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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Guillermo del Toro
Crimson Peak (Guillermo del Toro, 2015)

« Les fantômes existent. »

Une femme. Seule. Blessée.

Elle se souvient.

Elle nous raconte.

Sa vie. Son père. Son amour. Son mariage. Son mari... Et sa sœur.

 

Comme pour Le Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro commence par la fin : quand l'histoire commence, tout a déjà eu lieu.

Alors on revient en arrière pour voir comment on en est arrivé là.

Comme pour Pan, le paranormal a une grande importance.

Ce ne sont que fantômes qui s'introduisent dans la vie de la jeune Edith Cusher (Mia Wasikowska), pour la prévenir, pour la protéger, pour l'effrayer. Ne pas s'approcher de Crimson Peak. Jamais.

Mais la propriété de son mari Tom Sharpe (Tom Hiddleston), Allerdale Hall d'où l'on extrait de l'argile rouge, prend pour nom, quand la  neige s'installe, Crimson Peak.

Quand Edith l'apprend, bien entendu, il est trop tard...

 

C'est ce qu'on appelle un film d'horreur. Mais cela va plus loin. Il y a quelque chose de malsain dans ces personnages qui surgissent de nulle part - Tom Sharpe et sa sœur Lucille (Jessica Chastain) - et qui investissent la vie d'Edith (Rassurez-vous, on apprend ce que c'est).

Mais, comme d'habitude, c'est surtout un film d'atmosphère. Et Del Toro prend son temps pour mettre en place une situation de malaise pour Edith comme pour le spectateur. Peu de musique pour soutenir les moments forts ce qui les rend encore plus angoissants. Les mouvements de caméra sont lents et pertinents. Le malaise et la peur s'installent dès le début, sous forme de prémonition. A peine le jeune homme (Tom) est-il introduit que les phénomènes paranormaux commencent. Ils ne se termineront qu'avec le film. Et là encore, on a du mal à discerner le vrai du faux, la réalité du fantasme [N'oubliez pas que « fantasme » et « fantôme » ont la même étymologie...].

 

L'intrigue se situe au Tournant du siècle (1901), à une période où le monde bascule totalement dans la modernité. Les manifestations paranormales sont les derniers témoignages obscurantistes d'un monde en voie de disparition, avant la nouvelle poussée rationnelle, pragmatique et terrible du XXème siècle.

Et en plus, l'esprit de Kubrick plane sur le film : les références à Shining sont nombreuses :

- Crimson Peak est un lieu isolé, loin du monde (quatre heures de marche) ;

- Edith reçoit une balle (celle du chien) qui vient de nulle part, alors que la prise de vue fait penser à un couloir ;

- Un cadavre de femme sort d'une baignoire ;

- Le moment choisi pour s'enfuir de Crimson Peak coïncide avec une formidable tempête de neige.

 

L'autre référence est le conte de Perrault : La Barbe Bleue. En effet, cette nouvelle épouse n'a pas accès à toutes les pièces de la maison. Certaines sont interdites car dangereuses ou annoncées telles. Mais surtout, c'est quand elle met la main sur la clé d'un lieu interdit que la référence est encore plus claire. A partir du moment où elle visite l'espace prohibé, elle acquiert la connaissance et doit donc mourir. Et cette fois-ci, pas de sœur Anne pour voir venir du secours...

 

Mais avant tout, ce film est une magnifique illustration du roman gothique, cette forme littéraire qui mêle l'amour et le macabre dans des lieux inquiétants très en vogue dans la fin du XVIIIème siècle en Angleterre. Ici, nous sommes en plein dans cette forme. Le manoir avec son architecture, cette histoire d'amour singulière et les interventions récurrentes des esprits torturés contribuent à donner à ce film non seulement une atmosphère, mais surtout un genre.

 

Une réussite.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #Stanley Donen, #Audrey Hepburn
Drôle de Frimousse (Funny Face - Stanley Donen, 1956)

« Bonjour Paris ! » (en français dans la version originale)

C'est par ces mots que le trio vedette du film, Dick Avery (Fred Astaire) - Jo Stockton (Audrey Hepburn) - Maggie Prescott (Kay Thompson), découvre la capitale. On remarque d'ailleurs que c'est Audrey Hepburn qui le dit le mieux !


C'est une succession de prises de vue un tantinet passées - de véritables cartes postales - qui défilent devant nos yeux, un Paris pour touristes, coloré et joyeux.

Ca chante, ça danse, ça ondule... C'est (encore) un festival pour les yeux.

Maggie dirige LE magazine de mode américain Quality. Elle cherche une nouvelle tendance. C'est son photographe vedette - Dick Avery - qui la lui trouve, suite à une séance chaotique dans une librairie : Jo.

Jo est une philosophe empathique, mais a ce qu'on appelle un visage curieux, d'où le titre. Mais surtout, Jo, c'est Audrey Hepburn, alors tout est permis.
Contre un voyage à Paris, elle accepte de jouer les mannequins pour la nouvelle collection du couturier Paul Duval (Robert Flemyng). Parce qu'à Paris, elle pourra rencontrer le célèbre professeur d'empathologie (je sais ça n'existe pas, mais quel joli terme !) Emile Flostre (Michel Auclair).

 

Oui, c'est une histoire improbable. Oui, il n'y a rien de réaliste. Et oui, on se moque des courants de pensée français, issus ou non de Saint-Germain des Prés ou de l'existentialisme. Mais comme dit Fillon : « Et alors ? »

Ce film est un enchantement pour le spectateur. Cette mode artificielle est prétexte à mettre en valeur deux magnifiques stars : Fred Astaire et Audrey Hepburn.

Fred Astaire danse toujours aussi merveilleusement : son numéro de danse du parapluie (fermé) n'est pas sans rappeler celui de Gene Kelly quatre ans plus tôt avec le même Stanley Donen (Chantons sous la Pluie). Pourtant, il a déjà cinquante-six ans passés !

Et Audrey est dans un rôle sur mesure : elle défile, mannequin éternel et international. Elle a le chic, et puis c'est tout. Elle est belle, et intelligente, elle chante et elle danse. On est à l'opposé de Marilyn Monroe, cantonnée dans des rôles de belle idiote (ce qui n'enlève rien au talent de Mademoiselle Monroe !). Elle est profonde, elle réfléchit... Mais ça ne l'empêche pas de tomber amoureuse de Dick !


Et puis il y a Paris. Alors que Vincente Minelli faisait danser Gene Kelly dans une capitale recréée en studio (Un Américain à Paris, 1951), Donen a carrément emmené tout son petit monde sur place, tournant même dans quelques endroits prestigieux, le Louvres et l'Opéra Garnier entre autres. Mais plus que les lieux, c'est la description des parisiens qui vaut le détour :

- Des gens accueillants, souriants et insouciants pendant que le trio susnommé découvre Paris ;

- Une femme qui insulte son amant, qui se prend une gifle et s'écrie « Chéri ! » en lui sautant au cou ;

- Les milieux intellectuels où une femme chante une chanson noire, désespérée, avec des accents qui ne sont pas sans rappeler Fréhel ou même la môme Piaf ;

- Et la mode, Paris devenant le carrefour mondial pour une nouvelle collection prestigieuse.

 

Alors on se laisse emporter dans ce Paris de carte postale, et on savoure, avec Audrey Hepburn, tous les moments de cette escapade française...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Rupert Sanders
Ghost in the Shell (Rupert Sanders, 2017)

Cogito ergo sum. « Je pense donc je suis », disait Descartes.

Mais est-ce le fait de penser qui nous fait être, ou plutôt le fait d'être qui nous amène à penser ?

C'est la question sous-jacente du film de Rupert Sanders, et aussi le dilemme que doit affronter Mira « Major » Killian (Scarlett Johansson) dans cette aventure singulière.
En effet, dans un futur (pas si) proche, on a greffé un cerveau humain à un androïde : cette conscience humaine étant l'esprit (en anglais « ghost ») dans la coquille (en anglais « shell ») vide qu'est la structure d'un androïde. Et la greffe a réussi. Mira est donc maintenant « Le Major », un élément on ne peut plus fiable des forces de police d'une ville japonaise (Tokyo ?). Mais c'est avant tout une arme redoutable, conçue par Hanka, un complexe scientifique aux desseins nébuleux, voire bien noirs.

 

Le film repose sur la dualité de Mira : est-elle robot - elle n'est qu'un assemblage de tissus de synthèses et de processeurs cybernétiques - ou est-elle humaine - son cerveau est le seul héritage de sa vie d'avant - ?

Nous avons une heure quarante-sept pour répondre à cette question, dans un flot d'action, d'effets spéciaux et de Scarlett Johansson.

N'ayant pas lu le manga originel, je ne parlerai donc pas de son adaptation, ce qui me permet plus facilement de me concentrer sur l'aspect cinématographique du film, n'ayant pas à maudire l'adaptation de cette BD japonaise. Je n'ai pas eu à déplorer tel ou tel aspect du livre qu'on ne retrouve « pas comme il faudrait » ou « pas du tout ».

D'un point de vue du spectacle, on n'est pas déçu, ça tire, ça frappe, ça court dans tous les coins, et mise à part la transformation en être invisible qui peut laisser à désirer - « on se croirait revenu vingt ans en arrière », me disait mon ami Farid - ça fonctionne.

Sauf quand le vieux policier (Takeshi Kitano) - le vieux sage incontournable de la mythologie japonaise - se met à parler : il est le seul à s'exprimer en Japonais ! Certes, il est le seul des personnages principaux qui est japonais. Mais tout de même, ses interventions en langue nippone sont totalement déplacées, voire parasitent le film. Quel est l'intérêt de le faire parler en japonais ? On a bien compris que cette ville (voir plus bas) ne peut pas être américaine : ses habitants sont tous d'origine extrême orientale (sauf les personnages principaux moins le vieux flic), et de nombreuses inscriptions en idéogrammes émaillent le paysage urbain. Mais ce vieux flic qui ne parle qu'exclusivement japonais, non, ça ne va pas. Il n'y a aucune pertinence, tout comme quand la mère de Motoko s'exprime, c'est avec un accent du crû qui n'apporte absolument rien à l'histoire.

Dommage.

 

La ville enfin : c'est un croisement de celle de Metropolis et des cités de Blade Runner et Brazil, où s'étalent de gigantesques hologrammes publicitaires. Metropolis pour sa taille, Blade Runner pour son aspect futuriste de consommation, et Brazil pour l'envers du décor. En effet, tant qu'on reste en altitude, on a une vision globale de cette immense métropole consumériste, mais dès qu'on se place en bas, à échelle humaine, on a plus l'impression d'être dans Brazil, tant certains lieux sont sordides. L'intérieur chez la mère de Motoko est une illustration parfaite de cette dualité brazilienne : alors que les constructions sont extrêmement modernes, une fois à l'intérieur, on retrouve un environnement familier (et familial) qui nous est plus proche.

La ville a beau être hyper moderne, les gens sont restés simples et vivent normalement : pour faire du thé, il faut faire chauffer de l'eau, et donc allumer le feu sous la bouilloire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Gangsters, #John McTiernan
Last action Hero (John McTiernan, 1993)

Pompes en croco, flingue à la ceinture, blouson de cuir, cigare au bec : voici le dernier grand héros de film d'action, Jack Slater (Arnold Schwarzenegger).

Il est fort, brave, intrépide et combat les méchants comme pas deux.

Cette fois-ci, il affronte Tony Vivaldi (Anthony Quinn), mafieux inculte, et son homme de main, Benedict (Charles Dance), le tueur à l'œil de verre. Sauf que...

Sauf que c'est du cinéma. La véritable histoire, c'est celle de Danny Madigan (Austin O'Brien), un gamin orphelin de père et qui vit avec sa mère (Mercedes Ruehl). Danny est un mauvais élève : il préfère passer son temps au cinéma, regarder les aventures de son héros, le fameux Jack Slater !

 

Le cinéma a toujours aimé les mises en abîme : une histoire de film dans le film. Chaplin le fit, Keaton aussi... Il y a beaucoup d'exemples. Mais ici, John McTiernan va plus loin : non seulement Danny entre dans le film et y vit les aventures de son héros, mais les personnages de ce même film en sortent ! Jack Slater, un flic un tantinet naïf se retrouve dans la vraie vie et expérimente de nouvelles sensations : principalement la douleur, mais aussi la découverte de la musique classique, lui qui ne carbure qu'au hard rock !

Danny n'en revient pas et vit le film comme un spectateur dans un premier temps. Il sait. Slater non. Et la quête de Danny, amener Jack Slater à sa vérité - ils sont dans un film - amène un décalage savoureux entre Danny qui s'émerveille ou se désole de certains aspects, et Slater (et les autres) pour qui la réalité est le film : leur vraisemblance est celle du cinéma, où tout est faux, les bons triomphent et les méchants sont châtiés.

Et comme on est dans un film sur le cinéma, nombre de références jonchent le film, en particulier celles en rapport avec Schwarzenegger : Robert Patrick, habillé en policier sort de l'hôtel de police, comme dans Terminator 2  (précédé par Sharon Stone échappée de Basic Instinct) ; Sylvester Stallone dans Terminator (normal, dans le monde du film, Schwarzy n'existe pas !) ; et bien entendu le « véritable » Arnold Schwarzenegger, dans son propre rôle, qui aura le privilège de rencontrer son double !

C'est un véritable festival Schwarzy ! Et le principal intéressé s'en amuse : il rend son propre personnage abruti au possible, véritable caricature de  Monsieur Muscle au petit cerveau, au grand dam de sa femme.

Alors bien entendu, on a droit à une formidable film d'action, mais ces références constantes au cinéma détournent l'attention du spectateur, transformant ce film en une brillante comédie. En plus des films précédemment cités, on peut noter la présence d'un hologramme de Humphrey Bogart (en noir et blanc !), Ian McKellen (pas encore Gandalf, mais déjà imposant) jouant le rôle de la Mort dans le Septième Sceau de Bergman et en prime F. Murray Abraham, dans le rôle de Practice, un ami de Slater, dont ce dernier devrait se méfier, car comme le dit Danny : « Il a tué Mozart ! »

Et en face de Slater/Schwarzy, on trouve un Charles Dance dans un rôle de tueur au sang-froid impressionnant : il est d'une méchanceté et d'un cynisme jubilatoires. Son expérience dans le monde réel est un vrai plaisir.

Autre méchant, Anthony Quinn est ridicule à souhait, bouffi d'orgueil, maîtrisant mal la langue anglaise, et agaçant par là-même son homme de main. Une autre réussite.

 

Et puis Schwarzenegger en Hamlet, réglant à sa manière, le cigare au lèvres, les problèmes du château d'Elseneur... Oui, si Jack Slater est le dernier « Action Hero », le premier, c'était bien Hamlet !           

Etre ou ne pas être un « Action Hero »...

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Surréalisme, #Luis Buñuel, #Salvador Dali
Un Chien andalou (Luis Buñuel, 1929)

« Il était une fois... »

Un homme (Luis Buñuel) regarde la lune : elle est traversé par un fin nuage.

L'homme coupe l'œil de la jeune femme (Simone Mareuil) avec un rasoir qu'il a préalablement affuté.

Une substance gélatineuse, visqueuse et translucide s'échappe de l'œil.


La séquence d'ouverture du film est très choquante. Il est clair que les auteurs (Luis Buñuel et Salvador Dali) voulaient interpeller le spectateur. C'est réussi. Cette vision persiste une fois le film terminé. Il s'agit de l'une des ouvertures les plus célèbres du cinéma. C'est aussi la première des deux collaborations de Buñuel et Dali, qui firent leurs études ensemble (avec Federico Garcia-Lorca). Mais il s'agit avant tout du premier film estampillé surréaliste.

Puisque le surréalisme puise - entre autre - son inspiration dans le rêve, Dali et Buñuel nous offrent un rêve, où l'amour et la mort se côtoient. Et aucun chien, d'Andalousie ou d'ailleurs...

Il est difficile de raconter le « scénario de Louis Bunuel et Salvador Dali » (comme l'annonce le générique) : il n'y a pas à proprement parler d'intrigue. Ce sont des scènes qui s'enchaînent avec plus ou moins de lien, entrecoupées de cinq intertitres ajoutant de la confusion : « Il était une fois » ; « Huit ans après. » ; « Vers trois heures du matin... » ; « seize ans avant. » ; « au printemps. »

Mais ces intertitres ne veulent rien dire. Ce sont de fausses transitions. « Seize ans avant. », par exemple, est intercalé dans une scène qui se poursuit une fois le carton disparu.

Mais dans ce fatras d'image, on entraperçoit les thèmes qui fleuriront dans les film de Buñuel :

- L'amour : la relation tumultueuse entre cette femme et l'homme (Pierre Batcheff), avec illustration des désirs charnels de l'homme ;

- La mort : un homme meurt dans un coin de  campagne, il est emmené par d'autres promeneurs, cortège funèbre d'un inconnu ;

- Les ecclésiastiques : ils sont attachés à la corde qui tire les pianos, ce sont tout d'abord Salvador Dali et Jaume Miravitlles, puis Dali est remplacé par Marval.

Les transitions d'une image à l'autre se font par l'utilisation de fondus ou de surimpression, voire des retouches d'images (le visage de l'homme sans bouche) ou des incrustations (des poils sur cette même bouche).

Et puis aussi les fourmis de Dali qui agrémentèrent nombre de ses tableaux, qu'on retrouve ici sortant de la main trouée de l'homme.

Il s'agit d'un film très dérangeant. Ce sont des images brutes, sans aucun recul. On prend ce film comme un coup de poing dans la figure et on reste subjugué, se demandant comment cela va finir.

Parce que - bien entendu - ça se finit. Bien ou mal, c'est une question de point de vue, mais certainement pas celui des auteurs. Il ne faut chercher aucune signification, seulement regarder et apprécier (ou non).

Pas étonnant que ce film ait été interdit pendant cinquante ans.

 

C'est une suite d'images choc de seize minutes.

Pas une de plus.

Heureusement.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Lewis Allen
La Falaise mystérieuse (The Uninvited - Lewis Allen, 1944)

1937.

Une maison en bord de mer.

Une maison en bord de falaise.

Une tragédie a eu lieu ici.

 

Pam et Rick Fitzgerald (Ray Milland et Ruth Hussey) découvrent cette propriété et décident de l'acheter. Mais on dit qu'il s'y passe de drôles de choses, que cette maison est peut-être hantée. Quoi qu'il en soit, le commandant Beech (Donald Crisp), le propriétaire, s'en sépare, malgré l'avis de Stella (Gail Russel), sa petite fille. Il faut dire que la mère de la jeune femme y est morte dans de curieuses circonstances quand elle avait trois ans...

 

Plus qu'un film d'épouvante, il s'agit d'un film d'ambiance. C'est l'ambiance qui fait naître la crainte ou l'effroi : la lumière, la musique, le jeu des acteurs. Et puis une maison près d'une falaise des Cornouailles est toujours inquiétante : rappelez-vous Rebecca !

Et pour la lumière, c'est le grand Charles Lang qui est derrière la caméra et nous offre de magnifiques prises de vue. Il y a une utilisation de la lumière - et surtout de l'ombre - extrêmement pertinente. Nombres de contre-jour, d'ombres sur les murs accentuent l'aspect inquiétant de l'intrigue.

L'autre aspect inquiétant de l'œuvre, c'est le côté surnaturel de l'intrigue avec intervention récurrente d'un ectoplasme (rien à voir avec celui du capitaine Haddock !) et différents (rares) effets spéciaux : fleurs qui fanent prématurément, pages qui se tournent... Mais ces effets spéciaux sont très limités, ce qui accentue l'effroi. La plupart des événements cruciaux se passent hors champ, ce qui nous oblige à les imaginer : ils deviennent ainsi plus terribles, l'imagination allant toujours plus loin que la réalité.

Et ces personnages qui ne veulent pas tout dire, dont la troublante Miss Holloway (Cornelia Otis Skinner)...

L'intrigue est certes irrationnelle, mais qu'importe : les personnages sont convaincants et même si la conclusion de cette histoire est prévisible, l'atmosphère mystérieuse est superbement rendue.

Quant à cette falaise réputée mystérieuse par le titre français, on la recherche en vain. Cette falaise ne recèle aucun mystère, ce qui n'est pas le cas de la maison. Je préfère - encore une fois le titre original - The Uninvited - qui pourrait se traduire par « celle qui n'était pas invitée ». Cette traduction est plus en adéquation avec l'intrigue : cette mère qui hante le manoir où sa fille rend visite à ses nouveaux amis. Mais, que voulez-vous, une « falaise mystérieuse », ça intrigue beaucoup plus !

 

Et puis il y a Ray Milland.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Cecil B. DeMille
Carmen (Cecil B. DeMille, 1915)

« Près des remparts de Séville, chez mon ami Lilas Pastia... »

Ces mots tirés de l'opéra de Bizet annoncent le rendez-vous que donne Carmen  à Don José.

Lilas Pastia (Horace B. Carpenter) est un cabaretier de mèche avec les contrebandiers que poursuit Don José (Wallace Reid), nouveau venu dans la ville.

José semble incorruptible, alors Carmen Géraldine Farrar), elle aussi du côté des contrebandiers, décide de le séduire afin de faire prospérer les affaires.

Non seulement elle va le séduire, mais en plus, elle va le rallier à leur cause !

 

Il s'agit déjà de la cinquième version cinématographique de la nouvelle de Prosper Mérimée, déjà adaptée pour l'opéra par Georges Bizet en 1875.  C'est d'ailleurs la musique de ce dernier qui sert de fond musical au film : tous les grands airs de l'œuvre sont présents avec, en prime, un extrait de l'Arlésienne (!) du même Bizet...
Si l'opéra avait pris des libertés avec la nouvelle, que doit-on dire de cette version ?

DeMille ouvre sur le point de vue des contrebandiers (Lilas Pastia), laissant de côté - pour l'instant - Don José, dont Carmen fait partie (ce qui n'est pas une erreur). Mais il s'attache avant tout à donner un contexte à l'histoire d'amour entre José et Carmen : c'est son appartenance à la bande qui la fait séduire José, et non sa préférence personnelle. Sa préférence personnelle va - bien entendu - à un autre : Escamillo (Pedro de Cordoba), le toréador.

DeMille s'inspire surtout de la version opéra plus que de celle qui est écrite. Mais il déplace les épisodes, en créant même d'autres. Quant à la fin, elle a une certaine tendance à dévier de l'histoire originale ET de l'opéra... Je ne vous en dis pas plus, voyez le film !

Pour le reste, c'est Carmen qui mène la danse. Elle est irrésistible. Tous les hommes - soldats comme contrebandiers - la désirent, la courtisent, et se font jeter un par un. Sauf Escamillo et bien sûr José.

Mais Carmen, c'est une femme libre. Elle a une tenue et une attitude provocantes, elle aime les hommes et le montre bien, aguichant chacun pour mieux l'éconduire. Bref, comme elle le dit dans un intertitre : « Carmen n'appartient à aucun homme. Elle est libre. »

Et c'st cette liberté qui causera sa perte. José est fou d'amour pour elle, mais Escamillo aussi. Il a beau avoir été choisi, on suppose aisément qu'elle le quittera le moment et l'occasion venus.

Mais quelle femme ! Elle est volontaire et sait se battre si l'occasion se présente. Quand José combat son officier supérieur, non seulement elle se réjouit que deux hommes se battent pour (ou à cause d') elle, mais en plus, elle les encourage et se réjouit de l'issue fatale de ce duel.

Et puis il y a les couleurs. Le film a beau être en noir et blanc, la pellicule est teintée afin de recréer un peu plus les ambiances : bleu sur l'ouverture, c'est une scène de nuit ; jaune lorsque le soleil brille en extérieur (ou la pleine lumière chez Pastia)  ; rouge autour du feu, lors de la « scène des cartes », annonçant à Carmen sa mort prochaine.

Rouge comme le sang qui sera versé lors de cette mort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chronique, #Lindsay Anderson, #Lillian Gish, #Bette Davis
Les Baleines du mois d'août (The Whales of August - Lindsay Anderson, 1987)

Une île au large du Maine.

Une maison sur la pointe.

Deux sœurs.

Deux veilles mains qui se serrent.

Et le temps qui s'écoule, doucement, mais inexorablement.

 

Le film s'ouvre sur des images en noir et blanc, rappelant les photos du temps jadis. Et puis on arrive dans notre époque, la couleur arrive, La maison est identique. Seul le bateau à rame a maintenant un moteur... Rien n'a changé.

Il était temps. Il était temps que ces deux légendes se rencontrent sur un tournage.

D'un côté, Lillian Gish, star du muet. De l'autre Betty Davis, star du parlant. Ce sont deux immenses actrices qui se rencontrent dans des rôles de sœurs. Ce n'est pas la première fois que Bette Davis a un « monstre sacré » pour sœur. La dernière fois, c'était Joan Crawford, pour Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Mais cette fois, pas de bisbille. Pas de jalousie déplacée, pas de rivalité. Elles ne jouent pas dans le même registre. Lillian Gish a toujours joué des jeunes filles bien comme il faut alors que Bette Davis était plus dans un registre de garce ou de femme forte. Et l'alchimie prend. La complémentarité de ces deux vieilles femmes nous emmène au-delà de l'histoire.

Parce que même si elles sont sœurs, elles restent très différentes. L'une - Sarah (Lillian Gish) - est enjouée, affable, alors que l'autre - Libby (Bette Davis) - est aigrie, revêche. Et cela donne des situations parfois à la limite du supportable pour Sarah, spécialement quand un aristocrate déchu - M. Maranov (Vincent Price) - est invité à dîner : Libby est épouvantable. Mais Maranov est philosophe. C'est un homme qui dérive : « J'ai passé ma vie à visiter des amis », déclare-il à Sarah, après ce fiasco vespéral.

Une autre femme gravite autour d'elles. C'est Tisha Doughty (Ann Sothern), qui les fréquente depuis plus de cinquante ans.

Et puis il y a les baleines. Tous les ans, en août, elles reviennent près des côtes du Maine, et Libby et Sarah vont sur la pointe les observer. Sauf que depuis la guerre, elles ne viennent plus. « Quelle guerre ? » demande l'une. « Celle contre les Allemands » répond l'autre. C'est, avec une référence à Truman (président de 1945 à 1952), une des rares références temporelles du film. Il y a bien les souvenirs de Maranov d'avant la Révolution de 1917, mais si les photos passent avec le temps, les souvenirs aussi. Et on a du mal à situer le temps du film. Il faut dire aussi que tout est vieux : les personnages, mais la maison dans laquelle vivent les deux sœurs. Rien n'a changé en plus de cinquante ans. Et quand Sarah souhaite changer une fenêtre, Libby n'est pas d'accord : elles sont trop vieilles maintenant.

Il y a aussi les absents qui hantent ce film : leurs maris, décédés plus ou moins tôt, et dont elles se souviennent en relisant leurs lettres (Sarah) ou en parlant leurs objets (Libby). Et puis leur mère, en photo, à qui Sarah dit bonjour tous les matins. Non seulement c'est la mère de Sarah est Libby, mais en plus, il s'agit réellement de la mère de Lillian Gish, prise en photo avec elle bébé.

Lindsay Anderson filme avec beaucoup de délicatesse le quotidien de ces deux femmes, par petites tranches de vie : Sarah qui s'agite pendant que Libby arrive telle une star. Mais à sa décharge, Libby est aveugle. Et c'est d'ailleurs une idée formidable que d'avoir fait jouer ce rôle à Bette Davis. Elle qui avait des yeux si grands et si profonds, voilà qu'elle ne peut plus utiliser. Alors touche. Elle voit avec ses mains : les fleurs du jardin, les objets de son passé. Et malgré tout, Sarah, elle, voit. Elle peint un paysage. Il a un aspect impressionniste. Serait-ce dû à la vision de Sarah qui s'est altérée avec l'âge ?

Dans ce film très nostalgique, rien ne change. Ou presque. Seuls les protagonistes évoluent : ils vieillissent. Mais ils vieillissent avec beaucoup de grâce. Et on est même surpris de retrouver le même sourire de Lillian Gish, près de soixante-dix ans après ses rôles de jeune première. Et quand elle descend l'escalier, vêtue d'une nouvelle robe, avant le dîner avec Maronov, c'est le retour de la jeune fille qui est invitée à une prom (bal de fin d'année). Dire qu'elle avait quinze ans de plus que Bette Davis, et qu'on dirait presque qu'elle est plus jeune... (Je sais, je ne suis pas objectif, mais que voulez-vous, j'aime Lillian Gish !)

Quant à Bette Davis, elle a toujours cet aspect ronchon qui rappelle Baby Jane, mais face à Lillian Gish, il n'est pas possible d'être désagréable. Alors elle s'adoucit et retourne avec elle revoir les baleines : « on ne sait jamais... » répète-t-elle.


Alors pour savoir si les baleines sont enfin revenues, (re)voyez ce merveilleux film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin
Charlot fait la Noce (A Night out - Charles Chaplin, 1915)

Deux noceurs.

Un chapeau qui vole.

Des coups de pieds au fondement.

Et...

Et Edna Purviance.

 

Il s'agit du deuxième film réalisé par Chaplin pour la Essanay. Comme dans Charlot débute, le scénario n'est pas la priorité. On assiste plutôt à une succession de scènes avec pour coint commun la nuit. Parce que c'est la nuit, comme l'indique la séquence d'ouverture où l'image est teintée afin de nous l'indiquer.

Les deux noceurs (Charles Chaplin et Ben Turpin) se rencontrent et se saluent comme s'ils ne s'étaient vus depuis un moment. Ce sont les mêmes personnages que dans Charlot débute. Mais là, pas de concurrence. Même si leur entente ne durera pas, et Chaplin finira - et tout le monde attend ce moment - par marcher sur son adversaire inconscient.

Arrive un troisième personnage - leur victime, portant haut-de-forme. C'est avec lui que va se dérouler la première partie du film : ils vont le harceler (plus ou moins consciemment) au restaurant où il a donné rendez-vous à une femme.

C'est alors l'occasion d'échanges comiques aboutissant à l'inévitable sortie manu militari des deux trublions par le maître d'hôtel (Bud Jamison), dont la carrure prédispose à ce genre d'exercice.

La deuxième partie du film se déroule à l'hôtel. Ou plutôt dans deux hôtels où les noceurs ont une chambre - ce qui montre que leur rencontre fortuite ne l'était pas, mais l'alcool aidant on ne sait plus qui on croise - ainsi que le maître d'hôtel et sa femme (Edna Purviance, dont c'est le premier film).

S'ensuit un quiproquo entre le premier noceur et la jeune femme jusqu'à l'intervention du deuxième (Turpin), avant de finir... Sur une queue de poisson !

Il n'y a pas de véritable fin. Cela donne l'impression que le film s'arrête, faute de pellicule.

Malgré tout, Chaplin continue de poser les bases de ce qui fera le succès de ses films plus structurés : bagarres, quiproquo, jets de projectiles à la figure et l'indispensable marivaudage entre le vagabond et les femmes. Le maître d'hôtel, par ailleurs, annonçant les rôles d'homme fort joués par Eric Campbell.

Un film à déguster comme un amuse-gueule, permettant de patienter avant le festin que seront ses films ultérieurs où les gags ne se suffiront pas à eux-mêmes : Chaplin y mettra une intrigue solide ainsi que de l'émotion, pour l'instant absente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Roman Polanski
Le Bal des vampires (The fearless vampire Killers - Roman Polanski, 1967)

Tous les ans, à la même date, à minuit, a lieu un bal dans le château du Comte Krolock (Ferdy Mayne), en Transylvanie. Krolock, comme ses invités, est un vampire, tendance Christopher Lee. Et tous se retrouvent à ce bal afin d'assister à la présentation des nouveaux membres de la communauté. C'est un peu un bal des débutantes... Cette année, c'est Sarah (Sharon Tate) qui va leur être présentée. Sarah est une belle jeune femme très portée sur la propreté : dès qu'elle a un moment, elle prend un bain, au grand dam de son père Yoine (Alfie Bass), qui tient une auberge reculée dans la campagne transylvanienne.

C'est cette auberge qu'ont choisi le professeur Abronsius (Jack MacGowran) - surnommé le cinglé par ses pairs - et soin jeune assistant Alfred (Roman Polanski). Rapidement, Alfred tombe sous le charme de Sarah, mais elle est enlevée par Krolock...

 

Tous les ingrédients du film de vampire sont là : des cercueils aux crucifix, de l'ail aux épieux, des canines protubérantes aux chauve-souris. Mais avec un plus : une approche burlesque d'un genre qui ne souffrait pas beaucoup l'humour au premier degré. Et ça marche. On rit de certaines situations, on sourit pour d'autres. Dans l'ensemble, on passe un bon moment.

Mais...

 

Bof. Est-ce le film qui a (mal) vieilli ? Est-ce le battage ? Toujours est-il que revoir ce film m'a confirmé dans mon  opinion : la réputation de ce film me semble un tantinet surestimée. C'est loin d'être un navet, mais il m'est difficile de crier - avec beaucoup - au chef-d'œuvre. Il manque la touche de folie propre aux vrais réalisateurs comiques pour que la parodie soit réussie. Polanski ne va pas assez loin dans son délire et on reste sur sa faim.

 

Certes, la distribution est pertinente, mais hormis Abronsius et Yoine, les protagonistes sont beaucoup trop sages pour un tel projet. Avec un petit plus pour Herbert von Krolock (Iain Quarrier), vampire homosexuel, inhabituel dans ce genre cinématographique.

 

Sept ans plus tard, Mel Brooks nous proposera une parodie similaire en s'attaquant à un autre mythe du cinéma fantastique : Frankenstein Junior. Ce sera une réussite complète.

 

Je pense que Polanski est meilleur dans les sujets graves. Tess, Le PianisteOliver Twist en sont de très bonnes illustrations.

Dommage.

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