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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Alejandro González Iñárritu
The Revenant (Alejandro González Iñárritu, 2015)

Le Revenant, c’est Hugh Glass (Leonardo DiCaprio), un trappeur au dix-neuvième siècle dans ce qui fut la Louisiane, un immense territoire vendu par Napoléon pour payer ses guerres, avant d’être découpée en plusieurs états par le gouvernement fédéral.

Hugh est revenu de la mort : après une lutte victorieuse contre une femelle grizzli, il est secouru puis abandonné pour mort par ses compagnons d’expédition.

Mais il survit, assoiffé de vengeance contre celui qui l’a non seulement abandonné, mais qui a en plus tué son fil : Fitzgerald (Tom Hardy).

 

Il s’agit d’une histoire vraie arrangée, et surtout d’un western, mais pas de ceux qu’on a l’habitude de voir : pas de cowboy, des Indiens quand même, mais ils sont juste l’élément déclencheur de cette vengeance.

En effet, s’ils tuent les trappeurs au début du film, c’est avant tout parce que Napoléon ou pas, c’est leur territoire. Alors tous ceux qui se servent dans leurs réserves deviennent automatiquement leurs ennemis.

Cette gestion du patrimoine primaire pais légitime est l’une des scènes les plus fortes et violentes du film, amenant l’errance qui amène la rencontre de l’ours (etc.).

Mais l’intervention hostile des Indiens s’arrêtera là, les étrangers ayant été reconduits. Et de toute façon, leur quête est autre, même si elle croisera plusieurs fois la route de Glass.

 

Nous allons donc suivre pendant un long moment la survie du « revenant ». Mais il n’y a aucune initiation, ni aucune valeur morale derrière la vie solitaire de Glass. Alors que dans Dancing with Wolves, John Dunbar (Kevin Costner) survivait dans un milieu hostile avec l’idée de communiquer avec les Indiens, ici, rien  de tout ça. Glass n’a qu’une idée en tête : retrouver Fitzgerald et lui faire la peau.

 

Malgré tout, cela passe par des grands moments de solitude et de lutte pour sa propre survie. Sans parler des conditions de tournage qui furent parfois proches des vraies conditions (du froid, de la neige…). Le film en lui même est un exploit presque aussi grand que celui du véritable Glass. On songe alors à Way down East avec sa rivière gelée quand Glass doit descendre une autre rivière accroché à un tronc… Epique.

 

Mais le personnage principal du film, c’est avant tout cette immense Louisiane l’hiver. Ce sont de magnifiques paysages qui nous sont offerts où l’homme est extrêmement minuscule : une toute petite tache sur un immense espace blanc, c’est Glass qui avance sur un immense lac gelé.

Mais tout est immense : les arbres qui s’élèvent continuellement vers le ciel et qui semblent essayer de l’accrocher quand le vent souffle. Et même ce ciel est encore plus grand qu’à l’habitude. Alors qu’on a l’habitude des soleils flamboyants et des lunes rondes voire rousses, ici rien de tout cela. Le soleil est froid, et la lune en quartier, minuscule dans une nuit où même les étoiles semblent encore plus éloignées, inaccessibles (1). Cet éloignement est aussi contrebalancé par une caméra omniprésente et le plus souvent au cœur même de l’action, usant de panoramiques à 360 degrés pour nous permettre d’apprécier le lieu comme peut le faire Glass, du bout de son fusil.

 

Ce gigantisme des paysages et des astres est avant tout là pour accentuer l’exploit de Glass. 

Et Leonardo DiCaprio trouve dans ce personnage un rôle à sa mesure et de son âge. Il n’est plus le jeune premier que l’on a connu. Il est maintenant adulte et a un fils dont il est responsable. Il n’a plus l’insouciance que l’on trouve dans son film précédent (Le Loup de Wall Street). Il est tout bonnement grandiose en mort-vivant pourchassé par ses démons dans des scènes oniriques qui mêlent le rêve et la réalité, trompant le spectateur autant que Glass lui-même.

 

En face, on trouve deux autres trappeurs : ceux qui ont abandonné Glass à son sort. Si Bridger (Will Poulter, qui sort des films pour enfants et adolescents) a des remords, il n’en va pas de même de Fitzgerald, une ignoble crapule. La vengeance de Glass devient presque incontournable avec ce genre d’individu, avant tout raciste : il  n’aime pas Glass parce que ce dernier fut marié à une Indienne (Pawnee) avec qui il a eu ce fils qu’il va tuer.

Et c’est là que commence la fiction : Fitzgerald et Bridger croyaient sincèrement que Glass était mort…

 

Et alors ? Et alors rien. C’est du cinéma, comme d’habitude.

 

Et tant mieux !

 

  1. Moi j’ai pensé à Brel, chantant « l’inaccessible étoile », dans La Quête
  2. On est dans un western, rappelez-vous, il y a toujours un méchant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 4 (Claude Lanzmann, 1985)

Quatrième et dernière partie du long film documentaire de Claude Lanzmann.
Cette fois-ci, Lanzmann s’intéresse plus particulièrement à deux ghettos. Mais pas n’importe lesquels, deux symboles de la politique d’extermination des Juifs d’Europe : Theresienstadt et Varsovie.


En fait, Theresienstadt était le camp de concentration de façade. Celui qu’on faisait visiter aux émissaires de la Croix-Rouge afin de montrer que les Juifs, s’ils sont regroupés, ne sont pas maltraités, qu’ils y ont une vie normale (etc.)…

Varsovie par contre, c’est le ghetto emblème de la lutte des Juifs contre les Allemands qui se souleva en 1943.

 

Le camp de Theresienstadt, étant une vitrine pour les éventuels visiteurs, Lanzmann se concentre alors sur la liquidation du camp : quand les survivants furent envoyés à Auschwitz.

Nous écoutons alors les derniers survivants nous raconter ce que fut le sort particuliers de ces Juifs : ils furent gardés à part des autres, sans être séparés, en gardant leurs affaires, et cela pendant six mois. Cette longue période de survie dans Auschwitz relève d’une cruauté encore plus sournoise : survivre aussi longtemps ne pouvait qu’amener un espoir de survie. Espoir de survie qui s’effaça dès que leur sort fut scellé.

 

Ce qui prend la plus grande partie du documentaire, c’est le ghetto de Varsovie, où plus de 380.000 personnes (sur)vécurent pendant environ trois ans, avant d’être éliminés ou déportés (puis éliminés, bien sûr).

Ce sont d’abord les conditions de vie qui nous sont décrites. Mais pas par l’un des quarante survivants, par deux non juifs qui ont été témoins des conditions de vie dans ce ghetto.

 

Le premier est Jan Karski, qui était courrier du gouvernement polonais à Londres. Dès sa première intervention, il ne peut contenir son émotion, pleure et quitte lieu de l’entrevue. Mais Lanzmann, comme à son habitude, insiste et attend le retour de ce témoin. Ce qu’il va alors décrire est terrible, et son émotion le gagnera à nouveau au fur et à mesure qu’il décrit ses deux visites de l’autre côté du mur. La première où il voit les cadavres dans les rues et les gens qui agonisent, la seconde où ses autres sens se réveillent, lui faisant prendre conscience de la puanteur et la saleté.

 

L’autre témoin de cet enfer est à trouver du côté des bourreaux. C’est un docteur en Droit qui fut adjoint du commissaire principal du ghetto. Un bourreau ordinaire, pourrait-on dire.

Mais c’est avant tout un négationniste. Non, il ne savait pas qu’on allait les tuer à la fin. Non, il ne rendait pas vraiment compte de ce qu’il se passait.

Et sa première réaction est l’amnésie : il se souvient des balades qu’il fit avant la guerre, mais n’a aucun souvenir de la période concernée. Et quand Claude Lanzmann lui sort des faits et des dates, il demande même la permission de les noter afin d’avoir une aide pour se souvenir.

Mais Lanzmann ne rentre pas dans son jeu. Il ne cesse de le ramener aux faits, aux écrits d’un des témoins de l’époque, Adam Czerniaków (1880-1942). Mais l’ancien nazi nie. Il minimise son rôle. Terrible. Encore.

 

Puis Lanzmann  conclut. Avec deux survivants de Varsovie. Seul l’un deux parle et nous raconte son retour dans le ghetto, juste après l’évacuation. Il est seul, au milieu des ruines. Il est « le dernier Juif ». Il décide d’attendre les Allemands. D’attendre le lendemain.

Trop tard.

 

Lanzmann a accompli sa mission de souvenir. Si on dit que « la parole s’envole, les écrits restent », alors il faut faire une exception pour ce gigantesque film témoignage. Ces gens parlent, racontent, pleurent, sourient… Ils n’écrivent pas ce qu’ils ont vécu, c’est trop fort, trop dur. Mais leurs paroles, à défaut d’être couchées sur le papier*, restent à jamais gravés dans nos mémoire, dans La Mémoire des hommes.

Merci monsieur Lanzmann.

 

 

 

« Par-devers moi et comme en secret, je disais “la Chose”. C'était une façon de nommer l'innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l'histoire des hommes? Si j'avais pu ne pas nommer mon film, je l'aurais fait. Le mot “Shoah” se révéla à moi une nuit comme une évidence, parce que, n'entendant pas l'hébreu, je n'en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. »

Claude Lanzmann

 

 

* Un livre reprenant toutes les paroles et sous-titres du film sortira la même année : Shoah, éd. Fayard, Paris, 1985, 254 pages.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 3 (Claude Lanzmann, 1985)

C’est une chanson qui ouvre cette troisième partie. Une chanson que les Juifs devaient apprendre dès leur arrivée et savoir le soir même, sinon… Et c’est toujours le même SS Untersharführer de Treblinka que nous entendons.

 

Claude Lanzmann poursuit sa quête de témoignage.
Il est en Israël, en Allemagne, à Corfou, mais surtout en Pologne.

On retrouve parfois les mêmes témoins, parfois de nouveaux.

Mais toujours avec froideur, sans rien laisser transparaître d’émotion face à la teneur terrible des déclarations. Qu’elles soient des victimes ou des bourreaux.

 

Un autre nazi par exemple. Un de ces bureaucrates qui gérait les transports de trains « spéciaux ». C’est un autre aspect de la cruelle entreprise de mort à grande échelle. Ce n’était qu’un « exécuteur ». Il ne savait pas. Et Lanzmann a beau le tarabuster à propos du sort funeste des passagers des trains, pour lui, ce n’étaient que des convois ordinaires. Ils n’étaient spéciaux que par leur fréquence plus importante que les lignes ordinaires.

 

Mais avec ce témoignage, arrive une autre infamie : l’aspect financier des convois. Et c’est l’historien Raul Hilberg, encore une fois, qui nous éclaire.

Oui, les trains coûtaient cher. Oui, il fallait défrayer la compagnie qui s’occupait des transports. Mais il n’y avait pas de budget pour toute cette entreprise de mort : c’était les possession des Juifs déportés qui payaient le voyage des personnes. En clair, et c’est là le plus terrible de cette séquence, ce sont les gens qui payaient pour aller vers leur mort.

 

Mais le plus important dans cette troisième partie, c’est le sort réservé aux Juifs à leur arrivée dans les camps. Ici, on parle essentiellement de l’élimination physique des personnes. Avec en plus la malhonnêteté des bourreaux qui cachaient jusqu’au bout l’objectif final de ces opérations. On allait jusqu’à couper les cheveux des femmes avant de les gazer, histoire de les rassurer.


C’est Abraham Bomba, un des coiffeurs de Treblinka, maintenant en Israël, qui raconte tout ça. Dans le même temps, il s’occupe d’un client, refaisant parfois sur la tête de ce dernier les gestes qu’il accomplit quarante ans plus tôt, dans les chambres à gaz. Il parle, cet homme. Et tout le monde dans le salon l’écoute en le regardant coiffer son client. Il parle fort, distinctement. C’est son témoignage qui compte. Il est conscient qu’il n’aura plus jamais l’occasion de dire tout ce qu’il a vu. Mais malgré tout, il s’arrête. Il s’essuie le visage. Il ne peut plus continuer. Et Lanzmann le relance, conscient de la dureté de ce qu’il lui demande. Mais l’homme s’obstine dans son mutisme. S’installe alors u silence terrible, lourd, chargé de l’émotion de cet homme qui revit ces instants, mais aussi de la culpabilité involontaire qu’il pouvait ressentir de coiffer ces femmes alors qu’il savait qu’elles allaient mourir. Et la caméra se rapproche. Elle ne veut rien manquer. Et même si la tristesse de cet homme est infinie, aucune larme ne coule. Ses y’eux sont devenus secs à force de pleurer pendant toutes ces années : pourquoi a-t-il survécu alors que tant sont morts, et parmi eux beaucoup de gens qui lui étaient proches ?

 

Et les plans se succèdent, froids, impersonnels, comme la cruauté nazie. Les paysages de Pologne sont en partie enneigés. Et le récit des chambres à gaz continue. Mais si l’ancien gardien de Treblinka reconnaît explicitement leur existence, il n’en va pas de même du bureaucrate. Et son négationnisme est des plus sordides. En effet, après avoir répété à l’envi qu’ils ne savaient rien, il en arrive à douter de l’authenticité de cette solution finale.

Même ses regrets sonnent faux. Aucune empathie ne transparaît dans ses propos. Même le garde du camp met un (petit) peu plus d’humanité dans ses déclarations.

Regrets ou non, le résultat est le même : des millions de gens sont morts de façon plannifiée. Froide. Inhumaine.

 

C’est une troisième partie certainement plus dure que les autres qui nous est proposée. Lanzmann entre dans le vif du sujet : comment faisait-on mourir tous ces gens.

Et pour que cet aspect soit des plus clairs, il n’hésite pas à pousser ses témoins dans leurs retranchements.

Il doit récolter les informations coûte que coûte.

On ne doit jamais oublier ce qu’il s’est passé. Jamais.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 2 (Claude Lanzmann, 1985)

« Auschwitz, c’était l’usine […] Treblinka, c’était la manière primitive […] Sobibor, c’était le laboratoire […] »

 

Deuxième partie du (long) documentaire de Claude Lanzmann, il s’agit ici de l’exécution de ce qui fut appelé la « solution finale ». Cette solution n’était jamais nommée pour ce qu’elle était vraiment : l’anéantissement des Juifs d’Europe. En effet, les Nazis utilisaient des termes édulcorés pour décrire leur entreprise de mort à très grande échelle.
Et c’est Raul Hilberg qui nous amène une partie de l’explication de ces termes : le processus mis en place par les cadres nazis afin de tuer tous les Juifs relevaient d’une pratique assez nouvelle. Mais au-delà de la terminologie, ce qui transparaît dans cet épisode, c’est le mensonge, rapidement éventé, des Nazis quant au sort inéluctable des Juifs.

 

Je ne veux pas dire que tuer les Juifs était une idée nouvelle, certainement pas. Mais la façon dont ce fut conçu l’était. En effet, les Juifs ont toujours été persécutés : quand ils n’étaient pas tués, soit ils devaient se convertir et donc restaient (il n’étaient plus considérés comme Juifs), soit ils devaient s’en aller. Cette deuxième solution marque la première étape du processus des Nazis. Mais la deuxième étape – nouvelle – commença à l’hiver 1941-42. Le massacre s’organisait afin de gagner du temps, les arrivages devenant de plus en plus important comme on l’a vu dans l’épisode précédent.

 

On ne parle pas encore beaucoup de chambre à gaz (à part un témoignage d’Auschwitz), mais plutôt de camion à gaz. Mais si deux anciens Nazis nous expliquent le fonctionnement dans les camps, ou la procédure pour amener les victimes à la mort, Claude Lanzmann et sa traductrice vont interroger les habitants des villes où étaient amenés les Juifs avant d’être tués (surtout Chelmno, où furent tuées 400.000 personnes).

Et là encore, il ne se permet aucun commentaire. La parole des témoins – polonais – nous est livrée crue, brute, terrible.

 

Parce que le plus terrible, c’est que ces gens ne sont pas, au fond, trop malheureux qu’il n’y ait plus de Juifs chez eux. Oui, ils trouvaient cela malheureux, mais il manque tout de même l’émotion qui devrait encore les saisir, s’ils étaient absolument sincères. Mais ce qui ressort tout de même, ce sont les préjugés rebattus sur le judaïsme : « les Juifs étaient malhonnêtes… ils étaient riches… ils ont fait crucifier le Christ… »

 

Et au milieu de ces « raisons », on retrouve l’un des deux rescapés du massacre : Simon Srebnik – 13 ans au moment des faits – qui était une sorte de mascotte des Nazis car il chantait leurs chansons. Srebnik est silencieux, fume une cigarette et écoute ces « braves gens » raconter ce qu’ils voyaient, et leur plaisir de le revoir vivant. C’était le seul dont ils se souvenaient, même si d’anciens compatriotes juifs – des gens qu’ils côtoyaient – ont

 aussi été massacrés. Son visage se fend très rarement d’un très léger sourire, dû à l’atmosphère du moment, mais on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il pense de ces gens à ce moment précis.

 

Claude Lanzmann, dont le rôle est de faire parler les gens, sort par deux fois de ce rôle pour lire la lettre d’un  rabbin et pour remettre Chelmno dans son contexte. Rien de plus. Une autre fois, il n’arrive pas au résultat escompté. C’est dans une brasserie où le patron refuse de lui parler (« j’ai mes raisons » dit-il), et encore plus quand il lui montre la photo d’un responsable sous les ordres duquel il était.

 

Et le documentaire se poursuit, montrant le théâtre de ces massacres dans son apparence actuel, parfois aménagé comme lieu du souvenir, parfois transformé (une synagogue est devenue un magasin de meubles), mais toujours sans document d’archive, la parole étant la seule source d’information.

 

A l’écoute de ces témoignages unanimes, comment peut-on encore croire ceux qui dis(ai)ent : « on ne savait pas » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 1 (Claude Lanzmann, 1985)

Terrible.

Horrible.

Implacable.

 

Le documentaire de Claude Lanzmann ne peut pas laisser indifférent.

C’est un véritable témoignage de ce que la barbarie humaine – nazie en l’occurrence – est capable.

Dans tout cet épisode, Claude Lanzmann ne se préoccupe pas du pourquoi de es horreurs. C’est le comment qui l’intéresse.

Comment des gens ordinaires ont pu massacrer d’autres gens, comme eux très certainement, parce qu’ils étaient d’une autre confession qu’eux, ou parce qu’ils étaient différents.

Et plutôt que de se plonger dans les heures de documentaires déjà diffusées de par le monde par les télévisions, il a choisi de s’adresser directement à ceux qu’ils l’ont vécu.


Alors, pendant une dizaine d’années, il a parcouru différents points de la planète à la rencontre de ces survivants : Israël, Etats-Unis, Allemagne, Pologne...

Ce sont alors des gens qui parlent à la première personne. Ils parlent avec leurs propres mots, essayant de prendre de la distance par rapport à ce qu’ils ont vu, à ce qu’ils ont vécu. Mais impitoyablement, les souvenirs les assaillent et leurs voix se brisent. Même ce rescapé qui sourit toujours, et qui s’en justifie : « je ne vais pas pleurer tout le temps » et surtout qui ne veut plus en parler. Mais rapidement, Lanzmann le pousse à le faire. Et l’homme cesse de sourire. Revivant ce terribles moments, submergé par l’émotion qu’il voulait ignorer mais qu’il ne peut pas empêcher

.

Et Lanzmann poursuit, malgré cette émotion qui les étreint, voulant découvrir jusqu’où cette horreur est allée.

Parce que cette volonté d’aller jusqu’au bout obéit à une raison primordiale : ne pas oublier. C’est une course contre le temps qui passe et qui fait disparaître tous ces témoins, victimes et bourreaux. Les rescapés qu’ils interrogent ne sont pas éternels, et la plupart d’entre eux sont morts, aujourd’hui, certains même avant la première projection du film.

Et quoi qu’il en soit, leur parole a été gardée, et elle sera toujours disponible, pour que personne n’oublie jamais tout ça.

 

Mais parmi les survivants de cette époque, il n’y a pas que des victimes. Les témoignages du  SS Untersharführer de Treblinka ou des paysans polonais amènent un autre aspect de cette entreprise de mort à grande échelle.

Ces gens infirment ce que beaucoup ont déclaré ceux qui ont fermé les yeux sur ce qui se passait : oui, ils savaient. Même ce même nazi qui se réfugie d’entrée derrière son procès de 1948. Mais Lanzmann, encore une fois recentre le débat et lui demande de décrire, à froid, ce qu’il a vu et ce qu’il a fait.

 

Ce sont d’ailleurs les Polonais qui apportent des témoignages parmi les plus impressionnants. Ils voyaient passer des trains marchandises remplis de Juifs et autres déportés et leur faisaient un signe extrêmement claires : passer le doigt dans le cou en souriant, annonçant silencieusement le sort fatal des voyageurs entassés. Quand ils ne disent pas que ces mêmes voyageurs étaient installés confortablement dans des compartiments luxueux de type Pullman.

Et puis il y a ce conducteur de train. Cet homme, ce cheminot qui, pendant la durée de fonctionnement du camp de Treblinka, amenait son chargement directement dans le camp et repartait à vide. C’est le seul qui exprime du remords. Une tristesse profonde, alors qu’il est sur son train, là où tout est arrivé. Et Lanzmann, qui a compris cette tristesse le pousse à l’exprimer : ses remords, sincères sont un démenti de tout ce que les paysans ont pu raconter juste avant.

 

Une première partie qui donne le ton : Lanzmann ira jusqu’au bout pour amener ces interlocuteurs à raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont vécu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Michael Mann, #Robert de Niro
Heat (Michael Man, 1995)

Michael Mann refait un de ses films : L.A. Takedown.
Avec une heure de plus, il en fait un véritable chef-d’œuvre du genre.

Il faut dire qu’il a à sa disposition un duo magistral : Robert de Niro et Al Pacino.

Et en plus, c’est la première fois qu’ils jouent vraiment ensemble dan un même film (1).

Alors bien entendu, les spectateurs n’attendent qu’une chose : une confrontation entre ces deux monstres sacrés.

 

Mais revenons à nos moutons.

Il s’agit donc d’un film de gangsters, genre toujours très prisé des spectateurs (2). D’un côté le bon droit, la justice, bref la Loi, Vincent Hanna (Al Pacino), lieutenant de police total, dévoué corps et âme à son service, ce qui peut amener des désagréments dans sa vie personnelle.

De l’autre son reflet de l’autre côté de la Loi, le truand dans toute sa splendeur, Neil McCauley (Robert de Niro), digne héritier des gangsters d’antan, braqueur de génie.

Ces deux hommes représentent d’une certaine façon une autre époque, un temps révolu où les protagonistes – de chaque côté de la Loi – ont du respect les uns pour les autres, mais où le devoir prime avant tout.

 

On a donc la confrontation indispensable entre ces deux hommes. C’est l’un des plus grands moments du film, puisque pendant les six minutes qu’elle dure, on perçoit ce respect mutuel, mais avec toujours ces mêmes menaces inéluctables : chacun devra faire ce qu’il a à faire, même s’il faut en passer par l’élimination physique de l’autre.

Cette rencontre est avant tout un point de rupture dans l’intrigue.

En effet, à partir de cette rencontre, les positions deviennent immuables et la fin est annoncée : il n’en restera qu’un. Et d’habitude, force reste toujours à la Loi…

 

Si les acteurs choisis pour interpréter ce duo sont extra-ordinaires, leurs personnages eux, sont très communs. Entre Hanna qui en est à son troisième mariage, qui lui aussi bat de l’aile et MacCauley, célibataire qui réside au bord de la mer dans une immense maison vide, on a deux hommes qui finalement se ressemblent, chacun dans sa spécialité. Ce sont avant tout deux hommes qui ne vivent que pour leur métier. SI l’amour les frappe, ils n’iront jamais jusqu’au bout de leurs sentiments : à chaque fois leur devoir s’imposera à eux. Il n’est même pas question de choisir entre ces deux options (amour ou métier), car de toute façon, c’est leur métier qui les définit. Même si cela laisse un vide dans leur vie.

 

La situation de McCauley est la plus parlante. Sa maison en bord de mer se résume à un grand séjour avec cuisine (à l’américaine, évidemment…) sans aucun meuble. On se demande d’ailleurs à quoi lui sert cette maison, puisque la seule nuit « normale » qu’on lui connaît se passe chez Eady (Amy Brenneman) une jeune femme dont il s’éprend.

Et cette solitude (malgré la jeune femme) est criante quand on le voit avec ses amis-complices qui eux, ne vivent pas seuls, ou même ont des enfants. Pour McCauley, comme pour Hanna d’ailleurs, il n’y a pas de place pour des enfants : leur vocation (il y a une part mystique dans leur relation à leur métier) est absolue et ne laisse de place à personne d’autres.

 

Ou plutôt si, il n’y a de place que pour son opposant.

Chacun des deux est une face d’une même pièce qu’on lance et qui tombera obligatoirement sur une des deux, sauvant l’un mais, évidemment, condamnant (définitivement) l’autre.

La scène finale prend alors une autre dimension, amenant les deux protagonistes à vivre l’un sans l’autre.

 

Peut-il en être autrement ?

 

  1. S’ils apparaissent tous les deux dans Le Parrain 2, il y a plus de 40 ans qui les séparent, d’où aucune confrontation possible.
  2. Normal, la très grande majorité, si elle est attirée par l’interdit, ne rejoindra jamais le côté obscur….

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Forfaiture (The Cheat - Cecil B. DeMille, 1915)

Fabuleux.

Il s’agit de la version encore disponible, ressortie en 1918, ce qui explique l’insert du journal daté d’avril de cette même année.

Cette nouvelle exploitation est due à l’Association des Japonais de Californie (du Sud) qui n’appréciait pas qu’un de ses ressortissants – fût-il virtuel – soit dépeint comme un monstre sadique.

 

Mais reprenons. Nous sommes dans ce qu’on n’appelle pas encore la Jet Set (1), et les Hardy sont des membres éminents de cette espèce d’aristocratie américaine. Pendant que Monsieur (Jack Dean) spécule jusqu’à son dernier cent afin de faire fortune, Madame (Fannie Ward) dépense sans compter, renouvelant sa garde-robe pour maintenir son rang, maintenant qu’elle est trésorière de la Croix-Rouge. 10.000 dollars lui sont alors confiés qu’elle investit dans un placement « sûr » (ils le sont toujours au début) qui s’avère une catastrophe. Elle s’adresse alors à Haka Arakau (Sessue Hayakawa), un Birman (2) qui a fait fortune dans l’ivoire.

Ce dernier accepte de couvrir la perte contre la vertu de la femme. Acculée, elle accepte.

C’est alors que son mari fait fortune !

 

On retrouve donc un milieu cher à Cecil B. DeMille, cette haute société qui ne vit que dans le luxe : pour et par l’argent. Mais malgré ce milieu très argenté, la mise en scène est très intimiste. Ce n’est pas un déballage de richesse comme on pourra en voir dans d’autres de ses films. Ici, (presque) tout est feutré, minimaliste. En effet, les rares séquences en extérieurs sont très courtes : ce qui nous intéresse (DeMille et nous spectateurs), c’est le drame qui se joue à l’écart des réceptions officielles ou demeures somptueuses.

 

Non seulement les lieux utilisés sont exigus, mais en plus, l’éclairage joue un très grand rôle dans le minimalisme. A de très nombreuses reprises, c’est l’alternance ombre-lumière qui donne à ce film toute sa beauté. Si DeMille choisit d’isoler ses acteurs par un point lumineux pertinent, il utilise avec beaucoup d’adresse les ombres, qu’elles soient chinoises (6) quand la déroute financière est annoncée, ou portée quand Hardy est en prison, accentuant le désespoir de ce dernier.

Ce point de lumière n’éclaire que ce qui est important : les visages, le brasero… Car c’est surtout ce brasero qui est l’élément le plus important du film. C’est avec celui-ci qu’Arakau marque au fer rouge ses possessions : les objets (statuettes) mais aussi les êtres.

 

C’est d’ailleurs ce dernier point qui a généré tout es les protestations des Japonais de Californie : au cœur de l’intrigue, quand la forfaiture du titre – « The Cheat » en VO, c.à.d. la tromperie (3) – est annoncée par un intertitre. Arakau, qui a refusé le paiement veut posséder la jeune femme qui se débat : il la marque alors de son sceau incandescent.

Il y a un mélange de sadisme et se sexualité très fort dans cette scène primordiale. D’un côté cet homme qui torture celle qui se refuse à lui et de l’autre cette femme violentée, pratiquement déshabillée (4) par son bourreau.

 

Ce déballage de violence est peu courant dans le cinéma de 1915. Ce qui ne veut pas dire que ça n’existe pas (rappelez-vous Regeneration), mais si la violence est chose courante dans les bas-fonds, ce n’est pas ce qui arrive le plus fréquemment à un tel niveau social : les rares incursions de la violence dans la Haute concernent essentiellement des crimes passionnels, pas de tels actes de cruauté.

 

On comprend alors mieux pourquoi les Japonais ont râlé. Il faut dire que le personnage de Haka Arakau est franchement antipathique. On y retrouve certains préjugés racistes qui ont cours aux Etats-Unis (et ailleurs dans le monde « occidental ») : Arakau est sournois, fourbe et en plus, il ne respecte pas les règles du jeu en refusant le remboursement. Et Hayakawa (5) est magnifique dans ce rôle – encore une fois de méchant – qui le propulse en haut de l’affiche.

Il fait depuis partie de ces magnifiques méchants créés par Hollywood : celui que le public aime haïr !

 

 

P.S. : à noter que Marcel L’Herbier fera un remake du film en 1937, avec Sessue Hayakawa qui reprendra alors son rôle.

 

  1. Appelée aussi « Smart Set » dans le film.
  2. La version de 1918 a donc changé le nom et la nationalité du méchant pour ne pas froisser : à l’origine il s’appelait Hishuru Tori.
  3. Le titre original est très intéressant car s’il annonce une forfaiture, il concerne aussi, parmi ses différentes assertions la personne qui se livre à une tricherie.
  4. Ne vous inquiétez pas, on s’arrête juste avant de montrer quoi que ce soit !
  5. Saviez-vous que Sessue Hayakawa est nommé dans L’Enfant et les Sortilèges (Ravel & Colette) ? Maintenant, vous ne pourrez plus l’écouter de la même façon (si bien sûr vous l’écoutiez auparavant)…
  6. Hum…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Raoul Walsh, #Gangsters
Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

C’est déjà le dix-neuvième film que réalise Raoul Walsh, et le premier avec son nouveau contrat chez William Fox. Mais ce film va tout de suite lui valoir un doublement de son salaire, ce qui n’est que justice tant le film qu’il nous propose est magnifique.


Owen (John McCann, Harry McCoy puis Rockliffe Fellowes) est un jeune garçon d’une dizaine d’années quand il perd sa mère et se retrouve seul. Il est alors recueilli par ses voisins, Jim (James A. Marcus) et Maggie (Maggie Weston) Conway : un alcoolique et une mégère. Jim va donc grandir dans un milieu défavorisé où la force et la ruse – et un mépris de la Loi – sont les seules valeurs.

A 25 ans, il est le chef du gang de son quartier. Dans ce quartier s’installe un foyer d’accueil dirigé par la jeune et belle Mary Deering (Anna Q. Nilsson), une jeune femme riche mais qui veut aider ses contemporains.

Bien entendu, Owen tombe amoureux de la jeune femme…

 

Si l’intrigue est édifiante – nous sommes en 1915, la morale passer avant tout – le film lui, n’est pas si sage que ça. En effet, Walsh nous propose un film de gangster où la douceur et la bienveillance de Mary sont contrebalancées par la dépravation des voyous et la violence de leur milieu.

Owen a appris à se battre et ses acolytes sont de véritables mauvaises graines : ils volent, boivent, jouent… Bref, tout ce que Mary veut combattre.

Si la tâche semble ardue, Mary reçoit tout de même un coup de pouce du destin : lors d’une promenade en ferry, un incendie se déclare et Owen sauve deux petites filles, faisant ainsi la conquête de Marty. Et par là même, son lent chemin vers le côté vertueux de la vie, amorçant la régénération du titre.

 

En plus d’une intrigue somme toute réaliste, les différentes prises de vue sont assez magistrales pour cette année 1915. Nombre de fois, nous assistons à des travellings avant et arrière amenant le spectateur à se faire une idée d’ensemble de ce qui se trame. Les gros plans se succèdent aux TRES gros plans – les yeux des acteurs – donnant un surcroît de rythme à la narration.

 

Bien sûr ce film américain traite de la rédemption. C’est d’ailleurs sa seule raison d’être. Nous assistons à la renaissance d’Owen, favorisée par la présence de Mary, véritable figure christique, qui donnera sa vie pour son rachat.

Et cette fin tragique tranche complètement avec les fins heureuses qui étaient plus le lot des productions contemporaines à ce film.

 

Et si des gens pensent encore que les films de gangsters ont éclos au début des années 1930s – Scarface, Public Enemy… – je leur conseille de toute urgence de se précipiter sur ce film (1) : une quinzaine d’années plus tôt, la violence des gangs était déjà présente au cinéma. Et cette violence ne se traduit pas par des bagarres, mais elle peut aussi se conclure par la mort d’un ou plusieurs des protagonistes, le sang s’échappant de la bouche de l’un d’entre eux, durement, crument. On trouve ici un souci de réalisme qui, allié à la portée symbolique, donne une actualité au film et touche en plein cœur les spectateurs : il y a vraiment de quoi décourager les vocations criminelles.

 

 

(1) Malheureusement, si le film nous est parvenu, il n’empêche pas certaines parties d’être très abîmées ne nous permettant pas de bien distinguer ce qu’il s’y passe. Fort heureusement, cela n’arrive pas trop souvent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Soderbergh
Contagion (Steven Soderbergh, 2011)

Beth Emhoff (Gwyneth Paltrow) rentre d’un voyage d’affaire en extrême orient. Il s’emble qu’elle ait attrapé une petite grippe. Rien de bien terrible.

Sauf qu’elle a contracté un virus extrêmement dangereux. Elle est la première d’une longue liste de morts dans le monde entier.

D’un côté des gens qui meurent les uns après les autres, de l’autre le monde médical désemparé qui travaille à un vaccin. Entre ces deux mondes, deux hommes : Mitch Emhoff (Matt Damon), immunisé ; Alan Krumwiede (Jude Law), journaliste du net avec ses 12 000 000 de « followers ».

 

Dès la première séquence, et du fait du titre, Steve Soderbergh nous rend témoins de la propagation d’un virus non identifié, et qui envahit progressivement et exponentiellement le monde. Ce ne sont que des gestes simples, courants, que nous faisons nous même sans s’en apercevoir, comme marcher ou respirer. Et les prises de vue accentuent l’impact de cette contagion en insistant bien sur les objets, les lieux ou les gens que Beth touche, répandant involontairement cette menace invisible mais surtout fatale.

 

Nous allons alors suivre les différentes étapes de la création d’un vaccin parallèlement à la détérioration des conditions sociales qu’implique une pandémie mondiale, pendant une période proche d’une année. Ce sont donc des millions de personnes qui disparaissent pendant que les gouvernements, impuissants face à cette menace ne peuvent qu’essayer de contenir une population se laissant de plus en plus aller vers comportements de plus en plus violents.

Jusqu’au jour où…

 

Avec un tel film, Steve Soderbergh nous offre un film catastrophe servi par une kyrielle de vedettes (toutes au top !) comme les Américains nous en proposaient pendant les années 1970s. Mais rarement, ces années-là, n’atteignions-nous un tableau aussi apocalyptique.

Il y a une part d’aléatoire extrêmement importante, ramenant finalement tous à un même statut : une sorte d’égalité devant la mort éventuelle. Et ce n’est pas par hasard que la distribution des vaccins (1). Avec une nuance tout de même : il est bien évident que les différents chefs d’états et autres personnages importants ne participent pas à cette loterie (2).

Et c’est là qu’intervient le blogueur ! C’est ce qu’on appelle un lanceur d’alerte. Mais ce genre de personnes ont des objectifs avant tout humains, voire humanistes, celui-ci est beaucoup plus retors et pas si naïf qu’on pourrait le croire. Et Jude Law est magnifique dans ce rôle.

 

En face de lui (mais jamais en opposition, ils ne se croisent jamais) est Mitch, mari de la première victime. C’est un homme normal, qui a juste la chance de ne pas réagir au virus. Ce qui n’est pas le cas du fils de sa femme qui est lui aussi emporté. Avec Mitch, c’est le quotidien que nous montre Soderbergh : comment (sur)vivre dans un environnement si hostile ? Comment protéger la seule personne qui lui reste : sa fille Jory (Anna Jacoby-Heron).

 

C’est avec ces deux personnages que nous prenons conscience des ravages de cette pandémie qui ne sont pas seulement sanitaires. Krumwiede nous fait découvrir un San Francisco absolument dévasté, vide et jonché d’ordures. Impressionnant.

Du côté de Mitch, ce sont les comportements agressifs des gens que nous suivons : les razzias dans les maisons ou les locaux qui rapportent (magasins, banques), réveillant aussi chez lui un instinct de survie dû à l’envie de protéger Jory.

 

Le film est absolument spectaculaire (3) : les scènes urbaines, qu’elles soient avec du monde ou vides sont à couper le souffle ! Il y a un réalisme effrayant.

Parce que c’est le réalisme qui fait peur, plus que le reste. On entend parler de la Grippe Espagnole d’après la première guerre mondiale. Mais si ce n’est plus la grippe qui peut faire de tels ravages (encore que…), nous ne sommes pas à l’abri d’un quelconque virus qui se développe aléatoirement comme il est question ici.

Certes, les grandes maladies ont été éradiquées (peste, variole…) mais si on ne vaccine plus les enfants contre la variole, ça ne veut pas dire qu’elle ne peut pas revenir (4) : dans un monde où des groupes d’individus veulent imposer par la force leurs croyances, faisant toujours plus de victimes innocentes (pléonasme), sommes-nous à l’abri d’un tel cataclysme ?

 

C’est là que réside la force de ce film : tout le monde est concerné, pas seulement quelques dizaines de personnes en haut d’un gratte-ciel ou dans avion en perdition…

 

 

  1. Bien sûr, ils en trouvent un, ce n’est pas là le plus important, c’est tout ce qu’il y a autour.
  2. Etonnant, non ? Non ?
  3. Il n’a certainement pas à rougir devant ses aînés des années 1970 !
  4. Je ne veux pas sombrer dans le pessimisme, mais quand même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Michael Curtiz, #Fay Wray
Masques de Cire (The Mystery of the Wax Museum - Michael Curtiz, 1933)

Londres, 1921.

Le Musée de Cire abrite les œuvres du génial sculpteur Ivan Igor (Lionel Atwill) : Voltaire, Jeanne d’Arc  et surtout celle qu’il considère comme son aboutissement : Marie-Antoinette.

Mais les fréquentations se raréfient et l’associé d’Igor, l’infâme Joe Worth (Edwin Maxwell) met le feu au musée pour se refaire avec l’argent des assurances. Avec l’incendie disparaissent les statues et Igor, laissé pour mort par Worth.

New York, 1933.

Ivan Igor se prépare à ouvrir une copie de son musée de Londres après avoir patiemment reconstitué ses trésors détruits. Il ne manque plus que Marie-Antoinette. Et, hasard des choses, Charlotte Duncan (Fay Wray), la fiancée de Ralph Burton (Allen Vincent), un de ses collaborateurs, est l’incarnation de sa Marie-Antoinette disparue…

 

En plus de Lionel Atwill, Fay Wray et Arthur Edmund Carewe, on retrouve dans ce film l’atmosphère d’épouvante du Dr. X, sorti l’année précédente (1). Il faut dire que Ray Rennahan assure une nouvelle fois les prises de vue et Anton Grot en est à nouveau le directeur artistique.

On retrouve aussi le thème de la mutilation. Ivan Igor, s’il a survécu à son musée, y a laissé ses jambes, et plus important : ses mains.


Si Fay Wray était vraiment le centre de l’attraction, ici, elle n’a qu’un  rôle secondaire – mais primordial tout de même – où il est encore question de lui faire subir un traitement plutôt inhumain. Mais quoi qu’il en soit, elle joue ce qu’elle sait le mieux jouer : une jeune femme innocente et pure qui crie !

 

Non, la véritable héroïne du film, c’est sa colocataire Florence Dempsey (Glenda Farrel), une jolie blonde platine (Jean Harlow a fait des émules) qui est tout sauf une potiche : elle travaille pour un journal dirigé par Jim (Frank McHugh) à qui elle tient tête très régulièrement.

C’est elle qui découvre le système diabolique mis au point par Igor, et c’est grâce à elle que la résolution de l’affaire – vraiment terrible – est possible. C’est une femme moderne comme on en trouve souvent dans les films de cette décennie.

 

Autre signe des temps, la découverte d’une caisse de whisky de contrebande : en effet, quand le film sort, le Volstead Act définissant la Prohibition vient juste d’être amendé et l’alcool coule à nouveau à flot. Mais quand le film fut tourné, ce n’était pas le cas et l’arrestation de Sparrow (Arthur Edmund Carewe) est possible pour ce motif, tout comme ce que fait Florence après peut prêter à sourire…

 

Si on retrouve quelques similitudes avec Dr. X, ce film n‘en possède malgré tout pas complètement l’intensité dramatique. Le jeu sur l’ombre et la lumière est toujours là, mais en moindre importance. On a tout de même une réminiscence du masque horrible porté à chaque fois par le méchant, véritable visage torturé et épouvantable (dans le sens premier du terme).

Mais l’accent est mis sur ces statues de  cire qui semblent tellement réelle.

Et c’est bien normal, puisque ce sont de véritables actrices et acteurs qui posent, immobiles (1), dans des scènes historiques célèbres.

 

Mais c’est tout de même Lionel Atwill qui mène le jeu pendant (presque) tout le film. Il est un diabolique Igor, plus que ne l’était X dans le film précédent. Et il ne faut pas s’y tromper : vingt ans plus tard, André de Toth proposera au public un remake du film de Curtiz : The House of Wax, avec l’inquiétant Vincent Price. Et en plus, ce sera en 3D !

 

Alors peut-être que ce film est un cran au-dessous de Doctor X, mais il n’en garde pas moins toute sa force et Lionel Atwill, qui passe du côté obscur à son tour est magnifique.

 

  1. C’est le cinquième film (!) de Curtiz qui sort depuis Dr. X.
  2. Un œil averti peut voir très légers tremblements occasionnés par la station immobile, ce qui n’enlève tout de même rien à l’effet escompté.

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