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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Lewis Milestone
Pluie (Rain - Lewis Milestone, 1932)

Quatre ans après, revoilà Sadie Thomson.

Mais cette fois-ci, c'est Joan Crawford qui reprend le rôle, et en face d'elle, Walter Huston remplace Lionel Barrymore. Le tout dirigé par Lewis Milestone.

Alors oui, c'est la même histoire, mais avec quelques petits changements.

 

La pluie, déjà présente chez Walsh, est ici le déclencheur du film. C'est quand elle arrive que tout commence : arrivée du paquebot déposant les Davidson (Walter Huston & Beulah Bondi), les McPhail (Matt Moore & Kendall Lee) et Sadie, pour la plus grande joie des militaires de Pago-Pago, et surtout  de Tim O'Hara (William Gargan).

Mais alors que Gloria Swanson avait de la classe, Joan Crawford ne peut cacher ses origines : elle vient des bas quartiers de Frisco. Même si c'est à Honolulu qu'elle a essayé de chanter...

Dès son apparition, le ton est donné : d'abord, ce sont ses poignets garnis de bracelets, puis ce sont ses pieds, gainés de bas résille, dans des chaussures à talons hauts. Puis, c'est son visage : la cigarette aux lèvres, la moue dédaigneuse. C'est Sadie-Joan. Magnifique. [Elle apparaîtra à nouveau de la même façon dans la séquence finale]

Mais elle n'a pas le maintien de Swanson : c'est de toute évidence une fille de mauvaise vie : en plus de fumer, elle boit de l'alcool (la fin de la Prohibition n'interviendra pas avant avril 1933), et en plus directement à la bouteille ; et enfin, elle cherche la compagnie des hommes (surtout les militaires), même si elle n'a pas besoin de chercher bien loin...

Milestone reprend le même schéma que Walsh (sans toutefois apparaître), mais Huston, malgré son talent, n'est pas Barrymore. Il reste au niveau de son personnage et n'arrive pas à le transcender comme le faisait le grand Lionel. Oui Davidson est toujours un bigot desséché, mais il lui manque le petit plus qui faisait du précédent Davidson un être franchement abject et hypocrite. Même pendant sa descente aux enfers, il lui manque ce charisme barrymorien.

Mais le véritable intérêt de ce film, c'est la prestation de Joan Crawford. Elle campe une Sadie Thomson plus marquée : alors que Gloria Swanson, de par son allure et sa prestance laissait planer le doute quant à ses origines, ici, pas d'hésitation. Sadie est une ancienne prostituée. Elle en a l'allure, la tournure d'esprit, et surtout - grand changement par rapport à la version précédente - la voix. Le parlant s'est installé depuis et cela fait une grande différence. Mais cette différence ne sert pas toujours le film. En effet, disparue la folie naissante de Sadie qui la fait se raccrocher à Davidson comme à une bouée. C'est Davidson, qui, par sa répétition du Notre Père, la fait « entrer en religion ».

Et alors que Swanson n'avait fait que changer ses vêtements (une robe austère de type monacal), Crawford change aussi de coiffure : elle redevient la merveilleuse Joan qu'on a pu admirer dans Grand Hotel, ou l'Inconnu.

Encore une fois, malgré le changement dans son esprit, Sadie Thomson est encore plus belle, encore plus désirable. Et ce n'est pas Davidson qui me contredirait.


Au final, on parlerait plus d'un remake que d'une nouvelle adaptation, le son en plus. Mais si Joan Crawford confirme qu'elle est une grande actrice, la version de Milestone, malgré ses prises de vues recherchées, reste tout de même inférieure à celle de Walsh.

 

Et puis Gloria Swanson sera toujours Gloria Swanson !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Raoul Walsh, #Gloria Swanson, #Lionel Barrymore
Faiblesse humaine (Sadie Thompson - Raoul Walsh, 1928)

Elle est belle.

Elle est libre.

Elle arrive de San Francisco par paquebot et s'en va vers Apia.
Elle s'appelle Sadie Thomson (Gloria Swanson).

Mais sur ce même paquebot, deux couples : les McPhail (Charles Lane & Florence Midgley), des touristes américains venus visiter Pago-Pago (Samoa), et les Davidson (Lionel Barrymore & Blanche Friderici), deux réformateurs venus civiliser les sauvages de l'île. Bref, de tristes bigots.


Attention scandale (en 1928) !

Sadie Thomson est une femme de son temps. Et même un peu plus. Elle est seule, elle fume, et les hommes ne sont pas insensibles à son charme. Surtout les soldats (marines) de Pago-Pago, où les femmes « blanches » ne sont pas légion. Alors quand Sadie arrive, c'est un ouragan dans l'île. Tous veulent être présentés, l'aider à récupérer ses affaires, l'accompagner... Bref, elle devient la star de l'endroit. Mais c'est sans compter sans Davidson qui, comme annoncé est un bigot desséché flanqué d'une femme puritaine.
Mais Sadie Thomson, c'est avant tout l'affrontement de deux stars du cinéma : Gloria Swanson et Lionel Barrymore.

Chacun dans sa spécialité est phénoménal : Swanson en femme (pas si) facile et Barry more en père-la-vertu abject.

Parce qu'il s'agit avant tout de deux conceptions du monde qui s'affrontent : le Bien (le religieux Davidson) et le Mal (Sadie la dévergondée).

L'apparence, autant que le jeu de ces deux acteurs est primordiale : Sadie élégante, est insouciante et rit de bon cœur avec « son armée », alors que Davidson, austère ne sourit jamais, comme le déplore Joe Horn (James A. Marcus).

Mais alors que Davidson prend l'ascendant sur Sadie, son esprit s'égare et se perd : en « sauvant » Sadie, c'est lui-même qu'il va perdre.

Malheureusement, ce film, longtemps considéré comme perdu, est amputé de ses dernières minutes. C'est quand la tension dramatique atteint son apogée que les images manquent. Reste le découpage et les intertitres recréés, illustrés de quelques photos. Il faut dire qu'un réformateur de la trempe de Davidson qui cède à une fille comme Sadie, ce n'était pas vraiment politiquement correct... Et Hays et sa clique s'en souviendront quand il s'agira de rédiger un Code...

Pourtant, quelle belle histoire nous avons là. Ce bigot forcené, fanatique même, est très bien réussi et Barrymore donne toute la mesure de son talent pour l'interpréter. On se prend rapidement à le détester ! Alors que Gloria Swanson est une Sadie parfaite. Elle possède cette insouciance des femmes américaines des années 1920, découvrant petit à petit la liberté et le monde du travail. Mais quel travail ? On ne le saura jamais, même si elle fait référence à un engagement précédent où elle chantait... Si on n'écoutait pas trop attentivement !

Et la scène où Sadie approche de la folie alors que la pluie* tombe drue ressemble à une autre scène d'un film de la même année : Lillian Gish devenant touchant aussi la folie dans Le Vent.

Raoul Walsh nous offre ici un très beau film sur la tolérance avec une Gloria Swanson merveilleuse : il la filme avec beaucoup d'attention, la rendant encore plus belle qu'elle n'était. Elle illumine l'écran, dans ses habits d'élégante comme dans sa robe d'allure monacale.

 

Magnifique.

 

[Ne parlons pas de l'adaptation du titre original. Non. N'en parlons pas, on pourrait se fâcher...]

 

* D'après Rain de John Colton & Clemence Randolph, adaptée de la nouvelle éponyme de Somerset Maugham

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Sidney A. Franklin
Mon Cœur et mes millions (Her Night of romance - Sidney A. Franklin, 1924)

Samuel C. Adams (Albert Gran), un magnat américain débarque à Southampton, accompagné de sa fille Dorothy (Constance Talmadge). Officiellement, ils sont là car elle doit soigner ses nerfs. Officieusement, il est temps qu'elle trouve un mari.

Tous les riches (et moins riches) célibataires d'Angleterre sont prévenus.

Mais c'est Paul Menford (Ronald Colman) qu'elle rencontre. Un aristocrate plutôt désargenté. C'est « l'amour au premier coup d'œil », comme disent les anglo-saxons.
Et cet amour va se développer...

Malgré eux !

 

Alors que le cinéma muet atteint son apogée*, la comédie est en train d'évoluer. Alors que le burlesque (slapstick) est en plein déclin et que Chaplin, Keaton (etc.) développent un humour de plus en plus subtile, apparaît ce qui va exploser et s'imposer dans les années 1930 : la screwball comedy (screwball = cinglé). Et ce film de Sidney Franklin est pleinement dans cette lignée. Mais comme nous sommes dans un film muet, les répliques sont remplacées par un comique de situation de plus en plus loufoque.

Dès le début, tout est réuni pour une belle histoire d'amour : une rencontre fortuite, une occasion, et... Et Paul devient docteur à la place de son oncle. Et il doit soigner Dorothy ! Alors la relation se précise... Mais Paul a besoin d'argent, alors il vend sa maison, et décide de rompre avec Dorothy.

Maison que papa Adams achète. Un soir que Paul rentre chez lui ivre, il se trompe et entre dans son ex-maison. Où dort Dorothy...

Bref, tout est là pour une magnifique comédie basée sur le quiproquo : dès qu'une ébauche de relation commence à naître, un rebondissement intervient et détruit tout. Jusqu'à la réalisation finale. Plus Dorothy et Paul essaient de se tirer d'une situation qui devient de plus en plus embarrassante, plus ils s'y enfoncent. Avec en point d'orgue, le lendemain de cette fameuse nuit de romance dont parle le titre original. [A ce propos, d'ailleurs, du point de vue de la traduction du titre, on atteint des sommets dans le n'importe quoi...]

Heureusement, le destin veille et leur envoie un agent immobilier de l'espèce requin sans scrupule : Joe Diamond (Jean  Hersholt).
Nouveau rebondissement, nouveau moment dramatique... Mais c'est une comédie, alors tout se terminera bien.

Mais c'est comment arrive cette fin heureuse qui nous intéresse. Et on n'est pas déçu. Il faut dire que le casting est magnifique. Même si tous ne sont pas des stars du cinéma, il y a un jeu très juste de chacun, Constance Talmadge et Albert Gran en tête, vrais ressorts de cette comédie. Même Ronald Colman, en amoureux mal à l'aise est très drôle. Quant à Jean Hersholt, même s'il reste un méchant habituel, il est tout de même à sa place ici.

Alors on rit de bon cœur de cette situation qui ne fait qu'empirer, pour notre plus grand bonheur. Constance est magnifique : sa première apparition est inoubliable, surtout son sourire « enchanteur ». Quant à Albert Gran, sous des allures de Henry Bergman, il est un père irrésistible.

Un régal !

 

 

* En 1924, sortent - excusez du peu - le Dernier des hommes, la Croisière du Navigator, le Cheval de fer, le Voleur de Bagdad, les Rapaces... Je continue ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred Niblo, #Douglas Fairbanks
Les trois Mousquetaires (The three Musketeers - Fred Niblo, 1921)

Une intrigue amoureuse entre la Reine Anne d'Autriche (Mary MacLaren) et Buckingham (Thomas Holding).

Un jeune cadet fougueux qui monte à Paris.

Trois mousquetaires qui passent leur temps à défaire les gardes du Cardinal.

Un cardinal Richelieu (Nigel de Brulier) qui intrigue à son tour.

Douze ferrets offerts.

Un bal.

Et au final, tout se termine bien.

 

Vous l'avez compris, Fred Niblo et Douglas Fairbanks s'attaquent au roman de Dumas.

Déjà que Dumas avait un tantinet écorné la vérité, que dire de cette version ?

C'est Méliès qui avait commencé à adapter cette histoire (1903). Et en 1921, Henri Diamant-Berger propose lui aussi sa version en douze épisodes.

Quoi qu'il en soit, il s'agit de la première adaptation américaine, et Douglas Fairbanks trouve un rôle à sa mesure : d'Artagnan.

Il n'a pas beaucoup à se forcer pour entrer dans le personnage : là encore, il brette, il bondit... Bref, il douglasfairbankse ! (peut-être pas autant qu'ailleurs, tout de même...)

Mais revenons sur l'intrigue. Alors que Diamant-Berger essaie de coller au mieux au roman, les Américains - déjà - prennent quelques libertés quant à l'histoire : les douze ferrets restent aussi unis que les mousquetaires (pas question d'en subtiliser deux), Bonacieux (Sidney Franklin) est devenu l'oncle de Constance (Marguerite de la Motte), et déjà, d'Artagnan tue Rochefort (Chez Dumas, d'Artagnan ne tue JAMAIS Rochefort !).

Mais qu'importe : Niblo nous offre un spectacle de bonne facture avec les épisodes principaux, même s'il s'arrête à la première moitié du roman. Pourtant, les éléments pour une suite sont là : l'épaule de Milady (Barbara La Marr) révèle déjà la fleur de lys... Mais il n'y aura pas de suite, ou plutôt si, avec le Masque de fer (1929), mais ceci est une autre histoire...

Et puis la distribution est alléchante : on reconnaît Eugene Pallette, encore mince, dans le rôle d'Aramis, George Siegmann dans celui de Portos, et Adolphe Menjou interprète Louis XIII, qui n'a rien d'un roi souffreteux et timide.

Quant à Richelieu, il est roué à souhait, mais manque tout de même d'un peu d'autorité : son côté un brin mielleux ne cadre pas vraiment avec ce personnage - qu'on imaginait plus - froid et calculateur. A ce propos, dans Vingt Ans après (Alexandre Dumas, 1845), d'Artagnan et ses amis rendent hommage au grand Cardinal, qu'ils regrettent, devant alors négocier avec Mazarin.

 

Force est de constater que dans les mêmes décors (ou à peu près), un an plus tard, Max Linder donnera une version toute personnelle de cette même histoire : l'étroit Mousquetaire. Non seulement il conservera quasiment la même structure que le film de Niblo, mais il fera exploser l'intrigue dans une série de gags formidables.

Quoi qu'il en soit, on apprécie cette version avec un d'Artagnan inoubliable, même si Douglas Fairbanks a interprété des rôles plus enlevés : il faut attendre longtemps pour que l'intrigue s'emballe, et surtout, il ne bondit pas autant qu'il peut le faire dans Le Pirate noir ou encore Robin des bois.

 

Mais ne boudons pas notre plaisir !

 

[Un « intruse » s'est glissée dans la photo, saurez-vous la retrouver ?]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Horreur, #Rex Ingram, #Paul Wegener
The Magician (Rex Ingram, 1926)

Paris.

Elle est belle, elle est sculptrice, elle s'appelle Margaret Dauncey (Alice Terry). Elle partage un logement-atelier avec Susie Boyd (Gladys Hamer), peintre.

Un jour, une sculpture de faune se casse, s'écroulant sur elle. Elle devrait finir paralysée si le docteur Burdon (Iván Petrovitch) n'était pas un vrai magicien de la médecine : il l'opère, la sauve et tombe amoureux d'elle.

Mais un autre magicien a assisté à l'opération (c'était un spectacle très couru). Et celui-ci n'a rien d'un philanthrope. C'est un magicien plutôt noir : Olivier Haddo (Paul Wegener).

 

Rex Ingram, installé en France avec Alice Terry, en profite pour tourner un film qu'on qualifierait d'horreur. Non pas que le sujet soit aussi formidable que Nosferatu, mais tout de même. Il a engagé, pour l'aider dans cette production, celui qui fut le Golem : Paul Wegener.

Wegener était une sous-espèce de Jannings, aussi cabotin, mais tout de même inquiétant. Tout passe par le regard. Et ça tombe bien : Haddo, - l'autre magicien - se sert de l'hypnose pour arriver à ses fins (ignobles).

Alors on ne peut pas oublier le regard de Wegener : c'est le même que celui du golem, la terre en moins. Mais malgré tout, il y a de la menace et ce Haddo est un vrai sorcier, porté sur la magie noire et la création de la vie, même s'il faut pour cela tuer.

Oui, Wegener est impressionnant, mais il lui manque tout de même le charisme de Jannings pour être encore plus effrayant.

On retient tout de même un beau final à Tourette (près de Nice) dans une tour inquiétante qui domine le village. Tour aux fenêtres éclairées pendant la nuit, véritable gardien (maléfique) du village, ajoutant de l'effroi à l'intrigue. Et en plus, il y a de l'orage... Tout est bon pour faire peur aux spectateurs.

Mais Ingram n'est pas Murnau et son film tombe un peu à plat. Dommage, car la séquence finale rattrapait le reste.

Et la scène de sabbat orgiaque, lors de la rencontre Haddo-Margaret, est tout de même bien sage. On aurait aimé la voir tournée par Erich von Stroheim (ami de Rex Ingram) ou même Cecil B. DeMille (avant qu'il rencontre Dieu), on aurait eu une vision infernale certainement plus forte que cette ébauche.

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
L'Empreinte du passé (The Road to yesterday - Cecil B. DeMille, 1925)

Deux femmes. Trois hommes. Beaucoup de possibilités. Sauf ici.

Ici, chaque femme a un homme attitré.

Beth (Vera Reynolds) va avec Jack (William Boyd), Ken (Joseph Schildkraut) va avec Malena (Jetta Goudal).

Le troisième homme ? C'est Rady (Casson Ferguson). Il n'est pas très intéressant. C'est avant tout un personnage comique.

Mais le passé pèse sur ces personnes. Il s'est passé quelque chose autrefois qui les empêche d'être heureux aujourd'hui.

Alors que tous sont réunis dans un train pour San Francisco, un accident se produit, projetant Beth trois siècles dans le passé : elle emprunte « la route vers hier » (d'où le titre original).

 

Cette fois-ci, le titre français n'est pas trop mauvais. En effet, c'est dans le passé que se résout la crise présente (pour les personnages), où Beth est la seule qui connaît l'avenir. Il y a des éléments du passé et du présent qui se mêlent, expliquant certaines découvertes, et surtout le pourquoi de la situation : pourquoi la jeune mariée (Malena) a-t-elle peur de l'ombre de son mari ? Quel est donc ce couteau que Vera semble si bien connaître ? Pourquoi Rady tombe-t-il toujours ? (non, on ne répond pas à cette question. Mais si Rady a avant tout un rôle comique, il est aussi la source des ennuis des amoureux (Beth & Jack).

Cecil B. DeMille reprend le même schéma que pour les dix Commandements (1923) : une intrigue dans le présent (ici 1926) qui trouve son explication dans le passé. Chaque personnage important a son double dans le passé : son ancêtre (?).

Le passé d'ailleurs aide à résoudre la situation de crise du présent. Et en plus, c'est édifiant : Dieu étant le dernier personnage important du film. Présent, mais invisible... En effet, Cecil Blount a rencontré Dieu et ses œuvres en portent la marque.

Mais revenons à notre film. Il faut avouer que la partie en costume est la plus réussie. Cette partie est la plus longue (50 des 96 minutes que dure le film). On y trouve les ingrédients habituels du mélodrame, avec toutefois une résolution malheureuse. Il y a de l'action dont un beau duel à l'épée (rien à voir avec celui de Scaramouche), des amours contrariées, un méchant coureur de dot (Schildkraut) et une jolie Vera Reynolds. Dommage qu'il faille retourner dans le présent pour une résolution un tantinet religieuse, rendant cette fin heureuse, certes, mais un peu fade.

Quoi qu'il en soit, les acteurs sont convaincants et le film se laisse regarder avec plaisir, ce qui est avant tout ce que doit rechercher le spectateur. En 1926 comme en 2017.

 

[A noter la présence de Dick Sutherland, dans le rôle - son physique oblige - du bourreau, lui qui fit plusieurs fois le méchant avec Harold Lloyd.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese
Shutter Island (Martin Scorsese, 2010)

1954.

Edward « Ted » Daniels (Leonardo diCaprio) arrive sur Shutter Island (au large de Boston) avec son partenaire Chuck Aule (Mark Ruffalo).

Sur Shutter Island, on garde les criminels très dangereux pour les soigner.

Mais une pensionnaire s'est échappée. Daniels et Aule sont là pour la retrouver.

Mais que se cache-t-il derrière cet établissement aussi particulier ? Traite-t-on réellement les patients pour leurs symptômes, ou essaie-t-on d'autres expériences, comme ont pu le faire - par exemple - les nazis dans les camps de concentration ?

 

Cette histoire se situe à la fin de la Peur Rouge : quand les Américains avaient peur d'une invasion communiste et qu'ils recherchaient au sein de leurs administrations et autres organismes d'éventuels espions, le tout chapeauté par l'ineffable MacCarthy...

Mais si cette pseudo-menace est évoquée, c'est avant tout une autre expérience traumatisante qui est présente dans l'esprit de Daniels : la libération du camp de concentration de Dachau, en avril 1945.

C'est cette expérience traumatisante qui donne la tonalité du film. Daniels rêve du camp, éveillé ou non. Il ne peut chasser de son esprit les cadavres dans la neige. Le film, prenant surtout le point de vue de Daniels, montre le complexe de santé comme un nouveau camp de concentration : l'arrivée dans une allée bordée de lampadaires noirs, l'entrée par une grille à double battant derrière laquelle se tient le bâtiment principal... Tout est là pour rappeler l'expérience traumatisante de Daniels. Cela va aussi nous donner une orientation pour l'histoire terrible que nous allons voir.

 

Cette évasion devient un prétexte pour Daniels : retrouver le dingue qui a tué sa femme en incendiant leur maison.

Mais les portes se ferment et les esprits aussi. Il n'y a pas de véritable collaboration. Finalement, les deux hommes doivent lutter seuls pour découvrir une vérité qu'on leur cache.

Martin Scorsese nous livre un nouveau thriller assez déroutant. Mais c'est surtout parce qu'il se passe dans un institut psychiatrique pour criminels endurcis. Et plus Daniels avance dans son enquête (et nous avec), plus la situation s'embrouille. Mais il faut dire qu'il y a de quoi devenir fou. Et les deux pontes qui semblent diriger l'établissement - Ben Kingsley et Max von Sydow - sont inquiétants à souhait. Surtout von Sydow.

Et petit à petit, Scorsese place les indices nécessaires à la révélation finale (parce qu'il y en a une). Ce sont des détails, des histoires, des personnes : des clés permettant de trouver la solution de cette énigme.

 

Et cette révélation finale (qui ne devrait donc pas en être une) tombe sur Daniels comme la foudre pendant la tempête qui secoue l'île. Et sur nous aussi. Pourtant, si on est bien attentif...

La scène-clé est celle où Daniels rencontre George Noyce (Jackie Earle Haley), dans le pavillon des patients (encore) plus dangereux. Et comme Noyce n'est pas là par hasard, il est difficile de suivre le fil de cette histoire tellement décousue. Mais qui pourtant se tient admirablement.

Il faut aussi dire que la distribution est à la hauteur de l'intrigue : Leonardo diCaprio est extrêmement convaincant de ce rôle de policier déphasé. Après vingt ans avec Robert de Niro, Scorsese a trouvé son remplaçant : de Gangs of New York au Loup de Wall Street, Leonardo nous offre des personnages que de Niro ne pouvait plus jouer, l'âge étant un facteur irrémédiable...

 

Mais là encore, n'attendez pas de happy ending, c'est Scorsese. Au mieux, il retournera à son point de départ, au pire...

Mais là encore, cette « fin » peu glorieuse est totalement assumée par Daniels. Comme elle l'avait été par Henry Hill (les Affranchis) ou encore Sam Rothstein (Casino).

Un film à revoir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Le Mécano de la General (The General - Buster Keaton & Clyde Bruckman, 1926)

La General, c’est une locomotive.

Elle est conduite par Johnnie Gray (Buster Keaton).

Johnnie Gray a deux passions dans la vie : sa machine, et sa fiancée, Annabelle Lee (Marion Mack). Mais bientôt, la Guerre Civile éclate et les hommes du Sud s’engagent.

Johnnie aussi, mais étant machiniste, on le juge plus utile aux commandes de sa machine qu’au front.

Devant ce non-engagement, sa fiancée le boude, le considérant comme un lâche.

Mais des Nordistes s’emparent de sa machine, ainsi que de sa fiancée qui avait l’intention de voyager. Johnnie n’hésite pas : il va la sauver, ainsi que sa machine !

 

Il s’agit ici d’un film à grand spectacle. Rarement un film muet aura eu autant de moyens à sa disposition : plusieurs locomotives (dont une détruite), un nombre impressionnant de figurants… Bref, la United Artists n’a pas lésiné et le résultat est tout bonnement formidable.

Basé sur une histoire réelle de vol de train pendant la guerre de Sécession, Keaton réussit à nous faire rire avec un sujet a priori sérieux. Onze ans après Naissance d’une Nation, voici un nouveau grand film qui traite de la guerre civile américaine, côté sudiste, avec le sérieux nécessaire pour faire un bon film comique. Et le racisme en moins...

Mais, sujet oblige, ce ne sont pas les coups de pied au derrière et autres tartes à la crème qui dominent dans ce film (juste un petit coup de pied lors de l’engagement…). Au contraire, le comique est plus subtile. Le changement opéré par Keaton en passant aux longs métrages se précise. Son humour est plus subtile, même s'il est basé sur une mise en scène réglée au millimètre près. Ici, les gags sont au service de l'histoire. Alors que longtemps, les situations étaient prétextes à des gags plus ou moins réussis, Keaton (comme Chaplin et les autres) nourrit son intrigue de gags magnifiques.

 

Alors on se laisse faire. On embarque à bord de la General et on assiste aux exploits (le terme le plus juste) de Johnnie, héros malgré lui... Quoi que...

Si les événements jouent en sa faveur, il ne faut pas oublier que c'est lui qui est à l'origine de ce périple en terres ennemies. Avec lui, on est déçu qu'il ne soit pas engagé, mais on se réjouit de la tournure des événements.

Et puis les scènes sur le train sont magiques : Keaton réussit à utiliser au maximum le décor à sa disposition : plateforme de la locomotive, chasse-bison (avant du train), wagons... Tout amène un gag savamment orchestré : une folie bien réglée qui utilise à chaque fois toutes les possibilités offertes.
Et comme ce n'est pas John Ford qui dirige, ce sont les Confédérés qui l'emportent. Il faut dire aussi que c'est le début du conflit, d'où cette victoire. Mais que nous importe le sort des armes. C'est Johnnie et sa fiancée qui nous intéressent. Et le voir traverser le conflit par amour ne peut avoir qu'une récompense à la mesure de sa bravoure (plus ou moins volontaire). Même si Marion Mack n'est pas employée à son maximum (du fait du scénario, avant tout), leurs scènes en commun sont drôles à souhait : il y a un tel décalage entre eux deux. Un exemple : alors qu'il manœuvre pour échapper à ses poursuivants, elle balaie la plateforme...

 

Tout de même, une question subsiste : comment le Sud a-t-il pu perdre, avec une telle armée et surtout un machiniste pareil ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Sydney Pollack, #Robert Redford
Les trois Jours du Condor (Three Days of the Condor - Sydney Pollack, 1975)

Joe Turner (Robert Redford) travaille à l'American Litterary Historical Society, à New York. Il passe sa journée à lire. Il lit tout ce qui paraît, partout dans le monde.

Turner travaille en fait pour la CIA. Nom de code Condor. Dans les livres il traque les messages pouvant menacer la sécurité des Etats-Unis.

Et un jour, il découvre le message de trop.

Alors qu'il va chercher à manger pour ses collègues, ces derniers sont abattus par un commando.

Turner est seul. Contre tous.

 

L'affaire du Watergate a laissé de profondes traces dans l'opinion américaine. S'ensuivit une période de défiance contre la CIA ainsi qu'une série de films dont fait partie celui-ci. Années 1970 obligent, on retrouve deux stars de cette époque : l'inusable Robert Redford et la belle Faye Dunaway. Ils forment tous les deux un équilibre possible par un jeu d'acteur sobre. Si Kathy Hale (Faye Dunaway) est « prisonnière » de Turner, elle n'en est pas pour autant hystérique. Mais leur rencontre est de toute façon éphémère, au vu des circonstances. En trois jours, ils se rencontrent, s'aiment et se quittent. C'est tout. Mais leur amour est intense, puisque limité dans le temps. Cela donne lieu à une belle scène d'amour (charnel, mais ne vous affolez pas, on ne voit rien) à l'intensité accentuée par des cadrages montés dans un rythme soutenu, alternant champ/contre-champ avec beaucoup d'adresse.

 

Ce qui marque dans  ce film, c'est l'ambiance. Nous suivons un homme traqué qui devient rapidement paranoïaque (on le deviendrait à moins). Et c'est son travail qui le sauve : avoir lu des tonnes de livres lui procure des idées et des stratagèmes pour s'en sortir.

Mais une question reste en suspend : pour combien de temps ?

Sydney Pollack nous livre un formidable film d'espionnage en prenant un tout autre point de vue. Alors que James Bond enchaîne les succès, l'histoire de ce pauvre type qui voit tout s'effondrer autour de lui est terrible et surtout réaliste. Pas de déluge d'effets spéciaux ni de conquêtes féminines multiples. Des gens. Normaux. Et c'est en ça que cette histoire est terrible : derrière Joe Turner, c 'est n'importe quel spectateur américain de 1975 qui peut se reconnaître (bien que tous ne travaillent pas pour une branche de la CIA). Parce que pour s'en sortir, le Condor doit avant tout compter sur lui-même sans artifice ni gadget : d'expédient en expédient.

 

Mais si on ne ressort pas en se disant que la CIA est complètement pourrie (la morale est en partie sauve), on ne peut que se poser des questions sur les agissements internationaux de cette agence de voyage... Pas étonnant que des théories complotistes aient surgi un peu partout aux Etats-Unis.

Non, le film n'est pas une incitation à crier au complot. Il montre les limites d'une organisation gouvernementale dont le fonctionnement est avant tout basé sur le secret. Et malgré tout, il reste d'actualité, avec un autre organisme dont on ne parlait pas encore, la NSA. Jusqu'où peut aller une organisation fondée sur le secret au nom des intérêts patriotiques ?

 

Et si l'opération dénoncée par Turner échoue, on ne peut que remarquer une certaine prémonition dans le choix géostratégique du scénario : la deuxième guerre du Golfe (2003-2011)...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Robin des Bois
Robin des Bois (Robin Hood - Allan Dwan, 1922)

Ca saute, ça brette, ça tire à l'arc, ça jubile...

Bref, ça douglasfairbankse !

 

Il s'agit de la première adaptation notable - la troisième au cinéma - de la légende de Robert Huntingdon, comte de Locksley, appelé plus communément Robin des bois, le bien nommé.

Et ici, pour immortalisé ce (déjà immortel) héros, rien de moins que son altesse Douglas Fairbanks (d'où l'introduction !).

Pourtant, au début, ce n'est pas gagné. Si Robert est un chevalier courageux, il a tout de même un gros problème : les femmes. Il ne sait pas leur parler, ne sait plus où regarder quand elles lui parlent... Il préfère jouer à la bagarre (pour de rire) avec ses copains !

Mais Richard Cœur-de-Lion (Wallace Beery) va partir en croisade, et Locksley doit l'accompagner. Gisbourne (Paul Dickey) aussi, d'ailleurs, avec le dessein secret de se débarrasser de Robert et Richard pour permettre l'accession au trône de l'ignoble prince Jean (Sam de Grasse).

 

Allan Dwan nous offre ici sa version de Robin des Bois. Il s'agit d'une version qu'on peut aisément qualifier de « truculente ». Dès les premiers plans nous montrant Robin, on voit qu'il s'agit d'un personnage haut en couleur - malgré son appréhension envers les femmes. Mais heureusement, sa rencontre avec Lady Marianne (Enid Bennett) le décoince totalement, lui amenant le grand amour par la même occasion.

L'autre personnage truculent de cette œuvre, c'est le roi Richard. Et avoir confié ce rôle à Wallace Beery accentue le côté bon vivant et ripailleur du roi saxon, toujours prêt à s'amuser, mais roi quand même et capable d'exercer son autorité à bon escient.

 

Mais le souci de Dwan est surtout de donner un contexte historique réaliste à cette aventure légendaire. C'est pourquoi la première partie du film s'étend sur le départ pour la Croisade de Richard, avec - bien entendu - moult réjouissances : tournoi et festin. C'est pendant le tournoi d'ailleurs qu'on découvre la véritable nature - ignoble, bien sûr - de Gisbourne, inféodé à l'autre immonde, Jean. A ce propos, Paul Dickey et Sam de Grasse sont deux méchants particulièrement photogéniques. Si Dickey n'a pas la méchanceté raffinée d'un Basil Rathbone, il a tout de même un physique qui joue en sa faveur (de méchant) : il est laid, traître et fourbe. Une réussite, je vous dis.

 

Quant au prince Jean, il a une magnifique tête de faux-jeton, avec ses manières (de façade) élégantes et sa barbe taillée finement. Mais c'est un sacré mauvais, lui aussi. Il fait penser à Guillaume, dans l'album de Peyo, Le Châtiment de Basenhau, le conseiller de ce dernier. Moralement et physiquement.

Et puis il y a Douglas Fairbanks et sa bande de joyeux compagnons. Jamais ces compagnons ne seront aussi joyeux : ça bondit, ça saute, ça sautille, ça danse presque !

 

Et Douglas Fairbanks nous donne ce que nous voulons : des acrobaties spectaculaires. Il descend le long d'un rideau, escalade un pont-levis en mouvement ascendant, grimpe le long d'une vigne vierge... Formidable.

Mais, il n'y a pas de tournoi d'archer. Et Robin ne rencontre pas Petit John au bâton pour passer le gué...

Qu'importe, le plaisir reste entier...

... En attendant la version Curtiz qui va donner ses lettres de noblesse à ce personnage haut en couleur !

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