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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Bruce Mitchell
Dynamite Dan (Bruce Mitchell, 1924)

Dan McLeod (Kenneth MacDonald) travaille pour un patron plutôt mal embouché (Frank Rice). Mais le contremaître, Tony Garcia (Boris Karloff) est encore plus rude. Conséquence : il part après avoir réglé leur compte à ces deux énergumènes. Mais Tony se relève plus vite et profite de la situation pour voler la caisse, accusant dans le même coup Dan.

Sans emploi, Dan est finalement embauché par une institution pour jeunes femmes que fréquente sa petite amie Helen Havens (Diana Arden).

A nouveau renvoyé, il devient boxeur après avoir corrigé un importun qui avait embêté sa fiancée. Cet importun n’est autre que le champion Brute Lacy (Harry Woods).

Et pendant ce temps, Sherlock Jones (Eddie Harris) est toujours à la poursuite du prétendu voleur…

 

Ca paraît compliqué comme ça, mais ça l’est ! Nous avons différentes pistes dans la même intrigue qui oscille entre film comique et film policier, le tout sur fond de boxe. Mais qu’on se rassure, ces différentes sous intrigues vont se résoudre et à la fin le bien triomphera (sinon, ce ne serait pas une comédie !).

Certes, ce n’est pas un immense film, mais on s’amuse beaucoup. Autant certainement que le personnage principal qui passe en un tournemain d’un pensionnat de jeunes femmes à un ring de boxe.
Le pensionnat est, bien entendu, le lieu idéal pour une série de gags essentiellement visuels : une échelle qui ne cesse de se déplacer, des jeunes filles qui se trémoussent quand un professeur beau et musclé arrive, et surtout une pensionnaire un peu particulière : Toodles (Emily Gerdes). Elle n’est pas à proprement parler très jolie et en use avec beaucoup de talent. Elle est grande et sèche, toujours fourrée avec une amie petite et boulotte (pour le contraste), et surtout elle se croit irrésistible. Une belle performance d’une actrice méconnue.

L’autre élément comique, c’est l’apprenti détective : Sherlock Jones. Il est petit et chétif, et myope par-dessus le marché ! Sans cesse rabroué par les autres protagonistes beaucoup plus grands et costauds que lui, il n’en continue pas moins de poursuivre celui qu’il pense être le voleur.

 

Mais l’intérêt des spectateurs d’aujourd’hui se focalise surtout sur la présence d’un second rôle qui fera parler de lui quelques années après : Boris Karloff. Son personnage est méchant. Il est rude, violent et malhonnête ; bref, il a tout ce qu’il faut pour être un magnifique méchant. Et en plus, il possède l’indispensable moustache fine, attribut classique des fourbes.


Bien sûr, l’histoire est invraisemblable. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? On s’amuse et c’est là le grand atout du film qui, en outre, accumule quelques montages parallèles qui ne sont pas désagréables.

Et en prime, une référence soulignée au film de Charles Chaplin Charlot Boxeur, reprenant l’incontournable gag du fer à cheval, mais pas comme on pourrait l’imaginer.

 

Je vous laisse donc découvrir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Billy Wilder, #Otto Preminger
Stalag 17 (Billy Wilder, 1953)

Un camp de prisonniers, en plein cœur de l’Allemagne nazie (comme toujours), pendant la bataille des Ardennes, 1944.

Dans ce camp, des sergents. Rien que des sergents. Imaginez…

Parmi eux, Sefton (William Holden), qui se débrouille un peu mieux que les autres grâce au trafic. Alors quand on soupçonne un traître dans le baraquement, tout le monde se retourne vers lui…

 

Dix ans avant La grande Evasion, Billy Wilder proposait cette adaptation de la pièce éponyme de Donald Bevan & Edmund Trzcinski (très difficile à prononcer), ce dernier faisant quelques apparitions.

Loin des scènes de combats, nous suivons le quotidien sordide des prisonniers, où la solidarité n’est pas toujours de mise : les conditions terribles encourageaient les hommes à des sauver eux-mêmes avant de penser aux autres.

Sefton est un de ces hommes un tantinet personnels et qui profite de cette situation, proposant des distractions voire un alcool d’épluchures de pommes de terre un peu du même style que Steve McQueen et ses acolytes proposeront dans le film de Sturges susnommé.

 

Avec Sefton, c’est tout un microcosme qui vit en vase clos dans un baraquement peu chauffé (voire pas du tout, d’ailleurs), avec bien entendu les affres de la promiscuité, mais additionnée de suspicion. Comme dans tout bon film de prisonniers de guerre, des rôles sont établis, même si ici, à part le chef de baraque et l’agent de renseignement, chacun est plutôt caractérisé par un surnom dû à son apparence ou son comportement, voire les deux, quand il s’agit de L’Animal (Robert Strauss). On trouve donc un comique – Shapiro aux lèvres sucrées (Harvey Lembeck) – Sugar-Lips Shapiro en VO – Duke (Neville Brand), Blondie (Robert Shawley), etc. Et bien sûr  l’incontournable monsieur Sécurité (Peter Graves).

 

En face, il y a les gardiens et leur chef von Scherbach (Otto Preminger, qui, quand il ne tournait pas, endossait le rôle du méchant Allemand), sadique à souhait  et l’infatigable Schultz (Sig Ruman), sous-officier un tantinet idiot, ou du moins c’est ainsi qu’il se montre.

 

Et comme nous sommes dans un film de prisonniers, il faut au moins une tentative d’évasion, sinon, l’intérêt s’émousse.

Wilder nous en propose deux, en ouverture puis en fermeture du film, avec des résolutions différentes (je vous laisse deviner celle qui aboutit). Mais comme annoncé dès le début par Cookie (Gil Stratton), le narrateur, rien de spectaculaire ne va se passer. Chaque évasion est simple, sans artifice ni plan longuement mûri. On attend la bonne occasion.

 

Comme nous sommes dans un film de Wilder, on retrouve ses pointes de comédie. Mais c’est un humour qui se place dans un contexte qui ne s’y prête pas. Et surtout, il met en évidence des comportements qu’on n’attend pas d’un film au contexte historique.

Le personnage de Sefton est certainement le plus intéressant, tant il pose certaines questions sur les comportements de ces « héroïques » prisonniers.

Sefton est un égoïste. Peut-être que ses premiers déboires dans le camp l’ont encouragé à le devenir, mais il est intraitable dès qu’il s’agit de commerce (troc, achat…). Et si Sefton est tout de suite considéré comme la taupe des nazis, c’est avant tout à cause de son activité. La jalousie aveugle toujours ceux qui la vivent. Mais quand les autres passent aux actes et le violentent, on n’est plus dans cet esprit de camaraderie qu’on retrouve dans le film de Sturges ou encore de Renoir (La grande Illusion, bien entendu).

 


Et Wilder ajoute un autre élément (qui fut aussi exploité par Renoir, mais plus sobrement) : les femmes ou l’absence de femmes.

L’Animal est un grand admirateur de Betty Grable, mais des photos n’ont jamais remplacé une personne. Quant aux prisonnières russes, mis à part un énorme bakchich de cigarettes, elles ne sont que des formes imaginées derrière des fenêtres de salle de douche embuées.
Mais vient Noël et ses festivités (qu’il faut bien sûr ramener au niveau d’un camp de prisonniers). Les hommes dansent entre eux en couple, sur des musiques plutôt improbables (la musique américaine étant bannie pendant la période nazie). Et puis Shapiro, le clown du baraquement se grime en femme, donnant une scène plutôt équivoque dans un tel contexte. Même si, il ne faut pas se leurrer, cela pouvait représenter une éventualité. Et Wilder ira encore plus loin dans ce domaine avec Certains l’aiment chaud (1959).

En attendant, on rit du couple Shapiro-L’Animal, véritable duo comique du film Mais ce  rire est tout de même teinté d’un certain sous-entendu qui aurait pu rendre mal à l’aise les spectateurs de 1953… Car contrairement à d’habitude, ce n’est pas celui qui est déguisé en femme qui fait le plus rire…

 

Bref, un film de guerre qui, même s’il n’en a pas les aspects spectaculaires, n’en demeure pas moins intéressant pour les thèmes qu’il aborde : de la survie dans un camp à la justice individuelle, le tout dans un contexte où se mêlent comédie et tragédie, avec une distribution impeccable.

Un grand film du maître Wilder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Sturges, #Richard Attenborough, #Guerre
La grande Evasion (The great Escape - John Sturges, 1963)

Les garants de « l’Ordre Nouveau » ont décidé d’innover aussi dans leur conception de gestion des camps de prisonniers.

Un nouveau camp.

De nouvelles méthodes.

Tous les œufs pourris dans le même panier, explique le commandant von Luger (Hannes Messemer) au colonel Ramsey (James Donald), le SBO (Senior British Officer) à la lèvre supérieure rigide réglementaire.

 

Et quel panier : Hilts (Steve McQueen), Danny (Charles Bronson), Hendley (James Garner) le chapardeur, Mac Donald (Gordon Jackson) le chef du renseignement, Blythe (Donald Pleasance) le faussaire. Sans oublier Ashley-Pitt (David McCallum), Bartlett (Richard Attenborough) ou encore Sedgwick (James Coburn) l’Australien à la grande valise.

Bref, que du (très) beau monde.


John Sturges, vingt-cinq ans après Jean Renoir (La grande Illusion), nous emmène en plein cœur de l’Allemagne (nazie) pour assister à l’une des plus formidables évasions. Cela donne un film de prisonniers guerre époustouflant, devenu – tout comme Stalag 17 de Bill Wilder dix ans plus tôt – un classique du genre. Sturges retrouve par la même occasion trois de ses 7 mercenaires : McQueen, Bronson et Coburn.

 

Ce sont près de trois heures de grand spectacle où la gravité côtoie l’humour pour notre plus grand plaisir. Pour chaque action favorable aux prisonniers, Sturges ajoute un revers favorable alors aux Allemands (les « Goons » en VO, terme peu reluisant, cf. Harraps).

Et comme il s’agit d’un camp qui accueille essentiellement des prisonniers britanniques, on retrouve le flegme attendu de ces officiers. Flegme de façade, contrebalancé par une propension à vouloir s’échapper qui amène aussi le sourire (voir leur arrivée).


Mais le champion de l’évasion, c’est incontestablement Hilts. Et avoir confié ce rôle à Steve McQueen, était une très bonne idée. Je l’ai déjà dit ici, McQueen est l’archétype de l’acteur cool. Pas étonnant qu’il soit appelé le Roi du frigo (frigo se dit « cooler » en VO, comme un fait exprès…) dans le générique de fin.

 

Comme chez Renoir, on assiste à la mise en place et au développement d’un tunnel. Mais si chez Renoir le sort empêche les prisonniers de s’en servir, ici, l’évasion ira (presque) jusqu’au bout, malgré les difficultés.

C’est alors une succession de stratagèmes mis en place pour récupérer des outils, étouffer le bruit ou encore prévenir l’arrivée des geôliers.

 

Puis, après une tournée d’alcool de patates mémorable – pour son effet sur les dignes représentants de sa très gracieuse Majesté, comme pour son dénouement tragique (toujours ce terrible contrepoids) – on assiste à la cavale des protagonistes. Elle tournera court pour la majorité d’entre eux, mais certaines histoires étaient dignes d’intérêt :

  • d’un côté un parcours plutôt pépère : Danny & Willie (John Leyton), les « Rois du tunnel », en duo* :
  • de l’autre un périple spectaculaire : Hendley et Blythe myope comme une taupe à bord ‘un avion.

Et puis il y a encore Steve McQueen, inoubliable dans son escapade en moto. McQueen fut presque toujours l’auteur des cascades (hormis le saut) et sa tentative est l’une des plus célèbres du cinéma. Un véritable régal.

Mais si l’envolée de McQueen ne se finit pas trop mal, il n’en va pas de même pour la grande majorité des prisonniers broyés par l’implacable machine de guerre nazie**.


Un film qui se laisse toujours regarder avec le même plaisir. Même après vingt-sept visionnages.

A moins que ce ne soit plus…

 

 

 

* J’ai failli écrire « en couple » car la relation entre Danny et Willie est plutôt intime.

 

** Les nazis et les membres de la Gestapo sont toujours évoqués distinctement des militaires de la Wehrmacht.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese, #Paul Schrader
A Tombeau ouvert (Bringing out the Dead - Martin Scorsese, 1999)

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi. » (Marc, 9 :2-3)

 

Trois nuits.

Trois nuits de la vie de Frank Pierce (Nicolas Cage), ambulancier, à New York, au début des années 1990.
Trois nuit dans celle de New York : les petits, les sans-grade, les bas-fonds. Et la violence.

 

Martin Scorsese revient à New York qu’il avait quittée après Les Affranchis. Et encore une fois, la Ville est un lieu de violences et de désespoir.

Violence des truands, trafiquants de drogues, mais aussi violence de ceux qui essaient parfois de les sauver.
Chaque nuit est une descente aux enfers pour Frank, torturé par les esprits de ceux qu’il n’a pas pu sauver.


Et Frank essaie de se sortir de cet enfer. Chaque jour il espère qu’il sera viré. Mais chaque jour il doit reprendre le chemin des morts.

Parce qu’ils meurent tous. Sauf un : Burke (Cullen O. Johnson). Pourtant il devrait. Mais non. Il ne peut pas mourir. Le veut-il ? C’est là tout le débat dans la tête de Frank : et si Burke voulait mourir ?

Et Frank a beau s’enfoncer dans la nuit de New York, à chaque fois il revient vers Burke. Pour Burke, mais aussi pour sa fille, Mary (Patricia Arquette).

 

Frank est un Christ moderne. Il prend sur lui non pas les péchés du monde, mais la souffrance des gens. Chaque mort est une avancée de plus dans la nuit, dans sa nuit. Sa seule échappatoire : dormir. Dormir, parce que dormir, c’est mourir un peu. Mais la réalité le réveille, même dans ses rêves. Alors il boit. Il essaie trouver dans l’alcool le soulagement qu’il n’obtient pas dans le sommeil.

Et cette dimension religieuse de Frank est renforcée par l’utilisation de blancs saturés, transfiguration furtive de ce Christ, descendu dans les bas-fonds pour essayer de sauver une nouvelle vie.  Frank est le Sauveur. Mais il ne sauve personne. Ou il sauve ceux qui ne le veulent pas : Noel (Marc Anthony). Noel qui passe son temps en transit dans la salle d’urgence mais en sort toujours avant d’être soigné, jusqu’à la dernière hospitalisation.

Et puis il y a Rose (Cynthia Roman). Celle qu’il n’a pas pu sauver et qui le poursuit, qui le hante. Mais c’est normal, lui disent ses collègues Larry (John Goodman) et Marcus (Ving Rhames). Tout le monde passe par là. Il faut juste passer au-dessus.

Et c’est pour ça que Frank ne va pas bien : il revient sans cesse à ses échecs, incapable de retrouver la sensation magique d’avoir sauvé quelqu’un : quand ils donnent naissance à deux bébés, Marcus se réjouit de l’arrivée du petit garçon, alors que Frank ne retient que celui qui meurt.

 

Il y a un lien de parenté entre Frank et Travis (Taxi Driver). Tous les deux sont des oiseaux de nuit, témoins de cette nuit new-yorkaise. Mais si Travis utilise la violence pour chasser la nuit et ses démons, Frank, lui, subit cette violence et doit à un moment la vivre.

Et le paradoxe est là : la violence dont Frank et ses collègues essaient d’annuler l’effet se traduit chez eux par la conduite. Rarement on n’a conduit avec autant de violence. Le rythme des images s’accélère, la musique se fait plus forte et plus rythmée (l’incontournable rock’n’roll des films de Scorsese), et le trajet vers une victime à sauver devient une virée agressive, toujours dans cette nuit noire. Les vitesses craquent, le moteur hurle, le cadrage se déforme.

Stade ultime de cette violence routière : l’accident qui laisse un premier véhicule couché sur le flanc, puis Tom frappant le sien avec une matraque.

 

 

Et il en va ainsi jusqu’à la rédemption (je ne vous l’explique pas), toujours cette même rédemption si chère au cinéma américain. Et cette rédemption amène la transfiguration finale. Celle qui libère Frank et l’amène vers une autre vie.

Mais nous sommes chez Scorsese. Frank aura beau retrouver ce petit moment de félicité éprouvée après avoir sauvé quelqu’un, comme il l’explique au début du film, il n’en retournera pas moins dans son quotidien nocturne où se côtoient clochards et junkies, flot de malades et de familles régulé par Griss (Afemo Omilami), derrière ses inamovibles lunettes de soleil.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone
Il était une Fois la révolution (Giù la testa - Duck, you Sucker! - Sergio Leone, 1971)

Mexique, 1913.

Juan Miranda (Rod Steiger) est un truand à la petite semaine. Avec ses six fils, son père et quelques complices, il rançonne les voyageurs – riches.

Juan est un Mexicain plutôt inculte, qui essaie de faire son chemin dans un pays ravagé par la révolution depuis deux ans.

Mais Juan a un grand projet dans la vie : attaquer la banque de Mesa Verde.

Alors quand il rencontre Sean « John » Mallory (James Coburn), ex-révolutionnaire irlandais (membre de l’IRA, même si le soulèvement n’aura lieu qu’en 1916) et accessoirement spécialiste en explosifs, il sent que son rêve va se réaliser.

Mais la révolution s’en mêle (s’emmêle ?), et Juan est emporté par l’Histoire en marche.

 

Deuxième volet de l’histoire de l’Amérique de Sergio Leone, c’est certainement le plus drôle, mais avant tout le plus violent et meurtrier. Les révolutionnaires et les soldats loyalistes y sont fusillés à tour de bras dans une révolution qui, selon Juan, ne va pas changer grand-chose : les intellectuels enverront les pauvres se battre pour faire changer les choses, mais à la fin, les intellectuels seront toujours là, et les pauvres, eux, seront morts… Une pensée réductrice peut-être, mais ô combien prémonitoire dans l’histoire qui nous intéresse ici.

 

La première séquence donne le ton. D’un côté, on trouve ces riches américains dans une diligence luxueuse à qui on impose un péon crasseux, un va-nu-pied inculte, bref, un homme de l’autre côté de la barrière sociale. Ce ne sont que gloses bourrées de préjugés racistes par ces gens « de bien » (dont un évêque) face à cet homme humble, portant brassard de deuil.

C’est donc un duel qui se joue devant nous : les plans se font très rapprochés sur les visages, les yeux, et les bouches qui mangent, qui parlent et même qui parlent en mangeant. D’un côté ce déluge verbal condescendant, de l’autre un homme pauvre, sale et muet. Mais comme dans tous les duels, il faut qu’il y ait un vainqueur. Et c’est le pauvre qui gagne.

Cette première séquence anticipe magnifiquement le besoin de révolution du peuple mexicain opprimé par ces nantis qui les considèrent comme du bétail, voire pire.

 

Trois ans après Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone reprend le thème du temps qui passe et que certains voudraient fuir, mais qui, inexorablement les rattrape. C’est le cas de Mallory, terroriste recherché par la police britannique pour ses activités violentes, et obligé de fuir après avoir été dénoncé par son meilleur ami (David Warbeck). Dès lors, persona non grata chez lui, il va faire la révolution là où elle se trouve. Et à chaque moment-clef du film, un détail lui rappelle ses années à Dublin, comment l’insurrection se préparait…

Ces flashbacks répétés rappellent ceux de Pour quelques Dollars de plus et Il était une fois dan l’Ouest. Mais ici, ce n’est pas une scène qui se répète, mais plutôt une vie qui défile, celle d’avant. Elle progresse et nous renseigne petit à petit sur ce personnage qui débarque de nulle part (lui aussi), jaillissant d’un nuage de fumée sur sa moto.


Mallory est avant tout une apparition. Il est présent, mais on sent qu’il est déjà mort. Qu’il est mort quand il a dû quitter son pays. Il apparaît après une explosion : c’est d’abord une silhouette dans une grande gabardine (comme les hommes du Cheyenne). Puis c’est une paire d’yeux bleus à travers des lunettes. Enfin, c’est un grand homme moustachu, grisonnant, au flegme absolument britannique.

Mallory ressemble à un croisement de Mortimer (Lee van Cleef) et Joe (Clint Eastwood) dans Pour quelques Dollars de plus : le maintien de Mortimer, et l’efficacité de Joe. Et comme tout bon héros de Leone, il est avare en paroles. Ses interventions sont courtes, son regard plus qu’éloquent.

Il repart comme il est arrivé, dans une magnifique explosion.

 

L’autre personnage du film est Juan Miranda. Il possède les mêmes caractéristiques que Tuco (Eli Wallach) dans Le Bon, la brute et le truand, la violence inhérente au personnage en moins. Mais ce serait un Tuco qui aurait grandi, qui aurait mûri : Miranda, malgré son aspect abruti (« duck, you sucker ! »), est responsable de sa famille (enfants et père), et quand il arrive quelque chose à l’un d’entre eux, il n’en est que plus chagriné. Et son chagrin est sincère, magnifiquement rendu par Rod Steiger, plus mexicain que jamais.

 

Et Miranda résume très bien (voir plus haut) la vision de cette révolution décrite par Leone : une boucherie sans nom, et à la fin, rien n’a vraiment changé et les pauvres sont morts.

Mais cette révolution sera autrement plus cruelle pour Miranda, embarqué dans cette aventure, véritable héros malgré lui.

Car quand la révolution se termine (ou au moins cet épisode), il se retrouve seul : Sean n’est plus là, et ses enfants sont morts.

 

Quel prix à payer pour une gloire, somme toute, relative…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Herbert Wilcox, #Dorothy Gish
Nell Gwynn (Herbert Wilcox, 1926)

Une jeune femme tient une main qui s’agite. Et puis tout à coup, la main s’immobilise et retombe.

Le roi Charles II (Randle Ayrton) est mort, son frère le duc d’York (Gibb McLaughlin) va très bientôt lui succéder.

La jeune femme ? C’est Nell Gwynn (irrésistible Dorothy Gish), une vendeuse d’oranges devenue actrice par la volonté du roi, puis une de ses favorites.

 

Il s’agit donc d’un film historique – bien entendu romancé pour les besoins du cinéma – mais qui s’appuie tout de même sur des faits. La dernière requête de Charles mourant à son frère futur monarque : « [sois aimable avec Portsmouth, et] ne laisse pas la pauvre Nelly mourir de faim » est historique.
Mais au-delà du personnage authentique, c’est avant tout Dorothy Gish qui est la véritable vedette du film. Elle est belle, elle joue magnifiquement et en plus elle est très drôle.

C’est la sœur de Lillian Gish, certes, et la ressemblance est frappante. Mais il y a chez Dorothy un petit plus que Lillian n’a jamais eu : un petit grain de folie. Lillian Gish est extraordinaire, c’est un fait. Mais il ne faut surtout pas réduire à Dorothy à un rôle de sœur. Elles ont souvent joué ensemble sous la direction du maître (D. W. Griffith), mais pas dans le même registre.

Ici, Nell ne pouvait pas être interprétée par Lillian. Il y a trop de légèreté dans le personnage.
Et Dorothy se place exactement dans le personnage, entre sa sœur et Mary Pickford. Il y a le fond de jeu de Lillian Gish avec l’effronterie des personnages de Mary, tout en étant une femme et non une enfant.
Nell est une jeune femme délurée, effrontée et insolente. Mais elle est surtout naturelle. Rien ne lui fait peur, surtout pas le ridicule. Ridicule qu’elle use avec intelligence pour ridiculiser l’autre favorite de Charles : Lady Castlemaine (Juliette Crompton). La scène du chapeau est formidable à souhait, Dorothy y est merveilleuse.

 

D’une certaine façon, Wilcox rend très bien la période de règne de Charles II, qui prit le pouvoir après les années de gouvernement de Cromwell puis de son fils. Il y a de la légèreté et du relâchement dans les mœurs qui s’expliquent par un rejet total des doctrines puritaines de Cromwell : le cinéma – avec sa réputation sulfureuse auprès des ligues de vertu – ne pouvait qu’exploiter un tel filon historique.

Alors on s’amuse et on rit de cette petite vendeuse qui arrive, à sa façon, au sommet de l’Etat, devient une grande actrice et donna tout de même deux enfants au roi !

 

Oui, on s’amuse beaucoup de cette jeune femme libre, fraîche et impudique (normal, c’est une « actrice » comme disaient les bigots de ce temps-là) qui reste toujours elle-même, à quelque occasion que ce soit. Et qui le restera jusqu’au bout, snobant ouvertement le tout nouveau roi – qui, au passage possède une magnifique tête de faux derche, tout comme son acolyte le prince de Monmouth (Donald Marcadle).

Dorothy est une Nell encore plus vraie que la vraie, passant d’un registre comique au tragique avec le savoir faire des grandes. La transformation progressive de son visage lors de la mort annoncée du roi reste un grand moment d’émotion, que complète la scène de la main ci-dessus évoquée : cette attitude désespérée qui nous la montre caressant puis réchauffant la main afin de lui redonner vie est bouleversante.

Et Dorothy, au final nous offre une Nell Gwynn nature, et donc complètement en décalage avec la Cour, mais qui sait aussi rester digne dans l’adversité et se retire ainsi : avec la mort de Charles, c’est la fin de sa vie dans cette même Cour.

 

PS : Il serait temps de remettre à l’honneur la grande actrice qu’était Dorothy Gish, au même titre qu’une Garbo ou qu’une Swanson. Il y a une fraîcheur et une justesse dans son jeu, ainsi qu’une dose de sensualité (Nell a des décolletés plus que suggestifs) qui la rendent l’égale de ces divines.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Don Siegel
L'Invasion des profanateurs de sépultures (Invasion of the body Snatchers - Donald Siegel, 1956)

« De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. […] Toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé […] au contrôle de Moscou. » (Winston Churchill - Discours de Fulton, 5 mars 1946)

 

Un homme erre sur l’autoroute, criant aux voitures de s’arrêter, que la menace les concerne tous. Que ce sera leur tour de main.

Cet homme, c’est le docteur Miles J. Bennell (Kevin McCarthy - si son nom semble inconnu, son visage ne l'est pas). Et il a été le témoin d’une invasion pas comme les autres. Des entités prennent possession des corps et des esprits des gens et les remplacent, mettant en place une société sans émotion.

A l’origine, de gigantesques cosses, qu’on ne trouve pas sur terre…

 

Place à la série B. Mais si le film peut sembler de moindre importance, il ne faut pas le sous-estimer. Et deux raisons à cela :

  1. C’est devenu un film quasiment culte, qui a connu trois remakes ;
  2. C’est tout de même Donald Siegel qui l’a réalisé, soit pas le premier venu (à l’époque, un peu tout de même…).

Le tournage, effectué en 1955, se situe un an après la fin du maccarthysme. Le gars Joseph a été gentiment remercié (il mourra un an après la sortie du film) et l’Amérique, si elle lève le pied sur la chasse aux sorcières n’en demeure pas moins vigilante.

 

Parce que derrière cette invasion d’origine extra-terrestre (oui, c’est le cas), se cache l’invasion lente, insidieuse et progressive du communisme (d’où le discours de Fulton). Les gens contaminés sont comme les autres. Mais il leur manque un je-ne-sais-quoi qui les déshumanise. Ce qui leur manque : les sentiments. Pour beaucoup d’Américains, à cette période (et jusqu’à la fin des années 1980…), les communistes bne sont pas des hommes. Ce sont des êtres insensibles qui veulent combattre le « mode de vie américain » (American way of life). Et ce sentiment d’invasion s’exprime aussi dans le cinéma des années 1950 : ce n’est pas un hasard si en 1953 (en plein cœur du maccarthysme) sort La Guerre des Mondes (Byron Askin), ou encore Le Météore de la nuit (Jack Arnold)…

 

On assiste donc à une invasion pernicieuse mise en scène avec brio par un réalisateur très efficace. Toute la peur de l’invasion que connaît l’Amérique est rendue dans le film. Les gens transformés semblent avoir subi un lavage de cerveau, arme indispensable des méchants Rouges.

Et Bennell est le porte-parole de l’Amérique éternelle, celle qui ne renoncera jamais à ses valeurs.

Bref, nous sommes dans ce qui pourrait ressembler à un film de propagande, si c’était un autre que Siegel qui l’avait fait. Je ne donnerai pas de nom.

 

Siegel voyait dans cette invasion déshumanisante une allégorie de la société, et surtout celle du cinéma, fâché que les producteurs l’aient obligé à modifier la structure (et donc la fin) du film : « Ce qu'ils [les producteurs] n'ont pas compris, c'est que le film étaient sur eux : ils n'étaient pas autre chose que des légumes vivants ! »

 

Oui. Peut-être. Toujours est-il que les séquences d’introduction et de conclusion ont été rajoutées par Siegel (il n’avait pas le choix, les « légumes » ordonnaient…).

 

La prochaine fois que vous le voyez, oubliez les 2 minutes 50 secondes de l’ouverture, et les 90 secondes qui le concluent : cette histoire en deviendra autrement plus terrible…

…Voire plus intéressante ?

 

 

PS : Encore une fois, le traducteur fou a frappé. En effet, le titre original pourrait se traduire par « les Voleurs de corps ». Mais en 1945, Robert Wise réalisait The Body Snatcher (le Récupérateur de cadavre), avec Boris « the Beast » Karloff et Bela « Dracula » Lugosi (excusez du peu) où il était réellement question de profanation de sépultures. Notre traducteur (donc traître, cela va sans dire !) n’ayant pas vu le film de Siegel, par analogie, ne s’est pas embêté…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Norman Jewison, #Steve McQueen
Le Kid de Cincinnati (The Cincinnati Kid - Norman Jewison, 1965)

New Orleans, 193…*

Un enterrement. La musique lente de la fanfare funèbre rythme les déplacements, obligeant un jeune homme à s’arrêter. Puis à repartir, d’un bon pied, serein et confiant dans son avenir. Son rythme de marche sera bientôt celui de ce même enterrement une fois la cérémonie passée.

Ce jeune homme, c’est Eric Stoner (Steve McQueen), le Kid de Cincinnati, le joueur de stud poker le plus doué de sa génération.

Au même moment arrive en ville l’Homme : Lancey Howard (Edward G. Robinson), la légende vivante du poker.

Alors évidemment, ils ne peuvent que se rencontrer.

 

Quatre ans après L’Arnaqueur, Norman Jewison nous propose (après avoir été préféré à Peckinpah) un duel de virtuoses de générations différentes. D’un côté, le Kid, l’homme qui monte, le jeune loup qui veut en découdre. Et de l’autre, une vieille gloire du circuit, qui n’a pas encore dit son dernier mot.

 

Nous assistons alors à une partie d’anthologie ou le Kid joue sa vie – littéralement – sur un coup de poker. En face, Lancey est un vieux briscard, au regard fatigué toujours égal, invariablement imperturbable.

Parce que tout est dans le regard. C’est lui qui fait gagner ou perdre. Plus que le jeu en lui-même.

Celui de Pig (Jack Weston), quand il voit que la situation lui échappe, celui de Yeller (« Le crieur », Cab Calloway), navré de devoir abandonner tout comme Sokal (le calculateur, Milton Selzer).

Et le coup final se jouera aussi au regard, mais ce seront ceux des spectateurs présents, alors qu’en voix-off nous entendrons la réflexion de chacun. Même celle du Kid, mais toujours avec le regard impassible du véritable joueur.

 

Ce dernier coup est l’aboutissement de la partie. Celui où, soit on gagne, soit on meurt (hum…). Et Norman Jewison nous embarque dans une sorte de western moderne. Certes, il n’y a aucune arme à feu, mais l’issue de ce duel de cartes ne fait aucun doute quant au sort du perdant. Il sera non seulement repassé financièrement, mais en plus il sera fini auprès des cercles de jeu : ce sera la mort du joueur.

Comme dans un western, il y a le virtuose que chaque jeune personne veut rencontrer pour prendre sa place : devenir la nouvelle légende. Et de la même façon, le duel final se joue devant un public qui a fait son choix. Les encouragements se font en silence pour ne pas troubler la concentration des deux protagonistes.

Et comme Frank dans Il était une Fois dans l’Ouest, le perdant n’en revient pas de s’être laissé abuser.

 

Et puis il y a Steve McQueen. Et comme d’habitude, il est « cool ». Son regard bleu est extraordinaire. Même quand il ne parle pas, qu’il ne bouge pas, il est présent. Il émane en lui un charisme prodigieux, qui lui sert à merveille dans ce rôle de joueur de poker. Avec un tel regard, il est difficile de le situer. Alors que l’inverse n’est pas possible.

En face de lui, Edward G. Robinson représente la vieille génération. Trente ans avant, c’est lui qui aurait pu être le Kid. C’est d’ailleurs à la période où se passe le film que Robinson tenait le haut de l’affiche.

Mais si Lancey est un vieux joueur, près de la retraite, il n’en demeure pas moins un grand joueur, et même un « monsieur ». Et son regard, plissé et fatigué vaut autant que celui de McQueen.

 

Une magnifique rencontre au sommet.

 

 

          * Le Président des Etats-Unis est alors Franklin D. Roosevelt, et sa politique le « New Deal » (« nouvelle donne », comme à chaque tour de jeu…).

          En tout cas, nous sommes après 1935, puisque Christian (Tuesday Weld) et Melba (Ann-Margret) sont allées voir La Kermesse héroïque de Jacques Feyder, en version originale sous-titrée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Yves Robert
La Guerre des boutons (Yves Robert, 1962)

C’était du temps où il n’y avait pas de classe le jeudi, le temps où les maîtres fumaient dans la cour (quand ce n’était pas dans la classe), le temps où la télévision n’était pas encore arrivée dans les campagnes, le temps où même le téléphone était rare, mais pas la raclée.

C’était le temps où les enfants s’amusaient… A se battre. Il est  clair que cette dernière occupation n’est pas tombée en désuétude, mais elle ne se fait plus de la même façon, ni pour les mêmes raisons.

 

Voilà une quinzaine d’années que la guerre (celle des bombes atomiques) est terminée, alors en tant de paix, on cherche autour de soi un nouvel ennemi.
Pour les enfants du bourg de Longeverne, commandés par Lebrac (André Tréton), l’ennemi est vite trouvé : les enfants de l’autre village, Velran (« A cul les Velrans ! »).
Mais bien entendu, pour les enfants de Velran, emmenés par L’Aztec (Michel Isella) c’est exactement le contraire.

Yves Robert est, je l’ai déjà dit, un cinéaste de l’amitié. Et ce film en est empreint. L’amitié entre les enfants, mais aussi entre les adultes.

Mais ce sont surtout les enfants qui ont le beau rôle. C’est un groupe qui s’est organisé autour de son chef – Lebrac, le plus grand – et où chacun a sa place, le tout dans un essai de république* telle qu’elle est enseignée par le maître (Pierre Trabaud), qui a, campagne oblige, une classe unique. Mais ce n’est plus un maître adepte de la férule. Il faut dire que les parents s’en chargent eux-mêmes : il faut voir les pères se retrousser les manches en accueillant leurs rejetons qui n’ont pas été « très sages »…

 

Mais même dans cette organisation très masculine (tous sont à l’école des garçons, la mixité n’étant pas encore de mise), on trouve tout de même une fille, la Marie Tintin (le même nom que son frère). C’est la seule. Elle est, - je dirai évidemment – la petite amie du chef (Lebrac) mais reste cantonnée à des tâches ménagères : balayage et couture. En temps de guerre elle est l’infirmière, ce qui nous donne une belle scène des rapports garçons-filles : Bacaillé (Claude Meunier), qui n’a pas encore trahi, sous un prétexte de blessure va se faire soigner par Marie, qu’il trouve très à son goût. Mais elle refuse et ils en viennent à se chamailler magnifiquement : on croirait voir une sœur et son frère...

 

Et d’une manière générale, les réactions des enfants sont très justes. Et ces mêmes réactions sont toujours d’actualité : il suffit de se rendre dans une cours de récréation pour s’en rendre compte. Il en va toujours de même, il y a juste des téléphones portables en plus, ou en moins ce qui amène les inévitables bagarres…

Et ces réactions sont d’autant mieux rendues que les enfants ont un jeu très juste, dont évidemment Martin Lartigue dans le rôle de Petit Gibus, répétant à l’envi son antienne : « si j’aurais su… » (Vous connaissez la suite)

 

Mais l’amitié concerne aussi les pères de ces mêmes enfants. Tous se connaissent, se fréquentent et font affaire. Mais même pour eux, la rivalité entre les deux bourgs est une réalité. Ca commence par le père Bacaillé (Michel Galabru) qui se réjouit de l’inscription faite par les enfants au début du film, jusqu’à la rencontre entre pères de villages ennemis : ça commence par s’insulter, ça jette des cailloux… Mais ça se termine bien autour d’une bonne bouteille (chacun !).

 

Et puis il y a les autres moments, quand la guerre cède la place à l’émotion.

La trêve pour soigner un lapin blessé, où les deux chefs s’allient pour lui concevoir une attelle ; la dignité de Lebrac quand les Velrans lui ôtent ses boutons, dignité qui disparaît quand il n’est plus en vue ; l’arrivée de ce dernier en classe, quand le maître commence à gronder puis s’arrête, stupéfié ; et évidemment le « duel » final entre Lebrac et L’Aztec.

 

Et puis il y a la cruauté indissociable de l’être humain : on tue le renard pour ensuite l’émasculer, sans parler des tortures (morales) infligées aux prisonniers, voire au traître Bacaillé.

Là encore, la reproduction du système des adultes est très au point.

 

Yves Robert nous offre un très beau voyage dans l’enfance, parce que les enfants, qu’ils soient d’hier et d’aujourd’hui, sont toujours des enfants. Qui auront à leur tour d’autres enfants… La relève est toujours là.

 

 

* Mais la république a ses limites et comme le dit Lebrac : « çui qui commande c’est çui qu’a le plus long zizi. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Lisberger
Tron (Steven Lisbergher, 1982)

Flynn (Jeff « the Dude » Bridges) est un programmeur génial. Sauf qu’il a rencontré plus fort que lui. Et son jeu a été piraté le plus légalement du monde par Ed Dillinger (David Warner), un piètre programmeur certes, mais un magnifique escroc.
Flynn décide de retrouver son programme pour en récupérer la paternité.

Mais MCP (Master Control Program) veille.

Et envoie Flynn dans un monde virtuel.

 

Ce fut, à sa sortie, un véritable événement. On pénétrait (enfin) dans l’univers virtuel des jeux vidéo. Beaucoup furent déçu car ils ne se retrouvaient pas dans les jeux qu’ils connaissaient. Mais trente-cinq ans plus tard, ce film conserve tout de même de sa force initiale. La séquence avec les motos est toujours aussi trépidante. Bref, même maintenant, on s’amuse autant qu’autrefois, même si on y croit moins. [Et je ne parle pas des magnifiques lunettes que portent les personnages…]


Oui, on voit que tout a été tourné en incrustation. Mais, comment faire autrement ? Quoi qu’il en soit, ce procédé est utilisé avec brio et les aventures de Flynn, humain parmi les programmes sont toujours palpitantes. La différence entre la réalité et ce monde virtuel se fait aussi par une utilisation de noir et blanc teinté, comme aux grands jours du cinéma muet, où un filtre de couleur indiquait un moment de la journée. Ici, ce sont bien des personnes en noir et blanc qui réagissent (et donc sont teintées) en fonction du lieu ou de l’action.

 

Le graphisme, innovateur pour l’époque, a certes vieilli, et on imagine mal de telles choses de nos jours, mais quand même : les séquences ont une magie qui opère encore. Et puis retrouver Jeff Bridges dans un rôle aussi étonnant est un plaisir. Surtout qu’il a en face de lui David Warner – qu’on connaît surtout pour son rôle de Lovejoy dans Titanic – qui est lui aussi un archétype : celui du méchant au cinéma. Il faut dire qu’il a la carrure pour, alors ça aide. Et en plus, il porte le même patronyme que l’un des pires gangsters que l’Amérique ait connu (coïncidence ? Ca m’étonnerait).


Alors on suit – encore – les péripéties de Flynn et son ami Tron (Bruce Boxleitner), aidés de la belle Yori (Cindy Morgan) contre une entité mégalomane, qui a, fort heureusement un talon d’Achille.

 

La grande force de ce film, c’est le graphisme. Et ce graphisme géométrique trouve aussi sa force dans son utilisation dans la vie réelle, quand on suit un hélicoptère qui s’en va déposer Dillinger au travail. La frontière entre les réalités virtuelles et authentiques n’en est que plus ténue et nous permet de croire à cette intrigue fort improbable.

Mais qu’importe. Le charme agit toujours et maintenant que les spectateurs comme moi ont vieilli, ils se concentrent sur autre chose : ce qu’ils ne pouvaient voir lors de son passage en salle, noyés qu’ils étaient par cette profusion d’images virtuelles et de courses-poursuites frénétiques.

 

Aujourd’hui, on s’amuse d’entendre les mélodies des jeux qui avaient cours à cette époque (Pacman, Space Invaders…) et on jubile quand on voit, sur le plan du réseau dans lequel est prisonnier Flynn, une petite boule jaune à la bouche qui ne cesse de s’ouvrir.

Oui, c’est bien Pacman (encore lui), star incontestée des jeux vidéos des années 1980.

Tout de même : que fait-il sur ce plan ?

 

Près de trente ans après (en 2010), les studios Disney ont repris le concept et lui ont donné une suite.
 

Mais ceci est une autre histoire…

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