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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
Les Poupées du diable (The Devil-doll -Tod Browning, 1936)

Deux fugitifs dans les marais : Paul Lavond (Lionel Barrymore) et Marcel (Henry B. Walthall) se réfugient auprès de Malita (Rafaela Otiano), la femme de Marcel.
Depuis que son mari est en prison, elle poursuit son œuvre : réduire les êtres vivants à la taille de poupées, afin d'économiser les ressources.

Mais Lavond voit dans cette expérience une bonne occasion de se venger de ceux qui l'ont envoyé à l'ombre pendant ces dix-sept dernières années.

 

Tod Browning, dans son avant-dernier film continue son exploration de la difformité. Après le vampire et les phénomènes de foire, il s'intéresse à des êtres transformés par un esprit malade, celui de Marcel, aidé de sa femme. Cette femme est par ailleurs un magnifique monstre elle-même : elle boîte bas, aidée d'une béquille et a une coiffure qui n'est pas  sans rappeler celle de la Fiancée de Frankenstein : des cheveux noirs avec une mèche blanche...

Mais tout l'intérêt du film réside dans ces créatures de trente centimètres qui sont contrôlées par l'esprit de leur « créateur ».

Browning nous propose des scènes où se côtoient un décor normal avec des acteurs réduits, avec beaucoup d'habileté. Bien entendu, nous, spectateurs du XXIème siècle connaissons très bien le trucage, mais l'intérêt réside aussi dans la prouesse de mélanger les échelles des personnages. Et le résultat, même quatre-vingts ans après est toujours étonnant. On veut croire à cette histoire de vengeance pour la bonne cause avec cette histoire de modèles réduits conçus par un esprit brillant mais malade.

Dans ce film, aussi, Browning renoue avec de vieux souvenirs :

- Mme Madlelip, la couverture de Paul Lavond, est une déclinaison de Mrs O'Grady, interprétée par Lon Chaney (acteur fétiche s'il en fut !) dans Le Club des trois : une vieille femme qui sert de couverture pour des activités criminelles ;

- Lionel Barrymore est encore une fois à l'honneur, pour la quatrième fois (dont West of Zanzibar avec Lon Chaney) ;

- Henry B. Walthall, pour la troisième fois (dont The Road to Mandalay, avec le même Chaney...). Il est à noter que Walthall mourra un mois avant la sortie du film.

Bref, nous sommes en territoire connu et nous savourons. Mais Barrymore n'était Chaney et Lavond atteindra la rédemption qui fut longtemps refusée au maître de la transformation.

Malheureusement, les studios font de moins en moins confiance à Browning, et après un dernier film, il se retirera jusqu'à sa mort en 1962, d'un cancer du larynx, comme son acteur fétiche...


Non, cette histoire n'est pas réaliste. Mais puisque nous sommes au cinéma, et comme disait Tex Avery « tout est possible », alors laissons-nous entraîner dans cette histoire de vengeance et de rédemption avec l'un des monstres sacrés hollywoodiens : l'immense Lionel Barrymore, encore debout avant de finir sa carrière dans un fauteuil roulant.

Un acteur à redécouvrir absolument.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Patty Jenkins
Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017)

Quarante ans après Lynda Carter* (eh oui, déjà...), Wonder Woman revient. Elle est - toujours - très belle, et bien entendu, elle est super forte !

Il ne manquait qu'elle dans les reprises des super-héros DC. Dès le début, un coursier de Wayne Enterprises (la couleur est annoncée dès le début !) lui apporte une photo. Alors elle se souvient... De sa guerre.

 

Née en 1941, sous le crayon de William Moulton Marston,  cette justicière « interplanétaire » (dixit le générique de la série en français) intervient pendant la seconde guerre mondiale. Et la bonne idée du film, c'est d'avoir transposé l'action pendant... La première !

La voilà donc découvrant Londres au début du vingtième siècle, dans une Angleterre encore influencée par le victorianisme : il faut la voir essayer de trouver une tenue « correcte » au milieu de femmes très couverte... Amusant.

Il faut dire qu'elle ne vient pas d'une autre planète mais d'une île méditerranéenne très axée mythologie grecque : le pays des Amazones. Alors ces Amazones-là n'ont pas un sein coupé (pour les manchots ?) , mais ce sont tout de même de sacrées femmes guerrières, menée par Antiope, générale prestigieuse (Robin Wright, toujours aussi belle !). C'est là que grandit Diana (Lilly Aspell, Emily Carey puis la superbe Gal Gadot) et qu'elle rencontre un aviateur en perdition : Steve Trevor (Chris Pine). Ensemble, ils vont essayer d'arrêter la guerre menée.

 

Mais pour mener à bien ce projet, ils ont besoin d'aide. C'est ici qu'intervient un trio de choc : Samir (Saïd Taghmaoui), Charlie (Ewen Bremner) et le Chef (Eugene Brave Rock), ou plus simplement un voleur, un tueur et un contrebandier.

Et... Et puis c'est tout. Alors que ces personnages partent sur de bonnes bases - Samir essaie d'arnaquer des gens, Charlie se fait tabasser - et on pense que ces pieds nickelés vont apporter un petit plus ironique voire décalé... Et bien non. Et on se dit, finalement, que s'ils n'avaient pas été là, les choses n'auraient pas été bien différentes.

Dommage.

 

Pour le reste, côté action, on n'est pas déçu. Ca explose de partout, on a un duo de méchants Ludendorff (Danny Huston, le fils de son père) et Isabel Maru (Elena Anaya) haïssables à souhait. Bref, de quoi passer un bon moment.

Si ce n'étaient les effets.

Parce que question effets spéciaux, tout explose quand il faut, rien de ce côté là. C'est plutôt dans la manière de le montrer que ça pèche un peu. Patty Jenkins ne peut pas s'empêcher d'user - et donc à un moment d'abuser - des ralentis pour montrer la puissance de cette femme extraordinaire. Non seulement, cette démonstration est un peu trop récurrente, mais surtout, elle intervient très tôt dans le film, coupant un peu l'effet de surprise attendu.

Et au bout d'un moment, c'est un peu lassant.

Dommage.

Encore.

 

Un peu moins de ralenti et un petit peu plus de reliefs sur les seconds rôles auraient certainement rehaussé ce film. Domm... Mais, je l'ai déjà dit.

 

Et puis enfin, une surprise finale : pas de micro-séquence finale annonciatrice. Rien. Fin du générique, puis lumière dans la salle.

 

Alors, pas de suite ?

 

 

*Petite pensée (émue) pour l'un de ses plus grands fans : Hubert « Cleet Boris » Mounier.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Lester
Les trois Mousquetaires (The three Musketeers - Richard Lester, 1973)

Les Ferrets de la reine

 

Et c'est reparti.
Cette fois-ci, c'est Richard Lester, avec une distribution de rêve : parmi ce qui se faisait de mieux sur les écrans dans les années 1970s. Imaginez : Michael York (d'Artagnan), Charlton Heston (Richelieu), Faye Dunaway (Milady), Christopher Lee (Rochefort), Raquel Welch (Constance), Oliver Reed (Athos)... Que du beau monde !

Avec une intrigue bien connue : c'et déjà la onzième adaptation du roman d'Alexandre Dumas.

Et, à mon avis, l'une des meilleures, ou du moins des plus fidèles.

Alors que Fred Niblo (Les trois Mousquetaires 1921) ne traitait que la première partie du roman et que George Sidney (Les trois Mousquetaires 1948) survolait la deuxième partie, lester a pris le parti de scinder l'histoire en deux et de présenter cette première partie, consacrée aux célèbres ferrets de la reine.

Gene Kelly avait été un incroyable d'Artagnan, et la tâche de lui succéder était plutôt difficile pour Michael York. Pourtant, il campe un d'Artagnan attachant. Tout d'abord, il a le profil du héros : c'est un paysan mal dégrossi qui débarque à Paris et se bat en duel dès que possible. Mais ce qu'il a et que les deux autres n'avaient pas, c'est la naïveté qui manquait aux autres, surtout Fairbanks (qui était tout de même un tantinet âgé pour le rôle.

Ici aussi, les combats à l'épée sont impressionnants, dans le même esprit que chez Sidney, la chorégraphie de Kelly en moins.

Mais on ne s'ennuie pas, Lester pimentant son histoire de gags visuels irrésistibles.
Quant à l'intrigue, elle respecte plutôt bien l'histoire, d'Artagnan interdisant même de tuer Rochefort ! (c'est d'ailleurs une des erreurs de l'adaptation : ce n'est pas Rochefort qui veut prendre le bateau à Calais, mais de Wardes. Mais passons. La rencontre de Rochefort et d'Artagnan, à ce moment du film, nous amenant un duel d'épée original : en pleine nuit noire, les deux protagonistes armés en plus d'une torche utilise cet accessoire pour déstabiliser l'adversaire ou se protéger. Belle idée.

Vingt-cinq ans ont passé depuis les bonds de Gene Kelly. Les temps ont changé et les mentalités aussi : Constance est - enfin - mariée à Bonacieux (dans les deux précédentes versions susnommées, elle était sa nièce (1921) ou sa filleule (1948). Et alors que Bonacieux (Spike Milligan) était un personnage de troisième ordre (voire encore plus insignifiant), il prend une part plus importante dans l'intrigue (sans toutefois la bouleverser). le choix de Milligan (star de la radio anglaise) a beaucoup fait pour le développement de ce personnage, qui devient grandiose de ridicule : Spike Milligan ne laisse jamais indifférent...

Un mot enfin sur le méchant de l'histoire : Richelieu. Charlton Heston est - enfin - passé du côté obscur et interprète un Richelieu fort acceptable. Il est à la fois obséquieux, roué et calculateur : tout ce qu'on attend de ce personnage. De plus, il est secondé le couple Milady et Rochefort à la fois stylés et mauvais : de vrais méchants de cinéma !


Et quand le film se termine, tout est en place pour une deuxième partie aussi palpitante, mais hélas funeste : du Roi Louis XIII (Jean-Pierre Cassel) à Constance, de Richelieu à Planchet (Roy Kinnear), tous sont réunis dans la scène finale, que Milady traverse, se faisant remarquer par d'Artagnan, rompant ainsi, subrepticement, l'équilibre qui semblait avoir été atteint avec la restitution des ferrets.


A suivre, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Erich von Stroheim
Les Rapaces (Greed - Erich von Stroheim, 1924)

L'image : des mains, maigres, qui brassent des pièces (d'or, bien sûr)...

 

Réalisme.

Ni poétique, ni nouveau.

Juste le réalisme.

Stroheim, avec ce film - et quel film ! - nous plonge dans le plus noir de l'âme humaine.

Mais cette fois-ci, il  n'apparaît pas. Il n'a pas besoin d'ajouter à la noirceur en participant au jeu. Ses personnages qu'on aimait haïr - souvent des officiers sadiques - sont superflus dans ce film : Mc Teague (Gibson Gowland), Trina (Zasu Pitts) et Marcus (Jean Hersholt) se suffisent à eux-mêmes. Ils  n'ont pas besoin d'en rajouter. S'il avait joué, il aurait certainement détourné l'attention.

 

Quelle histoire !

Adaptée de Mc Teague de Frank Norris (1899), elle raconte la rencontre de Mc Teague et Trina : leur amour naissant puis la déchéance progressive de cet amour qui les emmène vers la mort.

Il n'y a aucune rédemption possible : ces êtres sont marqués par le destin. Ils ne peuvent pas s'en sortir. C'est peut-être aussi pour ça que ce fut un échec.

L'autre raison, bien entendu, c'est la mutilation du film : d'une histoire de neuf heures, on arrive péniblement à deux heures et dix minutes d'une intrigue réduite au strict minimum, voire encore moins !

Parce qu'à l'origine, il y a plusieurs histoires : les gens qui gravitent autour de Mc Teague et Trina : Maria (Dale Fuller) et Zwerkow (Cesare Gravina), Mr Grannis et Miss Baker (Fanny Midgley). Ces personnages ont soit disparu, soit interviennent très peu (on était obligé de garder Maria, instrument du destin). De l'intrigue entre Maria et Zwerkow, qui promettait beaucoup de noirceur, il ne reste que quelques photos. Hélas.

Concentrons-nous alors sur ce qui reste.

 

Mc Teague est une brute. Mais une brute au grand cœur : alors qu'il pousse des chariots remplis, à la mine, il est  capable de s'arrêter pour un pauvre petit oiseau blessé. Mais malheur à celui qui se moque de lui : tout se règle par la violence.

Et pourtant. Quand il rencontre Trina, sa vie bascule. C'est l'amour. Mais quel amour : la sortie dominicale se fait sur une plaque d'égout, à jouer UN cantique sur un accordéon diatonique ... On est loin des liaisons romantiques qu'on trouve avec Greta Garbo ou Gloria Swanson...

Et tout est de cet acabit : le mariage n'est qu'une occasion de bâfrer, sans aucune solennité.

Mais c'est avec le mariage que la situation empire : Mc Teague offre à Trina un couple d'oiseaux en cages. Ces oiseaux, ce sont eux, enfermés et à la merci d'un chat de plus en plus entreprenant : prisonniers d'un mariage qui les enferme de plus en plus, menacés par Marcus qui les envie toujours plus. Pas étonnant alors que ces oiseaux accompagneront Mc Teague jusqu'à la fin, dans un lieu hautement prémonitoire : Death Valley (La Vallée de la Mort).

 

Et puis il y a le destin, facétieux, bien entendu : Trina achète un billet de loterie et abracadabra, elle gagne. Cinq mille dollars. Plus qu'elle n'aurait pu gagner dans toute une vie...

Mais ces cinq mille dollars vont amener la chute : Trina est d'une avarice maladive (« pas question d'y toucher »), et Marcus est amer, lui qui s'est effacé devant Mc Teague pour la conquête de Trina. Et cette amertume se transformera en haine, voire en haine mortelle. Haine qui se résoudra dans la Vallée de la Mort, au beau milieu du désert qui n'aura jamais mieux porté son nom.

Et tout ça pour quoi ? Pour l'argent. L'argent, c'est bien connu, corrompt. Mais ici, en plus, cet argent pourrit. Il pourrit la vie des personnages, il pourrit leurs âmes.

Mais cette décomposition est magnifiquement montrée. Et Stroheim retranscrit très bien l'évolution de Trina, rongée par l'avarice (« greed » en Anglais) et son obsession de posséder, qui économise à l'extrême : non seulement le maigre argent que ramène Mc Teague, mais aussi ses propres économies. Elle devient terne, voire cadavérique, allant jusqu'à coucher nue avec son argent.

D'une manière générale, le film est très fidèle au livre - si on oublie les mutilations - montrant avec précision les ravages que peut faire l'argent chez des gens qui n'en ont jamais eu.

Et quand Mc Teague, seul, enchaîné à Marcus, au milieu du désert, se rend compte qu'il a tout perdu, on ne peut que déplorer le côté illusoire de l'intrigue :

« tout ça, pour (seulement) ca », a-t-on envie de crier alors que la caméra s'est éloignée de Mc Teague, l'abandonnant à son sort funeste.

 

Oui, tout ça pour ça, mais que c'est beau !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robin des Bois, #Michael Curtiz
Les aventures de Robin des Bois (The adventures of Robin Hood - Michael Curtiz, 1938)

Quinze ans après Douglas Fairbanks, Errol Flynn est le nouveau Robin des bois.
Et cette version n'a rien à envier à la précédente : ici aussi, ça virevolte, ça brette et ça bondit, dans une atmosphère tout aussi joyeuse.

 

Deux atouts supplémentaires pour ce film : le son - Robin des bois parle ! - et le Technicolor !

C'est un véritable festival de couleurs chatoyantes, voire pétantes ! Ce sont des rouges éclatants, des bleus merveilleux, et toute la gamme que propose la palette. Les tenues de Lady Marianne (sublime Olivia de Havilland) sont superbes. C'est un régal pour les yeux - même les daltoniens trouvent leur compte !

On a longtemps considéré ce film comme le premier en Technicolor. Bien entendu, il n'en est rien. Mais ce qu'on peut dire sans se tromper, c'est que ce  fut  un succès phénoménal - mérité - et que la couleur y a joué un grand rôle.

 

En plus de cet aspect esthétique, Michael Curtiz - qui retrouve ici une partie de la distribution de Capitaine Blood - a renoué avec la légende du hors-la-loi de Sherwood. Alors qu'Allan Dwan insistait sur le rôle des Croisades dans l'éloignement de Richard, Michael Curtiz considère ce départ comme accompli et s'intéresse au sort des Saxons sous la houlette de l'infâme Prince Jean (Claude Rains, toujours impeccable en méchant). On a donc droit aux trois éléments légendaires incontournables (sauf pour Allan Dwan) : Robin apportant le cerf royal, la rencontre avec Petit Jean (Alan Hale) et le tournoi d'archers. La scène du cerf permet surtout de poser les bases de l'intrigue concernant Robin : Jean est séduit par cet ennemi à sa mesure, alors que Gisbourne (Basil Rathbone, formidable) exprime sa haine envers ce hors-la-loi. On remarque à ce moment aussi la couardise latente du shérif de Nottingham (Melville Cooper). Mais surtout, on jubile devant la hardiesse de Robin, qui va défier Jean jusque dans le château de Gisbourne. Quant à la rencontre avec Petit Jean, elle nous permet de retrouver Alan Hale qui fut déjà le petit Jean de Robin Fairbanks. La distribution nous permet aussi de retrouver celui qui fut Aramis avec le même Fairbanks, Eugene Pallette, ici un frère Tuck d'une grande truculence, et Herbert Mundin - second rôle notable dans Les Révoltés du Bounty (1935) et Tarzan s'évade l'année suivante - dans un de ses derniers rôles avant son tragique accident de voiture en 1939.

 

Mais ce film est aussi une nouvelle occasion d'admirer l'esthétique de Michael Curtiz et sa prédilection pour les jeux d'ombres : à plusieurs moments du film, l'action principale est supplantée - avec adresse - par sa transposition ombrée sur un mur. Quand les Saxons sont suppliciés, quand Robin est enchaîné... Mais surtout pendant le combat final entre ce dernier et Gisbourne, duel à mort parmi les plus spectaculaires du cinéma. Il faudra attendre Gene Kelly dans Les trois Mousquetaires (1948) pour retrouver un duel de cet acabit !

Ce duel mortel est phénoménal (euphémisme). On retrouve la grandeur de Robin, son esprit chevaleresque (il rend son épée à Gisbourne) et la bassesse voire la traîtrise de ce même Gisbourne : il n'hésite pas à utiliser sa dague pour en finir plus vite !

Mais c'est justement quand il abuse de ces effets vils que le sort du duel se joue : il est - justement - châtié. Pour sa traîtrise, mais surtout pour l'ensemble de son œuvre.

 

Plus de quatre-vingts ans après sa sortie, ce film n'a pas pris une ride. C'est aussi l'occasion de revoir toute cette ribambelle de grands acteurs dans une histoire qui devient presque intemporelle tant elle est vécue par chaque nouvelle génération de spectateurs. J'en veux pour preuve mon fils qui, dès l'âge de quatre ans, regardait en boucle ce film formidable.

Et puis Olivia de Havilland (101 ans aujourd'hui 1er juillet...) est tellement belle... (1)

 

                   (1) Cet article commence à dater... (18-4-2024)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Sidney
Les trois Mousquetaires (The three Musketeers - George Sidney, 1948)

Ils sont de retour. Tous les quatre !

Et pas de doute : ça douglasfairbankse !

Il faut dire qu'avoir choisi un danseur comme Gene Kelly pour être d'Artagnan, c'est une idée sensationnelle : il brette, il bouge, il saute, il bondit... Il est dans la lignée du grand Douglas, avec un je ne sais quoi de plus : la souplesse, peut-être. Quoi que...

 

En adaptant une nouvelle fois le roman d'Alexandre Dumas, George Sidney suit un peu plus l'intrigue que ne l'avait fait Niblo en 1921 : l'histoire ne s'arrête pas à l'épisode des ferrets de la reine : on va jusqu'à la fin du livre, avec les morts annoncées (Constance, Milady & Buckingham)...

Mais si le roman est à peu près suivi, il ne faut pas trop entrer dans les détails. Une satisfaction (?) tout de même, Rochefort (Ian Keith) n'est pas tué. Mais son rôle est minimisé alors passons.

Non, le principal attrait du film, c'est le ballet qu'exécute Gene Kelly lors des scènes de combat à l'épée. Le film n'est pas commencé depuis cinq minutes, que les duels sont programmés et en passe d'être résolus. Arrivent alors les gardes du  cardinal et le festival commence. Alors que les trois autres - Athos (Van Heflin), Porthos (Gig Young) et Aramis (Robert Coote) - se battent avec panache, ils n'atteignent certainement pas le niveau spectaculaire de Gene Kelly/d'Artagnan. C'est un festival de passes et de bonds, avec - toujours - une pointe d'humour. Chaque élément du décor est mis à contribution (pour être jeté, ou pour protéger...). Bref, pas le temps de s'ennuyer.

 

En face, du côté des méchants, deux figures du cinéma : Lana Turner est Milady, et Vincent Price est Richelieu.

Milady est mauvaise, sournoise et fourbe à souhait : bref, une vraie milady. C'est un personnage sans morale mais d'une beauté époustouflante. Personne ne lui résiste (au moins au début). Seul Athos reste inflexible, mais certainement pas de marbre...

Mais si Milady est une réussite, on ne peut pas en dire autant de Richelieu. Alors que Nigel de Brulier (qui interpréta trois fois Richelieu) avait une apparence similaire à celle du grand Cardinal, il est difficile de retrouver Armand du Plessis dans Vincent Price. Richelieu était un homme malade et de faible constitution alors que Price est un cardinal un peu trop robuste pour le rôle. Et c'est bien dommage parce que Vincent Price est un méchant incontournable  du cinéma. Mais il n'est pas très crédible dans ce rôle, essentiellement du fait de son apparence. De plus, il n'a pas la rouerie qu'on imagine plus volontiers à un tel personnage. Il est beaucoup trop direct dans ses intentions, ce qui enlève de l'aura du personnage. Et le fait aussi que le personnage soit plus chargé que nécessaire est un tantinet agaçant : même si Richelieu n'était pas extrêmement populaire, il ne faut pas oublier qu'il fut un grand homme d'Etat. Même Alexandre Dumas - qui l'avait bien chargé dans la première partie - l'a reconnu et lui rendit hommage dans Vingt Ans après...

Le fait d'avoir choisi Frank Morgan pour interpréter Louis XIII est une autre erreur : Frank Morgan a près de 58 ans quand il tourne pour Sidney, alors qu'en 1625, Louis XIII n'a même pas vingt-cinq ans...

 

Mais Gene Kelly nous fait oublier tout ça et nous tient en haleine (même si on connaît l'intrigue par cœur) de bout en bout, interprétant l'un des meilleurs d'Artagnan du cinéma.

D'ailleurs, la séquence où il s'échappe de chez Milady sera reprise dans Chantons sous la Pluie quatre ans plus tard.

 

C'est un signe, non ?

Non ?

Ah.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks
Le Masque de fer (The iron Mask - Allan Dwan, 1929)

Les trois Mousquetaires : le retour !

Douglas Fairbanks est toujours là (d'Artagnan), tout comme Marguerite de la Motte (Constance Bonacieux), Charles Stevens (Planchet) et l'incontournable Nigel de Brulier (Richelieu) ainsi que son éminence grise Lon Poff (Père Joseph). Allan Dwan a remplacé Fred Niblo, mais le ton reste le même, avec toutefois un fait important : tous ces gens ont vieilli. Et certains vont même mourir...

 

Tout commence en 1638, à Saint-Germain (en Laye) où on attend une naissance : celle de monsieur XIV, qui ne naîtra pas au château comme le dit le film, mais au pavillon Henri IV, à un jet de pierre.

Dans une première partie, on rattrape le temps perdu : souvenez-vous, nous avions laissé d'Artagnan et ses amis après avoir sauvé la reine. Ici, en quelques minutes, on termine le premier volume (les trois Mousquetaires), on fait l'impasse sur le second (Vingt ans après) et on conserve l'intrigue du troisième opus (Le Vicomte de Bragelonne) concernant le masque de fer.

D'ailleurs, il vaut mieux mettre de côté ce que nous connaissons de l'épopée d'Alexandre Dumas et considérer le film comme une adaptation « inspirée de »...
Alors une fois Milady, Constance et Richelieu trépassés, on entre dans l'intrigue à proprement parler, avec un félon inattendu : Rochefort. Il possède la cicatrice faciale caractéristique, mais n'a plus rien à voir avec celui du film précédent : cette fois-ci, c'est un magnifique traître mâtiné d'un comploteur sans scrupule. Une réussite ! Le seul problème, c'est que d'Artagnan l'avait tué dans le film précédent. [Rappel : chez Dumas, jamais d'Artagnan ne tue Rochefort !]

On garde l'option jumeau du roi et on obtient un film de cape et d'épée de bonne facture - le combat dans le Château est haletant - où Douglas Fairbanks - c'est son dernier muet - peut s'en donner à cœur joie : il bondit, il brette, il a son sourire éclatant. Bref, Douglas Fairbanks est toujours là. Même si l'action se situe plus de trente-cinq ans après le premier film. Les héros sont fatigués, mais pas tant que ça : seules leurs chevelures trahit le passage des années. Pour le reste, rien n'a changé.
Pourtant, une grande nostalgie envahit l'écran - et l'esprit des spectateurs - quand d'Artagnan repense aux temps d'avant : heureux ou non.

 

Mais le temps a fait son œuvre et ces quatre compagnons n'ont plus leur place dans ce monde : alors que Richelieu était un adversaire à leur mesure, force est de constater que ce temps est révolu et qu'ils n'ont plus rien à faire dans ce monde. Alors ils s'en vont. Un par un. Ils tombent l'un après l'autre, « au champ d'honneur », comme ils disent.

Mais cette disparition n'est que leurre pour leurs ennemis, et comme le dit l'esprit de Porthos : d'autres aventures les attendent.

Et Ce final est - à mon avis - le plus bel hommage qu'on puisse faire à ces quatre légendes de la littérature et du cinéma : morts ils sont, certes, mais immortels ils demeureront.


Alors on les laisse partir, vers d'autres aventures...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hughes
Les Anges de l'enfer (Hell's Angels - Howard Hughes, 1930)

Deux frères : Roy et Monte Rutledge (James Hall & Ben Lyon).

Une femme : Helen (Jean Harlow).

Et la guerre...

 

Il n'y a pas à dire : les Américains savent faire des films de guerre. Est-ce dû au fait que les conflits armés ne se sont pas déroulés sur leur sol (Première et Deuxième Guerres mondiales, Vietnam...) ? Peut-être. Il n'empêche, ils sont très forts !

Trois ans après Wings de William Wellman, c'est Howard Hughes qui se lance dans une fresque spectaculaire sur l'aviation pendant la première guerre mondiale. Mais nous sommes au début de l'ère parlante, alors les effets habituels du cinéma muet sont encore présents (et certaines scènes furent post-synchronisées) : intertitres, scènes partiellement sonorisées (quelqu'un parle, mais ses gestes restent inaudibles), et petit clin d'œil aux personnages d'aristocrates militaires chers à Stroheim : le baron Von Krantz (Lucien Prival) n'est autre qu'une (pâle ?) copie du maître...

Et alors que Wellman raconte en partie sa propre vie dans l'escadrille Lafayette, Hughes, pilote chevronné et émérite mais qui n'a pas connu la guerre (il avait onze ans quand les Etats-Unis sont entrés dans la guerre), va encore plus loin dans le sensationnel. Il nous propose un ballet aérien d'une vingtaine de minutes, tourné dans les airs (et qui fera quatre victimes, hélas, sans compter les blessés dont Hughes lui-même), avec un atout supplémentaire sur Wellman : le son. Ce sont d'incessants vrombissements d'avions qui soutiennent un combat aérien épique. Avec en vedette, Von Richthofen : le Baron rouge soi-même !

Et les « anges de l'enfer » dont parle le titre (pour une fois bien traduit, comme quoi, tout arrive !), ce sont ces pilotes qui apportent avec leurs engins une mort terrible et inévitable.

Mais au-delà de cette fresque guerrière transparaît l'honneur. C'est par sens de l'honneur et du devoir qu'agissent ces hommes : il faut voir le sacrifice des Allemands dans le zeppelin pour bien se rendre compte de cette idée. C'est sans hésitation qu'ils se sacrifient (inutilement, c'est toujours comme ça à la guerre) pour sauver leur appareil qui malgré tout sera abattu...

La destruction du zeppelin amenant en outre une scène extrêmement impressionnante : alors que l'image est teintée (en bleu, c'est la nuit), on voit le dirigeable prendre feu et s'écraser dans un tonnerre de flammes. Cette scène prémonitoire renvoie à la fin tragique du Hindenburg, trois ans plus tard.

Il est clair, en voyant cette scène, que Hughes n'a pas lésiné sur les moyens. Et Scorsese, dans Aviator, a bien compris l'importance de ce film dans la vie du réalisateur-playboy-millionnaire. Hughes devait absolument faire ce film, comme si sa vie en dépendait.
C'est le film le plus coûteux jamais tourné - en 1930 ! - mais qui amènera un bon retour sur investissement à Hughes, les recettes doublant le montant des dépenses.

Et puis il y a Jean Harlow. Elle n'est qu'un enjeu secondaire de ce film : Roy et Monte tombant tous deux amoureux d'elle. Mais - rôle de garce oblige - c'est un troisième qu'elle aime... Elle apparaît peu, finalement, mais ses apparitions sont mémorables. Et en plus - grâce à une copie retrouvée chez John Wayne - elle apparaît dans la seule séquence en couleur  (Technicolor) encore disponible du film : le bal du Committee. Un régal.

C'est le film qui va la lancer, jusqu'au - malheureusement - 7 juin 1937, date de sa mort : elle n'avait que vingt-six ans.

Quoi qu'il en soit, le film de Hughes restera longtemps comme l'une des références incontournables des films d'aviation de guerre, avec Wings de Wellman. Les images aériennes y sont encore plus époustouflantes. Il n'est pas étonnant que certaines cascades aient été refusées par les pilotes, rompus à ce genre d'exercice.

 

Impressionnant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Yakov Protazanov
Aelita (Аэлита - Yakov Protazanov, 1924)

« Anta Odeli Uta »

Les différents postes de télécommunication du monde viennent de recevoir ce message sibyllin. Au poste de Moscou, tout le monde est intrigué. « Et si ça venait de Mars ? » propose l'un d'eux. Tout le monde en rit. Sauf que.

Sauf que, au même moment, sur Mars, la reine Aelita (Ioulia Solntseva) observe la terre...

 

Le 25 septembre 1924, sort à Moscou ce film étonnant de Yakov Protazanov. Etonnant sur de nombreux points : le sujet qui emprunte à la science fiction et l'esthétisme choisi pour illustrer cette histoire.

Alors qu'Eisenstein glorifie la Révolution (La Grève, la même année), Protazanov, lui aussi fait un film de propagande. Mais ici, la Russie décrite n'a rien de glorieux : c'est la fin de la guerre civile, et le pays est en train de se reconstruire. L'Etat pourvoie encore de la nourriture et des produits de première nécessité, mais, hélas, il existe encore des profiteurs : Ehrlich (Pavel Pol), dans le cas présent, ainsi que sa femme (N. Tretiakova).

La première partie du film présente plusieurs intrigues plus ou moins en rapport les unes avec les autres :

- L'ingénieur Los (Nikolaï Tsereteli) et son épouse Natacha (Valentina Kuindji), qui accueillent Ehrlich dans leur maison (réquisition oblige) ;

- Ehrlich et son épouse ;

- l'ingénieur Spiridonov (Tsereteli encore), collègue et voisin de Los ;

- Gussev (Nikolaï Batalov), soldat démobilisé suite à une blessure et Macha (Vera Orlova), son infirmière ;

- Les Martiens : Aelita, leur reine, Gor (Youri Zavadski) l'ingénieur, Tuskub (Konstantin Eggert) le chef des Anciens ;

- Kravsov (Igor Ilinski), apprenti-détective.

 

Je vous laisse découvrir l'intrigue, mais il y est question d'amour, de jalousie et de crime, ainsi que - bien entendu - de voyage interplanétaire.

C'est cet aspect le plus intéressant du film : on découvre la planète Mars à l'opposé de ce que nous savons : pas d'étendue rocailleuse comme nous l'a montré Viking en 1975. Au contraire, c'est une planète habitée d'humanoïdes vivant sur une planète déserte, certes, mais constituée d'au moins une cité : celle d'Aelita.
Dès le début, nous sommes dans cette cité : c'est un lieu géométrique et aseptisé, plutôt froid. Aelita a beau régner, ce sont les Anciens qui dirigent. Pour le reste, une armée aux ordres des Anciens et une foule d'esclaves. Il n'existe pas vraiment de Martiens normaux. Soit ils sont dans la classe dirigeante, soit ils sont esclaves.
Il était donc trop tentant pour Protazanov d'exporter la Révolution sur cette planète : Los, accompagné de Gussev et Kravsov va s'en charger et rencontrer la belle Aelita.

Alors qu'Eisenstein ou Kosintsev & Trauberg (Le Manteau, 1926) restent dans un réalisme soviétique, Protazanov s'évade et crée un monde très étrange : sa planète Mars. Les décors et les costumes y sont très particuliers : plastique et métal se joignent au textile pour donner des habits futuristes, qui rappellent un peu ceux que peuvent parfois proposer les « grands » couturiers du XXème siècle. Mais en plus joli. Aelita est magnifique, la têt couverte de coiffes géométriques ou remplies de baguettes. Quant à sa servante, elle porte une culotte à baguette plutôt étonnante.

 

Il ne faut jamais oublier la dimension propagandiste du film : mais à la différence d'Eisenstein, la situation décrite présente (1921-1922) n'a rien de paradisiaque : les restrictions sont encore en vigueur.

Mais la véritable différence, c'est cette recherche esthétique dans les décors et les costumes qui donnent un rendu étonnant, voire époustouflant. Aelita et sa servante sont magnifiques, quant aux Anciens, ils sont un compromis entre les costume d'opérettes et les habits des extraterrestres qui arriveront un peu plus tard.

 

Une curiosité à (re)découvrir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Ivan Mosjoukine, #Victor Tourjansky
Michel Strogoff (Victor Tourjansky, 1926)

A Renée Lichtig* (1921-2007)

 

Cinquante ans après sa sortie en librairie, une deuxième adaptation cinématographique est proposée. Et comme cela raconte une histoire russe, la compagnie Ciné France a voulu jouer la carte de l'authentique.

Depuis la Révolution de 1917, un groupe de Russes blancs vit à Paris. C'est à eux que la production s'adresse pour réaliser cette fresque picaresque : Tourjansky réalise, Mosjoukine joue... Et pour plus de réalisme, on envoie tourner les extérieurs en Lettonie (l'URSS n'étant pas très disposée à accueillir cette histoire tsariste...), sauf les paysages enneigés qui seront tournés en Norvège).

Dans l'ensemble, le roman de Jules Verne (qui fait une courte apparition dans le film, interprété par Vladimir Gaïdarov, qui joue aussi le rôle du tsar Alexandre II) est respecté, on y retrouve les grands épisodes : envoi en mission, combat contre l'ours, passage du fleuve, bataille contre les Tartares, poste du télégraphe, capture et supplice de Strogoff, incendie dur l'Angara, combat à mort entre Strogoff et Ogareff... Bref, du grand spectacle.

 

Oui, c'est un très grand spectacle qui nous est proposé. Ivan Mosjoukine est un Michel Strogoff formidable : qu'il soit moustachu, glabre ou barbu, il est sur tous les fronts, et d'un courage exemplaire. En face de lui, Ogareff (Acho Chakatouny) est un adversaire terrible : violent, passionné, il ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Tuer fait partie de son mode de vie. Mais ce qui est rare pour un tel méchant de cinéma, c'est son amour passionnel pour Sangarre (Tina Meller) : ce n'est pas un amour sado-maso comme on voit souvent quand il s'agit d'un tel personnage (cf. Lon Chaney dans Satan). C'est un amour fort et exclusif : il ira encore une fois jusqu'à tuer pour elle, si quelqu'un s'approche un peu trop d'elle.

Mais il n'y a pas de Michel sans sa Nadia (Nathalie Kovanko). Mais jouer avec Mosjoukine est difficile tant cet acteur prend de place sur l'écran. Alors Nadia reste la compagne de route, et il faudra attendre la toute dernière séquence pour qu'ils s'embrassent ! Malgré tout, on retient une magnifique scène entre les deux « amoureux » : dans l'isba, seuls, alors que Michel va commencer à recouvrer la vue. Alors qu'ils sont désespérés, il se jette à ses genoux. Elle le relève : à la limite entre l'épouse et la mère, afin de le soutenir dans cette épreuve.


Et en plus, c'est en couleur !

Dès la première séquence, le bal du Tsar, la couleur est là. Elle intervient dans plusieurs scènes : prise d'Omsk, fête de Féofar (Boris Defas)... Et quand ce ne sont pas des couleurs directes, c'est la pellicule qui est teintée : Ogareff et l'incendie du fleuve dans Irkoutsk flamboient d'un magnifique rouge.
Mais ce n'est pas une de ces colorisations qui dénaturent les œuvres : ce sont des petites mains qui ont colorié au pochoir la pellicule, image par image. C'est un véritable travail de titans : quand on sait que 1 minute de film, c'est environ 22 mètres...

Ce film est donc un véritable festival pour les yeux : le jeu de Mosjoukine plus la couleur en font un monument du cinéma. Tourjansky réussit là une référence pour l'adaptation du classique de Verne (avant d'aller aider Gance sur son Napoléon...). D'autres versions viendront mais n'atteindront jamais la puissance et l'émotion de ce film.

 

Je ne terminerai pas sans remercier mon grand ami le professeur célèbre Allen John qui m'aida à me procurer une copie du film : que son nom soit béni et glorifié, et que ses descendants soient aussi nombreux que les brins d'herbe dans la prairie.

 

 

 

* J'ai eu la chance de rencontrer madame Lichtig lors d'une visite des studios de restauration de la Cinémathèque française, en septembre 1990 (du temps où elle était encore au Palais de Chaillot). Elle m'a expliqué ce qu'elle faisait et j'ai pu admirer la pellicule qu'elle était en train de monter : c'était la fête de Féofar Khan, avant le supplice de Michel. Et en plus, c'est une des séquences en couleur...

Un souvenir inoubliable.

 

 

 

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