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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #John Huston
La Reine africaine (The African Queen - John Huston, 1951)

Afrique centrale, 1914.

Dans une région contrôlée par les Allemands, Samuel Sayer (Robert Morley) et sa sœur Rose (Katherine Hepburn), en mission (pour Dieu, bien sûr).

De temps en temps, Charles Allnut (Humphrey Bogart), un vieux loup de mer - à moins que ce ne soit un marin d'eau douce - leur apporte le ravitaillement.

Et puis la guerre éclate, et rien n'est plus comme avant : Samuel meurt, Rose et Charles s'enfuient, à bord de l'African Queen.

 

L'African Queen, c'est avant tout un immonde rafiot que conduit Allnut, avec l'aide d'Africains à son service : en clair, il ne fait pas grand chose, si ce n'est fumer des cigares et boire du gin. Mais, heureusement pour nous, la guerre ayant éclaté, il se retrouve pris dans la tourmente, obligé de véhiculer une vieille fille - aigrie, cela va de soi, autrement, ce ne serait pas drôle ! - dans une odyssée improbable mais tellement formidable. Il s'agit, la plupart du temps, d'un huis clos qui se passe sur un bateau où la proximité va, bien sûr, être source de conflit (dans un premier temps), mais surtout révéler et réunir deux êtres totalement différents.

 

Allnut n'est qu'un alcoolique canadien, au vin parfois mauvais, alors que Rose est une vieille pimbêche extrêmement formelle, et qui ne connaît de la vie que l'intensité des sermons de son pasteur de frère.

Mais nous savons bien que cette opposition ne durera pas - sinon, où serait l'intérêt ? - et qu'ils finiront par tomber amoureux l'un de l'autre. C'est un amour  sincère, mais maladroit. Entre une bigote desséchée qui n'a jamais connu quelqu'un - même son frère la considère comme une femme peu attirante - et un vieux garçon, un tantinet misanthrope aux manières peu distinguées, le cocktail est détonant. Mais la mayonnaise prend : sur l'écran et dans la vie. D'ailleurs, suite au film, les Bacall-Bogart et les Hepburn-Tracy deviendront de très grands amis.

 

Et puis il y a l'Afrique. Ce n'est pas vraiment une Afrique coloniale avec suprématie blanche, comme on la voyait dans la série des Tarzan. Les seuls autochtones que l'on voit sont essentiellement présents au début du film, dans la mission. Mais quelle vision ! Nous avons Samuel qui dirige une assemblée à chanter un cantique : c'est une cacophonie incroyable et s'il n'y avait pas les plans sur le frère et la sœur, on ne saurait pas ce qui se chante. Autre élément à charge quant à la vision des Africains : Allnut se débarrasse de son cigare, s'ensuit une bagarre entre les jeunes hommes pour le récupérer : « c''est bien connu, les Africains sont de grands enfants. » Hum. Et dire que plus de soixante ans après, on trouve encore des gens pour penser ainsi...

Mais c'est une Afrique plutôt animale que nous montre John Huston, du fait de la situation : seuls contre les éléments. Et voir ces images de la vie sauvage en Technicolor, après toutes ces années de Tarzan en noir et blanc, avec recyclage récurrent des mêmes crocodiles s'immergeant, quel plaisir !


Et tout cela pour faire un beau film, avec un duo - improbable, certes - mais tellement attachant, dans des rôles un tantinet différent : Allnut est un homme qui n'est pas si sûr de lui, très sensible et qui s'ouvre à l'amour ; Rose a un aspect initial hautain, rappelant d'anciens rôles de Katherine Hepburn, mais cette femme s'humanise et devient naturelle, sa morgue se dissipant pour notre plus grand plaisir, et celui d'Allnut !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Drame, #Biopic, #Milos Forman
Amadeus (Milos Forman, 1984)

Dix ans.

Dix ans de la vie d'un homme. C'est peu.

Mais quand cet homme, c'est Mozart (Tom Hulce), alors c'est tout.

Il a vingt-six ans quand le film commence. Et normalement toute la vie devant lui.

Mais ce n'est pas le cas. Devant lui, il y a l'école italienne. Et avec, la jalousie.

La jalousie d'être moins bien, de ne pas avoir le don qui fait toute la différence entre un artisan et un artiste.

 

Cette jalousie, c'est Salieri (F. Murray Abraham) qui+ l'exprime. Mais avec en même temps une admiration sans borne. Jaloux certes, mais conscient de la valeur de cette « créature » comme il l'appelle.

Et puis il y a le rire. Ce rire idiot, qui ne colle tellement pas avec le personnage, cette icône qu'on nous a présenté pendant près de deux siècles (nous sommes en 1984, quand le film sort). D'ailleurs, le Mozart qu'on nous présente n'a rien d'académique, si ce n'est sa musique. Mais est-ce si étonnant ? pourquoi Mozart n'aurait-il pas été humain ? Parce que - comme le dit Salieri - sa musique est divine ?

 

Quand le film est sorti, beaucoup de critiques - britanniques entre autres - reprochaient le caractère scatologique du personnage. A priori, ce furent des gens qui n'ont pas dû regarder le film en entier, la scatologie s'effaçant rapidement pour laisser la place à l'expression du génie. Parce qu'il faut tout de même le reconnaître : je ne suis pas un grand admirateur de Mozart, mais tout de même, quel talent, quelle virtuosité !

 

Quant à ses frasques : en quoi sont-elles plus choquantes qu'un Iggy Pop se baladant nu à la télévision, ou qu'un Keith Moon propulsant une Rolls Royce dans une piscine ? Mozart est jeune, il a besoin de vivre, de jouir de la vie. Alors il brûle sa jeunesse, donnant le meilleur de lui-même dans des œuvres impérissables : « hope I'll die before I get old » (My Generation, The Who). Mozart écrivait la musique de son époque, c'est tout. Quant au reste, quelle importance.

 

Mais revenons au film. Le duo Salieri-Mozart est, bien entendu, le clou du spectacle. Cette admiration - ouverte chez Mozart, cachée et réprimée chez Salieri - est magnifiquement montrée. Mais c'est malgré tout Salieri-Abraham qui retient l'attention. Il est magnifique. Son personnage duel est une réussite. Et même si la séquence finale qui le voit assister Mozart dans le Requiem n'a jamais eu lieu, qu'importe, nous sommes au cinéma [« Au cinéma, tout est possible. » (Tex Avery)] Et plus Mozart monte en puissance créatrice, plus Salieri s'enfonce dans la bassesse, sans toutefois se départir de son admiration. Un beau numéro d'acteur (avec Oscar à la clé, évidemment !).

 

Alors que Salieri assiste Mozart, qu'il l'aide à mourir - parce c'est ce qu'il fait, finalement, et sa confession initiale n'est pas si erronée - que nous importe. Nous avons eu un moment d'émotion, indispensable au cinéma : quand l'image se mêle à la musique pour éblouir le spectateur.

 

Parce que quand le film se termine, terriblement - Mozart est mort, son corps déversé à la fosse commune - le spectateur n'est que plus admiratif de ce génial compositeur, en avance sur son temps sur certains points, et avant tout un homme vivant dans un monde en mouvement : quand Mozart meurt, en 1791, la Révolution française a déjà deux ans et s'exporte, ou tout du moins son esprit, qui va changer les mentalités, réveillant un monde ancien qui s'endormait peut-être...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Yves Robert
Un Eléphant, ça trompe énormément (Yves Robert, 1976)

Une jeune femme en rouge.

Un courant d'air.

Une robe qui se soulève.

Et une vie qui bascule...

 

Quatre. Comme les mousquetaires (d'ailleurs ils jouent au tennis).

Daniel (Claude Brasseur), Simon (Guy Bedos), Bouly (Victor Lanoux) et Etienne (Jean Rochefort). C'est Etienne qui raconte, juché au dernier étage d'un hôtel de l'Etoile, avec vue imprenable sur l'Arc.

Il raconte ses amours, les conjugales avec Marthe (Danièle Delorme), et les autres, avec Charlotte (Anny Duperey).
 

Nous sommes chez Yves Robert, alors il s'agit avant tout d'un film sur l'amitié. Celle de quatre quadragénaires, encore un peu adolescents : Bouly est un coureur invétéré, alors évidemment, sa femme le quitte ; Daniel a toujours des tenues incroyables ; Simon a une liaison passionnelle, avec sa mère ; et Etienne aimerait bien une nouvelle liaison avec une jeune femme qu'il vient de rencontrer.

Mais ils sont inséparables, toujours prêts à tout pour rire ou sauver un copain. Et la morale dans tout ça ? On s'assoit un peu dessus, pour peu que le moment présent soit savouré jusqu'au bout : chacun y va de sa relation extraconjugale : Bouly avec tout ce qui se présente ; Simon, avec n'importe quelle femme qui pourrait lui faire oublier sa mère ; Etienne avec Charlotte ; et Daniel...

 

Daniel avec un jeune homme qu'il vient de rencontrer. C'est d'ailleurs un moment fort du film quand son homosexualité est dévoilée, de but en blanc à ses amis de toujours, sans préparation, sans précaution. Et cette annonce, qui n'en est pas une réellement, refroidit les trois autres, prenant conscience - surtout Bouly, une espèce de beauf aux idées plutôt arrêtées - de leur différence. Claude Brasseur est d'une grande dignité dans ce moment tragique pour lui - il sera d'ailleurs récompensé pour ce rôle duel et subtile aux Césars. Une scène très forte. Il y a dans la découverte de cette nouvelle le même état d'esprit que dans Quatre Mariages et un enterrement, quand la bande d'amis apprend la relation entre Gareth et Matthew.

Et puis il y a Mouchi (Marthe Villalonga). C'est la mère de Simon, et un véritable dragon en furie : pied-noir, archétype de la mère juive envahissante. Et cela malgré une très petite différence d'âge avec Guy Bedos (deux ans les séparent !). Un régal.

 

Et avec Dabadie aux dialogues, on a droit à de magnifiques saillies :

« A la maison, les mômes, son transistor, trente-huit piges... J'aime pas les formules, mais, c'est une femme heureuse. »  (Bouly)

« J'aime vos seins. Enfin surtout le gauche. » (Lucien - Christophe Bourseiller - à Marthe)

« Mais si maintenant faut payer pour te voir, dis-le. Je savais pas. Combien je te dois ? » (Mouchi à Simon)

« Je pris conscience de ce que si les femmes sont désirables, les chevaux sont hauts et les forêts profondes. » (Etienne, perdu dans la forêt)

 

C'est un microcosme attachant, où les aventures amoureuses sont et aussi font le sel du film.

On en redemande.

Pas étonnant qu'Yves Robert et Jean-Loup Dabadie en aient tiré une suite pour l'année d'après.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Georges Méliès
Hugo Cabret (Martin Scorsese, 2011)

Quand deux génies se rencontrent...

 

Paris, 1930s.

Hugo (Asa Butterfield), fils de son père (Jude Law), a repris, malgré lui, la suite de son oncle, alcoolique notoire qui n'a pas supporté un séjour prolongé dans la Seine (qui le ferait ?).
Mais surtout, Hugo est le fils d'un horloger qui a su préserver un automate formidable : un tour de clé, et il dessine l'une des images les plus célèbres du cinéma...

C'est normal, cet automate a été créé par le grand Georges. Méliès.

 

Martin Scorsese est  - en plus d'un cinéaste génial - le président de la Film Foundation, un organisme de préservation du cinéma : une espèce de Cinémathèque américaine.

Pas étonnant alors qu'un tel film ait lieu. Du roman de Brian Selznick, Scorsese fait un véritable hommage (c'était déjà le cas) à cet immense maître qu'était Georges Méliès (ici Ben Kingsley, toujours magnifique !).
Et la magie de Méliès transpire dans ce film : non seulement Scorsese réutilise les images des films de son maître, mais en plus il va jusqu'à les recréer ! C'est un festival pour les cinéphiles et une découverte pour les autres. Ben Kingsley est un Méliès plus vrai que nature. Non seulement il accepte la paternité - lourde - des films, mais en plus, il revit les grandes expériences de sa vie.

Et c'est là qu'est la magie. Scorsese nous fait revivre cette époque de création cinématographique où tout était - encore - à inventer. Et Méliès fut le grand magicien du cinéma.

En effet, à partir de 1914, année de la « retraite » de Méliès, que restait-il à inventer ? le parlant,  ? La belle affaire. Tout était prêt. Mis à part peut-être une technique qui fera la gloire (méritée) de King Kong. Mais bon, revenons à nos moutons...

 

Et Scorsese ne résiste pas à cette occasion de célébrer l'un de ses maitres : il se permet (comme souvent) une apparition (le photographe), dans le film, histoire d'être sûr de participer à ce grand moment ! On s'accroche à ce qu'on peut. Et qui pourrait lui en vouloir ?

Pour le reste, c'est un film à portée d'enfant(s) : un roman pour enfant d'abord, et ensuite raconté en suivant Asa Butterfield - alors âgé de 13 ans - un Hugo Cabret plus que convaincant : il faut le voir plaider sa cause auprès de Gustave (Sacha Baron Cohen), le policier de la gare (de Lyon), pour se laisser convaincre.

Mais Hugo Cabret, c'est avant tout un film pour remettre au goût du jour Méliès : ce grand cinéaste disparu et pionnier des effets spéciaux, à une époque où le cinéma s'écrivait, Méliès avait compris les possibilités de ce nouvel art.

 

Mais on a beau tourner cette histoire dans tous les sens, c'est avant tout une histoire pour enfants. Inspirée d'un roman éponyme (j'ai réussi à le placer), c'est un témoignage de ce que fut le cinéma/ Avait. Avant ce que nous connaissons, nous spectateurs du XXIème siècle, mais surtout - et avant tout ! - les spectateurs des années 1920s-1930s. Oui, l'action est supposée se tenir en 12931. Mais qu'importe ? Hugo et son amie Isabelle (Chloë Grace Moretz) sont des enfants ,de cette période et en profite : ils vont au cinéma (les chanceux !) et se gorgent d'images formidable : Le Voleur de Bagdad, Le Mécano de la General, le Kid, Monte là-dessus... sont parmi les films qu'ils peuvent regarder. Alors qu'ils en profitent. Et si la vie les ramène à des choses plus terre à terre, qu'importe : ils ont été heureux à se gorger de chefs-d'œuvre muets, qui peut leur en vouloir ?

 

Pour le reste : savourez...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese
Silence (Martin Scorsese, 2016)

Les bruits de la nature.

Et puis d'un coup, le silence.

Silence dans la salle, « SILENCE » sur l'écran.

 

Deux jeunes pères jésuites, Rodrigues (Andrew Garfield) et Galupe (Adam Driver) veulent retrouver celui qui fut leur guide spirituel, le père Ferreira (Liam Neeson), qu'on dit avoir abjuré sa foi. Leur enthousiasme juvénile refuse cette nouvelle et ils décident d'aller au Japon se rendre compte par eux-mêmes.

Mais au Japon, en 1640,  la religion chrétienne est interdite et les prêtres et les fidèles suppliciés, à moins qu'ils abjurent...

 

Scorsese est un réalisateur catholique. Et son œuvre porte les stigmates de ses réflexions théologiques : de la culpabilité, de la souffrance, du sacrifice...

Presque trente ans après La dernière Tentation du Christ, il nous propose un nouveau film théologique, inspiré du roman éponyme, de Shūsaku Endō, écrivain japonais catholique lui aussi. Mais si la dernière Tentation fit polémique, il n'en est rien de ce film..

Mais derrière cette histoire du dix-septième siècle, c'est bien de foi qu'il s'agit. Peut-on tout accepter au nom de sa foi ? Le doit-on ? Et si oui, jusqu'où doit-on aller ? Y a-t-il une limite ?

Ce sont ces questions qui reviennent sans cesse à l'esprit de Rodrigues, véritable personnage principal du film.

Et le film nous montre la lente évolution de l'esprit de ce jésuite, au commencement pétri de bonnes intentions et prêt à tout pour transmettre sa foi.

 

Mais quand ses fidèles meurent à cause de cette même foi, ces certitudes s'effritent, avec sa foi.

Mais comme l'annonce le titre, l'élément le plus important, c'est le silence. Ce silence synonyme de solitude qu'éprouvent Rodrigues et Galupe. Ce silence oppressant, parfois rompu par les gémissements des suppliciés.

Mais ce silence, c'est surtout le résultat de l'abandon de ce prêtre. Et c'est ce même silence qui allonge le temps et lui permet de questionner sa foi, et se rendre compte de plus en plus de sa solitude.

Rodrigues - comme Galupe - a été abandonné par son Dieu dans un pays qui n'est pas prêt, de par sa culture, à accueillir cette nouvelle religion. Et le grand Inquisiteur Inoue (Issei Ogata) exprime très bien la différence entre cette religion importée et déracinée et le bouddhisme traditionnel et multiséculaire.

 

Parce que c'est un film où on parle beaucoup, mais sans pour autant posséder le bavardage d'un Tarantino. On parle beaucoup, mais le titre est amplement justifié : peu de musique, beaucoup de monologues intérieurs. Et un grand absent : Dieu. Rodrigues, avec le temps, a beau ressembler de plus en plus à Jésus, il n'en est que plus seul. Et c'est cette identification - plus ou moins consciente - qui est la clé de son salut (le terme n'est peut-être pas bien choisi...).

Alors le temps passe, magnifié par les superbes prises de vue de Rodrigo Prieto, rappelant régulièrement, par un détachement aérien, la futilité de l'homme et sa petite place dans le monde.

 

Ce silence, cet abandon, sont les atouts de l'inquisiteur : il a la patience de celui qui est déjà passé par là, pour qui l'issue ne fait aucun doute.

Seul Rodrigues ne le sait pas.

 

Et puis le Silence est rompu. Et Rodrigues franchit le pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lon Chaney, #Tom Forman
Shadows (Tom Forman, 1922)

Urkey, village de pêcheurs (et de pécheurs, bien entendu...).

Sympathy (Marguerite de la Motte) est mariée à une brute épaisse, Dan Gibbs (Walter Long). Lors d'un sauvetage, Dan est englouti et seuls survivent un des pêcheurs et un Chinois, Yen Sin (Lon Chaney). Ce dernier est rapidement mis au ban, il n'est rien d'autre qu'un païen.

Parce que ce film est avant tout une histoire religieuse.

Alors que Sympathy est délivrée, le diacre Nate Snow (John St Polis) voit sa chance arriver. Mais John Malden (Harrison Ford), un jeune pasteur arrive dans la communauté, et rapidement, c'est le grand amour avec Sympathy (qui porte alors très bien son nom !).

Mais alors que naît leur premier enfant, Malden reçoit une lettre de Dan Gibbs, miraculeusement rescapé. Commence alors un chantage où Yen Sin aura un rôle primordial à jouer.

 

Yen Sin est l'un des mille visages de Lon Chaney. Mais c'est certainement l'un des plus attachants. Comme son nom et sa fonction l'indiquent, il est chinois. Alors Lon Chaney - maître du maquillage s'il en est - est chinois. Méconnaissable si ce n'était ses oreilles caractéristiques, et à un moment, son regard menaçant qui point derrière la figure douce de Yen Sin.

Mais quel rôle ! C'est un paria, parce que païen, dans une société puritaine et très religieuse. Chaque action est faite en fonction de la religion. Sauf pour Yen Sin, qui a sa propre religion (païenne, cela va de soi). Et pour un jeune garçon (Buddy Messinger) qui va devenir l'un de ses rares amis. Dès son arrivée, suite à une tempête, Yen Sin est rejeté. Alors qu'il sauve le pêcheur venu à sa rescousse, c'est ce dernier qu'on réconforte, délaissant cet étranger. L'installation de Yen Sin dans ce milieu à l'hostilité feutrée n'est pas anodine : c'est sur une espèce de bateau à fond plat qu'il investit. Ainsi, il est près de la communauté, sans pour autant vivre sur le même sol. D'ailleurs, quand Sympathy et le pasteur se marient, il leur offre une statuette des trois singes : celui qui ne voit rien, celui qui n'entend rien celui qui ne dit rien. Et Yen Sin est comme ces singes. Il vit près de ces gens, mais ne rend pas part à leur vie. Mais, comme on dit, il n'en pense pas moins. A chaque événement, il est là, mais de par ses croyances, est à part. Jusqu'au jour où il doit intervenir pour le salut de tout ce monde, alors que tous les autres ne rêvent qu'à sa conversion, lui assurant son propre salut. Une situation paradoxale qui se résoudra heureusement ou malheureusement, selon le point de vue que l'on prend.

Yen Sin obtiendra la rédemption, alors que jamais il ne la recherche - les autres le font assez pour lui. C'est une belle âme qui ne pense qu'au bien des autres.

La séquence finale, où Yen Sin est perclus de douleur - il est très malade - est magnifique. Lon Chaney, au-delà du maquillage, nous montre l'étendue de son talent d'acteur, rendant cet être insignifiant grandiose : une figure presque christique qui se sacrifie pour le bien de tous, sans aucune contrepartie.

 

Un rôle inoubliable

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lon Chaney, #Lambert Hillyer
The Shock (Lambert Hillyer, 1923)

Incroyable !

Un film avec Lon Chaney qui se termine bien !

On n'y est si peu habitué que ça en devient presque impossible.

D'habitude, on a un méchant identifié - Lon Chaney, bien sûr - à qui il arrive quelque chose de malheureux, et il va se venger ou décider de tuer un rival. Enfin rien que de très habituel. Et puis, pour faire bonne mesure, le méchant est démasqué ou/et supprimé et la morale est sauve.

Mais là, pas du tout.

Je m'explique.

 

Chinatown, San Francisco (le lieu est très important).

Wilse Dilling (Lon Chaney) est un truand. Mais pas n'importe quel truand : il est estropié (deux pieds tordus) et se déplace en béquilles. Il a pour chef(fe ?) une sacrée méchante : Queen Ann qui règne sur Chinatown dans son repaire, le Mandarin Café.

Dilling est envoyé au vert, à Falbrook, où il rencontre une jeune femme - Gertrude Hadley (Virginia Valli). Il semble avoir trouvé le chemin de la rédemption (film américain oblige !). Mais - heureusement - le père de celle-ci a des ennuis avec Queen Ann, qu'il a contribué à faire mettre en prison. Il semble donc que son passé de truand le rattrape.

Evidemment, Dilling tombe amoureux de Gertrude. Et comme toujours avec Lon Chaney, cet amour n'est pas réciproque : elle en aime un autre - Jack Cooper (Jack Mower).

Alors arrive ce qu'on attend depuis le début : Dilling menace Cooper de lourdes représailles s'il ne la rend pas heureuse !

Tout est donc prêt pour une réalisation habituelle d'un film avec Lon Chaney.

Mais Lambert Hillyer n'est pas Browning. Et si Lon Chaney nous offre encore un rôle magnifique d'invalide, les cartes sont faussées et nous n'aurons pas la fin attendue. D'où la surprise initiale !

Quoi qu'il en soit, pour le reste, Lon Chaney est véritablement formidable (euphémisme). Son jeu de visages est merveilleux et toujours aussi convaincant (avoir des parents sourds peut être aussi un atout !) : son visage décomposé à la vue de Cooper enlaçant Gertrude est d'une grande justesse, et même si ce n'est pas la première fois que je le vois, je suis toujours aussi impressionné. Et puis il y a aussi son visage menaçant - encore une expression vue de nombreuses fois chez Chaney - a toujours cette même force.

Mais comme toujours, il faut un méchant convaincant. Et comme ce n'est pas Lon Chaney, il faut le trouver ailleurs. Et c'est même LA trouver ailleurs : Queen Ann (Christine Mayo). non seulement elle est franchement mauvaise (le personnage, pas l'actrice), mais en plus, elle rivalise avec Chaney dans les expressions faciales. A eux deux, c'est un festival visuel, chacun dans son registre. Si Dilling sait être menaçant envers Cooper, Ann est glaçante et effrayante dans ses interventions, surtout envers son ex-partenaire.

 

Et puis il y a le séisme, San Francisco oblige. C'est grandiose, apocalyptique à souhait : la terre remue et se soulève, le feu prend un peu partout, les maisons s'effondrent, c'est la panique.

 

Horriblement magnifique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner
Misery (Rob Reiner, 1990)

Paul Sheldon (James Caan) vient de terminer son dernier livre.

Il fume une cigarette en buvant un verre de Dom Pérignon 1982.

Le rituel.

Ensuite, il range ses affaires et retourne à New York pour présenter son travail à Marcia Sindell (Lauren Bacall), son éditrice.

Autre rituel.

Mais cette fois-ci, le blizzard le surprend et sa voiture se renverse. Blessé, il est secouru.

Il se réveille chez sa sauveuse, Annie Wilkes (Kathy Bates).

Sa fan numéro un.

 

Cette fois-ci, Rob Reiner change de genre - encore une fois ! - et nous propose un thriller. Adapté du best-seller éponyme de Stephen King, il raconte la relation entre un écrivain et sa plus grande admiratrice.

Une relation qui commence sous les auspices les plus favorables. Mais ce n'est qu'un vernis. Rapidement, il se craquèle et Paul aperçoit puis prend conscience de la personne qui l'a sauvé.

Parce que Kathy Bates interprète une femme malade avec beaucoup de talent. Son regard surtout est le plus impressionnant. Passant du sourire à la moue la plus dédaigneuse, elle n'est pas inquiétante : elle est angoissante !

A chaque apparition - pour Paul, qui est blessé et drogué, ce sont des apparitions, mais rapidement, ce sont aussi des apparitions pour le spectateur ! - on s'attend à une menace, à un nouveau soubresaut de son esprit malade. Et on n'est pas déçu.

 

Dès le début, pourtant, on sait que tout va mal se passer : dans la scène initiale, Paul a terminé son œuvre, il fume sa dernière cigarette et boit son dernier verre, les attributs du condamné. Parce que Paul est condamné. Et ce qui va suivre, c'est sa vie après la mort : l'enfer.

Sheldon essaie sans cesse de se sortir de cette situation, mais à chaque fois, un grain de sable s'insinue et son plan s'effondre. La scène du toast est très révélatrice de cet état.

Mais Misery, c'est aussi l'accumulation de petites choses qui se liguent contre Paul, nous faisant penser que l'issue sera fatale : la voiture sous la neige, le pingouin... Paul est enfer et son supplice est de revivre à chaque fois des tentatives infructueuses pour s'en sortir. Une espèce de Tantale qui voit la liberté lui échapper à chaque fois qu'il s'en approche.

 

Mais Misery, c'est surtout Kathy Bates qui irradie à longueur de film. Pas étonnant qu'elle ait décroché l'Oscar de la meilleure actrice ! En plus de son regard si changeant, son attitude bipolaire est magnifiquement rendue : passant d'un sadisme froid envers Paul, elle peut s'exciter comme une petite fille en lisant les aventures de son héroïne préférée : Misery.
Parce que Misery (Misère en anglais), ce n'est pas seulement la situation de Paul Sheldon. C'est avant tout une héroïne de roman à l'eau de rose que ce dernier a eu la bonne idée - sauf pour elle, semble-t-il - de faire mourir dans le dernier volume afin de passer à autre chose.

 

Et Annie Wilkes veille... De la façon que l'on sait !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner
The Princess Bride (Rob Reiner, 1987)

Une belle jeune femme : Bouton d'or (Robin Wright).

Un valet de ferme : Westley (Cary Elwes).

Un prince sans scrupule : Humperdinck (Chris Sarandon).
Et aussi : un trio maléfique Vizzini (Wallace Shawn), Inigo Montoya (Mandy Patinkin) et Fezzik (André « le Géant Ferré » Roussimov) ; un comte avec six doigts à la main droite ; un charlatan vendeur de miracles ; des rongeurs de taille inhabituelle, des anguilles hurlantes... Et le terrible pirate Roberts !

Et puis aussi, un grand-père (Peter Falk) et son petit-fils (Fred Savage)...

 

Avec tous ces ingrédients, Rob Reiner, cinéaste protéiforme, nous raconte la magnifique histoire d'amour de la princesse Bouton d'Or et de son valet Westley. Amour contrarié, sinon, où serait l'histoire ?
Mais Princess Bride*, c'est le retour du merveilleux au cinéma. On a longtemps cru que Disney en possédait l'exclusivité. C'était sans compter sur le talent de Rob Reiner. Il réussit à nous séduire avec cette histoire.

Et en plus, il y a du sport : « duels, bagarres, torture, vengeance, géants, monstres, poursuites, évasions, Grand Amour et miracles ». Tout un programme !

Et un programme respecté : ce ne sont que péripéties spectaculaires - un duel à l'épée d'anthologie, la traversée du Marais de Feu - et personnages truculents - Fezzik, Miracle Max (Billy Crystal) - ou maléfiques - Humperdinck et Vizzini. Et au milieu de tout ce monde, la belle princesse Bouton d'Or qui attend son grand amour, tué (Hein ? Mais c'est horrible !) par le terrible pirate Roberts.

Mais ce n'est qu'une histoire, racontée par le grand-père à son petit-fils. Une histoire pas si innocente que ça. Une histoire d'amour, universelle. Et même l'enfant s'y fait...
Alors le spectateur savoure cette histoire peu probable - « inconcevable » diront certains - mais tellement belle !

Il y a du Douglas Fairbanks dans Westley, ou plutôt le terrible pirate Roberts, masqué et tout de noir vêtu (un compromis entre Le Pirate noir et Le Signe de Zorro), qui maîtrise l'escrime, la lutte et les jeux d'esprit. Et en plus, il est jeune est beau, alors...

En plus des personnages principaux, Reiner nous présente une belle galerie de seconds rôles : entre le serviteur albinos à la voix mystérieuse (le regretté Mel Smith), Valerie, épouse à tête de sorcière du formidable Miracle Max, et l'inénarrable évêque (Peter Cook), peut-être un lointain cousin du Ponce Pilate de La Vie de Brian, qui sait...

Et puis ce sont aussi des répliques ciselées (comme toujours dans ces cas-là) : l'annonce d'Inigo qu'on ne peut oublier et que répéter en pensant à lui ; les incessants inconcevables de Vizzini, les vers de mirliton de Fezzik et les mensonges fabuleux de Humperdinck. Décidément, quel sale prince. Et je vous le demande : c'est quoi, comme nom, « Humperdinck** » ? Pas un nom de prince qui gagne en tout cas !

Un dernier mot sur la musique qui rythme les faits et gestes des protagonistes et qui est signée par Mark Knopfler (sauf la chanson de fin qui est de Willy DeVille - encore un disparu...).

 

 

*Trente ans, déjà !

**Oui, je sais, c'est le nom d'un compositeur allemand (1854-1921) et de son homonyme chanteur de variétés anglais (né en 1936). [Ceci afin d'éviter les commentaires à ce sujet !]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Lionel Barrymore
Les Poupées du diable (The Devil-doll -Tod Browning, 1936)

Deux fugitifs dans les marais : Paul Lavond (Lionel Barrymore) et Marcel (Henry B. Walthall) se réfugient auprès de Malita (Rafaela Otiano), la femme de Marcel.
Depuis que son mari est en prison, elle poursuit son œuvre : réduire les êtres vivants à la taille de poupées, afin d'économiser les ressources.

Mais Lavond voit dans cette expérience une bonne occasion de se venger de ceux qui l'ont envoyé à l'ombre pendant ces dix-sept dernières années.

 

Tod Browning, dans son avant-dernier film continue son exploration de la difformité. Après le vampire et les phénomènes de foire, il s'intéresse à des êtres transformés par un esprit malade, celui de Marcel, aidé de sa femme. Cette femme est par ailleurs un magnifique monstre elle-même : elle boîte bas, aidée d'une béquille et a une coiffure qui n'est pas  sans rappeler celle de la Fiancée de Frankenstein : des cheveux noirs avec une mèche blanche...

Mais tout l'intérêt du film réside dans ces créatures de trente centimètres qui sont contrôlées par l'esprit de leur « créateur ».

Browning nous propose des scènes où se côtoient un décor normal avec des acteurs réduits, avec beaucoup d'habileté. Bien entendu, nous, spectateurs du XXIème siècle connaissons très bien le trucage, mais l'intérêt réside aussi dans la prouesse de mélanger les échelles des personnages. Et le résultat, même quatre-vingts ans après est toujours étonnant. On veut croire à cette histoire de vengeance pour la bonne cause avec cette histoire de modèles réduits conçus par un esprit brillant mais malade.

Dans ce film, aussi, Browning renoue avec de vieux souvenirs :

- Mme Madlelip, la couverture de Paul Lavond, est une déclinaison de Mrs O'Grady, interprétée par Lon Chaney (acteur fétiche s'il en fut !) dans Le Club des trois : une vieille femme qui sert de couverture pour des activités criminelles ;

- Lionel Barrymore est encore une fois à l'honneur, pour la quatrième fois (dont West of Zanzibar avec Lon Chaney) ;

- Henry B. Walthall, pour la troisième fois (dont The Road to Mandalay, avec le même Chaney...). Il est à noter que Walthall mourra un mois avant la sortie du film.

Bref, nous sommes en territoire connu et nous savourons. Mais Barrymore n'était Chaney et Lavond atteindra la rédemption qui fut longtemps refusée au maître de la transformation.

Malheureusement, les studios font de moins en moins confiance à Browning, et après un dernier film, il se retirera jusqu'à sa mort en 1962, d'un cancer du larynx, comme son acteur fétiche...


Non, cette histoire n'est pas réaliste. Mais puisque nous sommes au cinéma, et comme disait Tex Avery « tout est possible », alors laissons-nous entraîner dans cette histoire de vengeance et de rédemption avec l'un des monstres sacrés hollywoodiens : l'immense Lionel Barrymore, encore debout avant de finir sa carrière dans un fauteuil roulant.

Un acteur à redécouvrir absolument.

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