L’homme mort, c’est William Blake (1) (Johnny Depp).
C’est un jeune comptable qui va prendre son poste à Machines, au bout de la ligne de chemin de fer, à l’Ouest.
Mais las, le poste est pourvu et son ex-employeur Dickinson (Robert Mitchum pour la dernière fois au cinéma) le chasse.
Il rencontre alors Thel Russell (Mili Avital) et passe la nuit avec elle. Jusqu’à l’arrivée de son ex-amant, Dickinson Jr. (Gabriel Byrne). Ce dernier vise Blake, mais tue Thel, qui voulait protéger le jeune homme. Hélas, la balle a traversé le corps de Thel, et Blake s’enfuit, une balle logée près du cœur, pendant que son sang s’écoule lentement.
C’est (encore) une errance que nous propose Jim Jarmusch. Blake est un homme entre deux mondes : blessé à mort par une balle mal placée, mais tout de même en vie, alors que ses forces semblent le quitter doucement.
Cette errance amène deux sortes de personnes : des chasseurs de primes ou des représentants de la Loi, et des Indiens, dont Nobody (Gary Farmer, véritable descendant des Amérindiens). Nobody – personne – est le guide de Blake dans ce monde étrange et désert où tous ceux qui le suivent et essaient de l’attraper meurent les uns après les autres, inéluctablement.
Seuls les Indiens survivent. Quoi que...
Mais cette errance a une part mystique très importante. Guidé par Nobody, il semble que Blake avance vers son salut qui ne se fera qu’après le « Miroir de l’eau », là où le fleuve se jette dans la mer. En effet, c’est une succession d’épreuves qui attendent Blake dans cette errance à travers une forêt nue. Chaque personne rencontrée y meurt, aucun animal vivant n’y batifole. Les arbres blancs – des bouleaux – rappellent les cimetières militaires où gisent les morts de la guerre. Le seul animal que Blake rencontre, c’est un faon, récemment tué, près duquel il s’allonge, dans un plan magnifique.
Parce que le film est tourné en noir et blanc – couleurs de la mort – et offre des plans de toute beauté. Les lieux traversés en deviendraient éternels, s’il n’y avait de la neige à un moment. Mais même dans ce cas-là, nulle fumée ne sort de la bouche de ceux qui parlent, nulle fumée n’est visible du feu qui brûle. Le temps semble s’être arrêté et si les jours et les nuits se succèdent, nul repère ne nous est donné. Le temps, de toute façon, n’a plus d’importance.
L’annonce du titre n’est pas seulement prémonitoire. Elle donne le ton dès le début. Blake est dans un train à vapeur, probablement dans la deuxième moitié du XIXème siècle – mais là encore ce n’est pas important – et pendant le long trajet (2), les autres voyageurs changent ou semblent se déplacer autour de Blake qui lui reste inlassablement à la même place. Le tout sans parole, il faut attendre la sixième minute pour que quelqu’un (Crispin Glover) se mette à parler. Il faudra attendre encore trois minutes pour que les titres apparaissent.
Et même quand Blake débarque à Machine, le spectateur n’est pas encore sûr si Blake est vivant ou mort, puisqu’il semble que c’est de lui que parle le titre. Le passage a-t-il eu lieu pendant le long trajet ferroviaire ?
En plus, dans Machine, presque tout fait référence à la mort. Ce sont d’innombrables crânes décharnés d’animaux qui ornent les devantures des maisons ou des boutiques, sans parler de l’entreprise de pompes funèbres qui vient de terminer la réalisation d’un cercueil, bien entendu prémonitoire.
La lenteur de l’intrigue et des plans a certainement nui au succès du film, et surtout, ce Western – parce que c’en est un – est complètement différent de ce que nous av(i)ons l’habitude de voir. Si on y joue de la gâchette, il n’y a aucune référence à la vitesse ou encore à l’habileté des tireurs. Les armes parlent, les hommes meurent. On y trouve des personnages qui se succèdent (avant de mourir), avec parfois certaines particularités : la trace du chapeau sur le front, un homme habillé en femme – Salvatore « Sally » Jenko (Iggy Pop) – qui lit un extrait de la Bible avant le repas (3), etc.
Et puis il y a la distribution. C’est une liste assez impressionnante de vedettes qui apparaissent au fur et à mesure du film, et si Iggy Pop nous propose un Salvatore-Sally étrange, le personnage joué par Alfred Molina est tout aussi intéressant ; et bien d’autres encore. Et puis c’est aussi la dernière cartouche de Robert Mitchum, patron-patriarche qui négocie avec un fusil…
- Homonyme du poète anglais (1757-1827)
- Cleveland – Machine
- Samuel 17:46 – allez voir, c’est assez inattendu.
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