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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #François Ozon, #Drame
Grâce à Dieu (François Ozon, 2018)

Ce titre, c’est une partie d’une intervention du cardinal Barbarin (François Marthouret) : « les faits sont prescrits, grâce à Dieu. »

Cette phrase arrive tard dans le film, mais elle résume très bien la position de l’Eglise et en particulier celle du diocèse.

 

Ca commence doucement, c’est Alexandre Guérin  (Melvil Poupaud) qui nous lit un courrier qu’il a envoyé au diocèse à propos d’un souvenir qui lui est revenu en mémoire : enfant, il fut agressé sexuellement par le père Preynat (Bernard Verley) pendant les activités des scouts.

On va alors suivre le cheminement des conséquences de cette lettre : la part qu’y a jouée l’Eglise dans le traitement de l’affaire, ne pouvant pas rester passive face à ce qui ressemblait de près où de loin à un scandale annoncé.

Mais malgré ces premières démarches, la machine se met en branle et l’issue est inéluctable : à l’heure où j’écris, le cardinal Barbarin a été condamné.

 

François Ozon (1) réalise ici un film courageux, mais surtout d’une précision magnifique, et d’une grande habileté : tout ça s’appelle le talent. Il s’agit d’un film qui rejoint le domaine docu-fiction avec une rigueur terrible, sans toutefois oublier que nous sommes au cinéma. C’est vrai que nous sommes en général au cinéma pour nous distraire, mais de temps en temps, il est bon que le cinéma nous ramène à la réalité.

Nous restons alors toujours très près des différentes victimes, pendant que s’égrènent les paroles des différents protagonistes. Ce sont des reconstitutions, certes, mais sans pour autant tomber dans le reportage. Une sorte de film épistolaire. Et de temps en temps, le passé rattrape le spectateur et nous voyons ces enfants qui vont retrouver le jeune prêtre (Yves-Maie Bastien) pour une séance privée. C’est la solitude de l’enfant qui transparaît le plus, ainsi que cette attitude « normale » du prêtre qui va « opérer » sur sa victime.

Et François Ozon réussit à montrer tout cela magnifiquement (2).


Dès l’ouverture nous sommes prévenus : le film est inspiré d’une histoire vraie. C’est presque ça : ce sont des histoires vraies. Celles de ces adultes qui furent des enfants, et qui un jour ont cessé de l’être pour devenir des victimes.

Le film tombe alors dans le scabreux. Enfin pas réellement : les expériences qui vont nous être livrées sont effroyables. C’est ça qui est scabreux. La façon dont elles nous sont transmises par contre est absolument juste. Les différents témoignages repoussent toujours plus loin la bassesse et la malfaisance, mais à aucun moment le propos ne devient racoleur ou sensationnel. Ozon réussit à retransmettre le côté humain – ou inhumain, ça dépend des protagonistes – sans jamais tomber dans le pathétique.

 

Alors qu’on est habitué à voir des histoires qui nous montrent des vies qui basculent dans le passé, ici les vies basculent devant nous alors que ressurgit ce passé honteux. Le meilleur exemple est le personnage d’Emmanuel Tomassin (Swann Arlaud). Il suffit d’une coupure de presse mise de côté par sa mère (Josiane Balasko) pour que le passé lui saute à la gorge (3).

C’est un jeune homme paumé, brisé que cette affaire va ramener à la vie.

Parce que le film ne se contente pas de dresser un tableau – sordide – de cette histoire. Il va au-delà du simple reportage en montrant en quoi ces destins brisés vont évoluer et surtout changer. Parce que ces victimes ne sont pas seules. Elles ont une histoire, une famille. Ces souvenirs terribles qui reviennent à la surface ne laissent pas leur entourage indemne. « Ca plombe l’ambiance » entend-on. Mais c’est aussi cet entourage qui replace ces victimes dans la réalité. Certes ce qu’elles ont vécu est affreux (etc.) mais cette mise en lumière de toute cette affaire ne doit pas faire oublier qu’il y a la vie qui continue. Et que les autres membres de leurs familles ont un rapport plus ou moins proche avec ce qu’il s’est passé. Là encore, c’est un troisième personnage qui illustre très bien cela : François Debord (Denis Ménochet), dont les parents avaient alerté le diocèse en son temps. Cette médiatisation qu’il veut et qu’il obtient réveille des souvenirs chez lui mais aussi chez son frère, dont on se rend compte qu’il fut lui aussi abusé. L’épilogue les concernant est un très beau moment d’émotion, autour d’un petit détail : un billet de 10 Euros.
 

Parce que bien sûr l’émotion est présente. Chacun, de par son calvaire attire la sympathie, mais à aucun moment Ozon ne tombe dans le pathos, et les émotions qui ressortent en deviennent encore plus grandes.

Et le travail phénoménal des différents acteurs du film est à la hauteur. C’est juste, c’est subtile, c’est impeccable. A aucun moment on ne voit des acteurs : ce sont les vrais gens qui nous sont montrés, avec leurs différences, leurs caractères, leurs faiblesses. Leur humanité.

 

Et les autres ? Et bien Bernard Verley et surtout François Marthouret sont eux aussi très professionnels. Ce sont des rôles très difficiles parce que très vrais. Et les deux, à leur façon, retranscrivent les manquements d’une institution « au-dessus de tout reproche ». Il y a le « grâce à Dieu » de Barbarin, mais il y a – à mon avis – pire que cela, c’est le « peut-être » de Preynat, quand il reconnaît avoir fait du tort à ceux qui étaient ses victimes.

Je vous laisse apprécier la dernière réplique que fait Alexandre à l’un de ses fils, elle résume elle aussi très bien le cheminement de ces hommes qui furent brisés et qui eurent beaucoup de mal à se reconstruire.

 

Donc, le 7 mars 2019, le cardinal Barbarin a été reconnu coupable.

Le père Preynat lui, par contre, n’a toujours pas été jugé.

 

 

PS : à noter la présence de la grande Hélène Vincent. On ne peut oublier qu’elle a joué dans La Vie est un long fleuve tranquille : la famille Le Quesnoy ressemble beaucoup à celle d’Alexandre, mais ici, on ne rit pas beaucoup.

 

  1. Son nom est une invitation à ce genre de film.
  2. Je suis dithyrambique, oui. Mais que voulez-vous, ce film est magnifique.
  3. « Comme un chat enragé » dit le dicton, et ce chat ici est fortement enragé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Drame
Tête brûlée (Airmail - John Ford, 1932)

Desert Airport, fin 193…

Mike Miller (Ralph Bellamy) dirige les différents vols qui transitent par son aéroport, et parmi eux, le courrier qui doit être distribué. A chaque fois qu’il perd un homme, il assure le vol suivant, se mettant à son tour en danger : sa vue a baissée, et le médecin lui a conseillé d’arrêter de voler.

Comme si ce n’était pas suffisant, on lui met Duke Talbot (Pat O’Brien), une vieille connaissance qu’il ne peut plus supporter, pour remplacer le pilote tué.

 

Il s’agit avant tout d’un film hommage à l’aéropostale américaine. Envolés les héros de la première guerre mondiale comme les avaient montrés Wellman et Hughes, place aux héros modernes, ceux qui risquent leur vie pour le courrier. La pancarte de présentation du film – qui l’ouvre et le ferme – précise que les avions portent le courrier quel que soit le temps, quel que soit le moment de la journée.

Cette indication donne le ton du film : on n’est pas dans une histoire un  peu légère comme Ford sait aussi en faire. Dès les premières minutes, on compte déjà un mort : Joe Barnes (Ward Bond, qui est déjà à son sixième film avec Ford).

Un autre suivra, amenant le déséquilibre final qui devra être résolu : Miller prendra l’air et se crashera, avant d’être secouru par Talbot.

 

Mais malgré la mort qui est présente dans toutes les têtes, l’aéroport a tout de même un microcosme dans lequel tout le monde cohabite, même si le sérieux du sujet empêche certains aspects comiques récurrents dans les films de Ford. Seul « Slim » McClune (Slim Summerville – de son vrai nom George Joseph Somerville) échappe un peu à la gravité du propos : comme il chique, on entend toujours le timbre d’une sonnerie quand le projectile expectoré atteint sa cible (1). Il faut dire que Slim Summerville a fait ses classes à la Keystone aux côtés de Chaplin ou Arbuckle, d’où une aisance à faire sourire voire rire même aux moments plus dramatiques.

On retrouve donc une microsociété où les enfants ont une salle de classe, ou Mike joue le Père Noël, et où tous se retrouvent pour la veillée de noël.

Pas de bagarre non plus, mais une bonne droite de Miller dans la figure de Talbot. Une droite bien méritée, faut-il le préciser.

 

Et puis il y a les avions. L’arrivée de Talbot nous permet d’admirer la magnifique technique de Paul Mantz (1903-1965) qui avait fait ses classes dans le Hell’s Angels quelques années plus tôt : outre les acrobaties indispensables, il effectue deux passages à travers un hangar ouvert, la première fois dans un film.

Quant aux reconstitutions des différentes envolées Ford et son cameraman Karl Freund (tiens, tiens) firent construire un portique pour les pilotes en vol et eurent recours à une maquette géante. Les différents plans en incrustation n’ont rien à envier au film d’Howard Hughes.

De plus, Ford continue son travail esthétique auprès du technicien allemand, qui a eu le privilège de travailler avec Murnau, que Ford admirait (2).

 

Même si le film ne possède pas le souffle épique de certains westerns du maître, on ne peut voir le film sans songer aux grands noms qui firent l’aéropostale : Mermoz, Saint-Exupéry (en France, je connais mal les pilotes américains) étaient comme ces hommes à l’avenir incertain, mais qui risquaient leur vie par devoir et pour l’honneur du service.

 

  1. On a l’explication de cette sonnerie, allez voir.
  2. Murnau est mort l’année qui a précédé le film (11 mars 1931).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick, #Anticipation
Orange mécanique (A clockwork Orange - Stanley Kubrick, 1971)

 

« Les aventures d’un jeune homme qui s’intéresse principalement au viol, à l’ultra-violence et à Beethoven. » (1)

Telle était l’accroche de l’affiche originale, de ce film adapté du roman d’Anthony Burgess. Ce dernier en voudra d’ailleurs beaucoup au cinéaste, ce qui n’est pas nouveau : une œuvre, quand elle est adaptée par Kubrick devient sienne. En effet, tout comme the Shining neuf ans plus tard, la référence qui nous vient tout d’abord à l’esprit, c’est le film.

Et bien que revoyant le film pour la dixième fois (au moins, je ne compte plus), je suis toujours fasciné par la maîtrise du maître.

 

Le premier plan donne le ton : le visage d’Alex (Malcolm McDowell) qui nous regarde, des faux cils à l’œil droit, et puis la caméra recule et nous voyons peu à peu le décor et les différents protagonistes. Les quatre droogs tout d’abord – Alex, Georgie-Boy (James Marcus), Dim (Warren Clarke) & Pete (Michael Tarn) – puis le Korova Milk-Bar et ses habitués aux tenues pas tellement différentes des quatre garçons.

Et le lait qui y est servi n’a plus grand chose à voir avec une quelconque boisson enfantine.

Ce plan-séquence sera utilisé plusieurs fois dans le film avec le même effet.

 

Puis on entre dans le vif du sujet : l’ultra-violence.

C’est une bagarre qui nous est proposée, la bande d’Alex affrontant celle de Billy Boy (Richard Connaught). Mais alors que cette bagarre est une débauche de violence pour le spectateur, Kubrick la fait accompagner par l’ouverture de la Pie Voleuse de Rossini, atténuant considérablement les effets : la bataille devient alors chorégraphiée et l’outrance de la violence un ballet spectaculaire qui explose dans le forte de la musique.

Cette même musique de Rossini servira une nouvelle fois pour un autre épisode de lutte, cette fois-ci au ralenti, entre Alex et ses compagnons.

[Alex et ses droogs portent chapeau melon, tandis que la bande de Billy Boy sont en costume vert-de-gris : les Anglais contre les Allemands, une réminiscence du dernier conflit mondial]

 

Mais si la violence est omniprésente, le sexe prend une part peut-être plus importante encore. Les représentations phalliques y  pullulent : de Basil le serpent d’Alex qui pointe vers le poster d’une femme nue, en passant par les glaces des deux jeunes filles de la boutique du disquaire ; des phallus à la craie ajoutés sur les fresques murales (avec explications) de la résidence d’Alex ; sans oublier Alex lui-même qui se retrouve nu à plusieurs reprises (2). Et bien sûr la scène meurtrière où Alex se protège et attaque avec une statue représentant, une nouvelle fois un énorme braquemart.

En plus de ce « fil rouge », on va retrouver des éléments qui vont se répondre tout le long du film.

 

Le premier élément est le soutien-gorge de la jeune femme que la bande de Billy Boy a décidé de violer : on en retrouve un accroché à la rampe de l’escalier de l’immeuble d’Alex.

Le dernier (3), c’est une réminiscence d’un film qu’Alex est obligé de voir : des images du Triomphe de la volonté, puis des camps de concentration – apprend-on – accompagnées de La Neuvième Symphonie de Beethoven, remixées par Wendy Carlos & Rachel Elkind, donnant une distorsion terrible à l’œuvre originale.

En effet, parmi les photographes venus immortaliser un Alex guéri serrant la main du Ministre de l’Intérieur (Anthony Sharp), se trouve un homme aux cheveux grisonnants, à la mèche couvrant la partie gauche de son front et arborant une petite moustache sous le nez.

 

Et puis il y a la musique, l’élément central du film, celle qui aide le narrateur – Alex, bien sûr – dans ses décisions.

Après La Pie Voleuse, c’est donc à La Neuvième de pénétrer dans le film.

Nous sommes au moment où Alex est rentré chez lui après la nuit bien chargée qu’il a vécue. Le second mouvement commence avec le visage d’Alex, intense et la caméra passe alors sur un portrait du compositeur pendant que la musique gagne peu à peu en intensité, jusqu’au forte qui amène un montage calqué sur le rythme du mouvement. On retrouve dans ces images une intensité qui rappelle une chanson écrite par Lou Reed pour le Velvet Underground : Heroin.

Nous assistons alors à une transe qui se justifie par le calme précédent la tempête d’images montées dans ce rythme rapide, cadrées de différentes façons pour accentuer la violence et l’impression de malaise. Du grand art, encore une fois.

 

Cette musique, centrale dans le film, est elle aussi malmenée par la représentation de la société dans le film. Si on y reconnaît certains extraits (la Tempête du Guillaume Tell de Rossini – encore lui ; ou encore la Marche funèbre pour la Reine Marie de Purcell), on est tout de même gêné par le côté électronique ou électro-acousmatique de certains morceaux (4). La distorsion s’explique avant tout par l’esprit malade d’Alex, et cette société déshumanisée qui nous est présentée.

En effet, le monde dans lequel vit Alex – Londres – n’est vu qu’à travers des constructions modernes (pour 1971) absolument vide de couleur et de représentations. Seule les murs sont ornées d’éléments plus ou moins picturaux, mais pour la plupart dans une tendance minimaliste, sans beaucoup de détails.

Et pire que cela, il n’y a pas rand monde qui vit par là. On peut compter sur les doigts d’une main les rassemblements de plus de 10 personnes, tant la solitude est présente, voire prégnante.

 

C’est bel et bien une société déshumanisée qui nous est montrée et l’enjeu politique de l’intrigue : réformer les criminels en leur inculquant (grâce à un lavage de cerveau) un dégoût physique du sexe et de la violence parachève l’entreprise de déshumanisation. En refusant la violence par peur d’être physiquement malade, on prive l’individu de ce qui le fait humain : le choix.

 

PS : j’oubliais, la référence à son film précédent, 2001, a space Odyssey.

 

  1. « B-E-E-T… »
  2. Nous sommes fin 1971 et au vu des réactions que suscita le film à sa sortie, on se dit que Kubrick a bien fait de ne pas exposer carrément l’attribut viril de Malcolm McDowell (ce qu’il ne souhaitait peut-être pas non plus), ajoutant alors un autre bâton (c’est le cas de le dire) pour se faire frapper.
  3. Pour les autres, je vous laisse revoir le film pour les débusquer…
  4. La Tempête est la seule utilisation comique du film. On y voit Alex et deux jeunes filles s’ébattre sur un rythme accéléré des images, rendant grotesque cette débauche sexuelle (c’est le terme, non ?), la vidant alors de tout ce qui aurait pu être beau et surtout donnant à l’acte un côté bestial, encore une fois déshumanisé.
  5. En prison, Alex a pour nom De Large. Mais sur les dernières coupures de presse, il se nomme Burgess…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #John Ford
Upstream (John Ford, 1927)

« Upstream » (« en amont »), c’est l’endroit où arrive l’acteur qui a réussi : le point le plus élevé. La gloire, quoi.

Mais comme disaient les Romains : « il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. » (1)

 

A la pension de miss Hattie Breckenbridge Peyton (Lydia Yeamans Titus), on accueille des artistes. Enfin, on accueille surtout des artistes qui ne réussissent pas beaucoup et on y croise outre la logeuse, une (très) vieille gloire de la scène, beaucoup de monde : un pensionnaire modèle (Raymond Hitchcock), toujours affable avec la logeuse mais qui n’est rien d’autre qu’un vieux cabot ; Campbell-Mandare (Emile Chautard) un vieux tragédien shakespearien jusqu’au bout des ongles ; un charlatan préparant son produit miracle (Gus Hoffman) ; un jongleur (Francis Ford) ; les danseurs de claquettes Callahan et Callahan (Ted McNamara & Sammy Cohen, à moins que ce ne soit le contraire) ; un couple de sœurs danseuses (Lillian Worth & Judy King)  qui sont en fait mère et fille ; une soubrette (Jane Winton) aux longues jambes ; Juan Rogdriguez (Grant Withers) un lanceur de couteau qui n’est pas plus espagnol que les autres ; Gertrude « Gertie » Ryan (Nancy Nash) une jeune première et Eric Brashingham (Earle Fox), un grand acteur, surtout de par son nom, déjà porté avant lui avec beaucoup plus de talent.

Si ce n’était les problèmes d’argent, tout irait bien dans cette pension.

Un jour, Brashingham est appelé à Londres tenir le rôle de Hamlet : chacun va l’encourager voire l’aider à devenir un grand et atteindre ce fameux amont, synonyme de gloire.

 

Pas de doute, nous sommes chez John Ford (et en plus, son frère est là). On retrouve ici un microcosme qui est la marque de ses films : tout le monde vie au même endroit, et on se soutient les uns et les autres pendant les coups durs qui sont monnaie courante. Mais ce microcosme possède ses individualités plus ou moins comiques (2), qui forment une famille hétéroclite très attachante.

Si la logeuse réclame sans cesse ses loyers – ce qui est tout à fait légitime – l’absence d’argent n’empêche pas tout ce petit monde de bien s’entendre. Enfin presque, parce que la jeune première – la belle Gertie – est convoitée à la fois par Brashingham et Rodriguez (en fait il s’appelle Jack La Velle), bien que le premier ait la préférence de la demoiselle.

Alors quand il s’en va vers la gloire et qu’il oublie ses racines, la route est libre pour Rodriguez.

 

Si cette comédie semble bien légère, il ne faut pas se fier aux apparences. D’une façon amusante, Ford nous brosse un portrait de ces artistes qui ont moins de succès mais pas seulement parce qu’ils n’ont pas de talent. Et l’ambiance familiale qui baigne cette pension amène la chaleur indispensable à cette intrigue qui peut facilement tourner au drame : le moment où Campbell-Mandare porte son buste de Shakespeare qu’on ne lui reprendrait que pour quelques scènes est l’un des moments les plus dramatiques du film, mais atténué par l’arrivée de Gertie qui redonne de la vie et peut-être de l’espoir au vieux tragédien.

Alors bien sûr, on retrouve quelques détails qui perdureront dans les films suivants comme l’alcool (pour une fois, ce n’est pas Francis qui en est imbibé), ou la fête en l’occurrence le mariage.

 

Longtemps perdu, ce film fut retrouvé et restauré – pour notre plus grand plaisir – même si à un endroit, le film est irrémédiablement abimé (quelques secondes sur une heure, on ne va pas non plus rouspéter).

De plus, Ford s’essaie à différentes techniques dont les éclairages, et on assiste à un bel effet de champ/contre=-champ qui voit Raymond Hitchcock ouvrir sa porte (champ) et sortir de sa chambre (contre-champ) d’une manière formidablement fluide. Un exploit.

Et comme nous sommes dans le registre de la comédie, on a beaucoup de plaisir à voir le duo Callahan & Callahan évoluer : ce sont eux les véritables ressorts du comique, dansant, sautant et plaisantant, avec en point d’orgue la préparation du punch de mariage avec les flacons du charlatan… Un poème !

 

Quant à la roche Tarpéienne dont je parlais en ouverture, c’est Brashingham dont le talent va de pair avec une fatuité démesurée qui, d’une certaine façon, y sera précipité. Bien fait !

 

 

  1. « Arx Tarpeia Capitoli proxima. »
  2. Plutôt plus, c’est une comédie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Drame
La Couleur pourpre (The Color purple - Steven Spielberg, 1985)

Ce sont deux jeunes filles, deux sœurs, à peine sorties de l’enfance, qui courent dans un champ de fleurs. Elles rient, elles s’amusent : elles s’aiment. Elles sont noires, nous sommes dans le Sud, en 1909.

Mais quand elles sortent du champ, la plus âgée nous découvre son ventre trop rond pour une si jeune fille.

Elle s’appelle Celie (Desreta Jackson), et elle est enceinte de son père : à la mort de sa mère, elle l’a remplacée.

C’est son deuxième enfant, et comme l’autre, il va lui être enlevé.

Puis elle épouse – contre son gré cela va de soi – Albert « Mister » Johnson. Ou plutôt, c’est lui qui épouse Celie parce qu’il n’est pas autorisé à épouser la belle Nettie (Akosua Busia).

Celie quitte un enfer pour un autre.

 

Absolument magnifique.
Encore une fois, Spielberg nous étonne là où on ne l’attendait pas. En effet, la critique fut dure avec lui, reprochant d’avoir fait lui, un homme blanc, un film noir (1). Comme si on n’avait jamais fait ça ! La critique a la mémoire courte : cette année, nous pourrons célébrer la sortie du film Hallelujah! de King Vidor (2).

Toujours est-il que Spielberg nous démontre une nouvelle fois qu’il est =véritablement un réalisateur universel et humaniste.

Et si le film est aussi beau, c’est aussi grâce à celles et creux qui jouent dedans, Whoopi Goldberg en tête, bien sûr, mais aussi Danny Glover pour une fois dans un rôle de méchant (2), Margaret Avery (Shug Avery, la chanteuse), cette femme trop libre dans une Amérique encore bien cloisonnée, sans oublier Oprah Winfrey qui campe une Sophia inoubliable.

 

Bien sûr, Whoopi Goldberg fut la révélation. Et quelle révélation ! Elle est absolument magnifique dans ce rôle de fille puis femme laide – alors qu’elle ne l’est pas du tout – délaissée même par son mari qui lui fait son affaire faute de mieux, mais qui court retrouver celle qu’il adore, Shug Avery.

Elle sait susciter les larmes mais aussi le rire, ou tout du moins le sourire à chaque fois avec cette même Shug en toile de fond : quand Johnson s’habille pour aller écouter et retrouver la chanteuse ; quand ce même Johnson lui prépare à manger.

 

D’une manière générale, ce film en plus de traiter un aspect de la question noire dans la première moitié du 20ème siècle, est un film plutôt féministe. Ces trois femmes sont à leur façon admirable.

Si Celie est réservée et au bout du compte pas bien différente d’une esclave, Shug et Sophia sont très différentes, mais incarnent chacune un exemple de ce qu’est une femme libre.

D’un côté Shug, la « pécheresse » comme dirait son père le pasteur (John Patton Jr.), qui a autant d’enfants qu’elle a eu d’hommes, qui chante le blues avec une voix qui peut être indifféremment cristalline et haute ou chaude et grave, et qui mène Albert du bout du nez.

De l’autre Sophia, une femme volontaire, qui ne se laisse pas faire dans tous les domaines : chez elle – Harpo (Willard E. Pugh) son mari,  en fait les frais – comme en extérieur, quand elle refuse de devenir la servante de Miss Millie, la femme du maire (Dana Ivey).

Cette dernière arrivera tout de même à l’avoir comme servante, mais dans quelles circonstances !

C’est d’ailleurs la seule incursion des Blancs dans le film : une meute vocifératrices qui s’en prend à Sophia avant qu’elle soit envoyée en prison ; puis Miss Millie, pathétique (tout comme la scène) devant ces gens « de couleur » qu’elle a « toujours soutenus » mais que finalement elle n’apprécie pas tant que ça.

 

Et Celie va apprendre de ces deux femmes, allant jusqu’à prendre ce qui chez elles lui manque. Son réveil donne alors une autre dimension à cette femme, la rendant extraordinairement forte et sure d’elle-même. Son imprécation à Johnson devient le dernier stade avant sa véritable libération, une véritable révélation pour elle comme pour les autres. Et cette énergie va revenir vers celles qui l’oint aidée, amenant une fin flamboyante où Spielberg referme méticuleusement tous les tiroirs des différentes intrigues et sous-intrigues.


Si Celie et Sophia ont largement gagné leur salut (4), il n’en va pas de même pour les autres. Celui de Shug viendra là encore avec beaucoup de grandeur et surtout d’émotion, quant à Johnson, lui aussi sera sauvé, mais d’une autre façon que je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait.


Alors oui, Spielberg a fait un film de Noirs, avec des Noirs, mais comme toujours pour tous : parce que cette histoire est universelle et on ne doit pas s’arrêter à la couleur de la peau quand parle de la misère (physique ou/et morale) ou de la quête du bonheur (5). Et encore plus quand on fait un film : qu’on soit devant ou derrière la caméra.

Je terminerai en citant ce qui était sur l’affiche originale, et qui rejoint cette idée d’universel : « it’s about life. It’s about love. It’s about us. » (6)

 

  1. Entendre : un film avec des Noirs.
  2. Ainsi que le moins connu Hearts in Dixie de Paul Sloane.
  3. Il récidivera cette même année dans Witness de Peter Weir.
  4. Ah, la rédemption, cette pierre d’achoppement du cinéma américain…
  5. Qui, je le rappelle est impossible tant qu’on n’est pas libre.
  6. « Ca parle de la vie. Ca parle de l’amour. Ca parle de nous. » C’est beaucoup moins racoleur que l’affiche française.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Nigh, #Policier
The mysterious Mr. Wong (William Nigh, 1934)

Il est dit que les 12 pièces d’or de Confucius ont été données par le maître à ses douze amis les plus proches.

Il est dit aussi qu’un jour ces douze pièces seraient à nouveau réunies et que le possesseur serait alors propriétaire d’une très grande province chinoise.

Et depuis quelques temps, des meurtres ont lieu à Chinatown, et le nom de Mr. Wong circule. Mais qui est cet homme si mystérieux ?

Le reporter Jay Barton (Wallace Ford) enquête.

 

Tout d’abord, attention : il ne faut pas confondre ce Mr. Wong avec son homonyme le détective qui sera interprété par Boris Karloff, à partir de 1939.

Ici, Mr. Wong est un personnage maléfique, et c’est bien normal puisque c’est Béla Lugosi qui l’interprète, avec son surjeu habituel.

 

La Chine a toujours fasciné les metteurs en scène – et le public – occidentaux. Nombre de films traitant de la Chine mais surtout de ses ressortissants ont émaillé le cinéma muet. On retrouve presque toujours le même genre d’intrigue où le Chinois le plus important est un homme cruel et sans scrupule, toujours en quête d’une mauvaise action ou de desseins inavouables (1).

Et Mr. Wong n’échappe pas à la règle.

 

Physiquement tout d’abord, Mr. Wong est un homme âgé aux moustaches fines et tombantes, habillé d’un costume traditionnel. C’est un homme qui sourit presque tout le temps et qui s’exprime dans un américain avec un accent très prononcé, et abusant d’un tic de langage : « maybe » (2) qu’il répète à l’envi dans ses phrases.
Mais surtout, c’est un homme cruel qui possède dans les fondations de sa maison une salle de torture que nous ne faisons que voir en partie, laissant notre imagination créer le reste : un pilori particulier, un brasero rougeoyant (3), des chaînes… Bref, tout ce qu’il faut pour faire avouer n’importe qui.

 

En face, nous trouvons donc le « journaliste courageux qui est plus malin que les policiers ». Il trouve des indices malgré la fouille minutieuse des forces de l’ordre, et surtout, il met à jour tout seul l’organisation de Wong. D’une certaine façon, on pourrait lui trouver une parenté avec un autre illustre reporter né en Belgique voilà 90 ans, seul véritable rival du général De Gaulle.

Mais Barton n’est pas Tintin, et la présence à ses côtés de la belle Peg (Arline Judge) l’atteste : chez Tintin, peu de femme, surtout à prendre dans ses bras.

Quant à la police, elle est représentée par l’officier McGillicuddy (Robert Emmett O’Connor), aussi irlandais que son interprète, gros et gourmand mais surtout un peu idiot. Malgré tout, son rôle n’est pas complètement ridicule, puisqu’il permet – bien malgré lui – à ses collègues de retrouver Mr. Wong.

 

Alors rien de bien nouveau ? Non, bien sûr, il s’agit d’un petit film de divertissement, où les ficelles sont très grosses bien sûr, mais aussi où le rôle des Chinois est plutôt dégradant. Seuls deux personnages sont positifs : Chan Fu (Luke Chan) et la belle Moon Flower (Lotus Long), la propre nièce de Wong. Le sort de cette dernière ne laisse aucun doute quand on voit Wong se préparer à la retrouver.

 

Bref : un film à voir, ou pas.

 

PS : William Nigh avait déjà tourné une « chinoiserie » : Mr Wu avec Lon Chaney dans le rôle titre. Il est bien clair que Béla Lugosi n’est pas le grand Lon.

 

  1. Chez Fritz Lang aussi,  dans Die Spinnen (1919)
  2. Peut-être
  3. Bien sûr, le film est en noir et blanc, mais on comprend bien que le braséro est allumé, surtout que Wong en sort un brandon pour un de ses « pensionnaires ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #Catastrophe
Les Dents de la mer (Jaws - Steven Spielberg, 1975)

 

Mythique autant que culte.

Le film de Spielberg – son troisième long métrage en comptant Duel – est passé avec le temps à un niveau inimaginable lors de sa sortie.

Certes, ce fut un événement quand il fut présenté et il y avait de quoi !

A moins de 30 ans Spielberg prouve qu’il est un cinéaste majeur. Et ce en changeant encore une fois de thème : après Le road-movie et la cavale (autre road-movie d’une certaine façon), c’est à l’épouvante qu’il se mesure.

Et il faut dire que près de 45 ans après, le film n’a pas beaucoup vieilli, si ce n’étaient quelques objets technologiques, mais ce n’est vraiment pas le plus important.

 

Non, le plus important, c’est cette maîtrise cinématographique qui baigne ce film. EN effet, Spielberg alterne les différentes prises de vue et donc les points de vue – les humains d’un côté et la bête de l’autre – amenant un suspense incroyable, lui-même renforcé par une bande originale elle aussi devenue culte. (1) Ou pas.

En effet, à différents moments, si la musique augmente la menace qu’est le requin, les moments de silence &accentuent beaucoup plus l’insécurité des personnages.

Le moment où Hooper (Richard Dreyfuss) plonge près d’un bateau à la dérive a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête.

Sans parler de la bête elle-même, un « 25 pieds », dit Quint (Robert Shaw).

 

Bien sûr, tout commence paisiblement sur l’Ile d’Amity, où une nuit, une bande de jeunes squatte la plage. Parmi eux, Chrissy Watkins (Susan Blacklinie) et un jeune homme s’écartent pour se baigner nus. Bien sûr, la musique s’enclenche et la jeune femme est sauvagement tuée pendant que le jeune cuve.

Plus tard, on retrouve les restes de la jeune femme et le cauchemar commence. Avec en prime l’aspect désastreux pour le commerce poussant le maire Vaughn (Murray Hamilton) à minimiser l’incident, devant le chef de la police Brody (Roy Scheider) effondré devant une telle attitude irresponsable.

C’est à partir de là que tout devient possible et Spielberg ira jusqu’au bout de l’horreur. Un enfant emporté par la bête dans un bouillon d’écume et de sang, un bout de bras ou encore un  morceau de jambe nous sont montrés, sans oublier la mort terrible d’un des personnages principaux (3).

 

Bref, c’est du grand spectacle et on a toujours plaisir à revoir ce film. Et les suites qui ont été faites dans les années suivantes ne sont qu’une (très) pâle copie. La seule réjouissance qu’on peut trouver autour du film, c’est celui de Joe Dante trois ans plus tard : Piranhas. Non seulement il reprenait le même canevas, mais en plus il avait la bénédiction du maître.

Bien sûr, Spielberg lui-même sera capable de s’auto-parodier dans 1941 : la baigneuse du début est toujours aussi nue, mais surtout, c’est la même actrice !

 

 

  1. Le journal télévisé d’une chaîne français s’en est servi en le modifiant légèrement, donnant au téléspectateur une impression d’insécurité. Bref, ça ressemble à de la manipulation.
  2. Un petit peu plus de 7,6 mètres, mais à cette taille-là, on n’est pas à deux centimètres  près.
  3. Je ne vous dirai pas qui : si vous avez vu le film, vous savez de qui je parle, si non, précipitez-vous sur ce chef-d’œuvre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Isabelle Mergault, #Michel Blanc, #Comédie
Je vous trouve très beau (Isabelle Mergault, 2005)

Aimé Pigrenet (Michel Blanc) est un agriculteur de la Drome, qui vit avec sa femme Huguette (Agnès Boury) dans une petite ferme où on trouve des vaches, des poules et un lapin de concours.

Un jour, la trayeuse automatique rend l’âme, tout comme sa femme dans l’incident.

Seul, il n’arrive pas à assurer le travail de la ferme avec le travail ménager.

Il passe alors par une agence matrimoniale qui lui propose des femmes de Roumanie.

 

« Je vous trouve très beau », c’est ce que disent les « candidates » roumaines pour encourager ce prétendant venu de l’Ouest, quasiment la seule phrase de français que connaissent les jeunes femmes.

Bien entendu, cette réplique s’accorde mal avec Aimé qui, s’il n’est pas une référence de beauté, n’est pas non plus désagréable. Et puis surtout, c’est Michel Blanc, alors on ne peut douter de son charme.

Mais Aimé est avant tout un paysan qui ne vit que pour sa terre et ne s’accorde que très peu de distractions. Et la femme qu’il cherche n’est pas vraiment une compagne mais plus une nouvelle paire de bras pour l’aider.

Son passage à l’agence matrimoniale est tout à fait caractéristique de son état d’esprit : il veut une femme qui sait s’occuper d’un intérieur, surtout après la mésaventure de la machine à laver qui ne recèle pas seulement un trop-plein de mousse (1).

 

D’une manière générale, Aimé ne connaît pas les femmes. On peut même se demander comment il a pu un jour se marier. Mais pourtant, il ramène de Roumanie la belle Elena (Medeea Marinescu), la seule à ne pas l’avoir trouvé beau.

Entre les préjugés d’un autre temps (2) et sa maladresse à s’exprimer, l’arrivé&e en France n’est pas bien rose pour la jeune femme.

Mais surtout, Aimé devient jaloux des autres hommes qui se mettent à graviter autour de cette jeune femme qui a besoin d’autre chose que d’être une paire de bras.

Bref, Aimé devient amoureux.

 

Et c’est là que s’exprime pleinement le talent d’Isabelle Mergault. De cet homme fruste voire primaire, elle fait un gentleman magnifique, capable de tout pour cette femme qu’il trouve lui, très belle.

Cette transformation amène une émotion, portée par ce duo improbable (3), et on ne peut que se réjouir de ce couple qui va se perdre avant de se retrouver.

Michel Blanc est grandiose, ce qui n’est pas une surprise, quant à Medeea Marinescu, elle fait passer dans son visage toute sorte d’émotions qui contrebalancent sa maîtrise approximative du français.

Autre personnage important du film : Antoine (Benoît Turjman), un innocent comme on les appelait autrefois. Antoine est un jeune homme qui ne parle pas, mais est malgré tout capable de communiquer avec Elena, lui adoucissant son séjour avec ce vieux râleur d’Aimé. Ce sont des petites touches qu’il apporte à l’histoire, renforçant l’émotion, ou plutôt la révélant : si Elena s’épanouit avec Antoine, c’est avant tout parce que ce dernier – qui ne parle pas – est naturel. A aucun moment, Antoine ne cherche quelque chose d’Elena. Et c’est ce qui manque à Aimé : une forme de sincérité.

 

Et quand Aimé va enfin comprendre, bien sûr, il sera trop tard. Mais cet échec deviendra alors une réussite, Aimé se transcendant pour la jeune femme quand cette dernière a pris la résolution de partir.

Ce n’est pas grand chose (4), mais ça fait toute la différence : c’est très certainement la plus belle preuve d’amour qu’il pouvait lui offrir, au-delà des mots qu’il pourrait lui dire (ce qui n’est pas son fort, quoi que…).

En effet, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils vont à l’encontre de ce que l’on peut penser.

 

Au final, ce film est une comédie, une comédie subtile, dans son acception première (ça se termine bien), mais c’est avant tout une très belle histoire d’amour.

 

 

PS : A noter la présence d’une doyenne du cinéma français, Renée Le Cam qui a fêté ses 100 ans en septembre dernier…

 

  1. Si vous avez vu le film, vous savez de quoi je parle. Les autres, courez le voir !
  2. Vraiment d’un autre temps ?
  3. Pas si improbable, au final.
  4. Ca dépend des ponts de vue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steve McQueen, #Histoire
12 Years a slave (Steve McQueen, 2013)

Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) est un violoniste talentueux, qui vit paisiblement avec sa femme et ses enfants à Saratoga, dans l’état de New York.

Contacté par deux hommes de spectacle, il part en tournée avec eux. Malheureusement pour lui, un soir où il a trop bu, ces deux hommes le livrent comme esclave, puis il est envoyé en Géorgie. Et pendant douze longues années, il va passer de propriétaire en propriétaire jusqu’à ce que la Justice le ramène vers la vie qu’on lui avait ôtée.

 

Il y a aux Etats-Unis une plus grande conscience des responsabilités de l’état face à ses citoyens, ce qui amène une production cinématographique riche voire essentielle pour aborder certains thèmes honteux voire inhumains que le pays a pu connaître pendant son existence. L’esclavage en fait partie, et depuis Racines (1978), on n’a pas eu souvent l’occasion de saluer un tel travail.

Je ne dis pas que rien ne fut tourné ni écrit pendant trente-cinq ans, je pense qu’il n’y a pas eu énormément d’œuvres aussi fortes que ce film.


Steve McQueen (rien à voir avec l’autre) signe ici son troisième film, mais surtout, il est absolument magistral.

Chiwetel Ejiofor est tout bonnement magnifique dans le rôle de cet homme libre spolié de sa liberté et, plus important, de sa vie.

C’est une longue descente aux enfers qui s’impose à lui, de la manière la plus terrible qui soit : privé de sa liberté et de ses droits, il devient un animal dont on peut disposer à sa guise, avec droit de vie ou/et de mort.

 

Le premier propriétaire est un personnage ambigu comme le proposait beaucoup de ces mêmes gens pendant la période esclavagiste : William Ford (Benedict Cumberbatch) est un maître plutôt humain même si malgré sa piété il ne songe pas à un seul instant à libérer ses esclaves. Il prend soin d’eux certes, mais il n’a pas l’intention de changer quoi que ce soit : quand Northup devient une menace pour sa vie – il l’a sauvé d’une pendaison – il préfère se débarrasser de lui en l’envoyant chez un autre propriétaire. Et du fait de l’incident, Ford a du mal à trouver un volontaire pour le reprendre.

 

Et c’est avec ce nouveau propriétaire – Edwin Epps (Michael Fassbender) – que la situation va grandement empirer. Epps est terrible, et d’une grande cruauté, attisé par un conflit avec sa femme qui ne supporte pas que son mari couche avec la jeune esclave Patsey (Lupita Nyong'o). C’est d’ailleurs ce conflit qui amènera Solomon à une extrémité inimaginable auparavant : c’st lui qui est sommé de fouetter la jeune femme pour la punir.

C’est un moment d’autant plus terrible qu’il se met, malgré lui, du côté des bourreaux. Sa réaction à cet abaissement en est d’autant plus terrible : il va détruire son violon, le seul lien qu’il lui restait avec sa vie libre, et sur lequel il avait gravé les noms de sa femme et ses enfants. Cette destruction est d’une certaine façon le prix à payer pour pouvoir un jour s’en remettre (1).

 

C’est en plus une belle histoire vraie que nous propose McQueen, en prenant le temps de montrer et de faire ressentir ce qu’il se passe. A aucun moment il p&asse rapidement sur quelque chose. Parce que tout a son importance, et tout nous ramène au récit de Solomon dont est tiré le film. Et à moins de manquer cruellement d’empathie, on ne peut rester insensible au sort de ces pauvres esclaves qui avaient le seul tort d’être noirs.

Et il est servi par une interprétation toujours juste, que ce soit du côté des gentils que du côté des méchants. Bien sûr, Michael Fassbender est lui aussi magistral dans le rôle de cet homme qui n’a plus d'humain que l’apparence, niant une quelconque humanité dans ce qu’il considère comme du bétail. Et l’intervention du charpentier Bass (Brad Pitt avec une belle barbe) est on ne peut plus révélatrice de cette mentalité esclavagiste qui était largement répandue dans le Sud américain. Mais pas seulement puisqu’aujourd’hui encore des pays pratiquent la traite des esclaves.

Bien sûr, devant une telle attitude, on comprend pourquoi la Guerre de Sécession (2) a eu lieu : avec le best-seller d’Harriet Beecher Stowe (La Case de l’Oncle Tom) les Nordistes purent se rendre véritablement compte des effets on ne peut plus néfastes de l’esclavage. Et la première séquence qui nous présente les Northup dans Saratoga est claire : Solomon est respecté et même apprécié par ses concitoyens. C’est un homme qui avait une vraie vie et non un éternel supplice qui recommençait chaque jour.

 

Et l’une des scènes les plus terribles du film – à mon avis – n’est pas celle des différents fouettages (sauf le dernier, voir plus haut) mais le moment où Solomon est sauvé par Chapin (J.D. Evermore) de la pendaison mais pas pour autant délivré : il reste un long moment sur la pointe des pieds, à sans cesse chercher la meilleure position pour  pouvoir respirer et donc survivre. Cette séquence est d’autant plus terrible qu’on y voit les autres esclaves vaquer à leur quotidien sans même adresser un regard à Solomon. Même Chapin, qui l’a pourtant sauvé ne fera rien pour le détacher et soulager sa situation. Seule une jeune esclave viendra lui offrir de l’eau, avant l’arrivée de Ford qui le libèrera.

 

Cette séquence est aussi très représentative de la façon de filmer de McQueen. Il prend son temps à bon escient, ne laissant aucun détail au hasard, cette longueur des plans s’accordant parfaitement avec la souffrance des esclaves : le temps n’est pas perçu par tous de la même façon, mais surtout, la situation distend cette notion. En effet, une situation pénible nous fait trouver le temps long, alors qu’un moment heureux a tendance à le raccourcir. Mais ici, chaque situation est pénible pour Solomon et les autres.

Et jusqu’au dernier gros plan de Solomon (au moment de retrouver sa liberté), ce rythme pertinent est maintenu : c’est à ce moment qu’on prend conscience du temps qui a passé : ses traits sont marqués, mais surtout ses cheveux ont blanchi aux tempes.

 

Libre certes il l’est, mais avec le sentiment d’avoir perdu une grande partie de sa vie, comme le montrent les retrouvailles finales.

 

 

PS : Le titre du roman dont est tiré ce film s’intitule 12 Ans d’esclavage.

Il semble que les traducteurs qui sont si prompts à nous proposer des titres fantasques ne soient pas capables d’une traduction aussi littérale. Mais ceci est une autre histoire.

 

PPS : Chiwetel Ejiofor retrouvera Benedict Cumberbatch trois ans plus tard (et je pense pour quelques années encore) dans Doctor Strange.

 

  1. Toujours cette même Rédemption.
  2. Pour ma part, je préfère parler de « Guerre Civile »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Raoul Walsh
The lucky Lady (Raoul Walsh, 1926)

Cette femme chanceuse ne l’est pas tant que cela. En effet, la princesse Antoinette (Greta Nissen) élevée chez les sœurs, est rappelée dans son petit état, le San Guido. Le San Guido a pour source de revenus quasiment exclusive le casino et ses joueurs (1).
Elle doit revenir parce que la révolte gronde et la république menace de s’installer. Les conseillers de la monarchie – qui sont aussi propriétaires du casino – ont décidé de marier la princesse au grand-duc Ferranzo (Lionel Barrymore), joueur malchanceux s’il en est (1,5 million de dettes), et surtout grand amateur de femmes plus ou moins légères.

Bien sûr, elle n’en a pas envie, surtout qu’elle a fait la connaissance d’un Américain de passage dans sa principauté : le beau Clarke (William Collier Jr.), qui a révisé ses jugements quant à la beauté des femmes en apercevant la belle princesse.

 

 On aura tout de suite reconnu Monaco derrière cette principauté au casino tant couru, et dont les gardiens ne sont pas sans rappeler les militaire de la véritable enclave princière. De plus, la monnaie est le franc. Quatre ans après Foolish Wives, nous retournons donc là-bas, mais pour une histoire beaucoup plus légère.

 

On sent que Raoul Walsh s’est amusé en tournant cette histoire mélodramatique mais surtout comique. Rien n’est bien sérieux dans cette histoire, et c’est d’ailleurs un plaisir de revoir Lionel Barrymore faire rire, ce qui n’était pas très souvent le cas.

Et chose étonnante, le « méchant » de l’histoire (2) qui n’est autre que Marc McDermott ne meurt pas avant la fin. Ni d’ailleurs dans le reste du le film.

 

On retrouve chez la princesse une véritable héroïne de Walsh de par ses attitudes et sa mentalité.

Elle a beau sortir du couvent, on n’y croit pas une seconde : déjà, elle y est une pensionnaire dissipée, mais surtout, sa prestation en L’il’ Toni nous fait croire qu’elle n’a absolument rien appris de son passage au couvent. En effet, pour dénoncer le contrat de mariage qu’elle a dû signer avec Ferranzo, elle crée cette femme sulfureuse pour séduire le grand-duc et ainsi se libérer de ce pesant engagement.

 

Toni n’a absolument rien d’une princesse, mais plutôt une femme moderne telle qu’on en trouve aux Etats-Unis à la même époque. Elle n’a peur de rien et surtout pas de ce vieux coureur, et joue avec adresse ce rôle de femme fatale. Et là encore, on sent que tout le monde s’amuse sur ce film.

Et tout comme Antoinette, Clarke est lui aussi un pur héros walshien. Il est courageux et prêt à tout pour atteindre son but, même s’il semble absolument inaccessible : vous imaginez, une princesse avec un acteur…

 

Une princesse avec un acteur peut-être pas, mais un prince avec une princesse…

C’est arrivé trente ans après la sortie du film, presque jour pour jour.

 

Alors finalement, cette histoire n’est pas si absurde que ça. !

 

  1. J’aurai pu ajouter « malchanceux », mais dans un tel lieu ça tend vers le pléonasme.
  2. Ce n’est pas un criminel ni un salaud de quelque espèce, mais tout bonnement un homme d’affaires.

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