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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Blake Edwards
La Panthère rose (The pink Panther - Blake Edwards, 1963)

Naissance d’une légende.

Ou plutôt deux : la Panthère rose – animal imaginé par Freleng, dotée de la magnifique musique d’Henry Mancini – et l’inspecteur Clouseau (Peter Sellers).

Mais cil est sûr que tous les deux ont atteint le statut de légende avec ce film et surtout les suites qui en ont découlé : une série de dessins animés de haut vol et une série de film par Blake Edwards pendant 30 ans (1).

 

C’est l’animal, qu’on aperçoit en premier, participant au superbe générique d’ouverture, piratant quand c’est possible les inscriptions.

Puis nous entrons dans le vif du sujet : l’autre Panthère rose.

Ca commence comme une histoire des Mille et une Nuits, avec un souverain oriental à qui on a offert un fabuleux diamant présentant un tout petit défaut : une teinte plus sombre rappelant un animal (2).

Ce diamant est alors volé par un individu laissant sa marque : un gant brodé de la lettre P (3).

Mais, chose étonnante, personne ne parle de ce larcin. Par contre on parle beaucoup du Phantom, de son vrai nom Sir Charles Lytton (David Niven) : la malhonnêteté ne connaît pas de barrière sociale.

 

Parmi tous ceux qui parlent du Phantom, un seul nous intéresse : l’inspecteur Jacques Clouseau, as de la police française et surtout le type le plus maladroit depuis l’avènement du cinéma parlant.

Il faut dire que Peter Sellers est extraordinaire dans ce rôle. Lui qui fut membre du Goon Show avec Spike Milligan – une équipe de comiques qui influença les Monty Python (et bien d’autres) – ne pouvait qu’être Clouseau.

A chaque intervention, c’est une catastrophe, en amenant une autre, etc. 

 

Mais Peter Sellers partage la vedette avec l’immense David Niven (voir générique) et c’est plus sur ce dernier que se focalise l’intrigue, son adresse criminelle et les conquêtes féminines : la princesse Dala (Claudia Cardinale) et la belle Simone Clouseau (Capucine), la propre femme de Clouseau.

S’ajoute à cela un neveu un tantinet escroc – George Lytton (Robert Wagner) – et un bal costumé qui se termine en apothéose. Bref, du grand spectacle.

Ce final de bal costumé nous ramène aux Keystone Cops de Mack Sennett, où tout était prétexte à une poursuite folle. Et Blake Edwards renouvelle le genre en utilisant un figurant qui sort d’une trattoria et veux traverser la route : les voitures défilent dans tous les sens alors le type prend une chaise et s’assoit, attendant la fin inévitable de cette poursuite (4).


On s’amuse alors beaucoup, surtout aux dépens de Clouseau et on se dit qu’on aurait aimé un peu plus le suivre dans ses déplacements. Ce sera le cas l’année suivante que Blake Edwards et Peter Sellers retourneront ensemble.

Mais, encore une fois, ceci est une autre histoire.

 

 

P.S. : Un réalisateur français, dont je tairai le nom, a voulu reprendre à son compte cette idée de bal costumé l’année suivante. Mais tout le monde n’est pas Blake Edwards, et ce qui fait le sel de cette séquence ne se retrouve pas dans sa pâle copie franchouillarde… Tant mieux pour nous !

 

  1. Deux autres films sont sortis depuis avec Steve Martin dans le rôle de Clouseau.
  2. Pas besoin de vous dire lequel.
  3. Comme « Phantom » (en VO).
  4. Je vous laisse la (re)découvrir.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
Back Pay (Frank Borzage, 1922)

Hester Bevins (Seena Owen) vit à Demopolis (1), trop loin de la grande ville (New York) pour une jeune femme comme elle.

Elle n’est pas faite pour cette vie routinière : loger dans la pension de famille de Mrs. Simmons ; participer aux événements locaux.

Même son fiancé, Jerry Newcombe (Matt Moore), n’arrive pas à la retenir, malgré sa nouvelle voiture (un buggy tiré par un cheval).

Alors Hester part pour New York.

Cinq ans après, elle est une femme riche. Mais surtout, c’est une femme entretenue. Alors quand elle retourne à Demopolis, comme ça, pour voir, personne ne la reconnaît : on l’a oublié.

Sauf, bien entendu Jerry.

 

Nous sommes chez Borzage, alors la belle Hester, qui est toujours entourée, se sent inlassablement seule.

La vie à Demopolis, et en particulier à la pension de Mrs Simmons est d’un ennui incroyable pour cette jeune femme qui ne rêve que de luxe et d’excitation. Sa vie est vide parmi ces braves gens.

Le seul qui comprend les sentiments d’Hester, c’est bien entendu Jerry. C’est lui qui l’accompagne quand elle part définitivement.

C’est bien connu, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils sont difficiles à supporter.

 

Alors que les réalisateurs de l’époque s’accordent à montrer la corruption de la Ville (1), Borzage fait une ellipse de cinq ans résumés par un intertitre : Hester a bien réussi, mais pas spécialement en travaillant.

On a alors un aperçu de ce que sont ses occupations, essentiellement des fêtes bien arrosées avec ses nouveaux amis Kitty (Ethel Duray) et Speed (Charles Craig), et bien sûr, celui qui l’entretient : Charles G. Wheeler (J. Barney Sherry).

Mais elle est seule, toujours.

Alors quand elle passe près de son ancienne ville, elle y retrouve Jerry, le seul qui ne l’a pas oublié, mais malgré cela, elle repart vers sa vie frivole, laissant une nouvelle fois le pauvre Jerry.

 

Mais le revoir va en fait changer doucement sa vie : elle voit en Jerry un ami fidèle, mais tellement à l’opposé de ce qui est son existence. Mais un ressort s’est cassé, et elle se sent de plus en plus triste, de plus en plus seule.

Et pendant que les fêtes s’enchaînent toutes plus folles les aunes que les autres, Jerry est parti en France, combattre.

Quand il revient, c’est un homme brisé, ravagé par les gaz et aveugle (3), à qui le chirurgien ne donne que trois semaines à vivre.

On retrouve alors la rédemption chère à Borzage (et aux Américains en général) dans cet amour bref mais ô combien intense, qui la sauvera de sa vie dissolue : la morale est sauve.

 

Au-delà de la fin un tantinet moralisatrice, on retrouve l’atmosphère des films de Borzage, avec ce souci constant de l’éclairage : le soleil qui est voilé par un nuage et qui assombrit la scène, annonçant la lente déchéance d’Hester ; le dernier crépuscule de Jerry, où le soleil a beau briller, ma  la lumière est grise, froide. On retrouvera cet éclairage chez Murnau dans Sunrise, mais est-ce bien étonnant ?

 

Encore une fois, un très beau mélodrame qui annonce les derniers films muets du maître : le thème de la solitude, les éclairages expressifs et deux solitudes qui sont de prime abord différentes mais qui ne peuvent que se retrouver le temps de vivre quelque chose de grand.

Du Borzage, quoi !

 

 

  1. Etymologiquement « ville du peuple ».
  2. New York est presque toujours le symbole de la perdition.
  3. Il annonce le personnage de Chico (Charles Farrell) dans Seventh Heaven.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Stéphane Brizé
La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015)

Thierry (Vincent Lindon) est au chômage, depuis trop longtemps.

Il cherche du travail, mais évidemment, il n’en trouve pas.

Enfin, il en trouve, mais il n’est plus dans la même branche et encore moins au même salaire.

C’est la loi du marché : il faut être disponible et surtout flexible.

Flexible avec son temps et surtout avec l’argent qu’on ne va plus gagner.

 

Stéphane Brizé nous propose ici un film qu’on pourrait aisément qualifier de docu-fiction, si ce qu’il racontait était une fiction.

Malheureusement, c’est une réalité très concrète qu’il nous dépeint : le quotidien d’un homme ordinaire, avec son épouse ordinaire elle aussi, dans un appartement ordinaire(1), mais avec un fils qui lui, en sort de l’ordinaire. Matthieu (Matthieu Scheller) est handicapé physique, alors le protocole scolaire est particulier, et couteux. Alors quand on n’a plus le choix, on accepte ce qui se propose.

 

Thierry est donc devenu vigile d’un supermarché. Toute la journée il surveille : les clients qui entrent et sortent ou ceux qui déambulent dans les rayons. Avec toujours en tête de dénicher celui qui « oublie » d’enregistrer un article. Et quand c’est le cas s’il peut payer, on en reste là, sinon, c’est la police qui vient prendre le relais. Pour trois fifrelins la plupart du temps, mais dans la tête de ceux qui ont volé, ce n’est pas rien. Jamais.

 

Le film se déroule, implacable, avec un Vincent Lindon très sobre. Son personnage est un témoin de son époque et Stéphane Brizé le suit toujours au plus près, caméra sur l’épaule. Cette façon de le filmer ancre cette histoire dans une réalité de plus en plus intemporelle : le travail de Thierry consiste aussi à surveiller les caissières qui profitent de certaines situations et empochent par ci par là un ticket de promotion qu’un client a refusé. Mais rien que ça, pour une ristourne de 50 centimes ou un peu plus, on se retrouve au chômage avec une appréciation qui n’aide pas pour retrouver un nouvel emploi.

 

Et si Vincent Lindon joue juste (2) et sobrement, c’est parce qu’il est entouré par des gens qui, s’ils jouent un rôle, jouent ce qui fut à un moment leur véritable rôle : des chômeurs, des employés de la grande distribution… Leur sincérité et leur générosité – parce qu’il faut être très généreux pour se livrer ainsi – donnent le ton au film et permettent à Lindon de trouver la bonne attitude à adopter au fil des événements : heureux quand il trouve du travail, moins heureux quand une caissière renvoyée est revenue se suicider sur son ancien lieu de travail.

Vincent Lindon ne joue plus, il est Thierry : un homme ordinaire, terriblement ordinaire.

Ordinairement terrible.

 

Alors Thierry observe, et à un moment, il dénonce. Les petits voleurs à l’étalage comme ses « collègues ». Pas de quoi pavoiser. Vraiment pas.

Et nous spectateurs suivons cette descente, parce qu’il y a descente : quand on prend prétexte de quelques tickets de réduction pour licencier quelqu’un, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette société.

Et il semble que ce ne soit que le début (3) : trois ans plus tard, la situation s’est encore plus détériorée et il n’est pas prévu d’amélioration pour « les petits, les obscurs, les sans grade »…

 

Bien sûr, moi qui vous parle, ne suis pas encore concerné par cette « loi du marché ». Mais pour combien de temps ?

 

  1. Pas encore fini de payer
  2. Deux récompenses pour lui
  3. En 2015, E. Macron n’est pas encore président.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #George Roy Hill, #Robert Redford
L'Arnaque (The Sting - George Roy Hill, 1973)

Paul Newman & Robert Redford, quatre ans après Butch Cassidy & le Kid, et toujours sous la direction de George Roy Hill : le succès était assuré.

Mais si Newman et Redford pouvaient suffire pour assurer le succès, il valait tout de même mieux proposer une intrigue solide à ces deux mythes : c’est chose faite avec L’Arnaque, accompagné par la musique caractéristique de Scott Joplin qui fut remis au goût du jour pour le grand public.

Et ça a marché !

 

Johnny Hooker (Robert Redford) est un truand à la petite semaine, faisant des petites arnaques avec Luther Coleman (Robert Earl Jones, le père de qui vous savez), jusqu’au jour où ils s’attaquent – in volontairement à du très gros gibier : Doyle Lonnegan (Robert Shaw).

Et Lonnegan n’est pas du genre à faire dans la dentelle, alors évidemment c’est Coleman qui trinque et Johnny qui doit quitter Chicago.

Il rencontre alors Henry Gondorff (Paul Newman) et ensemble ils vont monter cette fameuse arnaque qu’on nous promet tant.

 

Il faut avouer que cette arnaque est un véritable tour de force : on assiste à toutes les étapes de la préparation jusqu’à la réalisation, avec une grande jubilation : ces hommes qui se reconnaissent en se frottant légèrement le nez ajoute une touche de conspiration. Parce qu’il s’agit d’une conspiration : on va venger la mort du pauvre Luther, grand arnaqueur devant l’éternel, maître incontesté du milieu.

Et non seulement cette arnaque va fonctionner magnifiquement et Lonnegan en sera pour ses frais (1), mais le spectateur va lui aussi être victime d’une fabuleuse arnaque, résultat d’un retournement de dernière minute : du grand art !

 

Si le milieu de l’intrigue est la pègre à l’ancienne, on n’en est pas non plus au niveau du Parrain. Les truands sont redoutables (2), mais leurs surnoms ajoutent à la comédie qui est en train de se jouer : rien que le dénommé Lace (dentelle en français) a une stature et une mine patibulaire qui ne vont pas vraiment avec son surnom.

Mais nous sommes dans une comédie qui a – elle aussi – le privilège de se bonifier avec le temps : plus on voit ce film et plus l’arnaque est délicieuse.

Comme pour un roman policier qu’on relit, les différents indices qui permettent la résolution finale sont disséminés dans ce qu’on nous montre : la première vision ne peut pas recouper tout ce qu’on voit, même si une fois le forfait accompli, on en comprend les mécanismes.

Bref, si on se fait arnaquer la première fois, on y revient pour voir comment on a été abusé, et le film n’en devient que plus savoureux.

 

Un dernier mot tout de même.

Si Newman et Redford sont des stars absolues, au charme absolu lorsque le film sort, on remarque que les femmes qui les intéressent ne sont pas à leur niveau : sans être laides Billie (Eileen Brennan) et Loretta (Dimitra Arliss) ne sont pas ce qu’on peut appeler des sex-symbols comme on imaginerait les femmes autour de ces deux hommes.

Mais c’est comme ça : ces deux malfrats sont des gens comme les autres et ils ont des goûts très ordinaires.

 

  1. Enormes, n’oubliez pas que nous sommes en pleine crise, dans les années 1930s. Un seul plan nous renseigne sur cette période : celui quand Johnny essaie d’échapper à Snyder (Charles Durning), qui le fait traverser une espèce de camp-bidonville près de la station de métro.
  2. C’est la condition sine qua non.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nicolas Vanier
L'Ecole buissonnière (Nicolas Vanier, 2017)

Et puis Nicolas Vanier a filmé les hommes.

 

On connaît le documentariste, moins le cinéaste de fiction. Bien sûr, il y a eu Belle et Sébastien, mais ce n’était pas du Vanier, à l’origine. Tandis que là, en plus d’avoir réalisé, il a coécrit le scénario avec Jérôme Tonnerre, mais tiré tout de même de son roman.

Alors il a gommé l’histoire algérienne et le père réquisitionné là-bas, et a tout déplacé en Sologne, il y a quatre-vingt-dix ans : en 1927.

Si 1927 est une année en or pour le cinéma, c’est aussi l’année où le petit Paul (Jean Scandel) est retiré de l’orphelinat par Célestine (Valérie Karsenti) pour vivre chez elle et Borel (Eric Elmosnino).

Il faut dire qu’à côté de l’orphelinat, la Sologne, c’est avant tout la liberté.

Alors évidemment, si on parle de liberté, on est obligé de mentionner Totoche (François Cluzet), le braconnier attitré à la région et surtout aux terres du comte de la Fresnay (François Berléand).

 

Si le titre renvoie au film de Jean-Paul Le Chanois, il est tout de même plus proche du Ni vu ni connu du grand Yves Robert.

En effet, on y trouve la rivalité inutile entre le garde-chasse et le braconnier, mais avec le réalisme remplaçant la farce.

Certes, Borel est à son tour le cocu de l’affaire (1), mais s’il n’est pas magnifique, il en est tout de même et avant tout humain.

 

Alors pas de jeu du chat et de la souris, ça ne sert à rien, mais plutôt une initiation : celle de Paul qui passe de l’un à l’autre avant de rencontrer la personne qui va changer sa vie : le comte (François Berléand).

C’est un homme fini, prisonnier de sa culpabilité et obligé de supporter son fils (Thomas Durand, haïssable à souhait, donc un personnage indispensable et un jeu qui l’est tout autant), un oisif qui n’a jamais rien fait de sa vie, à part dépenser son héritage (par anticipation). Alors évidemment, quand Paul débarque dans sa vie… Mais je vous laisse la surprise (2).

 

Mais si l’histoire est un tantinet convenue, le film n’en demeure pas moins très généreux. C’est une belle histoire qui renvoie à d’autres (Les Enfants du marais, par exemple), où le temps s’arrête le temps d’un été, d’un weekend, d’un après-midi. Mais même si l’intrigue commence à Paris, jamais nous ne voyons la ville. Paris, c’est un bâtiment où sonne Célestine, et le reste de la civilisation, c’est un train à vapeur perdu dans une ligne forestière.

 

Et puis surtout, Nicolas Vanier fait évoluer son histoire et ses acteurs dans une magnifique Sologne, immaculée de la présence humaine malgré les intentions du fils indigne, et nid d’une faune merveilleuse.

On retrouve dans les paysages la caméra du documentariste animalier, mais avec les contingences humaines nécessaires au développement de l’écosystème. Si le braconnier est féru d’animaux et sait reconnaître chacun d’eux de vue ou d’ouïe, il n’en demeure pas moins un chasseur-pêcheur tirant le meilleur parti du milieu dans lequel il ne fait pas que chasser : il y vit aussi.

 

Alors oui, on peut s’offusquer de la chasse à courre (3) donnée par le Comte après un « 18 cors », mais on ne peut que garder sa sympathie envers ce vieil homme qui n’a plus qu’un seul rêve depuis que sa fille est partie (4) : chasser ce 18 cors, cette légende que seul Paul - et l’institutrice (Murielle Huet des Aunay) – n’a vu, perpétuant sa légende : un 18 cors, allons !

Alors laissez-vous entraîner dans cette Sologne idéale, pas encore dénaturée par les hommes, avec ses espèces magnifiques.

 

Magnifiques, mais pour combien de temps encore ?

 

  1. Dans tous les sens du terme.
  2. Si vous croyez aux surprises…
  3. Je ne chasse toujours pas, et il y a bien longtemps que j’ai pêché (et pas par omission…)
  4. Elle est morte, douze ans plus tôt.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Marc Allégret
Entrée des Artistes (Marc Allégret, 1938)

Allégret (Marc), Jeanson (Henri), Jouvet (Louis) et Dauphine (Claude) : du grand, du très grand.

Il faut dire que ce film est un condensé des années 1930s françaises au cinéma avec des valeurs sures (Carette, Dalio), des jeunes qui montent (Blier, Joyeux, Vitold) et ses figures croisées ça et là (Roquevert, Sylvie), de l’amour, des dialogues et du drame.

Bref, un film complet. Et pourtant, on y parle de théâtre.

 

Nous suivons une année de théâtre comme il s’en passe tous les ans : concours d’entrée, cours de comédie, concours de sortie. On voit alors les heureux reçus enchaîner les scènes sous l’œil attentif et implacable de leur maître : Lambertin (Louis Jouvet).

Et on sent une magnifique osmose entre ces élèves leur maître : il faut dire que certains d’entre eux ont réellement suivi ses cours (1).

 

Mais ce n’est pas Lambertin le centre de l’attention et de l’intrigue, c’est François (Claude Dauphin) : à la fois charmant et charmeur, séduisant et séducteur, mais comédien tout le reste du temps.

C’est d’ailleurs son côté séducteur qui lui jouera des tours : une fille s’en va, une autre arrive, mais quand c’est la bonne, et qu’on est comédien, comment peut-on le prouver, à elle comme aux autres ?

 

Elle, c’est Isabelle (Janine Darcey), et François a beau l’aimer comme un passionné, il lui ressert les mêmes arguments amoureux qui à force d’être rabâchés en perdent de leur force, amenant le drame qui couve : Cœcilia (Odette Joyeux) l’aime à la folie, mais n’a jamais pu se l’avouer, alors le lui dire…

Alors comme au théâtre, on ne fait que prétendre, la limite entre le vrai et le faux est ténue. Ténue mais tellement importante.

Et, bien entendu, malgré le drame qui se joue, avec son issue funeste, c’est tout de même le maître qui conclut ‘et qui donne à ses élèves la plus grande leçon de théâtre qu’on n’ait jamais vue au cinéma.

 

Parce que malgré l’immense talent de Dauphin, de Joyeux et des autres, c’est tout de même Jouvet qui illumine ce film, dans un rôle sur mesure certes, mais il est toujours plus difficile de jouer naturellement son propre rôle.

Il faut dire que tous sont magnifiquement servis par des dialogues de Jeanson assez extraordinaires (2) :

  • Tu ferais un excellent critique. Tu parles fort bien de ce que tu connais mal... (Lambertin)
  • Car j’ai eu dixsept ans. Je ne les ai plus parce que tu les as et que les dix-sept ans, il n’y en a pas pour tout le monde à la fois. (Lambertin)
  • Laver en famille le linge sale des autres. Vous appelez ça un métier ? (Lambertin)
  • […] Se tuer par désespoir… Non… Non…. Aucun intérêt. (Cœcilia)

 

Du grand, du très grand cinéma, avec juste ce qu’il faut de réalisme pour éviter de tomber dans la comédie, et juste assez de comédie pour éviter un drame désespéré comme chez Prévert et Carné...

Mais toujours de belles amours, par essence tragiques.

 

 

  1. Blier, entre autres était son élève à l’époque…
  2. Jouvet a retrouvé ses dialogues ciselés dans le superbe Hôtel du Nord qui sortit deux mois plus tard, avec aussi une partie de la distribution...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Comédie dramatique, #Terry Gilliam
Les Frères Grimm (The Brothers Grimm - Terrry Gilliam, 2005)

Jakob (Heath Ledger) et Wilhelm (Matt Damon) Grimm sont célèbres par leurs histoires qu’on se raconte de village en village dans une Allemagne partiellement occupée par les Français.

Alors quand ils débarquent quelque part, ce n’est jamais pour rien : des phénomènes paranormaux s’y sont manifestés et nos deux héros sont venus désenvouter les lieux.

Sauf que ce sont deux magnifiques escrocs, jouant sur la superstition des paysans, se remplissant les poches grâce aux phénomènes qu’ils ont eux-mêmes créés.

Mais quand des petites filles se mettent à disparaître, on commence par les accuser. Puis on les envoie régler le problème : normal, ce sont deux grands chasseurs d’esprits et de sorcières…

 

Dès la première séquence, le ton est donné : nous sommes dans un film de Gilliam. On y retrouve de l’action, du paranormal, des enfants, et bien entendu des décors magnifiques.

C’est féérique. Normal, ce sont les Grimm.

Mais surtout, ce film est une synthèse des autres films de Gilliam. On y retrouve non seulement Jonathan Pryce, mais des thèmes et une façon de raconter qui rappelle aussi le Baron de Münchhausen, mais avec des effets numériques cette fois-ci. Alors certes, le numérique enlève le charme des effets spéciaux de ses films précédents – les gratte-ciel qui sortent de terre dans Brazil entre autres – mais l’action devient alors plus fluide, et presque naturelle (1).

 

Et puis il y a les contes. Pas seulement ceux des deux frères : on retrouve ceux de Perrault, d’Andersen et d’autres (2). Alors on s’amuse à retrouver les éléments qui nous y renvoient. Et si la haute tour nous renvoie à Raiponce (3), la vieille reine dort sur les 7 matelas de la Princesse au petit pois…

Et puis les pantoufles de verre, le petit chaperon rouge et le baiser magique… C’est un véritable feu d’artifice visuel. J’adore.

 

Et comme dans Münchhausen, il y a la référence picturale. C’était La Naissance de Vénus (4) avec Uma Thurman en magnifique déesse pudique. Ici, c’est l’Ophélie de John Everett Millais. On retrouve dans chaque fille émergée l’héroïne de Shakespeare exposée à la National Gallery. Magnifique. Encore une fois.

Mais ce tableau se reconnaît avant tout grâce à l’éclairage de cette forêt magique, et donc, encore une fois, surnaturelle (1). Pour qui a pu admirer cette œuvre, les images sont probantes : chaque fois qu’une jeune fille apparaît (deux fois en fait), c’est sentiment mortifère qui se dégage le temps de l’apparition.

 

Et puis il y a la distribution. Jonathan Pryce est toujours égal à lui-même : il est Français et s’exprime donc avec un superbe accent, ponctuant ses phrases d’idiomes français. Il ressemble en outre beaucoup à Horatio Jackson (Münchhausen) : aussi fourbe que ce dernier et son sort n’est pas plus enviable…

Matt Damon et Heath Ledger, complétés de Lena Headey (pas encore Cersei, mais déjà très belle) nous donnent une très belle interprétation de ces personnages tellement improbables. Quant à Monica Bellucci, elle est la plus belle, bien sûr, et pas besoin de miroir pour le savoir…

 

C’est donc un film totalement glilliamesque (5), avec de temps en temps, quelques moments de pure absurdité qui nous rappellent que c’est avec les Monty Python qu’il a commencé sa carrière dans le spectacle.

 

 

  1. Il y a rarement du naturel chez Gilliam…
  2. Jack et le Haricot géant est un conter anglais, à la base. De toute façon, ses haricots sont inutiles.
  3. Conte redécouvert grâce aux studios Pixar/Disney
  4. Sandro Botticelli
  5. Oui, je néologise, et alors ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pierre Jolivet
Mains armées (Pierre Jolivet, 2012)

C’est un homme qui court. Il s’appelle Lucas. Lucas Skali (Roschdy Zem). Il est flic.

Il court après les bandits. Il court après sa fille. Il court après sa vie.

Il enquête sur un trafic qui va le rapprocher de sa fille. Sa fille Maya (Leïla Bekhti) qu’il ne connaît pas.

 

Il y a chez Pierre Jolivet une constante : la relation à l’autre. Et ici, cette relation, ou plutôt ces relations sont le nœud de l’intrigue.

Certes Skali est policier et enquête. Mais le rapprochement géographique d’avec sa fille perturbe son mode de fonctionnement. Il ne peut plus l’ignorer. Et peut-être ne le veut-il plus, lui qui a abandonné la mère quand elle lui a annoncé être enceinte.

« On fait tous des conneries » s’excuse-t-il presque. Mais le fait est là : il a une fille, et il ne la connaît que par son dossier administratif.

 

Parce que Maya, elle aussi, est flique. Certes elle ‘na pas la carrière prestigieuse de celui qui aurait dû être son père, mais elle fait tout de même partie de la grande Maison. Elle travaille sous les ordres de Bass (Marc Lavoine), un crack (1) des stup’s, mais qui a tendance à faire passer la déontologie au second plan : en clair, c’est un pourri, et comme toute chose pourrie, il a contaminé ceux qu’il touche. Maya comme les autres.

 

Et puis il y a le coup de pouce du Destin : ils vont se « croiser », comme le dit le père. Se croiser, alors qu’il y aurait tellement mieux à faire.

Mais ce n’est jamais le bon moment. Il y a toujours autre chose qui fait que le croisement n’est jamais bien long. Cette chose, c’est la parole.

Pourtant Skali parle très bien. Quand il travaille. Et avec sa fille, comme il n’est pas dans le cadre du boulot, il parle mal. Oh, il n’est pas incorrect. Il est juste maladroit.

Maladroit comme peut l’être quelqu’un qui se prend son passé à la figure, deux fois :

  • par sa fille qui lui reproche tout parce qu’elle ne sait pas comment lui parler et qu’il est toujours plus facile d’agresser que d’aider ;
  • ensuite c’est lui-même qui se le reproche, par ses mots qu’il ne peut pas trouver, parce que devenir père de but en blanc, d’une jeune femme de 26 ans, ce n’est pas simple. Et pourtant…

Pourtant, à un moment, ils devront faire le grand saut. Mais peut-on rattraper 26 ans en quelques minutes ? Non. Normalement pas. Mais des fois, le Destin, encore lui, abolit le temps et l’espace, et la fusion se fait, parce que de toute façon, il ne reste plus rien.

Plus rien qu’un homme qui court. Seul.

Et qui s’assoit devant un paysage somptueux.

Et qui s’y perd, terriblement seul.

 

 

(1) Non, ce n’est pas un pléonasme…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henry King
Un Homme de fer (Twelve o'clock High - Henry King, 1949)

Archbury, Grande Bretagne, 1949.

Un homme – Stovall (Dean Jagger) – qui vient d’acheter un chapeau Remarque une carafe en forme de tête d’homme masqué. Il l’achète et se rend dans la campagne alentour, là où se dressait une base aéronavale américaine.

Alors il se souvient : 1942, dans la compagnie 918, dirigée par le colonel Davenport (Gary Merrill) puis par le général Savage (Gregory Peck).

 

C’est un film de guerre, un film d’hommes. Les rares femmes qu’on y croise sont infirmières ou serveuses, c’est dire leur importance dans cette intrigue.

Si Wings ou Hell’s Angels traitaient avec panache les combats aériens des pilotes américains pendant la première guerre mondiale, cette histoire n’a ni le grandiose ni la flamboyance des deux autres films. En effet, ce qui est le plus important dans ce film, ce sont avant tout les personnages. Cet « homme de fer » dont parle le titre français est un homme sévère et pas toujours juste.

 

On retrouve ici un thème qui revient régulièrement dans le cinéma américain : transformer une bande de jeunes garçons en hommes, mais surtout en militaires aguerris (1). Mais contrairement aux exemples énoncés ci-dessous, tout n’est pas à faire. Et quand Savage débarque dans cette compagnie, un certain laisser-aller s’est installé au milieu de ces hommes qui, ne l’oublions pas, sont avant tout des combattants qui risquent leur vie à chaque expédition : cette insouciance permet aux hommes de sortir de leur univers mortifère.

 

Mais c’est la guerre et Savage a décidé de tout changer. Dorénavant, plus dilettantisme : Savage est une poigne de fer dans un gant qui est aussi de fer.

Et ça marche. Les expéditions sont de plus en plus efficaces, et les pertes diminuent.

Mais, et c’est là qu’on atteint le cœur du problème : Savage demande aux hommes autant qu’il se demande à lui-même et c’est en ça que ce film de guerre est différent.


En effet, nous n’assistons qu’à une seule expédition en l’air : des autres nous ne voyons qu’un bout du décollage et de l’atterrissage. Mais lors de cette expédition, Henry King mélange avec bonheur des images tournées en studio avec des images d’archives américaines et allemandes. Le résultat est tout à fait bluffant. En effet, ces images d’archives ne concernent pas seulement des avions qui volent mais aussi des hommes qui mitraillent des avions ennemis.

Et les quelques plans de cockpit tournées par King bénéficient d’un arrière-plan aérien très réaliste fort bien monté.

 

Et puis il y a Gregory Peck. C’est déjà son onzième film et pour une fois, il est dans un rôle qui ne le met pas totalement en valeur. En effet, l’arrivée de Savage et ses premières décisions à la base sont très mal prises et la totalité des pilotes veulent être mutés ailleurs.

Même si Savage est un militaire de grande qualité, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est un sale abruti borné et inhumain. C’est toujours un peu le même genre de personnage qu’on trouve dans ces cas-là (1).

Mais Lee Marvin et Clint Eastwood ont une stature de dur-à-cuire, il n’en va pas de même pour Peck qui a souvent une allure dégingandée lui réservant des rôles de personnages un tantinet faibles ou maladroit (3). Savage n’est rien de tout cela.


Mais, il y a le point de rupture, indispensable à son personnage pour s’assurer la sympathie des spectateurs : elle intervient lors de la dernière expédition du film. Savage est allé au bout de ses limites et montre que finalement, il n’est pas plus en fer que ça, qu’il est avant tout un homme, même s’il doit aller jusqu’au bout de ses limites pour s’en apercevoir

Un film de guerre différent (4).

 

 

  1. Aldrich et ses 12 Salopards, Eastwood et son Heartbreak Ridge, Kubrick et son Full metal Jacket (etc.)
  2. On filmait aussi dans les carlingues, ne l’oubliez pas.
  3. Oui, je sais, il y a Duel au Soleil, on en reparlera.
  4. Encore un !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Cukor
Les quatre Filles du docteur March (Little Women - George Cukor, 1933)

Amy (Joan Bennett), Meg (Frances Dee), Beth (Jean Parker) et Jo (Katharine Hepburn) sont les « petites femmes » du titre original.

Elles habitent humblement dans leur maison avec leur mère (Spring Byington), et leur servante Hannah (Mabel Colcord).

Le docteur March est à la guerre : c’est le temps de la guerre de Sécession.

Ses filles, malgré les temps difficiles restent confiantes et solidaires, mettant en commun leurs différents dons pour égayer la maisonnée.

Et puis arrive le jeune Laurie (Douglass Montgomery), et avec lui un tuteur qui n’est pas dénué de charme et auquel Meg n’est pas indifférente…

 

Il s’agit de la troisième adaptation du classique de Louisa May Alcott, classique aussi grâce cette adaptation (1). Les deux premières de Butler (1917) et Harley Knoles (1918) sont très difficiles à se procurer. Une autre fois peut-être (2). Toujours est-il que cette version est surtout célèbre pour la présence de la très grande Katharine, dans un rôle qui nous permet d’admirer son immense talent : elle nous fait passer du rire aux larmes (presque) avec un vrai bonheur. Après une telle adaptation, il sera difficile de rivaliser avec une telle star.


Ce n’est que son quatrième film – le second avec Cukor, mais certainement pas le dernier – et on peut être sûr en la voyant évoluer dans ce rôle d’adolescente entre deux eaux qu’elle a « tout d’une grande », comme on dit. Elle est une Jo magnifique avec ses contradictions, sa fougue et son émotion. En effet, si Jo est ce qu’on appelle un garçon manqué (3), elle n’en demeure pas moins extrêmement sensible, et le vernis dont elle se pare pour affronter la vie, quand il craque, laisse couler beaucoup de larmes.

 

Il y a chez Jo des sentiments qui s’affrontent, qui se contredisent et qui en font un personnage au final très attachant. La famille, pour elle, est ce qu’il y a de plus important. Elle n’imagine pas que la situation au début de l’histoire va évoluer. Au contraire, même si elle aime passionnément ses sœurs, elle ne les imagine pas s’en aller un jour, une fois l’amour trouvé. Bien au contraire, et elle voit d’un mauvais œil l’intrigue entre Meg et John Brooke (John Lodge), le tuteur de Laurie, car elle remet en cause l’équilibre de la maison March. Ou plutôt elle remet en cause sa propre vision de l’équilibre de la maison : la mère autour de laquelle gravitent les vies de ses quatre filles, le tout bien entendu dirigé par Jo elle-même !

 

Bien entendu, elle ne l’avouera jamais, et quand les coups durs s’accumulent, elle paraît la plus forte, à peine dérangée de couper ses cheveux pour payer le voyage de sa mère, se riant de son action, orgueilleuse « en diable. Mais dans l’intimité, encore une fois, le vernis craque et les pleurs ne se tarissent pas. Pourtant, au moment le plus tragique, à la mort de Beth, elle est réellement la plus forte : pas une larme, mais surtout parce qu’elle croit à une vie meilleure au-delà pour cette sœur toujours malade et fragile. Trop fragile pour un monde aussi difficile.

La mort de Beth reste un des sommets du film : il y a un calme et une félicité chez Beth qui la fait partir doucement, presque dans un soupir.

 

Le traitement de cette mort a quelque chose de différent : c’est la deuxième fois que Beth aperçoit ses oiseaux sur le rebord de la fenêtre. Mais si la première fois, l’image était bien nette et les oiseaux chantaient gaiement, lors de cette deuxième prise, l’image est de piètre qualité, usée comme l’est l’organisme de Beth. Et quand les deux oiseaux s’en vont, l’image se fixe, laissant l’encadrement de la fenêtre vide : l’âme de Beth a rejoint ses compagnons.

Et si Jo ne pleure pas à la plus grande tragédie de sa vie, c’est avant tout parce qu’elle a compris que Beth serait mieux où elle l’est, et surtout qu’elle est restée au plus profond de son cœur.

 

La mort de Beth, enfin, c’est le moment où Jo passe de l’autre côté et se considère adulte. C’est elle qui console sa mère et de ce fiat prend sa place.

Et le professeur Bhaer (Paul Lukas) ne s’y trompe pas : quand il va visiter Jo chez ses parents, il ne parle que de la maison de Mademoiselle March, et qu’elle reçoit ses invités.

Elle est le nouveau pilier de la maison, celle qui soutient et qui rassemble. Et il en sera toujours ainsi, car Jo n’imagine pas une seule seconde qu’ils pourraient l’abandonner.

 

 

  1. Ainsi que les autres : Mervyn LeRoy (1949) et Gillian Armstrong (1994).
  2. Ou pas.
  3. C’est donc une fille réussie !

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