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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lionel Barrymore, #John Gilbert
La Morsure (The Show - Tod Browning, 1927)

Cock Robin (John Gilbert) est un baratineur de foire. Tous les jours, il vante les mérites de son spectacle à une foule rapidement conquise, surtout les femmes ! Il présente un spectacle en deux parties : des femmes-monstres et une reconstitution des derniers instants de Jean le Baptiste, avec décollation en direct.

Bien entendu, tout n'est qu'illusion, les monstres comme l'exécution, mais le spectacle continue...

 

La Morsure. Le titre original, c'est Le Spectacle. D'accord, il y a une morsure, mais ce n'est pas le plus important ! Mais arrêtons de se battre avec les traducteurs du cinéma, sinon, on n'en finirait pas.

Tod Browning, qui a fait (une partie de) ses classes chez Barnum, a toujours été fasciné par le spectacle. Nombre de ses films y font référence, tout comme celui-ci, quelques mois avant L'Inconnu, qui mettra en scène un personnage - Alonso (Lon Chaney - qui n'est pas celui qu'il prétend. Là encore le spectacle est prétexte à mystification pour le spectateur (dans le film). Et Browning révèle le truc à celui du cinéma, afin de le prendre comme complice dans cette même mystification.

Mais, oh surprise, Lon Chaney n'apparaît pas au générique. Pourtant, Robin est un personnage qui aurait tout à fait convenu à ce grand acteur. Le seul problème, c'est que Robin, de par son rôle d'aguicheur, devait être tenu par un jeune premier. D'où la présence de John Gilbert. Ce dernier retrouve d'ailleurs Renée Adorée avec qui il avait joué deux ans plus tôt (La grande Parade).

Robin est un personnage dans la lignée de Liliom : il parle bien, présente bien, et les femmes se pâment à sa vue (ou presque). Comme Liliom, il n'hésite pas, quand les circonstances le lui permettent, de gifler une femme (et comme Liliom, il a un magnifique sweater à rayures : ça doit être l'uniforme des bonimenteurs de foire...). Bref, ce n'est pas un personnage très fréquentable.

Mais il est irrésistible...

En face de lui, un méchant comme on les aime : le Grec (Lionel Barrymore). Un méchant au regard clair et aux scrupules absolument absents. Une réussite !

Et puis il y a le vieil homme aveugle (Edward Connelly). Son fils est en prison, mais Salomé (Renée adorée) lui fait  croire qu'il est soldat couvert de gloire et qu'il va revenir. Là encore, tout n'est qu'illusion : ce vieil homme croira jusqu'au bout que son fils va revenir. Alors quand il le retrouve, l'émotion est forte. Trop. Connelly, qui a joué dans nombres de grands films muets, signe ici encore une belle interprétation de père désespéré.

C'est cet homme qui fait basculer l'intrigue. Il amène Robin à la rédemption, poursuivant une chimère qu'il pense avoir attrapée. Au contact de cet homme, les illusions de Robin tombent : il voit le monde tel qu'il est et décide de s'amender. Mais il y a toujours le Grec, qui a bien l'intention d'en finir avec lui...

 

Alors oui, Gilbert n'a pas la plastique faciale, ni la prestance du grand Lon, mais sa prestation reste honorable. Mais c'est Renée adorée qui illumine l'écran à chaque fois que la caméra se rapproche d'elle : son regard clair brouillé de larmes est magnifique.

Mais Browning reste Browning, continuant à proposer des personnages doubles qui ne sont pas qui ils prétendent être, qu'ils le veuillent (Lon Chaney) ou non (John Gilbert).

 

[Petit détail : un intertitre prémonitoire « vous avez été engagées pour être des monstres... pas des vampires » ("You're hired as freaks... not vampires")]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford, #John Wayne
La Chevauchée fantastique (Stagecoach - John Ford, 1939)

Ca aurait pu s'appeler plus simplement : la Diligence. Mais il faut toujours que les traducteurs fassent dans le sensationnel.

Pourtant, il faut reconnaître une chose : la chevauchée dont on parle est tout bonnement fantastique. Rarement une poursuite aussi intense a eu lieu dans un western.

D'un côté une diligence noire, remplie de citoyens pas tous très fréquentables, de l'autre une bande d'Apaches assoiffés de sang.

Le tout dans le décor somptueux de monument Valley.

Parce que c'est un film de John Ford. Il s'agit même du premier avec John Wayne en vedette. Ce film va en plus révéler ce dernier qui, depuis la Piste des géants était un peu sous employé.

 

Alors on retrouve les éléments fordiens : un microcosme de personnages pittoresques qui ne sont pas toujours bien assortis. Mais c'est de ces différences que naissent de belles histoires. Malgré le cadre extraordinaire de Monument Valley, nous assistons à ce qui ressemble à un huis clos pendant les trois quarts du film, l'intrigue s'ouvrant légèrement une fois les protagonistes arrivés au bout du voyage.

Huis clos parce que, où qu'ils se trouvent, ils sont toujours ensemble dans le même lieu, et si par hasard quelqu'un leur tient compagnie, rapidement cette personne s'efface voire s'enfuit.

Et ce huis clos est intéressant de par la diversité des personnages.

 

Deux camps s'affrontent :

- les bons citoyens Mrs Mallory (Louise Platt), Mr Hatfield (John Carradine) et Mr Gatewood (Berton Churchill). Ce sont les tenants de la bonne société. Ils ne se mélangent pas avec n'importe qui et le montrent bien.

- Au milieu, le shérif Curley (George Bancroft), Buck (Andy Devine), le conducteur de la diligence et Mr Peacock (Donald Meek).

- les mauvais sujets : Dallas (Claire Trevor), Dr Boone (Thomas Mitchell) et Ringo (John Wayne). Entre Dallas, qui est chassée de la ville parce que prostituée, le docteur Boone qui est un alcoolique notoire et Ringo qui sort de prison, pas étonnant que les autres les regardent de travers. Pourtant, ce sont bien eux les plus attachants. Dallas a beau être ce qu'elle est, elle n'en demeure pas une femme que Ringo - jeune et naïf, certes, malgré ses frasques passées - respecte. C'est d'ailleurs cette naïveté qui redonne sa fierté à Dallas, se sentant à nouveau une femme comme les autres.

 

Et Ford nous amène à aimer ces trois « paumés » : des criminels ou assimilés comme tels. On est loin du manichéisme dominant dans les westerns. Il est rare de vibrer pour une ex-prostituée, un repris de justice et un alcoolique... Mais ce sont eux les vrais vivants du film. Et Mrs Mallory le comprendra finalement, alors que Hatfield n'aura pas le temps, et Gatewood d'autres préoccupations.

Mais l'art de Ford, c'est de recréer cette période légendaire des Etats-Unis, après la guerre de Sécession - les blessures ne sont pas encore guéries - où les autres personnages gravitant autour du groupe vedette donnent un cachet de réalisme et d'humanité formidables. Les barmen, par exemple sont omniprésents : le premier, c'est Jack Pennick, qui est bien content de se débarrasser d'un client comme le docteur Boone ; le second, c'est Francis Ford - frère de l'autre -  alter ego de Boone qui voit avec beaucoup de bonheur arriver un tel compagnon de boisson ; le troisième, à Lordsburg, ne parle pas, il agit et met vite à l'abri son miroir, sentant que la discussion entre Ringo et les frères Plummer risque de faire des dégâts. Mais il sait être reconnaissant envers Boone de lui avoir sauvé les meubles...

 

Et puis il y a les Indiens. Pendant la plus grande partie du film, ils ne sont que mentionnés. On aperçoit même des signaux de fumée ou des reflets métalliques, mais pas d'Indien. pourtant la menace est présente et va en s'intensifiant.

Ils n'apparaissent que dans les dernières vingt-cinq minutes, et de façon plutôt... Brutale ! S'ensuit alors la célèbre chevauchée dans laquelle on assiste à un grand moment de cinéma, avec en point d'orgue le célèbre plan en contre-plongée avec la diligence et les chevaux qui passent par dessus la caméra. Du grand cinéma !

 

[En 1968, Morris et Goscinny sortiront La Diligence, quarante-septième aventure de Lucky Luke avec des éléments de l'intrigue du film, utilisant des personnages pittoresques dont certains furent directement inspirés par le film : Mr Flimsy (pour Mr Peacock), Scat Thumbs (pour Hatfield), le révérend Rawler (pour Gatewood). Un autre régal]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Ford Coppola, #Gangsters
Cotton Club (The Cotton Club - Francis Ford Coppola, 1984)

Harlem, 1928.

Dixie Dwyer (Richard Gere) joue du cornet dans un club.

Dans ce même club, les frères Williams (le regretté Gregory Hines et son frère aîné Maurice) ont un duo de claquettes.

Parmi les clients, Vera Cicero (Diane Lane), et surtout Dutch Schultz (James Remar, fabuleux), un caïd vraiment mauvais.

Et le Cotton Club, plaque tournante de ce microcosme.

 

Le Cotton Club, c'est le club mythique de Harlem où les Blancs venaient voir et écouter les Noirs. C'est là que se sont produits Duke Ellington, Cab Calloway ou encore Joséphine Baker,(pour ne citer qu'eux).

Ici, c'est le centre de l'action. Tout le monde va au Cotton Club : pour y jouer (les frères Williams), pour voir (Dutch Schultz), pour être vu (Chaplin, Cagney, Swanson...), pour vivre (Owney Madden/Bob Hoskins)...

Mais derrière le strass et les paillettes du Club, des histoires moins belles se déroulent. pendant environ cinq ans, on assiste à lune évolution de la société : officielle avec au final l'acceptation des Noirs comme spectateurs (à l'écart, tout de même), et officieuse avec l'installation de la Mafia italienne.

On suit en parallèle l'ascension de Sandman et la déchéance du Dutch (d'où la séquence finale, voir plus bas). Et au milieu de tout ce petit monde : Dixie Dwyer. Découvert par le Dutch (= le Hollandais), il va peu à peu s'en éloigner et vivre sa vie dans ce monde en constante évolution, l'avènement du cinéma parlant et la crise de 1929.

 

Dix ans après Le Parrain 2, Coppola renoue avec les films de gangsters. Mais un peu avant l'avènement de la mafia. Ca pourrait presque être le lien qui manque entre les débuts de Vito Corleone (Robert de Niro) et le même en patriarche établi (Marlon Brando). D'ailleurs, le futur parrain, Charles Luciano (« Little » Joe Dallessandro) a un grain de beauté sur le visage (sur l'autre joue, mais qu'importe, le clin d'œil est là).

Et comme nous sommes chez Coppola, nous assistons aussi à la désagrégation d'une famille, les Dwyer : le père, déjà disparu ; la mère qui donne des cours de danse aux enfants du quartier ; Vince (Nicolas Cage) qui tourne gangster ; et Dixie qui voit sa famille se diluer avec le temps.

Et puis la violence est là, indispensable à ce sujet, souvent soutenue par des numéros musicaux du Club, en surimpression. N'oublions pas que Dutch Schultz est un mélomane !

La musique, d'ailleurs est omniprésente et rythme la vie des personnages. Evidemment, Duke Ellington se taille la part du lion (à tout seigneur, tout honneur), apparaissant même (Zane Mark) : ouverture du film avec The Mooche ; clôture avec, sur fond bleu évidemment, Mood Indigo... Mais il faut compter aussi avec Cab Calloway (Larry Marshall) - « monsieur Plus » comme l'appelait Cabu - qui nous fait un magnifique numéro avec son incontournable Minnie the Moocher. Un régal.

 

Enfin, Coppola nous offre, en point d'orgue une séquence en montage parallèle d'une grande virtuosité. Elle rappelle celle d'Apocalypse Now, quand le général est enfin tué, en même temps qu'un taureau. Mais ici, pas de bête menée à l'abattoir. Quoi que... D'un côté, le Dutch, de l'autre Dalbert Sandman Williams dans un numéro de claquette époustouflant. Sans musique, rien que lui, ces chaussures ferrées et une poursuite lumineuse. Et plus la danse gagne en intensité, plus l'issue - fatale, bien sûr - se rapproche pour le Dutch.
Mais on ne pouvait pas finir sur une note aussi dramatique alors Coppola nous offre un final musical sur High Life (Ellington) où la danse du Club se mêle au destin des personnages, dans un décor - bien entendu - de spectacle.

Parce que finalement, ce n'était qu'un spectacle.

 

Cotton Club est un film qui se déguste comme une friandise rare : avec délectation, mais surtout avec gourmandise.

A (re)voir donc, mais aussi à écouter...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Prisonnière du désert (The Searchers - John Ford, 1956)

Monument Valley.

John Wayne, Ward Bond, John Qualen et même Jack Pennick.

Une jeune femme forte.

Un square dance.

Une bagarre.

 

Pas de doute, nous sommes dans un film de John Ford. Mais quel film. L'un des plus extraordinaires du maître. Plus qu'un film, c'est une quête. Une quête pour ses racines.

Ethan Edwards (John Wayne)est un aventurier. Il n'a pas d'attache. Juste une famille qu'il visite quand l'envie lui prend ou qu'il a le temps. Cette famille, c'est son frère Aaron (Walter Coy) et sa femme Martha (Dorothy Jordan) et leurs enfants dont la plus jeune, Debbie (Lana Wood). Malheureusement, la ferme de son frère est attaquée et seule Debbie survit. Elle survit mais est enlevée par le chef indien Scar (Henry Brandon).

Commencent alors un peu pus de cinq ans de recherche pour Ethan et Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune garçon qu'Ethan avait sauvé des Indiens quand il était petit.

Ethan est certes un aventurier, mais il a pourtant des convictions. C'est avant tout un homme du Sud. Pendant la Guerre Civile, il était du côté des Confédérés.

Ce positionnement peut aussi expliquer sa haine des Indiens. Cette haine, renforcée par ce qui arrive à sa famille est présente avant. Il a des raisons de leur en vouloir avant que tout commence. C'est un homme pour qui « un bon Indien est avant tout un Indien mort. »

Et pourtant.

Pourtant, dans sa quête, il croise nombre d'Indiens sans montrer une quelconque animosité. Paradoxalement, c'est de Martin qu'il se méfie : Martin a du sang indien, c'est tout ce qui fait la différence pour Ethan. Mais cette quête inclut aussi Martin, qui a été élevé avec les enfants Edwards. Cette différence de racines est source d'antagonisme entre deux hommes : Ethan représente la vieille génération alors que Martin est la jeune, celle qui a l'avenir. Celle qui fait dire à Ma Jorgensen (Olive Golden) que ce pays deviendra un jour civilisé...

Cet antagonisme rappelle celui d'un autre film dans lequel jouait John Wayne : La Rivière rouge (1948). Mais le propos est très différent et là s'arrête la comparaison. Et malgré tout, on sent poindre des changements dans l'attitude des deux hommes : Martin grandit au contact de ce père putatif alors qu'Ethan s'humanise à son contact.

Mais si transfiguration il y a, elle ne peut être spectaculaire : un vieux cowboy comme Ethan ne peut pas changer entièrement. C'est trop tard. Et puis de toute façon, son destin n'est pas de s'installer. il repartira, c'est sûr.

D'ailleurs, la séquence finale est un rappel de celle d'ouverture : une porte ouverte vers le désert, avec cette fois Ethan, la main gauche sur le bras droit, en hommage à un vieux complice de John Ford : Harry Carey, dont c'était l'un des gestes.

Et puis il y a tout ce qui fait de ce film un élément fordien : oui, ça danse, ça boit et ça se bat. Mais c'est avant tout une histoire de famille. Une histoire de racines. Pour Ethan, Martin n'est qu'un étranger. et Debbie, au contact des Indiens le devient pour lui. Mais c'est tout de même cet attachement familial qui le porte dans sa quête et lui fait faire la dernière expédition. Qu'il le veuille ou non, Debbie est avant tout l'avenir de sa famille, plus que Martin.

Et puis il y a le microcosme gravitant autour de l'intrigue principale : la petite histoire à côté de la grande, avec ses personnages hauts en couleur :

- Jorgensen (John Qualen), le Suédois devenu américain qui n'oublie pas de chausser ses lunettes pour écouter la lecture de sa fille.

- Clayton (Ward Bond), le révérend qui est aussi Texas Ranger et passe d'une fonction à l'autre sans beaucoup de difficulté. C'est aussi lui qui amène le premier la vie dans le film : son arrivée à la ferme Edwards est terriblement fordienne.

- Et les femmes. Surtout deux d'entre elles : Ma Jorgensen et sa fille Laurie (Vera Miles). Laurie est l'archétype de la femme fordienne : elle a une volonté très forte et une autorité naturelle qu'on retrouve chez nombres d'héroïnes du maître. Mais elle a beau montrer une fierté qui touche à l'orgueil, elle ne peut résister longtemps à celui qu'elle aime. Elle ressemble beaucoup à Mary Kate Danaer dans l'Homme tranquille.

 

Terminons sur Ethan (encore lui). John Wayne campe, avec beaucoup de talent, un personnage ambigu assez différent de ceux qu'il a déjà joués pour Ford. Son personnage n'est pas d'un bloc comme d'habitude. Alors que d'habitude on le catalogue rapidement dans les bons, ici, il a un rôle beaucoup plus subtile. Il n'est ni bon ni vraiment méchant : le monde n'est pas manichéen. Alors il passe d'un côté à l'autre de la balance sans toutefois se fixer.

 

D'un point de vue moral comme d'un point de vue physique, de toute façon, il ne se fixera jamais.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fantastique, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
The Fisher King (Terry Gilliam, 1991)

Il est bientôt cinq heures à Grand Central Station.

C'est la sortie des bureaux et tout le monde se rue afin de prendre son train vers la maison.

Et puis elle apparaît : Lydia (Amanda Plummer).

Alors le temps s'arrête. Ou plutôt, il s'écoule différemment. La lumière change, la musique s'intensifie : c'est une valse. Et les New Yorkais pressés se mettent en couple et dansent sur ce rythme ternaire alors que la pendule de la gare égrène les minutes, surmontée d'une boule à paillettes qui accentue la magie de l'instant.

Et puis le premier coup de cinq heure retentit. La musique s'arrête. Chacun repart vers sa destination.

Parry (Robin Williams) est heureux. Il attend demain avec impatience.

 

C'est - à mon avis - l'une des plus belles scènes du film. Terry Gilliam arrive à faire sortir la magie de n'importe quel lieu. il suffit de le laisser faire. C'est d'ailleurs l'une des rares choses qu'on l'a laissé faire, vu que ce film est une commande. Les Oulipiens disaient - avec justesse - que « la contrainte est libératrice. »

Encore une fois, ils ont raison. Il y a dans cette histoire plutôt convenue une émotion et une magie qu'on retrouve dans les films de Gilliam.

Jack Lucas (Jeff el Duderino Bridges) est un animateur de radio qui a eu une parole de trop. Résultat : un homme est entré dans un bar et a flingué à tout va avant de se tuer. Parmi les victimes, la femme du professeur Henry Sagan. Et Henry Sagan, c'est Parry.

Depuis, c'est la descente aux enfers, auprès d'Anne (Mercedes Ruehl), bien bonne d'avoir récupéré une telle épave.

Mais cette épave n'a pas encore touché le fond. et au moment où elle le fait, au moment où soit on coule définitivement, soit on prend appui pour remonter, intervient Parry et son armée de clochards.

Alors Jack va découvrir qui est Parry et malgré lui, l'aider. Vraiment.

 

Jack fait partie de ces héros égoïste, égocentrique, égotique... Bref, c'st tout de même un sale type. Mais heureusement, il rencontre le professeur Sagan. Va alors commencer une thérapie bilatérale. Chacun va se nourrir de l'autre, lui parler, l'écouter, essayer de le comprendre et de l'aider.

Mais cette thérapie ne suffit pas. Il y a un but suprême à cette rencontre : une quête. LA Quête : le Graal. Et comme toujours, la route vers le Graal est semée d'embûche, en l'occurrence le Chevalier Rouge, un ennemi redoutable.

Mais, seul Parry voit ce Chevalier Rouge...

Il n'intervient pas très souvent : à chaque fois que Parry est heureux ou en passe de l'être.

Il y a un parallèle évident entre Parry et Sam Lowry, le héros de Brazil :

- Lowry s'enfonce dans les ennuis, alors il s'endort et rêve. C'est sa seule façon d'échapper au cauchemar quotidien.

- Parry a une vie nulle, dans la rue. Mais à chaque fois que sa vie va s'éclairer, le rêve le prend éveillé pour l'empêcher d'accéder à ce bonheur promis.

Mais Jack est là. et Jack, en sauvant Parry ne cherche qu'une chose : se sauver lui-même. Je vous l'ai dit, c'est un égoïste. Mais alors qu'il pensait s'en tirer avec quelques billets lâchés à un pauvre clodo, il se retrouve impliquer dans une quête mystique et médiévale dont il ne pourra pas sortir indemne. Comme dans toute belle histoire, le héros finira transfiguré. Il n'est plus lui-même. Il est devenu quelqu'un d'autre, de meilleur : la fameuse rédemption chère aux Américains !

 

Toujours est-il que cette rédemption passe par New York. Une autre ville. Pas celle de Woody Allen ou Scorsese (et les autres). Non. C'est une ville pleine de mystère où chaque coin de rue recèle ses mystères dissimulés par des nappes de brume opportunes.

 

Et puis il y a les femmes. Que seraient les chevaliers errants sans une dulcinée à (re)conquérir ?

L'une, c'est Lydia est une femme insignifiante. Elle n'a pas des manières bien évoluées (il faut la voir au restaurant jouer avec la nourriture et Parry pour comprendre). Mais aux yeux de Parry, c'est la plus belle femme du monde. Il est prêt à tout pour elle.

L'autre, c'est Anne. Une femme forte. Mais qui se laisse entraîner dans cette quête de rédemption avec de plus en plus de plaisir... Jusqu' à ce que Jack redevienne Jack... Mercedes Ruehl est magnifique !


Bref. Un film magique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
La Marque du vampire (Mark of the Vampire - Tod Browning, 1935)

Quelque part en Europe centrale...

Sir Karell (Holmes Herbert) est mort. Assassiné. Comment ? Mystère...

On l'a retrouvé exsangue, avec des marques au cou.

Un an plus tard, c'est sa fille Irena (Elizabeth Allan) qui a été attaquée. Des marques similaires ont été retrouvées à son cou.

Un vampire rôderait...

 

Quatre ans après Dracula, Tod Browning nous propose une histoire similaire. Mais ce n'est plus le personnage de Bram Stoker qui est le centre de l'attention. Plutôt ce qu'on appellerait de nos jours un « copycat ».

Alors on a droit à un magnifique bestiaire : un hibou, des araignées (velues, bien sûr), des cafards (immondes, cela va de soi), et des chauves-souris. Plein de chauves souris. Dès que possible, il y en a une qui vole (la nuit) ou qui pend (le jour). Et puis des toiles d'araignées...

Oui, on se croirait revenu dans le film de 1931. Et pourtant. Seul Béla Lugosi était là dans le film précédent. Entre temps, Tod Browning est passé à la MGM, alors on y retrouve quelques figures qui ont souvent joué les seconds rôles pour la compagnie (Donald Meek, Lionel Atwill). Et le film, s'il traite des vampires est bien éloigné de l'histoire de Bram Stoker.

Le « vampire », c'est - bien entendu - Béla Lugosi. Là encore, très peu de musique (seuls quelques accords à l'orgue), le silence rendant l'atmosphère de terreur plus lourde.

Mora est accompagné de Luna (Carroll Borland),une étrange jeune femme au teint livide. Evidemment, ils vivent dans un château - celui désir Karell qu'ils ont loué. J'oubliais : le comte Mora (c'est le nom du vampire) a une plaie coagulée sur la tempe droite, de la taille d'un trou de révolver...

Mais si Dracula nous racontait les méfaits du comte (sans exactement les montrer), ici, encore une fois, ils sont seulement suggérés, sans être obligatoirement essentiels. Le comte Mora est un élémebnt du décor. Ce qui importe, c'est l'état de santé de la fille de Sir Karell.

Et pour l'aider à lutter contre ce fléau, elle a son van Helsing : le professeur Zelin (l'immense Lionel Barrymore), la véritable vedette du film. Tod Browning le retrouve six ans après West of Zanzibar.

Zelin est la caution scientifique de cette histoire. Il explique plus clairement la mythologie créée autour des vampires, élément qui manquait dans Dracula.

Mais ce qui manquait aussi dans Dracula, c'était l'humour. Ici, les seconds rôles ont des attitudes et des paroles qui ne manquent pas de saveur. Surtout Donald Meek, médecin - donc scientifique à l'esprit obligatoirement rationnel - qui a tout du pleutre, sous des apparences de sceptique.

Ici aussi, les visages sont importants. Mais le temps du muet est définitivement fini. Et si les expressions faciales ont un rôle à jouer, elles n'ont pas la force de l'opus précédent.
Et puis, de toute façon, la vérité est ailleurs.

Elle n'intervient que dans les dix dernières minutes. Ce sera aussi l'occasion d'entendre - enfin - la voix de Béla Lugosi à l'accent hongrois prononcé.

 

Donc, si vous voulez savoir cette vérité, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Tod Browning, #Karl Freund
Dracula (Tod Browning, 1931)

Dans un château construit à même la montagne...

Une crypte immense.

Un cercueil sur le sol.

Le couvercle se soulève : une main en sort...

 

Du plan général au détail : comment créer une ambiance...

Et pour créer cette ambiance, l'un des maîtres de la caméra (un Allemand, cela va de soi...) : l'immense Karl Freund.

Sorti quelques mois avant Frankenstein, c'est - avec ce dernier - le film emblématique des studios Universal, celui qui donne la couleur horreur-fantastique qui va se développer dans ces années. C'est aussi un film qui va révéler celui qui jouait au théâtre le rôle éponyme: Béla Lugosi. Suivront vingt-cinq années de cinéma d'horreur pour ce dernier, ponctuées tout de même de rôles un peu différents (Mr Wong en 1934, Ninotchka en 1939...)

Mais Dracula, c'est avant tout un film d'atmosphère. Et la présence de Karl Freund, formidable opérateur du cinéma allemand (Le Golem, Le dernier des Hommes, Metropolis, Tartuffe...) y est pour beaucoup : l'utilisation de l'ombre et de la lumière, les éclairages particuliers (le visage de Dracula, surtout) rappellent les origines de Freund. Browning, pour sa part, continue d'explorer l'anormalité des humains. Et l'association des deux nous offre un film de belle facture. Inférieur, certes, au Nosferatu de Murnau, mais tout de même d'une grande qualité. La véritable raison de (sur)vivre de Dracula est de mordre ses victimes pour leur sucer le sang. Or jamais on ne voit d'attaque sur ses victimes, ni de canines proéminentes. A chaque fois, la séquence se terrible avant l'attaque. Cette attaque devenant suggestion, l'effet n'en est que plus fort : l'imagination (qui fait le reste) est le seul vrai moteur de la peur !

Il s'agit de la première adaptation autorisée par la famille Stoker (rappelez-vous, Murnau a travaillé dans l'illégalité !), mais le film s'appuie surtout sur la pièce de théâtre tirée du roman. Et, n'en déplaise aux ayant-droits de Bram Stoker, il est évident que Browning a vu (et aimé) la version précédente : on retrouve çà et là des éléments déjà vus...

Quoi qu'il en soit, ce film fut un immense succès (mérité).

On sent, en plus de la présence de Freund et Browning, l'influence du cinéma muet, surtout dans le rôle de Dracula : c'est un homme de peu de mots, où les attitudes et les gestes suffisent. Il est d'ailleurs bien dommage que Lon Chaney soit mort peu de temps avant le tournage : il devait jouer Dracula. On imagine facilement ce qu'il aurait fait de ce personnage noir aux manières irréprochables, jouant de son visage avec son brio habituel Non que Lugosi soit mauvais. Mais il n'atteint pas le degré de virtuosité du grand Lon. Mais Lugosi a un atout que ne pouvait pas avoir Chaney : son élocution. En effet, il était né là où se passe le début du film (Transylvanie). Son accent hongrois est donc on ne peut plus authentique !

Avec Lugosi, un autre acteur donne une magnifique prestation : Dwight Frye. Il est un Renfield inoubliable. D'une folie incroyable. Son regard, son élocution en font un personnage fascinant, mais inquiétant... Pas étonnant qu'il ait été choisi pour jouer Fritz dans Frankenstein.

Par contre, David Manners nous gratifie d'un Harker assez insipide...

 

Et après ?

Après, Freund retrouvera Béla Lugosi dans Double Assassinat dans la rue Morgue avant de signer son premier film : La Momie.

Quant à Browning, après être allé au-delà de la nature humaine avec cette histoire surnaturelle, il va se lancer dans son chef-d'œuvre (incompris, mal aimé...) avec une intrigue vraiment naturelle, où les « monstres » le sont réellement : Freaks.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Grémillon, #Jean Gabin
Remorques (Jean Grémillon, 1941)

Deux silhouettes noires sur une plage de sable blanc.
Deux amoureux qui se promènent sur la grève : André (Jean Gabin) et Catherine (Michèle Morgan).

Lui, c’est un marin, un vrai : un capitaine. Son bateau, c’est le Cyclone, un navire de sauvetage en mer. Un navire qui envoie des remorques (d’où le titre) aux autres qui sont en détresse. Lui, il est marié. A Yvonne (Madeleine Renaud).

Elle aussi est mariée. A un incapable qui l’étouffe. Alors quand l’occasion se présente, elle s’enfuit, elle le quitte…

 

C’est dans la foulée du Quai des Brumes que Grémillon tourne cette histoire terrible en reprenant le couple vedette de ce film : Gabin et Morgan. Avec une différence par rapport au film de Carné : Gabin et Morgan sont maintenant ensemble aussi dans la vie. C’est un film sur mesure pour le couple tragique du film de Carné.

Film hommage aux sauveteurs en mer, c’est aussi une très belle histoire d’amour fou, fini ou non. D’un côté l’amour sûr, entre Yvonne et André : il est officiel, établi, routinier. De l’autre, c’est la passion, l’amour fou : entre André et Catherine, pas de lendemain, pas de projets, de l’amour et c’est tout.

 

Dès le début, on sait que cet amour intense ne durera pas : André, malgré tout, est marié à la mer. Il ne peut pas lui échapper. Même Catherine ne peut pas lutter. Mais Catherine le sait depuis plus longtemps qu’André. Il y a une tristesse et un fatalisme plus grand chez Catherine que chez Nelly du Quai des Brumes. Mais qu’importe, nous, spectateurs vivrons avec eux cet amour tragique. Et mêmes les amours tragiques d’André : aucune ne restera avec lui. Alors il lui reste sa véritable compagne : la mer. C’est avec elle qu’il reste, en attendant qu’elle l’emporte pour de bon.

 

Cet hommage aux sauveteurs est aussi une occasion de remettre dans leur contexte ces héros. « Le devoir avant tout. » Tel est leur devise. Alors qu’on célèbre le mariage de l’une d’entre eux, une alerte arrive : c’est la fin de la fête. Et il en va de même pour n’importe quel événement de la vie. Et c’est Yvonne qui l’exprime le mieux à longueur de film, malgré les protestations d’André.

Alors dans le Brest d’avant-guerre, cher à la Barbara de Prévert, on voit évoluer ces hommes normaux à qui il arrive toute sorte de choses normales, et qui se transforment en sauveteurs quand l’alerte est donnée. C’est aussi l’occasion de retrouver quelques seconds rôles du cinéma français des années 1930 : Charles Blavette (Tanguy, le cocu), Fernand Ledoux (Kerlo, le Bosco), Jean Dasté (Le radio du Cyclone), Marcel Duhamel (Poubennec)…


Et puis dans ce film tout empreint de réalisme poétique, on savoure – encore une fois – les dialogues du grand Jacques Prévert :

« Il peut pas faire vilain tous les jours : ce serait trop beau ! »

« Quand on est bien, quand quelque chose d’heureux vous arrive, eh bien on se dit "j’oublierai jamais cette chose-là", parce qu’on sait bien que ça ne va pas durer longtemps » (Laurent)

« En mer comme ailleurs, et même sur un bateau : les salauds, c’est toujours les salauds. » (André)

« Quand on se tait, c’est qu’on a beaucoup de choses à se dire. » (Catherine)

 « Chut. Taisez-vous. Embrassez-moi. » (Catherine)

« Il est pas bizarre, il s’emmerde. […] Y a rien à faire quand on s’emmerde, vous entendez, rien à faire. Moi j’ai tout essayé… » (Kerlo)

 « Ceux qui sont malheureux devraient se reconnaître entre eux. Ou alors… Ce serait malheureux. » (Kerlo)

« Heureusement, les mots qu’on dit quand on souffre ou quand on est en colère, ça compte pas. » (Yvonne)

 

[Sorti en 1941, en pleine Occupation, ce film à la gloire des sauveteurs en mer laisse, avec le recul une petite pointe ironique : alors que l’armée française a été défaite et que les films français doivent éviter de la glorifier, on pourrait presque croire qu’avec ce film Grémillon, Cayatte et Prévert rendent tout de même hommage à des soldats : ceux du devoir. Mais j’extrapole…]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Greta Garbo, #Monta Bell, #Muet, #Drame
Le Torrent (The Torrent - Monta Bell, 1926)

Elle est jeune et belle. Elle est amoureuse. Elle s’appelle Leonora (Greta Garbo).

Il est jeune et beau. Il est amoureux. Il s’appelle Rafael (Ricardo Cortez).

Entre eux deux – parce que ce n’est pas un amour heureux – Doña Bernarda Brull (Martha Mattox), la mère de Rafael.

Doña Bernarda, c’est l’archétype de la duègne : sèche et mauvaise. Son ambition : faire de son fils un député comme l’était son père.
Alors pour ça, il faut écarter Leonora…

 

« La vie ne vaut d’être vécue sans amour, et c’est vous qui l’avez voulu, mon amour. » Ce vers de Gainsbourg s’applique très bien à ce film de Monta Bell. Car nous assistons à un incroyable gâchis, dû au manque d’amour.
Leonora et Rafael auraient dû s’aimer. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Mais la vieille Doña Bernarda veillait et va tout faire pour s’opposer cet amour « honorable », comme le qualifie Rafael. L’honorabilité est d’ailleurs le seul moteur de la famille Brull. Et C’est en son nom que Rafael va renoncer à son bonheur.

Il faut ajouter que Doña Bernarda est conseillée par l’infâme Don Andrés (Tully Marshall), abject à souhait. C’est à chaque fois lui qui tue l’amour dans l’œuf, à chaque renaissance.

Reste un amour contrarié avec une Greta Garbo qui tournait là son premier film aux Etats-Unis. Belle, toujours belle, mais triste, comme souvent. Cette femme sublime qui souffre pour celui qu’elle aime : coiffée d’un châle noir, et filmée par William H. Daniels, elle est magnifique (Ce dernier tournera encore beaucoup avec Garbo, pour notre plus grand plaisir).

Quant au torrent dont il est question, il fait des siennes et nous permet de vivre une belle séquence de catastrophe, quand il déborde et engloutit tout sur son passage.

Le mythe Garbo va naître : elle est déjà (très) belle (je crois que je l’ai déjà dit), et joue un rôle de femme fatale à la moralité douteuse. Cette moralité douteuse qui ne devrait pas l’être sera – déjà – sa perte, ou plutôt celle des amants.

Il est dommage que ce ne soit que Ricardo Cortez qui partage la vedette avec elle (il est d’ailleurs en tête d’affiche. Mais la MGM n’a pas voulu prendre trop de risque avec cette jeune Suédoise qui débarquait à Hollywood. Dommage. Un latin lover comme Ramon Novarro (ou mieux encore, Rudolph Valentino) aurait pu donner un peu plus d’épaisseur à cet homme faible, dirigé par sa mère.

 

Mais rassurons-nous : les deux films suivants de Garbo seront à la hauteur et créeront le mythe !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Fred Zinnemann
Tant qu'il y aura des Hommes (From here to Eternity - Fred ZinnemannFred z, 1953)

Hawaï, 1941.

Le soldat Prewitt (Montgomery Clift) vient d'être affecté à Schofield (8 miles de Pearl Harbour). C'est avant tout un joueur de clairon. Mais par le passé, il a été boxeur. Suite à un accident, il a raccroché les gants. Mais Holmes (Philip Ober), le commandant de la base, ne l'entend pas de cette oreille. Il veut que Prewitt remonte sur le ring.

Comme Prewitt refuse, il met en place le « Traitement », pour le faire craquer.

 

1953. Un nouveau film de guerre. Mais cette fois-ci, pas de guerre. Ou si peu. On se concentre alors sur la vie d'une garnison en temps de paix. Mais la menace est malgré tout présente. Plusieurs fois, le journal de Warden (Burt Lancaster) annonce des développements en Europe.

Mais soldats américains s'ennuient à répéter leurs exercices. Alors ils font des rencontres inter-corps. De la boxe, par exemple.

 

Ce n'est pas un film sur l'entraînement des soldats comme on aurait pu l'imaginer, mais bien le dernier moment de répit avant le conflit. On sent d'ailleurs que ce conflit est inéluctable. Mais aussi salvateur pour ces hommes malgré tout oisifs. Leurs seuls frissons, c'est la cuite qu'ils prendront lors de leur prochaine sortie. Il est temps que ces hommes retrouvent le chemin des champs de bataille.

Cette oisiveté les fait se monter les uns contre les autres : les boxeurs contre Prewitt, Fatso Rudson (Ernest Borgnine) contre Maggio (Frank Sinatra)...

Mais c'est cette suite d'antagonismes fait le sel du film. Il faut voir Prewitt en baver et Maggio s'attaquer à Rudson pour prendre toute la mesure de cette violence contenue par ces hommes. Violence qui va bientôt pouvoir s'extérioriser dans cette guerre qui arrive : ce sont avant tout des soldats.

Parallèlement, on assiste à deux histoires d'amour. La première entre le Warden, l'homme de confiance de  Holmes, et Karen, la femme de ce dernier (la belle Deborah Kerr). La seconde entre Prewitt et Lorene (Donna Reed), une entraineuse.

Ces deux relations amoureuses elles aussi sont teintées de violence : tout n'est pas serein. Il faut dire aussi que les protagonistes de ces romances sont des accidentés de la vie, surtout Prewitt et Karen .


Et puis il y a ces hommes dont parle titre français. A l'origine, ils ne sont pas mauvais. Mais le désœuvrement les rend méchants, cherchant parmi eux leur ennemi, puisque la guerre se fait alors sans eux. Et Monty Clift et Frank Sinatra jouent de magnifiques parties. Monty par sa capacité à encaisser, Sinatra par sa témérité qui frôle l'inconscience. C'est certainement l'un de ses plus beaux rôles (avec l'Homme au bras d'or). Maggio est à la fois avenant et prévenant mais sait se transformer en bête violente si l'occasion se présente. Et Borgnine, son ennemi ici, est un adversaire de choix : un magnifique salaud.

Alors on attend. On attend le 7 décembre (jour de l'attaque), et surtout, on attend la scène archiconnue du baiser sur la plage avec la vague qui les submerge !


Et enfin... Enfin on pense à Harvey Kurtzman et Bernie Krigstein qui ont signé une magnifique satire de ce film pour MAD, un peu après sa sortie.

A voir autant que le film !

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