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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Elmer Clifton, #Clara Bow
Le Harpon (Down to the Sea with ships - Elmer Clifton, 1923)

Nouvelle Angleterre, XIXème siècle.

Charles Morgan (William Walcott) est un riche armateur de baleinier. Il a une fille, Patience (Marguerite Courtot) et une petite fille « Dot » (Clara Bow), la fille de son fils disparu en mer.

Détail important : Morgan et sa famille vivent dans une communauté de Quakers aux règles évidemment strictes.

Patience elle, est amoureuse de Thomas Dexter (Raymond McKee) son voisin avec qui elle a grandi. Mais ce dernier n’est ni un Quaker, ni un baleinier : le vieux Morgan ne veut donc pas de lui pour sa fille.

Mais Thomas a de la ressource.

 

Dès l’ouverture du film, on est prévenu : c’est avant tout un produit cinématographique dû aux différents cameramen. En effet, les prises de vue furent réalisées en pleine mer, pendant le travail de véritables baleiniers.

On trouve donc des plans au plus près de l’action, soit directement sur le bateau soit à côté, ce qui explique certains mouvements des caméras.

Et cette pêche à la baleine est bien entendu le clou du film.

 

Bien entendu, un tel film serait impossible de nos jours, les baleines bénéficiant d’une certaine protection (que des pêcheurs peu scrupuleux choisissent d’ignorer). En effet, les baleines (ici, c’est plutôt un cachalot) sont chassées pour leur huile, véritable mine d’or pour les pêcheurs* (et donc leur patron le vieux Morgan).

Alors on ne s’embarrasse pas de détails pour cette pêche, le résultat étant la seule chose intéressante pour ces marins. On les voit donc harponner indifféremment toute sorte de gros poissons pendant leur périple en mer : cela passe bien entendu par les dauphins qui font améliorent grandement leur ordinaire culinaire…

 

Mais comme le dit mon grand ami le professeur Allen John, on ne peut pas faire un film seulement sur la pêche, les spectateurs ne venant pas seulement pour voir des hommes travailler. Ils ont besoin d’un autre élément d’intrigue avec lequel ils peuvent, d’une certaine façon, s’identifier : on a alors une double intrigue sur terre et sur mer avec conspiration et traîtrise à la clé.

Le méchant ici est Jake Finner, un bon à rien sans foi ni loi, aidé d’un personnage fourbe : Samuel Siggs, un métis d’origine chinoise, et de confession bouddhiste.

Ces deux infâmes personnages vont intriguer chacun sur son élément : Finner en mer et Siggs sur terre. Leur noir dessein étant de s’approprier l’affaire de Morgan pour l’un (Finner) et sa fille pour l’autre.

Mais heureusement Thomas veille et nous assurera une fin heureuse.

 

Elmer Clifton nous propose ici une belle production autour de la pêche en mer. On y retrouve la patte griffithienne dans le traitement de l’histoire ainsi que dans le sauvetage de dernière minute (à la fois physique et moral). Il faut dire que Clifton a fait ses classes chez le grand maître, alors ça aide.

Sa façon de traiter la pêche à la baleine est empreinte du même souci de vraisemblance : Raymond McKee étant réellement sur un bateau pendant le tournage qui se fit en mer, au large de la Nouvelle Angleterre.

Et cette pêche particulière est magnifiquement montrée, toujours au plus près, avec les bons et les mauvais côtés de cette activité : la joie des marins d’avoir trouvé un cachalot contrebalancée par les difficultés à le ramener à bord, avec les dangers inhérents au milieu aquatique: on suit alors un esquif (pas du tout frêle) qui est tiré par le géant des mers, pour lequel les marins devront tout de même payer un tribu, accompagnés qu’ils ont dans leur quête par les requins (qui ont déjà le mauvais rôle !).

 

Et puis il y a Clara Bow. Voilà. C’est tout.

Elle n’est alors qu’une débutante (elle a tout juste 17 ans pendant le tournage) et se comporte comme telle : pas de tenue ni d’attitude provocantes, elle a plutôt un rôle utilitaire contribuant à détendre l’atmosphère.
Mais elle est déjà très belle…

 

* cf. Moby Dick (Herman Melville, 1851)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ivan Reitman, #Harold Ramis
SOS Fantômes (Ghostbusters - Ivan Reitman, 1984)

Il se passe quelque chose à la Bibliothèque de New York : les livres et les fiches sont devenus autonomes, sous les yeux ébahis de la bibliothécaire (Alice Drummond).

Mais heureusement, les Ghostbusters sont là.

Ce sont des hommes intrépides qui non seulement vous débarrassent de vos fantômes, mais en plus ils les gardent en captivité.

Jusqu’à ce qu’un technocrate vienne les libérer, ouvrant ainsi la Porte…
Les fantômes sont lâchés et en plus, leur grand maître – Gozer – a décidé d’en finir avec les hommes…

 

Le film originel.

Le duo Dan Aykroyd – Harold Ramis nous propose ici un mélange de comédie et de film d’horreur où le sang est remplacé par du slime, cette espèce de produit incolore, visqueux et collant, qui apparut quelque temps au début des années 1980s. Ces chasseurs sont avant tout des scientifiques : les Dr. Venkman (Bill Murray) et Stanz (Dan Aykroyd) sont tous les deux de véritables professeurs d’université (virés certes, car leur département était inutile) ; quant à Spengler (Harold Ramis), c’est un inventeur de génie, un véritable cerveau. S’est joint à eux  Winston Zeddemore (Ernie Hudson), à la recherche d’un emploi.

J’oubliais Jeanine (Annie Potts), leur secrétaire, un tantinet sarcastique et éprise de l’un d’eux (je vous laisse deviner lequel…).

 

Bien sûr, ces personnages sont fantasques et fort improbables, mais c’est pour ça qu’ils sont les plus forts. Mais leur force vient aussi de leur entourage : entre le malveillant Walter Peck (William Atherton, déjà dans un rôle de personnage antipathique), la belle Dana Barrett (Sigourney Weaver) et l’insignifiant Louis Tully (Rick Moranis) tout est là pour nous proposer un bon divertissement. Mais surtout, il y a les fantômes, véritable raison d’être du film. Evidemment, ils ne font pas peur mais sont plutôt prétextes à gags : surtout Slimer, une espèce de blob glouton, le premier fantôme capturé par l’équipe de choc.

 

Mais nous sommes en 1984, alors évidemment, pour nous spectateurs près de 35 ans après, les ficelles semblent un peu grosses (pas de numérique bien sûr, seulement de l’incrustation) mais on  ne peut pas dénier une certaine beauté aux effets spéciaux. Les apparitions sont réjouissantes et leurs actions sur les lieux ou les gens sont efficaces.

 

Le trio Aykroyd-Murray-Ramis fonctionne bien et il est dommage que le personnage interprété par Ernie Hudson soit peu utilisé (ce ne sera pas le cas pour son alter ego de 2016).
Par contre, Sigourney Weaver et Rick Moranis sont irrésistibles. Elle en femme faussement fatale et peu vêtue est un régal, tandis que lui est magnifiquement insignifiant, piégé régulièrement sur le palier par une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur…

Quant au châtiment suprême et surtout son exécutant (la mascotte Stay Puft), on nage dans un grand n’importe quoi très jouissif.

 

Bref, on prend du bon temps avec ces antihéros magnifiques, avec en prime quelques célébrités (américaines donc, elles ne nous parlent pas toujours, mais on peut reconnaître tout de même Larry King) qui se sont prêtées à cette comédie à cette comédie dont l’élément le plus célèbre reste tout de même la chanson-titre interprétée par Ray Parker Jr.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Duvall
Wild Horses (Robert Duvall, 2015)

Scott Briggs (Robert Duvall) est un Américain. C’est un Texan fier et farouche, propriétaire jaloux de son ranch.

Scott Briggs a trois fils qu’il a élevés dans la religion, sa bible étant rangée dans le même tiroir que son pistolet.

Mais Ben (James Franco), son fils cadet, est homosexuel.

Et ça, Scott Briggs ne l’accepte pas.

Alors il chasse son fils, et l’ami qui était avec lui.

 

C’est un beau film que nous propose ici Robert Duvall. Il est en outre le personnage central d’une intrigue à multiples tiroirs dont la résolution ne pourra pas se faire sans connaître ce qu’il s’est passé quinze ans plus tôt, quand il a chassé son fils (voir ci-dessus).

La quête principale du film, c’est une « affaire froide » (« cold case », comme on dit là-bas) : Jim Davis (Darien Willardson) a disparu, à la même période que Scott chassait son fils de chez lui. Et Samantha Payne (Luciana Pedraza alias Mme Duvall)  une Texas Rangers, a rouvert le dossier et cherche ce qui a bien pu arriver à ce jeune homme.

Dans le même temps, on assiste à une réunion de famille, un de ces conseils qui marquent les participants et donne un sens très différent à leurs vies.

 

Bien sûr, la démarche de Scott envers ses fils est intéressée. Il ne les fait pas venir seulement pour une annonce importante. C’est pour son fils cadet qu’il le fait, pour le revoir.

Mais il s’agit avant tout d’une démarche égoïste : il veut mettre en ordre ses affaires avant le grand départ, qui semble imminent d’après ce qu’il laisse entendre.

Mais si les contingences matérielles (héritage) sont vite expédiées, c’est tout le poids du mensonge qu’il veut expédier. Il veut soulager sa conscience.

 

Alors il parle. Tout du moins il essaie de parler, mais comme il n’en a pas l’habitude, il met du temps. Et même parfois il se tait. C’est surtout ce mutisme que lui reproche Ben : ne jamais répondre quand la question est trop dérangeante. Et là encore, s’il fait un énorme effort pour essayer de parler, il s’arrête à chaque fois en cours de route, laissant encore une part d’ombre planer.

 

Oui, cet homme est à la recherche de la Rédemption*. De SA rédemption. Mais lui qui affiche une façade d’homme rude n’est malheureusement pas capable d’assumer. « Je suis un lâche » répète-t-il pour excuser le mal qui a fait, les révélations qu’il n’a pas su dire à temps.

Le temps a passé, et au seuil de la mort, il veut faire la paix avec son fils renié. Du bout des lèvres il accepte son homosexualité. De toute façon, il n’a plus le choix. Mais cette acceptation est restreinte (« parce que tu es mon fils. ») et surtout elle s’arrête au bout de ces lèvres qui viennent de le dire. Il n’est pas question de savoir comment Ben vit, et ce qu’il ressent.

 

Scott est un personnage hors du temps. Il vit une vie rêvée de cowboy dans son ranch, transmettant son amour des chevaux à ses petits enfants, mais ne voit pas la société évoluer : il a ses certitudes toutes forgées dans la Bible, justifiant alors chacun de ses faits et gestes.

Et le plus bel exemple de ce décalage est sa rencontre avec Samantha, Texas Rangere (si vous me permettez ce néologisme) : il s’étonne que les femmes occupent un tel poste ; elle lui répond qu’elles ont même le droit de voter**.

 

Je terminerai en vous laissant découvrir l’issue de ses démarches : sera-t-il sauvé ? Quel est l’avenir de sa relation avec son fils ?

Ce fils honni pour son orientation sexuelle, mais qui est pourtant son préféré…

 

 

* N’oublions pas qu’il est très religieux

 

** 19ème amendement, voté le 21 mai 1919 !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henry Hathaway, #Marilyn Monroe
Niagara (Henry Hathaway, 1953)

NB : article partial, l'auteur est amoureux de Marilyn Monroe

 

Les Chutes du Niagara et Marilyn Monroe sur la même affiche : deux stars mondiales, encore aujourd’hui. Alors que l’eau de l’Erié descend vers l’Ontario, Marilyn, elle, monte : elle tient le haut de l’affiche avec Joseph Cotten et Jean Peters, mais n’y apparaît pas de bout en bout (1).

D’une certaine façon, on retrouve la  Marilyn du film précédent (Troublez-moi ce soir), mais dans un rôle de personne à peu près normale.

 

Mais avant tout, les Chutes du Niagara, c’est le refuge des jeunes mariés. C’est le cas des Cutler qui arrivent à Niagara Falls où ils ont loué un bungalow pile en face des chutes.

Sauf que les anciens occupants sont toujours là et que ça ne va pas fort entre eux : lui est un traumatisé de la guerre de Corée, et elle a un amant. On peut rêver mieux comme voyage de noces…

 

Si ce film n’a pas révélé Marilyn, on n’en est pas loin. En effet, elle envahit l’écran dès qu’elle apparaît. Et personne ne reste indifférent à sa démarche ni à ses tenues. Même les couples qui dansent s’arrêtent, les hommes étant subjugués par cette apparition.

Et Hathaway nous propose aussi de magnifiques gros plans de l’actrice, pas toujours très habillée… Il semble d’ailleurs que ce fut un problème pour Hathaway, puisqu’il dut recourir à une postproduction pour assombrir la scène dans la douche, Marilyn restant beaucoup trop près du rideau pour les censeurs de l’époque. On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle disait l’année précédente à propos d’un parfum très célèbre…

 

Pour le reste, comme on a pu le lire, c’est une histoire assez banale, peu morale, bien sûr, mais qui a le mérite de détoner par rapport à ce qu’on imagine de Niagara Falls. Ce fut d’ailleurs un sujet de polémique pour la ville avec cette histoire d’adultère, de meurtre et de suicide. Pas si glamour que ça, finalement.

Malgré& tout, on y retrouve la ville telle qu’elle fut (et est encore à certains endroits), les chutes étant continuellement présentes dans les scènes d’extérieur : il suffit qu’une porte s’ouvre pour qu’on entende le bruit des cataractes (2).

 

Mais si le film est resté dans les esprits c’est avant tout grâce à la star : chaque plan où elle apparaît est magnifique, de près comme d’un peu plus loin. De plus, elle campe une superbe Mrs Loomis, retorse et rouée juste ce qu’il faut pour condamner son attitude sans toutefois entamer l’admiration qu’on peut lui vouer : elle est LA femme fatale.

Face à elle, tous les autres peuvent paraître bien mornes, mais ce serait méconnaître le talent de Jean Peters ou bien sûr Joseph Cotten qui se hissent au même niveau de jeu. Par contre, on ne peut pas en dire de même de Casey Adams/Max Showalter (Ray Cutler) qui a plus un rôle de faire-valoir et subséquemment est relégué à l’arrière-plan dans cette histoire dramatique.

 

Parce qu’il y a du drame, et ceux qui tombent ne se relèvent pas et le carillon qui jouait Kiss reste silencieux alors que nous voyons, à travers les rangées de cloches avec leurs marteaux immobiles, le corps de Rose.

 

Par contre les eaux continuent de tomber, imperturbables, pendant que s’affiche le mot (3) fin.

 

 

          (1) Ce sera le cas lors du prochain film : Gentlemen prefer Blondes, où elle partage l’affiche avec Jane Russel et où elle joue, elle amuse et elle chante vraiment !

 

          (2) C’est la première chose qu’on entend en arrivant là-bas : pas de besoin de les voir pour sentir leur présence.

 

          (3) Les mots plutôt – the End – le film étant en VO…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Le Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953)

Aéroport de San Miguel, Las Piedras, Amérique latine.

C’est facile d’y arriver, beaucoup moins d’en repartir, sinon les pieds devant.

Mario, Luigi, Bimba, Smerloff et les autres y sont depuis un bout de temps maintenant. Mais si Las Piedras est un terminus d’avion, c’est aussi un terminus pour ces gens-là, qui n’ont plus ni famille, ni patrie, mais ce qui est plus grave encore : plus de travail.

Et quand Jo, caïd patenté, débarque, rien ne change.

Ce qui fait tout basculer, c’est un puits de pétrole en feu. IL faut y convoyer de la nitroglycérine pour l’éteindre.

Mais la nitro, ça ne supporte pas les chocs. Alors dans des camions qui ne sont pas du dernier modèle, et sur une route qui ressemble plus à une piste, les chances d’aller livrer l’explosif sont plutôt minces.

 

Ils sont quatre à faire le voyage. Déterminés, gonflés à bloc, mais surtout tenaillé par la peur : se dire qu’il suffit d »un  rien pour se transformer en fumée, ça vous change un homme. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Jo, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, broyé par la peur que sa gamberge alimente. Pourtant, la peur, c’est Mario qui l’avait. Mais plus le convoi avance, et plus cette peur quitte Mario pour habiter Jo, lentement, progressivement, jusqu’à l’insoutenable, comme des vases communicants. Mais le voyage continue, inexorablement et Mario prend l’ascendant sur Jo, qui ne devient qu’un pauvre type, ce qu’il a d’ailleurs toujours été.

 

C’est un film d’hommes, encore une fois, que nous propose Clouzot. Certes, il y a Linda (Véra Clouzot, la femme de), la bonne à tout faire d’Hernandez (Dario Moreno), le patron du bar où ces hommes de rien passent leur temps à « user ses chaises », faute d’avoir de l’argent pour y boire. Linda n’a d’yeux que pour Mario, le beau Mario pour lequel elle vole son patron alors que Mario n’a plus d’yeux que pour Jo et sa prestance. Et en plus, il est de Paris, et Linda ne peut pas lutter contre ça.

 

Mario et Jo sont deux « pays », deux Parisiens, chacun à sa manière : Mario rêve en regardant son dernier ticket de métro, pendant que Jo se comporte en véritable Français à l’étranger : il parle fort, mais en fin de compte ne fait pas grand-chose…

Malgré tout, le couple Vanel-Montand fonctionne merveilleusement, surtout grâce à Vanel qui ne recule devant rien pour ce rôle : Gabin aurait refusé de peur que ça entache sa carrière, alors que le vieux Charles n’hésite pas baigner dans le pétrole, rejoint par Montand pour les besoins de l’intrigue, ce qui leur vaudra tout de même quelques ennuis de santé aux yeux…

 

Quand Mario explique la (sur)vie à Las Piedras, on retrouve le type montage de Quai des Orfèvres : Jenny Lamour déchiffre Avec son Tralala, pendant que le décor évolue jusqu’à la fin devant une salle enthousiaste. Ici, Mario parle de façon continue alors qu’ils sont dans des lieux différents, terminant à l’enterrement d’un de ces hommes perdus. Le temps a passé. Combien ? On ne le sait, mais de toute façon, ça ne compte pas : Jo arrive, un autre s’en va.

Autre montage notable : le final, avec d’un côté les couples qui dansent et de l’autre Mario, qui fait valser son camion d’un bord à l’autre de la route, aux accords du Beau Danube bleu de Strauss. Une musique réjouissante… Ou pas !

 

Ces hommes sont revenus de tout, ou plutôt, ils en sont partis. Mario est franco-italien (du sur mesure pour Yves Montand), Luigi par contre est totalement italien (de Calabre), Bimba vient d’Allemagne, tout comme Smerloff, mais certainement pas du même camp, puisque Bimba a vu son père pendre et passé un certain temps dans les mines de sel nazies… Bref, ces laissés-pour-compte rappellent sur certains points les légionnaires qui fuient tous quelque chose. Mais si les légionnaires ont la possibilité de se racheter (1), eux sont arrivés en bout de piste et ne peuvent plus rien faire que crever de faim.

Alors partir en fumée ou rongé par la famine, quelle importance ?

 

C’est un passage de relais qui s’effectue pendant cette expédition. Celui de Jo, vieux, faible et lâche, à Mario, jeune, fort et courageux, qui en devient tyrannique envers Jo : c’est le sort des perdants. « Vae victis » (2), comme on disait autrefois…

Mais au bout du compte, ce voyage était-il nécessaire ? Oui, bien entendu. Car l’épreuve révèle les hommes : qu’ils soient bons ou mauvais, et de toute façon, à plus ou moins longue échéance, on termine tous pareil.

 

 

 

          (1) voir pour cela le magnifique film de Duvivier : La Bandera

 

          (2) voir les pages roses de votre dictionnaire à pissenlit

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Jeunet
Le fabuleux Destin d'Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001)

1997.

L’année du film, presque. Surtout l’année ont parle le film.

Cette année a vu la disparition de Lady Di et Mère Térésa et l’’intervention d’un cheval sur le Criterium International de la Route* (eh non, ce n’est pas le Tour de France !).

Mais 1997, c’est aussi la parution du livre de Philippe Delerm : La première Gorgée de bière et autres menus plaisirs minuscules, ode aux petits riens agréables de la vie et du temps qui passe.

 

Parce qu'Amélie Poulain, c’est avant tout un grand film nostalgique qui se passe à la fin du XXème siècle.

Le narrateur (André Dussollier), tout d’abord nous présente les protagonistes qui vont intervenir dans cette histoire : les parents d’Amélie puis elle-même, ainsi qu’une poignée de gens gravitant autour d’elle. A chaque fois, ces personnages ne se défissent par ce qu’ils aiment ou non, et comment ça peut orienter leur vie de tous les jours : le père d’Amélie aime l’ordre, Amélie ramasse des galets pour pouvoir ensuite les lancer dans le Canal Saint-Martin…

 

C’est tout un microcosme qui s’offre à nous dans des tonds un peu passés, comme on regarde un vieil album de photos. C’est d’ailleurs un album de photos qui est un McGuffin du film : un album que le lunaire Nino perd en poursuivant un homme mystérieux. Ce même album qu’Amélie ramasse et qui va les faire se rencontrer.

 

Mais c’est avant tout un film sensoriel. Depuis Les Lumières de la ville, on avait  rarement eu un film qui développe autant les sens : la vue, le toucher et le goût essentiellement, avec en un parcours commenté pour un aveugle (Jean Darie) qu’Amélie a aidé à traverser la rue.

On ne peut s’empêcher de ressentir les différentes perceptions d’Amélie et les autres (la main plongée dans un sac de lentilles, le goût des sot-l’y-laisse après avoir découpé le poulet**…) au fur et à mesure de l’histoire.

 

Et puis il y a ce fabuleux destin : un soir que Lady Di mourait, un bouchon de cosmétique a rebondi sur le sol, cogné un carreau de plinthe et découvert une cachette avec une boîte à secrets.

Il y a tout d’abord la façon dont la cachette se révèle à nous spectateurs, Amélie étant obnubilée par la mort de la princesse : on y retrouve l’ouverture d’un passage secret d’un château plus ou moins hanté, actionné par un mécanisme. Mais surtout, c’est la musique (de Yann Tiersen) qui donne le ton mystérieux à cette découverte quand la belle Amélie regarde à l’intérieur. On retrouve alors tous ces petits détails qui font les histoires de Jean-Pierre Jeunet depuis Delicatessen. Ces petits riens sont magnifiés devenant ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

 

Puis à mesure qu’Amélie entre dans la vie des gens et qu’un moment clé se profile, l’image se transforme, devenant plus sombre ou éblouissante en fonction de ce qui arrive. C’est un régal pour nos yeux et nos oreilles.

Enfin, il y a les différents personnages interprétés par quelques habitués des films de Jean-Pierre Jeunet (Dominique Pinon, Rufus, Ticky Holgado).

 

Mais malgré toutes ces petites choses douces et agréables, il reste au milieu de tout cela Amélie. Elle est seule. Elle aussi. Parce que tous ces gens qui gravitent autour d’elle sont seuls : seuls avec leurs rêves, avec leurs déceptions, avec leurs amours défuntes.

Amélie, en pénétrant dans leurs vies v&a essayer de les recoller à quelque chose, mais au final : qui va s’occuper d’elle ?

Ce sera un autre solitaire, l’homme de verre ce vieux monsieur qui à la maladie des os du même nom : par obligation il reste cloitré chez, peignant à longueur d’année, inlassablement, le même tableau : le Déjeuner des Canotiers (Auguste Renoir, 1880). Dans ce déjeuner, une femme qu’il n’arrive jamais à peindre, parce qu’il ne la cerne pas : le double d’Amélie. Une femme ni heureuse ni malheureuse au milieu des gens, le regard perdu.

 

Et tout cela régulièrement ponctué par le regard malicieux d’Audrey Tautou, le même que sur l’affiche.

Un autre petit plaisir de la vie…

 

* événements mentionnés dans le film

** Et je ne parle pas de la gorgée de bière que boit Joseph (D. Pinon)en ruminant ses idées noires…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #J.P. McGowan, #Tarzan
Tarzan et le Lion d'or (Tarzan and the golden Lion - J.P. McGowan, 1927)

Si l’année 1927 est l’une des plus belles du cinéma, cela n’a pas empêché la production de films plutôt mineurs. C’est le cas de cet épisode des aventures de Tarzan,  réalisé par J.P. McGowan et pourtant supervisé par Edgar Rice Burroughs soi-même, avec dans le rôle-titre son gendre : l’athlétique James Pierce*.

Mais çà ne prend pas. Aujourd’hui. Parce que 90 ans auparavant, ce fut un succès auprès du public. Mais entretemps est passée la tornade Johnny Weissmuller.

 

Lord Greystoke (James Pierce, donc) habite une belle case en Afrique (le genre de case qu’on appellerait plus volontiers maison si elle n’était pas en bois et branchages). Il y vit avec sa femme Jane (Dorothy Dunbar). Y résident aussi Betty, la sœur de Tarzan, ainsi que son fiancé Jack Bradley (Harold Goodwin) qui sera même appelé Burton, ou alors je n’ai pas out compris.

Quand Tarzan est chez lui, il porte un magnifique complet qu’il troque pour partir à l’aventure avec la tenue d’apparat des Wazari, la tribu qui habite juste à côté et dont Tarzan est bien entendu le chef.

Tarzan n’a pas son pareil pour s’entendre avec les animaux. Il possède même un lion apprivoisé qui répond au nom de Jab et qui l’accompagne au gré de ses pérégrinations. Il a aussi un singe qu’il affectionne mais une bande d’affreux pilleurs l’a tué. Ces méchants personnages sont menés par trois hommes sans scrupule : Esteban Miranda (Frederick Peters), grand, costaud et courageux ; John Peebles, petit et un tantinet lâche ; Weezo (Boris Karloff), un renégat de la tribu Wazari qui s’était dressé contre Tarzan.

On trouve aussi une autre tribu ennemie : les Tangani, ignorants et crédules, menés par des blancs sans scrupule.

 

Bref, nous avions tous les ingrédients pour faire une grande fresque, et malheureusement, ça tombe à l’eau. On en arrive presque à trouver la scène de deuil simiesque le meilleur moment du film**.

En fait, on ne croit pas un instant à cette histoire. Et c’est dommage. Le format (57 minutes) étant peut-être un handicap pour apprécier ce film, mais je ne pense pas que cela suffise.

Les situations décrites, et surtout la vie dans le « repaire » de Tarzan, sont beaucoup trop décalées de ce que nous connaissons de Tarzan. Quant aux gentils Wazari, leur rôle est tout de même bien simpliste : ce sont de grands enfants qui rentrent de la chasse victorieux en dansant et sont sans cesse en mouvement. Mais ils ont bénéficié des bienfaits de la civilisation (dont Tarzan est un élément) : ils utilisent des fusils pour se défendre.

 

Comme je le disais, quand le film est sorti, le public lui a fait un bon accueil, mais la critique ne s’est pas gênée pour l’éreinter, ce qui me semble a posteriori juste.

Il reste la curiosité de voir Boris Karloff, méchant de service comme de bien entendu, un peu perdu dans cette aventure ratée.

Ca fait tout de même léger comme avantage…

 

          * qui, pour faire plaisir à son beau-père, a bien voulu laisser le rôle du cadet White dans Wings de Wellman. Ce fut Gary Cooper qui s’en chargea, avec la carrière qui suivit…

Ce même Pierce ne sera pas tendre avec ce film, lui aussi. Ce sera d’ailleurs son dernier film en tant que premier rôle (le premier, il le partageait avec un chien…).

 

          ** Le chimpanzé tué par les méchants est recouvert de branchages par ces congénères dont l’un se cache les yeux pour le pleurer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edouard Molinaro, #Francis Veber
Cause toujours... tu m'intéresses ! (Edouard Molinaro, 1979)

François Perrin (Jean-Pierre Marielle sans la moustache !) est journaliste.

François Perrin intervient six fois par jour à RTL.

Mais François Perrin s’ennuie.

François Perrin est seul.

Alors François Perrin triture des sacs plastiques, près de son téléphone.

Un soir, il n’en peut plus : il faut qu’il parle à quelqu’un.

Alors il compose un numéro au hasard. Et il tombe sur Christine Clément (Annie Girardot), une femme plus toute jeune mais encore avenante.

Ils ont alors une liaison.

Téléphonique.

 

Si c’est François Perrin, c’est que Francis Veber n’est pas loin. En effet, c’est le troisième des films qu’il scénarise pour Edouard Molinaro. Mais ici, François Perrin n’est pas un personnage comique ou gaffeur. Non, c’est un type qui, même s’il est écouté par des millions de personnes tous les jours à la radio, n’en reste pas moins un homme ordinaire, ni plus intelligent, ni plus beau qu’un autre. Vraiment ordinaire.

 

A la fin des années 1970s, le téléphone s’installe de plus en plus dans les maisons. A Paris d’abord, mais aussi en province*. Et bien sûr, la tentation de composer un numéro au hasard était grande, pour trois raisons :

1. Pour faire une farce : on fait un numéro au hasard et on se fait passe pour quelqu’un d’autre, ou on commande une pièce montée à quelqu’un qu’on n’aime pas ou autre chose (ça sent le vécu, n'est-ce pas ?)…

2. Pour embêter quelqu’un : on l’appelle très tard le soir pour le réveiller ou tout autre genre de bêtise (sans parler des pervers lubriques).

3. La raison qui nous intéresse ici : parler avec quelqu’un.

 

François Perrin a besoin de parler. Déjà, en 1978 (quand fut tourné le film) la progressive installation du téléphone dans les foyers, permettant de relier tout le monde, n’empêchait pas la solitude. Et quarante ans après, rien n’a changé, voire ça a empiré. Car au bout du compte, même si on peut téléphoner à n’importe qui à n’importe quel endroit du monde, on reste seul au bout du fil.

 

En plus de la solitude pesante qui concerne les différents protagonistes du film (pas seulement François et Christine), se pose le problème de l’âge. François et Christine vieillissent, ils approchent la cinquantaine et restent seuls. Par choix des fois, mais ici, malheureusement pas. Et c’est cette solitude qui amène l’ennui chez François et lui donne ce besoin quasiment vital de parler à quelqu’un. Et pour cela, à cette époque, téléphoner au hasard ne posait pas de souci : les appels restant anonymes.

 

Mais malgré ces deux thèmes bien tristes, Molinaro (et Veber) réussissent à nous soutirer quelques sourires voire plus. Il faut dire aussi que les interprètes (Annie Girardot et Jean-Pierre Marielle) sont attachants. Attachants pour leur côté ordinaire, mais surtout pour leur simplicité. Cette simplicité passe avant tout par un jeu sobre (on connaît le côté grandiose de Marielle !). Annie Girardot est entourée de gens seuls : sa fille (Brigitte Roüan) qui s’est séparée de son mari ; Daniel (Jacques François), avec qui elle travaille et qui est homosexuel. Mais du côté de François, ce n’est guère mieux.

Bref, d’une certaine façon, ils étaient faits pour se rencontrer.

 

Mais si la vie était aussi simple, ça se saurait. Et n’oubliez pas que le scénario est de Veber, alors…

Quoi qu’il en soit, c’est une comédie douce-amère (« comme ils disent… ») qui se laisse revoir avec toujours beaucoup de plaisir. On y retrouve quelques grandes gloires du cinéma, mais aussi certains jeunes acteurs qui ont bien grandi (Michel Blanc** et Dominique Lavanant**) qui apportent une touche comique dans une histoire qui aurait pu tourner au tragique.

 

Mais malgré l’évolution des moyens de communications, ce film n’en reste pas moins actuel. Car même vous, qui me faites le plaisir de lire ces quelques lignes, ou moi qui les écris, sommes tout de même bien seuls devant notre écran.

J’espère qu’une fois l’écran éteint, vous ne l’êtes plus. Seuls.

 

 

* Il est étrange pour les enfants d’aujourd’hui de se dire que leurs grands-parents, voire leurs parents n’avaient pas le téléphone quand ils étaient petits.

 

**simples figurants ici (il faut bien vivre), ils viennent d’être « découverts » par le grand public quelques mois plus tôt dans Les Bronzés.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Lynch, #Anthony Hopkins
Elephant Man (David Lynch, 1980)

« Je ne suis pas un éléphant. Je ne suis pas un animal. Je suis un être humain. Je suis un homme. » Il s’effondre.

 

C’est, avec quelques autres, l’une des répliques les plus célèbres du cinéma.

Et celui qui la prononce est le « monstre » le plus connu (ou presque) depuis la disparition de Lon Chaney (26-8-1930).

En effet, une fois le grand acteur mort, Tod Browning se tourna vers de véritables phénomènes de foires pour raconter des histoires d’êtres difformes.

Pourquoi une telle digression ? Tout simplement parce que sans Freaks, nous n’aurions peut-être pas eu un aussi bel Elephant Man.

Parce que ce film est d’une beauté phénoménale. David Lynch – avec le cinéma duquel j’ai un peu de mal – nous offre ici une magnifique histoire dans un noir et blanc somptueux, avec des interprètes à la hauteur : John Hurt, bien sûr, mais aussi Anthony Hopkins (qui n’est pas un encore autre monstre dont le prénom rappelle le passage des Alpes par de vrais éléphants), Freddie Jones, pour les hommes ; la toujours belle Anne « Robinson » Bancroft, et l’incomparable Wendy Hiller pour les femmes.

 

C’est un régal visuel absolu que l’histoire de ce pauvre John – en vrai Joseph – Merrick (John Hurt), cantonné à un rôle de phénomène de foire comme on en visitait beaucoup aux XVIIIème et XIXème siècles, quand ce n’étaient pas des cabinets de curiosité*.

Ce John Merrick est un personnage extraordinaire, dans tous les sens du terme. En effet, non seulement il possède un physique difforme (pire que ce que pouvait interpréter le grand Lon) mais en plus, et c’est en cela que le film est merveilleux, il possède un esprit affuté, sait lire et écrire et exprimer ses sentiments*.

 

Ca commence presque par hasard. Le docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins) traîne dans une foire et remarque la présence du fameux Elephant Man, interdit parce que trop choquant. On découvre alors un homme contrefait exploité par  Bytes (Freddie Jones), qui se comporte avec lui tour à tour comme un bourreau (la plupart du temps, tout de même) ou comme un être aimant. C’est du moins ce qui transparaît dans l’interprétation de Jones.

 

Mais la rencontre de Treves et Merrick, c’est avant tout une émotion : celle d’un jeune docteur pour un patient prometteur, mais en même temps pitoyable. Treves n’a pas le regard voyeur qui était de mise par rapport à tous ces pauvres bougres marqués par la vie et les aléas de la naissance. Il y a l’empathie médicale avant tout, ainsi qu’une humanité fort rare pour l’époque. Une larme s’échappe de son œil. [Il y aura une autre larme, qui s’échappera de celle de Merrick, plus tard]

 

Alors certes, Merrick est une curiosité dont l’impact ne peut qu’être bénéfique pour un jeune praticien. Mais, et c’est là qu’est l’art de Lynch, jamais il ne nous présente Treves ainsi. Il y a chez Treves Hopkins une sympathie contagieuse qui passe par les deux piliers du dispensaire où il officie : Mrs. Motherhead, véritable intendante de l’hôpital et surtout Mr. Carr Gomm (John Gielgud, toujours aussi extraordinairement ordinaire), le grand patron. Grand dans la position mais aussi dans l’attitude.

 

Si les personnages nobles sont clairement identifiés, il n’en va pas de même de Bytes, estampillé (trop) rapidement « méchant ». Certes, les traitements qu’il inflige à son « protégé » ne sont pas ce qu’on peut appeler des soins. Mais il y a, au moins dans la première partie, une espèce de sympathie qui transparaît (voir plus haut) dans sa relation à Merrick. Mais le temps, et surtout l’alcool l’éloigne et le transforme en véritable monstre, tout comme le veilleur de nuit de l’hôpital (Michael Ephick).
Mais malgré sa méchanceté flagrante, son analyse de la situation n’est pas sans intérêt : en présentant Merrick au grand monde, ne fait-il pas la même chose que Bytes, les coups et l’argent en moins ?

 

Avec Bytes, c’est aussi l’occasion de retourner dans le monde des monstres, les mêmes que dans Freaks (ou presque), mais qui ont autant d’humanité que leurs prédécesseurs, menés par le regretté Kenny « R2D2 » Baker.

 

Et puis il y a la femme qui fait changer les choses : Mrs. Kendall (Anne Bancroft). C’est une actrice, et surtout celle qui amène Merrick à la vie. Leur duo de Roméo & Juliette est émouvant au possible, cette femme voyant au-delà de ce que représente Merrick physiquement. Il y a alors une générosité chez cette femme qui fait oublier n’importe quelle pensée, fût-elle intéressée à propos de John Merrick dans le monde.

Comme je le disais, cette femme apporte réellement la vie dans l’existence de John. Et la représentation à laquelle ce dernier assiste (la première, mais aussi la dernière) est un feu d’artifice d’images et d’émotions. On se croirait revenu au cinéma de Méliès tant les artifices du théâtre rappellent ceux du grand maître. C’est un autre grand moment du film, avec en plus une belle subtilité : la princesse Alexandra (Helen Ryan) prête à John des jumelles de théâtre. Et pour la seule fois, nous verrons John  les utiliser et, à son tour, regarder les gens, comme s‘ils étaient un spectacle qui lui était proposé. Et c’est là que Merrick prend sa revanche sur ceux qui l’ont considéré (à tord, bien sûr) comme un animal : il est un homme, et il jouira de toutes ces choses qui font un être humain ce qu’il est, et non un animal.

Bien sûr, cette humanité totale (il se couche comme tout le monde) a un prix. Mais de toute façon, il n’aurait pas survécu bien longtemps, alors…

 

Je n’aime pas spécialement le cinéma de David Lynch, c’est un fait. Mais tout de même : d’une situation qui, si elle n’est pas banale, est tout de même ordinaire, Lynch arrive à en tirer quelque chose d’extraordinaire. Et même si ce film est avant tout une commande**, il ne fait aucun doute de la virtuosité de ce monsieur.

 

Car en fin de compte, avant le film de Lynch, qui se souvenait de John Merrick, l’Elephant man ?

 

 

* Ce qui est encore plus extraordinaire dans une Angleterre victorienne où la dissimulation était la règle commune (« keep a stiff upper lip! »).

John Merrick & Frederick Treves

John Merrick & Frederick Treves

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Sheridan
Au Nom du Père (In the Name of the Father - Jim Sheridan, 1993)

Guildford, un soir comme les autres, le 5 octobre 1974.

Deux couples de jeunes gens entrent dans un pub, prélude à une soirée ordinaire.

Mais ce soir-là n’est pas ordinaire : l’IRA (Irish Republican Army) y fait exploser une bombe, tuant 5 personnes et en blessant une centaine.

Gerry Conlon (Daniel Day-Lewis), Carol Richardson (Beatie Edney), Paul Hill (John Lynch) & Paddy Armstrong (Mark Sheppard) sont arêtes, inculpés, jugés et emprisonnés pour cet attentat.

Sauf que ce ne sont pas eux les coupables.

 

C’est un point noir pour la justice anglaise, les quatre jeunes gens arrêtés ayant été reconnus innocents et donc libérés, quinze ans après.

Mais ce film, c’est avant tout la relation entre Gerry Conlon (1954-2014) – dont Jim Sheridan a adapté le roman autobiographique – et son père Giuseppe (magnifique Pete Postlethwaite).

C’est une relation houleuse qui nous est présentée, mais surtout deux hommes qui s’aiment mais ne savent pas se le dire.

 

Dès le début, quand Gerry doit rejoindre l’Angleterre, les adieux sont  des plus succincts, voire inexistants. Mais si la vie de l’un est menacée, l’autre fera tout pour le sauver’ : Giuseppe envers son fils, bien sûr, mais aussi Gerry envers son père, laissant un blanc-seing à la police pour lui permettre de l’accuser de ce qu’elle veut. Et c’est de ces faux aveux que part l’injustice. La police a donc maquillé cette affaire, accusant surtout Gerry parce qu’il était Irlandais, dans une situation intérieure catastrophique, comme le montre la première séquence à Belfast : comment une rapine de métaux devient une émeute.

 

Il y a d’ailleurs dans cette insurrection spontanée un sentiment de solidarité fort qui se dégage. Les jeunes voleurs (dont Gerry), poursuivis par l’armée, sont cachés puis rejoints par tout un quartier, transformant ce qui n’était après tout qu’un vol de plomb pour la revente, et surtout une méprise (compréhensible du fait des événements ?) qui dégénère en scène de violence avec matraquage, caillassage et jets de cocktails Molotov en règle contre une troupe d’occupation, ainsi que la ressentent les insurgés. Et Jim Sheridan rend très bien compte des états d’esprits de l’époque, montrant même des enfants participant au rejet des soldats anglais, même si pour eux ce ne semble être qu’un jeu.

 

Mais quand nous revoyons l’attentat, avec surtout le rôle joué par Gerry et Paul – c’est-à-dire aucun – et ses conséquences, nous mesurons la taille de l’injustice qui leur sera faite. Ainsi qu’aux autres membres de la famille de Gerry.

Il est clair que les Quatre de Guildford ont été des boucs émissaires rêvés : Gerry et Paul arrivaient d’Irlande, la nouvelle loi de renforcement de la sécurité venant d’être appliquée, tout concourrait à cette erreur judiciaire. Les policiers DEVAIENT trouver des coupables et ils avaient ces quatre jeunes gens sous la main.

 

Nous assistons alors à deux intrigues parallèles : d’un côté la vie en prison pour Gerry et son père, enfermés dans la même cellule ; de l’autre leur avocate, Gareth Pierce (Emme a Thompson, impeccable comme d’habitude) qui doit se démener pour pouvoir ouvrir à nouveau l’enquête, jusqu’au moment où le destin lui donne un petit coup de main qui amène l’issue heureuse.

 

La vie en prison est un thème souvent abordé au cinéma, mais ici, nous avons droit à un cas particulier : un père et soin fils, que la vie avait séparés, se retrouvent et doivent à nouveau s’apprivoiser.

Nous assistons alors à deux magnifiques numéros d’acteurs. D’un côté Daniel Day-Lewis, en jeune homme révolté, incapable de dire à son père qu’il l’aime, et même pire : il lui explique ce qu’est sa vie avec ce père si peu encourageant. Mais nous, spectateurs n’avons pas oublié » que c’est parce que ce père encombrant avait été menacé que Gerry avait avoué.

En face, on trouve l’immense Pete Postlethwaite (déjà 7 ans qu’il est mort…) dans le rôle de ce père certes encombrant pour Gerry, mais tellement plein d’amour pour ce fils qui n’est pas comme il l’aurait voulu. C’est un homme fondamentalement bon que ce Giuseppe (il explique pourquoi il porte un prénom si peu irlandais), qui n’hésite pas une seconde pour aider ou sauver son fils.

 

Bien sûr, il y a une portée religieuse dans ce film. Le conflit nord-irlandais est avant tout religieux, mais il y a en plus dans ce père une figure christique. En effet, même si ce n’est pas explicite, on sent que le père ne vit que pour son fils. Il se réjouit presque d’être avec son fils, si ce n’était la cellule autour d’eux. Mais surtout, c’est un homme malade que la maladie elle aussi a condamné. Et on voit Giuseppe graduellement décliner, à mesure que la thrombose l’affaiblit peu à peu. Mais plus Giuseppe diminue, plus Gerry se renforce, et plus ils se rapprochent. On assiste alors à des scènes magnifiquement émouvantes, avec à la fin, la mort inévitable du père. Ce père qui devient alors la raison de survivre pour son fils, qui tel un apôtre va reprendre à son compte le combat pour la vérité qu’était le sien.

 

Magnifique.

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