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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Richard Fleischer
Soleil vert (Soylent Green - Richard Fleischer, 1973)

New York, 2022.

La pollution s’est installée. La surpopulation engorge la ville. La famine menace.

Au milieu de tout ça, Simonson (Joseph Cotten), un riche homme d’affaires est assassiné chez lui.

Le policier Thorn (Charlton Heston) est chargé de l’enquête, a priori un banal cambriolage qui a mal tourné.

Mais ce qu’il découvre va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.

 

C’est en 1972 que Richard Fleischer a tourné cette œuvre d’anticipation devenue depuis un classique de l’anticipation au cinéma. Il faut dire que l’intrigue (brillante) assure à elle seule le succès du film. Nous sommes dans une période où le cinéma d’anticipation fleurissait (Orange mécanique, Fahrenheit 451, 2001, l’Odyssée de l’espace…).

Nous sommes donc dans une histoire qui pourrait arriver cinquante ans plus tard. Plus tard que le tournage. Et il est toujours étonnant de revoir de tels films alors que l’échéance qu’ils envisagent est pour nous spectateur de 2017 un avenir très (très) proche. A l’heure où j’écris, il reste un tout petit peu plus de quatre ans pour y arriver… ou non !

 

Mais il est indispensable de garder à l’esprit le date du tournage. En effet, Fleischer, comme les autres avant (et après lui) qui se confronteront à ce genre d’anticipation prophétique, ne peut pas se dégager de l’époque où il vit.

En effet, le monde qui nous est proposé, tant qu’il reste en intérieur, n’est pas très différent de celui que connaissaient les spectateurs de 1973, quand le film est sorti. On retrouve le même genre de bâtiments – qui étaient modernes pour l’époque – et des objets qu’on appellerait aujourd’hui de « design », rappelant ceux qu’on trouve dans les films de Kubrick.

Mais ce qui a le plus vieilli, c’est, bien entendu quand on vit en 2017, le téléphone. Si Thorn utilise un sans fil quand il est dans la rue, les téléphones d’intérieur on conservé leur fil entortillé ! [Il suffisait, pour s’en tirer de prendre exemple les récepteurs de la série de Patrick McGoohan & George Markstein) : le Prisonnier (1967-68).

 

Mais c’est dès qu’on sort d’un intérieur que l’anticipation est la mieux rendue. La lumière du jour est filtrée (en vert, bien sûr), e »t donne une sensation d’accablement par la chaleur sur les humains qui pullulent. Nous sommes aussi dans un cadre de surpopulation terrible : les édifices religieux sont devenus des dortoirs où s’entassent les gens pour dormir, les autres allant jusqu’à dormir dans les escaliers des différents immeubles, sous la garde d’un homme armé.

 

Rarement la surpopulation n’a été montrée aussi crûment, ni avec autant de pessimisme. On retrouve les longues files d’attentes que beaucoup de gens en 1973 avaient connu pendant et après la deuxième guerre mondiale, mais avec en plus des risques de débordements autrement plus forts que 30 ans avant (1943). Cet aspect culminant avec une émeute réglée grâce à l’utilisation de pelleteuses (« scoops ») qui embarquent les gens « à la pelle » (c’est le cas de le dire !).

 

Nous sommes dans ce qui ressemble à une dictature policière où la seule véritable monnaie d’échange est la nourriture authentique. Parce que la nourriture la plus répandue (elle concerne tous sauf les riches capables d’acheter de vrais aliments non transformés), ce sont des plaquettes de différentes couleurs, dont le fameux Soylent Green, d’où le titre original.

A ce propos, j’aurais aimé à croire que le titre français ne faisait référence qu’à l’éclairage des scènes extérieures… Mais non, le Soleil Vert, c’est cette nourriture fabriquée par la firme Soylent, dont faisait partie Simonson.

Mais vous verrez le film si vous ne savez pas encore de quoi il en retourne.

 

Je terminerai en parlant de celui qui est l’ami de Thorn, Sol Roth : Edward G. Robinson.

Il s’agit du tout dernier film de ce géant d’Hollywood. Il est totalement sourd et souffre d’un cancer. Il mourut trois mois avant la sortie du film. Et la mort de Sol, c’est d’une certaine façon, celle que le grand Edward aurait pu avoir : une euthanasie* paisible, en regardant les images du monde qu’il a connu enfant puis adulte, bien avant d’être un vieillard, devenu donc inutile dans ce monde engoncé par une surpopulation sans cesse grandissante. Et en écoutant les accents du premier mouvement de la VIème symphonie de Ludwig van (Tiens, c’est vrai, Alex DeLarge écoutait la IXème…), et le matin de Peer Gynt (Grieg).  

 

Et cette mort de Sol, vécue par un Thorn en pleurs est une scène authentique : Heston savait que Robinson n’en avait plus pour longtemps, et l’aspect prémonitoire de cette scène ne lui a pas échappé. Et nous, spectateurs (en 1973 comme en 2017 et après), avons l’impression d’assister à la mort d’un géant, comme ce fut le cas de Calvero/Chaplin dans Limelight.

 

 

 

          * L’euthanasie est alors légale. Elle se passe dans la plus parfaite normalité. Les personnes âgées, ou malades y font la queue à un guichet pour être emmenées vers une salle de mort, comme Sol (on y reconnaît au passage Dick van Patten…).

 

Nous sommes – en 2017 – encore bien loin de cette mort légale et acceptée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Le Bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo - Sergio Leone, 1966)

Trois hommes viennent débusquer un quatrième.

Malheureusement pour eux, c’est ce dernier qui les élimine.

Il s’appelle Tuco (Eli Wallach). Le Truand.

Un homme grand aux yeux de fouine arrive dans une famille.

Il cherche des informations. Accessoirement, il tue le père et le fils aîné.

Il s’appelle Angel Eyes (Lee van Cleef). La Brute.

Un grand blond aux yeux plissés monte un marché avec Tuco :

il le livre à la potence puis le libère. Il n’a pas de nom, seulement un sobriquet : Blondie. (Clint Eastwood). Le Bon.

Sergio Leone termine son cycle avec Clint Eastwood, cet homme sans nom véritable, juste un diminutif (Joe) ou des surnoms (Manco, Blondie). Le film est tourné encore une fois dans la province d’Almeria avec, bien entendu, le désert de Tabernas. [Sans oublier l'incontournable Mario Brega]
Mais il termine par le commencement. Dix ans (à peu près) avant Pour une Poignée de dollars (qui se passait au moins en 1873). Nous sommes en pleine guerre de Sécession, et le paysage et les villes sont ravagés par ce conflit.

 

Mais si les Etats sont partagés en deux camps, il n’en va pas toujours de même des hommes. Et les trois protagonistes principaux changent de camps en fonction des occasions, pas toujours bonnes, d’ailleurs. Leur véritable patrie : le dollar. Et tout est bon pour y arriver.

Mais Tuco et Blondie, avec leur combine à 3000 $ sont plutôt des petits joueurs face aux 200.000 $ que recherche Angel Eyes. Mais, et c’est là que le film prend tout son intérêt, les deux petits magouilleurs vont se retrouver, malgré eux à la recherche du magot.

 

Dans ce troisième opus, on sent que Sergio Leone maîtrise encore plus son sujet. Les plans sont de plus en plus rapprochés jusqu’à ne contenir que les yeux des personnages : plissés pour le Bon, fuyants pour la Brute et inquiets pour le Truand. Le tout avec la musique sublime d’Ennio Morricone, maintenant indispensable à l’alchimie des films. Le ton musical est en parfaite adéquation avec le sujet. Et le thème principal, mêlant voix et instruments à un léger côté » comique, renforcé par le personnage de Tuco, qui est certes un affreux (« ugly » comme dit le titre international, « cattivo » à l’origine, soit le méchant, le mauvais), mais a un rôle tout de même comique dans ses imprécations et son versant hypocrite. On retrouvera un peu de Tuco dans Juan Miranda (Il était une Fois la Révolution). Ses rapports avec Blondie sont du même acabit.

Seul Angel Eyes est toujours sérieux, voire froid, ce qui le rend encore plus redoutable. Il est la véritable brute du titre.

 

Quant au « Bon », on peut se demander pourquoi il a droit à ce qualificatif. En effet, son petit marché avec Tuco (qu’il répète avec un certain Shorty) n’est pas à proprement parler honnête. Encore une fois, il s’agit du même homme que dans les deux films précédents : c’est avant tout un tueur, appâté par l’argent. Mais une scène le rachète pour toutes ses mauvaises actions : dans une chapelle délabrée, un jeune soldat sudiste est en train de mourir. Il s’approche, le couvre de son manteau et lui offre quelques bouffées de son cigare. C’’est trois fois rien, mais c’est tout de même cette séquence qui lui donne son nom. De plus, il remplace son manteau par un poncho qui traînait près du jeune soldat, un poncho rouge et or, qu’il enfile par-dessus la  tenue que lui avait donnée Angel Eyes : chemise bleue, veste de mouton, pantalon noir.

 

Avec le poncho, il porte maintenant la tenue qu’on lui connaît depuis le premier opus : il peut donc entrer dans la légende, et accessoirement faire une apparition dans Retour vers le Futur…

Le cycle est terminé et comme tous les cycles, il tourne continuellement, il n’a ni début, ni milieu, ni fin : Blondie/Manco/Joe abandonne la Brute et le Truand, et s’en va…

…vers les deux autres films.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jean Gabin
La Marie du Port (Marcel Carné, 1950)

La Marie, c’est Nicole Courcel. Et le Port, c’est Port-en-Bessin, petite commune du Calvados.

Et le Calvados, c’est ce qu’ingurgite à longueur de journée le père Viaud (Julien Carette), un marin qui est obligé de vendre son bateau pour survivre (et aussi pour se payer sa ration quotidienne).

Et l’acheteur, c’est Henri Châtenard (Jean Gabin), le beau Châtenard avec ses cheveux blancs. Et monsieur Henri vit avec Odile (Blanchette Brunoy), la sœur aînée de Marie.

 

Carné, Gabin, Kosma, Trauner… Il ne manque que Prévert. Quoi que…

Ce dernier étant en convalescence et pensionné pour cela, il ne devait pas trop montrer qu’il travaillait en plus… [Ah ces fraudeurs de l’assurance maladie…]

Parce que malgré la présence au générique de Georges Ribemont-Dessaignes (ami de Prévert, comme par hasard…), on sent la patte du grand poète : des enfants qui s’aiment, des ritournelles répétées par Gabin sur « la belle amour »…

 

Mais le temps a passé depuis Le Jour se lève : Gabin a vieilli (ses cheveux blancs sont un souvenir de guerre), et les gens ne veulent peut-être plus d’une intrigue pessimiste… Parce que depuis son dernier film (achevé) – Les Portes de la nuit – la Guerre est belle et bien finie, et les gens veulent se distraire avec des choses plus légères : la méprise du public à propos de L’Idiot de Georges Lampin (1946), qui pensait y voir un film comique…

 

Malgré tout, ce film se fait l’écho des chefs-d’œuvre passés : Marie et Marcel (Claude Romain) nous renvoient à Renée et Pierre (Hôtel du Nord) ; Châtenard et Odile à Frédérick et Garance (Les Enfants du paradis) ; et Cherbourg, ce n’est pas si loin que ça du Havre (Le Quai des Brumes)…

 

Et puis là encore, on parle des amours passées, ou qui s’enfuient, ou qui sont terminées. Odile et Henri sont à la fin de leur aventure. Dès la première séquence, on sait que c’est presque fini : « T’es marrante, chuis pas dans l’coup, moi… » répond Châtenard quand elle lui reproche de ne pas être en noir. Oui, il n’est plus dans le coup. Elle non plus, d’ailleurs. Elle était partie pour Paris et s’est arrêtée à Cherbourg, chez lui. Mais maintenant, elle songe de nouveau à s’en aller.

 

Les jeunes gens non plus ne s’aiment plus. Il suffit d’un accident et tout change, comme dans Hôtel du Nord. Chacun part de son côté (comme les oncles de Marie après l’enterrement), chacun suit sa nouvelle vie : « C’est le grand amour, la belle amour… »

 

Même Gabin ne s’emporte plus. Son personnage se rit de tout : de l’amour, des coucheries… Mais pas de Marie. Ou plutôt, il commence par en rire, et il se laisse avoir : elle est jeune, elle est belle, elle est déterminée. C’est un peu de jeunesse qui revient dans sa vie. Parce qu’il ne se fait pas d’illusion, il a vieilli. Et cette idylle avec une jeunette va sûrement faire jaser… Mais au diable les mauvaises langues. Il croquera le fruit défendu, il transgressera le tabou de la différence d’âges.

D’où, peut-être, les extraits de Tabu, de l’immense Murnau.

 

 

PS : Et puis tous ces visages et ces noms du cinéma français d'un autre temps, plus ou moins oubliés : Julien Carette, Jane Marken, Robert Vattier, Odette Laure, René Blancard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney
Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre-Dame - Wallace Worsley, 1923)

Il est bossu, à moitié aveugle, sourd… Et il est amoureux. C’est Quasimodo* (Lon Chaney), le sonneur de Notre-Dame.

Elle est belle, elle est égyptienne, elle a une chèvre… Et elle est amoureuse. C’est Esmeralda (la belle Patsy Ruth Miller).
Amoureuse de Phœbus (Norman Kerry, toujours bellâtre mais au jeu limité), capitaine de la Garde.

Les personnages de Victor Hugo sont tous là : de Quasimodo à Pierre Gringoire (Raymond Hatton), de Clopin Trouillefou (Ernest Torrence) à Claude Frollo (Nigel de Brulier), en passant par Louis XI (Tully Marshall) à Jehan Frollo (Brandon Hurst), frère de l’autre. Oui, surtout Jehan.

Nous sommes à Hollywood, et les scénaristes ont pris quelques libertés avec l’intrigue initiale du grand Totor.
On a gommé les passages scandaleux :

  • L’archidiacre n’est plus amoureux de la Bohémienne (Un homme d’Eglise, rendez-vous compte !) ;
  • Phœbus n’est plus ce soudard lubrique qui ne veut Esmeralda que pour un soir !

Non. Claude Frollo est un bon archidiacre, rempli de miséricorde et de bienveillance (encore une fois, Nigel de Brulier est impeccable). Et Phœbus un cœur noble, qui tombe éperdument amoureux de la belle Esméralda.

Par contre, Jehan, qui n’était qu’un personnage secondaire plutôt effacé dans le livre, devient ici l’infâme Frollo, celui que Quasimodo précipitera du haut de Notre-Dame.

La morale est donc sauve, et on a quand même un Frollo qui expie pour ses crimes.

 

Mais surtout, on a une prestation de Lon Chaney inoubliable. Il est un Quasimodo quasiment méconnaissable. Seul le regard habitué à l’acteur le reconnaît tout de suite : les pommettes très saillantes, les dents qui se déchaussent et à moitié pourries, une pilosité envahissante, une bosse superlative et une démarche claudicante. Il ne joue pas Quasimodo, il EST Quasimodo. On en arrive à avoir pitié de lui et à être de son côté quand il est arrêté et châtié. Mais sa disgrâce n’a d’égale que sa cruauté pendant l’assaut des truands contre Notre-Dame.

C’est une bataille épique, que cette tentative de prise de Notre-Dame. Galvanisé par un Ernest Torrence à son aise, on assiste à un affrontement homérique ! Et le tout dans une cathédrale plus vraie que nature !

 

Mais quand Quasimodo meurt, on retrouve l’émotion du début et le final en devient magnifique. Tout se termine bien – là encore, on fait fi de la véritable intrigue, mais bon. Toujours est-il que Lon Chaney, malgré la laideur et la difformité arrive à nous faire aimer Quasimodo, autant que Hugo lui-même, chacun à sa façon.

Alors au diable les errements de l’adaptation (et comme le dit mon ami le professeur Allen John) : on est au cinéma !

Et c’est du spectacle : un casting bien choisi (surtout par Lon Chaney) qui nous permet de retrouver Tully Marshall dans un rôle de faux gentil Louis XI, que c’en est presque du sur mesure ; un budget pharaonique qui nous permet d’assister à une scène de bataille avec deux cents figurants (dont certains de véritables truands de Los Angeles, ainsi que des prostituées…).

 

Un film colossal, dont il manque, hélas, encore une dizaine de minutes…

 

 

* « En effet, Quasimodo, borgne, bossu, cagneux, n’était qu’un à peu près. » (Victor Hugo)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Lloyd, #Norma Talmadge
A l'Abri des lois (Within the Law - Frank Lloyd, 1923)

Cinq ans à crever de faim.

Trois ans de prison pour un vol qu’elle n’a pas commis.

Voilà ce qu’a rapporté à Mary Turner (Norma Talmadge) de travailler pour le grand magasin du riche Edward Gilder (Joseph Kilgour).

Elle lui a promis de se venger de lui quand elle en sortirait.

Alors quand elle sort…

 

Un film de femmes.

Norma Talmadge, servie par Frances Marion, le tout dirigé par Frank Lloyd (on ne peut pas tout avoir…).

Huit ans avant Ladies of the big House, Frances Marion s’inspire ici d’une pièce basée sur une erreur judiciaire, mais où le bon droit (et la justice) triomphe à la fin. En effet, cette issue heureuse est prévisible : c’est tout de même Norma Talmadge qui produit le film.

 

C’est pour nous spectateurs, près de cent ans après, le plaisir de voir (ou revoir si vous êtes comme moi) une actrice qui fut vite oubliée (encore une) avec l’avènement du parlant, mais qui possède un regard merveilleux et un jeu très juste. Il y a de l’intensité dans son regard ainsi que de la tristesse, le tout parfois dans une même scène. Elle pas de l’un à l’autre avec merveille… Oui, j’ai un faible pour elle. Elle passe aisément de la dureté à la mélancolie avec brio. C’était une grande.

 

Encore une fois, le personnage de Mary Turner est un personnage de femme forte, comme l’était Mary Pickford dans Le Signal de l’amour. C’est une femme qui, en plus de sa force de caractère est intelligence. Ayant compris que la justice était à deux vitesses, elle se débrouille pour mener des activités à la limite de la légalité. Si elle a été condamnée à la prison, c’est avant tout parce qu’elle était une femme, exploitée par un magnat de la distribution, et surtout qu’elle était pauvre. Un article lui révélant les deux vitesses de la justice : celle des riches et celle des pauvres.

 

Elle va donc exploiter les faiblesses des riches – un vieux libidineux comme le général Hastings (Tom Ricketts) – en leur faisant payer leurs écarts, le tout sans être taxée de chantage, en restant «  dans le cadre de la Loi », comme le dit si bien le titre original.
On peut d’ailleurs se demander si la personne qui a traduit le titre en français a vu le film, pour nous proposer un titre qui va autant à l’encontre de l’original*…

 

A ces côtés, deux personnages qui méritent le détour : Garson (Lew Cody), un petit truand qui la sauve de la noyade et du désespoir, et Aggie (Eileen Percy), ex-codétenue qui la recueille et le remet en selle. Garson est le personnage expiateur du film (Ah, les Américains et l’expiation…) : c’est lui le mauvais garçon (amoureux de Mary, mais qui ne le serait pas ?) qui tue et qui doit payer pour ça. Mais il le fait de façon grandiose, un peu comme le sacrifice d’un héros : il reconnaît les faits pour sauver celle qu’il aime d’un amour unilatéral.
Quant à Aggie, c’est le pendant comique du film, une sorte de faire-valoir de Mary. Cette dernière essaie, pour réaliser son dessein, de la transformer en lady (ou ce qui s’en approche), mais comment lutter contre une femme qui mâche compulsivement des chewing-gums ?

 

 

 

* Décidément, j’aurai toujours du mal avec ces traducteurs à la petite semaine. On a bien raison de dire, en voyant certaines propositions : « Traduction = Trahison ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Howard Hawks
Le Harpon rouge (Tiger Shark - Howard Hawks, 1932)

Mike Mascarenhas (Edward G. Robinson, toujours aussi formidable) est le meilleur pêcheur de la côte ouest. Et il a forcément raison, puisqu’il le répète sans cesse !

Mais après sa main gauche, c’est Manuel Silva, un homme de son équipage qu’il doit concéder aux requins. Manuel laisse une fille, Quita (Zita Johann). Mike commence par s’occuper d’elle, puis, de fil en aiguille, et par reconnaissance, elle accepte de l’épouser.
Mais Mike a un second, un ami de toujours : Pipes Boley (Richard Arlen). Et ce qui devait arriver arrive : Pipes est plus jeune que Mike, et aussi très beau garçon, alors Quita succombe à son charme (malgré lui).

 

Howard Hawks délaisse les mauvais garçons pour les hommes de la mer. Et C’est d’ailleurs un ancien mauvais garçon du cinéma qu’il embarque dans cette histoire : Edward G. Robinson.

Encore une fois, il n’est pas un véritable américain. Cette fois, il est portugais, ce qui s’entend dans son accent (dans la version originale, bien sûr !). Mais si Rico (Little Caesar) était un personnage peu fréquentable, Mike est tout de même plus positif.

Pourtant, dès la séquence d’ouverture, Hawks ne fait pas dans le détail : Mike, Pipes et Jean Fernandez (Maurice Black) sont naufragés, dans une barque, à bout de force. Une dispute éclate et Mike pousse Fernandez à l’eau, qui est attaqué et dévoré par les requins. Ensuite, c’est la main de Mike qui est avalée par un requin (tigre, bien sûr, d’où le titre original), sous nos yeux, sans ménagement (le code Hays n'entrera en vigueur que deux ans plus tard).

 

C’est efficace. On a tout de suite le ton du film. Ces hommes sont de simples pêcheurs, certes, mais ils sont redoutables. Mais Mike est un capitaine très apprécié, et qui gagne bien sa vie. Et surtout, ce n’est pas un mauvais bougre. Quita, qui se retrouve seule après la mort de son père peut compter sur lui : s’il n’avait sa main en moins, on pourrait dire qu’il n’est pas manchot ! Et le petit truand qui rend visite à Quita en gardera un sacré souvenir.

 

Il s’agit d’un milieu rude, mais tout de même superstitieux : leurs prières ne s’adressent pas à Dieu, comme on pourrait l’attendre, mais à saint Pierre, qui fut pêcheur avant de rencontrer Jésus. Et on assiste à notre tour à une sorte de pêche miraculeuse (voir Luc 5 : 6-7), où les thons ne cessent d’affluer et de remplir le bateau. Et Hawks en profite pour nous montrer les différentes étapes de la pêche en mer, de la mise en place des filets au déchargement au port.

Et cette superstition est tenace : c’est la mer – et surtout les requins – qui règlent les choses, répète Mike, furieux de la liaison entre Quita et Pipes.

 

Le destin lui donnera raison, mais ce sera pour, cette fois-ci, en être l’objet. Même au moment où il tient sa vengeance, il ne peut pas abandonner Pipes aux requins.

Et finalement (ne lisez plus si vous ne voulez pas savoir la fin, même si elle est prévisible), en faisant de Mike une victime du requin, on peut aussi y voir une forme d’expiation : il est puni pour sa conduite envers Pipes, et aussi pour n’avoir pas su voir ce qu’il se passait autour de lui. Et il meurt apaisé, en règle avec tout le monde, même saint Pierre.

Et là encore, on peut le croire, puisque c’est lui qui le dit !

 

 

PS : encore une fois, on peut admirer la traduction française du titre : « Le Harpon rouge » au lieu de « Requin tigre ».
Harpon « rouge ». Dans un film en noir et blanc...

 

PS 2 : à noter la présence de Vince Barnett dans le rôle de Fish Bone (« arète de poisson ») un rôle du même style que celui d' Angelo dans Scarface du même Hawks.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Tuttle, #Clara Bow
Kid Boots (Frank Tuttle, 1926)

Samuel « Kid » Boots est un jeune apprenti tailleur aux oreilles plutôt visibles.

Le même jour :

  • il est renvoyé de son boulot ;
  • il rencontre la belle Clara McCoy (Clara Bow) de qui il tombe éperdument amoureux ;
  • il rencontre aussi le terrible Big Boyle (Malcolm Waite) qui deviendra très rapidement son ennemi mortel ;
  • il rencontre enfin Tom Sterling (Lawrence Gray qui est en procédure de divorce d’avec Carmen Mendoza (Natalie Kingston) qui ne veut pas le laisser partir (encore une histoire d’argent…).

Et en deux jours, toutes ces intrigues doivent être résolues !

 

Il s’agit ici des débuts au d’Eddie Cantor, qui venait de triompher dans la pièce dont est tiré le film. A ses côtés, on retrouve la magnifique Clara Bow, alors vedette incontestable et qui allait bientôt triompher dan It.

Nous sommes dans une comédie malheureusement fort méconnue en France, les trois grands génies (Chaplin, Keaton et Lloyd) ayant un peu éclipsé les autres productions comiques américaines comme, par exemple, Rubber Tires dont j’ai déjà parlé. Quel dommage !

 

Nous assistons à une comédie plutôt débridée (comme on dit) où tout est prétexte à gags, à commencer par les intertitres de George Marion Jr. Eddie Cantor possède la souplesse de Keaton, le courage des personnages de Lloyd (même si avec Big Boyle, c’est plus difficile) ainsi que parfois la malhonnêteté du vagabond de Chaplin. Et en plus, il a de magnifiques oreilles, sujet du premier gag du film (allez le voir !).

 

On retiendra parmi les nombreuses séquences comiques le rendez-vous autour d’une tasse de thé – où  Kid Boots décide de jouer un tour à Clara (tour qui se retourne évidemment contre lui) – où Eddie Cantor exprime pleinement son talent.

D’ailleurs, à chaque situation, toutes les possibilités comiques sont exploitées à fond (parfois un peu trop, peut-être).

 

Et le résultat est d’une très bonne facture, qui ne démérite pas, si on compare le film avec ceux des trois géants susnommés :

L’intrigue, compliquée, basée sur les ressorts du vaudeville et du quiproquo, se dénoue très bien ; les interprètes sont à la hauteur ; les femmes sont jolies (ce qui ne gâche rien) ; et surtout, on rit beaucoup.

 

Avec une petite réflexion qui m’est venue à la toute fin du film : ils sont mariés, certes, mais jusqu’à quand ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Ford, #John Wayne
L'Homme tranquille (The quiet Man - John Ford, 1952)

Sean Thornton (John Wayne) revient en Irlande, qu’il avait quittée quand il était enfant, après la mort de son père.
Entre-temps, il est devenu un bel Américain, un véritable citadin.

Alors, évidemment, dans Innisfree, petit village reculé de la verte Erin, il détone un petit peu.

Ses manières ne sont pas de celles qu’on attend de lui…

Alors quand il se met à courtiser la belle Mary Kate Danaher (Maureen O’Hara), comme on le fait en Amérique, les choses se gâtent.

 

John Ford, avec ce film, retourne aux sources. Certes, il n’est pas né en Irlande, mais sa famille en est originaire. Et quand on sait l’importance de la famille pour John Ford… D’ailleurs, son frère Francis Ford apparaît, encore une fois (la dernière…), et chose rare, il parle.
Ce n’est pas le seul acteur fordien qu’on retrouve dans ce film, ils sont presque tous là : John Wayne et Maureen O’Hara, bien sûr, mais aussi Barry Fitzgerald et son frère Arthur Shields, Victor McLaglen, Mildred Natwick et l’incontournable Ward Bond. Il ne manque que Jack Pennick !

L’intrigue se situe dans l’entre-deux-guerres, un peu après la partition définitive de l’Irlande : plusieurs répliques y faisant référence dont l’IRA (Irish Republican Army) que certains protagonistes avouent avoir rejointe.

 

Alors quand Thornton débarque dans ce milieu, avec ses règles et ses coutumes antédiluviennes, il a beaucoup de mal à s’adapter. Ce n’est pas seulement une opposition ville/campagne, c’est beaucoup plus profond : il s’agit de l’identité même de l’Irlande qu’il doit appréhender. Et ce n’est pas un hasard s’il s’adresse au pasteur (Arthur Shields) quand il est désorienté : l’Irlande est un pays avant tout catholique – et Mary Kate, elle, se confie au père Lonnergan (Ward Bond) – alors que les Etats-Unis sont plutôt protestants (les fameux WASP…), d’où cet entretien. Thornton ne se retrouve pas (encore) dans tous ces us et coutumes.

Mais à cause de (ou grâce à ?) Will Danaher (Victor McLaglen), il va combler son retard !


On retrouve donc un film très fordien, où la famille et l’honneur sont importants, mais surtout où le microcosme habituel est encore plus développé. Ce ne sont pas quelques personnes récurrentes qu'on retrouve (Francis Ford en alcoolique, McLaglen bagarreur, Mildred Natwick dominante…) mais tout un village. Et même un peu plus loin, puisque le film s’ouvre dans une gare proche, où chacun a sa propre façon d’exprimer son avis, relevant, bien sûr, du traditionnel fighting spirit (esprit combatif) irlandais, et pas seulement en paroles ! Chacun a son importance dans cette histoire, même le colonel flegmatique (ce doit être un Anglais…) qui continue de lire son journal pendant la grande bagarre.


Parce qu’il y a une bagarre. Mais attention, ce n’est pas celle qu’on pouvait voir dans La Charge héroïque (1949) où McLaglen affrontait plusieurs soldats. Cette fois-ci, ce sont les deux titans qui s’affrontent : Thornton et Danaher. C’est une bagarre « homérique », dit Michaleen Ogue Fleen (Barry Fitzgerald), qui ameute tout le comté. Même Dan Tobin (Francis Ford), mourant à qui le père Paul (James O’Hara, le frère de Maureen) apporte l’extrême-onction.

Et cette bagarre possède une musique inoubliable que Steven Spielberg reprendra pour une autre bagarre non moins spectaculaire : 1941.

 

Nous sommes dans un film familial à deux niveaux :

  • l’intrigue tout d’abord avec ses histoires familiales ;
  • Mais aussi beaucoup de personnes sont réellement de la même famille : les frères Francis et John Ford, Arthur Shields et Barry Fitzgerald, la fratrie Maureen et John O’Hara + Charles B. Fitzsimmons… Même les fils de John Wayne (Patrick & Michael) participent !

Mais si les conflits se règlent à coups de poings (même Mary Kate tente de frapper son mari !), on se retrouve ensemble après autour d’une bonne pinte de bière brune (de la Porter, bien sûr !). Parce que ces gens qui font le sel des films de John Ford, qu’ils soient des paysans plus ou moins bien dégrossis, ou des citadins assumés, savent passer outre leur(s) différence(s) : ce sont tous des Irlandais.

Fiers, farouches, mais généreux.

 

Comme le film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Richard Oswald
Différent des Autres (Anders als die Andern - Richard Oswald, 1919)

Paul Körner (Conrad Veidt) est un violoniste de grande renommé, concertiste achevé et… Homosexuel. Et en Allemagne, dans ce début de vingtième siècle, c’est un délit qui dépend du fameux paragraphe 175, condamnant l’homosexualité.
Un jour, Kurt Sivers (Fritz Schultz), un jeune violoniste lui demande d’être son professeur. Charmé par le jeune homme il accepte, et rapidement, leur relation devient extraprofessionnelle.

Mais un homme les surprend et commence à faire chanter le maître.

 

Il s’agit – à mon avis et pour beaucoup d’autres aussi – du premier film engagé en faveur de l’homosexualité. Le contexte s’y prêtait : la Révolution (1918-1919) ayant amené un nouveau régime (la République de Weimar), un certaine liberté soufflait en Allemagne.
A la même période, Magnus Hirschfeld, sexologue de renom, prônait la dépénalisation de l’homosexualité, citant la Révolution française comme modèle. D’ailleurs, Hirschfeld collabora au scénario et fait quelques apparitions dans le film, dans son propre rôle.

Ce film, ouvertement pro-LGTB, dirions-nous maintenant fut bien accueilli à sa sortie. C’est une fois l’euphorie du changement passé et la montée du nazisme commencée, que ce film fut interdit voire détruit. Heureusement, une copie de 50 minutes a été conservée, c’est celle qui nous reste maintenant, agrémentée de cartons explicatifs et rares photos de plateau pour pallier les manques dans la linéarité visuelle.

 

Il s’agit avant tout d’un film édifiant qui veut démontrer que les homosexuels sont des gens normaux en bute à l’ignorance et la bigoterie ambiante qui les condamnent. Et il est malheureux de constater que presque partout dans le monde, les mœurs n’ont pas beaucoup évolué : aujourd’hui encore des homosexuels sont tués pour leurs préférences amoureuses.

Ici, dès le début, le problème est posé : Körner feuillette le journal et se rend compte que de nombreux homosexuels se suicident, incapables de supporter la pression de l’opinion publique. Et il ne faut pas être devin pour se douter que ce sera son sort avant la fin du film.

D’ailleurs, la disparition finale de Körner est avant tout la condition sine qua non de l’existence du film : on suit la déchéance sociale que Körner doit vivre du fait de sa différence. Et l’atout du film pour y arriver, c’est la présence de Conrad Veidt, acteur vedette du cinéma allemand de l’époque. Veidt est très juste dans le rôle de cet homme ostracisé par ses penchants amoureux : il tient bien sans rôle sans tomber dans la caricature. Et son suicide par empoisonnement est d’ailleurs très émouvant.

Veidt, de par sa position, est un acteur qui s’engage dans la lutte de Magnus Hirschfeld. Il fallait tout de même du courage pour accepter un tel rôle dans un climat social où, malgré la liberté amenée par la Révolution, les homosexuels étaient mal vus, sinon dénoncés ou victimes de chantage. A ce propos, le maître chanteur (Reinhold Schüntzel) est condamné lourdement pour avoir fait chanter Körner. Mais Körner, parce qu’il est homosexuel, et même s’il n’a rien fait de mal – ce que reconnaît le juge – est tout de même condamné à une légère peine de prison !

 

L’autre atout de ce film, c’est d’avoir su peindre cette société homophobe qui fait tout pour se débarrasser de ceux qu’elle juge différents voire anormaux : l’internat où Paul étudie et se lie avec un autre camarade d’où il sera renvoyé ; le bordel où la mère maquerelle considère que Körner n’est pas normal, les familles des protagonistes…

Et parallèlement, deux scènes se passent dans le milieu homosexuel où les gens dansent, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, insouciants, libres.

 

Un film rare (surtout pour cette période) qui reste malheureusement très fortement d’actualité.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western
Pour son Gosse (Just Pals - John Ford, 1920)

Norwalk, à la limite entre le Wyoming et le Nebraska, au début XXème siècle.

La vie s’écoule normalement, voire paisiblement dans cette ville frontalière. Chacun s’occupe selon ses qualification : le shérif (Duke R. Lee) reste vigilant ; Miss Bruce, l’institutrice, enseigne, et Bim (Buck Jones) regarde les autres travailler, fatigué de les voir autant trimer.

Bill est un gamin errant, voyageant de ville en ville, passager clandestin des chemins de fer.

Evidemment, leur rencontre était inévitable. Ce sont eux, les deux amis du titre original.

Bim trouve la jeune institutrice très à son goût, mais elle est déjà plus ou moins fiancée à Harvey Cahill (William Buckley), le banquier, qui se révèle être un homme assez louche.

 

Pas besoin d’aller jusqu’au bout du film pour en connaître l’issue : Bim va épouser l’institutrice et le méchant banquier sera châtié. Oui. Et non. Tout d’abord parce que la première option n’est que suggérée, quant au châtiment, on n’en voit rien.

Mais le plus important, c’est l’atmosphère du film. Nous sommes chez John Ford (qui signait encore Jack), et on assiste à l’installation de ce microcosme qui fera le sel de ses films futurs.

On y trouve des femmes fortes, et un vieux shérif auquel il ne manque que la boisson (la Prohibition a été mise en place l’année précédant le film), et l’incontournable bagarre, ici opposant des enfants entre eux.

C’est un western qui se situe à la fin de la conquête de l’Ouest, dans la période où la civilisation gagne de plus en plus les petits villages : les chapeaux de cow-boy laissent la place à ceux des villes ; une voiture apparaît et fait une sortie de route, alors que les bandits se déplacent toujours à cheval…

 

On trouve donc deux femmes fortes : une mère qui récupère vigoureusement son fils qui se bat. L’autre, c’est la tante de Miss Bruce. C’est une femme douce et qui s’occupe bien de sa nièce, mais qui sait faire régner l’ordre chez elle, et qui n’hésite pas à utiliser la manière forte  pour que le shérif se découvre en sa présence.

Le shérif, d’ailleurs est un pur personnage fordien. Il est affublé d’un bouc démesuré (un peu comme celui du shérif alcoolique dans Tintin en Amérique) et n’a qu’une phrase à son lexique – « La Loi va s’en occuper » – qu’il répète à tout bout de champ, quelle que soit la situation, mais, chose amusante, de façon pertinente.

 

Et bien entendu, il y a Bim. Il est jeune, paresseux mais courageux et surtout généreux : c’est le jeune homme qu’on retrouve toujours dans les westerns de cette époque (The iron Horse, The covered Wagon…).

C’est bien entendu lui qui va résoudre les situations difficiles. Par contre, il sera confronté à la bêtise humaine, couplée au savoir-faire ancestral des pionniers américains : une première fois, soupçonné de vol, il est éconduit sur un rail (il ne manque que les plumes et le goudron), et une deuxième fois, « pris » en flagrant délit d’attaque à main armée, c’est carrément le lynchage qu’il évite de justesse, sauvé par Bill, dont il se sent responsable (les deux accusations étant à chaque fois fausses).

 

L’association de Bim et Bill fonctionne admirablement. Il y a une similitude – sinon une parenté – entre les deux amis du titre. Tous les deux ne sont pas des grands amateurs de l’école ni de la toilette, mais sont tout de même des personnes pleines de ressources. Leurs destins devaient se croiser et chacun sera gagnant dans cette relation. Chaque évolution positive profitera aux deux. Le tout avec l’humour qui caractérise John Ford quand il s’agit des choses quotidiennes.


Et tout ça un an avant que Chaplin sorte Le Kid

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