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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Péplum, #Mervyn LeRoy
Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951)

Cinquième adaptation du roman d’Henryk Scienkiewicz (1), il s’agit très certainement, avec celle d’Enrico Guazzoni, de la plus connue. C’est aussi la seule produite à Hollywood, bien que tournée en partie en Italie, comme de bien entendu.

Mais le film de LeRoy a aussi la particularité de remettre au goût du jour le péplum (2), annonçant toute une série de films « antiques » dont les incontournables Dix Commandements (1956) ou encore Ben-Hur (1959).

Il ne manque au film que le format large qu’on retrouve dans les deux films susnommés.

 

Mais reprenons.

Marcus Vinicius (Robert Taylor)  revient de campagne, triomphateur, et est accueilli chez Aulus Plautius (Felix Aylmer), un ancien général romain. Chez Plautius, il fait la connaissance de la belle Lygia (Deborah Kerr) dont il tombe tout de suite amoureux.

Lygia n’est pas insensible au charme du beau Marcus (3).

Seul (pas si) petit problème : elle est chrétienne.

Si on ajoute à cela que l’intrigue se situe pendant le règne de Néron (Peter Ustinov), on imagine aisément les complications qui vont advenir pendant les 171 minutes (4).

 

Tout de suite, on pense au Signe de la Croix du grand Cecil B. Mais avec deux éléments importants : la couleur et le Code Hays. La couleur amène le flamboyant qui manquait un premier film, et la censure en retire des éléments de spectacle toujours très présents dans les films du maître : la violence et la nudité.

En effet, même si l’intrigue se termine bien, la démesure demillienne est l’élément dont l’absence se fait le plus sentir. Si les lions dévorent les chrétiens ou les Romains allument des brasiers pour ces derniers, le Code élimine d’entrée de jeu les détails qui donnaient une plus grande authenticité au film de 1932.
Quant à la nudité du film de DeMille, elle est ici totalement supprimée : l’orgie dans le palais de Néron ressemblant alors plus à un banquet sur des couches ; et Lygia, attachée au poteau pour son supplice, reste habillée (5).

 

Par contre, le Technicolor apporte à l’incendie de Rome une dimension spectaculaire qui rappelle, en plus grandiose encore, l’incendie d’Atlanta dans Gone with the Wind (1939). LeRoy nous dépeint ce terrible événement avec panache, le ciel s’embrasant dans une teinte rouge magnifique.

D’une manière générale, la couleur compense un peu l’absence des éléments visuels du film de DeMille.

 

Le dernier atout du film, c’est sa distribution. Outre les trois acteurs précédemment cités, on retrouve avec plaisir Finlay Currie (Pierre), qui deviendra l’un des acteurs incontournables de péplums, ainsi que Leo Genn dans le rôle de Pétrone, par ailleurs oncle de Vinicius.

Si Robert Taylor est un héros magnifique– il continuera à l’être dans les films suivants – et Deborah Kerr une belle Lygia, on peut tout de même regretter qu’elle ne soit ici qu’une belle actrice, alors que son répertoire de jeu est beaucoup plus étendu comme elle l’a montré dans Le Narcisse noir.

 

Mais la grande réussite du film, c’est Néron. Peter Ustinov est magnifique de bout en bout. Il nous offre une grande prestation de ce dictateur, passant de la colère aux larmes et inversement avec beaucoup de crédibilité. Ses envolées poétiques sont magnifiquement ridicules, et sa fin dramatique en devient pathétique, avec juste ce qu’il faut de talent pour reconnaître un grand acteur et pour se réjouir de la disparition d’un tel personnage. Ustinov, vingt ans après Charles Laughton, nous offre un Néron plus allumé, plus grandiloquent, mais surtout, il interprète avec brio cet empereur incendiaire (6), illuminé et cruel.

 

  1. Sur 7 à ce jour.
  2. N’oublions pas que DeMille n’a jamais délaissé le genre puisqu’il sortait, deux ans plus tôt, Samson & Dalila.
  3. Dans la VO, ViniCius se prononce avec un [k].
  4. En comptant les génériques.
  5. Ses habits sont toutefois plus des voiles qu’autre chose, mais toujours avec pudeur.
  6. Nous savons tous que ce n’est pas Néron qui a incendié Rome, mais quand Scienkiewicz a écrit le roman, c’était la version officielle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Etienne Chatiliez
La Vie est un long fleuve tranquille (Etienne Chatiliez, 1988)

Deux familles.

 

D’un côté, les Le Quesnoy : famille bourgeoise à tendance aristocratique, avec enfants inscrits à l’école privée et vacances organisées par le diocèse pour ces derniers. Madame (Hélène Vincent) au foyer à veiller au bon fonctionnement de la maison et Monsieur (André Wilms) directeur chez EDF. Bref, des gens de la haute. Parmi les enfants, Bernadette (Valérie Lalande), qui est née un 25 décembre.

 

De l’autre, les Groseille : famille « tuyau-de-poêle », avec enfants peu voire pas du tout éduqués tendant vers la délinquance juvénile, parents absents dans l’éducation mais toujours à la « maison » (un appartement à la décoration qui a tendance à piquer les yeux).

Bref, à l’autre bout de l’échelle sociale. Parmi les enfants, Maurice dit Momo (Benoît Magimel), né lui aussi un 25 décembre, de la même année que Bernadette.

 

Ces deux enfants que tout sépare ont un point commun : ils ont été inversé à la naissance par une infirmière (Catherine Hiegel), lassée des promesses évasives de son amant (Daniel Gélin) – gynécologue à la même clinique – qui a donc décidé d’échanger les deux bébés à la naissance.

Et quand la vérité éclate : c’est là que le film commence vraiment.

 

Pour son premier long métrage, Etienne Chatiliez frappe fort : c’est un succès incroyable, basé sur la comparaison entre ces deux familles que rien ne relie, si ce n’est cet échange. Nous avons là deux familles totalement opposées, chacune étant le négatif de l’autre.

Chatiliez s’amuse, et le public aussi, de cette relation improbable mais qui s’impose, surtout aux Le Quesnoy.

Si les Groseille sont insupportable de vulgarité, les Le Quesnoy ne sont pas spécialement mieux : leur côté propres sur eux et culs-bénis devient rapidement pénible, mais surtout une source de comique.

 

Mais si ces deux familles font rire, c’est avant tout parce qu’delle représente une réalité.

Chacun de nous connaît une famille Groseille, et des Le Quesnoy, pas besoin de chercher ailleurs la source comique du film.

Certes ces familles sont caricaturées à l’extrême, mais c’est la condition indispensable de cette comédie un tantinet irrévérencieuse : elle fonctionne surtout grâce au jeu des acteurs, tous impeccables, Hélène Vincent en tête. Et on peut dire que la distribution fut très pertinente quand on voit l’implication de chacun.

Avec en prime un Patrick Bouchitey formidable en père Aubergé, véritable bête de scène pour patronage (1).

 

Trente ans après, le film n’a pas pris une ride. Parce que si la société a évolué (2), le clivage  social par contre, s’est renforcé (3).

Et je conclurai sur une note un tout petit peu optimiste : qu’ils soient de la haute ou de la plèbe, les enfants restent des enfants, avec des besoins et des envies similaires, et qu’ils soient gosses de riches ou non, la seule différence se situe dans la tête de leurs parents (4)…

 

P.S. : un bémol quand même, quand le générique final se déroule, Chatiliez nous laisse un peu sur notre faim (fin)…

 

 

  1. Son tube Jésus revient ne fut pas toujours bien accepté, surtout d’une certaine frange de la population… Ceux qui, chose étonnante, ressemblent beaucoup aux Le Quesnoy…
  2. Dans quel sens, c’est une autre affaire…
  3. Mais nous ne sommes pas ici pour discuter sociologie…
  4. Tiens, finalement, si…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Aldrich
Les 12 Salopards (The dirty Dozen - Robert Aldrich, 1967)

 

Robert Aldrich est un cinéaste efficace. Normal, il est aussi producteur.

La première scène donne le ton : un jeune homme, meurtrier par accident est pendu. Le film sera dur, pour les protagonistes comme pourf les spectateurs.

 

Aldrich a réuni une belle brochette d’acteurs (1) pour un film de guerre (la deuxième, mondiale comme la première) dans un contexte très particulier.
En effet, les douze personnes que désigne le titre sont tous des rebuts de l’armée américaine : voleurs, violeurs, meurtriers…

Ces charmantes personnes sont encadrées par un major Reisman (Lee Marvin) pour qui l’autorité militaire a toujours été un problème et surtout un frein à sa carrière.

Le choix de Lee Marvin (judicieux, bien sûr) permet à l’acteur de sortir des rôles de méchants (2)  pour devenir un personnage positif, avec juste ce qu’il faut de rébellion pour le rendre très sympathique.

En face de lui, on retrouve quelques grands noms - Charles Bronson, John Cassavetes – ainsi que chez les « huiles » : Ernest Borgnine (Général Worden), George Kennedy, Robert Webber (Denton, toujours ni franchement sympathique ni carrément antipathique), et Ralph Meeker, psy de l’armée, un rôle obligatoirement décalé, on sait comment sont les militaires.

 

Une longue première matie nous expose les différentes expériences qu’endurent ces soldats de la dernière chance, dernière chance avant de mourir en héros, à défaut d’autre chose. Chacun de ces hommes a, à un moment, franchi la ligne jaune : volontairement comme Franko (John Cassavetes), ou en situation de légitime défense comme Jefferson (Jim Brown), voire rien du tout comme Jimenez (Trini Lopez)

[Trini Lopez est le créateur de la chanson inoubliable If I had a Hammer, reprise avec l’inspiration qu’on connaît].

 

Mais si les salopards sont des êtres répugnants – physiquement et moralement – ce sont avant tout des hommes. La présence de Reisman, leur maître à tous, implique une dimension christique au film. Mais si Jésus meurt seul sur la croix, ici ce sont ici disciples qui vont (presque) tous mourir pour leur mentor (3).
Cette dimension évangélique est accentuée une fois leur valeur reconnue, quand Reisman leur offre un dernier repas, la veille de leur intervention funeste le 4 juin 1944.
On y trouve même le traître de la Cène : en l’occurrence Maggott (Telly Savalas), un fanatique religieux mâtiné d’un obsédé sexuel – impuissant comme de bien entendu, même si ce n’est pas dit dans le film.

Telly Savalas est un Maggott magnifique : roué, obsédé, fanatique et Sudiste, ce qui explique son objection de vivre aux côté d’un Noir, Jefferson.

 

Mais au-delà de l’aspect militaire, on voit évoluer la lie de l’humanité (résumé assez fidèle de tous ces hommes) vers une unité de groupe voire de corps.

Le test qui les voit mettre en pratique leur apprentissage est un moment assez réjouissant du film : devant un général Worden tout sauf dupe, ils réussissent à montrer aux hauts gradés leur valeur.

Worden est d’ailleurs le seul très haut gradé qui se révèle avant tout humain, annihilant les imprécations de Denton, décidément fort peu sympathique.

 

Au final, c’est un film très efficace qui nous est proposé, avec une distribution plutôt prestigieuse parmi laquelle on peut aussi reconnaître Donald Sutherland (Pinkley, n°2), ou encore Robert Ryan dans un de ses derniers rôles en colonel tatillon jusqu’à l’extrême, pour lequel, chose évidente, le major Reisman n’a pas beaucoup de considération. Et de toute façon, c’est réciproque (4).

C’est un film qui se laisse regarder sans modération, un peu comme les 7 Mercenaires : une fois que vous y avez goûté, vous ne pouvez pas vous en dégager avant la fin…

 

  1. Sans le pic, nous ne sommes pas chez Daniel Goossens
  2. The big Heat (Fritz Lang, 1953), The wild One (László Benedek, 1953), The Man who shot  Liberty Valance (John Ford, 1962) 
  3. Je vous laisse compter les soldats qui sont tués, c’est une activité plaisante quand on regarde le film pour une énième fois.
  4. Ryan a déjà tourné avec Marvin un an plus tôt pour Les Professionnels ; il retrouvera Ernest Borgnine deux ans plus tard dans La Horde sauvage.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Alain Chabat
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (Alain Chabat, 2002)

Encore une adaptation d’Astérix au cinéma ?

La dernière qui était sortie (1) n’était pas franchement transcendante : adapter une bande dessinée au cinéma, malgré certaines similitudes (le cadrage entre autres) n’est pas chose aisée.

Et puis il y a eu Alain Chabat : baigné dans Pilote dès sa plus tendre enfance, il est un admirateur indéfectible de René Goscinny et Albert Uderzo autant que de leur personnage fétiche.

 

comEt le résultat est sans appel : il s’agit – et pas seulement à mon avis – de la meilleure adaptation d’Astérix au cinéma.

Alain Chabat n’a pas seulement adapté la bande dessinée (2), il a réussi à la filmer dans l’esprit du génial René.

Les noms des Romains et des Egyptiens ont donc été mis au goût du jour, mais pas seulement. Comme me le disait mon ami le professeur Allen John, l’exemple le plus parlant, c’est l’arrivée sur le chantier dans le désert : Obélix se penche pour ramasser une « fourmi géante » (un scarabée, nous sommes en Egypte !), et quand le plan s’élargit alors qu’Obélix se relève, on aperçoit le chantier grouillant de monde et d’agitation.

On retrouvera ce même décalage à deux autres moments : pendant la révolte des esclaves et à l’arrivée finale de Cléopâtre sur le chantier.

De plus, l’utilisation du numérique permet des effets spéciaux en adéquation avec les effets de la potion magique (ce fut déjà le cas en 1999).

 

Si l’alchimie prend bien dans le film entre la BD et le cinéma, c’est aussi grâce à la distribution : Chabat a avant tout filmé des gens qu’il connaissait et appréciait – Chantal Lauby (Cartapus) en tête – avec, cerise sur le gâteau, le concours de Pierre Tchernia (à la voix et en image), ami légendaire du duo créateur, et déjà narrateur dans les dessins animés.

A partir de là, tout est en place pour nous donner un magnifique spectacle (3).

 

Outre Depardieu, Clavier et Claude Rich, déjà présent dans le film de Zidi, on peut reconnaitre toute une palanquée de personnes ayant travaillé pour Canal Plus dans la décennie précédente : en plus de Chabat et Lauby (Les Nuls), on retrouve les Robins des Bois ou encore Kad et Olivier (4).

 

Enfin, Chabat fait référence à d’innombrables éléments, du cinéma à la publicité sans oublier les chansons qui n’ont rien d’antique ni d’orientale (Ti amo, I feel good, et la reprise finale de Walk like an Egyptian…).

Cinématographiquement, on pense au film Cléopâtre de Joseph Mankiewicz (pour le faste coloré) mais aussi à celui de Cecil B. DeMille, Monica Bellucci (Cléopâtre) ayant la même pudeur que Claudette Colbert dans le bain de lait.

 

Pour le reste, on retrouve aussi les jeux de mots de Goscinny, certains ayant été supprimés et d’autres ajoutés par Chabat, et on arrive à une adaptation magnifique qu’on ne retrouvera pas dans les deux suivantes (2008 et 2012).

A noter enfin, l’interprétation de Chabat en César (Caesar comme il aime s’appeler, avec prononciation à l’anglaise), et pour finir, en guise de dessert, un générique de fin pendant lequel se déroule le « banquet final », qui est plus une soirée en boîte qu’autre chose avec une guest star finale, annoncée pourtant dès le début : je vous laisse découvrir.

 

  1. Astérix et Obélix contre César (Claude Zidi, 1999)
  2. Astérix et Cléopâtre (1963)
  3. Il est à noter qu’une bande de copains ne suffit pas pour faire un bon film, le film suivant de Chabat ayant tendance à me donner raison…
  4. Coupés au montage…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Aldrich, #Joan Crawford, #Bette Davis
Qu’est-il arrivé à Baby Jane (What ever happened to Baby Jane - Robert Aldrich, 1962)

Bette Davis.

Joan Crawford.

Deux monstres sacrés. Deux sacrés monstres.

 

1917. « Baby » Jane Hudson (Julie Allred) est une petite fille très talentueuse mais aussi très capricieuse. Blanche Hudson (Gina Gillespie), est juste blanche, sa sœur, un tantinet jalouse du succès et des crises de sa petite sœur (1).

1935. Blanche Hudson (Joan Crawford) est une actrice éblouissante, une véritable star. Dans le même temps, « Baby » Jane est une actrice sans grand talent, dont le dernier film ne sera même pas exploité.

Un soir, alors que les deux sœurs rentrent chez elles après une soirée très arrosée, l’une d’elle descend ouvrir la grille pendant que l’autre embraye pour l’écraser.

196? Jane s’occupe de sa sœur Blanche, paralysée suite à l’accident.

 

C’est la seule fois que les deux grandes stars se retrouvent dans un même film. Avec en prime une légende qui les fait se détester l’une et l’autre. Ce n’est pas exactement vrai, ni tout à fait faux. Mais force est de constater que ce sont deux des plus grandes actrices de Hollywood, et que leurs prestations – et surtout celle de Bette Davis – sont extraordinaires.

 

Robert Aldrich réussit, avec ce film à réunir deux légendes, à les diriger sans qu’elles se battent, et surtout en assumant leur âge. Si Crawford semble moins abimée que Davis, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas voulu en rajouter. Alors que Davis s’est elle-même confectionnée cette trogne : trop maquillée, usée, vieille.

L’antagonisme entre les deux sœurs qu’on aurait tort de transposer dans la vraie vie, n’est crédible que par le (sur ?)jeu des deux actrices. Et au-delà de cet antagonisme, c’est de la vieillesse et de la déchéance qu’il est question.

 

Pour Blanche, sa vie depuis l’accident se résume à déambuler grâce à un fauteuil roulant, attendant les repas servis par sa sœur, avec de temps en temps une bouffée de nostalgie quand la télévision rediffuse ses anciens chefs-d’œuvre.

Pour Jane, c’est avant tout son enfance qu’elle regrette, et son idée insensée (et désespérée) de reprendre un tour de chant comme avant, près de 45 ans plus tôt, est complètement absurde : sa prestation de vieille femme donne une dimension pathétique à son personnage qui n’est pas loin de sombrer dans la folie. Et Edwin Pragg (Victor Buono qui n’est pas encore le Comte Manzeppi des Mystères de l’Ouest), sent que cette femme n’est pas bien dans sa tête, mais l’appât du gain est le plus fort.

 

Alors nous suivons, impuissants, cette montée de l’horreur jusqu’au dénouement final où Jane se révèle d’un sadisme assez malsain, torturant celle qui est sa sœur, mais que la responsabilité de l’accident a obligée de s’en occuper.

Parce que le nœud de l’intrigue est là : l’accident dont Jane endossa la responsabilité est ce qui les lie dans leur présent. Cet épisode douloureux l’est à deux niveaux :

  • pour Blanche, c’est la fin brutale de sa carrière éblouissante ;
  • pour Jane, c’est un épisode de sa vie dont elle ne veut plus entendre parler, qu’il lui est pénible d’évoquer, et qui, pour elle aussi, marque la fin de sa carrière – qui aurait été minable, certes, mais peut-être aurait-elle pu être une autre personne.

Alors que s’est-il vraiment passé, pendant cet accident dont nous ne voyons aucun visage ?

 

  1. Eu égard aux âges respectifs des deux actrices, c’est Joan Crawford qui était la plus âgée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Greta Garbo
Anna Christie (Clarence Brown, 1930)

Garbo parle !

C’est avec cet argument que la MGM fit la promotion du film à sa sortie.

Il faut dire que le parlant a déjà deux ans quand sort ce film, et qu’on n’a toujours pas entendu la Divine.

Du fait que la star était avant tout suédoise et possédait, bien entendu un fort accent, les cadres de la MGM craignaient – avec raison – que son passage au parlant soit un fiasco total.

Alors ils ont attendu jusqu’au dernier moment, et ils se sont débrouillés pour mettre toutes les chances de leur côté.

 

C’est pourquoi Clarence Brown, sur un scénario de Frances Marion (adaptée d’une pièce déjà portée à l’écran en 1923), a préparé soigneusement l’apparition de la star : elle n’apparaît qu’une fois le premier quart d’heure passé !

Mais surtout, elle est fille d’un marin suédois, ce qui explique son accent (1).

Pour le restez, c’est un film quasiment sur mesure que nous propose Clarence Brown, retrouvant l’actrice pour la troisième fois (2), filmée magnifiquement par l’indispensable William H. Daniels.

 

Comme écrit plus haut, Garbo n’apparaît pas tout de suite. C’est d’abord une série de fausses pistes qui préparent le terrain pour son arrivée.

Le lion – Leo, le bien nommé – présente le film, bien sûr, mais sans rugissement, tout du moins audible, comme pour un film muet.

Puis la séquence d’ouverture nous présente l’intérieur d’une barge, où Marthy (Marie Dressler), écoute un disque entre deux verres.

Puis apparaît Chris Christofferson (George F. Marion), le père d’Anna. On comprend rapidement que ces deux-là vivent ensemble et ont la même propension à la boisson : ils vont d’ailleurs rapidement au bar du coin écluser quelques verres.

C’est là que le Destin intervient – ou ce satané océan (comme l’appelle Christofferson) – par l’intermédiaire d’une lettre : sa fille Anna va arriver.


Et dès qu’elle apparaît, la magie opère : “Gimme a whisky, ginger ale on the side, and don't be stingy, baby!”.

Elle a son accent, comme prévu, mais elle a surtout une voix chaude et légèrement grave qui va avec son personnage de femme fatale et ajoute au mythe.

C’est réussi : Garbo sait parler.

 

Mais si Garbo nous enchante avec sa voix, c’est le duo Dressler-Marion qui nous enchante. Marie Dressler surtout, en femme alcoolisée, plus toute jeune mais assumant son âge avancé, et essayant de maintenir un semblant de dignité malgré son ivresse.

Quant çà George F. Marion, il est un drôle de père, alcoolisé lui aussi (3), mais obligé, un moment, de jouer le rôle du père digne et à peu près sobre, ce qui amène une belle scène de retrouvailles : le père, déjà bien avancé, et la fille (qui a déjà bu deux whiskies) qui trinquent avec une petite bière (pour lui) et deux doigts de Porto (pour elle), chacun des deux voulant sauvegarder les apparences.

 

Et puis il y a le deuxième instrument du Destin : Matt Burke (Charles Bickford). C’est un marin qui a fait naufrage et que les Christofferson recueillent dans leur barge.

C’est un homme fort, un tantinet fruste, qui ressemble – physiquement – au McTeague de Stroheim (4).

Dès leur première rencontre, il essaie d’abuser d’elle. Mais c’est mal connaître Anna, et surtout oublier que le scénario a été écrit par Frances Marion, proposant, comme d’habitude, une femme qui est tout sauf faible, l’aura de la star ajoutant à la force de son personnage.

 

Ce sera alors une suite de confrontations entre Anna et les deux hommes, ou les deux hommes entre eux – la jalousie du père voyant d’un mauvais œil sa fille le quitter – ou le jeune homme imposer sa loi à une relique du passé… Mais à chaque fois, Anna aura le dernier mot : c’est elle, et elle seulement, qui commande ces deux hommes.

 

Autrement, les images de Daniels sont toujours aussi belles, il filme Garbo comme lui seul savait le faire, donnant une autre dimension de sa mélancolie, et donnant de l’éclat à ses moments heureux.

On sent encore l’influence du cinéma muet, des intertitres venant s’ajouter à la narration, et on retrouve quelques plans un tantinet trop longs, ralentissant l’intrigue sans raison apparente.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Garbo est belle, Garbo est une femme forte, mais surtout Garbo parle, ce qui nous ramène au début…

 

 

P.S. : à noter une vue panoramique de New York avec l’Empire State Building en fin de construction. Il sera inauguré un an plus tard, le 5 mai 1931.

 

  1. En partie, après 15 ans passés aux Etats-Unis, son accent aurait dû un tantinet disparaître : elle n’avait que 5 ans quand son père l’a confiée à sa famille.
  2. Il y en aura quatre autres.
  3. Ces deux-là ne sont jamais montrés sobres
  4. Cf. Les Rapaces.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #McG
Charlie's Angels : Les Anges se déchaînent (Charlie's Angels: full Throttle - Mcg, 2003)

Elles reviennent : toujours aussi belles, toujours aussi souples, toujours aussi fortes.

Et si les éléments de la série (1) sont encore conservés, les missions qui sont confiées aux « Drôles de Dames » sortent allègrement de son cadre.

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné.

Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une féminisation des aventures de James Bond, le tout multiplié par trois.

 

Encore une fois, les filles sont envoyées récupérer un MacGuffin (deux anneaux de platine) à l’autre bout du monde. Bien entendu, la mission, une fois accomplie, on s'aperçoit qu’il faut tout reprendre, leur exploit n’ayant pas empêché les méchants de poursuivre leur œuvre néfaste.

S’ensuit, bien entendu, une série de scènes très spectaculaires où les trois filles font montre de leurs capacités physiques et intellectuelles hors norme ainsi que de leur humour.

 

Si l’épisode précédent dépoussiérait un peu la série originale, cette suite est ébouriffante ! Non seulement, le film est encore plus spectaculaire, mais en plus, le ton est franchement parodique. Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu s’en donnent à cœur joie dans ce domaine : le spectateur est happé par les scènes d’action époustouflantes,  et les situations sont absolument improbables mais avant tout un hommage au cinéma.

 

On retrouve des plans et des situations de Singin’ in the Rain (le canapé et l’homme qui hurle à la première), le film de Jason Gibbons (Matt LeBlanc) s'intitule Maximum Extreme, une resucée de MI: 2, sortie la même année que le premier épisode des Anges…

La musique en outre, soutient les différents éléments de parodie, cadrant avec les différentes situations : Surfer Girl (The Beach Boys) quand elles sont à la recherche d’un surfer, Livin’ on a Prayer (Bon Jovi) quand Dylan ne s’appelait pas encore Dylan, mais Helen Zass (3) ; ou encore Who are you (The Who) alors qu’elles se présentent comme des « expertes » de la police scientifique…

Bref, c’est un festival ininterrompu, où on sent que les trois actrices se sont beaucoup amusées, et pas seulement elles.

 

A noter aussi l’apparition d’un petit jeune homme qui fera bientôt parler de lui – Shia LaBeouf ; le retour du Thin Man (Crispin Glover) mais avec un rôle un petit peu plus épais (4) ; l’apparition de John Cleese, père d’Alex et un tantinet décontenancé par ce qu’il entend à propos de sa fille, son petit furet ; et la guest star – quasiment – indispensable : Jaclyn Smith, reprenant son rôle de Kelly.

S’ajoute à cela deux méchants presque inattendus : Robert Patrick – depuis T2, le spectateur se méfie de lui ; et Demi Moore, ancien ange de Charlie, passé du côté obscur.

 

Au final, on s’amuse autant que dans le premier opus, et si Bill Murray n’est plus là, Bernie Mac – qui le remplace – nous offre une autre facette de Bosley : un type un tantinet dépassé par ce qu’il voit, mais tout de même efficace.

Bref, laissons-nous porter par la jubilation qu’amène ce deuxième et dernier volet des aventures de ces trois jeunes femmes pas comme les autres.

 

  1. Le générique de présentation, l’interphone de Charlie (voix de John Forsythe) dans le bureau, les trois filles répondant ensemble aux sollicitations de ce dernier.
  2. L’affiche et le titre rappellent bien entendu
  3. Jeu de mot difficilement traduisible sans altération du patronyme, et bien entendu prétexte à un dialogue tendancieux…
  4. il a un passé dans un orphelinat tenu par Carrie Fisher, dans un rôle de religieuse qui rappelle le Pingouin dans The Blues Brothers

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #McG
Charlie et ses drôles de Dames (Charlie's Angels - McG, 2000)

Elles sont trois. Elles sont belles. Elles sont brillantes.

Mais comme le dit le titre français, ce sont de drôles de dames !

Natalie (Cameron Diaz), Alex (Lucy Liu) et Dylan (Drew Barrymore) ont été découvertes et leurs compétences ont été exploitées par un riche homme d’affaire qui répond au nom de Charlie Townsend (voix de John Forsythe), mais qu’elles n’ont jamais vu.

S’ajoute à cela l’homme de confiance de Charlie, Bosley (Bill Murray), et cela donne un film très agréable à regarder, où le trio féminin joue le jeu de ces trois bombes efficaces avec le recul nécessaire pour en faire une comédie, certes rythmée mais avant tout très sympathique.

 

A aucun du film, les interprètes se prennent au sérieux. Au con traire, c’est une accumulation de situations plus rocambolesques les unes que les autres où les trois filles et Bosley usent et abusent de couvertures plus ou moins élaborées : à chaque situation un déguisement différent, allant de la masseuse geisha au jeune cadre dynamique (masculin !).

S’ajoute à cela une intrigue avec juste ce qu’il faut de sauvetage du monde et surtout des méchants plutôt réussis, ainsi qu’une crise existentielle que traverse Alex, officiellement esthéticienne pour son petit ami (Matt LeBlanc) : elle se reproche de lui cacher sa double identité, alors que lui-même est acteur, donc jamais le même personnage…

 

McG, en adaptant ola série l’a fortement dépoussiérée, « et surtout, les trois actrices ne se prennent jamais trop au sérieux. Elles se mettent dans des situations plutôt inextricables mais s’en sortent toujours avec brio et une souplesse un tantinet exagérée.

Ce décalage avec la série originelle est indispensable pour rendre ce film intéressant. On ne pouvait pas se contenter de tourner un épisode supplémentaire à la série, d’où une dimension personnelle qui donne un peu d’épaisseur à ces trois femmes.

 

C’est pourquoi on a la crise d’Alex mais aussi les aventures de Natalie, jeune femme célibataire et toujours maladroite avec les hommes, jusqu’à sa rencontre avec Pete (Luke Wilson) qui n’est pas plus adroit qu’elle.

Quant à Dylan, on retrouve une Drew Barrymore sexy, voire plus, qui a le chic pour se trouver dans des situations impossibles.

Quant aux personnages masculins, si on ne peut que distinguer un tout petit peu Charlie, il est amusant de noter que c’était déjà John Forsythe qui prêtait sa voix à ce fantôme.

Outre Bosley – un Bill Murray en pleine forme lui aussi – on peut retrouver Tim Curry dans le rôle du dindon de la farce, mais cette fois-ci dans un rôle d’homme ordinaire (1) ; et enfin un personnage mystérieux : Thin Man (2) – je vous épargne la traduction. Il ne possède pas de nom mais est d’une certaine façon une synthèse des compétences physiques des trois filles, avec toutefois un avantagez par rapport aux autres méchants : il s’en sort (presque) toujours !

 

Ce sont donc 93 minutes d’actions et de prouesses à couper le souffle, rythmées par un montage dynamique qui reste encore supportable, le spectateur ayant le temps d’apprécier ce qu’il voit sans avoir la tête qui tourne.

Et franchement, ces trois « drôles de Dames  sont vraiment attachantes…

Dans tous les sens du terme !

 

  1. Ni guêpière, ni maquillage de clown…
  2. Petit clin d’œil à William Powell et Myrna Loy qui jouèrent dans une série de film reprenant cette appellation (1936-1947). Il est interprété par Crispin Glover, le père de Marty McFly…

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Publié le par Djayesse
Une Journée de fous (The dream Team - Howard Zieff, 1989)

Une équipe de rêve (1) : Billy Caufield (Michael Keaton), mythomane aux tendances à la violence ; Henry Sikorsky (Christopher Lloyd), schizophrène mâtiné paranoïaque) ; Albert Ianuzzi (Stephen Furst), incapable de parler aux autres ; et Jack McDermott (Peter Boyle), réincarnation du Messie…

Bref, cette journée de fous s’annonce prometteuse.

Et le contrat est rempli : ces quatre dingos, chacun dans sa spécialité, sont magnifiques. S’ils sont de doux dingues – sauf Billy, bien sûr – ils n’en demeurent pas moins humains et ont tout de même de très beaux moments de lucidité dans leurs délires.

 

Le docteur Weitzman (Dennis Boutsikaris) a décidé d’emmener ces quatre personnages à New York, voir un match de baseball. Malheureusement, il est agressé et les quatre protagonistes se retrouvent livrés à eux-mêmes, dans une ville qui est certainement plus folle qu’eux.

Ajouter à cela un couple de policier (James Remar & Philip Bosco) qui n’a qu’ne idée en tête : éliminer le docteur qui a été le témoin d’une exécution perpétrée par ces mêmes policiers.
Au final, une situation inextricable pour des gens normaux dans des conditions normales, alors avec des « fous »…

 

Howard Zieff nous propose ici une comédie « débridée » (2) où sa bande des quatre est formidable, la névrose de chacun d’eux amenant une complémentarité judicieuse, ou au final chacun tire son épingle du jeu.

Si Billy est violent et mythomane, il nous apparaît tout de même comme le plus « normal » des quatre, ayant tout de même quelques rechutes spectaculaires.

Christopher Lloyd, pour sa part, retrouve une hôpital psychiatrique près de 15 ans après Vol au-dessus d’un Nid de coucous, dans un rôle où son personnage, s’il n’est pas bien équilibré, reste tout de même très sobre, et la séquence où il retrouve sa femme et sa fille est empreinte d’une émotion particulière, en total décalage avec cet homme obnubilé par l’ordre et le règlement. Son premier contact physique avec sa fille faisant tout de même ressortir sa maladie.

Peter Boyle est grandiose d’une mégalomanie poussée à son paroxysme : il n’est rien moins que le « Fils de Dieu » avec toutefois quelques tendances à l’effeuillage, autre source de comique.

Stephen Furst enfin est certainement le personnage le plus réussi des quatre de par son manque de communication vers les autres : il ne prononce que des phrases ou des bouts de phrases qu’il a entendu à la télévision. Sa première apparition ne laissant pas voir tout de suite ses problèmes : il chante l’hymne national – jusque là, rien de bien méchant – mais, quand ensuite il se contente de répéter ce qu’il entend, on se rend compte de son état, amenant un rôle qui est la plupart du temps muet, lui permettant quasiment tout le temps d’exprimer ses sentiments ou ses envies exclusivement avec son visage.

 

Si Dennis Boutsirakis n’apparaît que très peu dans le film, son personnage de psychiatre est tout de même bien rendu : c’est un personnage qui sort de la pratique traditionnelle, estimant que c’est en sortant ses patients de leur cadre – avant tout sécurisant – qu’il pourra les réinsérer plus facilement dans la société.

Sa façon d’annoncer l’accord pour leur sortie à chacun d’entre eux est certainement l’une de ses plus belles interventions, prenant le temps de s’adresser à chacun en tenant compte de sa maladie. Subtil.

 

Le cocktail est savamment mélangé et on y croit à cette équipe de branquignols qui va, le temps d’une excursion, se sortir d’une situation franchement improbable, épaulés par la belle Riley (Lorraine Bracco), ex et future petite amie de Billy.

 

Alors oui, l’intrigue paraît improbable, mais je vous rappelle deux choses :

  • nous sommes au cinéma alors tout est permis ;
  • l’action se passe à New York, où, on le sait bien, tout peut arriver !

 

 

 

  1. Le titre original
  2. Pour une fois, le terme est adéquat

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventure, #Ang Lee
L'Odyssée de Pi (Life of Pi - Ang Lee, 2012)

Superbe.

C’est le mot qui nous vient à la sortie d’une vision.

C’est un film d’un très grand esthétisme, interprété par des acteurs convaincants, servis par une photo sublime.

On y retrouve les couleurs de l’Inde (le héros est originaire de Pondichéry) est un bestiaire improbable. Non pas parce que les animaux n’existent pas, mais parce qu’on ne s’attend pas à voir un tigre, un zèbre ou encore un orang-outan dans un canot de survie.

 

Mais reprenons : Pi (Suraj Sharma) est un petit garçon qui grandit à Pondichéry et a un drôle de handicap : Pi est le diminutif de Piscine Molitor. Pour des Français, seule l’incongruité du nom est notable (1). Mais dans un pays anglophone, piscine se rapproche du terme « pissing » qui n’a rien d’agréable (2)…
Alors pour simplifier, on l’appelle « Pi », comme π (3).

Les parents de Pi sont des gens rationnels : sa mère Gita (Tabu) est botaniste et son père Santosh (Adil Hussain) est directeur du zoo de Pondichéry.

Malheureusement le zoo ferme et la famille Patel s’en va au Canada.

En cours de route le bateau coule et Pi se retrouve seul dans un canot, fréquenté aussi par un zèbre, une femelle orang-outan (Orange Juice) et un tigre qui répond au nom de Richard Parker.

S’ensuit une odyssée dans le Pacifique – 227 jours – où Pi va devoir survivre tout en cohabitant avec Richard Parker.

 

Nous allons alors suivre toutes ces journées qui semblent interminables, avec finalement un océan qui porte bien son nom : de nombreux plans nous montrent l’embarcation sur une eau tellement calme qu’on croirait voir un miroir, avec aussi des méduses lumineuses qui donnent une dimension surnaturelle à l’intrigue.

L’odyssée de Pi est tout sauf ordinaire, et on en vient parfois à douter de la véracité de l’histoire que raconte un Pi adulte (Irrfan Khan) toujours ému par son histoire.

 

Et il y a de quoi, parce que si l’extraordinaire histoire qu’il raconte est vraie ou fausse, il n’empêche que Pi a perdu toute sa famille dans le naufrage.

En effet, les compagnies d’assurance étant ce qu’elles sont, Pi doit tout de même raconter une histoire plausible : alors il le fait.

Laquelle renferme donc la vérité ? A vous de choisir.

Ou faites comme les Japonais qui ont fait le déplacement au Canada pour recueillir le récit du naufrage du bateau…

 

Mais quelle que soit votre version de préférence, vous vous laisserez envahir par cette histoire où jamais un naufrage ne fut plus beau (4), et expédition de survie aussi fabuleuse.

 

 

  1. Si des parents français donnent parfois des prénoms bizarres à leurs enfants, je n’ai jamais entendu parler d’un enfant au nom d’un bâtiment ou autre lieu public.
  2. Je vous laisse aller chercher la traduction.
  3. Une scène le voir même remplir les tableaux de la classe avec quelques décimales…
  4. Même le Titanic de James Cameron n’a pas ces merveilleuses teintes… Ce qui est normal, car là, c’était surtout le bateau qui était le centre de l’intrigue.

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