le chevalier qui s’échappe du vitrail pour menacer le prêtre (Donald Eccles) est impressionnant de maîtrise technique (balbutiante).

Les différents délires des victimes sont aussi très bien rendus, les passages d’une réalité à l’autre fort bien montés, donnant toute leur dimension aux effets de la drogue.

 

On notera aussi la présence du jeune policier Lestrade (Roger Ashton-Griffiths) que les deux compagnons croiseront de nombreuses fois dans leurs « vraies » aventures.

Il est bien dommage que le film n’ait pas rencontré le succès, car même s’il n’est pas un film impérissable, il méritait un peu plus d’intérêt de la part des spectateurs.

Outre son côté Indiana Jones, on y trouve aussi de quoi amuser les amateurs du détective.

De plus, c’est un film qui, à l’instar de ceux du maître se laisse regarder avec plaisir, s’adressant à tous : petits et grands, qu’on connaisse ou non Sherlock Holmes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mike Leigh, #Biopic
Mr. Turner (Mike Leigh, 2014)

Splendide.

James Mallord William Turner fut et reste très certainement l’un des plus grands peintres du 19ème siècle, et inspira  l’impressionnisme tant son œuvre est marquée par ses impressions visuelles autant qu’émotionnelles.

Pour avoir visité plusieurs fois la Tate Gallery (avant qu’elle devienne Modern), j’en garde le souvenir d’une grande émotion devant cette peinture incroyable si loin des représentations factuelles mais pourtant si proches du ressentir.

Ici, Mike Leigh nous raconte les vingt-cinq dernières années de la vie de ce géant : ses œuvres, ses inspirations, ses rencontres. C’est un artiste reconnu par ses pairs et l’establishment qui se dégage progressivement des canons de son époque, délaissant le figuratif pour exprimer autrement ses émotions.

 

Ce qui frappe d’entrée, c’est son côté jouisseur, que ce soit avec la nourriture, la boisson ou les femmes. Il n’y eut pas une femme dans la vie de Turner, mais plusieurs : sa mère – « maudite soit-elle » (1) ; Sarah Danby (Ruth Sheen) la mère de ses enfants ; Sophia Booth (Marion Bailey). Sans oublier sa servante Hannah (Dorothy Atkinson), qu’il appelle « damsel », qui doit avoir son âge et avec qui il a une relation qui va au-delà du simple service.

 

En ce qui concerne les hommes, le seul qui semble avoir une véritable influence sur lui est son père William Sr. (Paul Jesson), pour qui il montre un amour débordant. La relation entre eux deux est loin de la retenue victorienne de l’époque. D’une manière générale, chez les Turner, il n’y a pas beaucoup de retenue émotionnelle. Ce sont des effusions lors des retrouvailles et des larmes quand le vieil homme meurt, il n’y en aura pas pour la mort de sa fille cadette Georgiana (Amy Dawson).

 

Dès l’ouverture du film, nous plongeons dans la peinture de Turner. C’est une aube hollandaise qui le voit croquer le paysage, alors que deux femmes portant coiffes traditionnelles passent près d’un canal. Déjà le soleil est voilé. Et d’une manière générale, la source de lumière naturelle sera toujours représentée voilée : c’est le cas des différents plans solaires tout comme la lune qui, voilé, émet un halo pâle sur une nuit noire.

 

Mais ce que Mike Leigh a réussi à faire, c’est le chemin inverse de celui de Turner.

Comme tous les peintres avant et après lui, Turner capture la vie et en fait une toile sur laquelle s’exprime en plus des couleurs le ressentir de l’artiste.

Ici, Leigh capture la toile et la réanime, la ramenant à la vie. C’est le cas pour le soleil mais c’est aussi le cas pour ce bateau qu’un remorquer à vapeur emmène pour son dernier voyage avant la destruction (2).

A un autre moment, on peut admirer une anse où les vagues déferlent régulièrement : c’est, dans les tons et le cadrage, tout simplement un tableau vivant.

 

Et surtout, il réussit une transition extraordinaire entre Turner qui peint arrange un tableau avec une frénésie incroyable, griffant la toile de ses ongles, crachant sur la peinture afin de pouvoir la délayer directement avec ses doigts… Quand il a terminé, la caméra se recule et nous voyons les touches subtiles sur le tableau qui n’en est plus un : plus la caméra recule et plus nous constatons qu’il s’agit d’une falaise de rocs devant laquelle se promène l’artiste.

Fabuleux autant que bluffant !

 

L’autre artiste, c’est bien entendu Timothy Spall – acteur fétiche de Leigh – qui sort des seconds rôles qui l’ont rendu célèbre – Peter Pettigrew dans Harry Potter entre autres – qui nous offre une prestation superbe (encore !) de cet artiste, qui comme tous les grands sortait complètement de l’ordinaire. Il est le mélange entre un ours et un ogre : il possède un appétit de vi(vr)e immense, et surtout il pousse un nombre incalculable de grognements tout au long du film.

 

A ses côtés, on retrouve de nombreux-ses habitué(e)s des films de Mike Leigh, mais ce sont les femmes qui ont la plus grande importance – et surtout Hannah et Sophia – les hommes étant essentiellement des confrères quand ce ne sont pas des concurrents. Les rapports brefs avec Constable (James Fleet) (3) sont d’ailleurs très éloquents.

 

Un film merveilleux.

 

 

PS: Que le temps passe, déjà 1000 films !

  1. « curse her ! » dit son père sur son lit de mort.
  2. The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up, (1838).
  3. Autre grand nom de la peinture anglaise, célèbre pour ces paysages campagnards et autres scènes champêtres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Miller, #Policier
Mortelle Randonnée (Claude Miller, 1983)

Louis Beauvoir (1) est surnommé l’Œil. Il paraîtrait que c’est le surnom que lui aurait donné la pègre. Et l’œil, il l’a. Il possède toute une panoplie d’appareils photos mais surtout il est détective.

C’est au cours d’une filature qu’il  fait la connaissance de Lucie Brentano (Isabelle Adjani, à moins que ce soit Eve Granger (2), une croqueuse diamant doublée d’une mante-religieuse : non seulement elle amasse une fortune, mais elle élimine ses différents amants avant de les voler.

Il va alors la suivre de Bruxelles à Rome, en passant par Biarritz, Baden-Baden et même à Bobigny.

 

Il s’agit donc d’un road movie mais de facture très particulière. Il n’y a aucune quête vers un quelconque bonheur, seulement une fuite en avant jusqu’à l’irréversible et définitive mort.

Ils sont deux à parcourir l’Europe, en parallèle, d’un côté le privé seul qui n’a plus de fille (3) et de l’autre la tueuse/voleuse qui n’a plus de père.

Bien qu’ils ne soient pas du même côté de la barrière, ils sont tout de même très proches et on glane par instant des dialogues lointains, chacun répondant à l’autre, dans une espèce de communion familiale.

 

Il y a quelque chose de malsain dans cette randonnée, et qui va au-delà de l’aspect criminel. L’Œil porte très bien son nom : c’est un voyeur qui ne fait qu’espionner, prendre des photos, assister aux événements en tant que spectateur. A aucun moment il  n’essaie d’éviter les morts annoncées par le titre. Et les cadavres s’accumulent inexorablement jusqu’au bout de la route.

Mais si les hommes de Lucie/Eve (etc.…) ne font que passer, outre l’Œil, deux autres personnes suivent la jeune femme. Ils n’ont pas de nom, juste une apparence – l’homme pâle (Guy Marchand et la femme en gris (Stéphane Audran, méconnaissable) – et se livrent à la joyeuse activité de chantage.

 

Peu à peu, le lien invisible entre L’Œil et la jeune femme va s’épaissir alors qu’elle ne remarque jamais qu’il est près d’elle. Même quand il va (enfin) l’aborder, elle ne le reconnaît pas. Tout juste une impression fugace de déjà-vu (4).

Mais cette rencontre sera l’amorce de la fin inévitablement tragique et bien sûr mortelle. Mais la mort est surtout une délivrance ce que l’Œil semble le seul à ressentir. Pour le reste du monde, c’est seulement une criminelle qui décède.

 

On a d’ailleurs peu de renseignement sur le reste du monde. Il ne se passe rien en dehors de leur histoire. La télévision est toujours allumée mais à part des informations sur la cavale de Catherine Leiris (Isabelle Adjani), on ne voit que des images d’animaux dont une araignée qui n’est pas sans rappeler le modus operandi de la jeune femme : attirer ses amants pour les tuer et tout leur prendre.

 

Le film est construit en trois parties.

La première nous présente cette jeune femme qui a mis le grappin sur un riche héritier et d’une certaine façon son ascension irrésistible autant que meurtrière.

Puis vient une partie de transition où elle rencontre Ralph Forbes (Sami Frey) – rien à voir avec l’acteur anglais) – un aveugle à l’instinct si développé qu’elle est quasiment incapable de lui mentir. Alors qu’elle s’invente à chaque nouvel homme un père toujours plus formidable, on sent une faiblesse dans sa façon de raconter sa vie à Forbes, que pour une fois elle est en confiance et qu’elle ne cache rien à ce drôle d’amant. On pourrait presque la croire s’il n’y avait Emil Jannings dans le rôle d’un portier sur un écran : l’histoire qu’elle raconte rappelle étrangement celle du Dernier des Hommes… Il n’empêche que c’est le seul homme qu’elle avoue avoir aimé, et qu’elle a pleuré.

Puis vient la dernière partie dans laquelle elle tombe de plus en plus bas, ses larcins devenant de plus en plus minables jusqu’à la fin libératrice.

 

Bien sûr, la distribution prestigieuse est à la hauteur et le duo improbable et si peu réuni ajoute à l’atmosphère particulière et un peu glauque du film. Autour d’eux, les gens ne font que passer (personne ne survit) mais si l’on excepte les hommes de passage (ils sont trois), ces rencontres ne laissent pas indifférents le spectateur. Le summum est atteint avec Germaine, la femme en gris interprétée par une Stéphane Audran au bec-de-lièvre et aux yeux marron (elle qui les avait magnifiquement bleus…). Le couple formé par ces deux paumés ajoute dans la teinte sordide du film.

 

 

  1. On n’apprend son nom qu’à la toute fin du film, mais il n’a pas d’incidence sur l’intrigue.
  2. Ou Dorothée Ortis, Ariane Chevalier, ou encore Charlotte Vincent…
  3. Il ne l’a pas revue depuis 1958.
  4. L’explication écrite par Audiard énoncée par Serrault est savoureuse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Andrew V. McLaglen, #John Wayne
Les Géants de l'Ouest (The Undefeated - Andrew V. McLaglen, 1969)

 

12 avril 1865.

La Guerre Civile est terminée depuis trois jours mais certains bataillons n’ont pas déposé les armes. C’est le cas d’une formation sudiste qui se bat contre la cavalerie du colonel John Henry Thomas (John Wayne), bien qu’elle connaisse le sort du conflit.

D’une manière générale, c’est tout le Sud qui pleure la défaite. Le colonel James Langdon (Rod Hudson) en fait partie : il a décidé de rejoindre le Mexique pour continuer le conflit là-bas, et éviter les carpetbaggers qui profitent de la situation.

De son côté, John Henry part capturer des chevaux en Arizona pour les vendre à l’armée qui en a besoin.

Bien que leurs camps et leurs desseins soient très différents, ces deux grandes figures de la guerre vont se rejoindre quelques mois plus tard… Au Mexique.

 

Alors que le western italien – et surtout celui de Sergio Leone – a changé (presque) complètement la donne, Andrew McLaglen (le fils de Victor) réalise ici un western on ne peut plus classique si ce n’était une mise à jour concernant l’aspect « racial » (1) : en effet, alors qu’un Indien était autrefois considéré bon quand il était mort, ici une sous-intrigue développe une histoire d’amour improbable entre Blue Boy (Roman Gabriel) et la belle Charlotte Langdon (Melissa Newman, qui n’est pas la fille de Paul, malgré son nom).

En effet, on a du mal à croire que le colonel Langdon, officier sudiste et grand propriétaire terrien (2) un tantinet esclavagiste, accepte si facilement que sa fille unique tombe amoureuse d’un Indien, aussi prestigieux soit-il. Mais nous sommes en 1969, et la vision raciste des gens du Sud ne pouvait pas perdurer au cinéma. Ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire.

Donc passons.

 

 

McLaglen a bien retenu les leçons de ses aînés et surtout de John Ford pour lequel il travailla sur L’Homme tranquille. On retrouve ici les ingrédients habituels des westerns de la grande époque (3) : fusillades, bagarre épique et vieux ronchon (Dub Taylor en cuisinier épouvantable), sans oublier les Indiens donc ainsi, qu’un trio fordien, John Wayne, Ben Johnson (Short Grub) et Harry Carey Jr.

 

Mais à ces ingrédients, McLaglen ajoute une problématique tout de même intéressante : comment s’est passée la vie dans le Sud après la reddition de Lee ?

On connaissait déjà le point de vue sudiste de Griffith, qui n’est pas vraiment à son honneur, et ce nouvel aspect insiste sur eux qui ne reconnaissaient pas la défaite et voulaient continuer à lutter contre « l’envahisseur » yankee.

 

Mais le Nord a gagné et les westerns « traditionnels » l’ont très souvent souligné, tout comme celui-ci.

Ce que McLaglen montre en plus, c’est la force de cette Union. C’est que cette « Union » ne fait pas que désigner le camp nordiste : les rapports entre Thomas et ses hommes d’un côté et Langdon et les siens de l’autre, c’est qu’ils font tous partie de ce grand pays que sont les Etats-Unis.

La guerre est bien finie pour Thomas et sans pour autant critiquer l’obstination de ces Sudistes, il va œuvrer à son niveau pour la réconciliation. De son côté, Langdon voit d’un œil favorable cet ancien ennemi, donc on se dirige doucement vers une fin convenue où chacun s’en retournera dans son pays, et cette fois-ci, ce sera le même.

Et pour accompagner la dernière chevauchée, une musique consensuelle et rassembleuse : The Yankee doodle Boy ! (3).

 

Ce western, à contre-courant de la tendance de cette fin des années 1960, a tout de même le mérite de montrer que le genre n’est pas mort comme on pouvait le croire, et même qu’on pouvait en faire un sans qu’il ait besoin d’être « crépusculaire ».

Le seul à être crépusculaire ici, c’est John Wayne qui a tout de même 62 ans quand le film sort : il n’embrasse donc pas la jeune première…

 

 

PS : quant à la traduction française du titre (les Invaincus devient ça)… Parlons d’autre chose. Une autre fois.

  1. Il s’agit d’un terme fort malheureux et réducteur, puisque n’en déplaise aux fâcheux de tous poils et de tous bords, il n’existe qu’une seule race humaine, les autres ayant disparu au fur et à mesure que grandissant le monde. D’ici à ce que cette race s’éteigne, il semble que nous sommes sur la bonne voie…
  2. 1.500 acres, soit environ 607 hectares
  3. Avant Sergio Leone, donc.
  4. Voir ci-dessous :

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet, #Gangsters
Family Business (Sidney Lumet, 1989)

C’est avec un dépôt blanchâtre sur un parapet que commence le film.

Qu’est-ce ? Il faudra attendre la fin pour le savoir.

Entretemps, une affaire de famille (1) pas très régulière, mais surtout une rencontre au sommet entre trois stars du moment : Sean Connery, révélation des années 1960s ; Dustin Hoffman, des années 1970s et Matthew Broderick des années 1980s.

 

Ici, ces trois-là sont de la même famille (d’où le titre) : Sean Connery (Jessie McMullen) est le grand-père, Dustin Hoffman (Vito McMullen) le père et Matthew Broderick (Adam McMullen) le fils.

Quelle famille ! Et surtout quelle affaire de famille !

Le plus jeune propose à son grand-père un coup mirobolant : comment se faire un million de dollars (« 1.000.000 » écrit comme ça, c’est plus impressionnant) sans trop se forcer. Certes, c’est illégal, mais chez les McMullen, ce n’est pas un problème : le grand-père est une vieille connaissance de la police locale (New York) et son fils Vito a déjà goûté à la pension de l’Oncle Sam, alors…

Sauf que comme le braquage tourne mal – il fallait s’en douter – c’est le plus jeune qui trinque : Adam est arrêté et encourt la peine de 15 ans prison, de quoi célébrer avec un peu d’avance ses quarante ans lors de sa libération…

 

Si le braquage est le tournant du film, ce n’est pas dans sa conception ni sa réalisation qu’il faut trouver l’intérêt du film. En effet, la préparation se résume à une séance de courses dans un magasin de bricolage et le repérage à une négociation avec deux professionnelles. Négociations menées par Jessie, cela va de soi.

Bien entendu, avec une telle préparation, on ne peut que présager un braquage foireux ce qui sera le cas : le plus difficile étant de trouver la bonne salle contenant les produits à voler.

 

On peut dire que Jessie est la véritable âme de cette famille. Ce n’est pas une âme pure, loin de là, mais on ne peut qu’aimer un tel personnage. Pas étonnant que le jeune Adam en soit fou, au grand désarroi de son père qui ne rêve que d’une vie propre et rangée pour son fils.

Mais le problème, c’est que pas une seule fois il ne s’est demandé ce que voulait ce fils.

Cela entraîne un premier niveau de conflit entre le père et le fils, auquel s’ajoute un autre conflit entre ce même père et le sien !

 

Mais cette famille, c’est aussi le quartier où a vécu Jessie, où Vito a grandi et où Adam découvre ses membres truculents et très contrastés. On y trouve une colonie irlandaise avec ses membres des deux côtés de la loi – des policiers et des truands – et surtout une générosité et un sens du partage très prononcé. On trouve, entre autres parmi les « invités », un receleur qui propose quantité de choses « tombées du camion » et qui vend à tous sans distinction d’uniforme… Ainsi que des policiers avec qui Jessie a lié connaissance et qui sont loin d’être des étrangers : on le remarque quand Jessie est arrêté, car si l’inspecteur est zélé, le policier qui l’accompagne semble pour sa part navré d’en arriver là.

Et c’est pendant des obsèques que commence vraiment le film, là où les trois décident de monter le coup ; et c’est à une nouvelle cérémonie d’obsèques que le film se conclut, pendant que l’assemblée chante l’incontournable et traditionnel Danny Boy en hommage au défunt.

 

Entre les deux : des rapports familiaux compliqués – peut-il en être autrement avec deux anciens taulards ? – mais surtout des hommes pas si différents que ça mais qui n’ont jamais su se dire « je t’aime ».

Il faut dire que non seulement ils ont un passé carcéral lourd, mais en plus, ils présentent des particularités familiales fort étonnantes : Jessie, Ecossais arrivé à New York a épousé une Italienne (enfin une fille de famille italienne) ; Vito (qui tient son nom de sa mère donc) a lui épousé Elaine (Rosanna de Soto), une femme juive et se rend chaque année célébrer le Pessa’h dans sa belle-famille (2).

 

Bref, une comédie un tantinet nostalgique servie par des acteurs au meilleur de leur forme, et une rencontre Connery-Hoffman explosive pour notre plus grand plaisir.

A (re)voir.

 

 

  1. La traduction du titre original.
  2. Petit clin d’ œil à ce même Dustin Hoffman qui est juif.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Capra, #Presse
The Power of the press (Frank Capra, 1928)

Il y a aux Etats-Unis un thème Qui revient très souvent dans le cinéma : la presse. On retrouve ce sujet dans de nombreux films, que ce soit au temps du muet comme ce film, ou beaucoup plus récemment avec le magnifique Pentagon Papers.

Capra, qui signe ici un de ses derniers films muets a plus d’une fois décrit ce medium, racontant de nombreuses histoires ayant pour personnages des journalistes.

S’agit-il ici du premier film de ce genre ? Peu importe. Il se trouve que Capra réussit un beau film, illustrant magnifiquement ce pouvoir de la presse (1) : que ce soit pour informer et mettre au jour des affaires importantes, mais aussi pour dénigrer certaines personnes sous prétexte que « l’information doit paraître ! »

 

Nous sommes à New York, au Times, et Clem Rogers (Douglas Fairbanks Jr., le fils de) végète entre les bulletins météo et les enterrements. Alors quand le rédac’ chef (Robert Edeson) l’envoie – faute de pointure à disposition – enquêter sur le meurtre du District Attorney Nye (Charles Clary), non seulement il dégotte un scoop, mais en plus il fait la une du nouveau journal.

Sauf que la jeune femme qui est mise en cause est la fille d’un candidat à la mairie et que cette jeune femme – Jane Atwill (Jobyna Ralston – était juste au mauvais endroit et au mauvais moment. Encore que…

 

Avec ce film, Capra prend un peu de distance avec la comédie slapstick qu’il a pu développer avec  Harry Langdon et évoque ici un sujet tout à fait sérieux. On a d’ailleurs droit à la chaîne des différentes étapes de parution d’un quotidien, de la machine à écrire du journaliste jusqu’à la parution en kiosque (2). On retrouve alors ce qui fascine toujours les yeux des profanes : comment les pages sont imprimées et tout ce qui suit.

 

Mais nous sommes au cinéma et rapidement l’intrigue reprend le dessus sur le documentaire et on assiste alors à une quête de la vérité, la base du travail d’un journaliste.

A cela s’ajoute une belle bande de scélérats menés par l’autre candidat à la mairie – l’infâme Robert Blake (Philo McCullough) – et secondé par son homme de main Van (Wheeler Oakman) qui n’hésite pas à tuer quand cela est nécessaire.

La fin est donc une séquence au suspense haletant : entre Van qui veut tuer Clem et Marie (Mildred Harris) qui va tout balancer sur son patron et lui-même, et la poursuite en voiture, c’est un final magnifique, bien qu’on ait perdu un petit bout de pellicule (3).

En effet, la poursuite est menée tambour battant avec des plans audacieux qui montrent le point de vue des différents protagonistes – celui de Marie alors qu’elle tente tant bien que mal de rester sur la route, longeant des précipices est impressionnant – sans oublier les caméras qui furent embarquées sur les véhicules ce qui évite alors les raccords hasardeux de l’incrustation.

 

A un moment tout de même, on peut découvrir le pot-aux-roses. C’est bien Douglas Jr. qui conduit, mais sa vitesse est on ne peut plus raisonnable : le décor sur son côté gauche (le droit pour nous) ne défile pas à la même vitesse que quand on voit les véhicules se poursuivre.

Certes on a mieux fait depuis en poursuite réelle (Bullitt, The French Connection…), mais tout de même, Capra filme tout cela avec beaucoup de talent.

Mais puisque c’est Capra, on n’était obligé d’avoir quelques éléments comiques : la rivalité entre Clem et le reporter chevronné Bill Johnson (Dell Henderson) est une mine de gags visuels très drôles.

 

Au final, nous avons un film très intéressant, de par son témoignage historique sur le fonctionnement du Times en 1928, et une distribution pertinente avec toutefois une petite déception : Jobyna Ralston aurait très certainement pu être un peu plus mise en valeur (4).

Si Douglas Jr. ne saute ni ne bondit pas comme son père, il est tout de même capable d’emporter la sympathie des spectateurs, montrant qu’il n’est pas seulement le fils de son père.

 

Encore une pépite de la fin du muet et surtout d’un réalisateur qui va s’épanouir dans la décennie suivante, proposant des comédies qui portent la « Capra’s touch » qui nous fait sortir d’une projection avec le sourire…

 

 

PS : message personnel au professeur Allen John : est-ce Douglas Sr. qu’on peut apercevoir parmi les photos glanées par Nye ?

 

  1. La traduction du titre.
  2. On est aux Etats-Unis donc ce ne sont pas des « kiosques » comme à Paris mais plutôt des étalages.
  3. Ca arrive, des fois…
  4. J’avoue aussi que j’ai un faible pour cette actrice…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rupert Wyatt, #Science-Fiction
Captive State (Rupert Wyatt, 2019)

 

Un contact a eu lieu entre la Terre et des Extraterrestres (ET).

Neuf ans plus tard, à Chicago, les ET occupent une zone souterraine interdite, pillant les ressources de la planète hôte. De plus, ils ont mis en place un système législatif on ne peut plus répressif et basé sur une surveillance totale des populations humaines à travers des implants.

Pourtant, un petit groupe – le Phénix – continue à résister.

 

L’intrigue est on ne peut plus difficile à résumer, ces quelques lignes ne prennent pas en compte toutes les données que le scénario distribue progressivement jusqu’à l’instant crucial qui fait basculer l’histoire.

Nous avons d’un côté des ET qui dirigent la Terre à travers les infrastructures existantes : la justification de cette occupation et donc de cette collaboration est la sécurité et le plein emploi.

La question, dans cette situation est la même que celle des années 1930s : doit-on aliéner sa liberté pour être en sécurité ?

Car une fois la liberté aliénée, les problèmes d’emploi ne se posent plus : ceux qui refusent sont éliminés, administrativement ou carrément définitivement.

Bien sûr, cette dérive liberticide s’applique ici à une société dystopique qui ne peut pas être la notre, hein ?

 

Le démarrage est fort étrange et peut déconcerter : la menace alien est fort diffuse au départ, mais on comprend rapidement qu’il y a antagonisme. Le saut de 9 ans nous pose devant un état de fait : comment on en est arrivé là n’est pas le plus important. Il faut surtout essayer d’en sortir.

Nous suivons alors plusieurs sous-intrigues qui vont peu à peu trouver leur place dans la grande intrigue, comme un immense puzzle dont la solution est annoncée dès le commencement (1).

 

Première sous-intrigue : Gabriel Drummond (Ashton Sanders) qui travaille au traitement des informations, et vit avec Rula (Madeline Brewer). Son frère Rafe (Jonathan Majors) a fait partie du premier groupe de résistance. Il est surveillé par William Mulligan (John Goodman), un policier au service des « Législateurs » (les ET sont appelés ainsi).

Deuxième sous-intrigue : Jane Doe (Vera Farmiga) – une prostituée (2) – a une relation privilégiée et particulière avec Mulligan. Quand il vient la visiter, elle passe Stardust sur son électrophone.

Troisième sous-intrigue : l’organisation de Phénix et son implication comme mouvement de résistance.

Il est clair que la seconde partie semble sans véritable lien avec les deux autres. Détrompez-vous, ce n’est pas gratuit : laissez-vous faire, la révélation viendra (3).

 

Ce film de Rupert Wyatt est, à mon avis très intéressant. Et pas seulement pour son intrigue. Alors qu’on retrouve de nombreux éléments déjà éprouvés dans d’autres films de ce genre, c’est bien sûr son traitement qui retient l’attention. Certes, les ET sont de forme humanoïde (4), mais ils ont un aspect assez étonnant et un langage fort complexe fait de bruitages divers indescriptibles.

L’utilisation des implants électroniques n’a rien de nouveau non plus si ce n’est sa façon de les shunter.

Non, le plus réjouissant c’est le traitement de la lutte entre ces Législateurs tout puissants et les résistant, avec comme facteur de hasard l’unité de police de Mulligan. Et comme toujours, John Goodman est impeccable. Un peu en contremploi par rapport à ce qu’on connaît, mais malgré tout magnifique.

Autour de lui, les différents interprètes sont eux aussi très convaincants et on se laisse prendre progressivement par cette histoire pas si impossible que ça.

On peut aller chercher dans le passé des correspondances. Mais malheureusement, si on regarde certains aspects de la société actuelle, on trouve des éléments communs troublants : pas besoin d’implant sous-cutané pour suivre à la trace les citoyens (5) par leur téléphone ou autre cartes bancaires, ordinateurs… Je continue ?

 

Bien sûr, la fin laisse un espoir – puisque je vous dis que ça se termine à peu près bien – mais nous sommes au cinéma…

 

 

PS : petite innovation. Comme pour les deux films cités ci-dessus, le vaisseau spatial n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous connaissons.

 

  1. Non, je ne livre pas ici la clé de l’intrigue, je dis juste que nous avons beaucoup d’éléments en notre possession alors que le film commence mais comme pour un puzzle, il faut avant tout avoir une vue d’ensemble pour le comprendre et donc le terminer.
  2. « Jane Doe », pseudonyme évident qui est utilisé pour dénommer les anonymes féminines aux Etats-Unis.
  3. Nous sommes dans un film américain et au vu de la situation initiale, on peut parier dès l’ouverture qu’on assistera à une fin heureuse. Elle sera là, mais peut-être pas comme on pouvait l’attendre.
  4. J’attends avec impatience des ET qui ne sont pas humanoïdes, qu’ils soient amicaux ou agressifs. A part 2001, a space Odyssey ou Arrival, on en a peu en stock…
  5. Le sont-ils encore dans ce cas-là ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Darryl Zanuck, #John Wayne, #Guerre
Le Jour le plus long (The longest Day - Darryl F. Zanuck & Co, 1962)

Grandiose.

C’est film absolument gigantesque, une épopée comme seul le cinéma sait nous proposer.

Un film qui aurait coûté plus cher que le Débarquement lui-même (1), avec une pléiade de stars américaines, françaises et allemandes.

La possibilité que nous donne la vidéo permet maintenant de voir les différentes parties dans la langue, évitant les accents pas toujours heureux des doublages d’antan…

 

Bien sûr, ce film est long (près de trois heures) mais il faut dire que le sujet en valait la peine : le dernier tournant de la deuxième Guerre mondiale, ouverture du second front tant attendu par Staline qui refoulait alors les Allemands de chez lui.

De plus, les conseillers militaires – qui apparaissent à travers des acteurs, ils n’étaient plus tout jeunes – sont pour beaucoup de véritables vétéran de cette opération, donnant à ce film une connotation réaliste ou plutôt authentique.

 

Parce que question réalisme, les scènes en incrustation ont fait long feu. En effet, la restauration puis la ressortie en Blu-ray ont donné un grand coup de vieux au film. La définition étant tellement belle qu’on ne peut pas ignorer ces imperfections : Robert Mitchum (Général Cota) sur une barge qui encourage ses hommes ; mais surtout Rommel (Werner Hinz) inspectant les plages est terrible. A un moment, on se demande s’ils n’ont pas oublié de le remettre sur l’image : il parle et nous voyons des vagues puis tout à coup il réapparaît…

 

Pour le reste, c’est du solide. Mis à part la toute première séquence qui voit un homme courir puis se faire abattre par un Allemand. On comprend qu’il s’agit d’un résistant et qu’il transporte des papiers concernant le Débarquement imminent. D’ailleurs, le soldat allemand qui l’abat est avant tout un Nazi, comme on peut le voir sur son col. N’oublions pas que nous étions en 1962 et que les Allemands n’étaient plus des ennemis. Si le conflit armé ne peut pas montrer autre chose que les Alliés combattant les Allemands, autant laisser la responsabilité de l’exécution aux salauds nazis.

 

Si ce film est depuis une référence, on ne peut lui objecter de donner une image positive de la guerre.

En effet, le noir et blanc de rigueur permet d’y intégrer plus facilement des images d’archives sans avoir à les coloriser (pouah !) comme il fut un temps le cas.

Mais ce noir et blanc donne une distance et un recul qui ne rendent pas vraiment la véritable dimension de la guerre. : il s’agit avant tout d’un massacre généralisé qui se justifie dans des considérations pas toujours claires mais qui se rapportent la plupart du temps à des histoires géopolitiques et/ou financières.

J’ai du mal à entendre l’expression « guerre juste » tant ces deux termes sont antithétiques.

 

Toujours est-il qu’il faudra attendre plus de trente-cinq ans (36 pour être plus précis) avant d’avoir une reconstitution authentique mais surtout réaliste de ce que fut ce Débarquement, et comment Omaha Beach fut loin d’être une promenade de santé : Il faut sauver le Soldat Ryan. Encore une fois : merci monsieur Spielberg.

Mais surtout, cette deuxième version évite le principal souci des superproductions internationales avec flopée de stars : on n’est pas en train de se dire : « tiens, c’est Untel ! Tiens, il est là lui aussi… »

 

Mais il faut tout de même reconnaître le côté didactique du film, mettant en scène jusqu’au moindre détail les différents événements de cette journée particulière et ses préparatifs : l’attente interminable, la peur de la mort chez certains soldats, mais aussi le sédatif d’Hitler qui fait dire à Jodl qu’il ne peut pas être dérangé…

 

Et au milieu de tout cela, on trouve quelques scènes assez étonnantes voire surréalistes : les bonnes sœurs menées par la mère supérieure (Madeleine Renaud) qui viennent secourir les blessés de Kieffer (Christian Marquand) ou encore le soldat allemand qui enfile précipitamment ses bottes et les met à l’envers. Sans oublier la patrouille allemande que rencontrent les égarés de la 101ème parachutée, distraits par un avion de passage qui les empêche de réaliser qu’ils viennent de croiser des ennemis…

 

Alors on regarde, comme on va à un rendez-vous avec une vieille connaissance, mais ce qui a pu nous émerveillé quand nous étions petits a tout de même bien perdu de son éclat. On le revoit comme on revoit tous ces films un peu anciens et qui nous rappellent des souvenirs passés.

 

Et on est toujours étonné de voir des généraux en première ligne…

 

          1. Il faut dire que le vrai général Eisenhower (Henry Grace dans le film) ne touchait pas le même cachet que John Wayne !

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