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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom McCarthy, #Presse
Spotlight (Tom McCarthy, 2015)

Spotlight, c’est le nom d’une équipe de journalistes du Boston Globe, un journal « local ».

C’est surtout l’équipe de journalistes d’investigation qui a mis au jour un scandale retentissant : la pédophilie dans l’église de Boston. Ce sont plusieurs dizaines de prêtres qui ont abusé sexuellement des enfants – quelques milliers (1) – couverts par leur hiérarchie et en particulier le Cardinal Law (Len Cariou).

 

Tim McCarthy aborde ici un genre qui a toujours eu beaucoup de succès aux Etats-Unis : le journalisme. Si la presse est régulièrement utilisée dans les films, c’est avant tout pour donner un cachet d’authenticité à l’intrigue traitée : on cite même des journaux ayant pignon sur rue afin de donner une touche réaliste à une histoire complètement inventée.

On trouve aussi des films où la presse n’a pas toujours le beau rôle, il suffit de revoir quelques films de Capra pour s’en rendre compte. Et puis il y a les films où la Presse garde toute sa noblesse, mettant en lumière certaines informations qu’on aurait aimées restées secrètes. Ce fut le cas pour Les Hommes du Président, qui mettait en évidence le travail acharné de deux journalistes qui mirent en évidence un scandale qui amena la destitution de Nixon.

Mais la plupart du temps on y traite des histoires plutôt véridiques, ce qui est le cas dans ce film.

 

Si le film de Pakula révélait un scandale national, celui-ci dépasse les frontières. En effet, l’institution visée par ces scandales pédophiles est implantée dans le monde entier depuis quelques siècles, ce qui rend le propos du film plus important qu’il ne paraîtrait : au nom de quoi ce scandale n’affecterait-il que les Etats-Unis ? Le générique de fin finit de nous informer là-dessus : nous avons la liste de nombreuses villes américaines et du reste du monde où des cas similaires ont été recensés, à chaque fois couverts par une hiérarchie bien embêtée.

 

Mais nous nous intéressons ici à Boston. Il y a dans la façon de traiter le sujet un véritable sérieux où chacun semble interpréter un rôle qui va au-delà du personnage attribué. On sent – chez Mark Ruffalo (Mike Rezendes) et Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer) par exemple – des acteurs concernés par cette sombre histoire. On sent aussi un malaise grandir chez Michael Keaton (Walter Robinson), qui s’expliquera mais n’enlève rien à l’histoire, bien au contraire.

 

[Spoiler : passez au chapitre suivant si vous voulez découvrir par vous-même. Je vous donne rendez-vous après votre visionnage]

D’une certaine mesure, la « bourde » de Robinson – il n’a pas traité une information cruciale dans cette affaire – accentue la volonté pérenne de ce genre d’affaire : si la prescription des faits permet à de nombreux violeurs d’éviter la prison, l’information reste malgré tout pertinente, et doit donc être diffusée : « mieux vaut tard que jamais ».

 

Bien que l’Eglise n’est pas réputée pour utiliser des gros bras afin d’étouffer des affaires, on sent que des choses se sont tramées dans l’ombre et continuent de l’être. A un seul moment, pourtant, on a l’esquisse de ces menaces : Robinson rencontre un ancien de son école qui lui fait comprendre que sa situation après publication risque d’être beaucoup moins confortable.

Mais nous ne sommes pas chez Dan Brown (ou Ron Howard, ça dépend de la version que vous préférez du Da Vinci Code) et pas de tueur dévoué à la cause viendra s’en mêler.

Et c’est reposant aussi, une intrigue normale, où on rend hommage – comme l’avait Pakula – au professionnalisme des journalistes, surtout dans une époque où on ne va pas toujours chercher la vérité et qu’une fausse info sensationnelle fera toujours plus de chiffre qu’une vérité qu’on a cherché longtemps à découvrir et qui se révèle, sinon moins spectaculaire, certainement plus importante.

Et la liste finale des différentes affaires est somme toute bien courte quand on songe à toutes les autres qui ont été dissimulées. Sans parler du fait que cette attitude criminelle a perduré pendant de très nombreuses années, pour ne pas dire des décennies voire des siècles.

.

Mais autrefois, on n’en parlait pas, ou pire, c’était normal.

 

 

(1) A la sortie du film, 1000 victimes étaient encore vivantes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James Young
The Bells (James Young, 1926)

Alsace, 18…

L’auberge du village est tenue par le bon Mathias, un homme au cœur d’or dont le seul souhait dans la vie est d’être élu maire du village. Alors sa prodigalité sert en même temps ses intérêts. Pourtant, il ferait ben d’être un petit peu plus parcimonieux parce qu’il doit une coquette somme à son voisin Frantz (Gustav von Seyffertitz), un homme beaucoup moins généreux.

Le soir de Noël, Baruch Koweski (E. Alyn Warren) – Juif (errant ?) polonais – s’arrête dans l’auberge de Mathias. Mal accueilli par les autres, il trouve en Mathias un homme hospitalier et chaleureux, qui le reçoit avec les honneurs, une fois que tout le monde est parti.

Une fois Baruch reparti, Mathias s’arme d’une hache et le poursuit : sa fortune pourrait régler tous les soucis financiers de l’aubergiste…

 

James Young réalise ici, entouré de quelques grands noms de la MGM, un film qui n’est pas sans rappeler The whispering Chorus de Cecil B. DeMille, ou encore annoncer Mark of the Wampire, deux films où jouent les deux interprètes susnommés (Seyffertitz et Barrymore).

 

La première séquence nous induit tout de suite en erreur : nous découvrons un aubergiste affable et généreux, qui n’hésite jamais à faire crédit à ses clients, au grand dam de sa femme Catharine (Caroline Frances Cooke). Face à cet aubergiste, nous découvrons son créancier qui n’est donc pas le premier venu : Gustav von Seyffertitz qui est de suite estampillé méchant, « pour l’ensemble de son œuvre », comme dit.

Et cette mauvaise impression se prolonge pendant tout la première partie du film, jusqu’à la mort violente de Baruch Koweski : Mathias se rue sur lui, armé de la hache. Ellipse : des gouttes de sang tachent progressivement la neige immaculée.

 

Pourtant, avant le crime, Young nous a donné des indices pour confondre ce faux gentil : la diseuse de bonne aventure refuse de lire sa main tant la noirceur y est écrite. Un peu avant, c’est un hypnotiseur qui avait proposé de lire l’esprit de Mathias : il se faisait fort de confesser les mauvaises actions des méchants tout comme les bonnes des gentils : bien entendu, Mathias refuse cette dernière proposition à plusieurs reprises.

 

Mais le plus intéressant, comme toujours, vient après : les remords, ou encore la Conscience. The whispering Chorus concernait la petite voix intérieure qui nous prodigue des conseils qu’on écoute ou non. Ici, ce sont les cloches du titre original qui retentissent dans la tête de Mathias. Ce sont même des grelots : ceux qu’on attache aux animaux tirant un traineau. Et comme nous sommes la nuit de Noël, on pense tout de suite au vieux barbu vêtu de rouge blanc. D’une certaine mesure, Baruch, dépositaire d’une véritable fortune est le père Noël de Mathias, même si on ne peut absolument pas dire que ce dernier ait été bien sage.

 

Mais comme Mathias se trouve être le méchant de l’intrigue, c’est son calvaire (mérité, bien sûr) que nous allons suivre : les grelots qui apparaissent et résonnent, et surtout Baruch apparaît à plusieurs reprises. Ces apparitions amènent peu à peu Mathias dans la folie, mais avec un sursaut. Nous assistons alors à son procès qu’il rêve, rongé de l’intérieur par ses crimes passés. Et, chose importante : son juge n’est autre que Frantz, celui qu’il a remboursé avec l’argent de son crime.

On retrouve alors le même hypnotiseur qui va utiliser son don pour faire avouer Mathias. Ce personnage est intéressant pour deux raisons : c’est un personnage haut en couleur, un visage qu’on n’oublie pas et qui peut même faire peur. Bref, un concurrent sérieux au grand Lon Chaney.

Il me suffit de vous donner son nom pour emporter vos suffrages : Boris Karloff.

 

PS : en prime, juste le temps d’un plan, John George, un habituel compagnon des personnages « différents ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Turteltaub
Benjamin Gates et le Livre des secrets (National Treasure: The Book of secrets - Jon Turteltaub, 2007)

Trois ans ont passé et Benjamin Gates (Nicolas Cage) revient, accompagné de son fidèle Riley (Justin Bartha) et la belle Abigail Chase (Diane Kruger), malgré leur rupture.

On y découvre aussi Emily Appleton (Helen Mirren), la mère de Benjamin et un personnage très difficile à cerner : Mitch Wilkinson (Ed Harris).

Encore une fois, nous allons aborder l’histoire des Etats-Unis, où les Gates se sont illustrés comme on l’a appris dans le film précédent.

 

C’est le même ancêtre (Thomas Gates) qui est à l’origine de l’intrigue présente.

Quant aux événements racontés, il faut se déplacer dans le temps d’un peu plus de 87 ans (1) après la Déclaration d’Indépendance.

Pas de trésor, semble-t-il, cette fois-ci : il s’agit de laver l’honneur de la famille Gates qui fut semble-t-il mêlée à l’assassinat de Lincoln. En effet, le nom de Thomas Gates apparaît sur une page retrouvée du carnet de Booth (Christian Camargo), l’assassin du président.

Mais rassurez-vous, il y aura bien un trésor, encore une fois mythique : la Cité d’or précolombienne de Cibola.

 

Jon  Turteltaub nous propose donc une deuxième aventure de l’archéologue idéaliste, même si ce dernier l’est beaucoup moins que précédemment. Outre les protagonistes sus=cités, on retrouve le père de Benjamin (Jon Voight) et Peter Sadusky (Harvey Keitel), l’agent du F.B.I. déjà présent avant.

Si l’intrigue a une tendance à se répéter (indices historiques, personnage maléfique ou trésor fabuleux), les personnages ont évolué, la candeur de Benjamin pratiquement disparue suite aux aléas des années qui ont passé, le séparant d’Abigail, pendant que Riley, fort

De son expérience passée a sorti un livre un tantinet complotiste, avec à la clé un rappel de l’administration fiscale… De là à dire que c’est à cause de son livre qu’il a eu un redressement…

 

Mais le véritable changement de ton dans cette aventure, c’est le personnage de Wilkinson (fine lame ?) interprété par Ed Harris.

Si Ian Howe (Sean Bean) était un véritable méchant, ce nouveau venu n’est pas ce qu’on pourrait appeler un vilain. Nulle malfaisance dans son attitude : seule une recherche de la vérité l’intéresse, ainsi que le trésor, vous vous en doutez bien.


Comme l’épisode précédent, le film se laisse regarder avec gourmandise, et surtout pour les relations conjugales : entre Benjamin et Abigail d’une part, mais surtout entre ses parents : Helen Mirren et Jon Voight font un couple épatant.

 

Par contre, des bruits circulent à propos d’un troisième opus depuis une dizaine d’années maintenant. Deux questions se posent alors :

  1. Sont-ils fondés ?
  2. Si Gates & C° ont « emprunté » la Déclaration d’Indépendance dans le premier film et commis un forfait encore plus grave dans le second, quelle intrigue criminelle allons-nous avoir si la progression est constante ? Un coup d’état ? Pire ?

 

Attendre et voir semblent le plus sage. Et en attendant, on peut toujours voir (et revoir) les deux films déjà sortis.

 

  1. « Four score and seven years […] » (Abraham Lincoln, Gettysburg Address, 19-11-1863)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Abel Gance
J'accuse (Abel Gance, 1919)

21 juin 1914.

C’est la nuit la plus courte, celle de la saint Jean. Toute la Provence est là pour célébrer le solstice d’été.

Mais ces réjouissances vont être de courte durée puisqu’un mois après, la mobilisation générale va être proclamée. La France et d’une manière plus générale L’Europe vont totalement changer de visage.

C’est étonnamment un enfant qui va annoncer cette guerre, répétant ingénument ce qu’il a entendu, ne pouvant toutefois pas préciser de quoi il s’agit à ses camarades.

Et parmi les hommes envoyés au front : François Laurin (Séverin-Mars). Or Edith (Maryse Dauvray), la femme de Laurin, est courtisée par Jean Diaz (Romuald Joubé), un poète qui ne sera appelé que plus tard.

Quand Jean arrive enfin au front, il a sous ses ordres François.

Malgré l’antagonisme qui divise les deux hommes, la solidarité des tranchées va les rapprocher.

 

Alors qu' Abel Gance avait voulu faire un film dénonçant ce conflit qui n’en finissait pas,  l’Armistice du 11 novembre 1918 sembla le rendre obsolète. Mais ce serait le méconnaître que de penser cela. Si la guerre s’est arrêtée et la paix signée, les ravages qu’elle fit dans les corps et dans les têtes étaient toujours présents. Car Gance traite son sujet de manière très réaliste, rendant son intrigue plus que plausible, servi par deux acteurs formidables, Séverin-Mars en tête.

 

Avoir déplacé cette histoire d’infidélité plus ou moins consommée rappelle que si nous considérons les soldats de 14-18 comme des héros, il faut absolument oublier qu’ils étaient avant tout des hommes comme les autres, un peu plus chanceux parce qu’ils en sont revenus.

De plus, Gance utilise tous les moyens techniques mis à sa disposition, donnant vie à la caméra qui va se déplacer au plus près de l’action. Ce sont des travellings ou des panoramas qui se succèdent, et une utilisation répétée des fondus enchaînés, ainsi que des surimpressions, le tout monté superbement par Andrée Danis et Gance lui-même, ajoutant une dimension surréelle quand les morts prennent la place de leurs croix pour ensuite se lever.

Ce sont alors des gueules cassées qui se rendent chez les vivants pour savoir si leurs morts furent utiles (1).
Vient alors lune série d’accusations qu’on ne retrouve pas beaucoup dans les films sur cette guerre : les profiteurs et les jouisseurs sont fustigés, mais malgré tout, il semble que leur sacrifice ne fut pas vain.

 

Il y a dans ce film un ton qu’on ne retrouvera pas souvent, et pour cause : la guerre est montrée en partie à chaud, le tournage ayant débuté avant la fin du conflit. C’est aussi cette proximité temporelle qui donne une émotion supplémentaire. Pas étonnant alors que ce film eut un beau succès : non seulement il donne une idée réaliste de la guerre, mais en plus les techniques cinématographiques maîtrisées par Gance et ses opérateurs (Marc Bujard, Léonce-Henri Burel & Maurice Forster) dont un partage de l’écran horizontalement amenant une analogie entre les morts qui se sont relevés et les vivants qui défilent sur les Champs Elysées.

Nous n’en sommes pas encore au damier de Napoléon (scène dans le dortoir), mais nous en approchons.

 

Je voudrai revenir sur l’histoire d’amour à trois qui nous est racontée : cette histoire sera balayée par la guerre, hélas, mais elle met en scène ces trois protagonistes où les deux hommes sont amoureux de la même femme : l’épouse de François.

Si Jean aime Edith, c’est plus un amour platonique qu’autre chose – nous sommes en 1919 quand le film sort, ne l’oubliez pas – alors que celui de François pour Edith est physique : François est une brute sanguinaire, ses parties de chasse le prouvent. Et son aspect brutal déborde parfois dans son quotidien, Edith en faisant les frais (2).

Et malgré toutes ses pulsions, François aime sincèrement Edith.

La guerre en rapprochant malgré eux Jean et François va ouvrir les yeux du premier sur l’amour conjugal du second.

Et cet amour assumé par l’un et l’autre pour la même femme accentue l’émotion et rend la scène de la mort de François encore plus bouleversante.

 

Quant à Jean, rendu fou par cette guerre dont il est revenu le cerveau complètement chamboulé, il ne pouvait avoir une autre issue. De très nombreux soldats comme lui sont revenus traumatisés et transformés, à la limite de la folie quand ce n’était pas complètement fous : nombre d’entre eux ont refait leur vie, abandonnant femmes et enfants, incapables de recommencer à vivre comme avant.

 

J’accuse est le premier des trois grands films de Gance, avant La Roue, et surtout avant son Napoléon, point d’orgue culminant de son œuvre.

 

 

PS : obligé d’aimer Edith de loin, du fait de la jalousie (justifiée) de François, Jean pratique le violoncelle, seul instrument qui ait une âme, et surtout dont la forme rappelle celle d’une femme (3).

 

  1. Bien entendu, au lendemain très immédiat de la guerre, Gance ne pouvait décemment pas annoncer que la mort des soldats était inutile (pléonasme), même si ce fut le cas. Mais malgré tout, les images qui défilent sous nos yeux n’ont aucune équivoque : à bas la guerre !
  2. L’une de ces scènes nous permet de voir Edith violentée par son mari, cachant tant bien que mal sa nudité. Et comme nous sommes chez Gance, son haut tombe, dévoilant ainsi son sein.
  3. Cf. Man Ray : Le Violon d’Ingres (1924)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Philip Noyce
The Giver (Philip Noyce, 2014)

Imaginez un monde harmonieux, où les conflits ont disparu. Un monde égalitaire où personne ne jalouse son voisin. Où chacun a sa place. Un monde sans dirigeant où le bien-être de la communauté est le but ultime. Un monde où les règles sont appliquées ans être remises en question.

Ce monde existe.

Dans la philosophie et dans ce film.

Le seul problème de ce monde : l’absence d’émotion. Un monde déshumanisé.

 

Mais heureusement pour nous, spectateurs, il y a Jonas (Brenton Thwaites). Jonas n’est pas comme les autres : il perçoit des images étranges, comme des reflets qu’il a du mal à qualifier.

Et quand le jour de la Cérémonie, chacun est assigné à un rôle social, tous les jeunes gens sont placés sauf Jonas : ses aptitudes particulières en font le nouveau Gardien de la Mémoire.

C’est lui doit recevoir la mémoire du monde : celui d’avant, que les hommes ont détruit, du fait de l’exacerbation des émotions.

Pour cela, il va devoir travailler avec le Passeur (Jeff Bridges formidable, mais peut-il en être autrement ?).

 

Dès la séquence d’introduction, le ton est donné : nous découvrons cette société idyllique et futuriste où tout n’est qu’harmonie.

Mais cette harmonie dépourvue d’émotion est bien entendu bien triste : c’est un monde en noir et blanc où chaque échange verbal est vide de toute passion, systématique : les dialogues s’enchaînent platement, chaque assertion amenant une réplique prévue dans le sens fort du terme.

 

L’utilisation de la couleur ou non est l’une des plus belles illustrations de ce monde aseptisé où, comme de bien entendu, un de ces membres va amener une sorte de révolution. Comme tous les autres films dystopiques qui fleurissent pendant les années 2010s, c’est encore une fois un adolescent différent qui amènera lez changement et donc le bonheur. Mais alors que dans des séries comme The maze Runner ou Divergent, le changement se fait dans la violence parfois meurtrière, ici, le seul moment de violence auquel nous assistons est un coup de poing dans la figure (1) que Jonas envoie à son ami (2) Asher (Cameron Monaghan).

 

Et donc il y a le « Passeur » (3). C’est un homme âgé qui est le gardien de la mémoire mais qui doit transmettre son savoir à un plus jeune qui prendra sa place. Jeff Bridges est magnifique dans ce rôle d’initiateur : le dernier véritable humain de ce monde meilleur.
C’est là que le film prend toute sa dimension. Phillip Noyce met le spectateur à la place de Jonas et lui fait éprouver ces nouvelles sensations : des émotions. C’est une véritable prise de conscience de ce qu’est  (ou devrait être) le monde. Ou tout du moins ce qu’il était. Avec Jonas, nous découvrons les couleurs et au fur et à mesure que le film avance, par petites touches au début, puis de plus en plus jusqu’à l’assimilation complète du spectre lumineux. Dès lors, deux visions de ce monde s’offrent à nous : en couleurs pour Jonas et en noir et blanc pour les autres.

 

Il y a dans ce monde qui nous est proposé une réminiscence de celui proposé par George Orwell dans son 1984. Mais de façon beaucoup plus insidieuse : en éliminant les émotions, la société proposée n’est pas différente de celles des pays totalitaires que nous avons connu au XXème siècle (et qui existent toujours, malheureusement) où chacun doit obéir et ne pas se distinguer des autres sous peine de châtiment : il n’y a plus de libre arbitre, cette capacité de chacun de faire des choix, condition ultime et indispensable pour être un être humain. La cheffe des Anciens (Meryl Streep, toujours magnifique), toute pétrie de bonnes intentions et malgré tout sincère, n’est finalement pas si éloignée de Staline (3). Quand Jonas se démarque totalement du mode de vie communautaire, elle n’a alors qu’un seul recours : la répression.

 

Mais au-delà de la portée politique du film, il ne faut pas oublier le public ciblé : les adolescents. En effet, si le film a remporté un grand succès auprès de cette catégorie de la société, c’est avant tout parce que Jonas, à travers son initiation, entre progressivement dans l’âge adulte. A raison, on a parlé de renaissance pour l’adolescence : les jeunes filles et garçons (re)découvrant leur corps et leurs sensations, éprouvant alors de nouvelles émotions, fortes, voire exacerbées. C’est ce passage (4), en foin de compte que nous montre Noyce, par petite touche, comme s’il coloriait le tableau qu’il n’avait fait qu’ébaucher avant le début de l’initiation de Jonas, avec comme point d’orgue indispensable : l’Amour.

 

 

PS : lors de sa sortie, les amateurs du livre de Lois Lowry – dont est tirée l’intrigue – ont crié au scandale, comme (presque) toujours quand il s’agit d’adapter un roman.

Je ne reviendrai pas là-dessus pour deux raisons :

  • Je n’ai pas lu le livre ;
  • Nous sommes au cinéma.

Cette dernière raison  est, à mon avis, la meilleure : le cinéma a toujours été – et restera je l’espère – l’un des meilleurs medias d’émotions.

 

 

  1. Je parle bien entendu de la violence dans cette communauté.
  2. L’amitié présuppose plus que des sentiments, d’où l’incongruité d’un tel terme dans ce monde.
  3. Cette analogie avec le communisme me semble la plus pertinente.
  4. Le terme « passeur » pour traduire le titre original (c’est ainsi qu’il fut utilisé au Québec) est me semble-t-il plus pertinent. Cet homme isolé de la communauté ne fait pas que transmettre un héritage : à l’instar de Charon ou de ceux qui font traverser un cours d’eau, il emmène ce jeune homme – encore un peu enfant – de l’autre côté, vers l’âge adulte.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Hewitt
Le petit Monde des Borrowers (The Borrowers - Peter Hewitt, 1997)

Quelque part, entre l’Angleterre et les Unis, entre 1927 et 1999 (1).

Les Lender habitent la maison de leur tante qui la leur a léguée oralement. Et c’ »est là qu’est le problème : sans testament, pas d’héritage, et la maison revient à l’avoué Ocious P. Potter (John « Walter » Goodman).

Si les Lender doivent déménager, cette mesure s’applique aussi aux Clock, des petits êtres hauts comme une seule pomme : les Borrowers (2).

Bien entendu, les grands et les petits vont s’associer et déjouer les plans ourdis par l’infâme Potter.

 

Nous sommes à la fin des années 1990s et comme beaucoup de films de cette période, les effets spéciaux ont tendance à prendre le pas sur l’intrigue, l’appauvrissant du même coup.

Et ce film n’y échappe pas.

Mais cela ne l’empêche pas d’être un film charmant, où il semble que tout le monde se soit beaucoup amusé.

John Goodman tout d’abord, un magnifique méchant « pour de rire », dont le nom et le caractère font tout de suite penser à un homonyme célèbre au cinéma : Henry F. Potter (Lionel Barrymore) dans La Vie est belle de Frank Capra. Cette ressemblance va même jusqu’à la ville que Potter veut ériger : Pottersville.

 

En face de Potter on trouve le chef de la famille Clock : Pod (Jim Broadbent). C’est un « Borrower » haut en couleur, mais tout de même tempéré par sa femme Homily (Celia Imrie). Pod, malgré sa taille ne se laisse jamais démonter par Potter, et Jim Broadbent s’en donne à cœur joie dans ce personnage. A noter aussi la présence de Tom Felton (Peagreen Clock), dans un rôle à l’opposé de celui qui le fera véritablement connaître : Draco Malfoy (3).

 

Bie sûr les effets numériques sont spectaculaires, mais on aurait pu souhaiter un scénario un tantinet plus étoffé.

Par contre, outre le film de Capra, on pense aussi – dans une moindre mesure – au Metropolis de Fritz Lang (d’où l’imprécision temporelle plus haut) : la ville où vivent tous ces gens comporte un quartier de gratte-ciels autour duquel gravitent des engins volants (dont un zeppelin) comme c’était le cas dans la ville du film de 1927.

 

Cette imprécision temporelle est renforcée par des accessoires et des lieux qui ne cessent de nous tromper : les voitures semblent sorties des années 50 ou 60, mais le frigo est bien de l’époque du film et Jim l’Exterminateur (Mark Williams qui retrouvera Tom Felton dans la même série de films, tout comme Jim Broadbent) ressemble lui aussi à un échappé de la même période (son uniforme y fait pour beaucoup).

Et une fois qu’on pense avoir à peu près identifié la période du film (1950-1960), Potter sort de sa poche un téléphone portable.

Quant à la localisation, c’est aussi imprécis : Joe Lender (Aden Gillett), le père de Peter (Bradley Pierce), est placé à droite pour conduire le camion de déménagement, mais sur une route où on circule aussi à droite.

Bref, tout est bien emmêlé, mais qu’importe, car ne n’est pas le plus important : on s’amuse de ces décalages entre les très grands et les très petits. 

Par contre, on aurait aimé que cela dure un tout petit peu plus longtemps…

 

  1. Seule année aperçue tout le long du film.
  2. De « to borrow » en Anglais qui signifie emprunter plutôt que chaparder, mais chaparder est tout de même plus pertinent.
  3. Cf. Harry Potter.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Drame, #Tommy Wirkola
Seven Sisters (What happened to Monday? - Tommy Wirkola, 2017)

2043.

La Terre est saturée de monde.

En Europe, un programme de limitation des naissances est mis en place : l’enfant unique.

Malheureusement, cette limitation s’accompagne – fortuitement ? – d’une hausse des naissances multiples.

Pas de problème : les enfants sont prix en charge et endormis et mis de côte en vue d’une future diminution de la population.

Terrence Settman (Willem Dafoe) vient de perdre sa fille en couche : elle avait mis au monde sept filles (Noomi Rapace), comme le nombre de jours d’une semaine : ce seront alors leurs prénoms.

Pendant 30 ans, elles vont vivre dans la clandestinité, jusqu’au jour où Monday ne revient pas à la maison.

Qu’est-il arrivé à Monday ? (1)

 

Nous sommes – encore une fois (2) – dans une intrigue dystopique mêlant l’anticipation et la science fiction. Le monde qui nous est proposé est à nouveau une société orwellienne où chacun est contrôlé par un bracelet électronique, permettant d’avoir accès aux informations personnelles ainsi qu’à  la position des personnes.

Un petit plus tout de même : les bracelets sont en phase avec la paume de la main, permettant une autre interaction avec tout objet technologique.

Encore une fois, donc, un  monde où la liberté est franchement limitée.

 

Bien entendu, cette histoire d’enfant unique rappelle les funestes années où le gouvernement chinois avait mis en place cette politique, amenant une élimination systématique des bébés filles au profit des garçons. Une expérience effroyable.

Ici, rien de tout cela – en apparence. Mais à partir du moment où Monday disparaît, la compagnie CAB (Child Allocation Bureau) n’aura des cesse de traquer les sœurs surnuméraires.

 

Si le scénario est un tantinet convenu, on ne peut rester insensible à la prouesse technique de multiplication des Noomi Rapace. Nous sommes bien loin de Mary Pickford dans Le petit Lord Fauntleroy (encore que...)Multiplicity  ou n’importe quel autre film mettant en scène des doubles. Et si la plupart d’entre eux évitent d’une certaine manière de mettre en contact direct la personne démultipliée (3), ici, Tommy Wirkola filme les sœurs entre elles, se touchant voire s’étreignant avec une grande facilité : décidément, c’est fou ce qu’on peut faire avec le numérique !

 

On peut aussi reprocher au film son côté un tantinet racoleur quand Saturday décide de tirer les vers du nez d’Adrian Knowles (Marwan Kenzari), petit ami – secret – de Monday. On a alors droit à une scène « hot » qui n’apporte absolument rien au film, si ce n’est nous montrer la poitrine de Noomi Rapace.

Pour le reste je rejoindrai certains critiques qui déclaraient que les sept sœurs manquaient d’épaisseurs. Mais n’est-ce pas un peu normal puisque le personnage de Karen Settman (4) est constitué des différentes personnalités des sept sœurs : chacune étant un septième d’un tout, il est normal qu’elles soient un peu diaphanes…

 

 

PS : Encore une fois un titre français étonnant : pourquoi avoir usé d’un autre anglicisme pour intituler ce film ? Une traduction littérale n’aurait-elle pas été suffisante ?

  1. Titre original.
  2. Une grande tendance des années 2010s.
  3. Ce n’est pas le cas pour le film d’Albert E. Green (en 1921 !) pour ces interactions entre deux Mary Pickford : magnifique !
  4. « Sept » Man ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg
Minority Report (Steven Spielberg, 2002)

2054.

Le crime (de sang) a été éradiqué sur la ville de Washington (1). Comment ? Grâce à la société Precrime qui exploite le don de trois adolescents – Agatha (Samantha Morton), Dash (Matthew Dickman) et Arthur (Michael Dickman), les précogs – qui peuvent prévoir à l’avance un crime de sang.

La police intervient avant le passage à l’acte et le crime est évité.

Tout se passe bien jusqu’au jour où John Anderton (Tom Cruise) doit traiter d’un meurtre qu’il va lui-même commettre…

 

Retour de Spielberg à la science-fiction. Mais cette fois-ci, pas de vaisseau spatial, pas d’extraterrestre amical. Une anticipation de 50 ans dans l’avenir, dans un futur (idéal ?) où la sécurité si chère aux citoyens (sont-ce encore des « citoyens » ?) a été très renforcée puisqu’on y prédit les assassinats assez tôt pour les empêcher (2).

La base de Precrime est un rêve que chaque société a pu faire dans ses périodes de réflexion, pendant les rédactions des différentes constitutions des pays du monde entier. La lutte contre la criminalité a toujours été un enjeu politique autant que sociétal.

Alors quand Spielberg nous montre cette avancée technologique, on peut se sentir attiré par une telle proposition.

 

Mais très rapidement se pose la question inévitable : si les précogs sont des alliés précieux dans la lutte contre la violence, qu’en est-il du libre arbitre ? En effet, arrêter un criminel avant qu’il ne commette son crime – dénoncé par les visions des trois ados – n’est-ce pas nier la possibilité qu’il n’aille pas jusqu’au bout ? Ce débat est vite désamorcé par Anderton lorsque Witwer (Colin Farrell) vient enquêter sur ce système « parfait ».

 

Pour Spielberg, la réponse est sans équivoque : oui, c’est nier la possible rétractation du criminel en puissance. Mais le montrer est une autre affaire.

Nous pénétrons alors dans l’intimité de John Anderton, qui a rejoint cette unité après la disparition de son fils, enlevé alors qu’il était avec lui à la piscine.
Si la situation où un système se retourne contre son usager est fréquente – ce qui est le cas inévitablement ici – Spielberg ne se contentez pas de cette option.

Pas un moment du film n’est gratuit. Les prises de drogue, les vidéos (en 3D) des partages avec son fils ou encore les différentes possibilités que la technologie offre à Anderton (et aux autres) sont exploitées avec une maîtrise extraordinaire.

Chaque attitude, chaque comportement d’Anderton a sa source dans ce que nous apprenons de lui au fur et à mesure que le film avance.

 

De plus, si le futur que nous propose le film est dominé par la technologie, les lieux fréquentés ne sont pas bien différents de ceux que nous connaissons (2002 n’est pas bien loin de notre présent), mais ce qui ressort de ce tableau, c’est avant tout une noirceur terrible. Ce monde semble privé de ses couleurs, de ce qui peut être « beau ». Les rares références culturelles du film sont surtout musicales : Anderton, aux accords de la Symphonie inachevée de Schubert, exécute un ballet manuel pour reconstituer les meurtres annoncés et les empêcher.

Autre référence culturelle, la photo, à travers les œuvres de Lara Anderton (Kathryn Morris), photographe de la solitude et la désolation, toujours en noir et blanc.

 

Car le noir et blanc est la teinte qui domine pendant la plus grande partie du film. Comme si ce monde sans crime était devenu uniforme et triste, où la vie s’écoulerait sans véritable passion (3).
Alors quand – enfin – la machine se dérègle (le facteur humain, toujours lui), le monde reprend peu à peu ses couleurs, ramenant cette humanité indispensable à la société.

 

Et les enfants, dans tout ça ?

Il y a très souvent chez Spielberg un aspect infantile prégnant. Si Anderton n’a rien de Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou encore Ray Ferrier (La Guerre des mondes, avec une nouvelle fois Tom Cruise), deux sortes d’enfants sont bien présent dans ce monde, chacun représentant deux époques bien distinctes :

  • Sean (Dominic Scott Kay puis Tyler Patrick Jones) est le passé d’Anderton, la raison qui l’a poussé à intégrer Precrime ;
  • Agatha, Arthur et Dash, les précogs, représentent son présent.

Mais que ce soit le fils de John  ou les trois adolescents, ce sont avant tout des enfants victimes des adultes : Sean fut victime d’un pédophile alors que les trois précogs sont maintenus dans un univers aseptisé, où leur cauchemars (les visions criminelles) sont entretenues et encouragées – la rencontre avec Iris Hineman (Lois Smith), conceptrice du projet, est à ce sujet, glaçante.

 

Et l’avenir ? (4)

Je vous le laisse (re)découvrir : bien entendu, un enfant est en jeu…

 

  1. L’une des villes les plus meurtrières des Etats-Unis aujourd’hui encore.
  2. Encore une nouvelle de Philip K. Dick à l’origine de ce film formidable.
  3. Voir à ce sujet le film The Giver, (Philip Noyce, 2014)
  4. Parce qu’il y en a un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edward Zwick
Couvre-Feu (The Siege - Edward Zwick, 1998)

Vingt ans.

Ca fera vingt ans le 6 novembre prochain que le film est sorti aux Etats-Unis. En plus d’une distribution prestigieuse et impeccable, le film possède un aspect prémonitoire incroyable.

Cette histoire de terrorisme qui fit scandale à sa sortie : les Musulmans sans aucune distinction étant tous assimilés à des terroristes fut reproché et le film fut un échec.

Moins de trois ans plus tard, ce film fut l’un des plus visionnés.

Entretemps, deux avions étaient entrés en collision avec les Tours Jumelles du World Trade Center. C’était le 11 septembre 2001.

 

La séquence d’introduction nous présente les conséquences d’un attentat meurtrier au Proche-Orient, mêlant habilement images d’archives et images recréées, avec en prime une intervention de Bill Clinton, alors président des Etats-Unis.

Puis nous passons à une opération organisée par des Américains (Cia ? Autres ?) qui aboutit à l’enlèvement d’un chef religieux musulman, présenté comme un chef prônant le Jihad.

Suite à cet enlèvement, une vague d’attentats va s’abattre sur New York, amenant le président à mettre en place des mesures extraordinaires : la loi martiale sur la ville.

 

Avec ce film, c’est un sujet extrêmement sensible que traite Edward Zwick. Sensible pour le côté réducteur qu’on lui a reproché à sa sortie, mais sensible parce que comme écrit précédemment, le film ne faisait qu’anticiper l’avenir des spectateurs.

Cette prémonition est assez étonnante quand on le regarde avec des yeux de 2018. Non seulement Zwick nous montre un avenir terrible où la peur qu’on redoute (1) est bel et bien là, et la description du fonctionnement des cellules terroristes indépendantes les unes des autres est d’une grande justesse et malheureusement on ne peut plus actuelle.

 

Mais nous sommes en 1998 et la situation qui est décrite est avant tout un film où Zwick part d’une situation réelle et l’exploite de la manière la plus vraisemblable possible, avec les dérives que cela peut amener. Mais là où Zwick va plus loin (trop ?), c’est en introduisant cette fameuse loi martiale. Au « pays de la Liberté » cette procédure d’exception va à l’encontre des valeurs américaines et donc définit les limites du film et semble dire en extrapolant ainsi : « Nous sommes au cinéma, c’est une fiction, nous attirons seulement votre attention sur une éventualité que nous ne souhaitons pas. »

Certes, cette approche a tendance à user de stéréotypes réducteurs. Mais il faut reconnaître que la réaction des habitants de New York est la même que celle qu’eurent les Parisiens après le 7 janvier 2015 et surtout le 13 novembre de cette même année quand des terroristes se sont attaqués à Charlie Hebdo d’abord, et à leur mode de vie culturelle ensuite : le Bataclan, les terrasses de café des Xème et XIème arrondissements, et le Stade de France.

Partout, les gens affirmaient que leurs habitudes ne changeraient pas, que comme les New-Yorkais, ils n’avaient pas peur.

 

Mais si le film se termine sur cette note optimiste, il ne faut pas rêver : nos modes de vie ont changé. La peur est bel et bien là et même Roosevelt n’y pourrait rien.

En France (2), depuis le 13 novembre, l’Etat d’urgence a été décrété et dura près de deux ans avant d’être levé, une loi nouvellement votée renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Ce n’est plus « l’état d’urgence ». Mais la liberté en a quand même pris un coup, et qu’on le veuille ou non, les modes de vie ont changé.

 

Mais si le film se termine (à peu près) bien, la vraie question reste la même : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour notre sécurité ?

La réponse n’est pas pour demain.

 

 

  1. « La seule chose que nous avons à craindre est la peur elle-même » annonçait Franklin Roosevelt peu après son investiture (4 mars 1933). Cette déclaration perd bien sûr à la traduction : « the only thing we have to fear, is fear itself ». Si le contexte est totalement différent, cette déclaration s’applique à cette nouvelle situation avec – hélas – beaucoup d’à propos.
  2. Etant français, cet exemple me vient plus facilement, mais n’importe quel nouvel attentat m’amène la même réaction d’horreur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Turteltaub
Benjamin Gates et le Trésor des Templiers (National Treasure - Jon Turteltaub, 2004)

Le trésor des Templiers…

Rien que son évocation nous emmène vers l’un des mystères les plus passionnants de l’Histoire. Ce trésor que convoitait Philippe Le Bel (et pas seulement lui) et dont ses soldats ne trouvèrent aucune trace le jour de l’arrestation de tous les Templiers.

A-t-il au moins existé ?

Le film part du principe que oui, et qu’il s’agit plus d’un trésor accumulé au fil des millénaires, et puis comme nous sommes au cinéma, tout est possible.

 

C’est donc là qu’intervient Benjamin Franklin Gates (Nicolas Cage), dernier descendant d’une illustre famille américaine qui a toujours gravité autour des présidents américains, et qui serait en outre dépositaire d’un secret qui permettrait de retrouver un trésor national (d’où le titre original) perdu depuis plus d’un siècle (1). En effet, c’est au jeune Thomas Gates qu’échut le secret, faute d’avoir pu trouver le président Jackson.

 

Nous rencontrons donc Benjamin au Pôle Nord à la recherche d’un navire : le Charlotte, qui permettra de remonter jusqu’à l’emplacement exact du trésor. Benjamin n’est pas seul, il a emmené son ami Riley Poole (Justin Bartha) et surtout un mécène un peu trouble : Ian Howe (Sean Bean).

Rapidement, Ian se révèle : c’est un aventurier peu scrupuleux et qui n’hésitera pas à utiliser les moyens nécessaires pour arriver à ses fins, sans se soucier de la légalité.

Comme Benjamin n’est pas d’accord, leur collaboration va se muer en affrontement, de loin d’abord puis de plus en plus près à mesure que le trésor se rapproche.

 

Sorti au moment de la vague d’engouement générée par le best-seller de Dan Brown (publié l’année précédente), le Da Vinci Code, on retrouve donc certaines similitudes entre Benjamin Gates et Robert Langdon. Comme Langdon, Gates a un savoir encyclopédique en ce qui concerne les tenants et les aboutissants du trésor, depuis que son grand-père (Christopher Plummer) lui en a parlé.

Et comme son collègue (?) Langdon, Gates n’est pas vraiment un homme de terrain rompu aux situations extrêmes. Il est avant tout un cérébral. Et comme Ian était plus un homme d’action, l’association fonctionnait très bien.

Mais la scission par contre, permet une ouverture dans l’intrigue, donnant un peu plus de piment dans la quête.

 

Jon Turteltaub nous régale en nous proposant les aventures de cet aventurier idéaliste complètement décalé par rapport aux contingences sociales, pensant contribuer à un projet universel pendant que son collaborateur d’un temps lui, cherche un moyen de s’enrichir. Il y a chez Gates (et même chez toute cette famille) un sentiment patriotique très fort, sans pour autant tomber dans le nationalisme. Parce que Gates est avant tout un humaniste, à l’image de ceux qui ont construit le pays dans lequel il vit.

 

Alors c’est vrai que pour nous, Européens pas toujours au fait de l’histoire des Etats-Unis, certains aspects pourraient paraître obscure voire abscons, mais les lacunes historiques sont comblées régulièrement par Benjamin et sa nouvelle associée : la très belle Abigail Chase (Diane Kruger). Le tout dans un rythme soutenu sans pour autant gaver le spectateur, aménageant des pauses dans le récit qui permettent de mieux assimiler les informations reçues. Le tout avec un humour indispensable sans pour autant tomber dans la parodie.

 

 

PS : il y a aussi chez Benjamin Gates un côté Indiana Jones dans sa façon de raisonner. Mais à la différence de son aîné, son idéalisme ne le prépare pas à toute éventualité : rappelez-vous ce que Jones met dans sa valise quand il s’apprête à retrouver l’Arche d’Alliance

 

PPS : Sean Bean ne meurt pas avant la fin !

 

(1) Pfouh ! Quelle longue phrase !

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