Les bruits de la nature.
Et puis d'un coup, le silence.
Silence dans la salle, « SILENCE » sur l'écran.
Deux jeunes pères jésuites, Rodrigues (Andrew Garfield) et Galupe (Adam Driver) veulent retrouver celui qui fut leur guide spirituel, le père Ferreira (Liam Neeson), qu'on dit avoir abjuré sa foi. Leur enthousiasme juvénile refuse cette nouvelle et ils décident d'aller au Japon se rendre compte par eux-mêmes.
Mais au Japon, en 1640, la religion chrétienne est interdite et les prêtres et les fidèles suppliciés, à moins qu'ils abjurent...
Scorsese est un réalisateur catholique. Et son œuvre porte les stigmates de ses réflexions théologiques : de la culpabilité, de la souffrance, du sacrifice...
Presque trente ans après La dernière Tentation du Christ, il nous propose un nouveau film théologique, inspiré du roman éponyme, de Shūsaku Endō, écrivain japonais catholique lui aussi. Mais si la dernière Tentation fit polémique, il n'en est rien de ce film..
Mais derrière cette histoire du dix-septième siècle, c'est bien de foi qu'il s'agit. Peut-on tout accepter au nom de sa foi ? Le doit-on ? Et si oui, jusqu'où doit-on aller ? Y a-t-il une limite ?
Ce sont ces questions qui reviennent sans cesse à l'esprit de Rodrigues, véritable personnage principal du film.
Et le film nous montre la lente évolution de l'esprit de ce jésuite, au commencement pétri de bonnes intentions et prêt à tout pour transmettre sa foi.
Mais quand ses fidèles meurent à cause de cette même foi, ces certitudes s'effritent, avec sa foi.
Mais comme l'annonce le titre, l'élément le plus important, c'est le silence. Ce silence synonyme de solitude qu'éprouvent Rodrigues et Galupe. Ce silence oppressant, parfois rompu par les gémissements des suppliciés.
Mais ce silence, c'est surtout le résultat de l'abandon de ce prêtre. Et c'est ce même silence qui allonge le temps et lui permet de questionner sa foi, et se rendre compte de plus en plus de sa solitude.
Rodrigues - comme Galupe - a été abandonné par son Dieu dans un pays qui n'est pas prêt, de par sa culture, à accueillir cette nouvelle religion. Et le grand Inquisiteur Inoue (Issei Ogata) exprime très bien la différence entre cette religion importée et déracinée et le bouddhisme traditionnel et multiséculaire.
Parce que c'est un film où on parle beaucoup, mais sans pour autant posséder le bavardage d'un Tarantino. On parle beaucoup, mais le titre est amplement justifié : peu de musique, beaucoup de monologues intérieurs. Et un grand absent : Dieu. Rodrigues, avec le temps, a beau ressembler de plus en plus à Jésus, il n'en est que plus seul. Et c'est cette identification - plus ou moins consciente - qui est la clé de son salut (le terme n'est peut-être pas bien choisi...).
Alors le temps passe, magnifié par les superbes prises de vue de Rodrigo Prieto, rappelant régulièrement, par un détachement aérien, la futilité de l'homme et sa petite place dans le monde.
Ce silence, cet abandon, sont les atouts de l'inquisiteur : il a la patience de celui qui est déjà passé par là, pour qui l'issue ne fait aucun doute.
Seul Rodrigues ne le sait pas.
Et puis le Silence est rompu. Et Rodrigues franchit le pas.
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