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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Lois Weber
Où sont mes Enfants ? (Where are my Children? - Lois Weber, 1916)

Le procureur Walton (Tyrone Power Sr., le père de) est un homme heureux mais insatisfait. Depuis le temps qu’il est marié, son épouse (Helen E. Reaume, femme du précédent) ne lui a pas encore procuré la joie de mettre au monde un enfant.

Au contraire, à plusieurs reprises, elle a usé des bons services du Dr. Malfit (Juan de la Cruze), spécialiste pour faire « passer » les enfants.

Mais nous sommes en 1916, et la Loi n’est pas la même que de nos jours (parfois on se le demande…).

 

Lois Weber réalise un film engagé comme peu de gens le faisaient à la même époque (1) : non seulement elle aborde le sujet tabou et diabolisé de l’avortement, mais elle justifie dans sa séquence d’ouverture le contrôle des naissances. En clair : la contraception.

Il y a chez Mrs Weber une volonté réformiste en justifiant le contrôle des naissances sous un aspect pseudo-religieux : enfants à  naître – voulu ou non – sont présentés comme des anges, à mi-chemin entre la divinité et l’humanité. On aperçoit alors une réplique des portes du Paradis qui s’ouvrent dans un sens ou dans l’autre en fonction d’une naissance (plus ou moins désirée)

 Ou d’un « passage ».

Mais dès l’ouverture, nous connaissons les sentiments de Lois Weber. Elle soutient son argumentaire en montrant des scènes – malheureusement toujours d’actualité – où des familles ne cessent de croître alors que ces naissances multiples non désirées amènent une violence de plus en plus forte : chez les parents puis, par ricochet, chez leurs enfants.

 

Quand nous découvrons le procureur Walton, il assiste à un procès où l’accusé est de toute évidence victime de son extraction : enfant non désiré, sa seule façon de se faire remarquer – auprès de ses parents voire de la société – est d’enfreindre la Loi.

Mais si Walton est conscient de ce facteur, il n’en demeure pas moins, de par sa position, un accusateur des idées sexuelles progressistes, la contraception.

Il y a, lors du procès d’un de ses porte-paroles, comme une espèce de conflit d’intérêt. Avec force images, Lois Weber nous montre en quoi cet homme a raison : contrôler les naissances amènerait un moindre gâchis humain.

Mais d’un autre côté, Walton est en proie à une autre tendance nataliste : l’eugénisme théorie en vogue avant la seconde guerre mondiale et ses abus par les nazis et autres extrémistes dont la « pureté » de leur « race » a amené des dérives mortifères (2). En effet, sa sœur et son beau-frère ont conçu un « magnifique » bébé…

 

Dès l’ouverture, Lois Weber prévient les spectateurs (à moins que ce soit l’organisme qui a aidé à la restauration du film) : cde film est « pour adultes ». Les théories et propos qui y sont tenus ne s’adressent pas aux enfants. MAIS : si, par hasard (3), des parents venaient accompagnés de leurs enfants (leurs filles en particulier ?), ce film ne leur serait que très bénéfique.

 Oui, Lois Weber, en réalisant ce film prend – encore une fois mais malheureusement trop rarement, surtout à cette époque – pour les femmes.

Son idée n’est pas de céder à l’eugénisme où seuls les plus forts (beaux, intelligents…) survivront.
Si Walton condamne le théoricien, il n’en condamne pas moins sa femme qui par complaisance – et par intérêt – a fait passer des enfants (pour elle et ses copines).

 

Et si le film s’achève sur la question titulaire, elle n’y répond pas pour autant : il était impensable d’encourager ouvertement la « contraception » (jamais nommée dans le film) mais on ne peut s’empêcher de penser que les intrigues auxquelles nous assistons expriment un immense gâchis où l’humanité ne sort pas grandie.

Quoi qu’il en soit, et malgré le propos militant du film, Lois Weber termine son film en accentuant la question que pose le titre du film : où sont [les] enfants ? ».

 

On a alors le couple Walton qui, prostré devant la cheminée, vieillit ; leurs enfants virtuels en surimpression viennent se lover contre leur « presque » père et grandissent « presque » avec eux – toujours en surimpression – alors que le film se termine, devant cet échec retentissant et qui, au bout du compte, n’a pas réussi à séparer ces « presque » parents.

 

 

  1. Si véhiculer le message des ligues de tempérance ou de morale est « engagé », alors le film de Mrs Weber est difficilement qualifiable : « sur-engagé » me semble un euphémisme.
  2. En France (mon pays : personne n’est parfait et je préfère me considérer comme un Citoyen du Monde), il semble qu’Alexis Carrel, fervent partisan voire théoricien de l’eugénisme ait encore des rues ou avenues et autres boulevards à son nom dans certaines villes de France (j’ai les noms !). Au nom de quoi peut-on encore conserver dans la toponymie urbaine actuelle un élément ouvertement pronazi ? Mais je m’égare.
  3. Ironie ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nancy Meyers
Ce que veulent les Femmes (What Women want - Nancy Meyers, 2000)

Nick Marshall (Mel Gibson) est un homme à femmes. Fils (sans père) d’une danseuse de revue, il a fréquenté très tôt les coulisses des cabarets et a donc acquis quelques prédispositions dans ce domaine.

Il est séduisant, à de l’humour et assure au lit.

Evidemment, une fois arrivé à ses fins, il jette sa conquête et passe à une autre.

Bref, Nick Marshall est un sale con.

Nick travaille dans une agence de pub : il est brillant et son boss Dan Wanamaker (Alan Alda) veut le nommer à la tête de sa branche. Mais au dernier moment, c’est une autre personne qui prend sa place. Pire que cela : c’est une femme, Darcy McGuire (Helen Hunt).

Et puis vient l’accident : il s’électrocute dans sa baignoire avec son sèche-cheveux (quelle idée, aussi !).

Quand il se réveille le lendemain matin, il possède un nouveau don : il peut entendre les pensées des femmes…

 

Il y a dans ce beau film de Nancy Meyers comme une parenté avec le magnifique Groundhog Day d’Harold Ramis.

En effet, Nick est un personnage dans la lignée que le prétentieux Phil Connors (Bill Murray) : outre son arrogance de mec qui se trouve irrésistible, il est macho misogyne et tout autre terme dans cette rubrique.

Inutile de dire que l’arrivée de Darcy à « son » poste est une catastrophe. Et même pire que cela, puisque c’est avant tout une femme.

Rapidement, il se serait retrouvé à la traîne dans la nouvelle ligne décidée par Darcy.

Mais son « don » va lui permettre d’évoluer.

 

En effet, Nick va changer progressivement, les pensées intimes de ce qui furent ses « cibles » vont lui faire découvrir un nouveau monde où les femmes sont autre chose qu’un objet décoratif qu’on accroche à son bras et qu’on range dans son lit.

Et là encore, comme chez Ramis, cette nouvelle faculté va lui permettre de s’amender : bref, l’indispensable Rédemption qui tient à cœur aux Américains.

 

Cette rédemption, comme pour Phil Connors le rendra meilleur et surtout humain. Voire féminin (1). Et de ce côté, Nancy Meyers réussit son coup : Mel Gibson est tout en nuances, très loin d’autres rôles plus physiques dans lesquels il était un peu cantonné (Mad Max, L’Arme fatale…).

Le public s’amuse des « intuitions » de Nick à propos des pensées intimes des femmes qu’il révèle avec l’habileté – malhonnête dans un premier temps – qu’il a acquise dans son travail.

Et on sent que le beau Mel lui aussi s’est amusé : sa féminité s’épanouissant, son jeu en fait autant pour notre plus grand plaisir.

 

C’est un film très réjouissant où les femmes – les plus nombreuses – sont montrées différemment. Et celles qui ont été retenues pour affronter Nick/Mel sont à la hauteur du challenge : transformer un sale con en humain.

Helen Hunt est toujours juste : la dernière séquence la montre se décomposant quand arrive l’explication finale est un moment très émouvant où Nick atteint le point maximal indispensable pour son rachat. C’est malgré tout elle – et ce n’est que très normal – qui a le dernier mot : la dernière réplique de Nick est, à ce sujet, absolument pertinente (2).

 

 

  1. la célèbre « part féminine » des hommes dont beaucoup ne veulent pas entendre parler.
  2. Allez (re)voir !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Fargo, #Clint Eastwood
L'Inspecteur ne renonce jamais (The Enforcer - James Fargo, 1976)

San Francisco, années 1970, encore.

Harry Callahan (Clint Eastwood) est toujours fidèle au poste, au grand dam de son supérieur, le capitaine McKay (Brad Dillford).

Encore une fois, on a le plaisir (?) d’admirer les méthodes expéditives du plus célèbre flic de Frisco.

On peut aussi constater qu’il a changé – encore une fois – de partenaire : c’est maintenant di Giorgio (John Mitchum, le frère de) qui s’y colle, avec le même bonheur que les précédents.

Revoici donc Harry à la poursuite des assassins de son partenaire (3 films ensemble, en plus !).

Après Scorpio, un tueur  solitaire (1) et une équipe de flics qui rendent leur propre justice, voici Callahan sur la piste d’un drôle de groupuscule révolutionnaire ayant comme idéal le roi-dollar.

Et comme il a perdu son partenaire, on lui en donne un autre, ou plutôt UNE autre : l’inspectrice Kate Moore (Tyne Daly), premier élément féminin à ce grade dans le célèbre SFPD.

Nul besoin de préciser que cette femme ne fait pas le bonheur d’Harry…

 

C’est James Fargo qui se charge de ce nouvel opus des aventures de Callahan. Il ne déroge donc pas aux différentes péripéties déjà utilisées lors des deux films précédents.

Au bout de 90 secondes (environ), alors que les titres de présentation du film et de ses participants défilent,  nous en sommes déjà à deux morts violentes. Et Harry n’est pas encore apparu !

Alors quand son tour vient, Fargo nous propose une variante : Harry ne va pas tuer quelque malfaiteur tout de suite. Mais rassurez-vous (?), ce n’est que partie remise : la pègre et surtout les membres du groupuscule auront droit à leur ration de plomb, et force (c’est le cas de le dire) reviendra à la Loi, mais nous nous en doutions déjà au moment où le film a commencé.

 

Non, le plus important dans le film, c’est bien sûr les rapports entre Callahan, macho, misogyne et tout qualificatif commençant par un M (ou presque) et cette jeune inspectrice. Et encore une fois, nous ne sommes pas déçus.

Bien entendu, c’est Harry qui mène la danse et nous montre tous les clichés présupposés à son personnage en ce qui concerne la présence d’une femme dans la police de terrain.

Et bien entendu, ses visions arriérées (2) se trouvent battues en brèche dès leur première collaboration.

Il faut dire que Tyne Daly tient la dragée haute à Callahan qui, tout compte fait, s’accommode très bien de cette femme qui ne se laisse pas démonter. Pas étonnant qu’elle remporta un franc succès avec la série Cagney & Lacey.

 

Pour le reste, rien de bien extraordinaire : James Fargo remplit son contrat en respectant le cahier des charges, amenant un petit peu plus d’humanité à Callahan, mais pas trop non plus, c’est tout de même Dirty Harry !…et on a le plaisir de retrouver pour la troisième fois un vieux complice d’Eastwood : Albert Popwell, dans un nouveau rôle de truand afro-américain. On a même droit au retour d’Harry Guardino dans le rôle du lieutenant Bressler.

 

Bref, ça roule, on est en territoire conquis.

Un petit peu trop peut-être ?

 

  1. Psychopathe, est-il besoin de le préciser ?
  2. Mrs Grey (Jan Stratton), la représentante du maire (John Crawford dont c’est la dernière apparition au cinéma) emploie même le terme « Neandertal »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alan Parker, #Gangsters
Bugsy Malone (Alan Parker, 1976)

Ca commence comme n’importe quel bon film de gangsters. C’est normal, c’en est un. La voix de Fat Sam (John Cassisi) nous guide dans une allée sombre où Roxy Robinson (John Williams) est coincé par les tueurs de la bande de Dandy Dan (Martin Lev).

Lui Fat Sam est un chef de gang qui prospère, faisant de l’ombre aux trafics de Dandy Dan, d’où cette exécution.

La caméra fait alors un arrêt sur image, montrant le visage de Roxy touché par un projectile : un petit suisse !

 

Pas de sang dans ce film : normal, ce sont des enfants qui jouent du début à la fin. Les seules incursions des adultes dans le film – outre l’équipe d’Alan Parker – se cantonnent à interpréter les différentes chansons qui rythment le film de bout en bout.

Nous assistons alors à un véritable film de gangsters où la concurrence pour dominer le marché de l’East Side (New York ? Qu’importe !) fait rage : poursuites en voitures, bagarres et fusillades émaillent le film, remplaçant les morts violentes – et normalement sanglantes par les projectiles susnommés quand ce ne sont pas des tartes à la crème. Mais le problème de la tarte à la crème, c’est que ce n’est pas assez efficace, alors Dandy Dan, avec ses mitraillettes chargées de petits suisses est rapidement en position de force, décimant voire annihilant le gang de Fat Sam.

Et c’est quand Fat Sam est tout seul qu’il se tourne vers l’homme de la situation : Bugsy Malone (Scott Baio, qu'on retrouvera dans la série Happy Days !).

 

Bugsy Malone, c’est le type cool par excellence, toujours prêt à rendre service, et surtout toujours à la limite de la légalité (le plus souvent en dehors, cela va sans dire). Il est débrouillard et plaît aux filles. Bref, c’est le vrai gentil du film. Comme les deux chefs de clans, il adopte les attitudes du type qui vit de ci et de ça, irrésistible auprès des filles et toujours retombant sur ses pieds. La classe, quoi !

 

Le film est un véritable régal, un de ces films intelligents et réjouissants où le metteur en scène transforme un coup d’essai en coup de maître (il y en a d’autres !) : avec Bugsy Malone, son tout premier long métrage, Alan Parker nous montre un savoir-faire qui lui permet de jongler sans cesse entre la comédie musicale, le film de gangsters et la parodie, le tout à égale proportion.

On se croirait dans un de ces films pré-code Hays, où la violence était monnaie courante (1) tant le propos du film, malgré l’usage d’un subterfuge hérité du burlesque (2), est tout de même noir : une bonne dizaine de gangsters mordent la poussière.


De plus, les deux « parrains » adversaires à la vie à la mort se comportent comme n’importe quel truand de cette époque : d’un côté on a Fat Sam qui est italien, parle fort et pimentent son discours d’expressions pas toujours compréhensives pour son bras droit Knuckles (Sheridan Earl Russell), qui avoue ne rien comprendre puisqu’il est juif. [Je vous laisse (re) découvrir la réplique de Fat Sam à ce propos.]

De l’autre côté, Dandy dan est un homme du monde, extrêmement riche marié à une femme qui a tendance à s’ennuyer : les affaires de son mari lui privant sa présence. Son occupation préférée rappelle Susan Alexander : clin d’œil à Citizen Kane, un autre premier film, coup d’essai devenu magistral. En plus d’un port royal, Dan est affublée d’une fine moustache, digne des plus grands méchants d’Hollywood de l’époque. Bref, nous sommes en pleins stéréotypes, absolument jubilatoires.

 

Pourtant, si on y regarde bien, un malaise commence à se dessiner quand on entre dans le vif du sujet : ces enfants  ont entre 10 et 17 ans (environ) et adoptent des attitudes d’adultes. Si Fat Sam est un personnage truculent et sympathique, les numéros des jeunes filles peuvent être dérangeants (3). La question se pose alors : jusqu’où peut-on aller dans ce genre de parodie sans être qualifié de ceci ou cela ?

Pour ma part, je prends le film comme une brillante parodie, une espèce de jeu d’enfants : que l’on joue sérieusement ou non – et surtout, dans ce cas-là sérieusement – à un moment le jeu se termine et tout le monde se relève, heureux d’avoir participé à une telle aventure.

 

Et la séquence finale, à ce propos, ne fait aucun doute.

 

 

PS : la plupart des acteurs-enfants est retourné à l’anonymat, certains continuant quelques années, et les plus chanceux d’entre eux tiennent encore l’affiche. C’est le cas de Dexter Fletcher (Baby Face) et surtout de la véritable révélation de l’année 1976 : Jodie Foster (Tallulah).

 

PPS : je trouve au merveilleux Cotton Club de Coppola une parenté avec le film de Parker, le ton parodique en moins. On y trouve une alternance entre des scènes d’actions et des numéros chantés ou/et dansés. Coppola restant tout le long du film dans un ton réaliste et véritablement adulte.

 

  1. Scarface, Little Caesar et Public Enemy pour ne citer qu’eux…
  2. Ca tombe bien, le film se déroule pendant la Prohibition, Fat Sam dirigeant un speakeasy.
  3. Sans compter le malaise – obligatoire – quand il s’est agi de se prendre dans les bras : ce fut très difficile pour Florrie Dugger (Blousey Brown) d’enlacer Scott Baio.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom McCarthy, #Presse
Spotlight (Tom McCarthy, 2015)

Spotlight, c’est le nom d’une équipe de journalistes du Boston Globe, un journal « local ».

C’est surtout l’équipe de journalistes d’investigation qui a mis au jour un scandale retentissant : la pédophilie dans l’église de Boston. Ce sont plusieurs dizaines de prêtres qui ont abusé sexuellement des enfants – quelques milliers (1) – couverts par leur hiérarchie et en particulier le Cardinal Law (Len Cariou).

 

Tim McCarthy aborde ici un genre qui a toujours eu beaucoup de succès aux Etats-Unis : le journalisme. Si la presse est régulièrement utilisée dans les films, c’est avant tout pour donner un cachet d’authenticité à l’intrigue traitée : on cite même des journaux ayant pignon sur rue afin de donner une touche réaliste à une histoire complètement inventée.

On trouve aussi des films où la presse n’a pas toujours le beau rôle, il suffit de revoir quelques films de Capra pour s’en rendre compte. Et puis il y a les films où la Presse garde toute sa noblesse, mettant en lumière certaines informations qu’on aurait aimées restées secrètes. Ce fut le cas pour Les Hommes du Président, qui mettait en évidence le travail acharné de deux journalistes qui mirent en évidence un scandale qui amena la destitution de Nixon.

Mais la plupart du temps on y traite des histoires plutôt véridiques, ce qui est le cas dans ce film.

 

Si le film de Pakula révélait un scandale national, celui-ci dépasse les frontières. En effet, l’institution visée par ces scandales pédophiles est implantée dans le monde entier depuis quelques siècles, ce qui rend le propos du film plus important qu’il ne paraîtrait : au nom de quoi ce scandale n’affecterait-il que les Etats-Unis ? Le générique de fin finit de nous informer là-dessus : nous avons la liste de nombreuses villes américaines et du reste du monde où des cas similaires ont été recensés, à chaque fois couverts par une hiérarchie bien embêtée.

 

Mais nous nous intéressons ici à Boston. Il y a dans la façon de traiter le sujet un véritable sérieux où chacun semble interpréter un rôle qui va au-delà du personnage attribué. On sent – chez Mark Ruffalo (Mike Rezendes) et Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer) par exemple – des acteurs concernés par cette sombre histoire. On sent aussi un malaise grandir chez Michael Keaton (Walter Robinson), qui s’expliquera mais n’enlève rien à l’histoire, bien au contraire.

 

[Spoiler : passez au chapitre suivant si vous voulez découvrir par vous-même. Je vous donne rendez-vous après votre visionnage]

D’une certaine mesure, la « bourde » de Robinson – il n’a pas traité une information cruciale dans cette affaire – accentue la volonté pérenne de ce genre d’affaire : si la prescription des faits permet à de nombreux violeurs d’éviter la prison, l’information reste malgré tout pertinente, et doit donc être diffusée : « mieux vaut tard que jamais ».

 

Bien que l’Eglise n’est pas réputée pour utiliser des gros bras afin d’étouffer des affaires, on sent que des choses se sont tramées dans l’ombre et continuent de l’être. A un seul moment, pourtant, on a l’esquisse de ces menaces : Robinson rencontre un ancien de son école qui lui fait comprendre que sa situation après publication risque d’être beaucoup moins confortable.

Mais nous ne sommes pas chez Dan Brown (ou Ron Howard, ça dépend de la version que vous préférez du Da Vinci Code) et pas de tueur dévoué à la cause viendra s’en mêler.

Et c’est reposant aussi, une intrigue normale, où on rend hommage – comme l’avait Pakula – au professionnalisme des journalistes, surtout dans une époque où on ne va pas toujours chercher la vérité et qu’une fausse info sensationnelle fera toujours plus de chiffre qu’une vérité qu’on a cherché longtemps à découvrir et qui se révèle, sinon moins spectaculaire, certainement plus importante.

Et la liste finale des différentes affaires est somme toute bien courte quand on songe à toutes les autres qui ont été dissimulées. Sans parler du fait que cette attitude criminelle a perduré pendant de très nombreuses années, pour ne pas dire des décennies voire des siècles.

.

Mais autrefois, on n’en parlait pas, ou pire, c’était normal.

 

 

(1) A la sortie du film, 1000 victimes étaient encore vivantes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James Young
The Bells (James Young, 1926)

Alsace, 18…

L’auberge du village est tenue par le bon Mathias, un homme au cœur d’or dont le seul souhait dans la vie est d’être élu maire du village. Alors sa prodigalité sert en même temps ses intérêts. Pourtant, il ferait ben d’être un petit peu plus parcimonieux parce qu’il doit une coquette somme à son voisin Frantz (Gustav von Seyffertitz), un homme beaucoup moins généreux.

Le soir de Noël, Baruch Koweski (E. Alyn Warren) – Juif (errant ?) polonais – s’arrête dans l’auberge de Mathias. Mal accueilli par les autres, il trouve en Mathias un homme hospitalier et chaleureux, qui le reçoit avec les honneurs, une fois que tout le monde est parti.

Une fois Baruch reparti, Mathias s’arme d’une hache et le poursuit : sa fortune pourrait régler tous les soucis financiers de l’aubergiste…

 

James Young réalise ici, entouré de quelques grands noms de la MGM, un film qui n’est pas sans rappeler The whispering Chorus de Cecil B. DeMille, ou encore annoncer Mark of the Wampire, deux films où jouent les deux interprètes susnommés (Seyffertitz et Barrymore).

 

La première séquence nous induit tout de suite en erreur : nous découvrons un aubergiste affable et généreux, qui n’hésite jamais à faire crédit à ses clients, au grand dam de sa femme Catharine (Caroline Frances Cooke). Face à cet aubergiste, nous découvrons son créancier qui n’est donc pas le premier venu : Gustav von Seyffertitz qui est de suite estampillé méchant, « pour l’ensemble de son œuvre », comme dit.

Et cette mauvaise impression se prolonge pendant tout la première partie du film, jusqu’à la mort violente de Baruch Koweski : Mathias se rue sur lui, armé de la hache. Ellipse : des gouttes de sang tachent progressivement la neige immaculée.

 

Pourtant, avant le crime, Young nous a donné des indices pour confondre ce faux gentil : la diseuse de bonne aventure refuse de lire sa main tant la noirceur y est écrite. Un peu avant, c’est un hypnotiseur qui avait proposé de lire l’esprit de Mathias : il se faisait fort de confesser les mauvaises actions des méchants tout comme les bonnes des gentils : bien entendu, Mathias refuse cette dernière proposition à plusieurs reprises.

 

Mais le plus intéressant, comme toujours, vient après : les remords, ou encore la Conscience. The whispering Chorus concernait la petite voix intérieure qui nous prodigue des conseils qu’on écoute ou non. Ici, ce sont les cloches du titre original qui retentissent dans la tête de Mathias. Ce sont même des grelots : ceux qu’on attache aux animaux tirant un traineau. Et comme nous sommes la nuit de Noël, on pense tout de suite au vieux barbu vêtu de rouge blanc. D’une certaine mesure, Baruch, dépositaire d’une véritable fortune est le père Noël de Mathias, même si on ne peut absolument pas dire que ce dernier ait été bien sage.

 

Mais comme Mathias se trouve être le méchant de l’intrigue, c’est son calvaire (mérité, bien sûr) que nous allons suivre : les grelots qui apparaissent et résonnent, et surtout Baruch apparaît à plusieurs reprises. Ces apparitions amènent peu à peu Mathias dans la folie, mais avec un sursaut. Nous assistons alors à son procès qu’il rêve, rongé de l’intérieur par ses crimes passés. Et, chose importante : son juge n’est autre que Frantz, celui qu’il a remboursé avec l’argent de son crime.

On retrouve alors le même hypnotiseur qui va utiliser son don pour faire avouer Mathias. Ce personnage est intéressant pour deux raisons : c’est un personnage haut en couleur, un visage qu’on n’oublie pas et qui peut même faire peur. Bref, un concurrent sérieux au grand Lon Chaney.

Il me suffit de vous donner son nom pour emporter vos suffrages : Boris Karloff.

 

PS : en prime, juste le temps d’un plan, John George, un habituel compagnon des personnages « différents ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Turteltaub
Benjamin Gates et le Livre des secrets (National Treasure: The Book of secrets - Jon Turteltaub, 2007)

Trois ans ont passé et Benjamin Gates (Nicolas Cage) revient, accompagné de son fidèle Riley (Justin Bartha) et la belle Abigail Chase (Diane Kruger), malgré leur rupture.

On y découvre aussi Emily Appleton (Helen Mirren), la mère de Benjamin et un personnage très difficile à cerner : Mitch Wilkinson (Ed Harris).

Encore une fois, nous allons aborder l’histoire des Etats-Unis, où les Gates se sont illustrés comme on l’a appris dans le film précédent.

 

C’est le même ancêtre (Thomas Gates) qui est à l’origine de l’intrigue présente.

Quant aux événements racontés, il faut se déplacer dans le temps d’un peu plus de 87 ans (1) après la Déclaration d’Indépendance.

Pas de trésor, semble-t-il, cette fois-ci : il s’agit de laver l’honneur de la famille Gates qui fut semble-t-il mêlée à l’assassinat de Lincoln. En effet, le nom de Thomas Gates apparaît sur une page retrouvée du carnet de Booth (Christian Camargo), l’assassin du président.

Mais rassurez-vous, il y aura bien un trésor, encore une fois mythique : la Cité d’or précolombienne de Cibola.

 

Jon  Turteltaub nous propose donc une deuxième aventure de l’archéologue idéaliste, même si ce dernier l’est beaucoup moins que précédemment. Outre les protagonistes sus=cités, on retrouve le père de Benjamin (Jon Voight) et Peter Sadusky (Harvey Keitel), l’agent du F.B.I. déjà présent avant.

Si l’intrigue a une tendance à se répéter (indices historiques, personnage maléfique ou trésor fabuleux), les personnages ont évolué, la candeur de Benjamin pratiquement disparue suite aux aléas des années qui ont passé, le séparant d’Abigail, pendant que Riley, fort

De son expérience passée a sorti un livre un tantinet complotiste, avec à la clé un rappel de l’administration fiscale… De là à dire que c’est à cause de son livre qu’il a eu un redressement…

 

Mais le véritable changement de ton dans cette aventure, c’est le personnage de Wilkinson (fine lame ?) interprété par Ed Harris.

Si Ian Howe (Sean Bean) était un véritable méchant, ce nouveau venu n’est pas ce qu’on pourrait appeler un vilain. Nulle malfaisance dans son attitude : seule une recherche de la vérité l’intéresse, ainsi que le trésor, vous vous en doutez bien.


Comme l’épisode précédent, le film se laisse regarder avec gourmandise, et surtout pour les relations conjugales : entre Benjamin et Abigail d’une part, mais surtout entre ses parents : Helen Mirren et Jon Voight font un couple épatant.

 

Par contre, des bruits circulent à propos d’un troisième opus depuis une dizaine d’années maintenant. Deux questions se posent alors :

  1. Sont-ils fondés ?
  2. Si Gates & C° ont « emprunté » la Déclaration d’Indépendance dans le premier film et commis un forfait encore plus grave dans le second, quelle intrigue criminelle allons-nous avoir si la progression est constante ? Un coup d’état ? Pire ?

 

Attendre et voir semblent le plus sage. Et en attendant, on peut toujours voir (et revoir) les deux films déjà sortis.

 

  1. « Four score and seven years […] » (Abraham Lincoln, Gettysburg Address, 19-11-1863)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Abel Gance
J'accuse (Abel Gance, 1919)

21 juin 1914.

C’est la nuit la plus courte, celle de la saint Jean. Toute la Provence est là pour célébrer le solstice d’été.

Mais ces réjouissances vont être de courte durée puisqu’un mois après, la mobilisation générale va être proclamée. La France et d’une manière plus générale L’Europe vont totalement changer de visage.

C’est étonnamment un enfant qui va annoncer cette guerre, répétant ingénument ce qu’il a entendu, ne pouvant toutefois pas préciser de quoi il s’agit à ses camarades.

Et parmi les hommes envoyés au front : François Laurin (Séverin-Mars). Or Edith (Maryse Dauvray), la femme de Laurin, est courtisée par Jean Diaz (Romuald Joubé), un poète qui ne sera appelé que plus tard.

Quand Jean arrive enfin au front, il a sous ses ordres François.

Malgré l’antagonisme qui divise les deux hommes, la solidarité des tranchées va les rapprocher.

 

Alors qu' Abel Gance avait voulu faire un film dénonçant ce conflit qui n’en finissait pas,  l’Armistice du 11 novembre 1918 sembla le rendre obsolète. Mais ce serait le méconnaître que de penser cela. Si la guerre s’est arrêtée et la paix signée, les ravages qu’elle fit dans les corps et dans les têtes étaient toujours présents. Car Gance traite son sujet de manière très réaliste, rendant son intrigue plus que plausible, servi par deux acteurs formidables, Séverin-Mars en tête.

 

Avoir déplacé cette histoire d’infidélité plus ou moins consommée rappelle que si nous considérons les soldats de 14-18 comme des héros, il faut absolument oublier qu’ils étaient avant tout des hommes comme les autres, un peu plus chanceux parce qu’ils en sont revenus.

De plus, Gance utilise tous les moyens techniques mis à sa disposition, donnant vie à la caméra qui va se déplacer au plus près de l’action. Ce sont des travellings ou des panoramas qui se succèdent, et une utilisation répétée des fondus enchaînés, ainsi que des surimpressions, le tout monté superbement par Andrée Danis et Gance lui-même, ajoutant une dimension surréelle quand les morts prennent la place de leurs croix pour ensuite se lever.

Ce sont alors des gueules cassées qui se rendent chez les vivants pour savoir si leurs morts furent utiles (1).
Vient alors lune série d’accusations qu’on ne retrouve pas beaucoup dans les films sur cette guerre : les profiteurs et les jouisseurs sont fustigés, mais malgré tout, il semble que leur sacrifice ne fut pas vain.

 

Il y a dans ce film un ton qu’on ne retrouvera pas souvent, et pour cause : la guerre est montrée en partie à chaud, le tournage ayant débuté avant la fin du conflit. C’est aussi cette proximité temporelle qui donne une émotion supplémentaire. Pas étonnant alors que ce film eut un beau succès : non seulement il donne une idée réaliste de la guerre, mais en plus les techniques cinématographiques maîtrisées par Gance et ses opérateurs (Marc Bujard, Léonce-Henri Burel & Maurice Forster) dont un partage de l’écran horizontalement amenant une analogie entre les morts qui se sont relevés et les vivants qui défilent sur les Champs Elysées.

Nous n’en sommes pas encore au damier de Napoléon (scène dans le dortoir), mais nous en approchons.

 

Je voudrai revenir sur l’histoire d’amour à trois qui nous est racontée : cette histoire sera balayée par la guerre, hélas, mais elle met en scène ces trois protagonistes où les deux hommes sont amoureux de la même femme : l’épouse de François.

Si Jean aime Edith, c’est plus un amour platonique qu’autre chose – nous sommes en 1919 quand le film sort, ne l’oubliez pas – alors que celui de François pour Edith est physique : François est une brute sanguinaire, ses parties de chasse le prouvent. Et son aspect brutal déborde parfois dans son quotidien, Edith en faisant les frais (2).

Et malgré toutes ses pulsions, François aime sincèrement Edith.

La guerre en rapprochant malgré eux Jean et François va ouvrir les yeux du premier sur l’amour conjugal du second.

Et cet amour assumé par l’un et l’autre pour la même femme accentue l’émotion et rend la scène de la mort de François encore plus bouleversante.

 

Quant à Jean, rendu fou par cette guerre dont il est revenu le cerveau complètement chamboulé, il ne pouvait avoir une autre issue. De très nombreux soldats comme lui sont revenus traumatisés et transformés, à la limite de la folie quand ce n’était pas complètement fous : nombre d’entre eux ont refait leur vie, abandonnant femmes et enfants, incapables de recommencer à vivre comme avant.

 

J’accuse est le premier des trois grands films de Gance, avant La Roue, et surtout avant son Napoléon, point d’orgue culminant de son œuvre.

 

 

PS : obligé d’aimer Edith de loin, du fait de la jalousie (justifiée) de François, Jean pratique le violoncelle, seul instrument qui ait une âme, et surtout dont la forme rappelle celle d’une femme (3).

 

  1. Bien entendu, au lendemain très immédiat de la guerre, Gance ne pouvait décemment pas annoncer que la mort des soldats était inutile (pléonasme), même si ce fut le cas. Mais malgré tout, les images qui défilent sous nos yeux n’ont aucune équivoque : à bas la guerre !
  2. L’une de ces scènes nous permet de voir Edith violentée par son mari, cachant tant bien que mal sa nudité. Et comme nous sommes chez Gance, son haut tombe, dévoilant ainsi son sein.
  3. Cf. Man Ray : Le Violon d’Ingres (1924)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Philip Noyce
The Giver (Philip Noyce, 2014)

Imaginez un monde harmonieux, où les conflits ont disparu. Un monde égalitaire où personne ne jalouse son voisin. Où chacun a sa place. Un monde sans dirigeant où le bien-être de la communauté est le but ultime. Un monde où les règles sont appliquées ans être remises en question.

Ce monde existe.

Dans la philosophie et dans ce film.

Le seul problème de ce monde : l’absence d’émotion. Un monde déshumanisé.

 

Mais heureusement pour nous, spectateurs, il y a Jonas (Brenton Thwaites). Jonas n’est pas comme les autres : il perçoit des images étranges, comme des reflets qu’il a du mal à qualifier.

Et quand le jour de la Cérémonie, chacun est assigné à un rôle social, tous les jeunes gens sont placés sauf Jonas : ses aptitudes particulières en font le nouveau Gardien de la Mémoire.

C’est lui doit recevoir la mémoire du monde : celui d’avant, que les hommes ont détruit, du fait de l’exacerbation des émotions.

Pour cela, il va devoir travailler avec le Passeur (Jeff Bridges formidable, mais peut-il en être autrement ?).

 

Dès la séquence d’introduction, le ton est donné : nous découvrons cette société idyllique et futuriste où tout n’est qu’harmonie.

Mais cette harmonie dépourvue d’émotion est bien entendu bien triste : c’est un monde en noir et blanc où chaque échange verbal est vide de toute passion, systématique : les dialogues s’enchaînent platement, chaque assertion amenant une réplique prévue dans le sens fort du terme.

 

L’utilisation de la couleur ou non est l’une des plus belles illustrations de ce monde aseptisé où, comme de bien entendu, un de ces membres va amener une sorte de révolution. Comme tous les autres films dystopiques qui fleurissent pendant les années 2010s, c’est encore une fois un adolescent différent qui amènera lez changement et donc le bonheur. Mais alors que dans des séries comme The maze Runner ou Divergent, le changement se fait dans la violence parfois meurtrière, ici, le seul moment de violence auquel nous assistons est un coup de poing dans la figure (1) que Jonas envoie à son ami (2) Asher (Cameron Monaghan).

 

Et donc il y a le « Passeur » (3). C’est un homme âgé qui est le gardien de la mémoire mais qui doit transmettre son savoir à un plus jeune qui prendra sa place. Jeff Bridges est magnifique dans ce rôle d’initiateur : le dernier véritable humain de ce monde meilleur.
C’est là que le film prend toute sa dimension. Phillip Noyce met le spectateur à la place de Jonas et lui fait éprouver ces nouvelles sensations : des émotions. C’est une véritable prise de conscience de ce qu’est  (ou devrait être) le monde. Ou tout du moins ce qu’il était. Avec Jonas, nous découvrons les couleurs et au fur et à mesure que le film avance, par petites touches au début, puis de plus en plus jusqu’à l’assimilation complète du spectre lumineux. Dès lors, deux visions de ce monde s’offrent à nous : en couleurs pour Jonas et en noir et blanc pour les autres.

 

Il y a dans ce monde qui nous est proposé une réminiscence de celui proposé par George Orwell dans son 1984. Mais de façon beaucoup plus insidieuse : en éliminant les émotions, la société proposée n’est pas différente de celles des pays totalitaires que nous avons connu au XXème siècle (et qui existent toujours, malheureusement) où chacun doit obéir et ne pas se distinguer des autres sous peine de châtiment : il n’y a plus de libre arbitre, cette capacité de chacun de faire des choix, condition ultime et indispensable pour être un être humain. La cheffe des Anciens (Meryl Streep, toujours magnifique), toute pétrie de bonnes intentions et malgré tout sincère, n’est finalement pas si éloignée de Staline (3). Quand Jonas se démarque totalement du mode de vie communautaire, elle n’a alors qu’un seul recours : la répression.

 

Mais au-delà de la portée politique du film, il ne faut pas oublier le public ciblé : les adolescents. En effet, si le film a remporté un grand succès auprès de cette catégorie de la société, c’est avant tout parce que Jonas, à travers son initiation, entre progressivement dans l’âge adulte. A raison, on a parlé de renaissance pour l’adolescence : les jeunes filles et garçons (re)découvrant leur corps et leurs sensations, éprouvant alors de nouvelles émotions, fortes, voire exacerbées. C’est ce passage (4), en foin de compte que nous montre Noyce, par petite touche, comme s’il coloriait le tableau qu’il n’avait fait qu’ébaucher avant le début de l’initiation de Jonas, avec comme point d’orgue indispensable : l’Amour.

 

 

PS : lors de sa sortie, les amateurs du livre de Lois Lowry – dont est tirée l’intrigue – ont crié au scandale, comme (presque) toujours quand il s’agit d’adapter un roman.

Je ne reviendrai pas là-dessus pour deux raisons :

  • Je n’ai pas lu le livre ;
  • Nous sommes au cinéma.

Cette dernière raison  est, à mon avis, la meilleure : le cinéma a toujours été – et restera je l’espère – l’un des meilleurs medias d’émotions.

 

 

  1. Je parle bien entendu de la violence dans cette communauté.
  2. L’amitié présuppose plus que des sentiments, d’où l’incongruité d’un tel terme dans ce monde.
  3. Cette analogie avec le communisme me semble la plus pertinente.
  4. Le terme « passeur » pour traduire le titre original (c’est ainsi qu’il fut utilisé au Québec) est me semble-t-il plus pertinent. Cet homme isolé de la communauté ne fait pas que transmettre un héritage : à l’instar de Charon ou de ceux qui font traverser un cours d’eau, il emmène ce jeune homme – encore un peu enfant – de l’autre côté, vers l’âge adulte.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peter Hewitt
Le petit Monde des Borrowers (The Borrowers - Peter Hewitt, 1997)

Quelque part, entre l’Angleterre et les Unis, entre 1927 et 1999 (1).

Les Lender habitent la maison de leur tante qui la leur a léguée oralement. Et c’ »est là qu’est le problème : sans testament, pas d’héritage, et la maison revient à l’avoué Ocious P. Potter (John « Walter » Goodman).

Si les Lender doivent déménager, cette mesure s’applique aussi aux Clock, des petits êtres hauts comme une seule pomme : les Borrowers (2).

Bien entendu, les grands et les petits vont s’associer et déjouer les plans ourdis par l’infâme Potter.

 

Nous sommes à la fin des années 1990s et comme beaucoup de films de cette période, les effets spéciaux ont tendance à prendre le pas sur l’intrigue, l’appauvrissant du même coup.

Et ce film n’y échappe pas.

Mais cela ne l’empêche pas d’être un film charmant, où il semble que tout le monde se soit beaucoup amusé.

John Goodman tout d’abord, un magnifique méchant « pour de rire », dont le nom et le caractère font tout de suite penser à un homonyme célèbre au cinéma : Henry F. Potter (Lionel Barrymore) dans La Vie est belle de Frank Capra. Cette ressemblance va même jusqu’à la ville que Potter veut ériger : Pottersville.

 

En face de Potter on trouve le chef de la famille Clock : Pod (Jim Broadbent). C’est un « Borrower » haut en couleur, mais tout de même tempéré par sa femme Homily (Celia Imrie). Pod, malgré sa taille ne se laisse jamais démonter par Potter, et Jim Broadbent s’en donne à cœur joie dans ce personnage. A noter aussi la présence de Tom Felton (Peagreen Clock), dans un rôle à l’opposé de celui qui le fera véritablement connaître : Draco Malfoy (3).

 

Bie sûr les effets numériques sont spectaculaires, mais on aurait pu souhaiter un scénario un tantinet plus étoffé.

Par contre, outre le film de Capra, on pense aussi – dans une moindre mesure – au Metropolis de Fritz Lang (d’où l’imprécision temporelle plus haut) : la ville où vivent tous ces gens comporte un quartier de gratte-ciels autour duquel gravitent des engins volants (dont un zeppelin) comme c’était le cas dans la ville du film de 1927.

 

Cette imprécision temporelle est renforcée par des accessoires et des lieux qui ne cessent de nous tromper : les voitures semblent sorties des années 50 ou 60, mais le frigo est bien de l’époque du film et Jim l’Exterminateur (Mark Williams qui retrouvera Tom Felton dans la même série de films, tout comme Jim Broadbent) ressemble lui aussi à un échappé de la même période (son uniforme y fait pour beaucoup).

Et une fois qu’on pense avoir à peu près identifié la période du film (1950-1960), Potter sort de sa poche un téléphone portable.

Quant à la localisation, c’est aussi imprécis : Joe Lender (Aden Gillett), le père de Peter (Bradley Pierce), est placé à droite pour conduire le camion de déménagement, mais sur une route où on circule aussi à droite.

Bref, tout est bien emmêlé, mais qu’importe, car ne n’est pas le plus important : on s’amuse de ces décalages entre les très grands et les très petits. 

Par contre, on aurait aimé que cela dure un tout petit peu plus longtemps…

 

  1. Seule année aperçue tout le long du film.
  2. De « to borrow » en Anglais qui signifie emprunter plutôt que chaparder, mais chaparder est tout de même plus pertinent.
  3. Cf. Harry Potter.

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