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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #J.P. McGowan, #Tarzan
Tarzan et le Lion d'or (Tarzan and the golden Lion - J.P. McGowan, 1927)

Si l’année 1927 est l’une des plus belles du cinéma, cela n’a pas empêché la production de films plutôt mineurs. C’est le cas de cet épisode des aventures de Tarzan,  réalisé par J.P. McGowan et pourtant supervisé par Edgar Rice Burroughs soi-même, avec dans le rôle-titre son gendre : l’athlétique James Pierce*.

Mais çà ne prend pas. Aujourd’hui. Parce que 90 ans auparavant, ce fut un succès auprès du public. Mais entretemps est passée la tornade Johnny Weissmuller.

 

Lord Greystoke (James Pierce, donc) habite une belle case en Afrique (le genre de case qu’on appellerait plus volontiers maison si elle n’était pas en bois et branchages). Il y vit avec sa femme Jane (Dorothy Dunbar). Y résident aussi Betty, la sœur de Tarzan, ainsi que son fiancé Jack Bradley (Harold Goodwin) qui sera même appelé Burton, ou alors je n’ai pas out compris.

Quand Tarzan est chez lui, il porte un magnifique complet qu’il troque pour partir à l’aventure avec la tenue d’apparat des Wazari, la tribu qui habite juste à côté et dont Tarzan est bien entendu le chef.

Tarzan n’a pas son pareil pour s’entendre avec les animaux. Il possède même un lion apprivoisé qui répond au nom de Jab et qui l’accompagne au gré de ses pérégrinations. Il a aussi un singe qu’il affectionne mais une bande d’affreux pilleurs l’a tué. Ces méchants personnages sont menés par trois hommes sans scrupule : Esteban Miranda (Frederick Peters), grand, costaud et courageux ; John Peebles, petit et un tantinet lâche ; Weezo (Boris Karloff), un renégat de la tribu Wazari qui s’était dressé contre Tarzan.

On trouve aussi une autre tribu ennemie : les Tangani, ignorants et crédules, menés par des blancs sans scrupule.

 

Bref, nous avions tous les ingrédients pour faire une grande fresque, et malheureusement, ça tombe à l’eau. On en arrive presque à trouver la scène de deuil simiesque le meilleur moment du film**.

En fait, on ne croit pas un instant à cette histoire. Et c’est dommage. Le format (57 minutes) étant peut-être un handicap pour apprécier ce film, mais je ne pense pas que cela suffise.

Les situations décrites, et surtout la vie dans le « repaire » de Tarzan, sont beaucoup trop décalées de ce que nous connaissons de Tarzan. Quant aux gentils Wazari, leur rôle est tout de même bien simpliste : ce sont de grands enfants qui rentrent de la chasse victorieux en dansant et sont sans cesse en mouvement. Mais ils ont bénéficié des bienfaits de la civilisation (dont Tarzan est un élément) : ils utilisent des fusils pour se défendre.

 

Comme je le disais, quand le film est sorti, le public lui a fait un bon accueil, mais la critique ne s’est pas gênée pour l’éreinter, ce qui me semble a posteriori juste.

Il reste la curiosité de voir Boris Karloff, méchant de service comme de bien entendu, un peu perdu dans cette aventure ratée.

Ca fait tout de même léger comme avantage…

 

          * qui, pour faire plaisir à son beau-père, a bien voulu laisser le rôle du cadet White dans Wings de Wellman. Ce fut Gary Cooper qui s’en chargea, avec la carrière qui suivit…

Ce même Pierce ne sera pas tendre avec ce film, lui aussi. Ce sera d’ailleurs son dernier film en tant que premier rôle (le premier, il le partageait avec un chien…).

 

          ** Le chimpanzé tué par les méchants est recouvert de branchages par ces congénères dont l’un se cache les yeux pour le pleurer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edouard Molinaro, #Francis Veber
Cause toujours... tu m'intéresses ! (Edouard Molinaro, 1979)

François Perrin (Jean-Pierre Marielle sans la moustache !) est journaliste.

François Perrin intervient six fois par jour à RTL.

Mais François Perrin s’ennuie.

François Perrin est seul.

Alors François Perrin triture des sacs plastiques, près de son téléphone.

Un soir, il n’en peut plus : il faut qu’il parle à quelqu’un.

Alors il compose un numéro au hasard. Et il tombe sur Christine Clément (Annie Girardot), une femme plus toute jeune mais encore avenante.

Ils ont alors une liaison.

Téléphonique.

 

Si c’est François Perrin, c’est que Francis Veber n’est pas loin. En effet, c’est le troisième des films qu’il scénarise pour Edouard Molinaro. Mais ici, François Perrin n’est pas un personnage comique ou gaffeur. Non, c’est un type qui, même s’il est écouté par des millions de personnes tous les jours à la radio, n’en reste pas moins un homme ordinaire, ni plus intelligent, ni plus beau qu’un autre. Vraiment ordinaire.

 

A la fin des années 1970s, le téléphone s’installe de plus en plus dans les maisons. A Paris d’abord, mais aussi en province*. Et bien sûr, la tentation de composer un numéro au hasard était grande, pour trois raisons :

1. Pour faire une farce : on fait un numéro au hasard et on se fait passe pour quelqu’un d’autre, ou on commande une pièce montée à quelqu’un qu’on n’aime pas ou autre chose (ça sent le vécu, n'est-ce pas ?)…

2. Pour embêter quelqu’un : on l’appelle très tard le soir pour le réveiller ou tout autre genre de bêtise (sans parler des pervers lubriques).

3. La raison qui nous intéresse ici : parler avec quelqu’un.

 

François Perrin a besoin de parler. Déjà, en 1978 (quand fut tourné le film) la progressive installation du téléphone dans les foyers, permettant de relier tout le monde, n’empêchait pas la solitude. Et quarante ans après, rien n’a changé, voire ça a empiré. Car au bout du compte, même si on peut téléphoner à n’importe qui à n’importe quel endroit du monde, on reste seul au bout du fil.

 

En plus de la solitude pesante qui concerne les différents protagonistes du film (pas seulement François et Christine), se pose le problème de l’âge. François et Christine vieillissent, ils approchent la cinquantaine et restent seuls. Par choix des fois, mais ici, malheureusement pas. Et c’est cette solitude qui amène l’ennui chez François et lui donne ce besoin quasiment vital de parler à quelqu’un. Et pour cela, à cette époque, téléphoner au hasard ne posait pas de souci : les appels restant anonymes.

 

Mais malgré ces deux thèmes bien tristes, Molinaro (et Veber) réussissent à nous soutirer quelques sourires voire plus. Il faut dire aussi que les interprètes (Annie Girardot et Jean-Pierre Marielle) sont attachants. Attachants pour leur côté ordinaire, mais surtout pour leur simplicité. Cette simplicité passe avant tout par un jeu sobre (on connaît le côté grandiose de Marielle !). Annie Girardot est entourée de gens seuls : sa fille (Brigitte Roüan) qui s’est séparée de son mari ; Daniel (Jacques François), avec qui elle travaille et qui est homosexuel. Mais du côté de François, ce n’est guère mieux.

Bref, d’une certaine façon, ils étaient faits pour se rencontrer.

 

Mais si la vie était aussi simple, ça se saurait. Et n’oubliez pas que le scénario est de Veber, alors…

Quoi qu’il en soit, c’est une comédie douce-amère (« comme ils disent… ») qui se laisse revoir avec toujours beaucoup de plaisir. On y retrouve quelques grandes gloires du cinéma, mais aussi certains jeunes acteurs qui ont bien grandi (Michel Blanc** et Dominique Lavanant**) qui apportent une touche comique dans une histoire qui aurait pu tourner au tragique.

 

Mais malgré l’évolution des moyens de communications, ce film n’en reste pas moins actuel. Car même vous, qui me faites le plaisir de lire ces quelques lignes, ou moi qui les écris, sommes tout de même bien seuls devant notre écran.

J’espère qu’une fois l’écran éteint, vous ne l’êtes plus. Seuls.

 

 

* Il est étrange pour les enfants d’aujourd’hui de se dire que leurs grands-parents, voire leurs parents n’avaient pas le téléphone quand ils étaient petits.

 

**simples figurants ici (il faut bien vivre), ils viennent d’être « découverts » par le grand public quelques mois plus tôt dans Les Bronzés.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Lynch, #Anthony Hopkins
Elephant Man (David Lynch, 1980)

« Je ne suis pas un éléphant. Je ne suis pas un animal. Je suis un être humain. Je suis un homme. » Il s’effondre.

 

C’est, avec quelques autres, l’une des répliques les plus célèbres du cinéma.

Et celui qui la prononce est le « monstre » le plus connu (ou presque) depuis la disparition de Lon Chaney (26-8-1930).

En effet, une fois le grand acteur mort, Tod Browning se tourna vers de véritables phénomènes de foires pour raconter des histoires d’êtres difformes.

Pourquoi une telle digression ? Tout simplement parce que sans Freaks, nous n’aurions peut-être pas eu un aussi bel Elephant Man.

Parce que ce film est d’une beauté phénoménale. David Lynch – avec le cinéma duquel j’ai un peu de mal – nous offre ici une magnifique histoire dans un noir et blanc somptueux, avec des interprètes à la hauteur : John Hurt, bien sûr, mais aussi Anthony Hopkins (qui n’est pas un encore autre monstre dont le prénom rappelle le passage des Alpes par de vrais éléphants), Freddie Jones, pour les hommes ; la toujours belle Anne « Robinson » Bancroft, et l’incomparable Wendy Hiller pour les femmes.

 

C’est un régal visuel absolu que l’histoire de ce pauvre John – en vrai Joseph – Merrick (John Hurt), cantonné à un rôle de phénomène de foire comme on en visitait beaucoup aux XVIIIème et XIXème siècles, quand ce n’étaient pas des cabinets de curiosité*.

Ce John Merrick est un personnage extraordinaire, dans tous les sens du terme. En effet, non seulement il possède un physique difforme (pire que ce que pouvait interpréter le grand Lon) mais en plus, et c’est en cela que le film est merveilleux, il possède un esprit affuté, sait lire et écrire et exprimer ses sentiments*.

 

Ca commence presque par hasard. Le docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins) traîne dans une foire et remarque la présence du fameux Elephant Man, interdit parce que trop choquant. On découvre alors un homme contrefait exploité par  Bytes (Freddie Jones), qui se comporte avec lui tour à tour comme un bourreau (la plupart du temps, tout de même) ou comme un être aimant. C’est du moins ce qui transparaît dans l’interprétation de Jones.

 

Mais la rencontre de Treves et Merrick, c’est avant tout une émotion : celle d’un jeune docteur pour un patient prometteur, mais en même temps pitoyable. Treves n’a pas le regard voyeur qui était de mise par rapport à tous ces pauvres bougres marqués par la vie et les aléas de la naissance. Il y a l’empathie médicale avant tout, ainsi qu’une humanité fort rare pour l’époque. Une larme s’échappe de son œil. [Il y aura une autre larme, qui s’échappera de celle de Merrick, plus tard]

 

Alors certes, Merrick est une curiosité dont l’impact ne peut qu’être bénéfique pour un jeune praticien. Mais, et c’est là qu’est l’art de Lynch, jamais il ne nous présente Treves ainsi. Il y a chez Treves Hopkins une sympathie contagieuse qui passe par les deux piliers du dispensaire où il officie : Mrs. Motherhead, véritable intendante de l’hôpital et surtout Mr. Carr Gomm (John Gielgud, toujours aussi extraordinairement ordinaire), le grand patron. Grand dans la position mais aussi dans l’attitude.

 

Si les personnages nobles sont clairement identifiés, il n’en va pas de même de Bytes, estampillé (trop) rapidement « méchant ». Certes, les traitements qu’il inflige à son « protégé » ne sont pas ce qu’on peut appeler des soins. Mais il y a, au moins dans la première partie, une espèce de sympathie qui transparaît (voir plus haut) dans sa relation à Merrick. Mais le temps, et surtout l’alcool l’éloigne et le transforme en véritable monstre, tout comme le veilleur de nuit de l’hôpital (Michael Ephick).
Mais malgré sa méchanceté flagrante, son analyse de la situation n’est pas sans intérêt : en présentant Merrick au grand monde, ne fait-il pas la même chose que Bytes, les coups et l’argent en moins ?

 

Avec Bytes, c’est aussi l’occasion de retourner dans le monde des monstres, les mêmes que dans Freaks (ou presque), mais qui ont autant d’humanité que leurs prédécesseurs, menés par le regretté Kenny « R2D2 » Baker.

 

Et puis il y a la femme qui fait changer les choses : Mrs. Kendall (Anne Bancroft). C’est une actrice, et surtout celle qui amène Merrick à la vie. Leur duo de Roméo & Juliette est émouvant au possible, cette femme voyant au-delà de ce que représente Merrick physiquement. Il y a alors une générosité chez cette femme qui fait oublier n’importe quelle pensée, fût-elle intéressée à propos de John Merrick dans le monde.

Comme je le disais, cette femme apporte réellement la vie dans l’existence de John. Et la représentation à laquelle ce dernier assiste (la première, mais aussi la dernière) est un feu d’artifice d’images et d’émotions. On se croirait revenu au cinéma de Méliès tant les artifices du théâtre rappellent ceux du grand maître. C’est un autre grand moment du film, avec en plus une belle subtilité : la princesse Alexandra (Helen Ryan) prête à John des jumelles de théâtre. Et pour la seule fois, nous verrons John  les utiliser et, à son tour, regarder les gens, comme s‘ils étaient un spectacle qui lui était proposé. Et c’est là que Merrick prend sa revanche sur ceux qui l’ont considéré (à tord, bien sûr) comme un animal : il est un homme, et il jouira de toutes ces choses qui font un être humain ce qu’il est, et non un animal.

Bien sûr, cette humanité totale (il se couche comme tout le monde) a un prix. Mais de toute façon, il n’aurait pas survécu bien longtemps, alors…

 

Je n’aime pas spécialement le cinéma de David Lynch, c’est un fait. Mais tout de même : d’une situation qui, si elle n’est pas banale, est tout de même ordinaire, Lynch arrive à en tirer quelque chose d’extraordinaire. Et même si ce film est avant tout une commande**, il ne fait aucun doute de la virtuosité de ce monsieur.

 

Car en fin de compte, avant le film de Lynch, qui se souvenait de John Merrick, l’Elephant man ?

 

 

* Ce qui est encore plus extraordinaire dans une Angleterre victorienne où la dissimulation était la règle commune (« keep a stiff upper lip! »).

John Merrick & Frederick Treves

John Merrick & Frederick Treves

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Sheridan
Au Nom du Père (In the Name of the Father - Jim Sheridan, 1993)

Guildford, un soir comme les autres, le 5 octobre 1974.

Deux couples de jeunes gens entrent dans un pub, prélude à une soirée ordinaire.

Mais ce soir-là n’est pas ordinaire : l’IRA (Irish Republican Army) y fait exploser une bombe, tuant 5 personnes et en blessant une centaine.

Gerry Conlon (Daniel Day-Lewis), Carol Richardson (Beatie Edney), Paul Hill (John Lynch) & Paddy Armstrong (Mark Sheppard) sont arêtes, inculpés, jugés et emprisonnés pour cet attentat.

Sauf que ce ne sont pas eux les coupables.

 

C’est un point noir pour la justice anglaise, les quatre jeunes gens arrêtés ayant été reconnus innocents et donc libérés, quinze ans après.

Mais ce film, c’est avant tout la relation entre Gerry Conlon (1954-2014) – dont Jim Sheridan a adapté le roman autobiographique – et son père Giuseppe (magnifique Pete Postlethwaite).

C’est une relation houleuse qui nous est présentée, mais surtout deux hommes qui s’aiment mais ne savent pas se le dire.

 

Dès le début, quand Gerry doit rejoindre l’Angleterre, les adieux sont  des plus succincts, voire inexistants. Mais si la vie de l’un est menacée, l’autre fera tout pour le sauver’ : Giuseppe envers son fils, bien sûr, mais aussi Gerry envers son père, laissant un blanc-seing à la police pour lui permettre de l’accuser de ce qu’elle veut. Et c’est de ces faux aveux que part l’injustice. La police a donc maquillé cette affaire, accusant surtout Gerry parce qu’il était Irlandais, dans une situation intérieure catastrophique, comme le montre la première séquence à Belfast : comment une rapine de métaux devient une émeute.

 

Il y a d’ailleurs dans cette insurrection spontanée un sentiment de solidarité fort qui se dégage. Les jeunes voleurs (dont Gerry), poursuivis par l’armée, sont cachés puis rejoints par tout un quartier, transformant ce qui n’était après tout qu’un vol de plomb pour la revente, et surtout une méprise (compréhensible du fait des événements ?) qui dégénère en scène de violence avec matraquage, caillassage et jets de cocktails Molotov en règle contre une troupe d’occupation, ainsi que la ressentent les insurgés. Et Jim Sheridan rend très bien compte des états d’esprits de l’époque, montrant même des enfants participant au rejet des soldats anglais, même si pour eux ce ne semble être qu’un jeu.

 

Mais quand nous revoyons l’attentat, avec surtout le rôle joué par Gerry et Paul – c’est-à-dire aucun – et ses conséquences, nous mesurons la taille de l’injustice qui leur sera faite. Ainsi qu’aux autres membres de la famille de Gerry.

Il est clair que les Quatre de Guildford ont été des boucs émissaires rêvés : Gerry et Paul arrivaient d’Irlande, la nouvelle loi de renforcement de la sécurité venant d’être appliquée, tout concourrait à cette erreur judiciaire. Les policiers DEVAIENT trouver des coupables et ils avaient ces quatre jeunes gens sous la main.

 

Nous assistons alors à deux intrigues parallèles : d’un côté la vie en prison pour Gerry et son père, enfermés dans la même cellule ; de l’autre leur avocate, Gareth Pierce (Emme a Thompson, impeccable comme d’habitude) qui doit se démener pour pouvoir ouvrir à nouveau l’enquête, jusqu’au moment où le destin lui donne un petit coup de main qui amène l’issue heureuse.

 

La vie en prison est un thème souvent abordé au cinéma, mais ici, nous avons droit à un cas particulier : un père et soin fils, que la vie avait séparés, se retrouvent et doivent à nouveau s’apprivoiser.

Nous assistons alors à deux magnifiques numéros d’acteurs. D’un côté Daniel Day-Lewis, en jeune homme révolté, incapable de dire à son père qu’il l’aime, et même pire : il lui explique ce qu’est sa vie avec ce père si peu encourageant. Mais nous, spectateurs n’avons pas oublié » que c’est parce que ce père encombrant avait été menacé que Gerry avait avoué.

En face, on trouve l’immense Pete Postlethwaite (déjà 7 ans qu’il est mort…) dans le rôle de ce père certes encombrant pour Gerry, mais tellement plein d’amour pour ce fils qui n’est pas comme il l’aurait voulu. C’est un homme fondamentalement bon que ce Giuseppe (il explique pourquoi il porte un prénom si peu irlandais), qui n’hésite pas une seconde pour aider ou sauver son fils.

 

Bien sûr, il y a une portée religieuse dans ce film. Le conflit nord-irlandais est avant tout religieux, mais il y a en plus dans ce père une figure christique. En effet, même si ce n’est pas explicite, on sent que le père ne vit que pour son fils. Il se réjouit presque d’être avec son fils, si ce n’était la cellule autour d’eux. Mais surtout, c’est un homme malade que la maladie elle aussi a condamné. Et on voit Giuseppe graduellement décliner, à mesure que la thrombose l’affaiblit peu à peu. Mais plus Giuseppe diminue, plus Gerry se renforce, et plus ils se rapprochent. On assiste alors à des scènes magnifiquement émouvantes, avec à la fin, la mort inévitable du père. Ce père qui devient alors la raison de survivre pour son fils, qui tel un apôtre va reprendre à son compte le combat pour la vérité qu’était le sien.

 

Magnifique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lanfield, #Sherlock Holmes
Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles - Sidney Lanfield, 1939)

Il joue du violon, il fume la pipe, il porte un deerstalker.

Pas de doute : c’est Sherlock Holmes (élémentaire, non ?).


Pour la dixième adaptation des aventures de ce détective, c’est Basil Rathbone qui a été choisi. En effet, son côté british sied à ravir au personnage de Sir Arthur. Et puis ça lui change de jouer les gentils après avoir combattu Robin des Bois et  le Capitaine Blood.

A ses côtés, l’infatigable docteur Watson est interprété par Nigel Bruce, qui l’accompagnera dans les quatorze films qu’ils tourneront.

Cette association restera longtemps gravée dans les esprits, les deux acteurs effaçant (presque) toutes les autres adaptations*.

 

Le Chien des Baskerville est, sinon le plus célèbre des romans de Conan Doyle, au moins celui qui a été adapté le plus de fois (une vingtaine) sans toutefois rendre le véritable aspect du chien (surtout par manque de budget). Mais qu’importe, c'est avant tout Sherlock qui nous intéresse.

Et Basil Rathbone est à l’aise dans ce rôle de détective un tantinet excentrique. Outre l’apparence physique, on retrouve les éléments indispensables au personnage : un esprit de déduction hors norme – il brosse un magnifique portrait du docteur Mortimer (Lionel Atwill) à partir de sa canne ; juste ce qu’il faut de condescendance pour ne pas trop heurter Watson après une série de déductions plus ou moins farfelues ; et une propension à se déguiser, amenant aussi une mystification qui devient source de gags à l’encontre de ce même Watson.

Et si son esprit de déduction est supérieur, cela ne l’empêche pas tout de même de bien manier les armes à feu, beaucoup plus efficaces pour arrêter un chien enragé que n’importe quel cerveau affuté.

 

Pourtant, ce n’est pas Basil Rathbone qui tient le haut de l’affiche : c’est Richard Greene, qui interprète le jeune Lord Baskerville, cible d’un tueur ingénieux (indispensable face à Holmes). A l’affiche aussi, notons la présence de l’immense John Carradine, dans un rôle  de domestique. Ce dernier, avec sa femme (Eily Malyon) forme un couple étrange qui  sème le doute dans l’esprit du spectateur.

Et d’une manière générale, l’intrigue nous envoie sur de fausses pistes, que nous empruntons allègrement, à l’instar du pauvre Watson.

Mais au final, force reste à Holmes qui, tout naturellement démêle les écheveaux et nous livre le coupable.

 

Au final, on peut situer cette adaptation – plutôt convenue, mais attend-on autre chose ? – entre celle d’Albert Parker (1922) où John Barrymore campait un Holmes plutôt ennuyeux, et celle de Guy Ritchie (2009), où l’action spectaculaire autour de l’intrigue a tendance à nous éloigner du personnage initial.
Alors apprécions cette aventure comme celle d’un vieil ami qu’on a plaisir à retrouver après un long moment d’absence.

 

 

* Harvey Kurtzman & Bill « Chicken Fat » Elder les utiliseront pour leur version des aventures de Shermlock Shomes : the Hound of the Basketballs (voir ci-dessous).

 

Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles - Sidney Lanfield, 1939)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #John Schlesinger
Marathon Man (John Schlesinger, 1976)

Thomas « Babe » Levy (Dustin Hoffman) est étudiant en Histoire. Brillant. Mais c’est de famille, d’être brillant. Avant lui son frère Doc (Roy Scheider) était brillant. Il faut dire que leur père (Allen Joseph) était une sommité.

Mais son père est mort et son frère n’est pas ce qu’il prétend. Il trempe dans des affaires très particulières.

Et parmi ces affaires, un homme particulier : le docteur (dentiste) Christian Szell (Laurence Olivier), surnommé « l’ange blanc » – du fait de sa coiffure prématurément blanchie – par ses victimes. A Auschwitz.

 

John Schlesinger retrouve Dustin Hoffman pour une histoire peu banale où il est question de criminel d’un criminel de guerre qui court après son passé (et surtout la fortune qu’il a pu en dégager) mais se retrouve finalement rattrapé par ce dernier.

Il ne s’agit pas de la traque d’un nazi comme le faisaient à la même époque les Klarsfeld ou encore Simon Wiesenthal. Le nazi n’est pas recherché ici, il est même identifié et libre de ses mouvements. La seule préoccupation de tous ces hommes (sauf Babe), c’est l’argent qu’il a sauvé en fuyant l’Allemagne à la fin de la guerre.

 

SI Laurence Olivier, dans la fin de sa vie professionnelle a interprété des rôles de méchants, on peut dire qu’ici ce fut le point culminant de cette période Szell est ce qui se fait de pire dans la galerie des super-méchants au cinéma.

Non pas pour ses atrocités – on en a un aperçu quand il « interroge » Babe – mais plutôt dans son attitude calme et froide. C’est un bourreau. Et le temps qui a passé n’a pas calmé son ardeur : il reste un professionnel dans sa branche.

En effet, il sait faire mal, mais il sait aussi soulager, ajoutant à la torture une détresse extrême subie par la victime qui sait comment être soulagé de la douleur qu’elle éprouve, consentant involontairement à rentrer dans le jeu de cet ignoble individu.

Il y a une espèce d’ironie noire (voire cruelle) dans le fait que Szell soit un dentiste. Dans l’imagerie populaire, il n’y a pas pire médecin que le dentiste, injustement qualifié de « tortionnaire » du fait des douleurs obligatoires de sa partie, alors qu’il n’est là que pour les soulager.

 

Au-delà de l’intrigue, nous assistons à une bataille manichéenne entre d’un côté un scientifique du mal (inspiré par le redoutable docteur Mengele) et de l’autre le chevalier du Bien à la recherche de la vérité (sur son père, mais seulement ?), entraîné dans un combat malgré lui, mais qu’il va tout de même accepter, cherchant certaines réponses qu’il ne peut trouver dans ses recherches universitaires.

 

Il y a dans quête de Babe une analogie avec celle du Graal. La réponse à toutes ses questions, mais qui est surtout la délivrance de l’ombre de son père, est la véritable motivation de Babe. Comme le dit Parry dans Fisher King, le Graal est à portée de main, il suffisait de savoir regarder pour le trouver. Et ici, c’est le revolver de son père – celui qu’il a utilisé pour mettre fin à ses jours – qui est le déclencheur et lui montre la voie.

Et une fois sa quête achevée, il n’en a plus besoin et s’en débarrasse, faisant définitivement le deuil de son père, et de son frère par la même occasion.

 

Car, paradoxalement, Babe est le Juif qui causera la perte de Szell, lui qui a torturé tellement de ses coreligionnaires. Le rôle finalement assumé par Babe est celui de Némésis, la justice divine implacable.

 

 

PS : ce film est aussi l’occasion d’une poursuite en voiture assez particulière. En effet, les deux conducteurs sont âgés, ce qui est assez inhabituel, mais surtout, ils annoncent le conflit auquel nous allons assister. Le premier que nous avons vu est le frère de Szell (Ben Dova), ancien nazi qui roule en Mercedes (!), et l’autre un Juif qui l’a reconnu comme tel et le pourchasse pour son passé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney
La Carte fatale (The Ace of hearts - Wallace Worsley, 1921)

Washington DC.

Une confrérie de personnes bien intentionnées se réunit régulièrement dans un bâtiment de la ville. Ce sont des hommes qui poursuivent un bel idéal : débarrasser le monde des puissants malintentionnés et dangereux.

Parmi ces hommes, une femme : Lilith (Leatrice Joy).

Les deux hommes qui ont pu surveiller la cible, Farallone (Lon Chaney) et Forrest (John Bowers), sont aussi amoureux de la belle Lilith. Mais son cœur ne bat que pour la Cause.

Lors de la désignation de l’exécuteur des hautes œuvres, c’est Forrest qui est tiré au sort par les cartes : il tire l’As de cœur (d’où le titre).

Lilith n’a alors plus d’yeux que pour Forrest, acceptant de l’épouser pour mieux l’accompagner dans sa lourde tâche.

C’est un double coup de poignard pour Farallone.

 

Lon Chaney, dans un rôle normal, dans toute sa splendeur. Pas de transformation, juste son visage, à peine altéré par une coupe de cheveux un tantinet longue. Il faut dire qu’il est un artiste qui peint le portrait de la Cible, et peut donc l’étudier à loisir.

En concurrence (dans l’intrigue), Forrest est serveur dans un restaurant où se rend tous les jours, à la même heure et la même table, cette même Cible.

Bref, ce sont les plus qualifiés pour l’exécution.

Et tout irait bien s’il n’y avait une rivalité amoureuse, qui en principe ne devrait pas exister : Lilith ne connaissant pas l’amour, s’étant vouée totalement à la cause.

 

Mais le sort ayant désigné Forrest, qui en outre est le plus beau, une rancœur se développe rapidement chez Farallone, amenant ce dernier, sous les traits du grand Lon, à souffrir le martyre. On retrouve donc ici ce visage torturé par la tristesse, voire le désespoir, comme on le trouve dans d’autres films du maître. L’absence de maquillage ou de crochets qu’il utilisera dans d’autres rôles, l’oblige à utiliser ce que la nature lui a donné : une fantastique expression faciale qui passe indifféremment de la rage au désespoir (pas de vieillesse ennemie, ici, allons !) ou inversement, donnant à chaque fois un effet amplifié de ces tristes sentiments (1).

 

Aux côté de Chaney, le couple Joy-Bowers a fort à faire pour jouer dans le même registre. Mais l’intervention du destin les emmène de l’autre côté, vers l’Amour. Bowers campe un personnage qui passe de la fermeté – voire de la fierté d’avoir été choisi – à l’indulgence : il a été frappé par l’amour et ne voit plus le monde de la même façon, et son regard s’humanise autant qu’il fut ferme. Quant à Leatrice Joy, sa transformation morale – elle aime – ne nous la montre pas changée : du début à la fin, elle affiche un visage illuminé. Il faut dire qu’elle passe d’un extrême à l’autre.

Au début, elle est une militante pure de la Cause, ne vivant que pour et par Elle. En découvrant l’Amour, elle ne fait que changer de camp : elle est dorénavant une militante acharnée de l’Amour, découvrant le bonheur qu’il peut procurer. Dès lors, elle comprend la faiblesse de son amant et réussit même à retourner Farallone, ce qui n’était pas gagné d’avance.

 

Wallace Worsley prend son temps pour élaborer cette intrigue où domine le Mal. Mais  au bout du compte, il nous propose une histoire pleine de suspense où chaque élément isolé prend son importance : une bague, un portefeuille, et bien sûr l’As de cœur…

De plus, on assiste à des cadrages originaux qui nous font voir la scène de différentes façon : la désignation des exécuteurs est à chaque fois montrée de différents points de vue dont une vision de dessus qui accentue la tension autour de la carte décisive.

Sans oublier l’indispensable montage parallèle pour amener un regain de suspense.

Du bel ouvrage.

 

Et bien entendu, au final, nous entrons dans le domaine de la Rédemption.

L’Amour sauve tout le monde. Enfin, ceux qui veulent bien l’être. En s’adonnant à corps perdu dans l’Amour, Lilith (2) sauve Forrest et se sauve elle-même, entraînant dans son ascension (nulle Chute ici, pour ces deux personnages) Farallone qui, s’il ne trouvera pas l’Amour, sera tout de même « Sauvé ».

 

Comment ? Je vous laisse deviner.

 

 

(1) Avoir des parents sourds-muets est une épreuve difficile dans la vie. Mais ça peut aussi devenir un atout quand on est acteur au cinéma avant 1928…

 

(2) Prénom qui semblait aller comme un gant à cette femme membre d’une société secrète malveillante : Lilith, dans la tradition juive, est un démon féminin (inspirée de la mythologie mésopotamienne) qui aurait été la première (et mauvaise) femme d’Adam.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lois Weber
Deux Femmes trop sages (Too wise Wives - Lois Weber, 1921)

« Ils se marièrent et vécurent heureux très longtemps. »

Cette fin classique et ô combien convenue est ici le point de départ du film de Lois Weber.
Il est rare, qu cinéma, de suivre un couple après l’épilogue de leur rencontre (le mariage). En effet, le côté routinier de la vie de couple n’est pas très porteur. Mais c’est pourtant ce que va développer Lois Weber avec brio.

 

Nous suivons la vie maritale de deux femmes très différentes : Mrs. David Graham, Marie (Claire Windsor) et Mrs. John Daly, Sara (Mona Lisa, de son vrai nom Gloria Guinto). La première est l’épouse de David (Louis Calhern), un jeune homme d’affaire. C’est une femme qui aime énormément son mari mais se trouve indigne de son amour. La seconde, en revanche est une femme calculatrice, qui a épousé John (Phillips Smalley, le propre mari de Lois Weber), un homme très riche, pour son argent.

Et si on ajoute que la femme de John est l’ancienne fiancée de David, on arrive alors à une sorte de vaudeville, qui finalement n’en est pas un.

 

Nous sommes donc dans un film de femmes, fait par une femme, mais à destination de tous. Comme je l’ai écrit plus haut, l’originalité est le thème abordé : que se passe-t-il après ?

Nous suivons alors deux destins très différents mais qui se rejoignent sur un point essentiel : ces deux femmes ne sont pas heureuses.

 

La première (Marie) pense que son mari la délaisse au profit d’une autre, parce qu’elle ne répond pas à ses aspirations. Et dans un premier temps, Lois Weber étaie cette pensée en montrant des situations quotidiennes où David reproche certains détails à son épouse : ses vieux chaussons qu’il aime tant et qu’elle remplace par des nouveaux qu’elle a tricoté elle-même ; le poulet servi chaque matin… Des petits détails que les couples connaissent et qui, à force de s’accumuler, ont tendance à séparer les époux.

Et Lois Weber filme chaque situation en prenant le point de vue de Marie. On en arrive même à douter de la fidélité de David tant les efforts de son épouse sont peu récompensés.

 

Alors quand on nous montre la deuxième épouse (Sara) feindre un amour absolu pour un mari qu’elle n’a épousé que pour sa situation (comme elle le confie à David dans une lettre), on imagine facilement une histoire d’adultère. Mais cet adultère n’arrivera pas.

En effet, le McGuffin du film est cette lettre que Sara écrit à David : c’est une lettre qui incite ce dernier à « remettre le couvert » avec elle, profitant de leur présence chez elle et de l’absence de son mari, parti pour affaire.

 

Et c’est là que le talent de Lois Weber (et de Marion Orth qui a écrit l’histoire) : cette lettre est l’instrument du destin. La vie des quatre principaux protagonistes dépend d’elle. David doit la recevoir avant d’aller chez les Daly : elle explique alors ses sentiments et le subterfuge qu’elle utilisera pour qu’ils se retrouvent.

Mais elle arrive trop tard, et c’est finalement Marie qui la reçoit.

Et cet événement sera l’élément indispensable à une résolution heureuse – et morale, n’oublions pas que nous sommes en 1921 ! – où les rôles ont tendance à s’inverser : alors qu’habituellement les femmes trompées (ou en passe de l’être) font tout ce qui est en leur pouvoir pour retenir leur mari, ici, c’est l’intervention de David qui amène la fin heureuse indispensable.

 

Cette fin va bien sûr contenter touts les partis. Et Lois Weber conclut son film sans aucun commentaire.

Mais nous, spectateurs savons quelle fin lui donner : celle qui a commencé le film et qui prend alors tout son sens.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guillermo del Toro
Hellboy (Guillermo del Toro, 2004)

Ecosse, 1944.

Après avoir déjoué les plans de Raspoutine, le professeur Broom ramène de son périple un jeune démon, rapidement baptisé (?) Hellboy (Ron Perlman), de son vrai nom Anung Un Rama. Et malgré son apparence démoniaque, il n’y a pas à douter : c’est un gentil.

Mais de quelle nature est-il ? Humain ? Diabolique ? Autre ?

 

Encore une fois chez Guillermo del Toro, on retrouve cette fascination autour du surnaturel et de la résurrection, voire de l’immortalité. Et encore une fois, c’est magnifiquement réalisé. Il y a un soin particulier sur la beauté » des images, comme on peut l’apprécier dans ses autres films.

Encore une fois, c’est une histoire improbable, qui prend appui sur une véritable période historique : ici, c’est autour des agissements ésotériques nazis.

Mais si on accepte les aventures d’Indiana Jones (opus 1 et 3), on ne peut pas faire la fine bouche à cet énième super-héros issu, cette fois-ci, des Dark Horse Comics, créé Mark Mignola en 1994 (cinquante ans après sa naissance supposée, donc).

 

Et pour interpréter ce monstre – difficile de trouver un autre qualificatif – Del Toro a choisi sans hésiter l’immense Ron Perlman. Immense par le physique et par le talent. Encore une fois, il interprète un personnage singulier voire anormal. Mais il peut enfin jouer un rôle de jeune premier, beaucoup plus que dans La Cité des enfants perdus où il n’avait pas de partenaire féminine à sa taille (1).
Au-dessus de lui, il y a le père, le professeur Broom (John Hurt, autre immense acteur) – de son vrai nom (lui aussi) Trevor Bruttenholm, mais ça n’a pas d’incidence sur l’intrigue – qui veille sur ses enfants : outre Hellboy, on rencontre un être amphibie, Abe Sapien (Doug Jones), et par intermittence la partenaire de Red (autre surnom de HB), Liz (Selma Blair), véritable torche humaine (2) quand on l’excite !

 

Mais en face de tels personnages, il faut des adversaires à leur mesure, afin d’équilibrer les forces en présence (3). On trouve donc un super-méchant en la personne de Raspoutine (Karel Roden). Oui, le même Raspoutine qui a été tour à tour flingué, empoisonné, frappé à mort, castré avant d’être finalement noyé… Un sacré personnage, non ? Et c’est sûr que cette propension à survivre le place en tête des méchants d’essence plus ou moins diabolique.

A ses côtés, on trouve une immortelle (jusqu’à un certain point, bien évidemment), la belle et dangereuse Ilsa Haupstein (Bridget Hodson) et leur complice nazi Karl Ruprecht Kroenen, assassin masochiste aux tendances automutilatrices. Que du beau monde, donc.


C’est donc un combat à mort qui rassemble tous ces personnages, et si le Bien triomphe (comme d’habitude, c’est avec force effets spéciaux magnifiques au service de prises de vue très belles, comme je l’ai déjà dit. On passe un bon moment avec ce héros – encore une fois hors norme – dans une aventure extraordinaire mais qui répond à la question précédemment posée au premier paragraphe.

 

Et la réponse n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, l’Amour.

 

 

  1. Ou de son type ou de tout ce que vous voulez, c’est Ron « Salvatore » Perlman !
  2. Elizabeth Sherman
  3. Toujours cette lutte éternelle entre le Bien et le Mal, que voulez-vous…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
Rio Bravo (Howard Hawks, 1959)

Un homme entre dans un saloon. Il est mal à l’aise. Il a soif. C’est un alcoolique. Il lorgne chaque verre qui passe à sa portée, malheureux de ne pouvoir en prendre un : il n’a pas d’argent. Mais un homme comprend son malaise et lui lance un dollar. Dans le crachoir.

Notre homme se baisse pour le ramasser : un pied l’empêche.

Et à partir de là, tout bascule.

Résultat : un mort et un homme en prison.

 

La séquence d’ouverture est un joyau de cinéma. C’est une scène où presque pas de morts sont échangés : un emprunt lumineux au cinéma muet où seuls les bruits courants se font entendre. Ce ne sont que gestes simples mais compréhensibles, sans tomber dans un mime outrancier. Du très grand art.

Il faut attendre la fin de la cinquième minute pour entendre une voix distincte : c’est celle de John T. Chance (John Wayne), shérif de Presidio (Texas). L’homme alcoolique, c’est son adjoint, Dude (Dean Martin). Le tueur, c’est Joe Burdette (Claude Akins), le frère de Nathan Burdette (John Russel), un propriétaire terrien peu scrupuleux et qui ne s’embarrasse pas des lois.

 

Dès lors, l’intrigue est simple : garder le prisonnier enfermé jusqu’à l’arrivée d’un représentant de l’Etat – un Marshall, l’Arlésienne* du film – et éviter de se faire tuer par le frère et ses acolytes.

Mais si c’était aussi simple, ce ne serait pas intéressant. Chance doit composer avec son adjoint alcoolique aux mains tremblantes et avec un autre homme : Stumpy (Walter Brennan), un vieux paysan reconverti en adjoint, à la gâchette facile et la jambe boiteuse.

 

La présence de Walter Brennan au côté de John Wayne nous rappelle celle de La Rivière rouge : mais si Groot avait un rôle important dans ce film, ici il est plus en retrait : physiquement, car il est pratiquement tout le temps dans le couloir des cellules, et moralement car il n’y a pas de liens aussi forts et à la limite du familial dans cette intrigue. Et finalement Stumpy est plus un élément comique détendant l’atmosphère. Et il ne faut jamais oublier l’aspect comique des films de Hawks. C’est d’ailleurs avec lui qu’a lieu la séquence musicale où  deux voix célèbres vont chanter ensemble une de ces ballades de l’Ouest, accompagné par ce même Stumpy à l’harmonica : Dean Martin et Ricky Nelson (Colorado).

A propos de Ricky Nelson, son rôle bien que pertinent n’est pas la véritable raison de sa présence : il plaisait aux femmes et avait une belle voix, deux arguments importants pour la Warner qui tira un gros bénéfice du film.

Cette scène musicale est une pause bienvenue dans une atmosphère qui rappelle celle d’un huis clos étouffant. Pendant quelques minutes, les quatre hommes échangent un moment fort où le sourire est de mise et où les soucis semblent, un temps, oubliés.

Cette pause permet aussi au spectateur de se préparer à l’assaut final indispensable et évidemment attendu dès l’entrée en scène de Nathan Burdette.

 

Et puis il y a les femmes**. Elles sont deux : Consuela (Estelita Rodriguez) et Feathers (Angie Dickinson).

Consuela, c’est la femme de Carlos (Pedro Gonzalez-Gonzalez), le propriétaire de l’hôtel qui fait aussi saloon. Mais si Carlos dirige l’hôtel, c’est tout de même Consuela qui dirige la maison. C’est une femme ténébreuse et qui a la main leste : Carlos en porte les stigmates visibles (œil au beurre noir).

Feathers, au contraire, est plus subtile, même si elle a la même force de caractère (comme toute héroïne hawksienne). Ce n’est pas une femme facile, même si elle joue de son charme pour arriver à ses fins. Et ici, son but, c’est Chance. Chaque rencontre est un duel où Chance perd à chaque fois un peu plus de son avantage, avant tout physique. Il y a toute une progression dans la provocation (soft, on est en 1958 quand le film est tourné) qui vont ébranler Chance jusqu’à réussir complètement son objectif : il lui tombe dans les bras.

 

Mais si Chance succombe définitivement au charme de Feathers, le grand gagnant du film reste Dude. Alcoolique en phase quasi terminale, il va peu à peu gagner sa rédemption*** et redevenir l’homme qu’il a été. Et cette renaissance progressive s’accompagne d’une complicité de plus en plus forte entre Dude et les autres, jusqu’à culminer à la scène musicale décrite plus haut.

Et en plus, cette progression s’accompagne de quelques éléments comiques dont l’un d’eux va tout de même se retourner contre nos héros : le bain de Dude.

Car c’est ce bain qui va précipiter les choses et amener le dénouement tant attendu.

 

 

* Ou Godot, ça dépend de vos (p)références...

** Ne jamais oublier de « chercher la femme » chez Hawks.

*** Que voulez-vous, on en revient tout le temps au même…

 

P.S. : c’est aussi le dernier film de Ward Bond (Pat Wheeler, l’employeur de Colorado) qui mourut l’année suivante.

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