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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Greengrass, #Jason Bourne
Jason Bourne (Paul Greengrass, 2016)

Jason Bourne V : le retour.


Oui, Il revient. Et il n’est pas content. De toute façon, il n’est pas souvent content : il n’a pas le temps. Depuis le début de la saga, on ne lui a connu qu’un moment de répit : de la fin du premier film au début du second.

Et cette fois encore, il est aux prises avec la CIA et ses dinosaures, Bob Dewey (Tommy Lee Jones) en tête.

Mais si Jason revient, beaucoup de choses ont changé : il a vieilli. Tous ont vieilli : Dewey, bien sûr, mais aussi Nicky (Julia Stiles), et donc Jason.

Mais si tous sont plus vieux, on découvre une nouvelle recrue de la CIA : Heather Lee (Alicia Vikander). Elle est jeune, belle, a les dents longues et est beaucoup plus en phase avec l’époque moderne.

 

On repart pour 123 minutes d’action haletante, de poursuites en voitures hallucinantes et de manœuvres douteuses de l’Agence.

Bref, Matt Damon et Paul Greengrass (condition sine qua non de la présence de l’acteur) sont de retour.

Près de quinze ans ont passé depuis le premier opus, mais Bourne n’a rien perdu de son ingéniosité. Ni de son savoir faire au combat. Alors ça castagne, ça tire dans tous les sens, avec toujours le même refrain : arrêter Bourne. Ou au moins le faire rentrer dans le rang.

C’est vrai que le film est spectaculaire, mais à force, cela devient un tantinet routinier, voire lassant. On pourrait, dans une certaine mesure, comparer Bourne à Bond. Mais, d’une part, Bourne est américain, alors que Bond est anglais. Et d’autre part, il y a un humour chez Bond qu’on ne trouve nulle part chez Bourne. Et c’est peut-être pour ça que finalement, on se détache de plus en plus du personnage. La ritournelle « la CIA est pourrie de l’intérieur » a donné de belles choses auparavant (dans les années 1970 notamment). Mais ici, le propos dénonciateur (s’il existe vraiment) est noyé dans une déferlante d’effets à couper le souffle.
 

Dommage.

 

Et si on avait arrêté le film deux minutes plus tôt, juste avant de revenir à Washington ?

 

Là encore, dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Drame, #Steven Spielberg
La Guerre des mondes (War of the Worlds - Steven Spielberg, 2005)

En souvenir de Maurice Pavageau, professeur de français qui me fit découvrir le roman de Wells et n’a pas pu découvrir ce film merveilleux.

 

 

Un narrateur (Morgan Freeman) au début et à la fin.

D’immenses tripodes.

Un rayon de la mort.

Des armées impuissantes.

Une fuite éperdue.

Et au milieu de tout ça, Ray (Tom Cruise), et ses enfants : Rachel (Dakota Fanning) et Robbie (Justin Chatwin).

 

Nous sommes dans La Guerre des mondes, le roman de Herbert George Wells (1898). Il ne manque que le mystérieux cylindre, prélude à la prise de conscience du narrateur et des autres.

Même Ogilvy (Tim Robbins) est là. Mais ce n’est plus un astronome, mais un personnage qui rappelle l’Artilleur rencontré par le héros et narrateur du livre. Et Spielberg n’a changé qu’un tout petit détail dans sa narration : XXIème siècle plutôt que XXème. Logique, s’il voulait insérer cette histoire dans le monde réel, tout comme l’avait fait Wells pour anticiper le siècle à venir.


Mais le film, même s’il respecte beaucoup le livre est avant tout un film de Spielberg. Je rejoins mon ami le professeur Allen John quand il dit que c’est le troisième volet des aventures extraterrestres de Spielberg, après Rencontres du troisième Type et E.T. En effet, nous retrouvons certaines similitudes quant à des personnages ou des situations. Mais si les deux premiers films traitaient d’un rapprochement intergalactique, ici, nous assistons, comme le dit Ogilvy, à une extermination. Pas étonnant alors que certains aient vu un rapprochement avec l’extermination des Juifs par les nazis. De plus, cette extermination nous renvoie à un autre film de Spielberg : La Liste de Schindler.

En effet, l’atomisation des corps transformés en cendre rappelle la drôle de neige qui tombe autour du camp. Quant aux vêtements qui s’envolent au gré du vent, ils nous rappellent les monceaux d’habits entassés dont les propriétaires ont disparu, victimes de ces mêmes nazis.

 

Et puis il y a Ray. Ray est un personnage de Spielberg d’un bout à l’autre : c’est un grand enfant qui n’assume absolument pas sa paternité. Séparé de sa femme qui a refait sa vie et attend un enfant, il stagne dans son boulot de grutier, récupérant ses enfants un week-end sur deux. Pour lui, le début des phénomènes est avant tout quelque chose de cool, voire d’amusant. Il y a évidemment une parenté entre lui et Roy Neary (de Rencontres), et pas seulement dans la proximité de leurs prénoms. Tous deux sont des ados attardés et plus intéressés par le bricolage que la vie de famille. Roy répare les jouets, Ray les moteurs. Mais aucun des ceux ne connaît ni ne s’intéresse à ses enfants.

Et tout comme pour Roy, la situation va faire évoluer Ray. Il va véritablement, et pour la première fois devenir parent. [NB : Roy ne devient pas parent, mais son attitude évolue beaucoup tout de même : il assume ses choix et devient (enfin) un adulte]

 

Pour Ray, la transformation ne va pas se faire tout de suite, mais dès que le processus est engagé (soudainement, abruptement), il n’y aura plus de retour possible, ni d’ailleurs souhaitable (pour lui).

Le déclenchement : la volonté de Robbie de s’engager dans la lutte contre ces créatures d’un autre monde (jamais dénommées Martiens, par ailleurs). Il y a dans la prise de position de Robbie et la prise de conscience de Ray un rapport de cause à effet sérieux : c’est parce qu’il laisse Robbie partir, qu’il prend enfin conscience de sa responsabilité de père. Qu’il prend conscience aussi de tout l’amour pour ce fils qui s’en va. Car laisser Robbie partir est avant tout une grande preuve d’amour : quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même si ce ne sont pas les siens.

Ensuite, tout s’enchaîne logiquement jusqu’au dénouement final : la destruction totale des envahisseurs et la dernière intervention du narrateur pour nous expliquer le fin mot de l’histoire.

 

Et dans les presque deux heures qui séparent les deux lectures de Morgan Freeman, nous assistons à une mise en scène et des effets spéciaux époustouflants. ON a beau savoir que tout est presque numérique (j’exagère, je sais), on est bluffé par ce qu’on voit. La scène d’introduction enchaîne fondus et travelling arrière avec maestria, conservant des éléments d’un plan à l’autre, passant de l’infiniment petit à l’infiniment grand avec fluidité. Tout bonnement magique.

Après ce sont des scènes spectaculaires (euphémisme) de destruction et de ravage extraordinaires. Bref, du très grand art : ces scènes intenses tranchent avec des moments de calme où le merveilleux côtoie l’horreur. On pense à Rachel regardant les miroitements de l’eau qui se met alors à charrier des cadavres. Et le summum du merveilleux est atteint lors de l’attaque de l’armée américaine contre les tripodes : c’est un déluge de lumières et de fumée pour décrire alors une bataille extrêmement meurtrière, (tout est extrême dans ce film, ou presque) surtout pour les Terriens.

 

Une superbe adaptation, qui, comme toutes les adaptations, prend des libertés avec l’œuvre originale, mais ce sont aussi ces libertés qui font de ce film un chef-d’œuvre, éclipsant la version de Byron Haskin de 1953*.

 

 

* Le couple Gene Barry & Ann Robinson fait une apparition à la toute fin du film…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Russell Mulcahy
Highlander (Russell Mulcahy, 1986)

New York, Madison Square Garden, 1985.

Un regard dans la foule.

Parmi les spectateurs du match de catch, un jeune homme, immobile, pensif. C’est Russel Nash (Christophe Lambert), un antiquaire.

Sauf que Russel Nash, quatre cent cinquante ans avant était Connor McLeod, du Clan McLeod. Et qu’il n’est toujours pas mort.

Oui, il est immortel, comme quelques uns dans le monde. Mais à la fin, il ne pourra en rester qu’un.

 

It’s a Kind of magic, chantait Freddy Mercury. La chanson officielle du film. D’ailleurs, Queen ponctue certains moments du film dans un déluge de guitares tonitruantes, surtout quand passe le Kurgan (Clancy Brown).

Est-ce la chanson qui a fait le succès du film, ou le film qui fit celui de la chanson ? Un peu des deux, très certainement, mais nous ne sommes pas ici pour parler musique. Enfin si un peu tout de même…


A l’instar des guitares de Queen, le film déverse un déluge d’images : c’est un festival d’étincelles et de fumée, d’explosions et de lumières. On en prend plein les yeux (pour ne pas dire autre chose) ! Mais c’est aussi l »’une des limites du film.

On trouve deux grands combats : le Kurgan doit d’abords affronter Ramirez (Sean Connery) puis McLeod. Mais si ce dernier combat est vertigineux, le premier aurait tendance à tourner au grand guignol. Certes, le Kurgan est extrêmement fort, mais tout de même. Ses différents assauts rencontrent la muraille qu’ils font voler en éclat. Un peu trop merveilleux. Et c’est dommage, car toute la partie écossaise du film (quand Connor débute sa vie et a la révélation) est certainement la plus belle. On peut y admirer les montagnes et le château d’Eilean Donan, maintes fois utilisés par le cinéma et la télévision. Les scènes d’initiation prennent une autre dimension dans un tel décor. Et en plus, on a Sean Connery, véritable Ecossais, se moquant des us et coutumes de son jeune padawan.

 

Et avant tout, Highlander est un film des regards. Celui de McLeod, à Madison Square Garden : un éclairage particulier nous fait savoir que c’est lui l’élu, que nous allons le suivre.

Puis ce seront d’autres regards : celui émerveillé de Rachel devant ce magicien qui ne meurt pas ; celui intrigué de Brenda (Roxanne Hart) ; et celui en transe du Kurgan. Sans compter les différents miroir reflétant ces mêmes regards, toujours pertinent dans l’intrigue. Même celui de Christophe Lambert. Ce fut d’ailleurs une gageure de l’amener à parler anglais, son précédent film international étant Greystoke où ses répliques ne nécessitaient pas une grande maîtrise de la langue de Shakespeare… Mais s’il parle anglais, on a tout de même du mal à le prendre pour un Ecossais… 

 

Si l’intérêt du film s’émousse avec le temps (qui passe) – c’est mon cas – il est un personnage que j’ai plaisir à revoir à chaque fois, c’est le Kurgan. C'est comme ça, ça ne s’explique pas. Il faut dire que Clancy Brown, de par sa stature et son élocution éraillée, est impressionnant. Son côté skinhead/punk n’est pas piqué des hannetons, et son jeu outrancier est exactement dans le ton du personnage.

Quant au reste, c’est bien fait. Ca ressemble plus à un clip vidéo qu’à un film, avec toutefois un souci du détail très poussé. Chaque élément semble avoir sa place, et surtout un son qui lui correspond : l’assemblage de l’épée du Kurgan en est un bon exemple.

 

Mais si en 1985, les ados – cible privilégiée dont je faisais partie – s’extasiaient devant cette épopée, ceux d’aujourd’hui le trouveront peut-être un peu surfait, la technique numérique ayant balayé les effets spéciaux « à l’ancienne ».

Et la fin est un tantinet convenue…

 

Bref, ça a vieilli...

Le film ou moi ?

Les deux ?!

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Wes Ball
Le Labyrinthe : La Terre brûlée (Maze Runner: The scorch Trials - Wes Ball, 2015)

On retrouve nos héros, enfin les survivants seulement, qui viennent d’être évacués. Ils arrivent dans un complexe militaro-industriel magnifique, dirigé par un homme sympathique et jovial, ou tout du moins c’est l’image qu’il veut donner. Parce que, en fait, c’est Aidan Gillen qui interprète Janson, et comme dans Game of Thrones (il est Petyr « Littlefinger » Baelish), il n’est pas très clair. Et là, il n’est pas clair du tout. Et même encore plus.


Le titre reprend le terme Labyrinthe mais il n’en est nullement question ici, seulement pour rappeler d’où viennent les protagonistes principaux. Le titre original « The Scorch Trial » est plus parlant et proche de la réalité du film : on pourrait traduire par « l’épreuve (trial) de la terre brûlée ».
Cela nous replace dans la dimension initiatique de l’intrigue, annoncée en fin de première partie par le docteur Paige (Patricia Clarkson). Et en plus, cela rappelle le titre de la trilogie romanesque, l’Epreuve.

 

Donc nous retrouvons nos héros dans une nouvelle épreuve qui consistera à :

  1. s’évader de ce lieu maléfique ;
  2. retrouver un type qui donnerait une indication pour en trouver un autre ;
  3. échapper à Wicked, qui n’est plus aussi bon qu’on le prétendait dans le premier film ;
  4. survivre, bien entendu.

 

Et tout ça avec de nouveaux adjuvants – Brenda (Rosa Salazar) et Jorge (Giancarlo Esposito) – un tantinet commerçants, voire trafiquants, ainsi que de sacré opposants qui ne sont pas sans rappeler certains jeunes du Labyrinthe qui avaient été piqués. Ces opposants – les « fondus » (« cranks » en VO) – sont une espèce de morts vivants moitié zombis, moitié animaux qui se repaissent de chair fraîche. Ces joyeux lurons ne se meuvent que dans le noir, ce qui permet un peu de répit à nos héros.


Reste un troisième groupe : une armée de rebelles menés par Vince (Barry Pepper) qui sont, eux aussi intéressés par ces jeunes gens qui ont survécu au Labyrinthe et ont une particularité physique : ils sont immunisés contre le virus « Braise » (« Flare » en VO) qui transforme les hommes.

 

Bref, l’intrigue se corse et le Labyrinthe du début ressemble de plus en plus à une partie de pique-nique, au vu de ces nouvelles difficultés.

Le rythme du film s’emballe, bien entendu, sans pour autant nous abreuver de plans malgré cette accélération de l’action.

 

Et puis il y a les décors. Le Labyrinthe possédait une allure imposante et inquiétante et ces changements étaient vraiment impressionnants. Ici, c’est un paysage dévasté qui nous est proposé. Une jungle urbaine de délabrement, fréquentée la nuit ou dans les endroits sombres par les fameux fondus. Ce ne sont que buildings dévastés, délabrés et tombés les uns contre les autres. On peut même d’ailleurs apercevoir le Golden Gate Bridge dont seules les armatures témoignent de son existence, avec en fond les Rocheuses.

Un décor fabuleux malgré la désolation. Une magnifique apocalypse.

 

Bref, une épopée qui gagne en puissance et en spectacle.

Espérons qu’ils ne feront qu’un seul film pour conclure la trilogie de James Dashner, histoire d’éviter délayage qu’on a connu dans Hunger Games

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis
The Walk : Rêver plus haut (The Walk - Robert Zemeckis, 2015)

11 septembre 2001. Personne n’a oublié cette date.

Mais bien avant, il y a eu le 7 août 1974.

Ce jour-là, Philippe Petit (Joseph Gordon-Levitt), un funambule, a traversé la distance qui sépare les Tours Jumelles du World Trade Center, sur un fil, au petit matin.

 

Et Robert Zemeckis nous raconte alors comment c’est arrivé. Rapidement, on apprend comme Philippe est devenu funambule, parce que ce n’est pas ça le plus important. Le plus important, c’est comment il a réussi un tel « coup » comme disent les Anglo-Saxons… Sauf la rencontre du vieux sages qui lui ouvrira les portes de cet exploit : Papa Rudy (Ben Kingsley).

Mais il faut avouer que c’est la mise en place de cet exploit le plus passionnant du film. Nous avons l’impression d’assister réellement à une entreprise illégale (ce qui fut le cas : une centaine de règlements ont été enfreints…).

 

Parce que  Zemeckis organise cette expédition comme pour un film de gangsters réalisant un casse : repérage, préparation, mise en place, accomplissement.

Et pendant 90 minutes, on assiste à tous ces préparatifs : les moments d’euphorie comme de découragement et bien entendu les moments forts, déconseillés aux gens qui ont le vertige.
Et moi qui l’ai facilement, j’avoue qu’à certains moments, on est à la limite de supportable. On a beau se dire que ce n’est que du cinéma, l’angoisse subsiste. Jusqu’au bout ? Non

 

Paradoxalement, c’est quand Philippe commence son voyage (sa promenade comme pourrait le dire le titre original…) que toutes les appréhensions s’estompent et qu’on jouit de cette quasi envolée du héros.

Car c’est là qu’est la force de Zemeckis : il aime ses personnages et nous fait partager une certaine empathie envers eux. Rappelez-vous ce que vous avez ressenti en suivant les péripéties de Forrest Gump ou encore l’isolement de Chuck Noland dans Seul au Monde (tous les deux interprétés par le fabuleux Tom Hanks).

 

On retrouve aussi le tandem des films d’initiation : un jeune fougueux et un vieux briscard, qui regardent ensemble vers la même direction, comme Marty et Doc dans Retour vers le Futur. Mais ici, c’est le plus âgé qui décourage le plus jeune (Jusqu’à un certain point, sinon, pas de film…).

Mais si la préparation est passionnante et amène son lot d’émotions fortes en rapport avec le vide, c’est l’exploit en lui-même qui est un véritable tour de force. Nous vivons la traversée, sans avoir besoin d’effet 3D. La concentration de l’artiste face à son fil devient réelle. Nous voyons le décor s’estomper et disparaître pendant que Philippe se met en condition. Jusqu’au premiers pas. Et une fois la prouesse engagée, le monde alentour revient, replaçant cet exploit extraordinaire dans le monde. Et nous regardons époustouflés ce marcheur qui va d’une tour à l’autre, serein, nous faisant partager sa sérénité. On n’a plus peur, on sait qu’il y arrivera.

 

Un hommage magnifique aux Tours Jumelles, recréées magnifiquement, sans une seule fois mentionner la catastrophe du 11 septembre, comme on aurait pu l’attendre. Non, seulement un instant magique qui donna un souffle de vie à ces deux bâtiments, les rendant presque vivantes*. Parce que Philippe ne s’est jamais senti ni ne se sentira jamais plus aussi vivant qu’à ce moment.

On comprend alors encore mieux la tristesse des New-yorkais après leur destruction, qui va au-delà des pertes humaines.

New York sans elle, ce n’est plus tout à fait New York.

 

Eblouissant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Wes Ball
Le Labyrinthe (The Maze Runner - Wes Ball, 2014)

Un groupe de jeunes garçons, au milieu de nulle part.

Quand ? Dans un futur improbable.

Chacun est arrivé après l’autre, depuis trois ans.

Un jour, Thomas (Dylan O’Brien) arrive.

Il découvre un camp coincé entre quatre murs gigantesques : le Labyrinthe.

 

Nous sommes à la croisée des chemins entre Peter Pan et Sa Majesté des mouches, sans oublier le côté Thésée du héros.

Ce qui saute aux yeux au début, c’est l’absence de femme. Aucune, sinon dans des bribes de rêves de Thomas. Un visage aperçu à travers une vitre. Rêve ou réalité ? On l’apprendra plus tard.

 

Et puis il y a le Labyrinthe.

Et là, ça vaut le coup d’œil. C’est un décor magnifique qui n’est pas sans rappeler le rêve urbain de Sam Lowry dans Brazil. Surtout lors des changements de disposition des parois, amenant en outre les obligatoires angoisses claustrophobes et d’écrasement.

 

Je citais Peter Pan parce qu’on retrouve une bande de jeunes garçons abandonnés, livrés à eux-mêmes, rassemblés autour d’Alby (Aml Ameen) – le premier arrivé dans ce lieu – dans un embryon de société humaine. Chacun a son rôle, et surtout, ils vivent en bonne intelligence, sans agression.

C’est quand Teresa (Kaya Scodelario) – la femme ou plutôt la fille – paraît que tout bascule : plus personne ne viendra, et toutes les issues du labyrinthe s’ouvrent et ne se refermeront plus.

Les jeunes gens ne sont plus en sécurité dans leur îlot central de verdure. Il va falloir sortir.
 

Et c’est à ce moment que l’intrigue rappelle Sa Majesté des mouches. Le chef étant diminué suite à une blessure, deux garçons vont s’affronter : Thomas, bien sûr, et Gally (Will Poulter).

Gally, coureur athlétique, se rapproche plus de Jack de par son attitude autoritaire et basée sur la force. Alors que Thomas serait plutôt Ralph, représentant les idées démocratiques, allant même jusqu’à oublier les différents pour sortir tous ensemble du labyrinthe.

 

Quant au mythe de Thésée, le fait qu’un groupe de jeunes gens soient enfermés dans le labyrinthe, tribut payé à un éventuel minotaure est flagrant. On retrouve d’ailleurs un élément similaire dans Hunger Games. Et si la survie dans ces deux films est le maître mot des jeunes gens, la manière d’y parvenir est totalement opposée : alors que la lutte à mort est de mise dans HG, ici, c’est de la coopération qu’elle sera possible. Mais là encore, certains payeront de leur vie cette liberté éventuelle.

Bien entendu, dès le début du film, on se doute qu’ils vont parvenir à sortir du Labyrinthe.
Mais comme le roman de James Dashner comporte trois tomes, il est évident que la sortie du Labyrinthe n’est pas une fin en soi, mais plutôt un préambule à quelque chose de plus important.


A suivre, donc…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Bruce Mitchell
Dynamite Dan (Bruce Mitchell, 1924)

Dan McLeod (Kenneth MacDonald) travaille pour un patron plutôt mal embouché (Frank Rice). Mais le contremaître, Tony Garcia (Boris Karloff) est encore plus rude. Conséquence : il part après avoir réglé leur compte à ces deux énergumènes. Mais Tony se relève plus vite et profite de la situation pour voler la caisse, accusant dans le même coup Dan.

Sans emploi, Dan est finalement embauché par une institution pour jeunes femmes que fréquente sa petite amie Helen Havens (Diana Arden).

A nouveau renvoyé, il devient boxeur après avoir corrigé un importun qui avait embêté sa fiancée. Cet importun n’est autre que le champion Brute Lacy (Harry Woods).

Et pendant ce temps, Sherlock Jones (Eddie Harris) est toujours à la poursuite du prétendu voleur…

 

Ca paraît compliqué comme ça, mais ça l’est ! Nous avons différentes pistes dans la même intrigue qui oscille entre film comique et film policier, le tout sur fond de boxe. Mais qu’on se rassure, ces différentes sous intrigues vont se résoudre et à la fin le bien triomphera (sinon, ce ne serait pas une comédie !).

Certes, ce n’est pas un immense film, mais on s’amuse beaucoup. Autant certainement que le personnage principal qui passe en un tournemain d’un pensionnat de jeunes femmes à un ring de boxe.
Le pensionnat est, bien entendu, le lieu idéal pour une série de gags essentiellement visuels : une échelle qui ne cesse de se déplacer, des jeunes filles qui se trémoussent quand un professeur beau et musclé arrive, et surtout une pensionnaire un peu particulière : Toodles (Emily Gerdes). Elle n’est pas à proprement parler très jolie et en use avec beaucoup de talent. Elle est grande et sèche, toujours fourrée avec une amie petite et boulotte (pour le contraste), et surtout elle se croit irrésistible. Une belle performance d’une actrice méconnue.

L’autre élément comique, c’est l’apprenti détective : Sherlock Jones. Il est petit et chétif, et myope par-dessus le marché ! Sans cesse rabroué par les autres protagonistes beaucoup plus grands et costauds que lui, il n’en continue pas moins de poursuivre celui qu’il pense être le voleur.

 

Mais l’intérêt des spectateurs d’aujourd’hui se focalise surtout sur la présence d’un second rôle qui fera parler de lui quelques années après : Boris Karloff. Son personnage est méchant. Il est rude, violent et malhonnête ; bref, il a tout ce qu’il faut pour être un magnifique méchant. Et en plus, il possède l’indispensable moustache fine, attribut classique des fourbes.


Bien sûr, l’histoire est invraisemblable. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? On s’amuse et c’est là le grand atout du film qui, en outre, accumule quelques montages parallèles qui ne sont pas désagréables.

Et en prime, une référence soulignée au film de Charles Chaplin Charlot Boxeur, reprenant l’incontournable gag du fer à cheval, mais pas comme on pourrait l’imaginer.

 

Je vous laisse donc découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Billy Wilder, #Otto Preminger
Stalag 17 (Billy Wilder, 1953)

Un camp de prisonniers, en plein cœur de l’Allemagne nazie (comme toujours), pendant la bataille des Ardennes, 1944.

Dans ce camp, des sergents. Rien que des sergents. Imaginez…

Parmi eux, Sefton (William Holden), qui se débrouille un peu mieux que les autres grâce au trafic. Alors quand on soupçonne un traître dans le baraquement, tout le monde se retourne vers lui…

 

Dix ans avant La grande Evasion, Billy Wilder proposait cette adaptation de la pièce éponyme de Donald Bevan & Edmund Trzcinski (très difficile à prononcer), ce dernier faisant quelques apparitions.

Loin des scènes de combats, nous suivons le quotidien sordide des prisonniers, où la solidarité n’est pas toujours de mise : les conditions terribles encourageaient les hommes à des sauver eux-mêmes avant de penser aux autres.

Sefton est un de ces hommes un tantinet personnels et qui profite de cette situation, proposant des distractions voire un alcool d’épluchures de pommes de terre un peu du même style que Steve McQueen et ses acolytes proposeront dans le film de Sturges susnommé.

 

Avec Sefton, c’est tout un microcosme qui vit en vase clos dans un baraquement peu chauffé (voire pas du tout, d’ailleurs), avec bien entendu les affres de la promiscuité, mais additionnée de suspicion. Comme dans tout bon film de prisonniers de guerre, des rôles sont établis, même si ici, à part le chef de baraque et l’agent de renseignement, chacun est plutôt caractérisé par un surnom dû à son apparence ou son comportement, voire les deux, quand il s’agit de L’Animal (Robert Strauss). On trouve donc un comique – Shapiro aux lèvres sucrées (Harvey Lembeck) – Sugar-Lips Shapiro en VO – Duke (Neville Brand), Blondie (Robert Shawley), etc. Et bien sûr  l’incontournable monsieur Sécurité (Peter Graves).

 

En face, il y a les gardiens et leur chef von Scherbach (Otto Preminger, qui, quand il ne tournait pas, endossait le rôle du méchant Allemand), sadique à souhait  et l’infatigable Schultz (Sig Ruman), sous-officier un tantinet idiot, ou du moins c’est ainsi qu’il se montre.

 

Et comme nous sommes dans un film de prisonniers, il faut au moins une tentative d’évasion, sinon, l’intérêt s’émousse.

Wilder nous en propose deux, en ouverture puis en fermeture du film, avec des résolutions différentes (je vous laisse deviner celle qui aboutit). Mais comme annoncé dès le début par Cookie (Gil Stratton), le narrateur, rien de spectaculaire ne va se passer. Chaque évasion est simple, sans artifice ni plan longuement mûri. On attend la bonne occasion.

 

Comme nous sommes dans un film de Wilder, on retrouve ses pointes de comédie. Mais c’est un humour qui se place dans un contexte qui ne s’y prête pas. Et surtout, il met en évidence des comportements qu’on n’attend pas d’un film au contexte historique.

Le personnage de Sefton est certainement le plus intéressant, tant il pose certaines questions sur les comportements de ces « héroïques » prisonniers.

Sefton est un égoïste. Peut-être que ses premiers déboires dans le camp l’ont encouragé à le devenir, mais il est intraitable dès qu’il s’agit de commerce (troc, achat…). Et si Sefton est tout de suite considéré comme la taupe des nazis, c’est avant tout à cause de son activité. La jalousie aveugle toujours ceux qui la vivent. Mais quand les autres passent aux actes et le violentent, on n’est plus dans cet esprit de camaraderie qu’on retrouve dans le film de Sturges ou encore de Renoir (La grande Illusion, bien entendu).

 


Et Wilder ajoute un autre élément (qui fut aussi exploité par Renoir, mais plus sobrement) : les femmes ou l’absence de femmes.

L’Animal est un grand admirateur de Betty Grable, mais des photos n’ont jamais remplacé une personne. Quant aux prisonnières russes, mis à part un énorme bakchich de cigarettes, elles ne sont que des formes imaginées derrière des fenêtres de salle de douche embuées.
Mais vient Noël et ses festivités (qu’il faut bien sûr ramener au niveau d’un camp de prisonniers). Les hommes dansent entre eux en couple, sur des musiques plutôt improbables (la musique américaine étant bannie pendant la période nazie). Et puis Shapiro, le clown du baraquement se grime en femme, donnant une scène plutôt équivoque dans un tel contexte. Même si, il ne faut pas se leurrer, cela pouvait représenter une éventualité. Et Wilder ira encore plus loin dans ce domaine avec Certains l’aiment chaud (1959).

En attendant, on rit du couple Shapiro-L’Animal, véritable duo comique du film Mais ce  rire est tout de même teinté d’un certain sous-entendu qui aurait pu rendre mal à l’aise les spectateurs de 1953… Car contrairement à d’habitude, ce n’est pas celui qui est déguisé en femme qui fait le plus rire…

 

Bref, un film de guerre qui, même s’il n’en a pas les aspects spectaculaires, n’en demeure pas moins intéressant pour les thèmes qu’il aborde : de la survie dans un camp à la justice individuelle, le tout dans un contexte où se mêlent comédie et tragédie, avec une distribution impeccable.

Un grand film du maître Wilder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Sturges, #Richard Attenborough, #Guerre
La grande Evasion (The great Escape - John Sturges, 1963)

Les garants de « l’Ordre Nouveau » ont décidé d’innover aussi dans leur conception de gestion des camps de prisonniers.

Un nouveau camp.

De nouvelles méthodes.

Tous les œufs pourris dans le même panier, explique le commandant von Luger (Hannes Messemer) au colonel Ramsey (James Donald), le SBO (Senior British Officer) à la lèvre supérieure rigide réglementaire.

 

Et quel panier : Hilts (Steve McQueen), Danny (Charles Bronson), Hendley (James Garner) le chapardeur, Mac Donald (Gordon Jackson) le chef du renseignement, Blythe (Donald Pleasance) le faussaire. Sans oublier Ashley-Pitt (David McCallum), Bartlett (Richard Attenborough) ou encore Sedgwick (James Coburn) l’Australien à la grande valise.

Bref, que du (très) beau monde.


John Sturges, vingt-cinq ans après Jean Renoir (La grande Illusion), nous emmène en plein cœur de l’Allemagne (nazie) pour assister à l’une des plus formidables évasions. Cela donne un film de prisonniers guerre époustouflant, devenu – tout comme Stalag 17 de Bill Wilder dix ans plus tôt – un classique du genre. Sturges retrouve par la même occasion trois de ses 7 mercenaires : McQueen, Bronson et Coburn.

 

Ce sont près de trois heures de grand spectacle où la gravité côtoie l’humour pour notre plus grand plaisir. Pour chaque action favorable aux prisonniers, Sturges ajoute un revers favorable alors aux Allemands (les « Goons » en VO, terme peu reluisant, cf. Harraps).

Et comme il s’agit d’un camp qui accueille essentiellement des prisonniers britanniques, on retrouve le flegme attendu de ces officiers. Flegme de façade, contrebalancé par une propension à vouloir s’échapper qui amène aussi le sourire (voir leur arrivée).


Mais le champion de l’évasion, c’est incontestablement Hilts. Et avoir confié ce rôle à Steve McQueen, était une très bonne idée. Je l’ai déjà dit ici, McQueen est l’archétype de l’acteur cool. Pas étonnant qu’il soit appelé le Roi du frigo (frigo se dit « cooler » en VO, comme un fait exprès…) dans le générique de fin.

 

Comme chez Renoir, on assiste à la mise en place et au développement d’un tunnel. Mais si chez Renoir le sort empêche les prisonniers de s’en servir, ici, l’évasion ira (presque) jusqu’au bout, malgré les difficultés.

C’est alors une succession de stratagèmes mis en place pour récupérer des outils, étouffer le bruit ou encore prévenir l’arrivée des geôliers.

 

Puis, après une tournée d’alcool de patates mémorable – pour son effet sur les dignes représentants de sa très gracieuse Majesté, comme pour son dénouement tragique (toujours ce terrible contrepoids) – on assiste à la cavale des protagonistes. Elle tournera court pour la majorité d’entre eux, mais certaines histoires étaient dignes d’intérêt :

  • d’un côté un parcours plutôt pépère : Danny & Willie (John Leyton), les « Rois du tunnel », en duo* :
  • de l’autre un périple spectaculaire : Hendley et Blythe myope comme une taupe à bord ‘un avion.

Et puis il y a encore Steve McQueen, inoubliable dans son escapade en moto. McQueen fut presque toujours l’auteur des cascades (hormis le saut) et sa tentative est l’une des plus célèbres du cinéma. Un véritable régal.

Mais si l’envolée de McQueen ne se finit pas trop mal, il n’en va pas de même pour la grande majorité des prisonniers broyés par l’implacable machine de guerre nazie**.


Un film qui se laisse toujours regarder avec le même plaisir. Même après vingt-sept visionnages.

A moins que ce ne soit plus…

 

 

 

* J’ai failli écrire « en couple » car la relation entre Danny et Willie est plutôt intime.

 

** Les nazis et les membres de la Gestapo sont toujours évoqués distinctement des militaires de la Wehrmacht.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese, #Paul Schrader
A Tombeau ouvert (Bringing out the Dead - Martin Scorsese, 1999)

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi. » (Marc, 9 :2-3)

 

Trois nuits.

Trois nuits de la vie de Frank Pierce (Nicolas Cage), ambulancier, à New York, au début des années 1990.
Trois nuit dans celle de New York : les petits, les sans-grade, les bas-fonds. Et la violence.

 

Martin Scorsese revient à New York qu’il avait quittée après Les Affranchis. Et encore une fois, la Ville est un lieu de violences et de désespoir.

Violence des truands, trafiquants de drogues, mais aussi violence de ceux qui essaient parfois de les sauver.
Chaque nuit est une descente aux enfers pour Frank, torturé par les esprits de ceux qu’il n’a pas pu sauver.


Et Frank essaie de se sortir de cet enfer. Chaque jour il espère qu’il sera viré. Mais chaque jour il doit reprendre le chemin des morts.

Parce qu’ils meurent tous. Sauf un : Burke (Cullen O. Johnson). Pourtant il devrait. Mais non. Il ne peut pas mourir. Le veut-il ? C’est là tout le débat dans la tête de Frank : et si Burke voulait mourir ?

Et Frank a beau s’enfoncer dans la nuit de New York, à chaque fois il revient vers Burke. Pour Burke, mais aussi pour sa fille, Mary (Patricia Arquette).

 

Frank est un Christ moderne. Il prend sur lui non pas les péchés du monde, mais la souffrance des gens. Chaque mort est une avancée de plus dans la nuit, dans sa nuit. Sa seule échappatoire : dormir. Dormir, parce que dormir, c’est mourir un peu. Mais la réalité le réveille, même dans ses rêves. Alors il boit. Il essaie trouver dans l’alcool le soulagement qu’il n’obtient pas dans le sommeil.

Et cette dimension religieuse de Frank est renforcée par l’utilisation de blancs saturés, transfiguration furtive de ce Christ, descendu dans les bas-fonds pour essayer de sauver une nouvelle vie.  Frank est le Sauveur. Mais il ne sauve personne. Ou il sauve ceux qui ne le veulent pas : Noel (Marc Anthony). Noel qui passe son temps en transit dans la salle d’urgence mais en sort toujours avant d’être soigné, jusqu’à la dernière hospitalisation.

Et puis il y a Rose (Cynthia Roman). Celle qu’il n’a pas pu sauver et qui le poursuit, qui le hante. Mais c’est normal, lui disent ses collègues Larry (John Goodman) et Marcus (Ving Rhames). Tout le monde passe par là. Il faut juste passer au-dessus.

Et c’est pour ça que Frank ne va pas bien : il revient sans cesse à ses échecs, incapable de retrouver la sensation magique d’avoir sauvé quelqu’un : quand ils donnent naissance à deux bébés, Marcus se réjouit de l’arrivée du petit garçon, alors que Frank ne retient que celui qui meurt.

 

Il y a un lien de parenté entre Frank et Travis (Taxi Driver). Tous les deux sont des oiseaux de nuit, témoins de cette nuit new-yorkaise. Mais si Travis utilise la violence pour chasser la nuit et ses démons, Frank, lui, subit cette violence et doit à un moment la vivre.

Et le paradoxe est là : la violence dont Frank et ses collègues essaient d’annuler l’effet se traduit chez eux par la conduite. Rarement on n’a conduit avec autant de violence. Le rythme des images s’accélère, la musique se fait plus forte et plus rythmée (l’incontournable rock’n’roll des films de Scorsese), et le trajet vers une victime à sauver devient une virée agressive, toujours dans cette nuit noire. Les vitesses craquent, le moteur hurle, le cadrage se déforme.

Stade ultime de cette violence routière : l’accident qui laisse un premier véhicule couché sur le flanc, puis Tom frappant le sien avec une matraque.

 

 

Et il en va ainsi jusqu’à la rédemption (je ne vous l’explique pas), toujours cette même rédemption si chère au cinéma américain. Et cette rédemption amène la transfiguration finale. Celle qui libère Frank et l’amène vers une autre vie.

Mais nous sommes chez Scorsese. Frank aura beau retrouver ce petit moment de félicité éprouvée après avoir sauvé quelqu’un, comme il l’explique au début du film, il n’en retournera pas moins dans son quotidien nocturne où se côtoient clochards et junkies, flot de malades et de familles régulé par Griss (Afemo Omilami), derrière ses inamovibles lunettes de soleil.

 

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