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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Les trois Ages (Three Ages - Buster Keaton*, 1923)

Trois âges, trois histoires.

A chaque fois, une histoire – d’amour bien sûr – qui se termine  bien.

Les trois âges : celui de pierre, Rome et l’époque moderne.

Mais c’est toujours la même chose :

Un jeune homme (Buster Keaton) aime une jeune fille (Margaret Leahy) qui est courtisée par un troisième larron (Wallace Beery) plutôt louche qui fait l’unanimité chez les parents de la fille (Joe Roberts & Lillian Lawrence).

 

Il s’agit du premier long métrage réalisé par Keaton (avec Edward F. Cline), dans lequel il s’essaie à tout : écriture, réalisation et interprétation. Au fur et à mesure de l’intrigue, on sent une évolution des gags, partant du très visuel au beaucoup plus subtil**.

Il s’agit avant tout d’une parodie du film de Griffith : Intolérance. Ici aussi, le film recouvre plusieurs intrigues et périodes et les histoires d’amour se suivent et, cette fois-ci, se ressemblent.

Il s’agit d’une déclinaison sur un même thème :

1. Exposition : deux jeunes gens s’aiment, apparaît un autre, grand et fort, qui est choisi par les parents ;

2. Premiers ennuis : le jeune homme souffre les premiers affres de la situation à chaque période ;

3. Défi : les deux hommes se rencontrent sur un événement sportif que le plus faible remporte ;

4. Union : malgré la victoire, le méchant doit épouser la jeune fille, mais elle est sauvée par le jeune homme ;

5. Conclusion : et après.

Bien entendu, il s’agit de trois courts métrages découpés et montés afin de rappeler le film de Griffith. Bien sûr, Keaton aurait pu les sortir séparément. Mais dans ce cas, la répétition de l’intrigue n’aurait pas eu le même effet sur le public. L’intérêt résidant dans la différence d’appréhension des situations similaires : « comment vont-ils faire ? » se demande-t-on à chaque changement d’époque.

Cette attente est d’autant plus forte que les protagonistes sont exactement les mêmes, d’une époque à l’autre, seuls changent les attributs : barbes, toges, chapeaux…

A ce propos, si on excepte Margaret Leahy, les principaux interprètes sont très bien, Keaton et Beery en tête : Keaton égal à lui-même, alors que Beery – habitués des comédies muettes – joue encore un personnage ambigu, plutôt louche, voire inquiétant.

 

Mais nous sommes ouvertement dans une comédie (peut-il en être autrement chez Keaton) alors on s’en donne à cœur joie. Les deux premières époques ont beau se dérouler à des temps très anciens, on retrouve des éléments de l’époque moderne : la carte de visite du jeune homme préhistorique ; les chars de Rome, affublés d’une roue de secours, sont déjà frappés d’interdiction de stationner ; etc. C’est un festival.

 

Mais la route est encore longue pour Keaton avant d’arriver aux sommets que sont Le Mécano de la General ou le Cameraman : il manque un tout petit peu de profondeur dans les personnages pour y arriver. Un premier pas sera effectué dans le film suivant : Les Lois de l’hospitalité.

 

*& Edward F. Cline

 

** Les joueurs de football ont des noms particuliers : outre Keaton et Beery, on retrouve les collaborateurs à l’écriture (Bruckman, Havez & Mitchell) ainsi que deux autres : Lessley & McGann (Photo).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame historique, #Christopher Nolan
Dunkerque (Dunkirk - Christopher Nolan, 2017)

Dunkerque, mai 1940.

C’est la débâcle : 400.000 soldats anglais attendent d’être rapatriés. Mais la Royal Navy ne peut pas envoyer beaucoup de bâtiments : la Bataille d’Angleterre se profile et l’armée ne peut pas de dégarnir.

Alors les navires se succèdent avec plus ou moins de bonheur pendant que des bombardiers et chasseurs allemands pilonnent la zone d’embarquement.

 

Un  très beau film. De très belles images et une intrigue intéressante : il n’y a rien d’héroïque dans cette aventure. C’est plutôt le récit d’une débâcle annoncée, celle des armées anglaise et française piégée et acculée à la mer, encerclée par les troupes allemandes, comme l’annoncent les tracts qui tombent du ciel.

 

Il fallait oser faire une fresque brillante d’un faux pas militaire, et le transformer, à l’instar de Churchill en exploit héroïque.

 

L’encerclement est la première bonne idée de ce scénario : jamais on ne voit les ennemis. Mis à part quelques avions, les Allemands n’apparaissent jamais (sauf à la toute fin, mais ce ne sont que des ombres dans le soleil couchant). Et c’est tout à fait normal, nous savons qu’ils sont tout autours. Nul besoin de les montrer : la situation vécue par les soldats anglais (les plus nombreux) est assez angoissante comme ça.

C’est une course contre la montre et la mort : il faut sortir de l’enclave le plus vite possible. Et comme le dit un soldat écossais : tout est bon pour y arriver, même tricher, resquiller.

Mais tricher, c’est aussi avancer l’heure de cette mort qu’on veut éviter.

Bref, chaque mouvement vers la patrie devient un mouvement vers la mort.

 

Et l’habileté de Christopher Nolan, c’est la narration. Tout se joue sur une journée : on commence par découvrir la situation par différents points de vue à différents moments de la journée : la jetée et sa file ininterrompue de soldats angoissés (une semaine d’attente nous apprennent les intertitres) ; un jour par bateau de plaisance, un de ces bateaux réquisitionnés par la Navy pour récupérer ses hommes ; une heure par avion – trois Spitfires – engagés dans un combat aérien contre les avions allemands venus perturber l’embarquement.  Puis on comprend qu’il y a interaction entre ces différents points de vue, et on apprend petit à petit l’état des lieux et comment on en est arrivé là.

 

Une autre démarche habile c’est l’utilisation régulière d’une caméra sur l’épaule, au plus près de ce qui se passe. Cela intensifie cette débâcle mais en plus donne une touche de réalisme formidable : parfois, le niveau de l’eau est perpendiculaire à l’écran, accentuant le naufrage du navire concerné, l’appareil restant au niveau du pont. Impressionnant.

 

Le dernier atout du film tient dans l’utilisation de la bande originale de Hans Zimmer. La musique n’est pas à proprement parler mélodique, elle est plutôt rythmique. Mais ces enchaînements de rythmes sont en parfaite adéquation avec l’action, se mêlant même avec les bruits des appareils dans une rare osmose sonore : on ne sait plus si c’est la « musique » ou le bruit réel que nous entendons. Et quand un avion se retrouve à court de carburant, les moteurs se taisent, ainsi que la musique, amenant la tension à un beau paroxysme.

 

Bref, un film fort et poignant où tout a un sens, conclu par l’adresse de Churchill du 4 juin 1940 : « nous ne nous rendrons jamais ! »

 

Vraiment, un très beau film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott, #Robin des Bois
Robin des Bois (Robin Hood - Ridley Scott, 2010)

Régulièrement, Robin des Bois revient sur les écrans, et souvent pour notre plus grand plaisir.

C’est le cas encore cette fois-ci, avec un nouvel opus signé par le maître Ridley Scott soi-même, en très grande forme.

Et pour interpréter le célèbre hors-la-loi, une ancienne connaissance (Gladiator, 2000) : Russell Crowe (qui est aussi producteur).

Mais ce n’est pas tout : le casting est impeccable, avec une Marianne (Cate Blanchett) à la hauteur, dans la lignée de Mary Elizabeth Mastrantonio (Robin des Bois prince des voleurs, 1991), en femme forte et volontaire. A ses côtés, le vieux mais talentueux Max von Sydow (81 ans quand le film sort), en Comte de Locksley aveugle, est l’un des éléments du destin de Robin.

Avant tout, il s’agit d’une supercherie : Le personnage interprété par Russel Crowe n’est pas Robert de Locksley. Il s’agit de Robin Longstride, un obscur archer qui accompagna Richard (Danny Huston, fils de…) à la Croisade.

Mais c’est Walter Locksley qui décide d’assumer la supercherie. Et, bien entendu, à un moment, Marianne…

 

Il y a dans ce film un réalisme qui manquait aux autres. Même à celui de Reynolds qui avait amené une autre dimension. Et ce réalisme est historique : nous suivons Richard dans son retour de Palestine et le siège fatal de Châlus qui lui coûta la vie.

Pendant tout le film, on se raccroche à une réalité plus ou moins historique, allant même jusqu’à prendre fait et cause pour Jean sans Terre (Oscar Isaac). Heureusement, ce dernier est rattrapé par l’histoire et se conduit comme on l’attend : Robin sera un hors-la-loi malgré (ou plutôt à cause des) les services qu’il aura rendus à la couronne.

 

Autrement, nous avons ici un film estampillé Ridley Scott : ce dernier nous recrée une Angleterre  AD 1200 de toute beauté. Même la Tour de Londres est identifiable : il ne reste plus qu’au temps de faire son travail et amener de nouveaux toits…

Le maître mot du film est la réalité, plus loin que le réalisme : on prend une situation vérifiable (la mort de Richard et ses conséquences) et on y  ajoute une situation réaliste afin d’amener la naissance du mythe.

D’ailleurs, le dernier intertitre enfonce le clou (pour ceux qui n’avaient vraiment pas compris, mais sont-ils nombreux ?) : puis commence la légende.

Alors ne cherchez pas de duel sur le gué, ni de flèche en enfonçant une autre. C’est pour après. Même si les archers ont la part belle dans l’intrigue, on aura un Robin vraisemblable, presque réel (rappel : c’est un personnage de fiction). Avec en point d’orgue sa relation avec Marianne (Lady Marion dans la VO) : une relation maritale forcée (supercherie) qui finalement se transforme en amour (heureusement).


Et puis nous avons le méchant. Il s’appelle Godfrey (Mark Strong) et est fourbe à souhait : non seulement il est identifié comme méchant, mais en plus il réussit à tromper Jean sans Terre ! Sa relation duelle – d’un côté Jean, de l’autre Philippe Auguste (Jonathan Zaccaï) – nous offre des dialogues en VO très réaliste : quand les Français parlent, ils ne sont ni doublés ni possèdent un accent à couper au couteau, ils sont sous-titrés et c’est tout ! Soulignons au passage les efforts des acteurs anglo-saxons qui nous proposent un accent français pas trop désagréable : ils prononcent les « r » comme il faut même si parfois leurs sorties ne sont pas toujours très naturelles.

 

Terminons enfin sur le combat final : c’est un véritable débarquement de Normandie, sauf que cette fois-ci, ce sont les Normands qui débarquent en Angleterre. Il  s’ensuit un combat acharné sur la plage qui n’est pas sans rappeler le débarquement des troupes américaines sur Juno Beach dans Il faut sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg : c’est le 6 juin 1199 !

Un grand moment de combat qui rappelle aussi celui du Retour du Roi (Peter Jackson, 2002).

Bref, du très grand spectacle, prélude à la grande « douglasfairbankserie » qui suivra…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henry King, #Western
Le Brigand bien-aimé (Jesse James - Henry King, 1939)

La St Louis Midland Railroad rachète les terres des paysans du Missouri pour y faire passer le train.

Bien entendu, ce rachat se fait au minimum. Et bien entendu, ceux qui refusent sont maltraités.

C’est ce qui arrive à la ferme James. Mais Frank (Henry Fonda) et son frère  Jesse (Tyrone Power) refusent de signer, rossant Barshee (Brian Donlevy*), le représentant des chemins de fer. S’ensuit une escalade de violence à la fin de laquelle Ma James (Jane Darwell, déjà la mère d’Henry Fonda…) et ce même Barshee trouvent la mort, ce dernier tué par Jesse.

Dès lors, la vie pour Jesse James ne sera plus qu’une longue cavale, avec, bien entendu, la mort au bout du chemin.

 

Quinze ans après The iron Horse (John Ford, 1924), la construction de ce même chemin de fer est vue du point de vue de ceux qui l’ont subie : les paysans expropriés pour une bouchée de pain par des hommes d’affaires peu scrupuleux. C’est ce qui arrive ici et qui devient l’explication du mauvais tournant dans la vie de Jesse W. James, le célèbre brigand bien-aimé. Parce que, malgré le Code Hays, il s’agit ici d’un film à la gloire de ce dernier. Et en plus, c’est en Technicolor !

Il y a un parti pris évident dans ce film : James n’est que la victime des circonstances. Et s’il a fait ce qu’il a fait (attaques de train, assassinats…), c’est avant tout de la faute de la compagnie de chemins de fer, représentée par son directeur fourbe : McCoy (Donald Meek).

C’est un point de vue. Ne négligeons pas tout de même le fait que Jesse James était un terrible hors-la-loi, ce que ce film a tendance à minimiser.

Mais c’est normal : c’est du cinéma. Et nous assistons à une fuite en avant – avec mort inévitable au bout -  d’un personnage qui n’a plus rien à voir avec le modèle de la vraie vie.

Et en plus, c’est Tyrone Power qui l’interprète, secondé par Henry Fonda dans le rôle du grand frère fidèle, Frank. Surtout, James est avant tout un homme du Sud. Il y a du Rhett Butler dans l’attitude de Jesse : un jeune homme très bien habillé aux belles manières, affublé en plus d’une fine moustache, comme c’était la mode chez les jeunes premiers de Hollywood. Mais Jesse James est d’abord un homme d’honneur, tout comme Will Wright (Randolph Scott) qui vient l’arrêter. Il y a d’ailleurs de la grandeur lors de cette arrestation : James est volontaire et se plie aisément aux exigences de la situation. Alors pas étonnant qu’après la fourberie de McCoy, tout tourne au désastre. Mais là encore, ce n’est pas lui le responsable.

Mais c’est Wright qui a une vision des plus objectives de James, quand il s’adresse à Zee (Nancy Kelly), la femme de James : malgré le respect dans lequel il le tient, il est allé trop loin.

 

Henry King nous propose une très belle hagiographie de ce brigand : le casting est formidable, les couleurs ajoutant au flamboyant de la légende, faisant oublier sur le coup le véritable homme qu’était Jesse James.

Pourtant, c’est bien ce côté humain de Jesse James que King nous montre : sa réaction aux injustices, son impulsivité, mais aussi son humanité : quand son fils joue, avec des petits voisins, à Jesse James et qu’il est « tué ». C’est là qu’il prend toute sa dimension : il va changer de vie. Et c’est là qu’intervient le deuxième méchant du film (après l’infâme McCoy) Robert Ford (John Carradine), celui qui n’apparaît pas sur la stèle funéraire de James…

 

NB : Morris et Goscinny en tireront un bel album de BD (Jesse James, 1969), remettant un peu Jesse James à sa véritable place de desperado, sans oublier toutefois leur humour habituel.

 

* Brian Donlevy est caricaturé par Morris dans Le Fil qui chante (1977), dans le rôle de l’infâme (encore une fois) Bradwell.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lillian Gish, #D.W. Griffith
Les deux Orphelines (Orphans of the Storm - David Wark Griffith, 1921)

Hollywood et la Révolution française, épisode 1.

C’est Griffith qui a commis la première adaptation de notre révolution. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas dû beaucoup se renseigner…

Ce ne sont que raccourcis et idées fausses, à des années-lumière de ce que proposera Ingram deux ans plus tard – Scaramouche (1923) – qui est aussi une drôle de réécriture de l’histoire de France.

 

Comme nous sommes chez Griffith, il y a tout d’abord le côté édifiant du film : nous allons assister à une démonstration, voire recevoir une leçon de vie – en l’occurrence de démocratie.

Et Griffith se donne les moyens pour y parvenir. C’est avant tout une grande fresque dans le sillage de Naissance d’une Nation ou Intolérance. Là encore, il manie la foule comme il sait si bien le faire, donnant une frénésie formidable à son propos.

Mais justement, c’est le propos qui pose problème :

  • La révolution française installe avec elle un système anarchiste et bolchevique
  • Robespierre est, par conséquent, un anarchiste doublé d’un bolchevique ;
  • C’est l’action de Danton qui amena la fin de la Terreur ;
  • La Carmagnole n’est plus une danse mais une attitude totalement irresponsable du peuple français, amenant tous les débordements anarchistes possibles…

Bref, nous assistons à la mise en place d’un chaos absolu qui sera contenu par le grand Danton, orateur des orateurs !

 

Mais laissons de côté cette Histoire (de France) et concentrons-nous sur celle du film.

Les deux orphelines (Lillian & Dorothy Gish) sont de fausses sœurs recueillies par les parents d’Henriette (Lillian). Mais Louise (Dorothy) est de haute extraction.
S’ensuit alors une succession de séparations entre les deux jeunes femmes, se perdant et se retrouvant sans cesse, jusqu’aux retrouvailles finales.

Mais c’est là que Griffith excelle – on ne peut pas être bon partout ! – et il nous propose une intrigue solide qui enchaîne avec brio ces séparations des deux sœurs. A chaque nouvelle retrouvaille suit un obstacle à leur bonheur, donnant au spectateur le plaisir d’admirer le jeu des sœurs Gish.

C’est leur dernier film pour Griffith : que de chemin parcouru depuis l’Ennemi invisible (1912) ! C’est aussi l’avant-dernier film qu’elles tournent ensemble (le dernier sera Romola d’Henry King, en 1924). Et, à l’instar des frères Barrymore dans Grand Hotel (1932), on sent une grande complicité, voire une grande tendresse entre elles. Les aventures tragiques qui arrivent à leurs personnages sont magnifiées par le lien réel qui les unissait.

C’est un véritable plaisir.

 

Une dernière chose à propos de cette fameuse Révolution : il ne faut pas oublier qu’à la même période (1920-21), la Russie (éternelle) est tombée sous le joug des hordes bolcheviques : cette révolution, et surtout les pratiques qu’elle engendrât, est la véritable cible de Griffith à travers ce film. Malheureusement pour la Révolution française – devenue donc un prétexte – elle a à souffrir des événements de l’Est. D’où l’assimilation de Robespierre et des comportements irraisonnés du peuple français.

 

Mais n’oublions jamais : c’est du cinéma !

 

Et comme c’est Griffith, il y a heureusement un sauvetage final, et comme toujours de dernière minute !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Waggner
Le Loup-garou (The wolf Man - George Waggner, 1941)

Larry Talbot (Lon Chaney Jr.) revient chez lui après dix-huit ans d’absence.

Il est le fils de Lord Talbot (Claude Rains) et est devenu le dépositaire du titre depuis la mort de son frère.

Au village, il fait connaissance de Gwen Conliffe (Evelyn Ankers), la fille de l’antiquaire.
Chaque automne, les Bohémiens viennent au village, pour la fête et dire la bonne aventure.

Suite à une séance, l’un d’eux, Béla (Lugosi) se transforme en loup-garou et attaque une jeune femme. Larry le tue, mais est tout de même mordu : le voici donc devenu à son tour un loup-garou.

 

Dix ans après Frankenstein, les studios Universal sortent un nouvel opus, explorant un nouvel aspect de l’épouvante : la lycanthropie.

Il ne s’agit pas du premier film traitant ce sujet : en 1924, Jacques  Roullet et Pierre Bressol avaient sorti un film éponyme avec ce dernier en vedette ; et avant eux une version de Henry McRae, considérée comme perdue.

Mais il était temps que Hollywood s’emparent d’un tel thème : près de soixante-dix ans après, Joe Johnston nous en propose encore un,  remake du film de Waggner (Wolfman, 2010).

Mais l’intérêt – qui est aussi un argument de vente – c’est la présence pour interpréter le rôle-titre de Lon Chaney Junior, le fils de. Tout d’abord, il ne s’appelait pas Lon, mais Creighton. Et ensuite, comme c’est toujours un peu le cas dans les dynasties, le fils n’est pas le père.

Certes, Junior n’est pas désagréable, et il joue honnêtement son rôle humain. Il y a d’ailleurs une grande ressemblance avec son père dans certaines attitudes : plisser les yeux, sourire… Mais les séquences de la bête sont tout de même un tantinet grotesques. Il est difficile d’y croire. Seule la première intervention de la bête vue en ombre est impressionnante. Mais il était obligé de montrer ce monstre. Mais si la première transformation – celle des pattes – est réussie, le processus inverse est tout de même plus aléatoire, parce que plus difficile. A la même période, Victor Fleming fait subir les mêmes transformations (ou presque) à Spencer Tracy dans Dr Jekyll & Mr Hyde avec beaucoup plus de réussite.

Heureusement, le casting nous propose quelques vieilles gloires du cinéma* qui contrebalancent la pauvreté du scénario : Claude Rains, pour une fois dans un rôle positif (c’est assez rare pour être signalé !) et l’incontournable (enfin presque) Béla Lugosi, méconnaissable dans un rôle de diseur de bonne aventure, pour le coup plutôt mauvaise.

 

Il est clair que la présence de Junior a beaucoup fait pour le succès du film. On peut même suspecter Universal de malhonnêteté en créditant Lon Chaney JR sans les deux dernières lettres…

 

NB : Curt Siodmak, le frère de Robert, a écrit un scénario avec une référence ouverte au nazisme : le loup-garou est un nazi qui tue ses victimes identifiées par une étoile (dans la main). C’est clair, on ?

 

*Et même Gibson McTeague Gowland...

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Zack Snyder, #Ben Affleck, #Batman, #DC Comics
Batman Vs Superman : L'Aube de la justice (Batman Vs Superman: Dawn of Justice - Zack Snyder, 2016)

Après Tim Burton (1988), Joel Schumacher (1995) et Christopher Nolan (2005), c’est au tour de Zack Snyder de se frotter à la Chauve-souris !
Mais cette fois-ci, il emmène son dernier super héros : Superman (celui de 2013).

Et en chemin, on fait la connaissance d’une belle jeune femme au passé troublant : Diana Prince (Gal Gadot), alias Wonder Woman.

Bref, que de la très bonne compagnie.

 

Mais si Superman (Henry Cavill) est le même qu’en 2013, il n’en va pas de même pour Batman. C’est Ben Affleck qui s’y colle. Un nouveau Batman, donc, mais plus âgé. Peut-être aussi plus sage. Par contre, il conserve son serviteur britannique. Et c’est l’immense Jeremy Irons qui succède au non moins talentueux Michael Caine.
Même s’il s’agit d’une nouvelle mouture de Batman, on part du principe que l’histoire développée da   ns Batman Begins est satisfaisante, et les flashes que Bruce Wayne éprouve vont dans ce sens.

Mais l’intérêt – comme la vérité pour Mulder et Scully – est ailleurs : c’est la rencontre des deux vedettes phares des éditions DC Comics, Batman et Superman.

Là encore, pour Superman, on part du principe que les spectateurs connaissent bien le personnage. En effet, la référence à la kryptonite, affaiblissant le héros est considérée comme acquise. Tout comme sa difficulté à lire à travers le plomb. Mais qu’importe, le divertissement est là.

Et on en profite. Mais il y a un tournant dans le ton du film : alors que chez les trois précédents réalisateurs, Batman maîtrisait ses ennemis par ses seules force et adresse, ici, il n’hésite pas à tuer ses ennemis. Oui, ce sont des super méchants (normal, quand on est un super héros, on a des ennemis super méchants !), mais tout de même, ce changement de ton peut étonner.

 

Et puis il y a Wonder Woman. Tout d’abord, elle est super belle (pléonasme ?). Enfin c’est mon avis, mais tout de même. Avec Wonder Woman, c’est l’ouverture vers une nouvelle dimension : un groupement de super héros, unis pour lutter contre le Mal. Une espèce de « dream team » chapeautée par un super héros multimillionnaire. Ca vous rappelle quelque chose ? Stark Enterprise ?

 

Enfin, il y a le méchant absolu qui se révèle enfin : il n’était pas là lors du Man of Steel, alors nous le découvrons.

Pas de crâne rasé comme nous le connaissions - Gene Hackman (1978) puis Kevin Spacey (2006) – mais surtout, c’est un jeune criminel qu’on nous propose. C’est un jeune héritier – on peut se demander de quoi est mort son père, d’ailleurs – qui contrôle tout : il sait qui est qui (les véritables identités des super héros) et surtout, il a une parenté évidente avec le Joker de Nolan (The dark Knight), la froideur en moins.

Mais surtout, et c’est là qu’est la grande différence entre les éditions DC Comics et Marvel, c’est la nature du mal que les héros doivent affronter.

Il y a chez DC Comics un côté mystique, voire religieux, chez les DC. En effet, Luthor se revendique du Diable, tout comme le fera Luddendorf dans Wonder Woman (2017). L’hologramme de la créature affrontée dans le combat final – ô combien tragique – ne laisse aucun doute là-dessus.
 

De là à en conclure que Batman et Superman sont au service de Dieu, voilà un raccourci que je ne me permettrai pas d’emprunter…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Dans les Laves du Vésuve (The white Sister - Henry King, 1923)

Le Vésuve gronde.

Deux sœurs, issues de deux mariages.

L’une est mauvaise et méchante : la Marquise de Mola (Gail Kane). La sœur noire.

L’autre est bonne et gentille : Angela (Lillian Gish). La sœur blanche.

Premier coup dur : le père (Charles Lane) meurt.

Deuxième coup dur : la Marquise brûle le testament, spoliant ainsi totalement et chassant Angela.

Troisième coup dur : Giovanni Severi (Ronald Colman), le fiancé d’Angela, est envoyé en expédition en Afrique où il trouve la mort.

Il ne reste qu’une solution à Angela : prononcer ses vœux. Elle sera une sœur blanche, de celles qui s’occupent des malades.

Mais le jour où elle entre en religion, Giovanni revient.

 

Lillian Gish, elle aussi, a quitté Griffith, après dix ans de collaboration. Comme Richard Barthelmess, elle rejoint Henry King pour cette histoire d’amour – malheureuse – entre une nonne et un soldat de retour à la vie.

C’est un rôle – presque – sur mesure pour elle : c’est une jeune femme innocente, qui est dépossédée de tout, même de son amour, et qui, par dépit entre en religion. Mais le retour du fiancé n’altère pas sa foi, et là encore, elle reste une jeune fille pure. Elle est une nonne qui n’en reste pas moins humaine, et donc faillible : elle craint le retour de Giovanni, qui pourrait la détourner de son devoir. Et si cette sœur blanche (le titre original) est une personnification de la douceur et de la bonté, chaque nouvelle rencontre avec sa vraie sœur (la Marquise) rappelle la rancœur due au mauvais traitement que cette dernière fit subir à Angela. Et son visage – angélique, bien sûr – l’espace d’un instant devient dur, à la pensée de ces malheurs passés.

Et si Angela est le personnage central, Giovanni reste la figure la plus forte de l’intrigue. Il est la personnification de ce Christ qu’elle embrasse.

  • Alors qu’elle est prostrée, suite à l’annonce de sa disparition, c’est l’image de Giovanni – peinte par un amoureux transi – qui va la ramener vers la réalité et la guérir.
  • Le choix d’entrer en religion est justifié par la mémoire de l’homme qu’elle aimait : en devenant nonne, elle lui rend le plus grand hommage.
  • Même si c’est devant une croix qu’elle se marie à Dieu, Giovanni reste le véritable récipiendaire de son amour, comme elle le lui expliquera.
  • Dernier argument, et non des moindres : Giovanni donne sa vie pour sauver ceux qui vivent au pied du Vésuve en éruption*. La prière finale, bien entendu, lui est adressée.

Et Ronald Colman – au-delà de son apparence de séducteur à la fine moustache, archétype très hollywoodien – est un Giovanni convaincant. Et son sacrifice final, même s’il est magnifique, n’en reste pas moins un suicide arrangé.

 

Finalement, avec ce film, Lillian Gish tourne une page de sa vie d’actrice, libérée de Griffith, elle entre dans une série de rôle de femmes, délaissant définitivement les jeunes filles naïves. Il ne faut pas non plus oublier que quasiment un mois après la sortie du film, elle eut 30 ans…

 

N’empêche, même sous un voile, elle est toujours magnifique…

 

 

*Et en plus, pour ceux qui aiment chercher la petite bête : Giovanni se rend, lui aussi, dans le désert…

 

PS : quel titre français ! C’est sûr, « dans les laves du Vésuve », c’est vendeur. Mais tout de même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King
David l'Endurant (Tol'able David - Henry King, 1921)

Les Kinamon sont une famille unie : le père (Edmund Gurney), métayer s’occupe du bétail, pendant que son fils Allan (Warner Richmond) est agent du gouvernement : il doit convoyer le courrier. Tous les deux sont mariés, et en plus, Allan attend un heureux événement.
Dans cette famille vit aussi le frère d’Allan, David (Richard Barthelmess).

Leurs voisins sont les Hatburn. Le père (Walter P. Lewis) vit avec sa fille Esther (Gladys Hulette, adorable). Elle est du même âge que David. Elle est belle. Bref, ils sont amoureux.

Mais le cousin Hatburn (Forrest Robinson) débarque avec ses deux fils abrutis, dont le redoutable Luke (Ernest Torrence) : ce sont des criminels évadés qui vont s’installer chez leurs « cousins » et faire régner la terreur et le mal.

 

Une fois son contrat chez Griffith terminé – dont deux magnifiques chefs-d’œuvre (Le Lys brisé et A travers l’Orage) – Richard Barthelmess rejoint Henry King pour quelques films et diverses productions. Ici, c’est un rôle sur mesure pour ce « beau gosse » de Hollywood : un jeune homme d’honneur courageux.

 

Et Henry King signe ici l’un des premiers films sur l’adolescence. En effet, David est l’archétype de l’adolescent : il voudrait être considéré comme un grand, mais a encore des réflexes et des occupations de petit. De plus il possède un caractère entier et manichéen, englobant Esther et son père dans le même sac que leurs terribles cousins. La séquence du bal est un autre élément de cette adolescence : sa jalousie quand Esther danse avec un autre homme et leurs retrouvailles parachevant cette description de cet âge entre deux autres où les enfants ne le sont plus, mais tout de même pas encore assez grands pour être considérés comme tels.

 

C’est un jeune homme bourré de qualités : il tire juste, il pêche les truites comme pas deux... Mais c’est là que le bât blesse : il est JEUNE. Et même trop jeune. Il aimerait remplacer son frère dans son travail, mais non. On ne le juge pas assez mature : c’est le « petit garçon à sa maman ».

Même avec Esther, il passe pour un jeunot. Pourtant il essaie de passer pour plus âgé : il fume la pipe – déclenchant l’hilarité de cette même Esther – et essaie de profiter des réjouissances liées à la naissance de son neveu (cigare et gnôle), mais rien n’y fait. « T’es trop p’tit, mon ami », semblent-ils tous lui dire.

 

Pourtant, la venue des hors-la-loi Hatburn va le faire grandir à toute vitesse : la mutilation de son frère et la mort du père le forcent à se responsabiliser : « tu es le seul homme qu’il nous reste maintenant », lui dit sa mère, se traînant à ses pieds.
Et David, pour une fois appelé « homme » va tenir son rang et devenir le nouveau soutien financier de la famille.

Il faut dire que les trois méchants Hatburn sont très réussis : entre le grand-père, patriarche incontesté et ses deux fils, il n’y en a pas un pour rattraper les autres. La palme revenant à l’immense Ernest Torrence – formidable méchant de la période muette – qui n’est pas encore le cow-boy bourru de James Cruz (La Caravane vers l’Ouest) ou le père de Buster Keaton (Cadet d’Eau douce), mais un superbe méchant au sourire menaçant malgré sa dent manquante.

Et comme dans A travers l’Orage, David – tiens, c’est le même prénom pour les deux personnages – va jusqu’au bout de son courage, livrant le courrier et débarrassant la région des infâmes Hatburn, se qualifiant lui-même d’acceptable, d’où le titre original.

 

Le 17 janvier 1927, les spectateurs américains peuvent aller voir le dernier Harold Lloyd : The kid Brother. C’est un hommage au film d’Henry King.

Mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D. W. Griffith, #Lillian Gish
A travers l'Orage (Way down East - David Wark Griffith, 1920)

Un monument du cinéma.

 

Anna Moore (Lillian Gish), une jeune campagnarde naïve qui arrive à la (grande) ville.

Lennox Sanderson (Lowell Sherman), un vil séducteur de cette même grande ville.

David Bartlett (Richard Barthelmess), un fils de bonne famille.

Un faux mariage, un abandon, et Anna se retrouve seule avec un enfant mourant.

Une deuxième chance auprès des Bartlett…

Et en toile de fond, l’Amérique puritaine.

 

Il s’agit avant tout d’un terrible mélodrame. Tout est là pour faire pleurer dans les chaumières : la jeune orpheline dont on abuse, le vil séducteur, l’enfant sans père qui meurt dans les bras de sa mère. Tout est terrible dans ce film.

 

Mais comme nous sommes chez Griffith, il faut en tirer une leçon. Et la conduite de Lennox est le grand reproche que Griffith fait à son époque. Mais près de cent ans après, les choses n’ont guère évolué !

En effet, Anna, qui a succombé au charme de Lennox est considérée comme une fille perdue, voire pire, par une société pudibonde où la femme est avant tout coupable, surtout depuis le péché originel. Alors que dans le même temps, Lennox, qui a abusé de cette jeune fille innocente, n’est pas inquiété. Il le dit lui-même : un homme se doit d’avoir des aventures de jeunesse, mais une femme, non.

Aujourd’hui encore, on admire un homme qui a plusieurs conquêtes (« c’est un dom Juan ! »), alors qu’on méprise une femme qui en a autant (« c’est une salope ! »).

 

Pourtant, ce n’est vraiment pas le cas d’Anna. Elle est une victime qu’on enfonce, dans une société rurale extrêmement moralisatrice, représentée par la terrible Martha Perkins (Vivia Ogden), qui pèse de tout son poids dans le destin de cette pauvre jeune femme.

Heureusement, comme je l’ai déjà dit, nous sommes chez Griffith. Et si dans Le Lys brisé, la noirceur l’avait emporté, ici, c’est l’amour qui triomphe dans un sauvetage de dernière minute – la spécialité du maître – des plus époustouflants.

 

Un an après Broken Blossoms, Griffith retrouve son couple vedette pour l’un de ses chefs-d’œuvre. Alors que ce dernier film était étouffant de noirceur et de lieux étriqués, ici, les personnages évoluent dans de grands espaces. C’est la morale alentour qui est étriquée. Anna vit de calvaire en calvaire, jusqu’à sa rencontre avec les Bartlett. Mais même chez ces gens-là, le passé la rattrape. Il n’y a qu’une seule échappatoire : la mort.

Cette mort qu’Anna souhaite, Lillian Gish l’a presque trouvée : la séquence finale sur les blocs de glace de la rivière en pleine débâcle ne fut pas seulement une scène d’anthologie. Lillian Gish, allongée sur la glace, la tête et la main dans l’eau, a réellement failli y passer. [Allez lire son récit dans son autobiographie, c’est magnifique !].

Toute cette scène est extraordinaire. Le montage parallèle de la dérive d’Anna pendant que David essaie de la sauver donne une tension et un suspense énormes, avec la menace – régulièrement insérée dans cette course poursuite – des chutes d’eau au bout de la route.

Et si sauvetage il y a, il est physique : Anna ne meurt pas, mais en plus son honneur est sauf !

Un très grand moment de cinéma.

 

Et puis il y a le jeu de Lillian Gish. Alors qu’elle a très souvent joué les femmes-enfants chez Griffith, elle trouve ici un rôle qui évolue. Elle est cette même jeune fille naïve qu’on attendait d’elle au début. Mais son expérience malheureuse la fait grandir. Et quand Lennox la retrouve chez les Bartlett, ce n’est plus la jeunette que l’on peut abuser aisément qui se retrouve en face de lui. C’est une femme (n’oublions pas que Lillian Gish avait tout de même 27 ans !) qui lui tient tête. Une femme consciente de ses responsabilités mais aussi de celles de ce petit monsieur.

 

Et finalement, s’il n’y a pas de mort à la fin, une chose est sûre : Lennox est mort socialement dans le village Bartlett, et lui qui voulait qu’Anna s’en aille afin d’avoir l’esprit plus serein devra s’exiler et retourner à sa vie citadine.

Une vie citadine, bien entendu – intrinsèquement - corrompue.

 

[PS : Une petite pensée pour Robert Harron, qui aurait pu jouer le rôle de David mais qui est mort deux jours après la sortie du film (après quatre jours d’agonie). On ne peut s’empêcher de lui trouver des similitudes avec le personnage du professeur joué par Creighton Hale.]

 

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