Le Revenant, c’est Hugh Glass (Leonardo DiCaprio), un trappeur au dix-neuvième siècle dans ce qui fut la Louisiane, un immense territoire vendu par Napoléon pour payer ses guerres, avant d’être découpée en plusieurs états par le gouvernement fédéral.
Hugh est revenu de la mort : après une lutte victorieuse contre une femelle grizzli, il est secouru puis abandonné pour mort par ses compagnons d’expédition.
Mais il survit, assoiffé de vengeance contre celui qui l’a non seulement abandonné, mais qui a en plus tué son fil : Fitzgerald (Tom Hardy).
Il s’agit d’une histoire vraie arrangée, et surtout d’un western, mais pas de ceux qu’on a l’habitude de voir : pas de cowboy, des Indiens quand même, mais ils sont juste l’élément déclencheur de cette vengeance.
En effet, s’ils tuent les trappeurs au début du film, c’est avant tout parce que Napoléon ou pas, c’est leur territoire. Alors tous ceux qui se servent dans leurs réserves deviennent automatiquement leurs ennemis.
Cette gestion du patrimoine primaire pais légitime est l’une des scènes les plus fortes et violentes du film, amenant l’errance qui amène la rencontre de l’ours (etc.).
Mais l’intervention hostile des Indiens s’arrêtera là, les étrangers ayant été reconduits. Et de toute façon, leur quête est autre, même si elle croisera plusieurs fois la route de Glass.
Nous allons donc suivre pendant un long moment la survie du « revenant ». Mais il n’y a aucune initiation, ni aucune valeur morale derrière la vie solitaire de Glass. Alors que dans Dancing with Wolves, John Dunbar (Kevin Costner) survivait dans un milieu hostile avec l’idée de communiquer avec les Indiens, ici, rien de tout ça. Glass n’a qu’une idée en tête : retrouver Fitzgerald et lui faire la peau.
Malgré tout, cela passe par des grands moments de solitude et de lutte pour sa propre survie. Sans parler des conditions de tournage qui furent parfois proches des vraies conditions (du froid, de la neige…). Le film en lui même est un exploit presque aussi grand que celui du véritable Glass. On songe alors à Way down East avec sa rivière gelée quand Glass doit descendre une autre rivière accroché à un tronc… Epique.
Mais le personnage principal du film, c’est avant tout cette immense Louisiane l’hiver. Ce sont de magnifiques paysages qui nous sont offerts où l’homme est extrêmement minuscule : une toute petite tache sur un immense espace blanc, c’est Glass qui avance sur un immense lac gelé.
Mais tout est immense : les arbres qui s’élèvent continuellement vers le ciel et qui semblent essayer de l’accrocher quand le vent souffle. Et même ce ciel est encore plus grand qu’à l’habitude. Alors qu’on a l’habitude des soleils flamboyants et des lunes rondes voire rousses, ici rien de tout cela. Le soleil est froid, et la lune en quartier, minuscule dans une nuit où même les étoiles semblent encore plus éloignées, inaccessibles (1). Cet éloignement est aussi contrebalancé par une caméra omniprésente et le plus souvent au cœur même de l’action, usant de panoramiques à 360 degrés pour nous permettre d’apprécier le lieu comme peut le faire Glass, du bout de son fusil.
Ce gigantisme des paysages et des astres est avant tout là pour accentuer l’exploit de Glass.
Et Leonardo DiCaprio trouve dans ce personnage un rôle à sa mesure et de son âge. Il n’est plus le jeune premier que l’on a connu. Il est maintenant adulte et a un fils dont il est responsable. Il n’a plus l’insouciance que l’on trouve dans son film précédent (Le Loup de Wall Street). Il est tout bonnement grandiose en mort-vivant pourchassé par ses démons dans des scènes oniriques qui mêlent le rêve et la réalité, trompant le spectateur autant que Glass lui-même.
En face, on trouve deux autres trappeurs : ceux qui ont abandonné Glass à son sort. Si Bridger (Will Poulter, qui sort des films pour enfants et adolescents) a des remords, il n’en va pas de même de Fitzgerald, une ignoble crapule. La vengeance de Glass devient presque incontournable avec ce genre d’individu, avant tout raciste : il n’aime pas Glass parce que ce dernier fut marié à une Indienne (Pawnee) avec qui il a eu ce fils qu’il va tuer.
Et c’est là que commence la fiction : Fitzgerald et Bridger croyaient sincèrement que Glass était mort…
Et alors ? Et alors rien. C’est du cinéma, comme d’habitude.
Et tant mieux !
- Moi j’ai pensé à Brel, chantant « l’inaccessible étoile », dans La Quête…
- On est dans un western, rappelez-vous, il y a toujours un méchant.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)









