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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D. W. Griffith, #Lillian Gish
Le Lys brisé (Broken Blossoms - David Wark Griffith, 1919)

Le visage d’un jeune Chinois qui se consume d’amour.

Le visage d’un boxeur très en colère.

Le visage d’une jeune fille effrayée.

Trois gros plans qui résument le film. 
Un trio inoubliable.

 

Londres, Limehouse, début du XXème siècle.

 

Le Chinois, c’est Cheng Huan (Richard Barthelmess qui vient de rejoindre David Wark Griffith), mais on l’appelle « l’Homme jaune », ou encore « le Chinetoque ». C’est un immigrant qui s’est installé à Londres, dans Limehouse, près des docks. Il a perdu ses illusions. Il fume de l’opium.

Le boxeur, c’est « Battling » Burrows (Donald Crisp). C’est un terrible combattant. Mais c’est surtout un jouisseur : dans sa vie, il y a les femmes et l’alcool, au grand dam de son manager. Mais dans sa vie, il y a aussi une fille, qu’on a déposée chez lui. Alors de temps en temps (perdu), il essaie de se comporter comme un père. Un père fouettard.

La jeune fille, c’est Lucy (Lillian Gish), la fille de Battling Burrows. C’est ce qu’on appelle une frêle jeune fille. D’autant plus frêle que son père s’en sert de punching-ball.

 

Et puis le Chinois rencontre la jeune fille. Il en tombe amoureux. Eperdument. Pendant ce temps, Battling Burrows gagne des combats, et frappe sa fille. Un soir, meurtrie, elle entre chez le Chinois qui lui montre, pour la première fois de sa vie, de la gentillesse.

Mais Battling Burrows ne l’entend pas de cette oreille (ni de l’autre d’ailleurs, elle est très abîmée !).

 

Comme souvent chez Griffith, il y a une volonté édifiante : ici, c’est condamner ce père alcoolique et violent au profit de cet Homme jaune, dans un contexte de dénigrement (parfois même plus) des populations extrême-orientales. Cette opposition était d’ailleurs la seule possibilité d’acquérir les suffrages du public envers son héros. Et ça marche : on ne peut que condamner Burrows pour sa conduite et célébrer Cheng pour sa grandeur. Mais malgré tout, cet amour est voué à l’échec. Il ne peut y avoir d’amour heureux entre les deux jeunes protagonistes. Tout d’abord, le public n’est pas prêt à une union mixte. Ensuite, l’attitude de Lucy par rapport à Cheng est sans équivoque. Elle l’appelle « son petit Chinetoque » (« Chinky »), et quand il s’approche d’elle, avec – intérieurement – une envie irrépressible de l’embrasser, elle prend peur, et prépare son bras pour l’interposer. Quoi qu’il arrive, Cheng n’aura pas la jeune fille.

 

Tout de même, quelle histoire malheureuse. Nous, spectateurs du XXIème siècle, accepterions facilement une telle union. Mais en 1919, pour l’opinion publique, il n’était pas question que Lillian Gish embrasse un Jaune. Même si c’est Richard Barthelmess.

Il y a aussi, chez Griffith un gros problème par rapport au racisme. En effet, après le terrible Naissance d’une Nation, qu’il a voulu atténuer en tournant Intolérance, on ne doute pas beaucoup du racisme de ce maître. Et les étrangers dans ce film sont bizarrement représentés :

  • La Chine du début est on ne peut plus traditionnelle, avec ses temples bouddhistes, ses vieux sages à la barbe et aux ongles longs et ses tenues d’apparat de tous les jours ;
  • Les deux Chinois importants sont joués par des Américains de type caucasien : Richard Barthelmess et Edward Peil Sr. (Evil Eye). Si Cheng a véritablement une allure orientale, on ne peut pas en dire autant de Evil Eye. C’est encore un Caucasien.
  • La fumerie d’opium que fréquente Cheng est international : on y trouve un Indien coiffé d’un turban et un homme noir qui ne peut absolument pas venir d’Afrique.

Bref, des stéréotypes pas toujours très heureux…

 

Mais Broken Blossoms, c’est un trio d’acteurs phénoménaux.

Donald Crisp est terrible en champion de la violence. Il y a dans son regard une fureur incroyable qui tranche avec les autres rôles qu’il a pu interpréter.
Richard Barthelmess est convaincant dans ce rôle. Certes, ce n’est pas Lon Chaney dans Shadows, mais tout de même, c’est une belle performance. Il y a dans le jeu de Barthelmess tout l’amour de son personnage, obligé de s’en tenir à un amour platonique, baisant la robe de la jeune fille, faute de mieux.

Lillian Gish, enfin. Merveilleuse : merveilleusement belle, merveilleusement juste. Elle apporte à Lucy son côté femme-enfant habituel mais dans un rôle autrement plus tragique que ce qu’on a l’habitude de voir chez Griffith. Il y a une énergie dans son jeu qui nous remue tous. Elle est une Lucy inoubliable : son sourire forcé est l’une des images les plus fortes du film.

Et puis de toute façon, je suis toujours amoureux d’elle, alors…


 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Barry Levinson
La Famille Addams (The Addams Family - Barry Sonnenfeld, 1991)

 

« Cara mia !

- Mon cher… »

Cette réplique, devenue culte depuis, sera un leitmotiv de la suite, deux ans plus tard. Pourtant elle n’est prononcée qu’une seule fois.

 

Il s’agit du premier film de Barry Levinson, qui a fait ses classes derrière la caméra – comme opérateur – chez Rob Reiner et les frères Coen. On a connu pire comme école !

C’est un succès commercial – mérité – qui met en place l’univers de Levinson : ses personnages sont décalés. Décalés par rapport au lieu, par rapport à la société, et ici franchement décalés moralement !

Lors de sa sortie, mon ami le très célèbre professeur Allen John (allez voir son blog !) et moi-même fûmes assez décontenancés. Vingt-cinq après (et même plus), c’est devenu un film incontournable de ma vidéothèque, se bonifiant à chaque passage.

 

La première fois, ne connaissant pas les dessins du grand Chas Addams, mais ayant pu visionner quelques épisodes de la série télévisée de 1966, je me réjouissais d’avance d’un long métrage reprenant ces personnages hors du commun (des mortels). Mais…

Mais Fester (Christopher Lloyd) n’habitait pas (encore) la maison, ayant disparu vingt-cinq ans (décidément, quel nombre magique) plus tôt. Il manquait quelque chose dans cet univers décalé, où le summum du plaisir, c’est d’être malheureux.

 

Mais si ce film a réussi, c’est aussi grâce au jeu d’acteurs, Raul Julia (Gomez) et Anjelica Huston (Morticia) en tête. Il y a une complicité et une complémentarité formidable entre ces deux acteurs. Les deux personnages sont poussés à l’extrême : tout est grandiloquent, é&norme, grandiose. De plus, le jeu sado-maso entre eux deux est source de comique répétitif. Ils ne parlent que de torture et mauvais traitement – avec des sous-entendus sexuels évidents – sans jamais y avoir recours. Ce qui donne une plus grande force à leur drôle d’amour : l’imagination sera toujours plus forte que les images.

Qui veut ) ou encore Judge Doom (Retour vers le Futur, en passant par Doc (Vol au-dessus d’un Nid de coucous) Christopher Lloyd continue sa galerie de personnages bizarres, commencée avec Taber dans la Peau de Roger Rabbit). Fester est certainement un sommet dans les personnages déjantés interprétés par l’acteur.

La révélation, enfin : Christina Ricci. Elle est une Wednesday formidable. Elle en a l’allure et le jeu. Alors que Jimmy Workman nous propose un Pugsley plutôt conventionnel, elle, rayonne. Elle a le regard dément  qu’on attend de son personnage. Une véritable réussite qui s’épanouira dans la suite : les Valeurs de la famille Addams.

 

Et puis il y a les images : à l’instar de Karl Freund – opérateur mythique passé à la réalisation, proposant des films aux cadrages fantastiques – Levinson nous propose à chaque fois des plans magnifiques : Morticia allongée, pâle, les yeux rehaussés de fard et mascara, les lèvres rouges à faire pâlir d’envie Mae West, est éclairée et cadrée avec beaucoup de subtilité, ce plan rehaussant formidablement son apparence, la rendant véritablement magnifique. Pourtant, Anjelica Huston n’est pas ce qu’on peut considérer une pin-up. Mais ça marche. Elle dégage une sensualité énorme dans ce rôle.

Jamais elle ne sera aussi belle. A part dans la suite, bien entendu !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alan Parker, #Oliver Stone, #Prison
Midnight Express (Alan Parker, 1978)

Midnight Express, c’est le surnom que Max (John Hurt) donne à l’évasion. C’est sûr, les chances de s’évader la nuit sont plus grandes. Et l’évasion, c’est la seule façon qu’a William Hayes (Brad Davis) de retourner chez lui, aux Etats-Unis.
William Hayes, c’est un jeune étudiant qui, un jour, a décidé de ramener du haschisch de Turquie. Mauvaise inspiration : il est arrêté à la montée dans l’avion, laissant sa petite amie Susan (Irene Miracle) rentrer seule.

On ne plaisante pas avec la drogue en Turquie : Hayes se retrouve en prison.

 

Alan Parker et Oliver Stone sur la même affiche. Il y a de quoi rêver. Mais le sujet ne s’y prête pas : les conditions d’incarcération dans la prison d’Istanbul ne sont pas idylliques.

Il faut dire que Stone a un tantinet exagéré la réalité, décrivant la prison comme un lieu de sévices (sexuels ou non) où les prisonniers, à un moment, deviennent fous. Mais cela n’a rien d’étonnant quand on connaît ce réalisateur : ses films emblématiques – Salvador, Platoon, JFK – sont autant de démonstrations, voire de dénonciations de dysfonctionnements ou d’états de fait. Mais ici, c’est un autre pays qu’il dénonce (après cela, il s’occupera des travers de son propre pays), forcissant le trait afin de faire prendre conscience au public de la vie dans une prison, quitte à en rajouter. Il s’en excusera plus de vingt-cinq ans après. Toujours est-il que le « mal » était fait : pour le public, les prisons turques étaient devenues l’antichambre de l’enfer.

 

Parker a très bien recréé cet enfer que lui proposait le grand Oliver. Nous suivons la déchéance progressive de Hayes alors que le film avance. Régulièrement, il arrive un  élément qui lui rend la vie dans cette prison encore plus difficile, jusqu’à l’envoyer dans la section des criminels aliénés. Cette partie du film – la dernière – est peut-être la pus impressionnante : on y rencontre de magnifiques trogne de dingos, encore plus réussis que Vol au-dessus d’un Nid de coucous. Et surtout, il y a le bruit. Plus que la surpopulation et les comportements étranges des « résidents », c’est le bruit qui rend encore plus fou. Terrible.

Alors qu’importe qu’ils aient pris des libertés avec l’histoire (vraie) originale : ils ont visé juste.

 

Avec ce film, Parker continue la lignée des films pénitentiaires. Mais près de cinquante ans après Je suis un évadé, le ton a beaucoup changé. Même Brubaker – qui sortira deux ans plus tard n’ira pas aussi loin dans le traitement de l’univers carcéral. Parker et Stone n’éludent rien : ni les violences, ni la sexualité, et en particulier l’homosexualité et la masturbation, considérées comme tabous au cinéma, voire dans la vraie vie.

 

Mais c’est aussi un film d’acteurs, où chacun compose un rôle prenant. Brad Davis a trouvé là le rôle de sa vie. Et si d’autres films le mettront en valeur, jamais il n’atteindra l’intensité de jeu de Midnight Express.
L’autre performance est signée par John Hurt, qui joue un Max époustouflant. Il a l’allure – on dit même qu’il ne s’est pas lavé pendant tout le tournage ! – et le jeu justes : peu de paroles, mais un sens du placement et de l’attitude formidables.

C’était vraiment un immense acteur.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Les Lois de l'hospitalité (Our Hospitality - Buster Keaton*, 1923)

Ah, cette fameuse hospitalité de l'Ouest. Celle qui dit qu'un invité est sacré...

Même s'il s'agit d'un ennemi.

Il faut dire que les Canfield et les McKay, en plus d'être voisins, sont ennemis.

Pourquoi ? On ne sait pas trop. Toujours est-il qu'en 1810, John McKay (Edward Coxon) et James Canfield (Tom London) se sont entretués par une nuit d'orage et que depuis, Joseph Canfield (Joe Roberts) n'aura de répit que le jour où le fils Canfield, Willy McKay (Buster Keaton) sera mort.

Alors quand Virginie Canfield (Natalie Talmadge), fille de, invite le jeune homme qu'elle a rencontré pendant le voyage et que ce jeune homme n'est autre que le fils McKay... Les lois de l'hospitalité risquent d'en prendre un sacré coup...

 

Depuis Roméo & Juliette, les histoires malheureuses de familles rivales ont toujours eu du succès. Surtout depuis l'histoire des Hatfield et des McCoy (d'où les noms choisis pour le film), deux familles du Kentucky en guerre pendant près de trente ans.

Il n'y a pas de raison pour cette querelle. Pas même un âne qu'on aurait refusé de payer sous prétexte qu'il fût boiteux...

 

Et Keaton traite ce thème avec humour. C'est son deuxième long métrage qu'il dirige, et on retrouve les thèmes habituels, qui avaient été laissé de côté dans The Saphead (c'est normal, il ne l'avait pas dirigé) : un amour naissant promis à l'échec ; un beau-père imposant et hostile ; le héros beaucoup moins imposant que ses ennemis ; de l'action, voire des cascades (dans tous les sens du terme !).

Tout le sel du film vient de cette hospitalité appliquée à la lettre : les Canfield veulent tuer McKay mais ne peuvent pas tant qu'il restera dans la maison. Alors McKay s'installe. Mais il doit tout de même sortir et à chaque fois, c'est l'armada des Canfield qui est mis à contribution, mais - heureusement - sans succès.


L'action a été placée en 1830, soit une quarantaine d'années avant la véritable histoire. C'est surtout l'occasion de ressortir un train antédiluvien évoluant sur (et parfois en hors d') une voie ferrée mobile et capricieuse, s'adaptant parfaitement au relief du tracé, prétexte à de nombreux gags. Et quand le train est réutilisé dans l'intrigue, on pense à The General...

Ce principe sera repris par Morris et Goscinny** dans Des Rails sur la prairie (1957), avec tout de même un train plus moderne.

 

Mais Keaton n'est pas encore à son plus haut niveau.  On s'en approche. Il faudra attendre soin film suivant (Sherlock Junior) pour que tout son génie comique s'exprime pleinement.

Mais ne faisons pas la fine bouche tout de même : Les Lois de l'Hospitalité se laisse regarder avec beaucoup de plaisir...

Pour le reste, on sait dès le début que tout va bien se terminer : c'est Keaton qui dirige, pas Chaplin. Et on suit avec bonheur cette résolution heureuse : l'amour triomphe de la bêtise et c'est tant mieux.

 

* et John G. Blystone

**A leur tour, ils vont exploiter ce thème dans l'excellent album Les Rivaux de Painful Gulch (1962), un incontournable de la bande dessinée et un beau plaidoyer pour la différence.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier
Golgotha (Julien Duvivier, 1935)

« En vérité, je vous le dis... »

Il s'agit certainement de la réplique la plus célèbre, répétée à l'envi par Jésus (Robert Le Vigan), dans cette superproduction française signée Julien Duvivier.

Pour le reste, c'est beaucoup moins intéressant...


Les derniers instants de Jésus, pour la première fois en version parlante. Cocorico, ce sont des Français qui l'ont faite !

Ils auraient pu éviter.


Certes, l'intrigue est proche des Ecritures, et on assiste aux derniers instants de Jésus, de son entrée à Jérusalem jusqu'à sa résurrection. Mais pour le reste, c'est assez plat.

Pourtant, il y avait de quoi se réjouir : une belle reconstitution de Jérusalem, une distribution prestigieuse, mais... Mais ça ne prend pas. C'est statique. Beaucoup trop. Le seul moment intéressant, c'est la montée au Golgotha : il y a de la tension, de la violence verbale et physique contre Jésus. Bref, ça vit. Même le moment de la mort de Jésus, là où la tension devrait être à son paroxysme, c'est encore plat.

 

Il n'y a de la vie que pour les méchants (pas étonnant de la part de Duvivier). Les bons, eux sont presque immobiles, comme s'ils recréaient quelque scène sulpicienne : ils sont déjà morts (pour leur foi). D'ailleurs, le meilleur élément sulpicien, c'est Jésus lui-même, avec sa chevelure que l'éclairage rend d'or...

Revenons à la distribution : on annonce Harry Baur, Jean Gabin et Edwige Feuillère. Bigre, c'est du lourd (terme tout à fait approprié pour ce film). Mais en fait, ces trois personnalités apparaissent peu dans le film : à peine un quart d'heure à elles trois !

Non, ceux qu'on voit, ce sont - bien entendu - Jésus et Caïphe (Charles Granval), chef du Sanhédrin, une espèce d'oligarchie qui voit son autorité menacée par le Nazaréen. Le troisième, dans une moindre mesure, c'est l'incontournable Judas (Lucas Gridoux), le traître, le salaud, mais tout de même un homme torturé par ce qu'il a fait. Caïphe et Judas sont certainement les personnages les mieux réussis du film.

 

Et il reste Le Vigan. Il est un Jésus idéal... Physiquement. Il est dans la lignée des Christs maigrichons, de ceux qui expliquent pourquoi il tombe trois fois pendant le chemin de croix. C'est à se demander si son père fut charpentier...

Dans le regard aussi, Le Vigan est très bon. Mais dès qu'il ouvre la bouche, le charme n'agit plus. On recherche dans ce personnage (divin ?) les intonations qui feront son succès dans les films suivants (La Bandera, L'Homme de nulle part...). Ici, il interprète un personnage trop lisse : il ne peut pas laisser libre court à ses intonations et son jeu si particuliers.

 

Alors on regarde, parce que c'est Duvivier. Mais on se dit tout de même que la version de Cecil B. DeMille, Le Roi des Rois (1927) offre un spectacle autrement plus beau, à mille lieues de celui qu'on vient de voir.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Patrice Leconte
Les grands Ducs (Patrice Leconte, 1996)

« Le train de Lunéville a été détourné sur Guingamp.

- Sur Guingamp ?

- Sur Guingamp ! »

 

Dialogue emblématique de ce film de Patrice Leconte.

Les grands Ducs, ce sont avant tout trois acteurs en fin de carrière, en mal de reconnaissance, et un tantinet ringards. Alors, évidemment, pour jouer ces trois gugusses, Leconte n'a pas pris n'importe qui : trois sommités. Des pointures. Des cadors. Des grands ducs, quoi !

Jean Rochefort (Eddie), Philippe Noiret (Victor) et Jean-Pierre Marielle (Georges) sont à l'opposé de leurs personnages. Et en plus, eux, ont du talent. Et c'est ce talent qui donne vie à ces trois vieux comédiens, les rendant vrais et vivants. Surtout Georges. Chacun dans son style, ces trois vieilles gloires sont formidables : un cabotin (Victor), un vieux beau (Eddie) et un fou furieux (Georges).

 

En face d'eux, il fallait une actrice de poids (sans jeu de mots). C'est Catherine Jacob (Carla), personnage bipolaire formidable. C'est une véritable hystérique.

Ces quatre personnes vont jouer dans une espèce de vaudeville où il est question de maison à vendre, de belle-sœur et de l'incontournable train. Incontournable mais détourné, comme annoncé au début.

Tous les ressorts du vaudeville sont présents mais une question se pose : en quoi cette pièce est-elle si drôle ? Nous rions de la situation dans laquelle se trouvent nos protagonistes, mais certainement pas de Scoubidou !


Mais au-delà de cette comédie, c'est un véritable hommage rendu à ceux qui n'ont pas eu la chance (ou le talent) de percer) : « [...] les petits, les obscurs, les sans grades... »

C'est Eddie, chaque soir, qui court d'une scène à l'autre, jouant les utilités dans différentes pièces pour survivre.

C'est Victor qui s'approche de l'avant-scène après la répétition et qui imagine les réactions du public, réactions qu'il a vécues : de l'acclamation aux huées. Terrible.

Et puis c'est Georges, l'intransigeant, qui ne fait rien qui n'ai de sens : « Pourquoi je souris ? » hurle-t-il au visage du metteur en scène qu'il a empoigné. Un forcené. Un pur.

 

Alors ce sont des tournées minables dans des villes de province, des hôtels et restaurants moyens, et des salles pas toujours remplies. Bref, la vie quotidienne des acteurs : sans battage, sans artifice. La vraie vie. Pas toujours facile, ni toujours très gratifiante.

Mais une vie toujours nourrie de l'espoir d'y arriver un jour : se voir en haut de l'affiche, comme le chantait Aznavour.

 

Alors, préparez-vous à le (re)voir : mettez-y vos boyaux, parce que ça va truculer !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Wachowsky
Matrix (Lana/Laurence - Lilly/Andrew Wachowsky, 1998)

Bleu ou rouge ?

Telle est la question essentielle du film.

Le bleu : la valeur sure, pas de souci, un monde connu et éprouvé. La sécurité avant tout.

Le rouge : l'inconnu, l'incertain. Mais surtout : la vérité, le progrès. Avancer.

 

De cette dichotomie colorée, le monde. D'un côté ceux qui vivent, qui suivent. De l'autre, ceux qui savent, qui ne se laissent pas faire.

Il y  a un parallèle politique évident : d'un côté le monde conformiste de droite (bleu), et de l'autre, le monde incertain de gauche, celui de la vérité pas toujours évidente à voir ou a trouver (rouge).

Un peu sommaire comme résumé ? Peut-être. Et pourtant. Si on regarde à l'histoire politique d'après guerre (39-45), ,on s'aperçoit que la majorité des scandales étouffés l'ont été sous des gouvernements de droite. Attention tout de même : l'arrivée d'une gauche au pouvoir n'a pas non plus amené la vérité. Mais les scandales se sont réduits (l'homme étant ce qu'il est, on ne peut pas complètement éliminer cet aspect).
 

Pourquoi cette digression ?

Depuis la mort de J. F. Kennedy, une théorie n'a cessé de se développer - à tort ou à raison, nous ne sommes pas là pour en débattre - se basant sur un axiome : on nous cache quelque chose. Cette théorie du complot s'est installée et n'a cessé de se développer, surtout avec l'avènement des nouvelles technologies, permettant à chacun un accès immédiat aux images - sans toujours de discernement - et donc à ce qui pourrait être l'information.

Nous y sommes : la manipulation de(s) masses.

 

Ici, nous atteignons le summum du complot : le monde lui-même n'est qu'illusion. Pas de complot politique étouffé par une oligarchie. Non. La véritable arnaque, c'est que nous vivons dans un monde binaire (0 ou 1), régi par les machines : la Matrice.


Et puis est arrivé Thomas A. Anderson, dit « Neo » (Keanu Reeves). L'Elu. Celui qui doit se battre contre et triompher de la Matrice. En face de lui, des entités physiques générées par cette Matrice, avec en tête Smith (Ugo Weaving). Un combat à mort - bien entendu - s'engage. Et question combat, on est servi. C'est un déluge de tirs d'armes à feu et de close combat. Un véritable ballet. Et, là encore, à un moment, on arrive à saturation. Les ralentis n'y changent pas grand chose.

 

Toujours est-il que ce film se suffit à lui-même. Mais, bien entendu, un tel filon ne peut appeler que des suites (deux). Et derrière cette Matrice, c'est avant tout la liberté individuelle qui est en jeu : peut-on, doit-on tout accepter ? Jusqu'où laisserons-nous la technologie prendre possession de notre vie ?

 

Près de vingt ans après, Elon Musk pousse un cri d'alarme : l'Intelligence artificielle est le « plus grand danger pour la civilisation humaine ».

Et si finalement, les frères/sœurs Wachowski avaient eu raison ?

Vous reprendrez bien une petite pilule ? De quelle couleur ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Zack Snyder, #Superman
Man of Steel (Zack Snyder, 2013)

Il est de retour (lui aussi) !

Trente-cinq ans après Richard Donner, Zack Snyder reprend le super-héros et condense les deux premiers épisodes en un seul.

Un grand absent tout de même : l'incontournable Lex Luthor (rassurez-vous, il sera bientôt là !).

Avec ce film, c'est aussi le début d'E. C. Comics au cinéma, reprenant le même schéma que Marvel : il y aura des suites !

Par rapport au film de 1978, on garde :

- Jor-El (Russell Crowe a remplacé Marlon Brando) et sa femme ont toujours un enfant. Toutefois, dans un monde aussi développé que Krypton, où la technologie est ultrasophistiquée, comment se fait-il que Lara (Ayelet Zurer, à la place de Susannah York) accouche dans la douleur ? Les Kryptoniens seraient-ils adeptes de la Bible (Genèse, 3:16) ?

Mais passons*. L'épisode sur Krypton est plus élaboré, dans un décor autrement plus réaliste ;

-

- C'est au pôle Nord que lui est révélé sa véritable ascendance ;

- Le général Zod (Michael Shannon pour Terence Stamp) : cette fois-ci, nous suivons les événements qui ont amené son bannissement avec ses acolytes ;

- Lois Lane (Amy Adams pour Margot Kidder) connaît son secret. Comment ? Voyez-le !

- L'affrontement  avec les complices de Zod est encore plus spectaculaire ;

- Clark/Superman (Henry Cavill pour Christopher Reeve) travaille au Daily Planet.

Pour le reste, tout a été dépoussiéré, et pour éviter de calquer le film précédent, Snyder a recours à des flashbacks afin de nous permettre de voir grandir notre héros (préféré, bien sûr !) : mais cette fois-ci, chaque événement est un pas de plus vers son statut de super-héros.

Et surtout, être différent - la base de la vie de chacun d'entre eux - n'est pas une expérience facile. Clark est tour à tour marin pêcheur, serveur et manutentionnaire avant de devenir vraiment Superman. En tant que marin, barbu et hirsute, il n'est pas sans rappeler Wolverine-Hugh Jackman, surtout torse nu !

 

Pour les reste, comme chez Marvel, on pose des jalons pour d'éventuelles suites, avec ou sans autres super-héros. Nous savons maintenant que ces suites ont eu lieu, et ce n'est pas terminé !

Alors comme toujours dans ce genre de film, on se laisse prendre par l'action, et les incontournables combats. Mais là encore, à un moment, on approche de la saturation : l'affrontement avec les acolytes de Zod dans Smallville est très impressionnant, mais à un moment, on a tout de même envie que ça s'arrête.

 

Quoi qu'il en soit, on ne ressort pas déçu d'un tel film. Un peu étourdi, tout de même.

 

* Autre petite incohérence : alors que les secousses font voler les voitures et les bâtiments, pourquoi les humains restent-ils bien campés sur leurs pieds ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Paul Rappeneau
Le Sauvage (Jean-Paul Rappeneau, 1975)

Caracas, 197...

Nelly (Catherine Deneuve) va se marier avec le beau (?) Vittorio (Luigi Vanucchi). Enfin c'est ce qui était prévu : elle ne veut plus et s'enfuit, débarquant dans la vie de Martin (Yves Montand).

Nelly c'est une tornade : elle commence par vous tourner la tête et à la fin, c'est votre vie qui est toute chamboulée, et tout est détruit...

 

Le film aurait tout aussi bien pu s'appeler l'Emmerdeuse. Il faut dire que Nelly est une femme que Martin aurait du mal à oublier vu le cataclysme qu'elle provoque, un soir qu'elle s'installe à l'hôtel... Mais c'est Le Sauvage. Et ce sauvage, c'est un ancien nez de Grasse qui a fui la civilisation (enfin surtout sa partie) pour cultiver des fruits et légumes sur une île déserte. Alors quand en plus elle débarque sur son île, c'est encore pire.

Mais c'est une comédie alors...

 

Alors on s'amuse : les acteurs, le metteur en scène, et, bien entendu, le public. Parce que, finalement, ce sauvage ne l'est pas tant que ça : il s'adapte très bien à la société, malgré son habitation retirée. Etre seul à l'autre bout du monde (croit-il) ne l'empêche pas d'avoir un minimum de confort : éolienne pour l'électricité, gazinière pour les (bons) petits plats, bibliothèque... Bref, un drôle de sauvage.

 

Par contre, que son attitude envers Nelly soit un tantinet déplacée s'explique aisément : il n'a rien demandé, elle débarque, et en plus il doit l'aider sans rechigner ! Sans parler de Vittorio qui n'a pas fait une croix sur elle et qui les poursuit. On deviendrait sauvage envers les autres pour moins que ça !

Mais comme Nelly, c'est Catherine Deneuve, et qu'elle a - encore - beaucoup de charme, alors on se laisse prendre. Enfin surtout Martin.

 

Rappeneau ne tourne pas souvent. Et cette fois-ci, c'est international : (presque) tout se passe réellement sur les lieux de l'histoire (Venezuela, île déserte...), et le casting qui comporte en prime Tony Roberts, qui joue l'ami d'Alvy Singer dans Annie Hall. Depuis La Vie de château (près de dix avant), c'est seulement le deuxième film qu'il met en scène. Encore avec Deneuve. Et la magie opère. Mieux : cette fois-ci, elle n'a pas besoin de prétendre être une fille de la campagne. C'est une femme moderne et urbaine, préoccupée avant tout par l'argent : bref, elle est dans son élément, et s'en tire très bien.

 

Quant à Montand, il est toujours impeccable, dans le rôle, cette fois, d'un ermite bousculé. Ermite jusqu'à un certain point tout de même : qui pourrait résister à Nelly ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Watts
Spider-Man : Home coming (John Watts, 2017)

Il est de retour.

C'est la troisième série depuis 2002 et la belle trilogie de Sam Raimi.

Et il semble que ce soit la bonne. Après un passage - obligé, bien sûr - dans Captain America: Civil War, les studios Marvel confient à Jon Watts le sort d'une de leurs vedettes les plus célèbres et célébrées : l'homme-araignée (Tom Holland).

Alors on reprend - presque - tout : on connaît ses pouvoirs et leur origine, sa tante May - beaucoup plus sexy que chez Raimi... - pour le reste, tout est (presque) à construire.

Tony Stark (Robert Downey Jr.) lui fournit un costume et le tour est joué : le voilà avenger stagiaire, attendant plus ou moins sagement une nouvelle mission. Mission, qui, bien entendu, n'arrive pas : Peter Parker (c'est son vrai nom) n'a que quinze ans. A côté des autres qui semblent des adultes (semblent, parce que j'en doute parfois en voyant certaines réactions !).

Qu'importe, Spiderman est avant tout un solitaire. Mais quand Adrian Toomes (Michael Keaton), le méchant - très réussi, au passage - se met à bidouiller des armes hybrides, il est temps de mettre au courant Stark et ses copains... Qui, d'ailleurs, ne répondent pas. il va donc devoir l'affronter seul.

 

Avec ce film, c'est le retour aux fondamentaux : Peter est un ado, et rien d'autre. Son attitude est parfois complètement en décalage avec le personnage qu'il essaie d'interpréter. Mais cela est normal, grandir, ce n'est pas seulement mesurer quelques centimètres de plus.

On va donc retrouver le décor du lycée et d'autres ados pas toujours très subtiles - Flash Thomson (Tony Revolori) en tête - ainsi que le premier grand amour de Peter, la très belle Liz Allen (Laura Harrier). Et même Ned Leeds - tiens, ils étaient au lycée ensemble ? - dans un rôle de faire valoir pas toujours très utile.

 

Et puis il y a ce que nous attendons toujours dans ces films : les scènes de combat. Et on n'est pas déçu : ça castagne à tout va, utilisant des armes plus formidables et puissantes les unes que les autres. Mais, parce qu'il y a toujours un mais : à un moment, il y a la scène de trop : celle de l'avion. On arrive à saturation. C'est le combat de trop, celui qu'on aurait pu éviter, ou surtout, qui n'est pas si nécessaire que ça. Passons sur l'invraisemblance - Stark Industries laisserait seul un avion aussi important ? - et concentrons-nous sur le combat, et ce qu'on essaie d'y voir. On essaie, parce qu'on ne voit pas tant que ça. C'est trop sombre, trop rythmé. Bref, c'est de trop. Dommage, parce que pour le reste, on s'amuse beaucoup, et on aurait certainement pu arriver à la même fin sans cet épisode.

On s'amuse parce que l'humour est toujours là : Spiderman poursuivant le crime et qui se trompe nous permet de retrouver Stan Lee parmi les voisins mécontents ; le professeur heureux d'avoir ramené tous ses élèves ; Ned surpris devant les ordinateurs de l'école ; Peter s'indignant contre les méchants ; et les quelques interventions de Captain America (Chris Evans), édifiant.


Et comme c'est Marvel, on a droit à un post-générique (et même deux, ne manquez pas le tout dernier à la toute fin, une fois que TOUS les noms sont passés) : en plus du dernier plan annonciateur de Peter, on a droit à une dernière vue d'Adrian Toomes, donnant une possibilité de suite qui sera confirmée à la toute fin.

 

Spiderman reviendra !

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