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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Waggner
Le Loup-garou (The wolf Man - George Waggner, 1941)

Larry Talbot (Lon Chaney Jr.) revient chez lui après dix-huit ans d’absence.

Il est le fils de Lord Talbot (Claude Rains) et est devenu le dépositaire du titre depuis la mort de son frère.

Au village, il fait connaissance de Gwen Conliffe (Evelyn Ankers), la fille de l’antiquaire.
Chaque automne, les Bohémiens viennent au village, pour la fête et dire la bonne aventure.

Suite à une séance, l’un d’eux, Béla (Lugosi) se transforme en loup-garou et attaque une jeune femme. Larry le tue, mais est tout de même mordu : le voici donc devenu à son tour un loup-garou.

 

Dix ans après Frankenstein, les studios Universal sortent un nouvel opus, explorant un nouvel aspect de l’épouvante : la lycanthropie.

Il ne s’agit pas du premier film traitant ce sujet : en 1924, Jacques  Roullet et Pierre Bressol avaient sorti un film éponyme avec ce dernier en vedette ; et avant eux une version de Henry McRae, considérée comme perdue.

Mais il était temps que Hollywood s’emparent d’un tel thème : près de soixante-dix ans après, Joe Johnston nous en propose encore un,  remake du film de Waggner (Wolfman, 2010).

Mais l’intérêt – qui est aussi un argument de vente – c’est la présence pour interpréter le rôle-titre de Lon Chaney Junior, le fils de. Tout d’abord, il ne s’appelait pas Lon, mais Creighton. Et ensuite, comme c’est toujours un peu le cas dans les dynasties, le fils n’est pas le père.

Certes, Junior n’est pas désagréable, et il joue honnêtement son rôle humain. Il y a d’ailleurs une grande ressemblance avec son père dans certaines attitudes : plisser les yeux, sourire… Mais les séquences de la bête sont tout de même un tantinet grotesques. Il est difficile d’y croire. Seule la première intervention de la bête vue en ombre est impressionnante. Mais il était obligé de montrer ce monstre. Mais si la première transformation – celle des pattes – est réussie, le processus inverse est tout de même plus aléatoire, parce que plus difficile. A la même période, Victor Fleming fait subir les mêmes transformations (ou presque) à Spencer Tracy dans Dr Jekyll & Mr Hyde avec beaucoup plus de réussite.

Heureusement, le casting nous propose quelques vieilles gloires du cinéma* qui contrebalancent la pauvreté du scénario : Claude Rains, pour une fois dans un rôle positif (c’est assez rare pour être signalé !) et l’incontournable (enfin presque) Béla Lugosi, méconnaissable dans un rôle de diseur de bonne aventure, pour le coup plutôt mauvaise.

 

Il est clair que la présence de Junior a beaucoup fait pour le succès du film. On peut même suspecter Universal de malhonnêteté en créditant Lon Chaney JR sans les deux dernières lettres…

 

NB : Curt Siodmak, le frère de Robert, a écrit un scénario avec une référence ouverte au nazisme : le loup-garou est un nazi qui tue ses victimes identifiées par une étoile (dans la main). C’est clair, on ?

 

*Et même Gibson McTeague Gowland...

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Zack Snyder, #Ben Affleck, #Batman, #DC Comics
Batman Vs Superman : L'Aube de la justice (Batman Vs Superman: Dawn of Justice - Zack Snyder, 2016)

Après Tim Burton (1988), Joel Schumacher (1995) et Christopher Nolan (2005), c’est au tour de Zack Snyder de se frotter à la Chauve-souris !
Mais cette fois-ci, il emmène son dernier super héros : Superman (celui de 2013).

Et en chemin, on fait la connaissance d’une belle jeune femme au passé troublant : Diana Prince (Gal Gadot), alias Wonder Woman.

Bref, que de la très bonne compagnie.

 

Mais si Superman (Henry Cavill) est le même qu’en 2013, il n’en va pas de même pour Batman. C’est Ben Affleck qui s’y colle. Un nouveau Batman, donc, mais plus âgé. Peut-être aussi plus sage. Par contre, il conserve son serviteur britannique. Et c’est l’immense Jeremy Irons qui succède au non moins talentueux Michael Caine.
Même s’il s’agit d’une nouvelle mouture de Batman, on part du principe que l’histoire développée da   ns Batman Begins est satisfaisante, et les flashes que Bruce Wayne éprouve vont dans ce sens.

Mais l’intérêt – comme la vérité pour Mulder et Scully – est ailleurs : c’est la rencontre des deux vedettes phares des éditions DC Comics, Batman et Superman.

Là encore, pour Superman, on part du principe que les spectateurs connaissent bien le personnage. En effet, la référence à la kryptonite, affaiblissant le héros est considérée comme acquise. Tout comme sa difficulté à lire à travers le plomb. Mais qu’importe, le divertissement est là.

Et on en profite. Mais il y a un tournant dans le ton du film : alors que chez les trois précédents réalisateurs, Batman maîtrisait ses ennemis par ses seules force et adresse, ici, il n’hésite pas à tuer ses ennemis. Oui, ce sont des super méchants (normal, quand on est un super héros, on a des ennemis super méchants !), mais tout de même, ce changement de ton peut étonner.

 

Et puis il y a Wonder Woman. Tout d’abord, elle est super belle (pléonasme ?). Enfin c’est mon avis, mais tout de même. Avec Wonder Woman, c’est l’ouverture vers une nouvelle dimension : un groupement de super héros, unis pour lutter contre le Mal. Une espèce de « dream team » chapeautée par un super héros multimillionnaire. Ca vous rappelle quelque chose ? Stark Enterprise ?

 

Enfin, il y a le méchant absolu qui se révèle enfin : il n’était pas là lors du Man of Steel, alors nous le découvrons.

Pas de crâne rasé comme nous le connaissions - Gene Hackman (1978) puis Kevin Spacey (2006) – mais surtout, c’est un jeune criminel qu’on nous propose. C’est un jeune héritier – on peut se demander de quoi est mort son père, d’ailleurs – qui contrôle tout : il sait qui est qui (les véritables identités des super héros) et surtout, il a une parenté évidente avec le Joker de Nolan (The dark Knight), la froideur en moins.

Mais surtout, et c’est là qu’est la grande différence entre les éditions DC Comics et Marvel, c’est la nature du mal que les héros doivent affronter.

Il y a chez DC Comics un côté mystique, voire religieux, chez les DC. En effet, Luthor se revendique du Diable, tout comme le fera Luddendorf dans Wonder Woman (2017). L’hologramme de la créature affrontée dans le combat final – ô combien tragique – ne laisse aucun doute là-dessus.
 

De là à en conclure que Batman et Superman sont au service de Dieu, voilà un raccourci que je ne me permettrai pas d’emprunter…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Dans les Laves du Vésuve (The white Sister - Henry King, 1923)

Le Vésuve gronde.

Deux sœurs, issues de deux mariages.

L’une est mauvaise et méchante : la Marquise de Mola (Gail Kane). La sœur noire.

L’autre est bonne et gentille : Angela (Lillian Gish). La sœur blanche.

Premier coup dur : le père (Charles Lane) meurt.

Deuxième coup dur : la Marquise brûle le testament, spoliant ainsi totalement et chassant Angela.

Troisième coup dur : Giovanni Severi (Ronald Colman), le fiancé d’Angela, est envoyé en expédition en Afrique où il trouve la mort.

Il ne reste qu’une solution à Angela : prononcer ses vœux. Elle sera une sœur blanche, de celles qui s’occupent des malades.

Mais le jour où elle entre en religion, Giovanni revient.

 

Lillian Gish, elle aussi, a quitté Griffith, après dix ans de collaboration. Comme Richard Barthelmess, elle rejoint Henry King pour cette histoire d’amour – malheureuse – entre une nonne et un soldat de retour à la vie.

C’est un rôle – presque – sur mesure pour elle : c’est une jeune femme innocente, qui est dépossédée de tout, même de son amour, et qui, par dépit entre en religion. Mais le retour du fiancé n’altère pas sa foi, et là encore, elle reste une jeune fille pure. Elle est une nonne qui n’en reste pas moins humaine, et donc faillible : elle craint le retour de Giovanni, qui pourrait la détourner de son devoir. Et si cette sœur blanche (le titre original) est une personnification de la douceur et de la bonté, chaque nouvelle rencontre avec sa vraie sœur (la Marquise) rappelle la rancœur due au mauvais traitement que cette dernière fit subir à Angela. Et son visage – angélique, bien sûr – l’espace d’un instant devient dur, à la pensée de ces malheurs passés.

Et si Angela est le personnage central, Giovanni reste la figure la plus forte de l’intrigue. Il est la personnification de ce Christ qu’elle embrasse.

  • Alors qu’elle est prostrée, suite à l’annonce de sa disparition, c’est l’image de Giovanni – peinte par un amoureux transi – qui va la ramener vers la réalité et la guérir.
  • Le choix d’entrer en religion est justifié par la mémoire de l’homme qu’elle aimait : en devenant nonne, elle lui rend le plus grand hommage.
  • Même si c’est devant une croix qu’elle se marie à Dieu, Giovanni reste le véritable récipiendaire de son amour, comme elle le lui expliquera.
  • Dernier argument, et non des moindres : Giovanni donne sa vie pour sauver ceux qui vivent au pied du Vésuve en éruption*. La prière finale, bien entendu, lui est adressée.

Et Ronald Colman – au-delà de son apparence de séducteur à la fine moustache, archétype très hollywoodien – est un Giovanni convaincant. Et son sacrifice final, même s’il est magnifique, n’en reste pas moins un suicide arrangé.

 

Finalement, avec ce film, Lillian Gish tourne une page de sa vie d’actrice, libérée de Griffith, elle entre dans une série de rôle de femmes, délaissant définitivement les jeunes filles naïves. Il ne faut pas non plus oublier que quasiment un mois après la sortie du film, elle eut 30 ans…

 

N’empêche, même sous un voile, elle est toujours magnifique…

 

 

*Et en plus, pour ceux qui aiment chercher la petite bête : Giovanni se rend, lui aussi, dans le désert…

 

PS : quel titre français ! C’est sûr, « dans les laves du Vésuve », c’est vendeur. Mais tout de même !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King
David l'Endurant (Tol'able David - Henry King, 1921)

Les Kinamon sont une famille unie : le père (Edmund Gurney), métayer s’occupe du bétail, pendant que son fils Allan (Warner Richmond) est agent du gouvernement : il doit convoyer le courrier. Tous les deux sont mariés, et en plus, Allan attend un heureux événement.
Dans cette famille vit aussi le frère d’Allan, David (Richard Barthelmess).

Leurs voisins sont les Hatburn. Le père (Walter P. Lewis) vit avec sa fille Esther (Gladys Hulette, adorable). Elle est du même âge que David. Elle est belle. Bref, ils sont amoureux.

Mais le cousin Hatburn (Forrest Robinson) débarque avec ses deux fils abrutis, dont le redoutable Luke (Ernest Torrence) : ce sont des criminels évadés qui vont s’installer chez leurs « cousins » et faire régner la terreur et le mal.

 

Une fois son contrat chez Griffith terminé – dont deux magnifiques chefs-d’œuvre (Le Lys brisé et A travers l’Orage) – Richard Barthelmess rejoint Henry King pour quelques films et diverses productions. Ici, c’est un rôle sur mesure pour ce « beau gosse » de Hollywood : un jeune homme d’honneur courageux.

 

Et Henry King signe ici l’un des premiers films sur l’adolescence. En effet, David est l’archétype de l’adolescent : il voudrait être considéré comme un grand, mais a encore des réflexes et des occupations de petit. De plus il possède un caractère entier et manichéen, englobant Esther et son père dans le même sac que leurs terribles cousins. La séquence du bal est un autre élément de cette adolescence : sa jalousie quand Esther danse avec un autre homme et leurs retrouvailles parachevant cette description de cet âge entre deux autres où les enfants ne le sont plus, mais tout de même pas encore assez grands pour être considérés comme tels.

 

C’est un jeune homme bourré de qualités : il tire juste, il pêche les truites comme pas deux... Mais c’est là que le bât blesse : il est JEUNE. Et même trop jeune. Il aimerait remplacer son frère dans son travail, mais non. On ne le juge pas assez mature : c’est le « petit garçon à sa maman ».

Même avec Esther, il passe pour un jeunot. Pourtant il essaie de passer pour plus âgé : il fume la pipe – déclenchant l’hilarité de cette même Esther – et essaie de profiter des réjouissances liées à la naissance de son neveu (cigare et gnôle), mais rien n’y fait. « T’es trop p’tit, mon ami », semblent-ils tous lui dire.

 

Pourtant, la venue des hors-la-loi Hatburn va le faire grandir à toute vitesse : la mutilation de son frère et la mort du père le forcent à se responsabiliser : « tu es le seul homme qu’il nous reste maintenant », lui dit sa mère, se traînant à ses pieds.
Et David, pour une fois appelé « homme » va tenir son rang et devenir le nouveau soutien financier de la famille.

Il faut dire que les trois méchants Hatburn sont très réussis : entre le grand-père, patriarche incontesté et ses deux fils, il n’y en a pas un pour rattraper les autres. La palme revenant à l’immense Ernest Torrence – formidable méchant de la période muette – qui n’est pas encore le cow-boy bourru de James Cruz (La Caravane vers l’Ouest) ou le père de Buster Keaton (Cadet d’Eau douce), mais un superbe méchant au sourire menaçant malgré sa dent manquante.

Et comme dans A travers l’Orage, David – tiens, c’est le même prénom pour les deux personnages – va jusqu’au bout de son courage, livrant le courrier et débarrassant la région des infâmes Hatburn, se qualifiant lui-même d’acceptable, d’où le titre original.

 

Le 17 janvier 1927, les spectateurs américains peuvent aller voir le dernier Harold Lloyd : The kid Brother. C’est un hommage au film d’Henry King.

Mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D. W. Griffith, #Lillian Gish
A travers l'Orage (Way down East - David Wark Griffith, 1920)

Un monument du cinéma.

 

Anna Moore (Lillian Gish), une jeune campagnarde naïve qui arrive à la (grande) ville.

Lennox Sanderson (Lowell Sherman), un vil séducteur de cette même grande ville.

David Bartlett (Richard Barthelmess), un fils de bonne famille.

Un faux mariage, un abandon, et Anna se retrouve seule avec un enfant mourant.

Une deuxième chance auprès des Bartlett…

Et en toile de fond, l’Amérique puritaine.

 

Il s’agit avant tout d’un terrible mélodrame. Tout est là pour faire pleurer dans les chaumières : la jeune orpheline dont on abuse, le vil séducteur, l’enfant sans père qui meurt dans les bras de sa mère. Tout est terrible dans ce film.

 

Mais comme nous sommes chez Griffith, il faut en tirer une leçon. Et la conduite de Lennox est le grand reproche que Griffith fait à son époque. Mais près de cent ans après, les choses n’ont guère évolué !

En effet, Anna, qui a succombé au charme de Lennox est considérée comme une fille perdue, voire pire, par une société pudibonde où la femme est avant tout coupable, surtout depuis le péché originel. Alors que dans le même temps, Lennox, qui a abusé de cette jeune fille innocente, n’est pas inquiété. Il le dit lui-même : un homme se doit d’avoir des aventures de jeunesse, mais une femme, non.

Aujourd’hui encore, on admire un homme qui a plusieurs conquêtes (« c’est un dom Juan ! »), alors qu’on méprise une femme qui en a autant (« c’est une salope ! »).

 

Pourtant, ce n’est vraiment pas le cas d’Anna. Elle est une victime qu’on enfonce, dans une société rurale extrêmement moralisatrice, représentée par la terrible Martha Perkins (Vivia Ogden), qui pèse de tout son poids dans le destin de cette pauvre jeune femme.

Heureusement, comme je l’ai déjà dit, nous sommes chez Griffith. Et si dans Le Lys brisé, la noirceur l’avait emporté, ici, c’est l’amour qui triomphe dans un sauvetage de dernière minute – la spécialité du maître – des plus époustouflants.

 

Un an après Broken Blossoms, Griffith retrouve son couple vedette pour l’un de ses chefs-d’œuvre. Alors que ce dernier film était étouffant de noirceur et de lieux étriqués, ici, les personnages évoluent dans de grands espaces. C’est la morale alentour qui est étriquée. Anna vit de calvaire en calvaire, jusqu’à sa rencontre avec les Bartlett. Mais même chez ces gens-là, le passé la rattrape. Il n’y a qu’une seule échappatoire : la mort.

Cette mort qu’Anna souhaite, Lillian Gish l’a presque trouvée : la séquence finale sur les blocs de glace de la rivière en pleine débâcle ne fut pas seulement une scène d’anthologie. Lillian Gish, allongée sur la glace, la tête et la main dans l’eau, a réellement failli y passer. [Allez lire son récit dans son autobiographie, c’est magnifique !].

Toute cette scène est extraordinaire. Le montage parallèle de la dérive d’Anna pendant que David essaie de la sauver donne une tension et un suspense énormes, avec la menace – régulièrement insérée dans cette course poursuite – des chutes d’eau au bout de la route.

Et si sauvetage il y a, il est physique : Anna ne meurt pas, mais en plus son honneur est sauf !

Un très grand moment de cinéma.

 

Et puis il y a le jeu de Lillian Gish. Alors qu’elle a très souvent joué les femmes-enfants chez Griffith, elle trouve ici un rôle qui évolue. Elle est cette même jeune fille naïve qu’on attendait d’elle au début. Mais son expérience malheureuse la fait grandir. Et quand Lennox la retrouve chez les Bartlett, ce n’est plus la jeunette que l’on peut abuser aisément qui se retrouve en face de lui. C’est une femme (n’oublions pas que Lillian Gish avait tout de même 27 ans !) qui lui tient tête. Une femme consciente de ses responsabilités mais aussi de celles de ce petit monsieur.

 

Et finalement, s’il n’y a pas de mort à la fin, une chose est sûre : Lennox est mort socialement dans le village Bartlett, et lui qui voulait qu’Anna s’en aille afin d’avoir l’esprit plus serein devra s’exiler et retourner à sa vie citadine.

Une vie citadine, bien entendu – intrinsèquement - corrompue.

 

[PS : Une petite pensée pour Robert Harron, qui aurait pu jouer le rôle de David mais qui est mort deux jours après la sortie du film (après quatre jours d’agonie). On ne peut s’empêcher de lui trouver des similitudes avec le personnage du professeur joué par Creighton Hale.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D. W. Griffith, #Lillian Gish
Le Lys brisé (Broken Blossoms - David Wark Griffith, 1919)

Le visage d’un jeune Chinois qui se consume d’amour.

Le visage d’un boxeur très en colère.

Le visage d’une jeune fille effrayée.

Trois gros plans qui résument le film. 
Un trio inoubliable.

 

Londres, Limehouse, début du XXème siècle.

 

Le Chinois, c’est Cheng Huan (Richard Barthelmess qui vient de rejoindre David Wark Griffith), mais on l’appelle « l’Homme jaune », ou encore « le Chinetoque ». C’est un immigrant qui s’est installé à Londres, dans Limehouse, près des docks. Il a perdu ses illusions. Il fume de l’opium.

Le boxeur, c’est « Battling » Burrows (Donald Crisp). C’est un terrible combattant. Mais c’est surtout un jouisseur : dans sa vie, il y a les femmes et l’alcool, au grand dam de son manager. Mais dans sa vie, il y a aussi une fille, qu’on a déposée chez lui. Alors de temps en temps (perdu), il essaie de se comporter comme un père. Un père fouettard.

La jeune fille, c’est Lucy (Lillian Gish), la fille de Battling Burrows. C’est ce qu’on appelle une frêle jeune fille. D’autant plus frêle que son père s’en sert de punching-ball.

 

Et puis le Chinois rencontre la jeune fille. Il en tombe amoureux. Eperdument. Pendant ce temps, Battling Burrows gagne des combats, et frappe sa fille. Un soir, meurtrie, elle entre chez le Chinois qui lui montre, pour la première fois de sa vie, de la gentillesse.

Mais Battling Burrows ne l’entend pas de cette oreille (ni de l’autre d’ailleurs, elle est très abîmée !).

 

Comme souvent chez Griffith, il y a une volonté édifiante : ici, c’est condamner ce père alcoolique et violent au profit de cet Homme jaune, dans un contexte de dénigrement (parfois même plus) des populations extrême-orientales. Cette opposition était d’ailleurs la seule possibilité d’acquérir les suffrages du public envers son héros. Et ça marche : on ne peut que condamner Burrows pour sa conduite et célébrer Cheng pour sa grandeur. Mais malgré tout, cet amour est voué à l’échec. Il ne peut y avoir d’amour heureux entre les deux jeunes protagonistes. Tout d’abord, le public n’est pas prêt à une union mixte. Ensuite, l’attitude de Lucy par rapport à Cheng est sans équivoque. Elle l’appelle « son petit Chinetoque » (« Chinky »), et quand il s’approche d’elle, avec – intérieurement – une envie irrépressible de l’embrasser, elle prend peur, et prépare son bras pour l’interposer. Quoi qu’il arrive, Cheng n’aura pas la jeune fille.

 

Tout de même, quelle histoire malheureuse. Nous, spectateurs du XXIème siècle, accepterions facilement une telle union. Mais en 1919, pour l’opinion publique, il n’était pas question que Lillian Gish embrasse un Jaune. Même si c’est Richard Barthelmess.

Il y a aussi, chez Griffith un gros problème par rapport au racisme. En effet, après le terrible Naissance d’une Nation, qu’il a voulu atténuer en tournant Intolérance, on ne doute pas beaucoup du racisme de ce maître. Et les étrangers dans ce film sont bizarrement représentés :

  • La Chine du début est on ne peut plus traditionnelle, avec ses temples bouddhistes, ses vieux sages à la barbe et aux ongles longs et ses tenues d’apparat de tous les jours ;
  • Les deux Chinois importants sont joués par des Américains de type caucasien : Richard Barthelmess et Edward Peil Sr. (Evil Eye). Si Cheng a véritablement une allure orientale, on ne peut pas en dire autant de Evil Eye. C’est encore un Caucasien.
  • La fumerie d’opium que fréquente Cheng est international : on y trouve un Indien coiffé d’un turban et un homme noir qui ne peut absolument pas venir d’Afrique.

Bref, des stéréotypes pas toujours très heureux…

 

Mais Broken Blossoms, c’est un trio d’acteurs phénoménaux.

Donald Crisp est terrible en champion de la violence. Il y a dans son regard une fureur incroyable qui tranche avec les autres rôles qu’il a pu interpréter.
Richard Barthelmess est convaincant dans ce rôle. Certes, ce n’est pas Lon Chaney dans Shadows, mais tout de même, c’est une belle performance. Il y a dans le jeu de Barthelmess tout l’amour de son personnage, obligé de s’en tenir à un amour platonique, baisant la robe de la jeune fille, faute de mieux.

Lillian Gish, enfin. Merveilleuse : merveilleusement belle, merveilleusement juste. Elle apporte à Lucy son côté femme-enfant habituel mais dans un rôle autrement plus tragique que ce qu’on a l’habitude de voir chez Griffith. Il y a une énergie dans son jeu qui nous remue tous. Elle est une Lucy inoubliable : son sourire forcé est l’une des images les plus fortes du film.

Et puis de toute façon, je suis toujours amoureux d’elle, alors…


 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Levinson
La Famille Addams (The Addams Family - Barry Sonnenfeld, 1991)

 

« Cara mia !

- Mon cher… »

Cette réplique, devenue culte depuis, sera un leitmotiv de la suite, deux ans plus tard. Pourtant elle n’est prononcée qu’une seule fois.

 

Il s’agit du premier film de Barry Levinson, qui a fait ses classes derrière la caméra – comme opérateur – chez Rob Reiner et les frères Coen. On a connu pire comme école !

C’est un succès commercial – mérité – qui met en place l’univers de Levinson : ses personnages sont décalés. Décalés par rapport au lieu, par rapport à la société, et ici franchement décalés moralement !

Lors de sa sortie, mon ami le très célèbre professeur Allen John (allez voir son blog !) et moi-même fûmes assez décontenancés. Vingt-cinq après (et même plus), c’est devenu un film incontournable de ma vidéothèque, se bonifiant à chaque passage.

 

La première fois, ne connaissant pas les dessins du grand Chas Addams, mais ayant pu visionner quelques épisodes de la série télévisée de 1966, je me réjouissais d’avance d’un long métrage reprenant ces personnages hors du commun (des mortels). Mais…

Mais Fester (Christopher Lloyd) n’habitait pas (encore) la maison, ayant disparu vingt-cinq ans (décidément, quel nombre magique) plus tôt. Il manquait quelque chose dans cet univers décalé, où le summum du plaisir, c’est d’être malheureux.

 

Mais si ce film a réussi, c’est aussi grâce au jeu d’acteurs, Raul Julia (Gomez) et Anjelica Huston (Morticia) en tête. Il y a une complicité et une complémentarité formidable entre ces deux acteurs. Les deux personnages sont poussés à l’extrême : tout est grandiloquent, é&norme, grandiose. De plus, le jeu sado-maso entre eux deux est source de comique répétitif. Ils ne parlent que de torture et mauvais traitement – avec des sous-entendus sexuels évidents – sans jamais y avoir recours. Ce qui donne une plus grande force à leur drôle d’amour : l’imagination sera toujours plus forte que les images.

Qui veut ) ou encore Judge Doom (Retour vers le Futur, en passant par Doc (Vol au-dessus d’un Nid de coucous) Christopher Lloyd continue sa galerie de personnages bizarres, commencée avec Taber dans la Peau de Roger Rabbit). Fester est certainement un sommet dans les personnages déjantés interprétés par l’acteur.

La révélation, enfin : Christina Ricci. Elle est une Wednesday formidable. Elle en a l’allure et le jeu. Alors que Jimmy Workman nous propose un Pugsley plutôt conventionnel, elle, rayonne. Elle a le regard dément  qu’on attend de son personnage. Une véritable réussite qui s’épanouira dans la suite : les Valeurs de la famille Addams.

 

Et puis il y a les images : à l’instar de Karl Freund – opérateur mythique passé à la réalisation, proposant des films aux cadrages fantastiques – Levinson nous propose à chaque fois des plans magnifiques : Morticia allongée, pâle, les yeux rehaussés de fard et mascara, les lèvres rouges à faire pâlir d’envie Mae West, est éclairée et cadrée avec beaucoup de subtilité, ce plan rehaussant formidablement son apparence, la rendant véritablement magnifique. Pourtant, Anjelica Huston n’est pas ce qu’on peut considérer une pin-up. Mais ça marche. Elle dégage une sensualité énorme dans ce rôle.

Jamais elle ne sera aussi belle. A part dans la suite, bien entendu !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alan Parker, #Oliver Stone, #Prison
Midnight Express (Alan Parker, 1978)

Midnight Express, c’est le surnom que Max (John Hurt) donne à l’évasion. C’est sûr, les chances de s’évader la nuit sont plus grandes. Et l’évasion, c’est la seule façon qu’a William Hayes (Brad Davis) de retourner chez lui, aux Etats-Unis.
William Hayes, c’est un jeune étudiant qui, un jour, a décidé de ramener du haschisch de Turquie. Mauvaise inspiration : il est arrêté à la montée dans l’avion, laissant sa petite amie Susan (Irene Miracle) rentrer seule.

On ne plaisante pas avec la drogue en Turquie : Hayes se retrouve en prison.

 

Alan Parker et Oliver Stone sur la même affiche. Il y a de quoi rêver. Mais le sujet ne s’y prête pas : les conditions d’incarcération dans la prison d’Istanbul ne sont pas idylliques.

Il faut dire que Stone a un tantinet exagéré la réalité, décrivant la prison comme un lieu de sévices (sexuels ou non) où les prisonniers, à un moment, deviennent fous. Mais cela n’a rien d’étonnant quand on connaît ce réalisateur : ses films emblématiques – Salvador, Platoon, JFK – sont autant de démonstrations, voire de dénonciations de dysfonctionnements ou d’états de fait. Mais ici, c’est un autre pays qu’il dénonce (après cela, il s’occupera des travers de son propre pays), forcissant le trait afin de faire prendre conscience au public de la vie dans une prison, quitte à en rajouter. Il s’en excusera plus de vingt-cinq ans après. Toujours est-il que le « mal » était fait : pour le public, les prisons turques étaient devenues l’antichambre de l’enfer.

 

Parker a très bien recréé cet enfer que lui proposait le grand Oliver. Nous suivons la déchéance progressive de Hayes alors que le film avance. Régulièrement, il arrive un  élément qui lui rend la vie dans cette prison encore plus difficile, jusqu’à l’envoyer dans la section des criminels aliénés. Cette partie du film – la dernière – est peut-être la pus impressionnante : on y rencontre de magnifiques trogne de dingos, encore plus réussis que Vol au-dessus d’un Nid de coucous. Et surtout, il y a le bruit. Plus que la surpopulation et les comportements étranges des « résidents », c’est le bruit qui rend encore plus fou. Terrible.

Alors qu’importe qu’ils aient pris des libertés avec l’histoire (vraie) originale : ils ont visé juste.

 

Avec ce film, Parker continue la lignée des films pénitentiaires. Mais près de cinquante ans après Je suis un évadé, le ton a beaucoup changé. Même Brubaker – qui sortira deux ans plus tard n’ira pas aussi loin dans le traitement de l’univers carcéral. Parker et Stone n’éludent rien : ni les violences, ni la sexualité, et en particulier l’homosexualité et la masturbation, considérées comme tabous au cinéma, voire dans la vraie vie.

 

Mais c’est aussi un film d’acteurs, où chacun compose un rôle prenant. Brad Davis a trouvé là le rôle de sa vie. Et si d’autres films le mettront en valeur, jamais il n’atteindra l’intensité de jeu de Midnight Express.
L’autre performance est signée par John Hurt, qui joue un Max époustouflant. Il a l’allure – on dit même qu’il ne s’est pas lavé pendant tout le tournage ! – et le jeu justes : peu de paroles, mais un sens du placement et de l’attitude formidables.

C’était vraiment un immense acteur.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Les Lois de l'hospitalité (Our Hospitality - Buster Keaton*, 1923)

Ah, cette fameuse hospitalité de l'Ouest. Celle qui dit qu'un invité est sacré...

Même s'il s'agit d'un ennemi.

Il faut dire que les Canfield et les McKay, en plus d'être voisins, sont ennemis.

Pourquoi ? On ne sait pas trop. Toujours est-il qu'en 1810, John McKay (Edward Coxon) et James Canfield (Tom London) se sont entretués par une nuit d'orage et que depuis, Joseph Canfield (Joe Roberts) n'aura de répit que le jour où le fils Canfield, Willy McKay (Buster Keaton) sera mort.

Alors quand Virginie Canfield (Natalie Talmadge), fille de, invite le jeune homme qu'elle a rencontré pendant le voyage et que ce jeune homme n'est autre que le fils McKay... Les lois de l'hospitalité risquent d'en prendre un sacré coup...

 

Depuis Roméo & Juliette, les histoires malheureuses de familles rivales ont toujours eu du succès. Surtout depuis l'histoire des Hatfield et des McCoy (d'où les noms choisis pour le film), deux familles du Kentucky en guerre pendant près de trente ans.

Il n'y a pas de raison pour cette querelle. Pas même un âne qu'on aurait refusé de payer sous prétexte qu'il fût boiteux...

 

Et Keaton traite ce thème avec humour. C'est son deuxième long métrage qu'il dirige, et on retrouve les thèmes habituels, qui avaient été laissé de côté dans The Saphead (c'est normal, il ne l'avait pas dirigé) : un amour naissant promis à l'échec ; un beau-père imposant et hostile ; le héros beaucoup moins imposant que ses ennemis ; de l'action, voire des cascades (dans tous les sens du terme !).

Tout le sel du film vient de cette hospitalité appliquée à la lettre : les Canfield veulent tuer McKay mais ne peuvent pas tant qu'il restera dans la maison. Alors McKay s'installe. Mais il doit tout de même sortir et à chaque fois, c'est l'armada des Canfield qui est mis à contribution, mais - heureusement - sans succès.


L'action a été placée en 1830, soit une quarantaine d'années avant la véritable histoire. C'est surtout l'occasion de ressortir un train antédiluvien évoluant sur (et parfois en hors d') une voie ferrée mobile et capricieuse, s'adaptant parfaitement au relief du tracé, prétexte à de nombreux gags. Et quand le train est réutilisé dans l'intrigue, on pense à The General...

Ce principe sera repris par Morris et Goscinny** dans Des Rails sur la prairie (1957), avec tout de même un train plus moderne.

 

Mais Keaton n'est pas encore à son plus haut niveau.  On s'en approche. Il faudra attendre soin film suivant (Sherlock Junior) pour que tout son génie comique s'exprime pleinement.

Mais ne faisons pas la fine bouche tout de même : Les Lois de l'Hospitalité se laisse regarder avec beaucoup de plaisir...

Pour le reste, on sait dès le début que tout va bien se terminer : c'est Keaton qui dirige, pas Chaplin. Et on suit avec bonheur cette résolution heureuse : l'amour triomphe de la bêtise et c'est tant mieux.

 

* et John G. Blystone

**A leur tour, ils vont exploiter ce thème dans l'excellent album Les Rivaux de Painful Gulch (1962), un incontournable de la bande dessinée et un beau plaidoyer pour la différence.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier
Golgotha (Julien Duvivier, 1935)

« En vérité, je vous le dis... »

Il s'agit certainement de la réplique la plus célèbre, répétée à l'envi par Jésus (Robert Le Vigan), dans cette superproduction française signée Julien Duvivier.

Pour le reste, c'est beaucoup moins intéressant...


Les derniers instants de Jésus, pour la première fois en version parlante. Cocorico, ce sont des Français qui l'ont faite !

Ils auraient pu éviter.


Certes, l'intrigue est proche des Ecritures, et on assiste aux derniers instants de Jésus, de son entrée à Jérusalem jusqu'à sa résurrection. Mais pour le reste, c'est assez plat.

Pourtant, il y avait de quoi se réjouir : une belle reconstitution de Jérusalem, une distribution prestigieuse, mais... Mais ça ne prend pas. C'est statique. Beaucoup trop. Le seul moment intéressant, c'est la montée au Golgotha : il y a de la tension, de la violence verbale et physique contre Jésus. Bref, ça vit. Même le moment de la mort de Jésus, là où la tension devrait être à son paroxysme, c'est encore plat.

 

Il n'y a de la vie que pour les méchants (pas étonnant de la part de Duvivier). Les bons, eux sont presque immobiles, comme s'ils recréaient quelque scène sulpicienne : ils sont déjà morts (pour leur foi). D'ailleurs, le meilleur élément sulpicien, c'est Jésus lui-même, avec sa chevelure que l'éclairage rend d'or...

Revenons à la distribution : on annonce Harry Baur, Jean Gabin et Edwige Feuillère. Bigre, c'est du lourd (terme tout à fait approprié pour ce film). Mais en fait, ces trois personnalités apparaissent peu dans le film : à peine un quart d'heure à elles trois !

Non, ceux qu'on voit, ce sont - bien entendu - Jésus et Caïphe (Charles Granval), chef du Sanhédrin, une espèce d'oligarchie qui voit son autorité menacée par le Nazaréen. Le troisième, dans une moindre mesure, c'est l'incontournable Judas (Lucas Gridoux), le traître, le salaud, mais tout de même un homme torturé par ce qu'il a fait. Caïphe et Judas sont certainement les personnages les mieux réussis du film.

 

Et il reste Le Vigan. Il est un Jésus idéal... Physiquement. Il est dans la lignée des Christs maigrichons, de ceux qui expliquent pourquoi il tombe trois fois pendant le chemin de croix. C'est à se demander si son père fut charpentier...

Dans le regard aussi, Le Vigan est très bon. Mais dès qu'il ouvre la bouche, le charme n'agit plus. On recherche dans ce personnage (divin ?) les intonations qui feront son succès dans les films suivants (La Bandera, L'Homme de nulle part...). Ici, il interprète un personnage trop lisse : il ne peut pas laisser libre court à ses intonations et son jeu si particuliers.

 

Alors on regarde, parce que c'est Duvivier. Mais on se dit tout de même que la version de Cecil B. DeMille, Le Roi des Rois (1927) offre un spectacle autrement plus beau, à mille lieues de celui qu'on vient de voir.

 

 

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