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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Erle C. Kenton, #Charles Laughton
L'Ile du docteur Moreau (Island of the lost Souls - Erle C. Kenton, 1932)

Une petite île perdue au milieu de l'océan : 15 S - 170 W.

Ne cherchez pas, elle n'apparaît pas sur les cartes. C'est là que se retrouve, contre son gré Edward Parker (Richard Arlen).

Mais cette île, qui jouit d'une réputation sulfureuse sur toutes les mers des océans abrite surtout la propriété du docteur Moreau (Charles Laughton), scientifique britannique qui dût s'exiler précipitamment avec son partenaire, le « docteur » Montgomery (Arthur Hohl).

Ne vous y trompez pas : sous des dehors de gentleman très civilisé, il s'agit de ce qu'on appelle communément un « savant fou ».

Sa marotte ? La génétique. Son terrain d'expérimentation ? L'humanité. Non pas comme sujet d'étude mais comme but à atteindre. Régulièrement, on lui fournit des animaux venant des quatre coins du monde, et il les transforme en humains. Ou du moins en ce qui s'y apparente le plus...Et parmi ces créatures, son aboutissement, Lota (Kathleen Burke), la femme panthère.

Parker succombera-t-il à ses charmes ?

 

1932. En pleine effervescence de l'horreur au cinéma, la Paramount sort cette adaptation (certainement la meilleure) du roman éponyme de H. G. Wells. Wells, c'est du pain béni pour le cinéma : rappelez-vous L'Homme invisible sortira l'année suivante.

Mais depuis février et la sortie de Freaks, difficile d'aller plus loin. Et pourtant. Ici, Erle C. Kenton nous propose une galerie de monstres assez intéressante. Des personnages hirsutes, au visage extrêmement marqué, et doués de parole. Tous sont les créatures du docteur, menés par un personnage très velu, garant des règles de l'île (Bela Lugosi, méconnaissable, évidemment !).

Mais bien entendu, c'est le docteur Moreau le plus intéressant. Il est subtile et raffiné, mais il ne faut pas s'y tromper : c'est un méchant de la pire espèce. Sous des dehors scientifiques, il n'est rien d'autre qu'un criminel, allant encore plus loin que Frankenstein dans l'abomination. Parce que ses créatures se rendent bien compte qu'elles n'appartiennent qu'à peine à l'espèce animale. Ce ne sont des hybrides difficiles à classer. Des choses. Les choses du docteur Moreau. Ce sont les « âmes perdues » du titre original. En 1932, l'eugénisme est encore une théorie scientifique qui a pignon sur rue. Et que fait le docteur Moreau, sinon une forme d'eugénisme, dans sa quête de l'humain ?

Il ne s'en cache pas, ayant recours à la vivisection sur des organisme vivants et conscient dans ce qu'il appelle « la Maison de la douleur », son laboratoire.

Mais ce qui n'était qu'un film - un divertissement - devient réalité qu'on prend conscience de la véritable nature des expériences de Moreau : quand les nazis expérimenteront leur conception eugéniste de l'homme sur de véritables êtres humains, dans des camps bien à l'abri des regards des hommes.


En attendant, redécouvrons ce superbe film avec un Charles Laughton extraordinaire, dans la lignée de ses rôles de personnages antipathiques.

Antipathiques, certes, mais tellement subtiles !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #David Lean
Docteur Jivago (Doctor Zhivago - David Lean, 1965)

La petite histoire dans la grande histoire

Celle de Youri Andreievitch Jivago (Omar Sharif) pendant une durée approximative de vingt ans. De 1913 au début des années 1930.

C'est un jeune homme qui finit ses études de médecine et qui est promis à un bel avenir. Il épouse celle avec qui il a grandi : Tonya (Géraldine Chaplin). Et puis la guerre éclate. Il part sur le front. C'est là qu'il rencontre celle qui va bouleverser sa vie : Larissa « Lara » Antipova (Julie Christie).

 

Jivago est l'homme des occasions manquées : il n'est jamais là où il faut, ni quand il le faut. Il est pour la Révolution mais n'est pas au parti ; alors qu'il rentre chez lui, il est emmené par les partisans pour deux ans... C'est un homme libre dans un pays qui ne l'est plus. Pis que cela, un poète.

Parce que Jivago est avant tout un humaniste. Il a des principes avec lesquels il ne transige pas, surtout quand il s'agit de l'ignoble Komarovsky (Rod Steiger).

Et puis il y a Lara. Elle est blonde aux yeux bleus, douce, et passionnée. Elle est tout simplement magnifique.

 

Nous assistons à une monumentale fresque dirigée de main de maître par un spécialiste du genre : David Lean. C'est aussi le troisième film de suite qu'il tourne avec Alec Guiness, ici narrateur et demi-frère de Jivago.

Et du roman, qu'ne reste-t-il ? La guerre civile qui suivit la Révolution de février puis le coup d'état d'octobre entrecoupe le récit des aventures picaresques de Jivago. A chaque déplacement intervient ce conflit, dans toute sa terrible réalité : une bataille interminable entre gens d'un même pays pour l'avènement d'une utopie qui éliminera ses premiers héros. Le passage du train à Minsk ravagée est un moment fort : ces victimes collatérales chassées de leur chez eux détruit est bouleversant.

Et puis il y a cet amour hors du commun entre ces deux êtres qui n'ont pas eu la chance de se rencontrer avant. On sait rapidement que cet amour, une fois qu'il sera assumé sera tragique. Il n'y a pas d'autre alternative. Jivago le sait tout de suite. Lara mettra plus de temps.

Enfin, il y a cette Russie éternelle : ces grandes étendues enneigées avec ses maisons aux dômes caractéristiques, alors que s'entend le son mélodieux des balalaïkas...

Russie éternelle recréée en Espagne !

Tout bonnement bluffant !


Alors on se laisse emporter par cette superbe histoire d'amour, dans des paysages quasiment surréels en fredonnant le thème de Lara...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Claude Autant-Lara
La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956)

«Salauds de pauvres ! »

Une des répliques les plus emblématiques du cinéma français.

Il faut dire que ceux à qui ça s'adresse l'ont bien mérité !

En dehors des dialogues (Aurenche et Bost), c'est le propos du film le plus intéressant.

 

Dix ans après la guerre, Claude Autant-Lara nous propose un film en demi-teinte. Les grandes fresques héroïques (Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il ?) ne sont pas encore en chantier. Même De Gaulle n'a pas encore réalisé son coup d'état. Mais la glorieuse entente de la victoire se fissure. Les héros d'hier laissent la place aux vrais Français. Ceux qui ont subi la guerre. Cette espèce de majorité silencieuse qui a survécu à ces années de chiens (comme disent les Allemands). Parce qu'il a fallu du courage et de l'abnégation pour survivre à cette période.

Mais ça n'empêche pas que Martin (Bourvil), Grandgil (Jean Gabin) et Jambier (Louis de Funès) ne sont rien d'autres que des trafiquants. ils se livrent à un marché noir éhonté alors que d'autres crèvent de faim.

Tout ça pour dire que, pour une fois, ce ne sont pas les héros glorieux auréolés de leurs faits d'armes, qui sont à l'honneur.

 

Parce que la France occupée, ce n'était pas que les nobles résistants qui luttaient (dans l'ombre) contre l'Occupant. C'était aussi des gens normaux qui tentaient de survivre, fut-ce à travers des activités illégales. Mais ce film, c'est avant tout la rencontre de trois monstres sacrés du cinéma (qui à l'époque, sauf pour Gabin, ne l'étaient pas). La scène chez Jambier est un grand moment : la gueulante de Gabin, les récriminations de Funès et les essais de temporisation de Bourvil donne un tableau assez réaliste de ce que pouvait être cette période. Oui, Grandgil n'en a rien à faire. Mais c'est un calculateur. Il observe tout, afin de pouvoir s'en resservir le moment voulu. Mais surtout Martin nous montre l'étendue de son pouvoir, c'est à dire pas grand chose. Il fait celui qui maîtrise Grandgil, mais il n'en est rien. Tout comme après, il fera comme si la situation avec sa femme (qui a décidé de le quitter) était une affaire réglée. Martin est un lâche qui se donne des airs. Evidemment, ça ne prend pas avec un type comme Grandgil. Dans la vie, il y a les seigneurs et les valets. Grandgil et Martin ne sont pas dans la même catégorie.

 

Mais qu'importe. On a plaisir à suivre les pérégrinations de ces deux personnages - ô combien différents - à travers les rues de Paris, de réverbères en réverbères - les seuls points allumés dans cette capitale occupée. Chaque lumière devient un havre de paix, ou tout du moins un moment de répit avant la prochaine halte  (comme disent les Allemands).

Alors oui , pas d'héroïsme. De la basse besogne. Mais comme on disait en ce temps-là : « si je ne le fais pas, quelqu'un le fera à ma place. »

Mais il n'y a pas de jugement quant à l'attitude des personnages. Les seuls qui pourraient leur reprocher quelque chose se font rabrouer (voire citation initiale). Même la femme qui les aide à se cacher est « intéressée » par leur cargaison.

 

Le tout avec une fin ambiguë où Gabin - qui combattit contre les Allemands - n'a pas un rôle si évident que ça. Il n'y aura pas de transfiguration. Les différences persisteront. Et il suffit de voir Martin dans la séquence finale pour s'en convaincre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alfred Hitchcock
L'Inconnu du Nord-Express (Strangers on a Train - Alfred Hitchcock, 1951)

Un homme devant le Mémorial Franklin Roosevelt.

Il n'attend pas. il se tient là. Il veut être vu.

Ce même homme, à un match de tennis. Tout le monde tourne la tête pour regarder la balle passer d'un camp à l'autre. Pas lui. Il regarde un autre joueur qui attend son tour d'entrer sur le court.

Cet homme, c'est Bruno Anthony (Robert Walker). Il est impossible de ne pas le remarquer : chaussures  bicolores, cravate aux motifs de homards, et surtout une épingle à son nom.

Un cadeau de sa maman...

Un jour, Bruno rencontre Guy Haines (Farley Granger) dans le train. Haines est un joueur de tennis célèbre. Célèbre mais malheureux. Alors Bruno lui propose un marché incroyable : comme ils sont malheureux tous les deux et que seul une action illégale peut les sauver, ils doivent échanger leur meurtre. Bruno tuera la femme de Guy pendant que Guy tuera le père (tyrannique ?) de Bruno.

 

Bruno fait partie de ces tueurs détraqués chers à Hitchcock. Comme the Avenger dans Les Cheveux d'or ou l'Oncle Jo dans L'Ombre d'un doute. Mais ici, Bruno annonce un autre fêlé célèbre : Norman Bates. Comme lui, il vit avec sa mère. Mais ce n'est pas d'elle que vient le problème - elle est gentiment allumée elle aussi -, c'est du père. Ce père qui voit très bien qui est son fils : un déséquilibré qu'il faut faire enfermer.

 

Comme toujours, chez Hitchcock, c'est à partir d'un petit détail que se bâtit une histoire incroyable : ici, deux pieds qui se heurtent dans un train. Et deux personnes que la vie n'auraient jamais dû faire se rencontrer en viennent à se parler. Ces deux étrangers (du titre original) le sont autant moralement que physiquement. Alors que Haines cherche un minimum d'anonymat du fait de sa notoriété et de sa relation compliquée avec sa « fiancée » Anne Morton (Ruth Roman), Bruno, lui, s'affiche. Son habillement est voyant. Impossible de le confondre. Même de loin, on ne peut que le reconnaître.

Mais Bruno est avant tout un malade. Il n'a aucune circonstance atténuante, mais il n'est absolument pas normal. Comment autrement imaginer un tel scénario d'échange de meurtre ?

 

Et puis il y a le McGuffin. Peut-être le plus important chez Hitchcock. Ce n'est pas un appareil pour chasser les lions dans les montagnes d'Ecosse. Juste un briquet en argent. Un briquet offert par A(nne) à G(uy).

Le détail qui peut changer le cours de l'Histoire, ou au moins de celle-ci.

 

C'est avec ce film que je suis tombé dans l'univers de Hitchcock.

Je n'ai jamais eu envie d'en sortir.

 

PS : suivez la contrebasse !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #James Cameron, #Avatar
Avatar (James Cameron, 2009)

Féérique.

Merveilleux.

Magnifique.

Et c'est un euphémisme.

 

Jake Sully (Sam Worthington) est un Marine. Un vrai. Une machine à tuer. Mais... Il est maintenant dans une chaise roulante. Son frère jumeau a été tué, alors il prend sa place dans un programme scientifique incroyable : infiltrer le peuple autochtone - les Omaticayas - de la planète Pandora. Pour cela, et sous la conduite du docteur Grace Augustine (Sigourney Weaver) son esprit intègre un être hybride, mi-homme mi-Omaticayas. Mais ce qui devait être infiltration en vue d'expulser les indigènes se retourne contre ses instigateurs : la Compagnie - à ce niveau, on ne dit plus une multinationale, alors une « multiplanétaire » ? - qui rêve d'exploiter un minerai très prometteur (financièrement, bien sûr).

 

Oui, Avatar est un plaidoyer pour l'écologie, pour la tolérance, pour la paix. Mais c'est fait d'une façon tellement extraordinaire que les mots deviennent rapidement faibles. James Cameron a patienté le temps que la technologie se mette à portée de son rêve. Douze ans se sont écoulés depuis la sortie de Titanic, son dernier long métrage de fiction. Quinze ans depuis qu'il a trouvé l'idée (et l'histoire). Et l'attente fut payante. Dans tous les sens du terme !

Rarement on a pris fait et cause contre les humains, les véritables méchants du film. Et près de dix ans après sa sortie, ce film n'a rien perdu de sa pertinence.
Jamais la Terre n'a été plus attaquée que maintenant. Et depuis l'ascension d'un certain président américain que je refuse de citer ici, la situation ne fait que s'aggraver, les timides avancées étant tout simplement balayées à coup de signature.

Mais en plus de cet aspect écologique, il y a le facteur « humain ».  Difficile de parler d'humains à propos des Omaticayas. Humanoïdes semble plus approprié. Toujours est-il que ce peuple qui a toujours vécu en osmose sur cette planète se retrouve confronté à la « civilisation ». Cette sacro-sainte civilisation dite de « l'homme blanc ». Ici, pas de bible, mais des fusils. Et même mieux que ça (du point de vue technologique s'entend). Les Omaticayas, ce sont les Indiens. Ceux d'Amérique du Nord ou du Sud, qu'on a chassés afin de s'approprier leurs terres et leurs richesses. Au nom de cette sempiternelle « civilisation ».

Et ce peuple qui doit fuir devant la menace humaine nous rappelle aussi d'autres images qui nous sont malheureusement familières : ces cohortes de réfugiés chassés de chez eux, de Syrie, d'Erythrée ou encore d'Afghanistan...

Et pour arriver à un tel résultat, Cameron n'a pas lésiné : des effets spéciaux à couper le souffle, des images d'une beauté extraordinaire. Il est difficile de décrire avec précision le feu d'artifice de lumière que renferme ce film.

Et puis il y a l'intertextualité de l'image :

La Compagnie ? La même qui voulait exploiter les Aliens dans la saga éponyme.

Les montagnes flottantes ? Magritte, Le Château des Pyrénées.

Les Omaticayas contre les machines de guerre ? Les Ewoks contre l'Empire, dans Le Retour du jedi...

Je continue ?

 

Avec Avatar, Cameron nous éveille à la Nature - et donc à l'Humanité dans sa plus belle acception - de la manière la plus merveilleuse qui soit : nous seulement il nous la montre, mais il nous la fait vivre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Pete Travis
Angles d'Attaque (Vantage Point - Pete Travis, 2008)

Rex Brooks, journaliste de télévision (Sigourney Weaver) produit un direct d'un sommet international.

Tom Barnes, garde du corps (Dennis Quaid), est de retour aux affaires.

Enrique, policier espagnol (Eduardo Noriega) a une petite amie - Veronica (Ayelet Zurer) - qui joue un drôle de jeu.

Howard Lewis, touriste américain (Forest Whitaker) est de passage à Salamanque.

Ashton, dit Potus, président américain (William Hurt) est menacé.

Un groupe de terroristes intervient.

Et...

Anna, petite fille (Alicia Jaziz), cherche sa maman.

 

Il est difficile de résumer l'histoire. Essayons. Le président des Etats-Unis, à Salamanque pour un sommet, est abattu en pleine ouverture de ce même sommet.

S'ensuit une course poursuite afin de retrouver le ou les assassins de ce haut personnage.

 

L'intérêt de ce film est avant tout la narration. Les « angles d'attaque » dont parle le titre français, ce sont les six points de vue d'une même histoire (les six éléments énumérés plus haut, la petite fille étant le détail qui fait tout basculer).

En effet, on suit cinq points de vue différents d'une même histoire avec à chaque fois des éléments nouveaux. Puis vient la sixième partie, vue par les terroristes, dans laquelle on assemble tous les morceaux.

C'est efficace, bien ficelé et très bien monté. On est suspendu à cette histoire, essayant de s'y retrouver dans ce maelstrom humain. Car à partir du moment où le président est abattu, c'est une cohue impressionnante : ça court, ça crie, ça tombe, ça piétine... Et au milieu de tout ça, Tom qui essaie de s'y retrouver, Howard qui veut aider, Anna qui veut retrouver sa maman...

C'est sur un rythme endiablé que Pete Travis nous propose cette histoire à six voix. Ca en devient parfois étourdissant. Les seuls moments de répit arrivent quand on reprend l'histoire au début, à chaque changement de point de vue.

Et on a tout : assassinat, fusillades, attentat à l'explosif, poursuite en voiture... Un festival de sensations fortes.

Toujours est-il qu'on prend plaisir à être baladé d'un personnage à l'autre jusqu'à l'explication finale. On a beau s'y attendre (?), on reste scotché !

 

Ce film fut tourné il y a dix ans. Y est fait référence le 11 septembre. Normal, c'était le repère question attentat spectaculaire et meurtrier. Depuis, il y a eu 2015 à Paris, 2016 à Bruxelles... Jusqu'à Manchester il y a quelques jours.

Ces derniers événements rendent très actuel ce film. Surtout quand l'un des terroristes annonce : « ça ne finira jamais ».

 

J'ai bien peur qu'il ait totalement raison.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #J. Lee Thompson
Les Canons de Navarone (The Guns of Navarone - J. Lee Thompson, 1961)

Visitez la Grèce, berceau de notre civilisation : son passé historique très riche, ses monuments millénaires, la mer Egée et ses innombrables îles...

Un lieu enchanteur qui ravira tout le monde.

Sauf qu'en 1943, la Grèce est occupée par l'armée allemande. Que 2000 soldats anglais sont piégés sur Keros. Et que le seul passage pour les secourir est gardé par les canons de Navarone.

Ils sont deux. Ils sont rutilants. Ils sont implacables.

Ils doivent être détruits.

C'est ce que va tenter de faire un commando de six hommes, dirigés par Mallory (Gregory Peck et Franklin (Anthony Quayle).

 

Encore un film de guerre, me direz-vous. Oui. La deuxième guerre mondiale est une mine de scénarios pour les cinéastes. Encore un film d'homme ajouterez-vous. Oui, aussi. Mais avec une touche féminine très intéressante, surtout Irène Papas (bientôt 91 ans !).

Cette fois, c'est J. Lee Thompson qui s'y colle. C'est une de ses réussites notables, avec son film suivant : Les Nerfs à vif, avec le même Gregory Peck.

 

En plus de ce grand acteur, on trouve un autre grand : David Niven. Son rôle éclipse parfois celui de Gregory Peck.

C'est un personnage important du film. Peut-être même le plus essentiel. Parce que le plus humain.. En effet, son personnage de Miller, artificier virtuose, est un personnage intéressant pour ce genre de film. Alors que le Jour le plus long - film glorifiant le Débarquement américain de juin 1944 - se prépare, nous trouvons ici un soldat un peu particulier.

C'est un soldat qui se dit piégé par cette guerre (un peu comme tous les autres). Mais celui-ci ne mâche pas ses mots quant aux responsabilités incombant à chacun dans une telle situation, rappelant régulièrement que leur cadre d'action est avant tout militaire. Et au besoin, rappelant à son supérieur ses propres responsabilités quand vient une situation très délicate : abattre la personne qui les trahit.

 

C'est d'ailleurs une belle scène que cet épisode : le devoir qui commande, la responsabilité de chacun, le cas de conscience qui en découle. On retrouvera ces mêmes enjeux dans L'Armée des ombres, mais avec beaucoup plus de subtilité et de sobriété : quoi qu'on dise ou pense, il n'est pas facile de tuer quelqu'un de sang-froid. Surtout quelqu'un qu'on a connu. Et là encore, la personne mourra, mais pas exactement comme prévu.

 

Quant à la mission, rassurez-vous, elle est remplie. Mais là encore pas exactement comme prévu. Tompson nous gratifie une belle séquence de suspense où s'enchaînent les mêmes plans trois fois de suite. Stressant (juste ce qu'il faut). Et puis l'explosion : excusez du peu. C'est grandiose. Ca vaut largement la destruction de la tour de Sauron !

A (re)voir...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #René Clair, #Gérard Philipe
Les Belles de nuit (René Clair, 1952)

Une fenêtre allumée.

Une mélodie au piano.

Des amoureux qui passent et s'arrêtent pour écouter.

C'est Claude (Gérard Philipe) qui joue.

Claude est professeur de solfège et de piano.

Mais c'est avant tout un grand rêveur : comme la vie ne lui sourit pas beaucoup, il s'évade dans les rêves. Il remonte le temps, quand « c'était mieux avant ».
C'est là qu'il les rencontrent, les belles de nuit...

 

René Clair et Gérard Philipe se retrouvent deux ans après La Beauté du Diable. Cette fois-ci, c'est une comédie plutôt musicale. Ici, tout n'est qu'illusion (ou presque). Normal, nous sommes dans les rêves de Claude qui s'échappe d'une vie morose dans des rêves toujours plus fous, toujours plus amoureux. Bien entendu, les personnages de ses rêves sont ceux de sa vraie vie quotidienne, reprenant qui un statut, qui une attitude déjà vue. Et toujours ce même leitmotiv : « c'était mieux avant » (refrain connu !), lancé par le même vieux ronchon (Pierre Palau).
Alors nous partons voir avec Claude en quoi c'était tellement mieux, avant. La Belle Epoque, 1830, la Révolution, le règne de Louis XIII, tels sont les périodes visitées, pour en arriver à ce que nous savions tous déjà : chaque époque a ses bons et ses mauvais côtés. Il suffit juste de s'y faire.

Gérard Philipe est - comme toujours - merveilleux. Claude nous rappelle le Faust jeune qu'il interpréta deux ans plus tôt, mais avec une petite nuance de désespoir qui - c'est une comédie - va lentement s'estomper. Et puis les belles de nuit portent bien leur nom : Magali de Vendeuil, Martine Carol et la bombe italienne Gina Lollobrigida sont superbes. Et les formes de cette dernière aussi !

Alors qu'importe les décors en carton-pâte, pourvu qu'on ait le plaisir. Le plaisir d'assister à une histoire heureuse comme savait les faire René Clair. Et le plaisir de retrouver quelques visages connus : ces acteurs qui firent les beaux jours des seconds rôles du cinéma français : Raymond Cordy, Raymond Bussières, Albert Michel...

Alors laissez-vous faire : plongez dans ce Paris 1900, où le directeur de l'Opéra Garnier (Paolo Stoppa) ne s'exprime qu'en chantant ; admirez cette future Algérie française des 1001 nuits où Leïla (Gina) remplace Shéhérazade ; allez construire la République de demain avec le citoyen Claude, révolutionnaire par amour...

 

Un délice...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Peyton Reed
Ant-Man (Peyton Reed, 2015)

Après Superman, Batman, Ironman (...), voici Ant-man (Paul Rudd), l'homme-fourmi.

Ca ressemble à une plaisanterie, mais ça n'en est pas une. Le professeur Pym (Michael Douglas) a trouvé un procédé de réduction de la matière. Organique et non-organique. Le procédé dont tous les méchants et autres savants fous ont cherché toute leur vie depuis bien des décennies.

Et évidemment, un gros méchant, Darren Cross (Corey Stoll), a l'intention de vendre cette découverte à des fins militaires.

Bref, le monde est en danger et le tout petit Ant-Man va essayer de le sauver. Que dis-je essayer, réussir ! [NB : « essayer tu ne dois pas, réussir tu dois » ]

 

Encore un super-héros Marvel sur le marché ! Mais celui-ci ne vient pas d'une autre planète ni est un riche oisif. C'est un type normal. Comme vous et moi. Enfin presque : il le serait s'il ne sortait pas de prison ! Parce que Scott Lang (le vrai nom d'Ant-man) est avant tout un cambrioleur. Difficile donc d'en faire un justicier. Surtout qu'il traîne avec une superbe bande de bras-cassés, menée par Luis (Michael Peña)...

Mais c'est sans compter sur Pym et son adorable fille Hope (Evangeline Lilly).

Nous assistons alors à un film où le héros fait sans cesse des aller et retour entre le monde normal et celui à échelle d'insecte. Magnifique. Et drôle en plus. Parce que, comme toujours ce super-héros malgré lui n'est pas (encore) infaillible.

Mais surtout, ce passage du normal au très petit (et inversement) amène un combat titanesque entre Ant-man et son double maléfique Yellowjacket où les bruits de bataille sont accentués par l'échelle de perception. Le gentil petit train électrique devient une véritable machine dangereuse dont les wagons servent de projectiles entre les deux protagonistes. Mais ce ne sont que des jouets que ces deux-là s'envoient à la figure. Alors évidemment, quand ils tombent par terre, à notre niveau, ils ne font qu'un bruit de plastique qui tombe...

Bref, un film qui repose sur ce décalage d'échelle. Une autre façon d'appréhender la relativité...

Et puis c'est un produit Marvel, alors, depuis la constitution des Avengers au cinéma (2012), il est normal d'y faire référence dans un produit de la licence. Non seulement il est fait référence à Stark, mais en plus, Sam Wilson (le Faucon) intervient !

Et cerise sur le gâteau : la participation de Stan «the Man » Lee (le créateur mythique, entre autres, de Spiderman, Hulk, X-men...) dans une deuxième belle séquence de doublage.

 

Alors savourons ce film comme il se doit : avec gourmandise. C'est le genre de friandise qui vous ferait presque oublier qu'elle vient de chez Marvel...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri-Georges Clouzot, #Policier
Quai des Orfèvres (Henri-Georges Clouzot, 1947)

Martineau (Bernard Blier) est un jaloux. Remarquez, il a de quoi : sa femme est la belle Jenny Lamour (Suzy Delair). Son vrai nom, c'est Marguerite Chauffournier. Mais Jenny Lamour, ça fait plus vedette, c'est plus vendeur... Jenny est (presque) prête à tout pour réussir. Même rencontrer Brignon (Charles Dullin) : un producteur hautement libidineux qui préfère des clichés « artistiques »  à des Manet ou Picasso.

Alors Martineau voit rouge : il décide de tuer Brignon. Il prépare tout : son alibi, et son meurtre. Mais, arrivé chez Brignon, pas de chance : le vieux salingue a déjà été refroidi...

Et en plus, on lui pique sa voiture !

 

Pour sa troisième réalisation, Henri George Clouzot adapte une nouvelle fois Steeman. Mais pas de commissaire Wens, cette fois. Le policier, c'est Antoine (Louis Jouvet). Un ancien des colonies qui en est revenu avec un fils métis et le paludisme. On a les souvenirs qu'on peut...

Cette fois-ci, on retrouve Suzy Delair, mais elle a changé. Mûri, peut-on dire. Ce n'est plus la jeune femme follette qui fait tout pour se faire engager. Jenny est une vedette. Question répertoire, c'est assez proche : elle chante essentiellement pour le Music-hall, et des chansons légères, mettant en avant son tralala... Son jeu aussi a mûri. Terminé l'emportement. Malgré quelques réminiscences dans les adresses à son mari (son « biquet »), son jeu est plus sobre et plus juste.

Tout comme Suzy Delair, Louis Jouvet joue sobrement. Presque humainement... Ce n'est pas un policier tout puissant. Il n'a pas la prestance de Wens. Ce n'est rien d'autre qu'un petit fonctionnaire qui vit dans un petit appartement mal chauffé, avec son fils quand il n'est pas à l'internat. C'est cette relation familiale qui donne toute la dimension de son humanité. Ca, et la merveilleuse réplique qu'il lance à Dora (Simone Renant), l'amie (malheureuse) de Jenny : «Vous êtes un type dans mon genre : avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance. » Parce que Dora est homosexuelle. Elle est amoureuse de Jenny, mais elle sait qu'elle n'a aucune chance face au « biquet ». Une scène montre pleinement sa détresse : alors qu'elle vient de développer un cliché de Jenny, elle s'apprête à le lui porter quand elle les aperçoit par la fenêtre s'embrasser, puis tirer le rideau. Elle s'arrête alors, triste. Et cette tristesse est soutenue par le plan suivant qui voit une chanteuse réaliste interpréter Ce n'est jamais mon Tour...

Un rôle très fort et un peu risqué, l'homosexualité étant alors considérée en France comme un délit (de 1942 à 1982).

Et puis il y a Bernard Blier : il est magnifique en mari jaloux, jouant d'égal à égal avec son maître du Conservatoire : Louis Jouvet. Il est à noter d'ailleurs que ce dernier joue dans le même film que son ami qui le fit jouer à l'Atelier : Charles Dullin.

On reste en famille...

Mais quel film !

Comme toujours, chez Clouzot, c'est l'humain qui prime: les détails quotidiens, les habitudes des gens. Et bien sûr les gens eux-mêmes, dans leur petite vie. Le balayage de la caméra dans la salle du music-hall, pendant que Jenny chante Avec son Tra-la-la, est très caractéristique : ce sont des gens normaux, qui ont des réactions normales. Certaines peuvent prêter à sourire, mais elles sont avant tout justes.

Cette chanson est aussi l'occasion d'une magnifique ellipse. Alors qu'elle découvre la chanson chez un producteur, on assiste, pendant toute sa durée, à l'évolution de Jenny dans la profession. C'est ce même producteur qui commence à chanter, rapidement relayé par Suzy Delair. A partir de là, sans coupure dans la chanson, on voit la présentation dans un théâtre avec les autres artistes qui jouent autour ou s'impatientent. Puis ce sont les répétitions pour finalement arriver sur scène, dans un habit luxueux, sous les yeux des spectateurs : admiratifs, envieux, concupiscents ou amusés :

 

Le tout entrecoupé d'interventions par de célèbres seconds rôles du cinéma français : Pierre Larquey, Raymond Bussières ou Jeanne Fusier-Gir, pour ne citer qu'eux, et qui ont déjà tourné pour Clouzot antérieurement.

Et puis les incontournables dialogues du même Clouzot, mélange d'humour vache et de réalisme, portés par une belle distribution :

« Il a été mal élevé. C'est un fils de bourgeois. Il voit le mal partout »

« Je suis un bon citoyen. La preuve, c'est que moins je vois les flics, mieux je me porte. »

 

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