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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Abel Gance
La Roue (Abel Gance, 1923)

 

Elle tourne.

Inlassablement.

Et quand elle s’arrête enfin, le film est terminé, elle retourne d’où elle vient.

 

La Roue d’Abel Gance, c’est un film fleuve où le titre n’est certainement pas usurpé : tout tourne, tout n’est que rondeur : des objets aux paysages, jusqu’aux plans en iris.

Ce ne sont que courbes et rotondités qui rythment un drame inévitable, irrémédiable.

 

Sisif (Séverin-Mars) est cheminot de première classe, il conduit sa locomotive aidé de Mâchefer (Georges Téroff), son manœuvre un tantinet nonchalant et bien sûr porté sur la bouteille.

Un jour, Sisif a un accident dont une des victimes laisse une petite fille : Norma. Norma, sans aucun parent connu est adoptée par Sisif, afin qu’elle tienne compagnie à Elie, lui aussi orphelin de mère.

Mais quand les enfants atteignent l’âge adulte, le mensonge (par omission) de Sisif est trop lourd à porter : Sisif est amoureux de cette jeune femme (Ivy Close).

Il la laisse alors partir avec Hersan (Pierre Magnier), un homme riche et jaloux (mais fidèle) au grand désespoir d’Elie (Gabriel de Gravone), qui apprend que Norma n’était pas sa sœur…

 

C’est une intrigue très élaborée que met en scène Abel Gance (intrigue qu’il a lui-même écrite) avec un sens de l’image formidable, prélude au Napoléon qui va suivre (1).

La caméra, mobile (libre !) est toujours au bon endroit, ce qui nous donne de superbes plans magnifiquement éclairés, tournés par Gaston Brun, Marc Bujard, Léonce-Henri Burel et Maurice Duverger (rien que ça !).

De plus, il a pour assistant l’homme à la main coupée : Blaise Cendrars, par ailleurs cité dans un des intertitres.

 

C’est un film extraordinaire, porté de bout en bout par Séverin-Mars (2), un homme au regard inoubliable, surtout dans ce film où les yeux en sont, avec la roue, le leitmotiv.

Si la première roue qui tourne est celle de la locomotive, la seconde est celle du Destin, véritable maître du jeu de l’intrigue (3).

C’est le Destin qui met Norma sur la route de Sisif, et c’est ce même Destin qui amènera la déchéance de Sisif : une première fois quand il perdra la vue à cause d’une négligence de Mâchefer, et une seconde fois quand il voudra tuer sa locomotive – qu’il a rebaptisée Norma – et sera finalement déplacé, sur une voie qu’on pourrait qualifier de garage.

Parce que Sisif perd peu à peu la vue, suite à un jet de vapeur brulante reçu un jour que Mâchefer s’était endormi sur la machine, commandant le jet fatal.

 

Et puisque c’est le Destin/Abel Gance qui mène la danse, il n’en oublie pas d’être farceur, amenant toutes sortes de situations qui rappellent aussi que Gance était un grand admirateur de Griffith.

Le Destin est farceur : c’est quand Sisif perd progressivement la vue qu’il est envoyé conduire le funiculaire du Mont Blanc, lieu grandiose et majestueux par excellence. Avec sa cécité progressive, le Mont Blanc ne représente pour Sisif que la deuxième partie de son nom.

Et quand Sisif aveugle regarde (?) les villageois danser, c’est un œil qu’il verrait : une grande ronde (l’iris) avec quatre danseurs au milieu pour illustrer la pupille.

 

Mais si le Destin est farceur, il est aussi cruel car, à l’instar du même Griffith, il nous donne à voir des situations tendues avec un sauvetage possible – et souhaité – à l’arrivée, mais à chaque fois, le couperet tombe : personne n’est sauvé.

On assiste alors à un montage de plus en plus rapide, utilisant jusqu’à plus de 10 cadrages différents, amenant à chaque fois une issue funeste.

La dernière qui nous est offerte voit la mort d’Elie, alors que Norma était près de le rattraper…

 

Cette tragédie ultime va pourtant rapprocher Norma et celui qu’elle ne connaît que comme son père, partageant sa vie de reclus, non pas au pied du Mont Blanc du fait de son altitude (3000 mètres), mais plutôt à ses épaules.

 

Au final, tout dans ce film confirme le talent et le génie de Gance. Ses interprète (Séverin-Mars et Ivy Close en tête) sont merveilleux, et Gance use (et abuse ?) des gros plans pour nous montrer leurs émotions, dans une intrigue qui, du fait de sa longueur (261 minutes), se transforme en épopée et, je le rappelle met en place les bases pour son Napoléon.

 

 

P.S. : le nom de Sisif n’est pas innocent. Comme son homophone grec, le cheminot fait rouler sa machine jusqu’au bout de la ligne, et quand elle est arrivée, il repart dans l’autre sens, inévitablement…

 

  1. Entre les deux, il réalisera Au Secours ! pour et avec Max Linder : il faut bien vivre…
  2. De son vrai nom Armand Jean Malafayde, mourut après le tournage.
  3. La présentation du film et des principaux acteurs nous laisse voir Gance lui-même, véritable démiurge et donc maître du Destin !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Danny Boyle
Slumdog Millionaire (Danny Boyle, 2008)

Un homme est interrogé par la police de Mumbai : il est soupçonné d’avoir triché à un jeu télévisé.

En effet, Jamal Malik (Dev Patel) a répondu juste à toutes les questions proposées : il ne lui reste que la question finale, celle qui rapporte 20.000.000 de Roupies.

Mais un jeune homme qui sort d’un taudis (1) de Mumbai et qui sait répondre à toutes les questions, c’est louche.

Alors il est interrogé. Brutalement d’abord – des coups – puis avec une technique plus moderne – gégène – et finalement, le policier chargé de l’enquête (Irfan Khan) lui demande comment il a vraiment fait.

Alors Jamal raconte : chaque question le renvoie à un moment de sa vie, terrible, erratique et dangereuse, jusqu’à un dénouement qui, s’il est prévisible est tout de même inattendu.

Quoi que…

 

Danny Boyle adapte donc le roman de Vikas Swarup publié trois ans plus tôt, et qui fut déjà repris pour la radio.

C’est une plongée dans la misère de l’Inde, celle qu’on ne nous montre jamais et qui pourtant concerne de très nombreux Indiens : celle des quartiers où la misère s’accumule, avec les ordures et la délinquance.
Et l’art du réalisateur (sur une très bonne adaptation de Simon Beaufoy) est de mélanger cette Inde miséreuse avec les images idylliques de l’Inde : c’est donc un festival de couleurs, de très beaux paysages, avec bien entendu, un passage obligé au Taj Mahal.

 

Mais surtout, c’est une description de l’errance deux jeunes garçons – Jamal (Ayush Mahesh Khedekar puis Tanay Chheda) et Salim (Azharuddin Mohammed Ismail – Ashutosh Lobo Gajiwala – Madhur Mittal) – qui ont eu la malchance de naître dans un quartier désolé de Bombay, et d’être musulmans  de surcroît.

Cette dernière caractéristique est le déclencheur des années d’errance des deux garçons : une descente des Hindous dans le quartier musulman de la ville avec tabassages, incendies et meurtres des habitants qui n’ont pas la même religion qu’eux : ils perdent alors la seule famille qu’ils avaient, leur mère.

 

Mais si cet épisode tragique, d’une grande violence, les condamnent à errer seuls, il faut y voir aussi les conséquences heureuses – pas tout de suite, bien sûr – qui vont en découler.

Il y a chez Jamal – plus que chez Salim – une acceptation de son sort qui transparaît dans toutes les situations : il est persuadé que les choses s’arrangeront, et qu’il retrouvera celle qu’il aime : Latika (Rubina Ali – Tanvi Ganesh Lonkar – Freida Pinto).

 

Parce que toute l’intrigue du film repose sur elle : Jamal va remuer ciel et terre pour la retrouver après chaque séparation, jusqu’aux retrouvailles finales (2), mais dans quelles conditions !

Latika est avant tout comme eux et va vivre la même errance qui l’amènera de faux orphelinat à une vie de marginale où elle sera utilisée pour la seule richesse qu’elle possède : son corps.

Certes, ce n’est pas une prostituée, mais son sort n’est pas enviable.

Mais à chaque fois qu’elle sera séparée de Jamal, ce dernier, inlassablement partira à sa recherche, qui s’apparente aussi à une quête du bonheur.

 

C’est beau, c’est grand, c’est magnifique.

Quant à la dernière question, celle qui doit le faire entrer dans la légende, c’est avant tout un concentré de toute sa vie : c’est la réponse absolue qui justifie toutes ces années d’errance.

Avec malgré tout un dernier tribut à acquitter avant d’accéder à ce bonheur tant désiré.

 

 

  1. « Slum »en VO
  2. L’affiche du film ne laisse aucun doute sur une issue heureuse. Tant mieux, d’ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean Renoir
La Nuit du carrefour (Jean Renoir, 1932)

Un crime, des bières, des sandwiches et une bonne pipe : Maigret est de retour.

Ou plutôt : Maigret débarque au cinéma. Jean Renoir, grand amateur de Georges Simenon (1), inaugure les adaptations du commissaire le plus célèbre du cinéma et de la télévision, dont le seul véritable concurrent fut – et reste – Sherlock Holmes, autre fumeur de pipe.

 

Si on a sandwich et bière, ce n’est pas pour autant à la Tour Pointue (2) que l’intrigue se déroule. C’est en Province, à un carrefour bien entendu où se dressent trois propriété dont l’une est un garage tenu par le truculent Oscar (André Dignimont, par ailleurs véritable artiste en dehors du cinéma). Une autre propriété est habitée par le couple Michonnet (Jean Gehret), lui est un bon bourgeois « bien français » qui trempe dans des affaires louches. La troisième demeure est habitée par Karl Andersen (Georges Coudria) et sa « sœur » Else (Winna Winfried), des Danois.

 

Si Maigret (Pierre Renoir) s’est déplacé dans ce trou paumé de banlieue, c’est parce qu’un certain Goldberg, diamantaire a été retrouvé mort dans la voiture de Michonnet, chez les Andersen.

Bref, une histoire bien embrouillée et un tantinet rocambolesque.

Il faut dire que tous les ingrédients du film policier sont déjà là : crime, jolie femme aux mœurs un tantinet légères, poursuite en voiture et fusillade. Tout ce qu’on retrouvera dans ce genre de film en France, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis.

 

Si c’est la première apparition de Maigret, ce n’est pas obligatoirement la meilleure, car il manque à Pierre Renoir l’épaisseur de certains de ses successeurs. De plus, on le surprend avec des cigarettes, ce qui semble presque une incongruité !

Non, il faudra attendre avant de trouver un Maigret à la hauteur de son personnage. Si Albert Préjean (1942, 1944) et surtout Jean Gabin (1958-1963) sont des Maigret fort convaincants, et malgré l’avis de Simenon lui-même qui voyait en Michel Simon l’interprète le plus fidèle, c’est tout de même Bruno Crémer qui est – à mon avis – le plus complet : patron indiscutable de son service, amateur de bon vin et de bière (avec ou sans sandwich), et d’une sensibilité (3) qui n’empêche pas la colère (justifiée) face à des témoins/accusés récalcitrants.

 

En attendant (près de 60 ans : 1991), l’arrivée du Maigret-Crémer, on peut se divertir en voyant Pierre Renoir, qui fut longtemps considéré par Simenon comme un interprète très fidèle, malgré l’adaptation qui l’était beaucoup moins.

 

 

  1. Grand merci à Patrick Brion, autre maître du cinéma.
  2. 36, Quai des Orfèvres.
  3. Surtout avec les enfants.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Rob Bowman
Le Règne du feu (Reign of Fire - Rob Bowman, 2002)

Londres, peu après l’an 2000.

Le petit Quinn pénètre dans une grotte récemment découverte. Mal lui en prend, elle abrite un dragon qui se réveille et commence à dévaster tout sur son chemin.

2020, quelque part en Angleterre.

Quinn (Christian Bale) dirige un groupe de survivants : les dragons ont détruit (presque) toute la terre. Il survit uniquement dans la crainte d’une attaque, espérant une hypothétique moisson.

C’est alors qu’arrive un groupe de militaires dirigés par Denton van Zan (Matt McConaughey) : ce sont des tueurs de dragons.

 

C’est un film dystopique (1) que nous propose Rob Bowman, avec pour une fois un changement de taille : pas d’extra-terrestre ou de robots tueurs : des dragons !

Et ce mélange de heroic fantasy et d’apocalypse est très réjouissant.

Et si Matt McConaughey et Christian Bale ont tous les deux des carrures d’athlète, ce n’est pourtant pas ce qui est le  plus important chez eux.

En effet, chacun à son niveau est responsable de son groupe, et chaque perte est une tragédie pour ces deux hommes. Et l’allure de brute (2) de McConaughey est totalement oubliée dès qu’il intervient après une ou plusieurs morts : son discours est juste et surtout, ses yeux sont remplis de larmes qu’il retient, profondément marqué par l’horreur qu’il vient de vivre.

 

Et puis il y a la femme : Alex (Izabelle Scorupco).

Au contraire des dragons, les femmes ici sont très peu nombreuses. En outre, la belle Alex a un rôle qu’on n’attend pas au cinéma : elle pilote un hélicoptère (3). C’est une femme de caractère (sinon elle ne serait pas là) qui a une beauté proportionnelle son courage (4). Toutefois, lors de l’assaut final, van Zan lui conseille de ne pas bouger…

 

Au final on a un film très plaisant, avec des décors apocalyptiques magnifiques, et une intrigue pas si primaires que ça. Les dragons sont aussi impressionnants que dans GOT, bien loin du beau Cœur de Dragon, cinq ans plus tôt.

De plus, les interprètes sont convaincus et surtout convaincants.

C’est une petite gourmandise (pas si petite que ça) telle que le cinéma nous propose de temps à autres : un film très bien fait à l’intrigue habile et élaborée, et surtout un film qui se savoure avec délice (6).

 

PS : un tout petit détail qui peut turlupiner le spectateur (ce fut mon cas) : comment trouvent-ils du carburant pour l’hélicoptère alors que tout n’est que désolation…

 

 

  1. Ca fait toujours bien d’utiliser ce terme.
  2. C’est un militaire, ne l’oublions pas…
  3. Enfin un rôle qui sort du sempiternel rôle féminin de mère protectrice qui reste à la base ou de récompense du guerrier.
  4. Donc très courageuse, Hollywood filme rarement des femmes quelconques voire laides…
  5. avec, passage obligé, une vision de la Tour Eiffel en morceau, comme dans Le Secret de l’Espadon
  6. Donc sans modération…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Curtis Bernhardt
Carrefour (Curtis Bernhardt, 1938)

Un homme marche, dans le brouillard. Une voix l’arrête et lui demande de lancer l’argent par-dessus le mur.

Cet homme s’appelle Roger de Vétheuil (Charles Vanel) et on le fait chanter : il s’appellerait en fait Jean Pelletier et aurait usurpé l’identité de Vétheuil après la guerre.

 

Curtis Bernhardt – de son vrai nom Kurt Bernhardt – était un réalisateur allemand, juif de surcroît,  ce qui lui valut d’être arrêté par la Gestapo, à laquelle il échappa pour rejoindre la France puis les Etats-Unis. C’est d’ailleurs avec ce film qu’il fut appelé à Hollywood par la Warner.

Il faut dire que l’histoire racontée est de tout premier ordre : un remake sera tourné en Angleterre en 1940 (Dead man’s Shoes) et Hollywood en tirera sa version en 1942 (Crossroads).

 

En plus d’une histoire solide, nous avons droit à une distribution prestigieuse : outre Charles Vanel, on trouve Jules Berry (Lucien Sarroux) un tantinet cabotin, comme on l’aime, quoi ; Suzy Prim (Michèle) dans un rôle rédempteur, magnifique ; Amiot, Palau, Pérès etc.

Et en plus quelques personnes qu’on retrouve au gré des films de cette décennie : le jeune  Jean Claudio qui était pensionnaire à Saint-Agil six mois plus tôt ; Marcelle Géniat qu’on avait aperçue dans La belle Equipe ; et en prime Jean Tissier, brièvement, qui loue les mérites de l’Egypte sans y avoir jamais mis les pieds…

 

Bien entendu, ce sont Charles Vanel et Jules Berry qui portent le film, chacun dans son genre : Vanel en bourgeois honnête et Berry en escroc notoire, bien entendu. Quand Berry apparaît, on sait – par habitude essentiellement – qu’il n’est pas là par philanthropie… Et une fois le procès terminé, qui réapparaît chez Vétheuil ? Ce même Sarroux, pour le faire chanter.

 

Certes, Vétheuil n’est peut-être pas Vétheuil, et c’est là tout le nœud de l’intrigue, mais Charles Vanel interprète un homme qui ne sait plus où il en est : si Pelletier était un truand (2), bien connu des services de police, Vétheuil était quant à lui héritier d’une grosse fortune.

Mais cet homme habité par le doute est avant tout honnête.

Or cet homme est réellement revenu de la guerre 14-18 (3), après une blessure qui l’a laissé amnésique, et tout ça alors que les deux compagnies étaient au même endroit, d’où le doute réel. Alors évidemment, la déposition de Sarroux au procès est capitale et assujettit alors la vie de celui qui se fait appeler Vétheuil.

 

Mais, et c’est là qu’est l’habileté du scénario, car Sarroux est gagnant sur tous les tableaux, et surtout celui qui pense être Vétheuil perd tout : soit Sarroux le sauve, mais il devra payer pour cela ; soit Sarroux le dénonce et l’autre n’a plus rien.

Alors oui, la scène a bien lieu, ce n’est pas seulement une accroche, mais de là à dire que Vétheuil tue Sarroux, il y a un pas que je ne franchirai pas, vous laissant le plaisir de la résolution finale de cette intrigue rondement menée (4).

 

  1. Au moment du procès en diffamation que Vétheuil intente à un journaliste qui avait mis en doute son identité.
  2. Il était très ami avec Sarroux, alors forcément…
  3. L’histoire se passerait aux alentours de 1926-27.
  4. Hans Kafka était un écrivain d’origine allemande (1902-1974) : on ne sait que très peu de choses sur lui, sinon qu’il a écrit de nombreuses histoires qui ont été adaptées sur grand écran.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Giuliano Montaldo
Sacco e Vanzetti (Giuliano Montaldo, 1971)

Une séquence générique en noir et blanc : une descente de police dans les milieux anarchistes italiens, avec destruction et tabassage en règle. Parmi les hommes arrêtés, l’un d’entre eux est retrouvé mort devant l’hôtel de police après une chute d’un étage.

Quatre mois plus tard, Nicola Sacco (Riccardo Cucciolla) et Bartolomeo Vanzetti (Gian Maria Volonte) sont arrêtés et inculpés de braquage et d’homicide.

S’ensuit un procès retentissant qui amènera à l’exécution des deux hommes – à nouveau en noir et blanc – malgré les fortes pressions nationales et internationales.

 

Un sujet fort. La musique du grand Ennio Morricone et la sublime voix de Joan Baez. Deux grands acteurs italiens.

Sacco et Vanzetti fait partie de ces films engagés des années 1970s, que ce soit en Italie ou ailleurs dans le monde.

 

Il s’agit ici de la reconstitution (partielle) de l’une des plus grandes erreurs judiciaires du XXème siècle. Les faits réels étant plus compliqués et difficilement montrables dans un format horaire tout public, il est bien entendu que Giuliano Montaldo et Fabrizio Onofri sont allés à l’essentiel, s’attardant plus sur la personnalité – publique – des différents protagonistes de cette affaire.

On retrouve donc d’un côté ceux qui les ont soutenu – l’épouse Rosa Sacco (Rosanna Fratello), l’avocat Moore (Milo O’Shea), le journaliste (Claude Mann), l’avocat Thomson (William Prince) ; de l’autre ceux qui les ont enfoncés – le juge Thayer (Geoffrey Keen) et surtout le procureur Katzmann (Cyril Cusack).

Et entre ces deux groupes, les principaux intéressés.

 

Si les deux groupes ne sont montrés qu’essentiellement d’un point de vue objectif et surtout comme le public les percevait à travers les différents reportages et articles de journaux, il n’en va pas de même pour Sacco et Vanzetti qui sont suivis plus intensément, plus intimement.

Ces deux hommes ne se ressemblent pas. Absolument pas.

 

Sacco est petit, chétif, un tantinet timide et est soutien de famille. Il n’est pas assuré, malgré la présence de tous ceux qui l’entourent ou aimeraient le faire de plus près. Les moments où Montaldo suit Sacco sont toujours plus forts que ceux avec Vanzetti. Le petit Nicola est un homme faible. Il ne parle pas très bien l’anglais, et il sait que les étrangers sont mal-traités (choisissez en un mot ou en deux) par la police (1). Alors quand on le surprend dans son intimité, on le voit craquer nerveusement et finir à l’hôpital. Son retour parmi les autres prisonniers est un moment fort du film quand Vanzetti vient le saluer : pas de mot ni d’effusion, un regard intense du géant pour son compagnon d’infortune, et c’est tout.

 

Vanzetti, lui, est un colosse au verbe fort et facile : normal, quand on vend du poisson dans les rues, on a l’habitude pousser une voiture à bras volumineuse et de parler : son monologue (presque) final est d’une grande envolée et d’une justesse magnifique. Gian Maria Volonte a su interpréter ce personnage avec son talent (immense) habituel. Sa harangue (2) est précise et émouvante, c’est un autre moment très fort du film.

 

En face d’eux, les deux protagonistes sont assez terribles. Katzmann est un procureur extrêmement antipathique, doublé d’un homme roué voire fourbe. Il faut une énergie presque surhumaine pour que Moore fasse entendre ses arguments, seule vérité des échanges judiciaires. Il en ira de même pour Thomson qui reprendra l’affaire plus tard.

Katzmann est un procureur partial interprété – là encore magistralement – par Cyril Cusack : le procès criminel devient politique et les accusations disparaissent au profit de l’intolérance et la xénophobie. Sacco et Vanzetti seront condamnés non pas pour un crime qu’ils n’ont pas commis, mais avant tout parce qu’ils sont anarchistes, dans une période (début des années 1920s) où l’influence communiste née de la Révolution Russe est en train de se développer partout dans le monde. Cette affaire devient alors un exemple de ce que les Etats-Unis (conservateurs) pensent de cette nouvelle idéologie. Le pendant xénophobe de l’attitude de Katzmann fait réagir – avec justesse – Moore qui parle alors de Ku-Klux-Klan, dont la réapparition aux Etats-Unis était d’actualité depuis le film que vous savez.

Mais si Katzmann est une ordure qui influence les témoins (quand il ne les suborne pas), la responsabilité suprême dans cette affaire revient au juge Thayer, personnage dans la même lignée que Katzmann, en pire peut-être puisqu’il en tient aucun compte des différents recours et demande de révision.

 

47 ans plus tard, l’émotion, les images (3) et la force de l’interprétation sont intactes.

 

Il faudra 50 ans (1) pour que Sacco et Vanzetti soient réhabilités. Par un démocrate, évidemment : Michael Dukakis.

 

 

P.S. : Un petit bémol toutefois à propos de la version proposée : nous avons le choix entre deux versions sonores, une première doublée en français et une autre partiellement en italien. IL serait tout de même plus intéressant d’avoir une version conservant les véritables dialogues, américains et italien, cela aurait évité le décalage obligatoire et gênant des interventions en italiens d’acteurs américains.

 

  1. Il est étonnant que cette attitude envers les étrangers soit toujours d’actualité dans presque tous les pays du monde. En 100 ans, rien n’a donc changé ?
  2. Normal, il vendait des poissons…
  3. Des images d’archives terribles montrant la même répression de la police : à New York ou San Francisco, puis en Angleterre, en France, en Inde…
  4. Jour pour jour après leur exécution, le 23 août 1977 !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Blake Edwards
La Panthère rose (The pink Panther - Blake Edwards, 1963)

Naissance d’une légende.

Ou plutôt deux : la Panthère rose – animal imaginé par Freleng, dotée de la magnifique musique d’Henry Mancini – et l’inspecteur Clouseau (Peter Sellers).

Mais cil est sûr que tous les deux ont atteint le statut de légende avec ce film et surtout les suites qui en ont découlé : une série de dessins animés de haut vol et une série de film par Blake Edwards pendant 30 ans (1).

 

C’est l’animal, qu’on aperçoit en premier, participant au superbe générique d’ouverture, piratant quand c’est possible les inscriptions.

Puis nous entrons dans le vif du sujet : l’autre Panthère rose.

Ca commence comme une histoire des Mille et une Nuits, avec un souverain oriental à qui on a offert un fabuleux diamant présentant un tout petit défaut : une teinte plus sombre rappelant un animal (2).

Ce diamant est alors volé par un individu laissant sa marque : un gant brodé de la lettre P (3).

Mais, chose étonnante, personne ne parle de ce larcin. Par contre on parle beaucoup du Phantom, de son vrai nom Sir Charles Lytton (David Niven) : la malhonnêteté ne connaît pas de barrière sociale.

 

Parmi tous ceux qui parlent du Phantom, un seul nous intéresse : l’inspecteur Jacques Clouseau, as de la police française et surtout le type le plus maladroit depuis l’avènement du cinéma parlant.

Il faut dire que Peter Sellers est extraordinaire dans ce rôle. Lui qui fut membre du Goon Show avec Spike Milligan – une équipe de comiques qui influença les Monty Python (et bien d’autres) – ne pouvait qu’être Clouseau.

A chaque intervention, c’est une catastrophe, en amenant une autre, etc. 

 

Mais Peter Sellers partage la vedette avec l’immense David Niven (voir générique) et c’est plus sur ce dernier que se focalise l’intrigue, son adresse criminelle et les conquêtes féminines : la princesse Dala (Claudia Cardinale) et la belle Simone Clouseau (Capucine), la propre femme de Clouseau.

S’ajoute à cela un neveu un tantinet escroc – George Lytton (Robert Wagner) – et un bal costumé qui se termine en apothéose. Bref, du grand spectacle.

Ce final de bal costumé nous ramène aux Keystone Cops de Mack Sennett, où tout était prétexte à une poursuite folle. Et Blake Edwards renouvelle le genre en utilisant un figurant qui sort d’une trattoria et veux traverser la route : les voitures défilent dans tous les sens alors le type prend une chaise et s’assoit, attendant la fin inévitable de cette poursuite (4).


On s’amuse alors beaucoup, surtout aux dépens de Clouseau et on se dit qu’on aurait aimé un peu plus le suivre dans ses déplacements. Ce sera le cas l’année suivante que Blake Edwards et Peter Sellers retourneront ensemble.

Mais, encore une fois, ceci est une autre histoire.

 

 

P.S. : Un réalisateur français, dont je tairai le nom, a voulu reprendre à son compte cette idée de bal costumé l’année suivante. Mais tout le monde n’est pas Blake Edwards, et ce qui fait le sel de cette séquence ne se retrouve pas dans sa pâle copie franchouillarde… Tant mieux pour nous !

 

  1. Deux autres films sont sortis depuis avec Steve Martin dans le rôle de Clouseau.
  2. Pas besoin de vous dire lequel.
  3. Comme « Phantom » (en VO).
  4. Je vous laisse la (re)découvrir.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
Back Pay (Frank Borzage, 1922)

Hester Bevins (Seena Owen) vit à Demopolis (1), trop loin de la grande ville (New York) pour une jeune femme comme elle.

Elle n’est pas faite pour cette vie routinière : loger dans la pension de famille de Mrs. Simmons ; participer aux événements locaux.

Même son fiancé, Jerry Newcombe (Matt Moore), n’arrive pas à la retenir, malgré sa nouvelle voiture (un buggy tiré par un cheval).

Alors Hester part pour New York.

Cinq ans après, elle est une femme riche. Mais surtout, c’est une femme entretenue. Alors quand elle retourne à Demopolis, comme ça, pour voir, personne ne la reconnaît : on l’a oublié.

Sauf, bien entendu Jerry.

 

Nous sommes chez Borzage, alors la belle Hester, qui est toujours entourée, se sent inlassablement seule.

La vie à Demopolis, et en particulier à la pension de Mrs Simmons est d’un ennui incroyable pour cette jeune femme qui ne rêve que de luxe et d’excitation. Sa vie est vide parmi ces braves gens.

Le seul qui comprend les sentiments d’Hester, c’est bien entendu Jerry. C’est lui qui l’accompagne quand elle part définitivement.

C’est bien connu, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils sont difficiles à supporter.

 

Alors que les réalisateurs de l’époque s’accordent à montrer la corruption de la Ville (1), Borzage fait une ellipse de cinq ans résumés par un intertitre : Hester a bien réussi, mais pas spécialement en travaillant.

On a alors un aperçu de ce que sont ses occupations, essentiellement des fêtes bien arrosées avec ses nouveaux amis Kitty (Ethel Duray) et Speed (Charles Craig), et bien sûr, celui qui l’entretient : Charles G. Wheeler (J. Barney Sherry).

Mais elle est seule, toujours.

Alors quand elle passe près de son ancienne ville, elle y retrouve Jerry, le seul qui ne l’a pas oublié, mais malgré cela, elle repart vers sa vie frivole, laissant une nouvelle fois le pauvre Jerry.

 

Mais le revoir va en fait changer doucement sa vie : elle voit en Jerry un ami fidèle, mais tellement à l’opposé de ce qui est son existence. Mais un ressort s’est cassé, et elle se sent de plus en plus triste, de plus en plus seule.

Et pendant que les fêtes s’enchaînent toutes plus folles les aunes que les autres, Jerry est parti en France, combattre.

Quand il revient, c’est un homme brisé, ravagé par les gaz et aveugle (3), à qui le chirurgien ne donne que trois semaines à vivre.

On retrouve alors la rédemption chère à Borzage (et aux Américains en général) dans cet amour bref mais ô combien intense, qui la sauvera de sa vie dissolue : la morale est sauve.

 

Au-delà de la fin un tantinet moralisatrice, on retrouve l’atmosphère des films de Borzage, avec ce souci constant de l’éclairage : le soleil qui est voilé par un nuage et qui assombrit la scène, annonçant la lente déchéance d’Hester ; le dernier crépuscule de Jerry, où le soleil a beau briller, ma  la lumière est grise, froide. On retrouvera cet éclairage chez Murnau dans Sunrise, mais est-ce bien étonnant ?

 

Encore une fois, un très beau mélodrame qui annonce les derniers films muets du maître : le thème de la solitude, les éclairages expressifs et deux solitudes qui sont de prime abord différentes mais qui ne peuvent que se retrouver le temps de vivre quelque chose de grand.

Du Borzage, quoi !

 

 

  1. Etymologiquement « ville du peuple ».
  2. New York est presque toujours le symbole de la perdition.
  3. Il annonce le personnage de Chico (Charles Farrell) dans Seventh Heaven.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stéphane Brizé
La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015)

Thierry (Vincent Lindon) est au chômage, depuis trop longtemps.

Il cherche du travail, mais évidemment, il n’en trouve pas.

Enfin, il en trouve, mais il n’est plus dans la même branche et encore moins au même salaire.

C’est la loi du marché : il faut être disponible et surtout flexible.

Flexible avec son temps et surtout avec l’argent qu’on ne va plus gagner.

 

Stéphane Brizé nous propose ici un film qu’on pourrait aisément qualifier de docu-fiction, si ce qu’il racontait était une fiction.

Malheureusement, c’est une réalité très concrète qu’il nous dépeint : le quotidien d’un homme ordinaire, avec son épouse ordinaire elle aussi, dans un appartement ordinaire(1), mais avec un fils qui lui, en sort de l’ordinaire. Matthieu (Matthieu Scheller) est handicapé physique, alors le protocole scolaire est particulier, et couteux. Alors quand on n’a plus le choix, on accepte ce qui se propose.

 

Thierry est donc devenu vigile d’un supermarché. Toute la journée il surveille : les clients qui entrent et sortent ou ceux qui déambulent dans les rayons. Avec toujours en tête de dénicher celui qui « oublie » d’enregistrer un article. Et quand c’est le cas s’il peut payer, on en reste là, sinon, c’est la police qui vient prendre le relais. Pour trois fifrelins la plupart du temps, mais dans la tête de ceux qui ont volé, ce n’est pas rien. Jamais.

 

Le film se déroule, implacable, avec un Vincent Lindon très sobre. Son personnage est un témoin de son époque et Stéphane Brizé le suit toujours au plus près, caméra sur l’épaule. Cette façon de le filmer ancre cette histoire dans une réalité de plus en plus intemporelle : le travail de Thierry consiste aussi à surveiller les caissières qui profitent de certaines situations et empochent par ci par là un ticket de promotion qu’un client a refusé. Mais rien que ça, pour une ristourne de 50 centimes ou un peu plus, on se retrouve au chômage avec une appréciation qui n’aide pas pour retrouver un nouvel emploi.

 

Et si Vincent Lindon joue juste (2) et sobrement, c’est parce qu’il est entouré par des gens qui, s’ils jouent un rôle, jouent ce qui fut à un moment leur véritable rôle : des chômeurs, des employés de la grande distribution… Leur sincérité et leur générosité – parce qu’il faut être très généreux pour se livrer ainsi – donnent le ton au film et permettent à Lindon de trouver la bonne attitude à adopter au fil des événements : heureux quand il trouve du travail, moins heureux quand une caissière renvoyée est revenue se suicider sur son ancien lieu de travail.

Vincent Lindon ne joue plus, il est Thierry : un homme ordinaire, terriblement ordinaire.

Ordinairement terrible.

 

Alors Thierry observe, et à un moment, il dénonce. Les petits voleurs à l’étalage comme ses « collègues ». Pas de quoi pavoiser. Vraiment pas.

Et nous spectateurs suivons cette descente, parce qu’il y a descente : quand on prend prétexte de quelques tickets de réduction pour licencier quelqu’un, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette société.

Et il semble que ce ne soit que le début (3) : trois ans plus tard, la situation s’est encore plus détériorée et il n’est pas prévu d’amélioration pour « les petits, les obscurs, les sans grade »…

 

Bien sûr, moi qui vous parle, ne suis pas encore concerné par cette « loi du marché ». Mais pour combien de temps ?

 

  1. Pas encore fini de payer
  2. Deux récompenses pour lui
  3. En 2015, E. Macron n’est pas encore président.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #George Roy Hill, #Robert Redford
L'Arnaque (The Sting - George Roy Hill, 1973)

Paul Newman & Robert Redford, quatre ans après Butch Cassidy & le Kid, et toujours sous la direction de George Roy Hill : le succès était assuré.

Mais si Newman et Redford pouvaient suffire pour assurer le succès, il valait tout de même mieux proposer une intrigue solide à ces deux mythes : c’est chose faite avec L’Arnaque, accompagné par la musique caractéristique de Scott Joplin qui fut remis au goût du jour pour le grand public.

Et ça a marché !

 

Johnny Hooker (Robert Redford) est un truand à la petite semaine, faisant des petites arnaques avec Luther Coleman (Robert Earl Jones, le père de qui vous savez), jusqu’au jour où ils s’attaquent – in volontairement à du très gros gibier : Doyle Lonnegan (Robert Shaw).

Et Lonnegan n’est pas du genre à faire dans la dentelle, alors évidemment c’est Coleman qui trinque et Johnny qui doit quitter Chicago.

Il rencontre alors Henry Gondorff (Paul Newman) et ensemble ils vont monter cette fameuse arnaque qu’on nous promet tant.

 

Il faut avouer que cette arnaque est un véritable tour de force : on assiste à toutes les étapes de la préparation jusqu’à la réalisation, avec une grande jubilation : ces hommes qui se reconnaissent en se frottant légèrement le nez ajoute une touche de conspiration. Parce qu’il s’agit d’une conspiration : on va venger la mort du pauvre Luther, grand arnaqueur devant l’éternel, maître incontesté du milieu.

Et non seulement cette arnaque va fonctionner magnifiquement et Lonnegan en sera pour ses frais (1), mais le spectateur va lui aussi être victime d’une fabuleuse arnaque, résultat d’un retournement de dernière minute : du grand art !

 

Si le milieu de l’intrigue est la pègre à l’ancienne, on n’en est pas non plus au niveau du Parrain. Les truands sont redoutables (2), mais leurs surnoms ajoutent à la comédie qui est en train de se jouer : rien que le dénommé Lace (dentelle en français) a une stature et une mine patibulaire qui ne vont pas vraiment avec son surnom.

Mais nous sommes dans une comédie qui a – elle aussi – le privilège de se bonifier avec le temps : plus on voit ce film et plus l’arnaque est délicieuse.

Comme pour un roman policier qu’on relit, les différents indices qui permettent la résolution finale sont disséminés dans ce qu’on nous montre : la première vision ne peut pas recouper tout ce qu’on voit, même si une fois le forfait accompli, on en comprend les mécanismes.

Bref, si on se fait arnaquer la première fois, on y revient pour voir comment on a été abusé, et le film n’en devient que plus savoureux.

 

Un dernier mot tout de même.

Si Newman et Redford sont des stars absolues, au charme absolu lorsque le film sort, on remarque que les femmes qui les intéressent ne sont pas à leur niveau : sans être laides Billie (Eileen Brennan) et Loretta (Dimitra Arliss) ne sont pas ce qu’on peut appeler des sex-symbols comme on imaginerait les femmes autour de ces deux hommes.

Mais c’est comme ça : ces deux malfrats sont des gens comme les autres et ils ont des goûts très ordinaires.

 

  1. Enormes, n’oubliez pas que nous sommes en pleine crise, dans les années 1930s. Un seul plan nous renseigne sur cette période : celui quand Johnny essaie d’échapper à Snyder (Charles Durning), qui le fait traverser une espèce de camp-bidonville près de la station de métro.
  2. C’est la condition sine qua non.

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