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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone
Il était une Fois la révolution (Giù la testa - Duck, you Sucker! - Sergio Leone, 1971)

Mexique, 1913.

Juan Miranda (Rod Steiger) est un truand à la petite semaine. Avec ses six fils, son père et quelques complices, il rançonne les voyageurs – riches.

Juan est un Mexicain plutôt inculte, qui essaie de faire son chemin dans un pays ravagé par la révolution depuis deux ans.

Mais Juan a un grand projet dans la vie : attaquer la banque de Mesa Verde.

Alors quand il rencontre Sean « John » Mallory (James Coburn), ex-révolutionnaire irlandais (membre de l’IRA, même si le soulèvement n’aura lieu qu’en 1916) et accessoirement spécialiste en explosifs, il sent que son rêve va se réaliser.

Mais la révolution s’en mêle (s’emmêle ?), et Juan est emporté par l’Histoire en marche.

 

Deuxième volet de l’histoire de l’Amérique de Sergio Leone, c’est certainement le plus drôle, mais avant tout le plus violent et meurtrier. Les révolutionnaires et les soldats loyalistes y sont fusillés à tour de bras dans une révolution qui, selon Juan, ne va pas changer grand-chose : les intellectuels enverront les pauvres se battre pour faire changer les choses, mais à la fin, les intellectuels seront toujours là, et les pauvres, eux, seront morts… Une pensée réductrice peut-être, mais ô combien prémonitoire dans l’histoire qui nous intéresse ici.

 

La première séquence donne le ton. D’un côté, on trouve ces riches américains dans une diligence luxueuse à qui on impose un péon crasseux, un va-nu-pied inculte, bref, un homme de l’autre côté de la barrière sociale. Ce ne sont que gloses bourrées de préjugés racistes par ces gens « de bien » (dont un évêque) face à cet homme humble, portant brassard de deuil.

C’est donc un duel qui se joue devant nous : les plans se font très rapprochés sur les visages, les yeux, et les bouches qui mangent, qui parlent et même qui parlent en mangeant. D’un côté ce déluge verbal condescendant, de l’autre un homme pauvre, sale et muet. Mais comme dans tous les duels, il faut qu’il y ait un vainqueur. Et c’est le pauvre qui gagne.

Cette première séquence anticipe magnifiquement le besoin de révolution du peuple mexicain opprimé par ces nantis qui les considèrent comme du bétail, voire pire.

 

Trois ans après Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone reprend le thème du temps qui passe et que certains voudraient fuir, mais qui, inexorablement les rattrape. C’est le cas de Mallory, terroriste recherché par la police britannique pour ses activités violentes, et obligé de fuir après avoir été dénoncé par son meilleur ami (David Warbeck). Dès lors, persona non grata chez lui, il va faire la révolution là où elle se trouve. Et à chaque moment-clef du film, un détail lui rappelle ses années à Dublin, comment l’insurrection se préparait…

Ces flashbacks répétés rappellent ceux de Pour quelques Dollars de plus et Il était une fois dan l’Ouest. Mais ici, ce n’est pas une scène qui se répète, mais plutôt une vie qui défile, celle d’avant. Elle progresse et nous renseigne petit à petit sur ce personnage qui débarque de nulle part (lui aussi), jaillissant d’un nuage de fumée sur sa moto.


Mallory est avant tout une apparition. Il est présent, mais on sent qu’il est déjà mort. Qu’il est mort quand il a dû quitter son pays. Il apparaît après une explosion : c’est d’abord une silhouette dans une grande gabardine (comme les hommes du Cheyenne). Puis c’est une paire d’yeux bleus à travers des lunettes. Enfin, c’est un grand homme moustachu, grisonnant, au flegme absolument britannique.

Mallory ressemble à un croisement de Mortimer (Lee van Cleef) et Joe (Clint Eastwood) dans Pour quelques Dollars de plus : le maintien de Mortimer, et l’efficacité de Joe. Et comme tout bon héros de Leone, il est avare en paroles. Ses interventions sont courtes, son regard plus qu’éloquent.

Il repart comme il est arrivé, dans une magnifique explosion.

 

L’autre personnage du film est Juan Miranda. Il possède les mêmes caractéristiques que Tuco (Eli Wallach) dans Le Bon, la brute et le truand, la violence inhérente au personnage en moins. Mais ce serait un Tuco qui aurait grandi, qui aurait mûri : Miranda, malgré son aspect abruti (« duck, you sucker ! »), est responsable de sa famille (enfants et père), et quand il arrive quelque chose à l’un d’entre eux, il n’en est que plus chagriné. Et son chagrin est sincère, magnifiquement rendu par Rod Steiger, plus mexicain que jamais.

 

Et Miranda résume très bien (voir plus haut) la vision de cette révolution décrite par Leone : une boucherie sans nom, et à la fin, rien n’a vraiment changé et les pauvres sont morts.

Mais cette révolution sera autrement plus cruelle pour Miranda, embarqué dans cette aventure, véritable héros malgré lui.

Car quand la révolution se termine (ou au moins cet épisode), il se retrouve seul : Sean n’est plus là, et ses enfants sont morts.

 

Quel prix à payer pour une gloire, somme toute, relative…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Herbert Wilcox, #Dorothy Gish
Nell Gwynn (Herbert Wilcox, 1926)

Une jeune femme tient une main qui s’agite. Et puis tout à coup, la main s’immobilise et retombe.

Le roi Charles II (Randle Ayrton) est mort, son frère le duc d’York (Gibb McLaughlin) va très bientôt lui succéder.

La jeune femme ? C’est Nell Gwynn (irrésistible Dorothy Gish), une vendeuse d’oranges devenue actrice par la volonté du roi, puis une de ses favorites.

 

Il s’agit donc d’un film historique – bien entendu romancé pour les besoins du cinéma – mais qui s’appuie tout de même sur des faits. La dernière requête de Charles mourant à son frère futur monarque : « [sois aimable avec Portsmouth, et] ne laisse pas la pauvre Nelly mourir de faim » est historique.
Mais au-delà du personnage authentique, c’est avant tout Dorothy Gish qui est la véritable vedette du film. Elle est belle, elle joue magnifiquement et en plus elle est très drôle.

C’est la sœur de Lillian Gish, certes, et la ressemblance est frappante. Mais il y a chez Dorothy un petit plus que Lillian n’a jamais eu : un petit grain de folie. Lillian Gish est extraordinaire, c’est un fait. Mais il ne faut surtout pas réduire à Dorothy à un rôle de sœur. Elles ont souvent joué ensemble sous la direction du maître (D. W. Griffith), mais pas dans le même registre.

Ici, Nell ne pouvait pas être interprétée par Lillian. Il y a trop de légèreté dans le personnage.
Et Dorothy se place exactement dans le personnage, entre sa sœur et Mary Pickford. Il y a le fond de jeu de Lillian Gish avec l’effronterie des personnages de Mary, tout en étant une femme et non une enfant.
Nell est une jeune femme délurée, effrontée et insolente. Mais elle est surtout naturelle. Rien ne lui fait peur, surtout pas le ridicule. Ridicule qu’elle use avec intelligence pour ridiculiser l’autre favorite de Charles : Lady Castlemaine (Juliette Crompton). La scène du chapeau est formidable à souhait, Dorothy y est merveilleuse.

 

D’une certaine façon, Wilcox rend très bien la période de règne de Charles II, qui prit le pouvoir après les années de gouvernement de Cromwell puis de son fils. Il y a de la légèreté et du relâchement dans les mœurs qui s’expliquent par un rejet total des doctrines puritaines de Cromwell : le cinéma – avec sa réputation sulfureuse auprès des ligues de vertu – ne pouvait qu’exploiter un tel filon historique.

Alors on s’amuse et on rit de cette petite vendeuse qui arrive, à sa façon, au sommet de l’Etat, devient une grande actrice et donna tout de même deux enfants au roi !

 

Oui, on s’amuse beaucoup de cette jeune femme libre, fraîche et impudique (normal, c’est une « actrice » comme disaient les bigots de ce temps-là) qui reste toujours elle-même, à quelque occasion que ce soit. Et qui le restera jusqu’au bout, snobant ouvertement le tout nouveau roi – qui, au passage possède une magnifique tête de faux derche, tout comme son acolyte le prince de Monmouth (Donald Marcadle).

Dorothy est une Nell encore plus vraie que la vraie, passant d’un registre comique au tragique avec le savoir faire des grandes. La transformation progressive de son visage lors de la mort annoncée du roi reste un grand moment d’émotion, que complète la scène de la main ci-dessus évoquée : cette attitude désespérée qui nous la montre caressant puis réchauffant la main afin de lui redonner vie est bouleversante.

Et Dorothy, au final nous offre une Nell Gwynn nature, et donc complètement en décalage avec la Cour, mais qui sait aussi rester digne dans l’adversité et se retire ainsi : avec la mort de Charles, c’est la fin de sa vie dans cette même Cour.

 

PS : Il serait temps de remettre à l’honneur la grande actrice qu’était Dorothy Gish, au même titre qu’une Garbo ou qu’une Swanson. Il y a une fraîcheur et une justesse dans son jeu, ainsi qu’une dose de sensualité (Nell a des décolletés plus que suggestifs) qui la rendent l’égale de ces divines.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Don Siegel
L'Invasion des profanateurs de sépultures (Invasion of the body Snatchers - Donald Siegel, 1956)

« De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. […] Toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé […] au contrôle de Moscou. » (Winston Churchill - Discours de Fulton, 5 mars 1946)

 

Un homme erre sur l’autoroute, criant aux voitures de s’arrêter, que la menace les concerne tous. Que ce sera leur tour de main.

Cet homme, c’est le docteur Miles J. Bennell (Kevin McCarthy - si son nom semble inconnu, son visage ne l'est pas). Et il a été le témoin d’une invasion pas comme les autres. Des entités prennent possession des corps et des esprits des gens et les remplacent, mettant en place une société sans émotion.

A l’origine, de gigantesques cosses, qu’on ne trouve pas sur terre…

 

Place à la série B. Mais si le film peut sembler de moindre importance, il ne faut pas le sous-estimer. Et deux raisons à cela :

  1. C’est devenu un film quasiment culte, qui a connu trois remakes ;
  2. C’est tout de même Donald Siegel qui l’a réalisé, soit pas le premier venu (à l’époque, un peu tout de même…).

Le tournage, effectué en 1955, se situe un an après la fin du maccarthysme. Le gars Joseph a été gentiment remercié (il mourra un an après la sortie du film) et l’Amérique, si elle lève le pied sur la chasse aux sorcières n’en demeure pas moins vigilante.

 

Parce que derrière cette invasion d’origine extra-terrestre (oui, c’est le cas), se cache l’invasion lente, insidieuse et progressive du communisme (d’où le discours de Fulton). Les gens contaminés sont comme les autres. Mais il leur manque un je-ne-sais-quoi qui les déshumanise. Ce qui leur manque : les sentiments. Pour beaucoup d’Américains, à cette période (et jusqu’à la fin des années 1980…), les communistes bne sont pas des hommes. Ce sont des êtres insensibles qui veulent combattre le « mode de vie américain » (American way of life). Et ce sentiment d’invasion s’exprime aussi dans le cinéma des années 1950 : ce n’est pas un hasard si en 1953 (en plein cœur du maccarthysme) sort La Guerre des Mondes (Byron Askin), ou encore Le Météore de la nuit (Jack Arnold)…

 

On assiste donc à une invasion pernicieuse mise en scène avec brio par un réalisateur très efficace. Toute la peur de l’invasion que connaît l’Amérique est rendue dans le film. Les gens transformés semblent avoir subi un lavage de cerveau, arme indispensable des méchants Rouges.

Et Bennell est le porte-parole de l’Amérique éternelle, celle qui ne renoncera jamais à ses valeurs.

Bref, nous sommes dans ce qui pourrait ressembler à un film de propagande, si c’était un autre que Siegel qui l’avait fait. Je ne donnerai pas de nom.

 

Siegel voyait dans cette invasion déshumanisante une allégorie de la société, et surtout celle du cinéma, fâché que les producteurs l’aient obligé à modifier la structure (et donc la fin) du film : « Ce qu'ils [les producteurs] n'ont pas compris, c'est que le film étaient sur eux : ils n'étaient pas autre chose que des légumes vivants ! »

 

Oui. Peut-être. Toujours est-il que les séquences d’introduction et de conclusion ont été rajoutées par Siegel (il n’avait pas le choix, les « légumes » ordonnaient…).

 

La prochaine fois que vous le voyez, oubliez les 2 minutes 50 secondes de l’ouverture, et les 90 secondes qui le concluent : cette histoire en deviendra autrement plus terrible…

…Voire plus intéressante ?

 

 

PS : Encore une fois, le traducteur fou a frappé. En effet, le titre original pourrait se traduire par « les Voleurs de corps ». Mais en 1945, Robert Wise réalisait The Body Snatcher (le Récupérateur de cadavre), avec Boris « the Beast » Karloff et Bela « Dracula » Lugosi (excusez du peu) où il était réellement question de profanation de sépultures. Notre traducteur (donc traître, cela va sans dire !) n’ayant pas vu le film de Siegel, par analogie, ne s’est pas embêté…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Norman Jewison, #Steve McQueen
Le Kid de Cincinnati (The Cincinnati Kid - Norman Jewison, 1965)

New Orleans, 193…*

Un enterrement. La musique lente de la fanfare funèbre rythme les déplacements, obligeant un jeune homme à s’arrêter. Puis à repartir, d’un bon pied, serein et confiant dans son avenir. Son rythme de marche sera bientôt celui de ce même enterrement une fois la cérémonie passée.

Ce jeune homme, c’est Eric Stoner (Steve McQueen), le Kid de Cincinnati, le joueur de stud poker le plus doué de sa génération.

Au même moment arrive en ville l’Homme : Lancey Howard (Edward G. Robinson), la légende vivante du poker.

Alors évidemment, ils ne peuvent que se rencontrer.

 

Quatre ans après L’Arnaqueur, Norman Jewison nous propose (après avoir été préféré à Peckinpah) un duel de virtuoses de générations différentes. D’un côté, le Kid, l’homme qui monte, le jeune loup qui veut en découdre. Et de l’autre, une vieille gloire du circuit, qui n’a pas encore dit son dernier mot.

 

Nous assistons alors à une partie d’anthologie ou le Kid joue sa vie – littéralement – sur un coup de poker. En face, Lancey est un vieux briscard, au regard fatigué toujours égal, invariablement imperturbable.

Parce que tout est dans le regard. C’est lui qui fait gagner ou perdre. Plus que le jeu en lui-même.

Celui de Pig (Jack Weston), quand il voit que la situation lui échappe, celui de Yeller (« Le crieur », Cab Calloway), navré de devoir abandonner tout comme Sokal (le calculateur, Milton Selzer).

Et le coup final se jouera aussi au regard, mais ce seront ceux des spectateurs présents, alors qu’en voix-off nous entendrons la réflexion de chacun. Même celle du Kid, mais toujours avec le regard impassible du véritable joueur.

 

Ce dernier coup est l’aboutissement de la partie. Celui où, soit on gagne, soit on meurt (hum…). Et Norman Jewison nous embarque dans une sorte de western moderne. Certes, il n’y a aucune arme à feu, mais l’issue de ce duel de cartes ne fait aucun doute quant au sort du perdant. Il sera non seulement repassé financièrement, mais en plus il sera fini auprès des cercles de jeu : ce sera la mort du joueur.

Comme dans un western, il y a le virtuose que chaque jeune personne veut rencontrer pour prendre sa place : devenir la nouvelle légende. Et de la même façon, le duel final se joue devant un public qui a fait son choix. Les encouragements se font en silence pour ne pas troubler la concentration des deux protagonistes.

Et comme Frank dans Il était une Fois dans l’Ouest, le perdant n’en revient pas de s’être laissé abuser.

 

Et puis il y a Steve McQueen. Et comme d’habitude, il est « cool ». Son regard bleu est extraordinaire. Même quand il ne parle pas, qu’il ne bouge pas, il est présent. Il émane en lui un charisme prodigieux, qui lui sert à merveille dans ce rôle de joueur de poker. Avec un tel regard, il est difficile de le situer. Alors que l’inverse n’est pas possible.

En face de lui, Edward G. Robinson représente la vieille génération. Trente ans avant, c’est lui qui aurait pu être le Kid. C’est d’ailleurs à la période où se passe le film que Robinson tenait le haut de l’affiche.

Mais si Lancey est un vieux joueur, près de la retraite, il n’en demeure pas moins un grand joueur, et même un « monsieur ». Et son regard, plissé et fatigué vaut autant que celui de McQueen.

 

Une magnifique rencontre au sommet.

 

 

          * Le Président des Etats-Unis est alors Franklin D. Roosevelt, et sa politique le « New Deal » (« nouvelle donne », comme à chaque tour de jeu…).

          En tout cas, nous sommes après 1935, puisque Christian (Tuesday Weld) et Melba (Ann-Margret) sont allées voir La Kermesse héroïque de Jacques Feyder, en version originale sous-titrée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Yves Robert
La Guerre des boutons (Yves Robert, 1962)

C’était du temps où il n’y avait pas de classe le jeudi, le temps où les maîtres fumaient dans la cour (quand ce n’était pas dans la classe), le temps où la télévision n’était pas encore arrivée dans les campagnes, le temps où même le téléphone était rare, mais pas la raclée.

C’était le temps où les enfants s’amusaient… A se battre. Il est  clair que cette dernière occupation n’est pas tombée en désuétude, mais elle ne se fait plus de la même façon, ni pour les mêmes raisons.

 

Voilà une quinzaine d’années que la guerre (celle des bombes atomiques) est terminée, alors en tant de paix, on cherche autour de soi un nouvel ennemi.
Pour les enfants du bourg de Longeverne, commandés par Lebrac (André Tréton), l’ennemi est vite trouvé : les enfants de l’autre village, Velran (« A cul les Velrans ! »).
Mais bien entendu, pour les enfants de Velran, emmenés par L’Aztec (Michel Isella) c’est exactement le contraire.

Yves Robert est, je l’ai déjà dit, un cinéaste de l’amitié. Et ce film en est empreint. L’amitié entre les enfants, mais aussi entre les adultes.

Mais ce sont surtout les enfants qui ont le beau rôle. C’est un groupe qui s’est organisé autour de son chef – Lebrac, le plus grand – et où chacun a sa place, le tout dans un essai de république* telle qu’elle est enseignée par le maître (Pierre Trabaud), qui a, campagne oblige, une classe unique. Mais ce n’est plus un maître adepte de la férule. Il faut dire que les parents s’en chargent eux-mêmes : il faut voir les pères se retrousser les manches en accueillant leurs rejetons qui n’ont pas été « très sages »…

 

Mais même dans cette organisation très masculine (tous sont à l’école des garçons, la mixité n’étant pas encore de mise), on trouve tout de même une fille, la Marie Tintin (le même nom que son frère). C’est la seule. Elle est, - je dirai évidemment – la petite amie du chef (Lebrac) mais reste cantonnée à des tâches ménagères : balayage et couture. En temps de guerre elle est l’infirmière, ce qui nous donne une belle scène des rapports garçons-filles : Bacaillé (Claude Meunier), qui n’a pas encore trahi, sous un prétexte de blessure va se faire soigner par Marie, qu’il trouve très à son goût. Mais elle refuse et ils en viennent à se chamailler magnifiquement : on croirait voir une sœur et son frère...

 

Et d’une manière générale, les réactions des enfants sont très justes. Et ces mêmes réactions sont toujours d’actualité : il suffit de se rendre dans une cours de récréation pour s’en rendre compte. Il en va toujours de même, il y a juste des téléphones portables en plus, ou en moins ce qui amène les inévitables bagarres…

Et ces réactions sont d’autant mieux rendues que les enfants ont un jeu très juste, dont évidemment Martin Lartigue dans le rôle de Petit Gibus, répétant à l’envi son antienne : « si j’aurais su… » (Vous connaissez la suite)

 

Mais l’amitié concerne aussi les pères de ces mêmes enfants. Tous se connaissent, se fréquentent et font affaire. Mais même pour eux, la rivalité entre les deux bourgs est une réalité. Ca commence par le père Bacaillé (Michel Galabru) qui se réjouit de l’inscription faite par les enfants au début du film, jusqu’à la rencontre entre pères de villages ennemis : ça commence par s’insulter, ça jette des cailloux… Mais ça se termine bien autour d’une bonne bouteille (chacun !).

 

Et puis il y a les autres moments, quand la guerre cède la place à l’émotion.

La trêve pour soigner un lapin blessé, où les deux chefs s’allient pour lui concevoir une attelle ; la dignité de Lebrac quand les Velrans lui ôtent ses boutons, dignité qui disparaît quand il n’est plus en vue ; l’arrivée de ce dernier en classe, quand le maître commence à gronder puis s’arrête, stupéfié ; et évidemment le « duel » final entre Lebrac et L’Aztec.

 

Et puis il y a la cruauté indissociable de l’être humain : on tue le renard pour ensuite l’émasculer, sans parler des tortures (morales) infligées aux prisonniers, voire au traître Bacaillé.

Là encore, la reproduction du système des adultes est très au point.

 

Yves Robert nous offre un très beau voyage dans l’enfance, parce que les enfants, qu’ils soient d’hier et d’aujourd’hui, sont toujours des enfants. Qui auront à leur tour d’autres enfants… La relève est toujours là.

 

 

* Mais la république a ses limites et comme le dit Lebrac : « çui qui commande c’est çui qu’a le plus long zizi. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Lisberger
Tron (Steven Lisbergher, 1982)

Flynn (Jeff « the Dude » Bridges) est un programmeur génial. Sauf qu’il a rencontré plus fort que lui. Et son jeu a été piraté le plus légalement du monde par Ed Dillinger (David Warner), un piètre programmeur certes, mais un magnifique escroc.
Flynn décide de retrouver son programme pour en récupérer la paternité.

Mais MCP (Master Control Program) veille.

Et envoie Flynn dans un monde virtuel.

 

Ce fut, à sa sortie, un véritable événement. On pénétrait (enfin) dans l’univers virtuel des jeux vidéo. Beaucoup furent déçu car ils ne se retrouvaient pas dans les jeux qu’ils connaissaient. Mais trente-cinq ans plus tard, ce film conserve tout de même de sa force initiale. La séquence avec les motos est toujours aussi trépidante. Bref, même maintenant, on s’amuse autant qu’autrefois, même si on y croit moins. [Et je ne parle pas des magnifiques lunettes que portent les personnages…]


Oui, on voit que tout a été tourné en incrustation. Mais, comment faire autrement ? Quoi qu’il en soit, ce procédé est utilisé avec brio et les aventures de Flynn, humain parmi les programmes sont toujours palpitantes. La différence entre la réalité et ce monde virtuel se fait aussi par une utilisation de noir et blanc teinté, comme aux grands jours du cinéma muet, où un filtre de couleur indiquait un moment de la journée. Ici, ce sont bien des personnes en noir et blanc qui réagissent (et donc sont teintées) en fonction du lieu ou de l’action.

 

Le graphisme, innovateur pour l’époque, a certes vieilli, et on imagine mal de telles choses de nos jours, mais quand même : les séquences ont une magie qui opère encore. Et puis retrouver Jeff Bridges dans un rôle aussi étonnant est un plaisir. Surtout qu’il a en face de lui David Warner – qu’on connaît surtout pour son rôle de Lovejoy dans Titanic – qui est lui aussi un archétype : celui du méchant au cinéma. Il faut dire qu’il a la carrure pour, alors ça aide. Et en plus, il porte le même patronyme que l’un des pires gangsters que l’Amérique ait connu (coïncidence ? Ca m’étonnerait).


Alors on suit – encore – les péripéties de Flynn et son ami Tron (Bruce Boxleitner), aidés de la belle Yori (Cindy Morgan) contre une entité mégalomane, qui a, fort heureusement un talon d’Achille.

 

La grande force de ce film, c’est le graphisme. Et ce graphisme géométrique trouve aussi sa force dans son utilisation dans la vie réelle, quand on suit un hélicoptère qui s’en va déposer Dillinger au travail. La frontière entre les réalités virtuelles et authentiques n’en est que plus ténue et nous permet de croire à cette intrigue fort improbable.

Mais qu’importe. Le charme agit toujours et maintenant que les spectateurs comme moi ont vieilli, ils se concentrent sur autre chose : ce qu’ils ne pouvaient voir lors de son passage en salle, noyés qu’ils étaient par cette profusion d’images virtuelles et de courses-poursuites frénétiques.

 

Aujourd’hui, on s’amuse d’entendre les mélodies des jeux qui avaient cours à cette époque (Pacman, Space Invaders…) et on jubile quand on voit, sur le plan du réseau dans lequel est prisonnier Flynn, une petite boule jaune à la bouche qui ne cesse de s’ouvrir.

Oui, c’est bien Pacman (encore lui), star incontestée des jeux vidéos des années 1980.

Tout de même : que fait-il sur ce plan ?

 

Près de trente ans après (en 2010), les studios Disney ont repris le concept et lui ont donné une suite.
 

Mais ceci est une autre histoire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #King Vidor, #Western
L'Homme qui n'a pas d'étoile (The Man without a star - King Vidor, 1955)

A l’instar de Lucky Luke, Dempsey Rae (Kirk Douglas) est un cow-boy solitaire. Il n’est pas loin de son foyer, puisqu’il a quitté son Texas natal quand les choses ont commencé à s’envenimer : les barbelés ont fait leur apparition.
Alors quand les petits éleveurs, pour contenir l’immense troupeau du Triangle (15.000 têtes), commencent à dresser des clôtures de fil de fer, il se dit qu’il est temps de partir.

Mais si les choses étaient aussi simples, il n’y aurait pas de film…

 

Neuf ans après le flamboyant Duel au Soleil, King Vidor revient au Western dans une histoire qui n’a absolument rien à voir avec la vision romantique qu’on retrouve chez Ford ou Walsh.

Nous sommes dans une histoire de la terre, une histoire – pardonnez-moi l’expression – très terre-à-terre. Et comme le dit Chris (Yul Brynner) dans Les sept Mercenaires : « à la fin, ce sont les paysans qui gagnent. »


Il est évident que ce film a servi à René Goscinny pour l’histoire Des Barbelés sur la prairie. Mais si dans ce livre on s’amuse beaucoup (la recette du café, par exemple), ici, il n’y a pas beaucoup d’occasions de se réjouir. Ou plutôt si. Il y en a. Mais plus le film avance et moins on sourit.

 

L’entame annonce un film initiatique avec un jeune blanc-bec, Jeff (William Campbell), que Dempsey récupère alors qu’il voyage clandestinement. Il le prend sous son aile et lui enseigne les bases de la vie de cow-boy : ne pas descendre de selle sans y être invité et dégainer le plus vite.

Mais si le premier précepte a du mal à entrer, le second devient rapidement (trop, au goût de Dempsey) une seconde nature.

C’est d’ailleurs la séquence où Jeffrey fait montre de son nouveau talent qui est l’une des plus importantes du film.

 

C’est l’aboutissement d’une situation qui dégénère. Et tout ça, comme d’habitude dans les westerns, à cause d’une femme : Reed Bowman (Jeanne Crain). Mais ce n’est pas n’importe quelle femme : elle est belle certes, mais c’est une femme de tête, aussi forte que n’importe quelle héroïne de John Ford. Alors évidemment, elle ne peut que tomber amoureuse de Dempsey, qui est l’archétype de l’homme libre : indépendant, séduisant et dangereux. Cette indépendance est trop importante pour chacun des deux pour qu’ils finissent ensemble. Ils se ressemblent trop.

 

La séquence commence par Dempsey qui débarque au saloon, à nouveau libre et prêt à repartir vers d’autres cieux. Libre, mais tout de même très bien accompagné par Idonee (Claire Trevor). Notons au passage que Claire Trevor joue encore une magnifique prostituée au grand cœur (« une femme bien » dira le shérif). Dempsey est heureux, il va même jusqu’à chanter, et puis Reed arrive, Jeff dégaine plus vite qu’un autre et la tension monte. Et Dempsey, énervé par la situation, la jalousie et l’alcool, a le geste de trop. Il le sait, et il s’en trouve bouleversé. Et Kirk Douglas nous gratifie d’une de ses plus belles prestations cinématographiques : il dégaine, le visage tordu par la colère. Mais réalisant ce qu’il vient de faire, il arrête son geste, regarde son arme, Jeffrey, et très doucement rengaine son arme alors que son visage se décompose progressivement, dans un silence tendu.
Et c’est Idonee, encore elle, qui a la meilleure réplique dans cette situation (vous irez l’écouter). Normal, c’est une prostituée expérimentée : les hommes, ça la connaît.

 

Et puis, comme dans chaque album de Lucky Luke, « l’homme qui n’a pas d’étoile », une fois la situation réglée, repart vers de nouveaux cieux, de nouvelles aventures (de nouvelles femmes ?), mais sans soleil couchant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Giuseppe Tornatore
Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore, 1988)

Salvatore di Vita (Jacques Perrin) vient d’apprendre la mort d’Alfredo (Philippe Noiret).

Alors il se souvient. Il se souvient du temps où il n’était que Toto (Salvatore Cascio), enfant de chœur qui s’endormait pendant l’office. Pourquoi ? Parce qu’il avait assisté, la veille au soir à la projection du dernier film qu’on allait montrer au Cinema Paradiso.

Il se souvient de son enfance de son père qui ne revenait pas de la guerre, de sa mère qui le grondait, et surtout d’Alfredo, le projectionniste. Comment ils sont devenus amis, comment il a grandi auprès de ce père de substitution, qui lui-même n’avait pas d’enfant.

 

De temps en temps, le cinéma se rend hommage. C’est le cas dans ce magnifique film de Giuseppe Tornatore, où le cinéma est montré tel qu’il a toujours été : une distraction magique qui fait voyager, rêver, vivre de grandes histoires, rire et pleurer.
Le cinéma italien, bien entendu, est à l’honneur. Mais les autres aussi le sont, (hélas) doublés, mais qu’importe. On assiste une grandiose histoire d’amour, entre un petit garçon, un vieux projectionniste et le cinéma. Et si l’un vient à manquer, les deux autres ne sont plus les mêmes.

 

Dans les trois parties que comporte le film : l’enfance de Toto, son adolescence et le temps présent (trente ans après son départ).

On assiste à chaque fois à une mort du cinéma (le lieu).

Dans l’enfance, c’est l’embrasement de la pellicule nitrate qui détruit la salle magique.

Puis, dans l’adolescence, c’est le départ de Toto pour Rome qui condamne à nouveau le lieu qui va doucement disparaître. On passe de la grandeur de la salle – un sanctuaire – lors de la projection de Catene (Le Mensonge d’une mère), à la déchéance jusqu’à devenir un cinéma pornographique que presque plus personne ne fréquentait.

Enfin, dans le temps présent, c’est le bâtiment qui disparaît irrémédiablement pour laisser place à un futur parking.

 

Pourtant, comme le dit Salvatore adulte, tout est pareil.

Oui, tout est pareil : les gens ont vieilli, mais ils sont toujours là. Même l’innocent du village (Nicola di Pinto), est toujours, trente ans plus tard, le propriétaire de la Place…

Mais le véritable temps de ce récit, c’est le passé.
Avant.

 

Avant que la société moderne n’étouffe les petites villes. Avant la télévision et les cassettes vidéo (le DVD n’existait pas à cette époque) qui ont tué les petits cinémas ruraux. [Qu’en dirions-nous aujourd’hui ?]

Et Tornatore, servi par une distribution formidable, nous rend l’un des plus beaux hommages qu’on puisse faire au cinéma, avec des gens normaux, presque insignifiants. Le cinéma n’est plus seulement le temple du rêve. Il est un lieu de vie comme un autre avec ses habitués, ses rituels : celui qui dort, celui qui crache sur les autres du balcon, les amours qui naissent… Le tout dans une atmosphère enfumée (à cette époque on fumait dans les cinémas, eh oui…).

Et puis il y a la raison d’être du cinéma : les émotions.

 

Elles sont brutes, naturelles. Et la projection de Catene est le point culminant de ces émotions : les regards sont figés, ça pleure, ça s’essuie les yeux, l’un d’eux récite même les répliques avant qu’elles arrivent. C’est un immense moment. Et cette profusion d’émotions n’est pas due à un film grandiose. Non, c’est une histoire de gens ordinaires, contemporaine et qui rappelle le quotidien des spectateurs.

 

Et puis il y a Toto. Son sourire irrésistible, sa sagacité et surtout son émerveillement devant ces images qui bougent et qui le transportent. Et ce regard est contrebalancé par celui du même, quarante ans plus tard, visionnant le dernier cadeau (posthume) d’Alfredo. La réalisation d’une sorte de promesse faite au tout début, alors que Toto resquillait pour venir le voir dans sa cabine de projection.
Là encore, ce regard est magnifique. A l’émerveillement succède la nostalgie. Ce ne sont à chaque fois que des regards, mais toujours chargés de cette émotion palpable, même si elle n’a plus la même signification.

 

Et dans cette dernière partie, quand le cinéma est détruit et que Toto regarde son cadeau, Tornatore revient à la base du cinéma : pas de parole, simplement des regards, des images. L’essence même du cinéma.

Pas étonnant alors d’y trouver Charles Chaplin (La Ruée vers l’or) et Rudolf Valentino (le Fils du Cheik)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Lawrence
Hunger Games : La Révolte, partie 2 (Hunger Games: Mockingjay, part 2 - Francis Lawrence)

« Bienvenue aux soixante-seizièmes Jeux de la Faim ! »

Finalement, Finnick (Sam Claflin), en disant cette phrase, résume très bien le film.
Nous assistons aux 76èmes et derniers Jeux. L’arène, c’est le territoire du Capitole. Nous retrouvons donc le décor de Brazil (Noisy-le-Grand), truffé de pièges, ou comme le disent si bien les militaires : P. A. C. P. M. I. (pièges à cons pour militaires isolées).

 

On retrouve les mêmes (ceux qui ont survécu), et on ajoute une ou deux personnes, histoire de varier. C’est ainsi qu’après Natalie Dormer (Cressida, la journaliste), nous retrouvons une deuxième actrice – qui fait une courte apparition – plus célèbre pour sa participation à Game of Thrones : la grande Gwendoline « Brienne » Christie (Cdt Lyme).

Pour le reste, le règlement des comptes et des conflits annoncé est respecté, et même au-delà des espérances pour certain(e)s.

 

Katniss (Jennifer Lawrence) est toujours aussi belle et me fait décidément penser (physiquement) à Isa, l’héroïne de François Bourgeon* (mais c’est personnel). Peeta (Josh Hutcherson) est toujours remonté contre celle qu’il aime, et Snow est toujours le même tyran, calme, sarcastique et extrêmement dangereux.

C’est aussi le temps de l’ultime face-à-face (il y en aura deux, finalement) entre Katniss et Snow, dans un décor en adéquation avec le nom du Président : l’hiver est arrivé (hum…) et la ville a revêtu son blanc manteau.

 

Seule la Présidente Coin  (Julianne Moore) prend un peu plus d’épaisseur. Elle remplit tout à fait bien son rôle, amenant ce que d’aucuns (comme moi) avaient senti dès ses premières interventions.
C’est aussi l’occasion de voir une dernière fois sur l’écran le grand Philip Seymour Hoffman, dont le rôle est subséquemment amoindri.

La Présidente Coin, une fois la rébellion terminée, met en scène la fin du despote. Cette mise en scène, d’ailleurs, ressemble beaucoup à celle de Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la Volonté : tenues d’apparat, foule venue se repaître rangée en superbes rectangles et guide (en allemand « Führer ») tout puissant à la tribune devant les oriflammes du nouveau pouvoir. Impressionnant.


Devant cette fin – tout de même prévisible – on en arrive à se demander l’intérêt de l’épisode trois : finalement, toutes ces informations ne nous sont pas tant indispensables que ça et on aurait pu étirer un petit peu plus cette dernière partie avec le strict minimum nécessaire et ainsi respecter le découpage initial de Suzanne Collins.

 

Mais on ne tue pas la poule aux œufs d’or…

 

* voir ci-dessous :

Hunger Games : La Révolte, partie 2 (Hunger Games: Mockingjay, part 2 - Francis Lawrence)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Francis Lawrence
Hunger Games : La Révolte, partie 1 (Hunger Games: Mockingjay, part 1 - Francis Lawrence, 2014)

« Le geai moqueur* est un croisement du geai bavard (créature nichant dans le district 13) et d’un oiseau moqueur : il répète à l’envie une mélodie entendue, ou, le cas échéant, des bribes de phrase. Il est particulièrement utilisé pour transmettre des messages, qu'ils soient corrects ou erronés. » (Encyclopédie panémienne, volume 7**)

 

 

Donc, c’est reparti.

Mais cette fois-ci, fini le temps de l’innocence des Jeux (si on peut parler d’innocence pour de tels jeux…).

C’est le côté politique qui a pris la place du divertissement. La situation se résume en deux points :

  • d’un côté le Capitole, dirigé d’une main de fer par Coriolanus Snow (Donald Sutherland, toujours aussi formidablement roué, mais si peu vu) ;
  • de l’autre les Rebelles – les « Radicaux », préfère dire ce même Snow, dirigés eux par la présidente Alma Coin (Julianne Moore), chef(fe ?) du district 13, celui dont ne parlait pas car détruit.

Et au milieu de tout ça, Katniss (Jennifer Lawrence) et Peeta (Josh Hutcherson). Mais chacun de son côté : Katniss avec les rebelles, Peeta avec le Capitole.

 

Il n’y a plus de retour en arrière possible. C’est une lutte à mort entre Katniss et Snow, dont les autres personnages ne sont que les pions dans la partie d’échec que se livrent les deux symboles.

Parce que la situation échappe bel et bien à Katniss, alors que Snow fait ce pour quoi il a toujours été doué : diriger, sans partage, sans condition.

 

L’intrigue, suivant plus ou moins la trame du roman – je ne l’ai pas lu, alors je ne vous dirai pas ce que je pense de l’adaptation en elle-même – se devait de finir en apothéose avec un mouvement qui va au-delà de ces bêtes Jeux de la Faim. Et c’est aussi bien d’ailleurs, le concept de jeu où il ne doit en rester qu’un a fait long feu. Déjà, dans l’épisode précédent, le côté barbare du « divertissement avait été un tantinet édulcoré : on s’y tuait, mais moins visiblement.

 

Bien entendu, quand on voit les Rebelles, on pense à d’autres films :

  • la saga Guerre des Etoiles, avec cette lutte contre un empereur omnipotent et autocratique et ses adversaires eux aussi dénommés « rebelles » ; ainsi que le côté duel de la situation avec des gentils dirigés par une femme et des méchants par un homme ;
  • la trilogie Matrix, avec ses vaisseaux et l’espoir porté par un personnage pour une poignée de révoltés (nombreux tout de même…) contre l’ordre établi ;
  • le tout dans le décor de Brazil, du génial Terry Gilliam.

 

Mais nous sommes dans un registre classique, alors la trame l’est autant : nous arrivons à un climax.

La situation qui semblait s’améliorer (c-à-d. : les Rebelles semblent prendre le dessus) se détériore (finalement ils ne prennent pas tant que ça le dessus), et il n’y a pas d’autre issue que de faire un dernier épisode, histoire de clore définitivement la série.

 

Un film de transition, donc :

On y apprend de nouvelles choses, on découvre la face cachée des districts (ou plutôt enfouie) et on emmagasine des informations indispensables à la résolution de l’intrigue.

 

Vivement la fin, alors… Même si on peut raisonnablement la deviner !

 

PS : C'est pendant le tournage que l'immense Philip Seymour Hoffman s'est éteint, amenant quelques légères modifications dans l'intrigue.

 

*Titre original

 

**Non, je rigole, j’ai inventé

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