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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Cameron, #Science-Fiction
The Abyss (James Cameron, 1989)

Un sous-marin nucléaire est pris dans une tourmente : il se crashe au bord d’un abîme (d’où le titre), engloutissant les différents membres de l’équipage.

La Navy envoie un commando sur place : les ogives nucléaires qu’il transportait ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains (russes).

Et c’est l’équipe de Virgil « Bud » Brigman (Ed Harris, avec encore des cheveux) qui doit les aider.

Un détail tout de même : parmi les nouveaux arrivants on trouve Lindsey Brigman (Mary Elizabeth Mastrantonio, tellement rare au cinéma) qui n’est autre que la femme de Bud, séparée de lui depuis quelques temps.

Bien sûr, rien ne se passe comme prévu, et rapidement, la situation court à la catastrophe.

 

The Abyss est la première incursion maritime de James Cameron. Mais alors qu’on y retrouve des éléments de film-catastrophe – le sous-marin qui coule – il faut plutôt aller chercher dans le domaine de la science-fiction voire de l’espace.

Si l’environnement est maritime, l’intrigue et l’esthétique rappellent plus Rencontres du troisième type que Le Monde du silence.

Le tout dans un environnement qui rappelle plus l’espace que les fonds marins.

Certes, l’eau joue un rôle très important, mais on ne peut pas nier l’influence spatiale. De plus, la combinaison qu’enfile Bud pour sa dernière descente ressemble plus à celle d’un astronaute qu’à celle d’un scaphandrier.

 

Situé entre Terminator et Terminator 2, on retrouve, outre Michael Biehn, un souci esthétique et surtout des effets spéciaux à couper le souffle : l’exploration de la station par l’entité annonce le morphing et donc le numérique qui mettra encore quelques années avant de se développer. D’une certaine façon, Titanic est un prolongement logique de ce film, du point de vue technique.

Les deux inondations – le sous-marin – puis la station préfigurent celle des différents espaces du navire dans Titanic.

 

Mais malgré cela, l’analogie avec l’univers de Spielberg est prononcée : le premier « contact » des entités abyssales (1) est une sorte de module lumineux, rappelant la boule lumineuse qui accompagne les trois vaisseaux qui apparaissent à la population.

De plus, le propos pacifique final rappelle celui du film de 1977. Il y a d’ailleurs une chose amusante (pas de quoi rire à gorge déployée non plus) pendant l’exploitation du film : le Mur de Berlin est tombé. La « menace  rouge » devenant alors de plus en plus faible dans les semaines et les mois qui suivirent.

 

Qu’importe, le reste se tient et c’est ça qui est le plus important. Le personnage de Coffey (Michael Biehn, donc) est celui qu’on peut qualifier de méchant – ce qui change des films précédent et suivant de Cameron – mais est avant tout un homme paranoïaque dont les motivations sont purement militaires, et rappellent d’une certaine façon celles de Weyland dans Aliens deux ans plus tard (2).

 

Et puis il y a les images. Comme je l’ai déjà dit, on retrouve une parenté avec le film de Spielberg : les lumières qui prennent vie sont du même ordre et les différents contre-jours donnent un effet vaporeux et rassurant.

Et c’est Lindsey qui découvre cela la première : normal, c’est une femme, et son premier réflexe n’est pas de tirer dans tout ce qui bouge. Cette attitude va conditionner l’apparition ultérieure dans la station, quand un tentacule liquide et solide à la fois (3) va à leur rencontre. Jusqu’à l’intervention de Coffey, on assiste à une très belle séquence : hors du temps, hors de tout espace, des humains émerveillés face à une entité étonnante et désarmante qui essaie de communiquer, créant une pause onirique bienvenue dans une situation des plus tendues.

Et bien sûr, c’est encore un militaire qui détruit tout !

 

Alors laissez-vous faire et partez pour un voyage qui, s’il ne se situe pas 20.000 lieues sous les mers, est tout de même merveilleux, réalisé par un metteur en scène doué, et qui annonce ses deux monuments à venir : Titanic, bien sûr, mais aussi Avatar.

 

  1. Il est difficile de leur trouver un nom : extra ou intra-terrestres ?  O.N.N.I. (Objets Nageant Non Identifiés) ? Autres ?...
  2. Dans les autres films de la série aussi d’ailleurs…
  3. Je sais, ce n’est pas possible, mais c’est pourtant ce qu’il se passe à l’écran.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mel Brooks, #Comédie, #Western
Le Shérif est en prison (Blazing Saddles - Mel Brooks, 1974)

1974 fut une année faste pour Mel Brooks : outre Young Frankenstein qui fut un sommet de la parodie d’horreur, il avait commencé l’année avec ce western absolument foutraque, autre magnifique parodie d’un genre né avec le cinéma.

Ce sont 88 minutes de bonheur qui nous sont proposées là : faisant feu de tout bois, Mel Brooks exploite les différents éléments qui constituent le genre et les détourne avec bonheur.

 

Nous sommes après la Guerre de Sécession,  et pour éviter une zone de sables mouvants, le parcours va traverser la petite ville de Rock Ridge, habitée par les descendants des colons qui portent tous le patronyme de Johnson.

Après avoir essayé d’intimider par la force cette population, le procureur Hedley Lamarr (Harvey Korman) leur envoie un shérif pour maintenir l’ordre : Bart (Cleavon Little).

Le seul petit problème pour les habitants de Rock Ridge, c’est que ce shérif est noir.

 

Encore une fois, je rappelle que pour faire une brelle parodie, il faut absolument exagérer les différents éléments qui la composent. Et encore une fois, Mel Brooks le fait. Et en plus avec talent.1

Nous avons, outre les grands espaces, toute une galerie de personnages représentatifs du far-west. Autour du shérif, on y trouve : un tireur ultra-rapide – Jim « the Waco Kid » (Gene Wilder) ; une chanteuse de cabaret en bas et porte-jarretelles – Lily von Schtüpp (Madeline Kahn) ; un trappeur plus vrai que nature, parlant un langage parfois difficile à saisir – Gabby Johnson (Jack Starrett) ou encore le révérend Johnson et ses citations bibliques ; et bien sûr l’institutrice Harriet Johnson… Et bien sûr les Indiens dont le chef s’exprime en yiddish : normal, c’est Mel Brooks qui l’interprète. J’allais oublier la scène des cowboys autour du feu mangeant des haricots. Et comme c’est Mel Brooks, nous avons droit à une série de pets monumentaux (1).

Ce shérif noir est l’élément-clé du film : en choisissant un acteur de couleur, il va à l’encontre des rôles qui furent très (trop ?) longtemps proposés aux Noirs. En effet, mis à par Woody Strode, peu d’acteurs noirs ont tiré leur épingle du jeu dans un western. Ils devaient en règle générale occuper des rôles de figuration,  ou alors avec quelques répliques, sans avoir beaucoup d’influence sur l’intrigue.

Avec Mel Brooks, ce cliché explose et Cleavon Little nous fait un numéro épatant de shérif/redresseur de tort, dans un décor grandiose, le tout filmé en 35mm.

On a même droit à un départ dans le soleil couchant, une fois la ville nettoyée et débarrassée de ces desperados à la solde de l’infâme Lamarr.

 

Mais Little n’est pas seul et les acteurs qui l’entourent sont eux aussi impeccables : de Harvey Korman à Madeline Kahn, sans oublier Gene Wilder c’est un festival d’humour et d’absurde.

Mais en restant exclusivement dans le genre, jusqu’à la bagarre finale qui rejoint sans problème celles de L’Homme tranquille ou de 1941.

Il faut dire aussi que Mel Brooks, s’il garde les codes spécifiques du genre, n’oublie jamais qu’il est au cinéma. En effet, non seulement tout est possible, mais surtout, il le fait : entre Lamarr qui s’adresse aux spectateurs et l’intervention de danseurs qui répètent dans un studio voisin, on ne sait plus où donner de la tête.

On retrouve aussi quelques allusions au premier film de Mel Brooks, Les Producteurs. En effet, parmi les figurants de la bagarre finale, on retrouve un acteur qui interprète Hitler et s’agite furieusement pendant que les tartes à la crème volent ; un (tout petit) peu plus tôt, c’était Madeline Kahn qui chantait avec des soldats allemands (3) une chanson de ce film.

Sans oublier les jeux de mots qui fleurent à chaque coin de scène : Lamarr que tout le monde appelle Hedy ; les lauriers que Johnson (John Hillerman) offre de bon cœur (2)…

 

Bref tout est là pour faire rire, et à ce jour, seuls les cadres de la Warner n’ont pas trouvé le film drôle.

 

PS : Hedy Lamarr (la vraie) a tout de même intenté un procès à Mel Brooks…

PPS : Seules deux répliques ont été coupées au montage, elles concernent un échange entre Bart et Lily, dans le noir (hum). Je vous laisse aller voir ce qu’elles disaient

 

  1. Il est dit que c’est la première fois qu’on a une telle débauche de tels bruitages…  De plus, Mel Brooks interprète un gouverneur qui répond au doux nom de « Le Pétomane » (en français dans le texte).
  2. Jeu de mots homophonique intraduisible. Un indice tout de même : « laurier » se dit « laurel ».
  3. Ils font partie d’une série de méchants recrutés par Lamarr pour éliminer Rock Ridge. On y trouve aussi des Mexicains et quelques Hell’s Angels…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Sidney Olcott, #Marion Davies
Little old New York (Sidney Olcott, 1923)

Le vieux O’Day vient de mourir, laissant derrière lui une fortune immense qu’il lègue à son neveu Patrick. Larry Delavan (Harrison Ford), beau-fils du mort et héritier présomptif, voit alors ses espoirs de devenir riche s’envoler.

Malheureusement ce dernier malade ne peut se rendre en Amérique pour toucher son héritage. A sa place, le père O’Day (J.M. Kerrigan) débarque à New York avec son fils Pat. Ce dernier ressemble beaucoup à sa sœur Patricia (Marion Davies).

Delavan est désespéré, lui qui pensait faire fortune en investissant de l’argent dans une nouvelle invention : le steamer de Robert Fulton (Courtenay Foote).

 

Non, Marion Davies ne fut pas seulement la bonne amie de William Randolph Hearst. Elle fut aussi une actrice formidable, un tantinet méprisée pour ses relations intimes avec le magnat de la presse (1).

Pourtant, on ne peut pas ignorer son talent, la belle étant capable de jouer sur différents registres, dont celui de cette Patricia à la personnalité ambiguë.


En effet, le film joue essentiellement sur la personnalité double de Patricia : « Patrick » à la ville. Tout comme Mary Pickford deux ans plus tôt (The little Lord Fauntleroy), Marion Davies joue un jeune garçon. Mais si le rôle de Pickford était clairement masculin, le rôle de Davies est avant tout celui d’une fille (« a girl », révèle-t-elle) qui doit se comporter comme un homme ou plutôt un jeune homme. Et si ce rôle prête à l’ambiguïté, il n’en possède pas moins un aspect comique.

Le « jeune homme » se comportant peu de manière masculine : la séquence du bal est on ne peut plus parlante. Quant aux élans amoureux que Patricia a envers Delevan, il est obligé d’y mettre le holà, le jeune homme se comportant « comme une fille ».

 

Pourtant, c’est cette relation équivoque qui fait tout le sel du film. Et la conclusion – attendue – laisse tout de même planer un léger parfum de scandale pour 1923 : tout comme la pièce dont est issue l’intrigue, on sent une homosexualité latente dans les rapports entre Pat et Larry. En effet, Larry se dit satisfait que Pat ne soit pas un garçon : ressentait-il quelque désir pour ce jeune homme aux très si fins ?

Bien sûr, cette équivoque se perd dans l’issue heureuse, et de toute façon, il n’était pas question de lancer une quelconque polémique.

De plus, Marion Davis interprète avec sobriété ce personnage double, n’exagérant en rien tel ou tel aspect de sa personnalité.

 

Parmi la distribution impeccable, on a plaisir à voir certains personnages historiques qui ont beaucoup fait pour New York et l’Amérique. Outre Fulton on croise l’écrivain Washington Irving (Mahlon Hamilton) ainsi que quelques noms illustres des grandes et prestigieuses familles new-yorkaises : John  Jacob Astor (Andrew Dillon) et Cornelius Vanderbilt (Sam Hardy).

De plus, Sidney Olcott recrée ce « Vieux petit New York » (2) avec beaucoup de bonheur – et ce malgré un incendie qui ravagea les studios mais laissa intacte le négatif – rappelant qu’avant d’être la mégalopole que nous connaissons, la ville était de taille raisonnable et les routes étaient essentiellement des chemins de terre (qui devenaient boueux avec l’humidité).

On y retrouve aussi quelques éléments qui seront utilisés par Walsh dans The Bowery : la brigade de pompiers possède son champion de boxe, ce qui nous permet de nous régaler devant un match fort disputé et qui aurait tendance à se terminer en émeute.

Olcott montre alors qu’il sait – lui aussi – diriger une foule et on atteint un sommet quand Pat, pour sauver Larry, se dénonce d’avoir truqué » le match. Elle est conduite par une foule en effervescence au pilori (ou au poteau juste à côté) pour y être fouettée. Cette scène n’a pas dû laisser les spectateurs de l’époque indifférents (surtout les hommes) : après quelques coups le bourreau – qui n’est autre que le boxeur (Louis Wolheim)  - arrache une partie de la chemise de Pat (l’arrière), mais heureusement (pour la morale), elle avoue être une fille et le supplice cesse aussitôt.


Bref, encore une fois, une curiosité qui mérite qu’on s’y intéresse.

 

  1. Ce magnat fut pour beaucoup dans la déchéance de l’immense (dans tous les sens du terme) Roscoe Arbuckle.
  2. Le titre original.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James W. Horne, #Comédie, #Pirates
Le Pirate aux dents blanches (The Cruise of the Jasper B - James W. Horne, 1926)

1725.

Cleggett (Rod La Rocque), le second du James B. prend le commandement du navire après avoir défait le capitaine. Il en profite pour épouser la jeune Espagnole qu’ils hébergeaient, créant ainsi une dynastie dont chaque héritier doit se marier sur le navire le jour de ses 25 ans, sous peine d’être déshérité.

1925.

Jerry Cleggett (Rod La Rocque) voit sa maison et tout ce qu’elle renferme mis aux enchères : la fortune des Cleggett va lui passer sous le nez, car en ce jour de ses 25 ans, il est toujours célibataire.

Heureusement, le destin veille et lui envoie la jeune et belle Agatha Fairhaven (Mildred Harris), qui a elle aussi des soucis d’héritage.

 

Le titre original aurait pu se traduire par l’odyssée du Jasper B. mais le traducteur a opté pour une périphrase qui n’est pas si idiote que ça. En effet, la caractéristique du pirate Cleggett est, outre son torse imberbe sous une chemise ouverte et son ceinturon qu’il serre à chaque nouvelle épreuve, un sourire éclatant qui n’est pas sans rappeler celui de Douglas Fairbanks : ce pirate aux dents blanches, de plus, porte une fine moustache et est aussi athlétique que son aîné (1). Mais rapidement le pirate est abandonné, car c’est le Cleggett actuel (pour les spectateurs : 1925 était l’année dernière pour eux) qui nous intéresse.

 

Nous sommes avant tout dans une comédie. James W. Horne est surtout connu maintenant pour avoir réalisé quelques-uns des films de Laurel et Hardy. Mais son travail avant leur rencontre n’est pas à négliger (2). Et ici, dans cette fausse histoire de pirates, il y a vraiment de quoi se réjouir. Il faut dire aussi que le scénario n’a pas été écrit par n’importe qui puisqu’il s’agit de Tay Garnett.

Bref, nous sommes en de bonnes mains, et on s’amuse beaucoup dans ce film qui joue avec brio sur les accumulations. On assiste à des situations qui progressent sans cesse, faisant progresser le comique toujours plus loin mais avant d’en arriver à la saturation.

Evidemment, les situations sont des plus improbables, mais le spectateur est averti dès l’intertitre d’introduction : le public visé est celui qui croit au Père Noël, aux contes de fées et autres éléments merveilleux bien qu’utopiques (voir ci-dessous). Rien de bien sérieux en somme, et tant mieux !

 

Rod La Rocque est magnifique dans cet héritier très « fin de race » mais qui se montre, le moment venu le digne héritier de son ancêtre pirate. La première séquence qui voit ses affaires adjugées et donc retirées est superbe : il passe la plus grande partie habillé par le strict nécessaire – une serviette éponge en guise de pagne – et doit de mander aux visiteurs de se retourner le temps qu’il se vête correctement. S’ensuit un nouveau gag concernant les femmes qui assistent au spectacle…

 

Parallèlement, nous suivons la jeune Agatha qui a du mouron à se faire : son oncle lui lègue toute sa fortune et rien à son propre beau-frère, l’infâme Maltravers (Snitz Edwards). Ce dernier d’ailleurs porte un nom qui lui sied à ravir… Pour peu qu’on parle le français.

Edward Snitz, pour une fois, a un rôle important, ne se contentant pas de faire de la figuration comme c’était très souvent le cas. Son physique de demi-portion conjugué à son visage caractéristique en fait un méchant fort acceptable et surtout très drôle (3).

Autre personnage comique très réussi : Wiggins, le serviteur de Cleggett (Jack Aykroyd).

 

Il est ce qu’on appelle un serviteur zélé voire totalement dévoué. C’est souvent avec lui que les choses empirent, dont l’épisode de la boîte : alors qu’il croit avoir tué Maltravers, il décide de placer le corps dans une caisse. Funeste erreur qui amènera un dénouement pas si attendu que ça mais sonnera tout de même la fin de l’odyssée du James B. donnant alors raison au titre original.

Cette résolution est d’ailleurs tellement incroyable et d’une portée gigantesque qu’on en regrette presque de ne pas voir le président des Etats-Unis (4) à sa conclusion…

 

Bref, à voir absolument !

 

 

  1. Le Pirate noir est sorti en mars de cette même année. De plus, Douglas Fairbanks avait 15 ans de plus que Rod La Rocque.
  2. C’est lui qui dirigera Buster Keaton dans College, excusez du peu.
  3. On le retrouvera l’année suivante dans l’inoubliable 7 Chances, aux côtés de Buster Keaton (encore lui).
  4. A l’époque c’était Calvin Coolidge.
Le Pirate aux dents blanches (The Cruise of the Jasper B - James W. Horne, 1926)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité
Marre...

Depuis un peu plus de trois mois, les samedis sont occupés par une actualité étonnante : les Gilets Jaunes.

Depuis un peu plus de trois mois, on entend pis que pendre des Gilets Jaunes.

Depuis un peu plus de trois mois, la révolte gronde au sein des masses (1).

Depuis un peu plus de trois mois, le pouvoir en place méprise les Gilets Jaunes.

Depuis un peu plus de trois mois, la démocratie s’efface, laissant de plus en plus place à la violence, à la bêtise, et à ce qui faisait de ce pays un parangon de la Liberté, un état guidé par l’esprit des Lumières. (2)

 

Il semble que les Lumières se soient éteintes, comme l’Amérique au lendemain de la passation de pouvoir entre Barack Obama et son successeur. Le monde sombre peu à peu dans le chaos, sans que ceux qu’on nommait les « intellectuels de gauche » ne s’en émeuvent, fascinés qu’ils sont par leur souci de ne déplaire à personne, incapable d’appeler un chat un chat et un intégriste un intégriste – on parle alors de désésquilibré, de peur de froisser toute une communauté – ou un terroriste par ce qu’il est vraiment : quelqu’un qui use de la violence pour faire peur, pour intimider une institution ou un état et ses membres, les « citoyens ».

 

Le terme « citoyens » a, bizarrement (?) disparu des discours des gens en place, ceux qui savent et qui essaient d’expliquer à coup de com’ ou de matraques (3) à ces mêmes « citoyens » (qui sont donc devenues des « cibles ») qu’ils ne comprennent pas ce que le gouvernement fait de bien pour eux, et qu’il faut à nouveau lancer une campagne de com’ pour faire preuve de « pédagogie » et mieux expliquer ce qu’il se passe.

 

C’est exactement ce qui se passe actuellement dans ce beau pays de France (comme on dit). D’un côté on a une masse hétéroclite de gens qui ne sont pas contents, et de l’autre un gouvernement qui applique un programme pour lequel il a été à peu près élu. « A peu près » ? Oui, beaucoup ont voté au deuxième tour contre une candidate plutôt que pour un ancien ministre des finances. Il n’est pas question ici de remettre en cause la légitimité de ce gouvernement : les élections ont été régulières, et il n’y a pas à revenir là-dessus.

 

Par contre, ce qu’il est nécessaire de revoir, c’est l’attitude de ce gouvernement par rapport à ces électeurs. Depuis, presque 2 ans, nous assistons à un broyage en règle de ce qui fut la démocratie « à la française ». Après avoir commencé à casser le Code du Travail (4), le gouvernement continue sur sa lancée et réduit progressivement les libertés : le droit de manifestation devient soumis – encore plus – à l’autorisation du Préfet ; la nouvelle Loi Education qui s’appelle déjà « Blanquer » et qui réduit comme peau de chagrin la liberté d’enseigner quand ce n’est pas la Liberté elle-même. (5)

 

Et puis il y a les manifestations.

Depuis quelques siècle, le peuple de France à l’habitude de s’exprimer contre certaines mesures en défilant et parfois remettant en cause physiquement certain des pratiques plus ou moins liberticides.

Depuis donc un peu plus de 3 mois, les manifestations s’enchaînent à une cadence hebdomadaire, contre une mesure qui, à l’origine semblait inique  pour les militants: le prix des carburants et surtout son augmentation.

Le mot d’ordre appelant les manifestants et autres personnes solidaires concernait une obligation récente pour les conducteurs : le gilet jaune.

Nous avons alors assisté à de nombreuses démonstrations de force (c’est à ça que servent les manifestations) dans chaque coin de notre beau pays.

Bien sûr les manifestants n’étaient pas tous issus des meilleures familles, ni titulaires de diplômes prestigieux. Mais malgré tout, comme dans toute démocratie, ils avaient le droit de manifester pour exprimer leur mécontentement.

Ce mécontentement fut écouté et même entendu, puisque des mesures « en urgence » furent prises et moult promesses furent émises par un gouvernement qui montrait alors qu’il avait peur.

 

Peur ? Comment un gouvernement démocratique peut-il avoir peur ? Par essence, ce gouvernement applique une politique pour laquelle il a été mandaté et est donc dans son bon droit quand il le fait.

Sauf qu’on en revient à l’élection : beaucoup ont voté pour l’un pour ne pas voter pour l’autre, désigné « naturellement » comme beaucoup plus dangereux.

Mais depuis ces trois mois et quelques, on peut se poser la question de cette préférence. Si le régime actuel n’est pas ce que proposait l’alternative présidentielle, les retombées n’en sont pas moins anti-démocratiques.

Les forces (6) de l’ordre, après un préambule  neutre voire parfois en faveur de ce mouvement qui fut à l’origine – n’en déplaise à ses détracteurs – un mouvement citoyen, se sont retournées et se livrent à des exactions qui sont indignes d’une démocratie, quelle qu’elle soit. A une protestation, il oppose une violence aveugle et inutile, amenant le contraire de ce qu’il voudrait.

 

La violence est cette utilisation irraisonnée de la force, qui caractérise les pays totalitaires. Or depuis plusieurs semaines, si certains policiers/gendarmes s’opposent légitimement à des hordes plus ou moins barbares et qui ne sont en rien représentatives d’un quelconque mouvement social, il n’en demeure pas moins que certains policiers outrepassent leur mandat : ce sont les lycéens de Mantes-la-Jolie qui sont humiliés et pire, dont le calvaire est partagé sur des réseaux qui n’ont de sociaux que le titre ; des manifestants qui sont roués de coups sans véritable justification que le fait qu’ils étaient venus manifester ; voire des quidams qui ont eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment (tout le monde n’est pas les Beatles).

 

Dernière exaction qui m’a (enfin) fait réagir (ici) : un manifestant qui est emmené par ces fameuses forces de l’ordre et qui perd ses lunettes pendant l’interpellation (musclée, cela va sans dire).

Pour ces gendarmes mobiles, il semble qu’embarquer le jeune homme ne soit pas suffisant : pour le même prix, l’un d’entre eux à délibérément piétiné les lunettes au sol, exprimant sans doute quelque chose que je n’ai pas bien saisi. Y aura-t-il des retombées pour ce gendarme si « consciencieux » ?

 

J’en doute.

 

PS : Certains pourront s’indigner/s’insurger/râler/réagir (etc.) devant cette diatribe qui n’a que très peu de rapport avec le cinéma. Mais la page d’accueil du blog ne laisse aucun doute : nous sommes ici dans la rubrique « toute cette sorte de choses »…

 

  1. Non, ce n’est pas une contrepèterie, n’en déplaise au grand Pierre Desproges…
  2. Depuis quelques années, nous voyions l’émergence d’idées aussi nauséabondes que dangereuses ayant pour nom « identité nationale », « communautarisme » et toute cette sorte d’aberrations rationnelles.
  3. Quand ce ne sont pas des balles en caoutchouc qui ne s’appellent pas « flashballs » mais ont le même effet sur les victimes.
  4. Loi El Khomri, qui devrait s’appeler plus justement Loi Macron, en rapport direct avec celui qui n’était alors que Ministre des Finances (excusez du peu).
  5. En clair : dire du mal de l’institution et donc du ministère sera mal et passible de révocation (le « licenciement » de la fonction publique) et induit d’elle-même une interdiction de faire grève.
  6. La force est ce que la démocratie a à opposer pour faire appliquer ses lois considérées comme justes quand une partie de la population les refuse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinema, #Anna Boden, #Ryan Fleck, #Marvel
Captain Marvel (Anna Boden & Ryan Fleck, 2019)

Et 1 de plus !

Les studios Marvel viennent de nous pondre une nouvelle entité supérieure : Captain Marvel (Brie Larson).

Et en plus c’est une femme ! Et ça, c’est une bonne nouvelle, parce que le panthéon Marvel est tout de même bien masculin : hormis la Veuve Noire (Scarlett Johansson) et Gamora (Zoe Saldana), il faut reconnaître que ça manque de femmes chez les super-héros (1).

Voici donc Captain Marvel, qui n’est jamais appelée ainsi pendant tout le film, et qui montre qu’elle est une super-héroïne extrêmement puissante.

Mais avec ce film, on nous ramène une vingtaine d’années en arrière : 1995. Et même 1989 pour les séquences les plus anciennes (2).

 

Reprenons : Vers (Brie Larson, donc) fait des cauchemars. Elle habite la planète Hala, habitée par les Krees qui se battent depuis de longues années (3) contre les Skrulls, qui ont la particularité de changer d’apparence et donc de personnifier n’importe qui.

Un jour, Vers est capturée par ces fâcheux qui lui révèlent des pans oubliés de sa mémoire.

La voilà alors sur Terre, découvrant alors ce qui fut sa vie d’avant, et surtout à la recherche de Wendy Larson (Annette Bening), une des clés de sa mémoire.

 

L’intrigue, encore une fois est un brin confuse, mais elle a tout de même l’intérêt de nous plonger dans le passé, et en particulier dans celui de Nicolas Joseph « Nick » Fury (Samuel L. Jackson). Ce dernier est un homme dans la force de l’âge possède deux yeux perçants, et travaille pour le SHIELD avec pour partenaire une jeune recrue : l’agent Coulson (Clark Gregg).

Nous allons donc assister à la genèse des Avengers, même si on ne parle pas encore d’eux. Et accessoirement, nous saurons pourquoi Fury  un bandeau sur l’œil gauche.

 

Pour le reste, rien de bien nouveau, si ce n’est quelques clins d’œil au cinéma : une séquence qui semble – encore une fois – sortie de Starwars, et un duel qui n’est pas sans rappeler certains westerns d’un réalisateur italien…

Sans oublier un rythme très (trop) soutenu qui enchaîne des plans innombrables en peu de temps, chose qui avait un peu tendance à s’estomper depuis quelques années.

La musique joue encore un rôle important et on y entend quelques standards de cette année-là, dont Come as you are (Nirvana) ou encore Man on the Moon (R.E.M.).

 

Et puis, il y a Stan Lee. Bien que ce grand monsieur soit mort, il avait tout de même participé aux derniers opus des studios M. Outre un hommage dans la présentation des studios (les pages qui sont feuilletées), où on le voit dans différents films de la licence, Captain Marvel fait (rapidement) sa connaissance dans un métro. Et, chose rare, elle lui sourit avec beaucoup de reconnaissance.

 

Une sorte d’hommage prémonitoire ?

 

  1. D’ailleurs, le film est coréalisé par Anna Boden, seule femme qui réalise un épisode de la saga à l’heure actuelle. Comme pour tous ses autres films, c’est avec Ryan Fleck qu’elle travaille.
  2. Hasard de l’intrigue ou du casting ? Il se trouve que la belle Brie est née en 1989…
  3. S’il y a une constante dans les films de sciences fiction, c’est la relativité du temps qui n’est pas perçu de la même manière selon les lieux et les espèces. Or, ici, il semble que le temps terrestre soit un temps universel. Certes, c’est une aberration scientifique, mais on s’en moque : au cinéma tout est possible.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William S. Hart, #Lambert Hillyer, #Comédie dramatique
The Cradle of courage (Willliam S. Hart & Lambert Hillyer, 1920)

San Francisco, 3 janvier 1919.

Après deux ans de guerre, les GI qui ont combattu en Europe sont de retour dans leurs foyers. Parmi eux « Square » (1) Kelly (William S. Hart), et Riley, son compagnon d’armes. Alors que Kelly n’a personne qui est venu le chercher. Riley lui présente sa famille : sa sœur et surtout son père (George Williams). Pour ce dernier, Kelly n’est pas un inconnu : Kelly, avant de partir se battre, avait souvent affaire à lui. Il faut dire que le père Riley est policier, et Kelly était un cambrioleur notoire.

En effet, chez les Kelly, on est escroc de mère en fils, alors quand Square décide de raccrocher et de rejoindre la police, c’est le déshonneur pour la famille : il est chassé de sa maison et de son quartier.

 

William S. Hart fut l’un des tout premiers cowboys d’envergure du cinéma, avec Tom Mix. Alors le voir dans un film actuel (pour 1920) est un élément qui suscite la curiosité. Et quand on apprend – rapidement – qu’il était auparavant cambrioleur, on est encore plus curieux de savoir de quoi il retourne.

Mais nous sommes vite rassurés : son passé criminel est oublié, il rejoint les forces de l’ordre (2), et le spectateur est alors rassuré : Hart interprète un personnage qui reste du côté des bons.

Et j’irais même plus loin : le film, bien qu’il se passe à San Francisco juste après la première Guerre Mondiale, a beaucoup de similitudes avec un western.

 

En effet, Square Kelly est un cowboy solitaire, dont le rôle est de faire respecter la justice. Et s’il ne possède pas de cheval, il n’en demeure pas moins une gâchette habile. De plus, quand son frère Jim (Frank Thorwald) est tué – d’un coup de révolver dans le dos – sa réaction est sans appel : il vengera son frère.

Bref, on a une intrigue qui n’est pas sans rappeler le genre préféré de Hart.

En outre, son décrochage d’avec ses anciennes relations se fait dans un bar (un saloon ?), et Kelly se bat avec courage contre son ancien chef, l’ignoble Tierney (Tom Santschi).

 

Mais qu’on regarde ce film comme un policier ou un western, on n’en demeure pas moins admiratif du travail de réalisation.  Lambert Hillyer et Hart nous proposent un film de fort belle facture. Le travail de montage met très bien en valeur les cadrages de  Joseph H. August, émaillant les différentes séquences de gros plans et de plans coupe pertinents, donnant du rythme à l’intrigue et surtout l’action.

 

Et si la fin est prévisible – la morale reste sauve – et même la vieille mère Kelly (Gertrude Claire)  qui ne porte pas du tout les flics dans son cœur trouve la Rédemption, grâce à ce bon (2) fils.

J’allais oublier la femme : Rose Tierney (Ann Little), la fille de l’infâme, véritable instrument du destin qui amènera la « réforme » de Kelly.

Elle amènera même Kelly à avouer qu’il n’a pas toujours été « réglo » avec elle.

 

Une bonne surprise à découvrir, si ce n’est encore fait.

 

  1. « Réglo »
  2. Dans tous les sens du terme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Scott Sidney, #Comédie, #Western
Le Neurasthénique (The nervous Wreck - Scott Sidney, 1926)

Henry Williams (Harrison Ford) est malade. Tellement malade, qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors autant mourir dans de grands espaces plutôt que dans une petite chambre.

Henry part pour l’Arizona. Il est alors recueilli par Jud Morgan (Hobarth Bosworth) et sa fille Sally (Phyllis Haver). Cette dernière n’est pas insensible au charme caché de ce jeune malade.

Mais voilà, elle doit épouser le shérif Bob Wells (Paul Nicholson).

Qu’importe : elle s’enfuit avec Henry afin de l’épouser.

Mais il ne peut pas : il doit mourir bientôt…

 

Rien n’est bien sérieux dans ce drôle de western, ou plutôt dans ce western très drôle. En effet, alors que le générique et le premier plan nous préparent à une histoire de cowboys – on voit Jud Morgan et ses vaches – débarquent un drôle d’individu dans une voiture antédiluvienne, bien forcé de rester puisque cette dernière est en panne. Mais cette intrusion moderne dans ce ranch qui semble traditionnel va complètement chambouler la vie de ces paisibles (?) gens de l’Arizona.

Alors oui, les autochtones sont bien des cowboys, mais n’attendez pas ici les codes habituels : si le shérif est une fine gâchette et que nous avons droit à des bagarres, le plus important ici est avant tout de faire rire.

 

Avant tout, le premier ressort comique du film est la maladie, ou plutôt l’hypocondrie dont souffre Henry. Ses premières interventions sont essentiellement des gestes de soin, avalant pilule sur pilule sans oublier de prendre sa température.

Mais le spectateur n’est pas dupe : cet homme ne souffre de rien, il a juste besoin d’un peu d’air et de grands espaces (ça tombe bien, il est en plein Arizona).

Heureusement pour lui (et pour nous), Sally est du genre entreprenant et l’histoire va vraiment se lancer quand les deux jeunes gens vont s’enfuir.

S’enfuir pour tomber sur un autre hypocondriaque : Jerome Underwood (Mack Swain). Mack Swain qui vient de triompher avec Chaplin est ici dans un rôle sur mesure où la force verbale n’a d’égale que sa couardise dès qu’il entend un coup de feu.

La rencontre entre ces deux grands malades est donc le premier grand moment du film, mais il prendra tout son sens quand Underwood le racontera au shérif Wells, ce témoignage embelli (euphémisme) étant corroboré par sa fille Harriet (Vera Steadman) et son futur gendre Reggie De Vere (Charles K. Gerrard), dans une reconstitution savoureuse.

 

Autre grand moment : le repas, pendant lequel Henry doit faire le service alors qu’y participe Underwood qu’il a délesté de quelques litres d’essence et le toujours shérif Wells, à sa poursuite pour avoir enlevé sa promise (1). On retrouve ici une déclinaison de la tarte à la crème dans la figure (2), où Mack Swain fera les frais du projectile.

D’ailleurs, si Mack Swain a commencé avec Mack Sennett et est habitué à prendre divers aliments dans la figure, il n’est pas le seul : Mort, le cowboy annoncé dans le générique n’est autre que Chester Conklin, affublé de sa moustache célèbre et fournie. Autre « recrue » du grand Sennett, Phyllis Haver. Et oui, le grand Mack a aussi découvert des talents féminins…

 

Evidemment, la fin est prévisible (dès le début, d’ailleurs), mais comme toujours c’est de la façon dont la résolution arrive que dépend le succès du film, et là encore, ça fonctionne. On s’amuse pendant tout le film de ces personnages attachants. Certes, ce n’est ni Chaplin, ni Keaton qui réalisent tout cela, mais le jeu en vaut la chandelle : Harrison Ford est aussi à l’aise quand il faut émouvoir ou amuser, et les acteurs autour de lui sont à la hauteur, ce qui nous donne un petit film qui n’est pas si petit que ça : N’oubliez jamais qu’il est toujours beaucoup plus difficile de faire rire que de faire pleurer.

 

 

PS : doit-on voir dans ce Henry Williams, sorte de pied-tendre portant des bésicles, le futur Pilule, personnage de Morris qu’on rencontre en deuxième partie de l’album Phil Defer (1956) ? Je vous laisse seuls juges.

Mais ma réponse est déjà faite…

  1. Je vous laisse découvrir le subterfuge qui ne le fait pas reconnaître.
  2. C’est autre chose qui finira dans le visage de quelqu’un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Constance Talmadge, #Comédie, #Sidney A. Franklin
Sa Sœur de Paris (Her Sister from Paris - Sidney A. Franklin, 1925)

A Vienne, les Weyringer sont un couple qui bat de l’aile. Il semble que la lassitude se soit installée et surtout que monsieur Joseph (Ronald Colman) n’aime plus Madame Helen (Constance Talmadge). D’ailleurs, Madame quitte Monsieur et retourne chez sa mère.

A la gare, elle rencontre sa sœur jumelle Lola, danseuse étoile en tournée à Vienne. Lola recueille sa sœur qui lui raconte ses malheurs.

Dans le même temps, Joseph découvre cette même sœur grâce au courrier : une lettre accompagnée d’une photo annonce son arrivée. Joseph, une fois la surprise passée, décide de rencontrer cette belle-sœur qui ressemble à sa femme, mais dans une version belle.

 

Je l’ai déjà écrit ici, mais les doubles ont toujours eu une place dans le cinéma en général et américain en ce qui concerne les plus impressionnants (1). Nous sommes quatre ans après The little Lord Fauntleroy qui voyait Mary Pickford donner la réplique à Mary Pickford, et un tout petit peu plus d’un mois après Don Q, Son of Zorro qui voyait Douglas Fairbanks se battre aux côtés de Douglas Fairbanks.

Mais si ces deux films jouent avec bonheur de cette relation double, ils n’arrivent tout de même pas au niveau d’excellence du film de Franklin.

 

En effet, si la technique de surimpression est la même (2), c’est le naturel qui prime : non seulement Constance Talmadge se donne la réplique, mais la doublure – qui n’est pas systématiquement de dos – enchaîne des gestes et des mouvements qui ne sont ni hésitants ni empruntés, donnant une fluidité aux rapports entre Helen et Lola. De plus, les cadrages d’Arthur Edeson couplés avec le montage rigoureux et talentueux de Hal C. Kern donnent un résultat absolument époustouflant de naturel. Magnifique.

 

Bien sûr, comme la plupart du temps dans une intrigue de doubles, on rit. Et on rit franchement de la situation qui commence tranquillement pour s’achever dans un imbroglio formidable. Et du moment où apparaît Lola jusqu’à la fin, c’est un tour de force que réussit Constance Talmadge dans ce rôle double : amusée par le tour qu’Helen joue à Joseph, mais un tout petit peu effrayée tout de même par cette situation qui ne cesse de se compliquer jusqu’à la résolution finale dans l’hôtel – et même la chambre – où tous les deux avaient passé leur nuit de noces quelques années plus tôt.

 

On est d’une certaine façon dans une situation de vaudeville avec cet homme qui croit tromper sa femme, mais aussi dans le comique subtile inhérent à ce thème porteur. Et Sidney Franklin prend le temps de bien faire monter la tension – pour Joseph – jusqu’au point de rupture : va-t-il passer à l’acte ? N’oublions pas que nous sommes en 1925, et que la morale signifie quelque chose de très important, surtout quand on sait que la MPPDA (3) a donné son visa au film. 

Et puisqu’on en est à la MPPDA, nous assistons ici à un baiser extraordinaire : en effet, il était recommandé de ne pas faire durer les baisers plus de 3 secondes, et ici, c’est pendant 24 secondes (!) que Constance Talmadge et Ronald Colman s’embrassent.

Mais comme toujours dans ces cas-là, c’est pertinent (vous irez voir).

 

Ajoutez à cela quelques plans de coupe avec des mains qui expriment autant que les visages – surtout dans la voiture quand Joseph et Lola/Helen s’enfuient – et vous aurez un très beau film d’un réalisateur un peu oublié aujourd’hui (sauf des férus de la période muette comme mon ami le professeur Allen John ou moi-même) mais qui savait, lui aussi, tourner de grands films.

Constance Talmadge est elle aussi magnifique dans ce rôle double, mais son talent est très bien servi par son partenaire, le non moins talentueux Ronald Colman qui savait aussi bien faire rire (ici) qu’émouvoir (the white Sister).

Bref, c’est du très grand cinéma que nous avons là, alors un conseil : précipitez-vous sur ce film !

 

  1. Je ne dis pas qu’on n’en trouve pas ailleurs : La Cité des enfants perdus, par exemple…
  2. On tourne une scène puis on la retourne sans bouger la caméra mais sur la pellicule impressionnée, la magie venant après avec le montage.
  3. Motion Picture Producers and Distributors of America, organisme chargé d’accorder le droit de distribuer le film. Ce n’est pas encore le code Hays qui régit Hollywood, mais Hays est déjà là…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Irving Cummings, #Colleen Moore
Broken Hearts of Broadway (Irving Cummings, 1923)

Mary Collins (Colleen Moore) débarque à Grand Central, New York.

Elle est venue trouver la gloire mais cela passe par un engagement à Broadway. Mais à chaque nouvelle agence, c’est la même réponse qui tombe : « on vous contactera. »

Et bien sûr, personne ne contacte qui que ce soit.

Mais Mary y croit et grâce à l’entremise de Bubbles (Alice Lake) sa colocataire, elle fait la connaissance de deux directeurs de théâtres : Barry Peale (Arthur Stuart Hull) & Frank Huntleigh (Freeman Wood).

Et pour être engagé, il faut savoir fermer les yeux sur certains aspects beaucoup moins glamour : un petit coup de pouce vaut bien une petite contrepartie.

Et si Bubbles s’en satisfait, ce n’est pas le cas de Mary, qui veut rester pure, dans tous les sens du terme.

 

Trois ans avant Ella Cinders, Colleen Moore interprète une jeune provinciale qui monte à la grande ville pour y faire fortune. Mais si ce film était une comédie totalement assumée, ici le ton est beaucoup plus réaliste, voire amer. Si le ton de la comédie reste là, le propos est beaucoup moins amusant.

En effet, ici Mary endure tous les éléments dont ne parlaient pas toujours les magazines de cinéma (1) : l’attente, le découragement, la misère.

L’histoire de Mary et des autres locataires de la pension de Mrs Ryan (la formidable Kathy Price) est une réalité ô combien fréquente à cette époque – et même certainement encore maintenant.

Bien sûr, Colleen Moore est magnifique dans un rôle quasiment sur mesure qui tranche avec la compromission de son amie Bubbles.

 

On peut même retrouver dans cette intrigue des résonnances sur le cinéma actuel et la campagne #metoo qui a vu nombre de producteurs, metteurs en scène ou acteurs incriminés voire inculpés dans des affaires de harcèlement.

Car ici, d’une façon ou d’une autre, il faut être « gentille » pour réussir. Et la cour assidue (euphémisme) de Huntleigh auprès de mari ressemble beaucoup à du harcèlement : d’ailleurs, quand cette dernière refuse les « cadeaux », elle est renvoyée de la revue.

 

Autre aspect mentionné dans le film, une situation qui résonne beaucoup avec l’actualité de 1923 au cinéma : l’affaire Arbuckle. Vous allez trouver que j’en fais un peu trop et que je ne vois que cela dans les différentes productions de l’époque.

Mais encore une fois, nous avons une personne accusée à tort de meurtre. Et quand Mary (parce que c’est elle) se tourne vers son amie Bubbles, cette dernière lui fait comprendre avec tact qu’elle ne peut rien pour elle, bien qu’elle sache qu’elle est innocente.

Mais heureusement, Mary sera innocentée et deviendra une grande vedette.

 

Vous trouvez que je vous raconte la fin ? Vous avez tort, car dès le début nous savons que Mary Harris est une star – et qu’elle a donc réussi – : l’histoire de Mary est une histoire dans l’histoire.

En effet, c’est le père Ryan (Tully Marshall) qui raconte l’histoire de Mary à un jeune homme au bout du rouleau (Creighton Hale) et qui est, lui aussi, venu trouver la gloire à Broadway. Soulignons au passage, d’ailleurs, que Tully Marshall n’a pas joué que des personnages ignobles et veules, et qu’ici, son duo avec Kate Price est très amusant, donnant dès le début une note comique qui adoucit le propos du film.

 

Pour le reste, Irving Cummings nous propose un film de facture honnête avec des acteurs qui sont la plupart du temps dans le ton – Tony Merlo (Toni Guido dans le film) a une tendance à en faire un peu trop dans le côté italien de son personnage – et on a droit à quelques gros plans habiles de la belle Colleen Moore.

Bref, une petite pépite comme on en trouve souvent dans le cinéma des années 1920, quand la technique est maîtrisée et les audaces picturales des années précédentes devenues la norme.

 

A (re)voir, donc.

 

(1) Je ne dis pas que les magazines ne parlaient pas de cet aspect beaucoup plus sordide : de nombreuses mises en garde étaient régulièrement émises mais ne suffisaient pas toujours à refroidir les vocations.

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