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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stanley Kubrick
2001, l'Odyssée de l'espace (2001, a space Odyssey - Stanley Kubrick, 1968)

Le silence de l’espace, seulement troublé par la musique des Strauss (Johann & Richard), de György Ligety et même d’Aram Khatchatourian.

C’est l’espace de Kubrick, celui où aucun son ne se répercute, où chaque astronaute n’entend que sa respiration. Mais c’est surtout l’espace tel qu’il est où les explosions ne sont que visuelle et qui fera dire à Ridley Scott une dizaine d’années plus tard : dans l’espace personne ne vous entendra crier.

 

En 1968, quand sort le film, les spectateurs étaient plutôt habitués à voir des films de science fiction de série B (voire plus loin dans l’alphabet), où de méchants extra-terrestres à la forme humanoïdes venaient embêter les gentils Terriens.

Alors quand Kubrick présente son film, c’est une véritable révolution dans le cinéma de genre : on peut faire un film qui se déroule dans l’espace sans tomber dans le ridicule.

 

Kubrick, pour réaliser cette « odyssée » s’est entouré de techniciens hors pair – dont l’inévitable (depuis) Don Trumbull – pour donner une majesté au film accentuée par la musique des deux Strauss : l’aube se lève sur Ainsi parlait Zarathoustra (Richard) et la station orbitale tourne sur les accords du Beau Danube bleu (Johann). Une idée absolument géniale : croiser deux genres (futuriste & musique classique) tellement éloignés l’un de l’autre et qui pourtant se complètent à merveille.

 

Ensuite, il y a la présence des extra-terrestres. C’est le premier choc qu’éprouve le spectateur devant ces grands monolithes rectangulaires. Ils n’ont aucun système vital identifiable, ni membres mobiles. Ce sont des êtres vivants (?) qui se rapprochent plus de l’entité voire du concept (essence) que les créatures qui nous étaient proposées les années précédentes (et encore maintenant, cela va sans dire).

Ces éléments (1) sont pourtant actifs : dans le premier âge exploré, on aperçoit des primates qui vont évoluer au contact du monolithe. Reste à savoir si cette évolution est bénéfique puisque l’outil « inventé » va surtout permettre de tuer : pour manger, pour attaquer.

S’ensuit alors la plus célèbre ellipse temporelle (quelques millions d’années en quelques secondes) du cinéma : l’os jeté en l’air tournoie et se métamorphose en vaisseau spatial au large de la Terre.

 

Mais passons à la deuxième époque : 1999 puis 2001. Il semble que les hommes aient retrouvé la trace de leur préhistorique mentor : une plaque a été retrouvée sur la Lune. Et l’expédition finale - dirigée par David (Keir Dullea) et Frank Poole (Gary Lockwood) assistés d’un ordinateur à l’intelligence artificielle extrêmement avancée (2) – n’est possible que parce qu'on a intercepté des vibrations similaires autour de Jupiter.

Mais en arrivant à Jupiter, c’est autre chose que trouvera David, une espèce de voyage vers l’infini et au-delà comme dirait quelqu’un…

 

C’est cette deuxième expédition, cette odyssée finale, qui fait tout le sel du film et nous propose les images les plus fabuleuses. On y suit les mésaventures de David et Frank aux prises avec Hal, aux accents torturés de la musique de Ligety. C’est d’ailleurs ce même style de musique qu’on retrouvera dans un autre film de Kubrick aux personnages eux aussi torturés : Shining.

Le film de Kubrick tranche aussi avec l’action qui s’y déroule. Les spectateurs (d’avant et de maintenant aussi) n’ont pas beaucoup l’habitude d’un rythme aussi lent pour un sujet aussi fascinant (3). Et pourtant, le rythme adopté ici est le bon : le mouvement gracieux et continu du corps de Frank qui flotte dans l’espace en est une très belle illustration, rappelant la station orbitale du début. Mais la musique de Strauss (Johann) n’est plus d’actualité : entre temps, le superordinateur est devenu fou. Ou quelque chose qui s’en rapproche (4). Les efforts de David pour le neutraliser deviennent passionnants, Hal perdant de son intelligence et de sa voix en fonction des circuits qui sont débranchés, donnant un caractère pathétique à la scène qui se déroule.

Mais il y a une force maléfique dans cet être numérique dont la froideur n’a d’égal que celle de l’espace autour du vaisseau. Hal n’est qu’un œil, immobile malgré son grand empan visuel. C’est l’un des tueurs les plus terribles du cinéma : son œil – artificiel, évidemment – exprime encore moins qu’un regard humain vide. Le parti pris de Kubrick de filmer cet œil en gros plan accentue le caractère maléfique et redoutable de cette machine, qui semble avoir été trop bien conçue, atteignant (artificiellement) la folie que peut éprouver un esprit humain. Glaçant.

 

Et puis il y a le dernier voyage, celui qu’on entreprend toujours seul. Mais si on peut parler de la mort d’Hal, il est difficile d’en dire autant pour David.

C’est un voyage au bout de la nuit spatiale, au bout de l’infini, terminant le film sur une note irréelle voire surréelle. Ce sont des images naturelles saturées de couleurs primaires et complémentaires, entrecoupés par le visage ou l’œil de David, vivant avec  un grand sentiment d’effroi ce voyage au bout de cet infini qui, tel l’horizon, ne cesse de reculer.


Quant à la dernière image, je vous la laisse, telle quelle, en face de vos interrogations (5)

 

  1. Il est difficile de les définir comme des êtres vivants, vous en conviendrez.
  2. Cet ordinateur est tellement en avance sur son temps que les lettres qui le définissent ont un rang d’avance sur le géant de 1968…
  3. Il faut dire que Star Wars est passé par là…
  4. Difficile de se prononcer dans le cas d’une intelligence artificielle.
  5. (re)voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Steven Spielberg
Rencontres du troisième Type (Close Encounters of the third kind - Steven Spielberg, 1977)

D’un côté une équipe de scientifiques sous couvert des Nations Unis qui sillonne le monde (Mexique, Inde…) ; de l’autre des quidams, là où il (ne) fallait (pas) au moment idoine.

Tous n’ont qu’un seul but : mettre un nom sur leurs apparitions. Définir ces « rencontres ».

 

Parmi les quidams : Roy Neary (Richard Dreyfuss).

Roy est un père de famille très particulier : il n’assume pas beaucoup son rôle paternel, préférant jouer au train plutôt qu’aider son aîné à son problème de maths. Mais malgré tout, Ronnie (Teri Garr), l’aime et passe sur son côté adolescent attardé.

Parce que Roy Neary est avant tout un ado attardé. Alors quand sur une intervention, non seulement il ne fait pas le boulot demandé mais en plus il est témoin d’une manifestation qu’il n’ose appeler extra-terrestre. Résultat : il est viré et sa femme prend de plus en plus ses distances d’un mari qui n’est plus vraiment à la hauteur, surtout qu’il a l’intention de créer une grande œuvre dans leur salon…

 

Ca, c’est le contexte voulu par Steven Spielberg, qui l’opposa au scénariste original (Paul Schrader) qui claquera la porte, faisant – de son propre aveu – « la plus grosse erreur de [sa] vie. »

En effet, le point de vue de Roy, grand enfant comme les aime Spielberg, est ce qui donne toute sa force au film. Car Roy est le catalyseur de l’alchimie mise en place par Spielberg : c’est lui qui donne sens au(x) phénomène(s) et qui rend l’histoire vraisemblable. Et le choix de Richard Dreyfuss pour l’interpréter finit de nous convaincre : ses yeux bleus d’incrédule qui a pourtant vu sont ses atouts les plus décisifs. Parce que ce n’est pas gagné, surtout pour sa femme : un grand dadais qui joue avec le tas de purée dans son assiette n’est pas spécialement le rêve d’une femme mariée… Et d’ailleurs, elle finit par partir.

 

Mais ce n’est pas grave, car comme disent Scully et Mulder : la vérité est ailleurs. Dans le Wyoming, par exemple, là où aura lieu la « rencontre » décisive…

Et Spielberg oppose à Roy, ce grand garçon naïf, une espèce de complot comme on en voit fleurir beaucoup sur le Net : l’armée des Etats-Unis reprend l’événement à sa charge et le bidonne ; nous assistons alors à une belle démonstration de mensonge au niveau fédéral (au moins) avec fausses émanations toxiques et vraie évacuation de la population avec juste ce qu’il faut de bousculade.

 

On peut déceler une étrange analogie entre les organisateurs de la rencontre et Spielberg lui-même sur le film. C’est comme s’il avait évacué tous les importuns et avait invité les spectateurs – à travers Roy, bien sûr – à assister à l’événement.

En effet, malgré l’immensité du lieu d’atterrissage du vaisseau, on ressent une impression de proximité entre les différents protagonistes et les spectateurs. Le jeu de Richard Dreyfuss accentue cette proximité. C’est comme un cadeau qui est fait aux spectateurs qui n’ont pas cessé de soutenir Roy dans cette extraordinaire expérience.

Cette ultime rencontre, d’ailleurs est un festival d’images somptueuses avec les magnifiques effets du grand Donald Trumbull, qui avait déjà fait quelques années plus tôt le même travail (mais différemment pour Kubrick et son 2001, l’Odyssée de l’espace (1).

 

Mais ses magnifiques effets spéciaux sont aussi au service d’un savoir-faire qui va se développer dans les années suivantes : la « Spielberg Touch », comme disent les anglo-saxons.

Avec ce film (son quatrième), Spielberg laisse de côté les histoires réalistes pour se lancer dans la science-fiction. Et à l’aspect scientifique, il ajoute une note de magie qui fait toute la différence. Non seulement il nous rend l’improbable vraisemblable, mais en plus, il arrive à nous émouvoir.

Car c’est à l’enfant qui est en nous qu’il s’adresse, à défaut de le faire aux enfants eux-mêmes (2). Il n’est pas étonnant qu’à part Roy, c’est un véritable petit garçon – Barry Guiler (Cary Guffey) – qui a des relations privilégiées avec ces étranges visiteurs venus d’ailleurs : pour croire à une telle histoire, il faut avant tout être un enfant, ou tout du moins avoir gardé une parcelle de son enfance…

 

 

  1. Pas étonnant que Ridley Scott fera appel à lui pour Blade Runner, cinq ans plus tard : La parenté est on ne peut plus claire.
  2. Il le fera plus tard avec E.T., dont le personnage central (l’extra-terrestre) ressemble beaucoup à ceux que nous apercevons à la fin.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terence Young, #James Bond
Opération Tonnerre (Thunderball - Terence Young, 1965)

J.B. n’est plus. Ce sont ses obsèques.

Mais rassurez-vous, il s’agit en fait de Jacques Bouvar, un membre du SPECTRE, pas notre James Bond (Sean Connery, fidèle à son poste malgré ses retards légendaires).

Le SPECTRE, cette organisation criminelle a, cette fois, l’intention de faire exploser des bombes atomiques si on ne lui verse pas £100.000.000 (1) en diamants (rien que ça !).

Mais heureusement, notre agent secret préféré veille et va déjouer ce vaste complot, toujours entouré de jolies filles, cela va de soi.

 

Terence Young est de retour une dernière fois (2) pour diriger les aventures de James Bond, qui sont déjà au nombre de quatre (1). Outre 007, on retrouve quelques permanents : Miss Moneypenny (Lois Maxwell) avec qui il continue de marivauder ; « M » (Bernard Lee) pour chapeauter les opérations ; et l’indispensable « Q », véritable représentant en gadgets utiles quand on doit sauver le monde (libre). Sans oublier Felix Leiter, l’homologue de James pour la CIA, cette fois interprété par Rik van Nutter, pour cette fois seulement : on pourrait croire que le rôle de Felix est aussi changeant que celui d’une James Bond Girl…

 

Toujours pas de réplique culte en vue, même si Bond décline son identité à plusieurs reprises.

Pour le reste, c’est un épisode somme toute assez ordinaire. Les jeunes femmes sont toujours aussi séduisantes – Claudie Auger (Domino est tout de même une ex-Miss France, excusez du peu) – qu’elles soient du bon côté – Domino, Paula (Martine Beswick, qui était déjà dans From Russia with love) – comme du mauvais : Fiona Volpe (Luciana Paluzzi), alias numéro 10 du SPECTRE (encore lui).

 

C’est d’ailleurs du SPECTRE que nous viennent de nouvelles informations. Si Numéro 2, Emilio Largo (Adolfo Celi, que nous avions découvert dans l’Homme de Rio) est identifiable, il n’en va pas de même pour le Numéro 1. Mais c’est tout de même ici que va se forger la légende de Blofeld (3).

En effet, nous ne pouvons qu’imaginer ce personnage, un store (bien pratique) nous empêchant de voir son visage. Mais on entend sa voix (celle d’Eric Pohlmann) et surtout on peut voir sa main caresser un chat blanc !

Ca y est, c’est parti. Blofeld va peu à peu s’imposer dans l’univers de Bond jusqu’à sa chute fatale (dans tous les sens du terme) au début de For yours Eyes only.

 

Pour le reste, c’est du James Bond avec tout de même une magnifique bataille sous-marine, où les méchants (en noir) et les gentils de la CIA se battent à coups de couteau et de harpons, dans le (presque) silence cher au commandant Cousteau : la musique de John Barry étant parfois dominée par l’échappement des bulles d’air provoquées par les plongeurs.

 

Et, bien entendu, James Bond reviendra.

Alors à bientôt !

 

 

  1. Ca fait toujours plus important écrit comme ça…
  2. Il s’agit du premier James Bond tourné depuis la mort d’Ian Fleming.
  3. Ernst Stavro pour les intimes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang
Furie (Fury - Fritz Lang, 1936)

Voilà plus d’un an que Joe Wilson (Spencer Tracy) n’a pas vu Katherine Grant (Sylvia Sidney), sa fiancée.

Alors ce jour des retrouvailles va être inoubliable.

Et comment : Joe est arrêté sur la route pas Bugs Myers (Walter Brennan) et rapidement emprisonné.

Son crime : être au mauvais endroit, au mauvais moment.

On l’accuse d’avoir kidnappé une jeune femme.

Mais si sa culpabilité n’est pas encore claire pour le shérif et son équipe, elle l’est – et comment ! – pour le reste de la ville.

Un groupe d’une vingtaine de personnes va rapidement exciter la foule, l’amenant à brûler la prison et son prisonnier.

 

Pour son premier film américain, Fritz Lang fait – encore une fois – un coup de maître. On retrouve dans ce film l’esprit américain du pays qui vient de l’accueillir avec le savoir-faire qui a forgé sa réputation pendant la quinzaine d’années précédentes.

On retrouve dans ce film des thèmes – et des façons de filmer – qui rappellent ces deux derniers films allemands : M le Maudit et Le Testament du Dr. Mabuse.

M le Maudit parce qu’on assiste à une chasse à l’homme qui cette fois-ci n’aboutit pas à une arrestation (1), mais à un lynchage.

Le lynchage fut cette particularité américaine qui fut en vogue surtout au XIXème siècle mais dont les manifestations perdurèrent au XXème. Encore aujourd’hui, on parle de lynchage dans des situations sinon de mort mais d’extrême violence envers quelqu’un.

 

Ici, nous voyons le procédé se développer jusqu’au point de non-retour. Mais avec une particularité originale : la victime du lynchage – Joe Wilson – se conduit de la même façon que ses lyncheurs : ces hommes ET femmes coupables d’avoir incendié la prison pour tuer son prisonniers se retrouvent à leur tour dans une situation où la mort – même si elle semble légale – est tout de même au bout du tunnel. Et la dernière partie du film insiste sur cette drôle de culpabilité qu’éprouve Joe envers des gens qui s’ils avaient l’intention de le tuer ne l’ont finalement (et miraculeusement, semble-t-il) pas fait. On retrouve alors un homme torturé par sa conscience, rappelant la fièvre qui étreignait de la même façon Hans Beckert (Peter Lorre), avec en prime un plan là encore devant une vitrine : Beckert était torturé par sa névrose alors que Wilson l’est par sa conscience, mais leur état d’esprit est le même.

Cette conscience qui taraude l’esprit se retrouve aussi dans les apparitions du Dr. Mabuse, apparitions qui ne font qu’altérer celui qui en souffre. Ici, c’est au tour de Joe Wilson d’en souffrir.

 

La force du film tient en deux choses. La première, c’est comment on arrive à ce lynchage. Comment des gens qui semblent civilisés se laissent aller à la rumeur et aux bas instincts.

On retrouve dans la mise en place de cet effroyable épisode le savoir-faire allemand : on retrouve cette même rumeur qui atteint le portier dans Le dernier des Hommes. Et Fritz Lang, si le sujet n’était pas aussi grave, s’en amuserait. On voit comment une remarque – pas anodine, par contre – de l’adjoint Myers se répand et se transforme, bien sûr, et amène cette foule en courroux prête à tout pour venger un crime. Cette rumeur se répand de la même façon que toutes les autres : « je ne peux pas en dire plus » déclarent toujours ceux qui en ont déjà trop dit.

On retrouve alors la frénésie qui habite le cinéma de Lang dans ce développement. C’est cette même frénésie qui amène les débordements de Metropolis ou la panique boursière dans Dr. Mabuse le Joueur.

 

Mais si Mabuse ou Beckert sont des gens qui œuvrent à couvert, ici, les leaders le font à visage découvert : on retrouve entre autres Kirby Dawson (Bruce Cabot, passé du « côté obscur », depuis King Kong) et un homme qui ne se cache pas d’être un agitateur de foule « professionnel ». Du beau monde, quoi !

 

La deuxième partie voit le procès des émeutiers, avec à un moment la prise de conscience par Katherine que Joe n’est pas mort.

On retrouve les mêmes éléments des films de procès, mais avec, pour le spectateur un scrupule que n’a pas tout de suite Joe : ces gens sont de véritables salauds – et les images parlent d’elles-mêmes, malgré la solidarité malsaine qui règne dans la ville – mais le mort ne l’est pas. On ne peut donc pas totalement s’identifier à Joe Wilson.

 

Il n’en sera pas de même avec Gil Carter (Henry Fonda) quand William Wellman abordera à son tour le lynchage. Dans The Ox-bow Incident, les lyncheurs n’auront aucune circonstance atténuante : les hommes pris seront injustement (2) pendus.

 

 

  1. Encore que les truands qui avaient appréhendé Hans Beckert avaient tout de même l’intention de le tuer, mais après un procès plus ou moins dans les formes…
  2. Est-ce justice que de prendre une vie contre une autre vie, même dans le cadre d’une mise à mort « légale » ? C’est une des interrogations qui ressort toujours dans ce genre de films judiciaires.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #Ron Howard
Solo: a Star Wars Story (Ron Howard, 2018)

Starwars, dixième partie.

Dans la chronologie officielle, on placerait cet épisode entre l’opus III (la Revanche des Siths) et Rogue One.

Ce film nous propose donc l’histoire de Han Solo, quelques années avant sa rencontre avec Luke et Obi-Wan.

On y rencontre donc notre héros turbulent (Alden Ehrenreich) issu d’une sinistre planète (Corellia) où il est (déjà) un voleur. Il veut s’en échapper, avec sa fiancée Qi’ra (la belle Emily Clarke, avec ses vrais cheveux !), mais s’il y parvient, ce n’est pas le cas de sa belle.

 

Je suis un tantinet déçu* de Ron Howard, j’attendais plus de sa part dans un tel film.

Certes, il remplit le cahier des charges : poursuites, lieu de convivialité, humanoïdes aux têtes et langages improbables, et même un droïde, dans un coin, qui rappelle R2D2, le grand absent du film.

En plus, nous avons le plaisir d’assister à la rencontre ente Han et Chewbacca (Joonas Suotamo, Peter Mayhew ayant des problèmes de genoux, liés à l’âge que voulez-vous…).
Cette rencontre est rude, mais rapidement les deux comparses font l’affaire.

S’ensuit une intrigue autour du Coaxium, le carburant précieux utilisé dans cette galaxie si « lointaine, lointaine »…

Avec en prime la première rencontre entre Han et Lando Calrissian (Donald Glover) avec la fameuse rivalité autour du Millenium Falcon.

 

Mais malgré tous ces épisodes réjouissants, on ressort du film avec une impression de manque. Quelque chose qui a été oublié et le plaisir qui suivit Rogue One ne se retrouve pas ici. Pour ma part, j’attendais plus de la relation entre Han et Chewy, les épisodes suivants présupposaient des événements plus forts entre eux deux, ce qui n’est pas le cas ici : ils sont rarement seuls, et on ne peut décemment pas expliquer leur lien avec la douche qu’ils prennent ensemble après leur évasion (2).

 

Mais du point de vue de l’intrigue, beaucoup de questions restent en suspens. En effet, si Han rejoint bon gré, mal gré la Rébellion, le personnage de Qi’ra mérite un minimum d’explications supplémentaires : que s’est-il passé entre la fin de ce film et l’apparition de Han sur Tatooine dans l’épisode IV ? Quel est son rôle et qu’est-elle devenue ensuite ?

Quant à l’apparition de Darth Maul (Ray Park & Sam Witwer), j’ai dû manquer un épisode, car je ne m’explique pas sa présence. (3) 

 

Finalement, si cet épisode nous permet de vivre quelques épisodes évoqués dans la trilogie originale, il nous laisse tout de même avec beaucoup de questions.

Auront-elles une réponse plus tard ?

 

  1. Il semble que je ne sois pas le seul…
  2. Ce n’est pas vraiment le genre de la marque Disney, ou alors, ils ont bien évolué…
  3. Rogue One évitait des questionnements : tout le monde mourait…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William A. Wellman
L'étrange Incident (The Ox-bow Incident - William Wellman, 1943)

L’Ouest américain, encore en quête de Civilisation.

Nous sommes dans une toute petite ville du Nevada, en 1885.

Deux étrangers arrivent : Gil Carter (Henry Fonda) et Art Croft (Harry Morgan). Gil est venu retrouver sa fiancée Rose Mapen (Mary Beth Hughes), mais cette dernière est partie.

Puis survient l’incident du titre : Larry Kincaid a été tué d’une balle dans la tête, son troupeau volé. Bref, les citoyens – bien intentionnés comme toujours dans ces cas-là, décident d’organiser une brigade pour retrouver le(s) meurtriers.

Et ils les trouvent. Mais sont-ils les vrais coupables ?

 

William Wellman nous propose ici un western aussi étrange que l’incident dont nous parle le titre français. Tout y est, ou presque : chevauchée dans des décors sauvages ; échanges de coups de feu ; attaque fortuite d’une diligence ; repas au coin du feu ; et bien entendu l’indispensable lynchage, qui donne toute sa dimension à cet « incident ».

 

Car cet incident est un lynchage, une de ces particularités américaine (1) qui se termine, la plupart du temps dans les westerns par une pendaison. Ici c’en sont trois de prévues, une pour chaque homme appréhendé et prestement jugé.

La brigade, qui a prêté serment – un tantinet illégalement – est composée de 27 personnes, dont une femme, Ma Grier (Jane Darwell), qui si elle d’un autre sexe que la meute n’est pas la dernière pour accomplir le lynchage.

Autre élément de ce lynchage, la présence de Tetley (Frank Conroy), un ancien major confédéré, étonnamment installé dans une grande maison à colonnes bien loin de son Sud natal (2).

 

Encore une fois, on retrouve Henry Fonda dans une histoire où il voudrait interrompre un lynchage. Mais cette fois-ci, il n’a pas l’éloquence d’Abraham Lincoln (3), mais surtout, la vingtaine de partisan de la pendaison sont un peu trop nombreux à arrêter, et surtout beaucoup trop passionnés pour entendre quoi que ce soit.

 

Parce que ces hommes sont passionnés. Ils en sont même furieux. Un des leurs a été tué, alors les raccourcis pointent : les trois hommes rencontrés – Donald Martin (Dana Andrews) ; Juan Ramirez (Anthony Quinn) et Alva « Dad » Hardwick (Francis Ford) – sont des coupables tout trouvés : ils ont une partie des bêtes de Kincaid et le Mexicain possède son arme.

On a alors une longue séquence pendant laquelle Martin va tenter de se justifier, soutenu par une partie de la meute – ils sont 7 (chiffre symbolique s’il en est) – dont Arthur Davis (Harry Davenport), véritable voix de la raison que trop peu écoutent.

 

Il est à remarquer aussi que durant toute cette partie – de la découverte des trois hommes jusqu’au mot fin – on n’entend plus la musique, une variation sur Red River Valley (4).

En effet, en supprimant la musique, Wellman renonce aux accents émouvants qu’elle peut susciter. On n’entend les paroles, les déplacements, et éventuellement le craquement du feu.

Ce sont des détails qui, nous le savons bien, prennent une autre dimension pour ceux qui vivent cet instant. Car c’est un événement (plus qu’un incident) que beaucoup regretteront, voire avec lequel ils ne pourront vivre.

 

Les trois hommes sont pendus. C’est un fait. Mais leur mort prend toute sa dimension dans leur ombre (c’est l’aube) sur le sol, une ombre agrandie du fait du niveau bas du soleil. Et malgré l’absence de musique, on est ému de ce qu’il vient de se passer, aussi rapidement, aussi froidement. Comble de l’horreur, l’un d’eux ne meurt pas tout de suite et doit être achevé à coup de fusil. Terrible.

 

Bien sûr, ces trois hommes sont innocents. Mais c’est (comme toujours dans ces cas-là) quand il sera trop tard que la vérité éclatera. Pas pour les spectateurs qui ont pris – normalement – fait et cause pour ces trois pauvres hommes (5), mais pour les autres, le regard perdu au-dessus de leur verre d’alcool, pendant que les « justes » assument leurs responsabilités.

 

Une fois le mot fin effacé, un encart encourage les spectateurs à acheter – dans la salle – des Bons de la Défense.

Chose étonnante, cet appel donne une autre dimension à ce western, le plongeant dans une réalité assez meurtrière où des innocents sont exécutés sans autre forme de procès, bien loin là-bas, dans l’Europe nazie…

Mais même s’il n’y a pas de parallèle à établir, ce film garde, 75 ans après toute se force : qu’elle soit dans la condamnation de « l’incident » qu’elle dénonce, ou dans l’émotion qu’elle suscite devant une telle pratique bien loin de la Civilisation que ces hommes pensent représenter (qu’ils soient dans le film, ou à la même époque – 1943- en Europe.

 

 

  1. Mais on trouve la même chose ailleurs, sous un autre nom : « justice populaire », « vengeance »…
  2. A-t-il dû quitter le Sud, une vingtaine d’années plus tôt ?
  3. Young Mr. Lincoln (John Ford, 1939), dont Lamar Trotti a aussi écrit le scénario.
  4. Musique aussi utilisée par John Ford dans Grapes of Wrath (1940) qui réunissait déjà Henry Fonda et Jane Darwell, dans un autre film traitant de l’injustice.
  5. Henry Fonda étant de leur côté, les spectateurs ne peuvent que suivre sa décision, même si elle ne pèse pas grand-chose dans le destin final des trois accusés.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott
Mensonges d'Etat (Body of Lies - Ridley Scott, 2008)

Le Proche-Orient, du point de vue de la CIA.

Ferris (Leonardo DiCaprio) est  un agent de la CIA. Il travaille directement pour Ed Hoffman (Russell Crowe), qui est en liaison continue avec lui.

Ensemble (donc), ils traquent Al-Saleem (Alon Abutbul), un des chefs de la tentaculaire Al-Qaïda.

 

Ridley Scott est vraiment un réalisateur phénoménal. Après avoir  réformé le film de science-fiction (Alien et dérivés), tâté de la reconstitution historique (Kingdom of Heaven) adapté la légende (Robin des Bois) ou le mythe (Exodus: Gods & Kings), il nous propose un film d’espionnage mâtiné de terrorisme djihadiste époustouflant.
Nous sommes constamment au cœur de l’action, des tractations, des exécutions, avec parfois quelques moments de répit, pour Ferris comme pour nous.

 

C’est un film qui, dix ans après, reste très actuel de par son thème et son intrigue : si Ben Laden a été définitivement éliminé du plateau, son action continue, imperturbablement, pour le malheur de ses victimes.

On retrouve, d’une certaine façon, les éléments de deux films de son frère Tony : Ennemi d’Etat et Spy Game.

Ennemi d’Etat pour la surveillance continue dont est sujet Ferris et les autres protagonistes ; Spy Game pour les rapports entre Hoffman et Ferris, qu’ils soient directs ou non, avec des rapports hiérarchiques tout de même beaucoup plus malmenés entre les deux hommes.

Mais là où Tony mettait l’accent sur des ralentis et des déplacements de points de vue – une constante dans ses films – Ridley, lui reste toujours au même niveau, se concentrant plus sur ce qu’on voit plutôt que comment on le voit.

 

En plus de l’action inévitable, on assiste à une immense partie de jeu de dupes où celui qui est piégé n’était pas obligatoirement celui qui était prévu.

On retrouve aussi les ingrédients incontournables à ce genre de film : poursuite, séances de torture ou encore surveillance illégale, le tout dans la plus parfait opacité : jusqu’au bout, on n’est à peine sûr du résultat de ces démarches, et ce qui est le plus important, et attise donc encore plus notre curiosité, c’est la confidentialité dans laquelle se déroule toutes les manœuvres, que ce soit d’un côté ou de l’autre, avec en prime des coups franchement tordus, voire carrément ignobles : l’utilisation de l’architecte Omar Sadiki (Ali Suliman) est tout bonnement révoltante.

 

Avec ce film, comme dans celui de Kathryn Bigelow quatre ans plus tard – Zero dark thirty – on a le sentiment de pénétrer dans des arcanes secrets voire illégales, et on ne peut que s’offusquer de pareilles pratiques, semble-t-il nécessaires.

Mais ce qui fait le sel de l’intrigue, ce sont les rapports entretenus entre Ferris et ses deux interlocuteurs privilégiés : Hoffman, bien sûr, du côté américain ; mais aussi Hani Salaam (Mark Strong), intermédiaire du roi de Jordanie.

Ce ne sont que coups fourrés teintés d’ironie – il est souvent rappelé que ces gens-là sont partenaires, voire amis – avec un fossé entre d’un côté Ferris, et dans une moindre mesure Hani, en plein milieu des conflits et donc du danger ; et de l’autre Hoffman à quelques milliers de kilomètres de là, en direct-radio, comme on dit, mais qui vit tout naturellement sa vie personnelle, s’occupant de ses enfants.

Mais le pire dans tout cela – le plus cynique, dirions-nous ? – c’est de voir que finalement, il a le plus souvent raison !

 

Car au bout du compte, Hoffman a une vie à peu près normale,et est totalement détaché de ce qui se passe, perdant peu à peu de l’humanité que ressent de plus en plus Ferris, dans un jeu qui devient toujours plus dangereux, et qui surtout n’est pas un jeu.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Mabel Normand
Le Cauchemar de Fatty (He did and he didn't - Roscoe Arbuckle, 1916)

Comme tous les soirs, le docteur (Roscoe Arbuckle) et sa femme (Mabel Normand) se préparent pour dîner.

Or ce soir-là arrive Jack (William Jefferson), un ancien camarade de classe de Mabel.

Ce soir-là aussi, il y a du homard au menu.

Le docteur et Jack vont passer une drôle de nuit…

 

Nous sommes dans une configuration de vaudeville, avec un mari, une femme et un tiers. Mais ce tiers n’est absolument pas l’amant de la femme, même si le docteur le présume.

On a alors un drame de la jalousie d’une noirceur peu commune dans les films réalisés par la compagnie de Mack Sennett, où tout était prétexte à gags plus ou moins légers.

 

Mais il ne faut pas oublier que c’est Roscoe Arbuckle qui dirige. Et si ce dernier avait une apparence massive (1), il n’en demeurait pas moins un homme très subtil et délicat.

Comme nous sommes dans les locaux de la Keystone, le film est un enchaînement de gags où finalement c’est cette subtilité arbucklienne qui domine.

Bien entendu, on a droit à du comique nerveux avec la participation de Al St. John (toujours fidèle au poste) en cambrioleur (très) bondissant amenant une scène de poursuivre dans la maison dans la droite lignée des films de chez Sennett.

 

La première séquence, où Mabel et Roscoe se préparent est un véritable enchantement. On sent une complicité dans leur affrontement. Ils sont complémentaires et ça se voit. Mabel joue – à sa façon – dans le même registre que son partenaire : les gags sont très bien trouvés et s’enchaînent avec pertinence, passant parfois même de l’un à l’autre avec bonheur (ex : l’appui sur un meuble) (2)

 

Mais à côté de cela, le film comporte une noirceur terrible, amenant une véritable tragédie. Car si, dans un premier temps, les pistolets ne sont là pour ajouter des rebondissements (physiques), à un moment donné, ils retrouvent leur usage premier : tuer des gens.

On arrive alors à un paroxysme tragique, d’où le docteur sort tourneboulé, avançant tel un automate, perdu dans le désespoir de son geste (3).

 

Mais nous sommes à la Keystone, alors il faut une fin heureuse. Elle sera là, bien entendu, pas si étonnante qu’on aurait pu le croire puisque le titre original l’annonçait : « il l’a fait et il ne l’a pas fait ». Quoi ? C’est justement la fin du film qui annonce ce titre un tantinet mystérieux (4).

Mais si le film se termine sur une demi-teinte heureuse, la toute dernière image du docteur dissipe les craintes qu’on eût pu avoir : le bref sourire contagieux de l’immense Roscoe.

 

Quel malheur qu’un tel génie fût voué aux gémonies !

 

 

(1) Il se surnommait lui-même le Prince of Whales (jeu de mots intraduisible, bien sûr…)

 

(2) (re)voyez-le, vous comprendrez…

 

(3) On retrouve là une image presque prémonitoire de Roscoe Arbuckle : c’est ce même masque désespéré qu’on lui connaît après le déclenchement du scandale absolument injuste qui porte son nom (1921)

 

(4) SPOILER ! Le titre français, quant à lui, annonce carrément la chute de l’histoire : ce n’était qu’un mauvais rêve.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage
Humoresque (Frank Borzage, 1920)

Humoresque, c’est une pièce de l’immense Anton Dvořák (1). C’est une œuvre qui allie la gaité et la tristesse, parce que les pleurs peuvent masquer le rire comme le rire peut dissimuler les pleurs…C’est comme ça que l’envisage Mama Kantor (Vera Gordon), quand son fils – préféré – Leon (Gaston Glass) part pour la guerre en Europe (nous sommes en 1917).

 

Reprenons. Brooklyn (New York) début du XXème siècle.

Dans le quartier juif (2), nous suivons la vie des Kantor, émigré russes suite aux pogroms de la fin du XIXème qui les ont touchés : leur fils aîné  Mannie (Sidney Carlyle) (3) a toujours les mêmes réactions qu’à sa naissance, son esprit n’ayant pas évolué.

Dans ce même quartier vit la petite Gina Ginsberg (Miriam Battista, 7 ans), orpheline de mère et qui a recueilli un petit chat… Mort.
Dans ce quartier, Leon (Bobby Connelly) (4) est souvent la cible des autres enfants, mais quand ces derniers s’en prennent à Gina, il s’empresse de la défendre.

L’intrigue commence le jour de l’anniversaire de Léon : encouragé par Mama Kantor, il reçoit ce dont il rêve, un violon.

A 23 ans, Leon est devenu un virtuose, mais il s’engage dans la première Guerre mondiale et revient avec un bras blessé : il ne pourra plus jouer.

 

Ne nous y trompons pas, la Guerre n’intervient qu’à la fin et les complications qui en découlent n’occupent qu’une toute petite partie du film.

Car si Leon est le héros du film, il n’est pas pour autant le personnage principal : c’est Mama Kantor qui tient le film d’un bout à l’autre. C’est elle qui croit en ses enfants, même si pour Mannie, la situation est désespérée. Et Vera Gordon est une mère formidable. Sans tomber dans la caricature de la mère juive, elle interprète tout de même un archétype : elle est douce et aimante comme elle peut se fâcher si on ne lui obéit pas. C’est elle qui donne le véritable sens du titre du film (voir plus haut), pleurant le départ de son fils, mais déclarant qu’elle pleure de rire, pour cacher sa fierté. C’est d’ailleurs un grand moment que la séquence des adieux, où Leon leur joue à tous une dernière fois Humoresque (3) avant de partir. Même Mannie réagit à cette musique entraînante où point tout de même un soupçon de mélancolie.

 

On a raison de dire que Frank Borzage est l’un des meilleurs cinéastes de mélodrames. Cette histoire le prouve encore une fois. On y trouve aussi son thème de prédilection, la solitude.

Solitude de Leon de Gina face aux autres enfants, solitude de Mama Kantor qui doit s’occuper seule de sa maisonnée ; solitude de Leon revenu invalide de la Guerre et de Gina (encore) rejetée par ce même Leon…

 

Ce film est une très belle peinture de ce que pouvait être la vie au début du XXème siècle à New York dans ce quartier de Brooklyn dont on nous montre quelques images (ré&elles) en ouverture. Mais si la vie n’est pas facile pour tous ces gens, on assiste tout de même à une élévation de leur niveau de vie, presque 15 ans après : Leon est adulé par le public et le père de Gina a réussi dans ses affaires.

Si Mama Kantor est le personnage central de cette belle histoire, il ne faut pas oublier son mari Abrahm (Dore Davidson), véritable caricature d’un négociant juif, obnubilé par l’argent. De plus, il a une certaine tendance à l’avarice. Mais il n’y a pas de charge contre ce personnage qui, au bout du compte est plus humain qu’il veut le montrer. Il est très fier de la réussite de son fils (et pas seulement financière), et son départ l’affecte tout autant que son épouse.

 

 

(1) Composée en 1894

(2) Les intertitres vont même jusqu’à parler de « Ghetto ».

(3) Il est très rare de voir représenté ainsi un enfant, puis un adulte handicapé dans les films de cette période.

(4) 10 ans pendant le tournage, il meurt en 1922 (hypertrophie du cœur + bronchite).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton
Fatty Garçon boucher (The butcher Boy - Roscoe Arbuckle, 1917)

Le garçon boucher est donc Fatty, le personnage créé par Roscoe Arbuckle quelques années plus tôt pour la compagnie Keystone de Mack Sennett.

Quand le film sort, c’est donc Arbuckle la vedette attendue des spectateurs ainsi que dans une moindre mesure son complice – et neveu – Al St. John (Slim).

Mais ce que nous retenons, nous spectateurs cent ans après, c’est bien entendu la présence (pour la première fois à l’écran) de Joseph Frank Keaton Jr. aussi appelé « Buster ».

 

Il est clair que le terme de garçon boucher est un prétexte pour commencer l’intrigue dans un magasin où Arbuckle manie le couteau de boucher avec une grande virtuosité : l’instrument virevolte et termine inlassablement planté sur l’étal sans jamais blesser quiconque. Cette séquence est fascinante pour cela.

En plus de son adresse, Arbuckle était un homme très souple et nous le voyons bien dans ce film sauter, danser (etc.) avec une grâce qu’on n’attendait pas d’un tel gabarit.

Il faut dire que l’intrigue est prétexte à de nombreux rebondissements (physiques) et autres acrobaties déchaînées qui resteront la marque des films de Keaton tout au long de sa carrière.

 

Le film comporte deux parties : une dans le magasin de Mr Grouch* (Arthur Earle), où travaillent les deux compères et où Buster Keaton est seulement client ; l’autre dans le pensionnat de jeunes filles de Miss Teachem** (Agnes Neilson).

 

La première partie est très certainement la plus drôle des deux, Keaton intervenant pour la première fois à l’écran et rentrant avec bonheur dans le jeu de Roscoe. La preuve ? Il est présent à l’image  plus longtemps que St. John.

Cette première partie est aussi prétexte à jouer avec la nourriture : la farine tout d’abord entre Slim et Fatty, et rapidement le patron du magasin et Keaton qui revient, utilisant le premier une tarte bien sucrée…

On arrive à une situation inextricable où les protagonistes se perdent dans un nuage de farine… Magnifique !

 

Puis Amanda (Josephine Stevens), la fille du patron, pour ne plus subir la mauvaise influence de Fatty et Slim (qui sont tous deux amoureux d’elle) s’en va vivre dans le pensionnat où Fatty et Slim (ce dernier aidé de Buster) vont s’introduire pour pouvoir continuer à la côtoyer.

Ils se griment tous les deux en jeune fille, leur différente stature amenant un contraste comique obligatoire. Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu'Arbuckle se déguise en femme, donnant étrangement une subtilité à son personnage (voir plus haut).

Cette seconde partie est plus centrée sur la souplesse des personnages avec une tentative d’enlèvement de Slim qui se solde, encore une fois dans un chahut général, encore une fois très réjouissant.

 

Les débuts de Keaton sont magnifiques : dès ce film, son personnage possède déjà les caractéristiques qui ne changeront pas dans le reste de sa carrière comique : chapeau plat et impassibilité.

 

 

* Grouch = grognon

** Teach ‘em = Enseignez-les !

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