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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Drame, #Tommy Wirkola
Seven Sisters (What happened to Monday? - Tommy Wirkola, 2017)

2043.

La Terre est saturée de monde.

En Europe, un programme de limitation des naissances est mis en place : l’enfant unique.

Malheureusement, cette limitation s’accompagne – fortuitement ? – d’une hausse des naissances multiples.

Pas de problème : les enfants sont prix en charge et endormis et mis de côte en vue d’une future diminution de la population.

Terrence Settman (Willem Dafoe) vient de perdre sa fille en couche : elle avait mis au monde sept filles (Noomi Rapace), comme le nombre de jours d’une semaine : ce seront alors leurs prénoms.

Pendant 30 ans, elles vont vivre dans la clandestinité, jusqu’au jour où Monday ne revient pas à la maison.

Qu’est-il arrivé à Monday ? (1)

 

Nous sommes – encore une fois (2) – dans une intrigue dystopique mêlant l’anticipation et la science fiction. Le monde qui nous est proposé est à nouveau une société orwellienne où chacun est contrôlé par un bracelet électronique, permettant d’avoir accès aux informations personnelles ainsi qu’à  la position des personnes.

Un petit plus tout de même : les bracelets sont en phase avec la paume de la main, permettant une autre interaction avec tout objet technologique.

Encore une fois, donc, un  monde où la liberté est franchement limitée.

 

Bien entendu, cette histoire d’enfant unique rappelle les funestes années où le gouvernement chinois avait mis en place cette politique, amenant une élimination systématique des bébés filles au profit des garçons. Une expérience effroyable.

Ici, rien de tout cela – en apparence. Mais à partir du moment où Monday disparaît, la compagnie CAB (Child Allocation Bureau) n’aura des cesse de traquer les sœurs surnuméraires.

 

Si le scénario est un tantinet convenu, on ne peut rester insensible à la prouesse technique de multiplication des Noomi Rapace. Nous sommes bien loin de Mary Pickford dans Le petit Lord Fauntleroy (encore que...)Multiplicity  ou n’importe quel autre film mettant en scène des doubles. Et si la plupart d’entre eux évitent d’une certaine manière de mettre en contact direct la personne démultipliée (3), ici, Tommy Wirkola filme les sœurs entre elles, se touchant voire s’étreignant avec une grande facilité : décidément, c’est fou ce qu’on peut faire avec le numérique !

 

On peut aussi reprocher au film son côté un tantinet racoleur quand Saturday décide de tirer les vers du nez d’Adrian Knowles (Marwan Kenzari), petit ami – secret – de Monday. On a alors droit à une scène « hot » qui n’apporte absolument rien au film, si ce n’est nous montrer la poitrine de Noomi Rapace.

Pour le reste je rejoindrai certains critiques qui déclaraient que les sept sœurs manquaient d’épaisseurs. Mais n’est-ce pas un peu normal puisque le personnage de Karen Settman (4) est constitué des différentes personnalités des sept sœurs : chacune étant un septième d’un tout, il est normal qu’elles soient un peu diaphanes…

 

 

PS : Encore une fois un titre français étonnant : pourquoi avoir usé d’un autre anglicisme pour intituler ce film ? Une traduction littérale n’aurait-elle pas été suffisante ?

  1. Titre original.
  2. Une grande tendance des années 2010s.
  3. Ce n’est pas le cas pour le film d’Albert E. Green (en 1921 !) pour ces interactions entre deux Mary Pickford : magnifique !
  4. « Sept » Man ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg
Minority Report (Steven Spielberg, 2002)

2054.

Le crime (de sang) a été éradiqué sur la ville de Washington (1). Comment ? Grâce à la société Precrime qui exploite le don de trois adolescents – Agatha (Samantha Morton), Dash (Matthew Dickman) et Arthur (Michael Dickman), les précogs – qui peuvent prévoir à l’avance un crime de sang.

La police intervient avant le passage à l’acte et le crime est évité.

Tout se passe bien jusqu’au jour où John Anderton (Tom Cruise) doit traiter d’un meurtre qu’il va lui-même commettre…

 

Retour de Spielberg à la science-fiction. Mais cette fois-ci, pas de vaisseau spatial, pas d’extraterrestre amical. Une anticipation de 50 ans dans l’avenir, dans un futur (idéal ?) où la sécurité si chère aux citoyens (sont-ce encore des « citoyens » ?) a été très renforcée puisqu’on y prédit les assassinats assez tôt pour les empêcher (2).

La base de Precrime est un rêve que chaque société a pu faire dans ses périodes de réflexion, pendant les rédactions des différentes constitutions des pays du monde entier. La lutte contre la criminalité a toujours été un enjeu politique autant que sociétal.

Alors quand Spielberg nous montre cette avancée technologique, on peut se sentir attiré par une telle proposition.

 

Mais très rapidement se pose la question inévitable : si les précogs sont des alliés précieux dans la lutte contre la violence, qu’en est-il du libre arbitre ? En effet, arrêter un criminel avant qu’il ne commette son crime – dénoncé par les visions des trois ados – n’est-ce pas nier la possibilité qu’il n’aille pas jusqu’au bout ? Ce débat est vite désamorcé par Anderton lorsque Witwer (Colin Farrell) vient enquêter sur ce système « parfait ».

 

Pour Spielberg, la réponse est sans équivoque : oui, c’est nier la possible rétractation du criminel en puissance. Mais le montrer est une autre affaire.

Nous pénétrons alors dans l’intimité de John Anderton, qui a rejoint cette unité après la disparition de son fils, enlevé alors qu’il était avec lui à la piscine.
Si la situation où un système se retourne contre son usager est fréquente – ce qui est le cas inévitablement ici – Spielberg ne se contentez pas de cette option.

Pas un moment du film n’est gratuit. Les prises de drogue, les vidéos (en 3D) des partages avec son fils ou encore les différentes possibilités que la technologie offre à Anderton (et aux autres) sont exploitées avec une maîtrise extraordinaire.

Chaque attitude, chaque comportement d’Anderton a sa source dans ce que nous apprenons de lui au fur et à mesure que le film avance.

 

De plus, si le futur que nous propose le film est dominé par la technologie, les lieux fréquentés ne sont pas bien différents de ceux que nous connaissons (2002 n’est pas bien loin de notre présent), mais ce qui ressort de ce tableau, c’est avant tout une noirceur terrible. Ce monde semble privé de ses couleurs, de ce qui peut être « beau ». Les rares références culturelles du film sont surtout musicales : Anderton, aux accords de la Symphonie inachevée de Schubert, exécute un ballet manuel pour reconstituer les meurtres annoncés et les empêcher.

Autre référence culturelle, la photo, à travers les œuvres de Lara Anderton (Kathryn Morris), photographe de la solitude et la désolation, toujours en noir et blanc.

 

Car le noir et blanc est la teinte qui domine pendant la plus grande partie du film. Comme si ce monde sans crime était devenu uniforme et triste, où la vie s’écoulerait sans véritable passion (3).
Alors quand – enfin – la machine se dérègle (le facteur humain, toujours lui), le monde reprend peu à peu ses couleurs, ramenant cette humanité indispensable à la société.

 

Et les enfants, dans tout ça ?

Il y a très souvent chez Spielberg un aspect infantile prégnant. Si Anderton n’a rien de Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou encore Ray Ferrier (La Guerre des mondes, avec une nouvelle fois Tom Cruise), deux sortes d’enfants sont bien présent dans ce monde, chacun représentant deux époques bien distinctes :

  • Sean (Dominic Scott Kay puis Tyler Patrick Jones) est le passé d’Anderton, la raison qui l’a poussé à intégrer Precrime ;
  • Agatha, Arthur et Dash, les précogs, représentent son présent.

Mais que ce soit le fils de John  ou les trois adolescents, ce sont avant tout des enfants victimes des adultes : Sean fut victime d’un pédophile alors que les trois précogs sont maintenus dans un univers aseptisé, où leur cauchemars (les visions criminelles) sont entretenues et encouragées – la rencontre avec Iris Hineman (Lois Smith), conceptrice du projet, est à ce sujet, glaçante.

 

Et l’avenir ? (4)

Je vous le laisse (re)découvrir : bien entendu, un enfant est en jeu…

 

  1. L’une des villes les plus meurtrières des Etats-Unis aujourd’hui encore.
  2. Encore une nouvelle de Philip K. Dick à l’origine de ce film formidable.
  3. Voir à ce sujet le film The Giver, (Philip Noyce, 2014)
  4. Parce qu’il y en a un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edward Zwick
Couvre-Feu (The Siege - Edward Zwick, 1998)

Vingt ans.

Ca fera vingt ans le 6 novembre prochain que le film est sorti aux Etats-Unis. En plus d’une distribution prestigieuse et impeccable, le film possède un aspect prémonitoire incroyable.

Cette histoire de terrorisme qui fit scandale à sa sortie : les Musulmans sans aucune distinction étant tous assimilés à des terroristes fut reproché et le film fut un échec.

Moins de trois ans plus tard, ce film fut l’un des plus visionnés.

Entretemps, deux avions étaient entrés en collision avec les Tours Jumelles du World Trade Center. C’était le 11 septembre 2001.

 

La séquence d’introduction nous présente les conséquences d’un attentat meurtrier au Proche-Orient, mêlant habilement images d’archives et images recréées, avec en prime une intervention de Bill Clinton, alors président des Etats-Unis.

Puis nous passons à une opération organisée par des Américains (Cia ? Autres ?) qui aboutit à l’enlèvement d’un chef religieux musulman, présenté comme un chef prônant le Jihad.

Suite à cet enlèvement, une vague d’attentats va s’abattre sur New York, amenant le président à mettre en place des mesures extraordinaires : la loi martiale sur la ville.

 

Avec ce film, c’est un sujet extrêmement sensible que traite Edward Zwick. Sensible pour le côté réducteur qu’on lui a reproché à sa sortie, mais sensible parce que comme écrit précédemment, le film ne faisait qu’anticiper l’avenir des spectateurs.

Cette prémonition est assez étonnante quand on le regarde avec des yeux de 2018. Non seulement Zwick nous montre un avenir terrible où la peur qu’on redoute (1) est bel et bien là, et la description du fonctionnement des cellules terroristes indépendantes les unes des autres est d’une grande justesse et malheureusement on ne peut plus actuelle.

 

Mais nous sommes en 1998 et la situation qui est décrite est avant tout un film où Zwick part d’une situation réelle et l’exploite de la manière la plus vraisemblable possible, avec les dérives que cela peut amener. Mais là où Zwick va plus loin (trop ?), c’est en introduisant cette fameuse loi martiale. Au « pays de la Liberté » cette procédure d’exception va à l’encontre des valeurs américaines et donc définit les limites du film et semble dire en extrapolant ainsi : « Nous sommes au cinéma, c’est une fiction, nous attirons seulement votre attention sur une éventualité que nous ne souhaitons pas. »

Certes, cette approche a tendance à user de stéréotypes réducteurs. Mais il faut reconnaître que la réaction des habitants de New York est la même que celle qu’eurent les Parisiens après le 7 janvier 2015 et surtout le 13 novembre de cette même année quand des terroristes se sont attaqués à Charlie Hebdo d’abord, et à leur mode de vie culturelle ensuite : le Bataclan, les terrasses de café des Xème et XIème arrondissements, et le Stade de France.

Partout, les gens affirmaient que leurs habitudes ne changeraient pas, que comme les New-Yorkais, ils n’avaient pas peur.

 

Mais si le film se termine sur cette note optimiste, il ne faut pas rêver : nos modes de vie ont changé. La peur est bel et bien là et même Roosevelt n’y pourrait rien.

En France (2), depuis le 13 novembre, l’Etat d’urgence a été décrété et dura près de deux ans avant d’être levé, une loi nouvellement votée renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Ce n’est plus « l’état d’urgence ». Mais la liberté en a quand même pris un coup, et qu’on le veuille ou non, les modes de vie ont changé.

 

Mais si le film se termine (à peu près) bien, la vraie question reste la même : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour notre sécurité ?

La réponse n’est pas pour demain.

 

 

  1. « La seule chose que nous avons à craindre est la peur elle-même » annonçait Franklin Roosevelt peu après son investiture (4 mars 1933). Cette déclaration perd bien sûr à la traduction : « the only thing we have to fear, is fear itself ». Si le contexte est totalement différent, cette déclaration s’applique à cette nouvelle situation avec – hélas – beaucoup d’à propos.
  2. Etant français, cet exemple me vient plus facilement, mais n’importe quel nouvel attentat m’amène la même réaction d’horreur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Turteltaub
Benjamin Gates et le Trésor des Templiers (National Treasure - Jon Turteltaub, 2004)

Le trésor des Templiers…

Rien que son évocation nous emmène vers l’un des mystères les plus passionnants de l’Histoire. Ce trésor que convoitait Philippe Le Bel (et pas seulement lui) et dont ses soldats ne trouvèrent aucune trace le jour de l’arrestation de tous les Templiers.

A-t-il au moins existé ?

Le film part du principe que oui, et qu’il s’agit plus d’un trésor accumulé au fil des millénaires, et puis comme nous sommes au cinéma, tout est possible.

 

C’est donc là qu’intervient Benjamin Franklin Gates (Nicolas Cage), dernier descendant d’une illustre famille américaine qui a toujours gravité autour des présidents américains, et qui serait en outre dépositaire d’un secret qui permettrait de retrouver un trésor national (d’où le titre original) perdu depuis plus d’un siècle (1). En effet, c’est au jeune Thomas Gates qu’échut le secret, faute d’avoir pu trouver le président Jackson.

 

Nous rencontrons donc Benjamin au Pôle Nord à la recherche d’un navire : le Charlotte, qui permettra de remonter jusqu’à l’emplacement exact du trésor. Benjamin n’est pas seul, il a emmené son ami Riley Poole (Justin Bartha) et surtout un mécène un peu trouble : Ian Howe (Sean Bean).

Rapidement, Ian se révèle : c’est un aventurier peu scrupuleux et qui n’hésitera pas à utiliser les moyens nécessaires pour arriver à ses fins, sans se soucier de la légalité.

Comme Benjamin n’est pas d’accord, leur collaboration va se muer en affrontement, de loin d’abord puis de plus en plus près à mesure que le trésor se rapproche.

 

Sorti au moment de la vague d’engouement générée par le best-seller de Dan Brown (publié l’année précédente), le Da Vinci Code, on retrouve donc certaines similitudes entre Benjamin Gates et Robert Langdon. Comme Langdon, Gates a un savoir encyclopédique en ce qui concerne les tenants et les aboutissants du trésor, depuis que son grand-père (Christopher Plummer) lui en a parlé.

Et comme son collègue (?) Langdon, Gates n’est pas vraiment un homme de terrain rompu aux situations extrêmes. Il est avant tout un cérébral. Et comme Ian était plus un homme d’action, l’association fonctionnait très bien.

Mais la scission par contre, permet une ouverture dans l’intrigue, donnant un peu plus de piment dans la quête.

 

Jon Turteltaub nous régale en nous proposant les aventures de cet aventurier idéaliste complètement décalé par rapport aux contingences sociales, pensant contribuer à un projet universel pendant que son collaborateur d’un temps lui, cherche un moyen de s’enrichir. Il y a chez Gates (et même chez toute cette famille) un sentiment patriotique très fort, sans pour autant tomber dans le nationalisme. Parce que Gates est avant tout un humaniste, à l’image de ceux qui ont construit le pays dans lequel il vit.

 

Alors c’est vrai que pour nous, Européens pas toujours au fait de l’histoire des Etats-Unis, certains aspects pourraient paraître obscure voire abscons, mais les lacunes historiques sont comblées régulièrement par Benjamin et sa nouvelle associée : la très belle Abigail Chase (Diane Kruger). Le tout dans un rythme soutenu sans pour autant gaver le spectateur, aménageant des pauses dans le récit qui permettent de mieux assimiler les informations reçues. Le tout avec un humour indispensable sans pour autant tomber dans la parodie.

 

 

PS : il y a aussi chez Benjamin Gates un côté Indiana Jones dans sa façon de raisonner. Mais à la différence de son aîné, son idéalisme ne le prépare pas à toute éventualité : rappelez-vous ce que Jones met dans sa valise quand il s’apprête à retrouver l’Arche d’Alliance

 

PPS : Sean Bean ne meurt pas avant la fin !

 

(1) Pfouh ! Quelle longue phrase !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ted Post, #Clint Eastwood
Magnum Force (Ted Post, 1973)

Rouflaquettes, pantalons pattes d’eph’, vestes à coudières…

Pas de doute : nous sommes dans les années 1970s.

 

Magnum Force, c’est le nom d’une escouade de motards qui, en plus de surveiller la circulation, s’occupe des criminels qui ont eu la chance (?) de passer à travers les mailles du filet juridique grâce à certaines carences du système.

Il va sans dire que ces « bons » citoyens qui échappent à leur juste peine, une fois passés entre les mains de ces drôles de justiciers, ne sont plus en capacité de réitérer quelque méfait que ce soit, et ce définitivement.

Bref, ils jugent, condamnent et exécutent avec leur accessoire préféré, un pistolet Magnum .357, l’arme la plus puissante etc.

 

Dès le générique, le ton est donné : sur un fond rouge, une main tient un Magnum (.44) pendant que défilent les noms des principaux participants du film. Et une fois le nom de Ted Post affiché, le pistolet se retourne vers le spectateur (1) et la voix de Clint Eastwood nous présente son beau joujou comme il l’avait fait lors du film précédent : Dirty Harry.

Harry Callahan est donc de retour, et avec lui ses méthodes pas toujours très orthodoxes, voire franchement expéditives…

 

Si le premier film nous montrait un inspecteur de police rôdant dans les limites de la légalité avec des penchants qu’on a pu qualifier de fascistes (2), ici Callahan nous propose un autre visage. Il est toujours aussi musclé voire meurtrier dans ses interventions (ici c’est une équipe de pirates de l’air qui en font les frais), il va tout de même se placer en porte-à-faux par rapport à ces jeunes policiers qui se conduisent plutôt comme des miliciens.

Dès lors, ce sera la guerre entre eux et lui, et comme si cela ne suffisait pas, son supérieur Briggs (Hal Holbrook, décidément toujours magnifique !) lui met des bâtons dans les roues. Bref tout est là pour énerver Harry, alors il ne faut pas s’étonner si beaucoup de gens ne se relèveront pas.

 

Autre différence avec le premier film : Harry n’est pas qu’un flic rude, il a une vie hors de la police. En pénétrant dans son appartement, on peut apercevoir un cadre sur un guéridon représentant Harry avec une femme. Sa femme ? On ne le sait pas, mais il semble qu’elle ait compté pour lui. Autre signe du changement de Harry : les femmes.  Elles sont deux : Carol (Christine White) la femme de Charlie McCoy (Mitch Ryan) et Sunny (Adele Yoshioka), une jeune femme d’origine asiatique.

S’il n’a jamais « conclu » avec Carol, c’est avant tout par loyauté envers son vieux collègue et ami Charlie. Mais en ce qui concerne Sunny, c’est autre chose : elle est jeune et belle, peu farouche et comme l’été de l’Amour de San Francisco se prolonge, elle se glisse tout naturellement dans le lit de Harry.

 

Pour le reste, Ted Post nous propose un deuxième volet qui se tient bien, soutenu par une distribution solide et convaincante, dont deux d’entre eux deviendront des vedettes de séries télé : Robert Urich (Grimes) et surtout David Soul (Davis). Quant au malheureux équipier de Harry, c’est Felton Perry, condamné à peine le film entamé à disparaître, l’espérance de vie des coéquipiers de Harry étant fort limitée (deux semaines pour le précédent…).

 

Et puis il y a Eastwood, qui étoffe peu à peu son personnage de policier englué dans un système avec lequel il n’est pas toujours d’accord, mais comme il le dit ici, tant qu’on ne lui proposera pas mieux, il continuera.

De toute façon, le plus important c’est de savoir jusqu’où on peut aller (3)…

 

  1. Tiens, j’ai déjà vu ça…
  2. à tort ou à raison, ça dépend de votre point de vue.
  3. « L’homme sage est celui qui connaît ses limites. » Sentence prononcée trois fois dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pirates, #Gore Verbinski
Pirates des Caraïbes : Jusqu'au Bout du monde (Pirates of the Caribbean: At world's End (Gore Verbinski, 2007)

Il est temps de fermer.

Gore Verbinski ferme toutes les intrigues (principale et secondaires) de l’histoire qu’il a commencé dans l’épisode précédent : c’est le temps de l’affrontement final.

Notre fine équipe va donc régler tous les comptes : il va falloir affronter Davy Jones (Bill Nighy) et surtout Cutler Beckett (Tom Hollander), le véritable méchant de cette histoire.

 

En effet, si Davy Jones n’est pas le personnage le plus sympathique (sans parler de son aspect plutôt rebutant), c’est bel et bien Beckett qui est le « salaud » de l’histoire.

Et on ne peut pas s’y tromper : la séquence d’ouverture va totalement dans ce sens.

Une longue file de gens, enchaînés aux mains et aux pieds, avancent inéluctablement vers la potence où plusieurs cordes sont alignées. Si la pendaison est le châtiment réservé aux pirates, la scène nous émeut parce que parmi les suppliciés se trouve un enfant, une pièce de 8 à la main  le symbole des seigneurs pirates.

Beckett est donc l’homme à abattre.

 

Ce troisième opus, s’il n’est pas désagréable, n’a pas l’intensité ni le ton du second. Par contre, il y a dans la première pare partie du film une recherche esthétique qui tranche avec les deux autres. La progression du navire sur une mer d’huile reflétant le ciel étoilé est du plus bel effet, donnant l’impression que le navire flotte dans l’immensité sidérale.

Mais cette pause ne va pas durer bien longtemps : les aventures reprennent, toujours aussi rythmées et servies par des effets spéciaux toujours aussi époustouflants (1).

 

Encore une fois, c’est donc un film fleuve qui nous est proposé (168 minutes !) – un peu trop long à mon goût, même si l’intrigue est complexe – où le ton parodique assumé a parfois tendance à appauvrir le ton général de la narration. On peut regretter certains gags qui ont tendance à faire retomber le souffle épique qui faisait le charme du deuxième opus : on se retrouve alors avec les mêmes objections que dans le premier film.

 

Pourtant, on retourne vers ce qu’on attend d’un film de pirates : un abordage. Et celui-ci est épique : le Hollandais volant de Davy Jones contre le Black Pearl de Sparrow (Johnny Depp) et Barbossa (Geoffrey Rush) : c’est un combat phénoménal qui se déroule dans un océan déchaîné sur les bords d’un maelstrom gigantesque où sera précipité le vaincu et son navire. Ajoutons à cela une météo très défavorable et nous aurons alors un combat naval extraordinaire.

 

Les résolutions des différentes intrigues (2) sont un peu mises à mal par ce final grandiose et chaotique, avant la véritable fin qui, bien entendu annonce une suite.

Parce que c’est là que se situe le vrai problème du film : si tout est (presque) bien qui finit (pas exactement) bien, il y aura une suite.

La série se révèle un véritable filon pour Jerry Bruckheimer (le producteur) et les studios Disney : l’attraction des différents parcs a été revue pour intégrer les intrigues des différents films, et deux nouvelles suites sont déjà sorties.

 

Et on parle même d’un sixième film en préparation…

A suivre ? (3)

 

  1. La transformation de Calypso par contre, laisse tout de même un peu à désirer, les ficelles (et je pèse mes mots, si vous vous souvenez de la scène) étant un tantinet trop grosses : on croirait presque que Ray Harryhausen a donné un ultime coup de main à l’équipe…
  2. Davy Jones et l’infâme Beckett sont vaincus, Will (Orlando Bloom) sauve son père (Stellan Skarsgård), épouse la belle Elizabeth (Keira Knightley) etc.
  3. Ou pas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pirates, #Gore Verbinski
Pirates des Caraïbes : Le Secret du coffre maudit (Pirates of the Caribbean: Dead man's Chest - Gore Verbinski, 2006)

(Ils sont de retour)²

Non seulement le genre « film de pirates » est à nouveau remis à l’honneur, mais en plus, on retrouve les personnages de la dernière fois, avec en prime un personnage encore plus redoutable : Davy Jones (Bill Nighy).

En effet, si Norrington pouvait passer pour une sorte de « méchant » dans le premier épisode, il n’était pas aussi terrible que l’est ce nouveau personnage.

 

La rencontre avec Davy Jones amène des conséquences autrement plus funestes : la damnation qui se traduit par un engagement éternel sur le bateau de ce personnage dont le visage (1) n’est pas sans rappeler un autre méchant du même acabit : Cthulu.

Le coffre dont parle le titre (original ou sa traduction est donc celui où Davy Jones a enfermé son cœur suite à un chagrin d’amour.

L’intrigue est donc simple : récupérer le cœur de Davy Jones et devenir ainsi le maître des océans, et d’une certaine mesure du monde.

Autre personnage apparaissant ici : Cutler Beckett (Tom Hollander) ancienne connaissance de notre vieux complice Jack Sparrow (Johnny Depp), à la recherche lui aussi du coffre.

 

Si le premier opus était un coup d’essai magnifiquement transformé, cette nouvelle aventure s’installe dans la durée : il y aura obligatoirement une suite. Et Gore Verbinski prend plus le temps d’installer l’intrigue plus élaborée que dans le premier épisode, le rythme des péripéties reste tout de même soutenu. Faisant fi des remarques du premier film, on accepte ce capitaine d’opérette, mais surtout, on apprend – enfin – comment il est devenu capitaine du Black Pearl.
Sans oublier qu’à l’intrigue principale se greffe une sous-intrigue entre William Turner (Orlando Bloom) et son père retrouvé : le Bottier Bill Turner (Stellan Skarsgård) que ce fils veut arracher au super méchant.

 

Débarrassé de certaines interrogations nées dans le film précédent, on se laisse agréablement porté dans ces aventures aussi rocambolesques qu’avant, servies par des effets spéciaux tout aussi époustouflants que la première fois.

Avec en prime un duel à l’épée qui a la particularité de ne pas se dérouler à deux : ils sont trois (Sparrow, William & Norrington). Doit-on en conclure qu’il s’agit d’un triel (2) ?

Toujours est-il qu’avec cet affrontement tripartite (3), Verbinski remet au goût du jour le combat à l’épée (il y en avait dans le premier épisode aussi), ajoutant à l’affrontement des lieux qui évoluent avec le déplacement des bretteurs, jusqu’à un paroxysme circulaire que je vous laisse savourer si ce n’est déjà fait.

 

Bref, comme me le disait une amie, ce deuxième épisode est très enlevé et on suit avec un plaisir gourmand l’évolution de tous les protagonistes, chacun selon son propre objectif, vers une résolution qui, si elle s’esquisse doucement, ne sera révélée totalement qu’au troisième opus, qui sortira l’année suivante.

Avec en prime un « témoin de dernière minute » corsant un tantinet plus une intrigue bien complexe déjà.

 

Quoi qu’il en soit – et rassurez-vous – nous n’avons plus à attendre aussi longtemps.

A suivre, donc…

 

  1. Museau ? Gueule ? Autre ?
  2. Non, mais ce n’est pas grave, j’aimais le terme.
  3. Ca, ça convient.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Pirates, #Gore Verbinski
Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl (Pirates of the Caribbean : The Curse of the Black Pearl - Gore Verbinski, 2003)

Ils sont de retour !

Depuis le décevant Pirates de Polanski (1), on n’avait pas eu de nouvelles d’eux, si ce n’est un essai peu concluant en 1995 avec L’Ile aux pirates.

Il faut dire que depuis la fin de l’âge d’or d’Hollywood, le thème n’avait plus le vent en poupe (2).

Il faut dire aussi que depuis Le Pirate noir (Albert Parker, 1926) et avec l’arrivée de Michael Curtiz dans cette catégorie (Captain Blood, 1935), on a vécu de grands moments de piraterie cinématographiques.

 

Mais forts du succès de l’attraction de Disneyland depuis 1967, la compagnie du même nom a tenté un pari : faire revenir les pirates au premier plan au cinéma.

On peut le dire en voyant que ce film a eu quatre autres suites (3), avec plus ou moins de bonheur.

Mais ce succès n’est pas usurpé, même si on peut préférer les œuvres précédentes : on y trouve de l’action, de l’amour, de la violence (4), de la rouerie, des combats à l’épée, de l’humour et les indispensables trois-mâts qui participent autant que leurs occupants du mythe de la piraterie.

 

Le premier qu’on rencontre, c’est le légendaire Jack Sparrow (Johnny Depp), revenu de tout, bavard intarissable, recherché sur les sept mers. Avec l’arrivée de Sparrow à Port-Royal (Jamaïque), c’est l’aventure qui se présente à la très belle Elizabeth Swann (Keira Knightly, aussi belle que talentueuse), à qui le destin réservait un mariage de raison avec le très britannique James Norrington (Jack Davenport), commandant de la Navy. Et comme le destin est farceur et que le jeune William Turner (Orlando Bloom) est amoureux d’Elizabeth, on se dit rapidement que la belle n’est pas prête à être mariée. Et bien entendu, on a raison de le penser.

 

Pour le reste, Gore Verbinski nous propose un film d’action efficace, avec tout de même des effets numériques époustouflants qui n’auraient peut-être pas autant aidé le film trente ans plus tôt, ou pendant « l’âge d’or » précédemment cité. En effet, les passages des pirates de l’ombre à la lumière lunaires sont absolument merveilleux, la postproduction dirigée par ce dernier achevant de ravir les spectateurs.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un « mais », le film est avant tout un « one shot », comme disent nos amis anglophones. Le film se suffit à lui-même, à l’instar de La Guerre des étoiles (1977)…

Et peut-être fallait-il en rester là. Toujours est-il qu’on a plaisir à suivre ces aventures rocambolesques, où les interprètes semblent s’amuser autant que les spectateurs.

Mais comme toujours dans ces cas-là, on s’accorde une (très) légère ouverture vers une suite éventuelle : on ne sait jamais, si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, et si le succès est là, on peut toujours trouver un embryon de suite.

 

Pour le reste, si l’interprétation est à la hauteur du film, on peut tout de même préférer les pirates d’antan, et en particulier Errol Flynn qui fut – et restera longtemps pour moi et d’autres – un pirate inégalable. Alors oui, Johnny Depp est drôle en Jack Sparrow, mais il lui manque un tout petit quelque’ chose pour le hisser au même rang que le « Baron » Flynn. Peut-être tout simplement sa carrure. Il est clair que Barbossa (Geoffrey Rush) a plus une allure de pirate que son cadet. Mais, c’est peut-être aussi le succès de ce film qui sait rester dans un registre sobre tout en restant convaincant : Christopher Walken ou Michael Keaton (à qui le rôle fut proposé) auraient très certainement fait des pirates autrement plus redoutables que le fantasque Jack Sparrow. Et de fait, le ton du film aurait certainement été tout autre.

 

Mais trêve d’argutie, il faut se laisser aller et se plonger dans l’univers de ces pirates pas si redoutables que ça, voire carrément sympathiques quand ils ne sont pas ridicules : nous sommes au cinéma, que diable !

 

PS : avant ce film, il y avait les squelettes de Ray Harryhausen – Jason & les Argonautes – (Don Chaffey, 1963) qui avaient marqué plus d’un jeune spectateur lors de leur éruption du sol. Maintenant, il faudra compter avec ceux-ci. En se demandant tout de même ce qu’aurait fait ce même Harryhausen avec toutes ces techniques modernes…

 

 

  1. Cet avis n’engage que moi.
  2. C’est le cas de le dire.
  3. « Sequals » comme on dit chez les Américains, un terme qui ressemble à un mot français beaucoup moins engageant, mais nous y reviendrons…
  4. Edulcorée tout de même, on est chez Disney, même si le film était annoncé comme interdit aux moins de 13 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Terry Gilliam
L'Armée des 12 Singes (Twelve Monkeys - Terry Gilliam, 1995)

James Cole (Bruce Willis) est un homme dangereux : c’est un homme d’une violence extrême qu’on a enfermé dans une cellule sous terre. Sous terre car depuis fin 1996 un virus a éliminé la quasi-totalité de l’humanité. Les rares survivants sont terrés et attendent la fin de la pandémie. Mais James a une mémoire phénoménale et un sens aigu de l’observation.

C’est pourquoi il a été désigné comme volontaire pour retrouver dans le passé (1) l’origine du fléau à côté duquel la Peste noire fut une maladie bénigne…

 

Evacuons tout de suite : non Terry Gilliam n’a pas adapté une intrigue originale. Il s’agit d’un remake de La Jetée de Chris Marker (1962). Mais Gilliam s’est tellement approprié l’histoire qu’on croirait vraiment qu’elle est sienne. Il faut dire qu’il l’a traitée de la même façon que ces films précédents. On y retrouve le côté steam punk de Brazil, ainsi que la solitude d’un homme inadapté au monde dans lequel il vit (on le serait à moins…).

Et surtout, le thème du voyage dans le temps est traité d’une manière extrêmement subtile, loin de l’humour de Retour vers le Futur.

 

Il s’agit avant tout d’un paradoxe temporel : il est surtout question d’altérer le passé afin de se créer un autre présent, où la pandémie aurait été contenue, voire totalement enrayée. Mais réduire le film à cela, c’est une des réponses à la question qui se pose à la fin du film : que va-t-il se passer ensuite ? En effet, la mission de James Cole est accomplie, mais on ne peut se prononcer sur une fin heureuse ou pas (2).

 

Terry Gilliam retourne à la science-fiction et nous propose un bijou de cinéma. Le point de vue proposé pendant presque toute la durée du film est celui d’un homme déphasé dans un monde hostile, quelque soit l’époque où il évolue : dans son monde, il est un criminel dangereux qu’on a enfermé ; à chaque voyage en 1990 ou 1996, il est recherché par la police ou interné ; quand il se retrouve en 1917, suite à un bug de la machine, il tombe en pleine bataille, recevant même une balle dans la cuisse.

Les rares fois où on n’a pas le point de vue de James, on a droit à celui de Jeffrey Goines, un véritable malade mental, interprété avec brio par Brad Pitt, loin des rôles de jeune premier qu’on lui connaît. Ou encore celui de Kathryn Railly (Madeleine Stowe, trop rarement à l’écran !) qui, si elle a beau être la psychiatre des deux hommes, n’en commence pas moins à devenir folle par les élucubrations de James.

 

Mais au-delà de l’intrigue fort subtile, c’est la façon de filmer qui donne une dimension autre que le film dont celui-ci s’inspire. Les voyages dans le temps s’accompagnent non seulement d’un choc psychologique pour le voyageur, mais aussi d’une similitude dans les épreuves de James : après une courte expédition d’observation dans le monde du dessus, il est décontaminé et frotté au balai-brosse ; on retrouve un même plan quand Cole est interné, étant cette fois désinfecté par deux infirmiers avant d’intégrer l’asile.

 

De même, quand James voyage dans le temps, un court plan de coupe où les lumières et l’obscurité se mélangent, illustre les sensations (présumées) ressenties par le voyageur : quand James et Kathryn se retrouve en forêt, on retrouve ce même genre de plan-séquence, ajoutant au désordre subi par James, et par extension aux spectateurs. Car jusqu’à la fin la caméra nous trimballe d’un endroit à l’autre et d’une époque à l’autre avec en prime l’insertion des rêves de James où une femme blonde qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la psychiatre (elle est brune) se penche sur un homme mourant dans un aéroport.

 

Alors quand James et Kathryn se retrouvent dans ce même aéroport, et que James y croise un de ses codétenus du futur (3), on arrive à une situation paradoxale où James (et le spectateur) se demande où commence la réalité et où se finit le rêve, qui vire quoiqu’il en soit au cauchemar…

 

Mais heureusement, la dernière séquence remet les choses dans l’ordre sans toutefois, répondre à la question susmentionnée…

Un film brillant qui, au-delà de l’aspect temporel, nous propose un monde actuel (4) qui, s’il n’est pas souterrain n’est pas beaucoup plus reluisant que le présent de James. Ce ne sont que murs envahis d’affiches, vitrine recouverte d’autres affiches, théâtre abandonné annonciateur de l’apocalypse imminente. Un vrai monde de transition vers le sort funeste annoncé dans l’intertitre d’ouverture du film.

Sans oublier le traitement des patients de l’hôpital psychiatrique, condamnés à jouer – seuls ou à plusieurs – où à regarder une télévision qui, quand elle ne propose pas de s’évader vers un paradis maritime, propose les dessins animés déjantés de Tex Avery, ou les facéties des Marx Brothers, avec un nouveau clin d'œil au film que nous voyons : Monkey Business (Norman Z. McLeod, 1931).

 

 

  1. Quelques décennies plus tard, sous ce qui fut Philadelphie.
  2. J’ai mon opinion là-dessus et me garde bien de vous la donner…
  3. Qui est pour lui le présent ! Vous suivez ?
  4. Nous sommes en 1995 quand le film est tourné, et à sa sortie, le futur envisagé (fin 1996) est celui des spectateurs !
  5. Les Keys, îles de Floride reliées par un immense pont, sans oublier le sens premier de « key » : la clé, comme si c’était là que résidait la solution de cette intrigue complexe… Et pourquoi pas, d’ailleurs ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Ford
Trois sublimes Canailles (Three bad Men - John Ford, 1926)

« Bull » Stanley (Tom Santschi), Mike Costigan (J. Farrell MacDonald) et « Spade » Allen (Frank Campeau), tels sont leurs noms. Recherchés un peu partout aux Etats-Unis, ils se retrouvent malgré eux obligés de sauver une jeune femme attaquée par des brigands à la solde de l’infâme shérif Layne Hunter (Lou Tellegen).

Forcés de faire le bien, ils restent avec la belle Lee Carleston (Olive Borden) à présent orpheline.
Se joint à eux Dan O’Malley (George O’Brien), un jeune cowboy tenté par l’aventure et surtout l’ouverture à la colonisation du Dakota en 1877.

 

Deux ans après The iron Horse, John revient au western, reconstituant dans le même temps la ruée sur le Dakota qui eut lieu au milieu des années 1870s. On y retrouve en plus des thèmes qui lui sont chers, la progression de cette Civilisation américaine qui continue d’avancer toujours plus loin dans l’Ouest sauvage. Cette évolution de la société chez Ford s’achèvera 35 ans plus tard avec L’Homme qui tua Liberty Valance.

 

Le microcosme

Cette ruée s’accompagne d’une attente forcée qui voit émerger une ville champignon (1). Cette ville, comme dans The iron Horse comporte ses lieux et ses personnages indispensables : saloon où l’alcool coule à flot ; shérif pour faire régner la Loi et l’ordre, mais ici, c’est surtout à son propre avantage que la Loi est défendue ; prostituées et presse dont le directeur de la publication est à moitié écossais, ce qui signifie qu’il boit beaucoup plus qu’il n’écrit…

Mis à part le shérif et ses affreux acolytes, tous ces personnages sont hauts en couleurs et source de comique.

Jusqu’à l’arrivée du pasteur (Alec B. Francis), amenant le dernier élément indispensable d’une communauté américaine chez Ford : Dieu.

 

La famille

Comme toujours, l’intrigue a une dimension familiale, qu’elle soit principale ou secondaire, l’accent est mis sur cette base de la société américaine (et mondiale, on peut le dire). Lee se retrouve orpheline ; « Bull » recherche sa sœur Millie (Priscilla Bonner) et le salaud qui l’a déshonorée ; sans oublier l’espoir de toutes ces familles qui sont venues chercher un monde meilleur et vont se créer elles-mêmes leur propre paradis.

Par extension, on peut parler de la famille des acteurs dans les films de Ford : on retrouve, encore une fois George O’Brien et surtout l’incontournable J. Farrell MacDonald qui jouera jusque tard avec le maître. Sans oublier George Schneiderman qui a filmé et filmera encore pour le réalisateur.

 

La musique

Indispensable même si le film est muet. Dan O’Malley joue de l’harmonica et un malheureux « avorton » bien mis se tire des pattes de Mike et Spade en faisant danser une jeune femme.

 

Les femmes

Comme toujours, elles sont indispensables çà l’intrigue. Si on excepte les prostituées qui sont plus là pour décorer, on distingue trois femmes :

  • Lily (Phillys Haver) : a priori une prostituée qui remarque Dan dès son arrivée à Custer mais est éconduite deux fois. Son rôle, quoi que secondaire amène une variation dans les rapports entre Dan et Lee.
  • Millie : c’est la jeune femme abusée par un infâme – en l’occurrence Layne – et qui trouvera sa rédemption en sauvant les ouailles du pasteur, attaquées pendant une réunion.
  • Lee enfin, la jeune femme vierge et sure d’elle. Elle a le caractère bien trempé des héroïnes fordiennes. Orpheline, elle saura tirer le meilleur de ses trois sublimes canailles, et trouvera l’amour en la personne de Dan. Avec, comme annoncé cidessus, des hauts et des bas. C'est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut et qui amène nos trois compères à s’amender.

Parce que nos trois fripouilles se retrouvent coincées par leur attachement à Lee. Ils doivent la protéger, et surtout faire le Bien, ce qui n’est pas chose gagnée quand on les voit évoluer : si Bull est un leader de par son intelligence mais surtout sa forte carrure, les deux autres sont de drôles de cocos, voleurs malgré eux si on les écoutait, mais surtout deux sacs-à-gnole incorrigibles.

Ils arrivent dans le soleil, vers lequel on a plutôt l’habitude de voir les héros s'en retourner, ils n’ont d’égal à leurs mines patibulaires qu’un cœur d’or caché sous des dehors frustes et des atours bien sales.

 

Ces trois mauvais hommes, malgré tout, savent gagner l’amitié de tous : de Lee et Dan, et surtout du public. On ne peut qu’aimer de telles canailles, au verbe haut et aux paroles un peu idiotes (surtout Spade et Mike), mais qui savent honorer leur devoir quand la situation l’exige. Alor ils gagneront leur Rédemption (2), unis pour toujours dans la mémoire de ceux qu’ils auront su protéger jusqu’au bout.

 

P.S. : on retrouvera un trio similaire une vingtaine d’années plus tard dans Le Fils du désert, dont le titre original est plus parlant : Three Godfathers. Trois parrains, comme nos trois canailles au cœur d’or qui nommeront (3) le premier-né de Lee et Dan.

 

  1. Custer, en hommage au tueur d’Indiens qui succomba à Little big Horn quelques mois plus tôt (1876).
  2. Indispensable, vous savez bien…
  3. C’était le rôle du parrain en ce temps-là…

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