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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Lloyd, #Norma Talmadge
A l'Abri des lois (Within the Law - Frank Lloyd, 1923)

Cinq ans à crever de faim.

Trois ans de prison pour un vol qu’elle n’a pas commis.

Voilà ce qu’a rapporté à Mary Turner (Norma Talmadge) de travailler pour le grand magasin du riche Edward Gilder (Joseph Kilgour).

Elle lui a promis de se venger de lui quand elle en sortirait.

Alors quand elle sort…

 

Un film de femmes.

Norma Talmadge, servie par Frances Marion, le tout dirigé par Frank Lloyd (on ne peut pas tout avoir…).

Huit ans avant Ladies of the big House, Frances Marion s’inspire ici d’une pièce basée sur une erreur judiciaire, mais où le bon droit (et la justice) triomphe à la fin. En effet, cette issue heureuse est prévisible : c’est tout de même Norma Talmadge qui produit le film.

 

C’est pour nous spectateurs, près de cent ans après, le plaisir de voir (ou revoir si vous êtes comme moi) une actrice qui fut vite oubliée (encore une) avec l’avènement du parlant, mais qui possède un regard merveilleux et un jeu très juste. Il y a de l’intensité dans son regard ainsi que de la tristesse, le tout parfois dans une même scène. Elle pas de l’un à l’autre avec merveille… Oui, j’ai un faible pour elle. Elle passe aisément de la dureté à la mélancolie avec brio. C’était une grande.

 

Encore une fois, le personnage de Mary Turner est un personnage de femme forte, comme l’était Mary Pickford dans Le Signal de l’amour. C’est une femme qui, en plus de sa force de caractère est intelligence. Ayant compris que la justice était à deux vitesses, elle se débrouille pour mener des activités à la limite de la légalité. Si elle a été condamnée à la prison, c’est avant tout parce qu’elle était une femme, exploitée par un magnat de la distribution, et surtout qu’elle était pauvre. Un article lui révélant les deux vitesses de la justice : celle des riches et celle des pauvres.

 

Elle va donc exploiter les faiblesses des riches – un vieux libidineux comme le général Hastings (Tom Ricketts) – en leur faisant payer leurs écarts, le tout sans être taxée de chantage, en restant «  dans le cadre de la Loi », comme le dit si bien le titre original.
On peut d’ailleurs se demander si la personne qui a traduit le titre en français a vu le film, pour nous proposer un titre qui va autant à l’encontre de l’original*…

 

A ces côtés, deux personnages qui méritent le détour : Garson (Lew Cody), un petit truand qui la sauve de la noyade et du désespoir, et Aggie (Eileen Percy), ex-codétenue qui la recueille et le remet en selle. Garson est le personnage expiateur du film (Ah, les Américains et l’expiation…) : c’est lui le mauvais garçon (amoureux de Mary, mais qui ne le serait pas ?) qui tue et qui doit payer pour ça. Mais il le fait de façon grandiose, un peu comme le sacrifice d’un héros : il reconnaît les faits pour sauver celle qu’il aime d’un amour unilatéral.
Quant à Aggie, c’est le pendant comique du film, une sorte de faire-valoir de Mary. Cette dernière essaie, pour réaliser son dessein, de la transformer en lady (ou ce qui s’en approche), mais comment lutter contre une femme qui mâche compulsivement des chewing-gums ?

 

 

 

* Décidément, j’aurai toujours du mal avec ces traducteurs à la petite semaine. On a bien raison de dire, en voyant certaines propositions : « Traduction = Trahison ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Howard Hawks
Le Harpon rouge (Tiger Shark - Howard Hawks, 1932)

Mike Mascarenhas (Edward G. Robinson, toujours aussi formidable) est le meilleur pêcheur de la côte ouest. Et il a forcément raison, puisqu’il le répète sans cesse !

Mais après sa main gauche, c’est Manuel Silva, un homme de son équipage qu’il doit concéder aux requins. Manuel laisse une fille, Quita (Zita Johann). Mike commence par s’occuper d’elle, puis, de fil en aiguille, et par reconnaissance, elle accepte de l’épouser.
Mais Mike a un second, un ami de toujours : Pipes Boley (Richard Arlen). Et ce qui devait arriver arrive : Pipes est plus jeune que Mike, et aussi très beau garçon, alors Quita succombe à son charme (malgré lui).

 

Howard Hawks délaisse les mauvais garçons pour les hommes de la mer. Et C’est d’ailleurs un ancien mauvais garçon du cinéma qu’il embarque dans cette histoire : Edward G. Robinson.

Encore une fois, il n’est pas un véritable américain. Cette fois, il est portugais, ce qui s’entend dans son accent (dans la version originale, bien sûr !). Mais si Rico (Little Caesar) était un personnage peu fréquentable, Mike est tout de même plus positif.

Pourtant, dès la séquence d’ouverture, Hawks ne fait pas dans le détail : Mike, Pipes et Jean Fernandez (Maurice Black) sont naufragés, dans une barque, à bout de force. Une dispute éclate et Mike pousse Fernandez à l’eau, qui est attaqué et dévoré par les requins. Ensuite, c’est la main de Mike qui est avalée par un requin (tigre, bien sûr, d’où le titre original), sous nos yeux, sans ménagement (le code Hays n'entrera en vigueur que deux ans plus tard).

 

C’est efficace. On a tout de suite le ton du film. Ces hommes sont de simples pêcheurs, certes, mais ils sont redoutables. Mais Mike est un capitaine très apprécié, et qui gagne bien sa vie. Et surtout, ce n’est pas un mauvais bougre. Quita, qui se retrouve seule après la mort de son père peut compter sur lui : s’il n’avait sa main en moins, on pourrait dire qu’il n’est pas manchot ! Et le petit truand qui rend visite à Quita en gardera un sacré souvenir.

 

Il s’agit d’un milieu rude, mais tout de même superstitieux : leurs prières ne s’adressent pas à Dieu, comme on pourrait l’attendre, mais à saint Pierre, qui fut pêcheur avant de rencontrer Jésus. Et on assiste à notre tour à une sorte de pêche miraculeuse (voir Luc 5 : 6-7), où les thons ne cessent d’affluer et de remplir le bateau. Et Hawks en profite pour nous montrer les différentes étapes de la pêche en mer, de la mise en place des filets au déchargement au port.

Et cette superstition est tenace : c’est la mer – et surtout les requins – qui règlent les choses, répète Mike, furieux de la liaison entre Quita et Pipes.

 

Le destin lui donnera raison, mais ce sera pour, cette fois-ci, en être l’objet. Même au moment où il tient sa vengeance, il ne peut pas abandonner Pipes aux requins.

Et finalement (ne lisez plus si vous ne voulez pas savoir la fin, même si elle est prévisible), en faisant de Mike une victime du requin, on peut aussi y voir une forme d’expiation : il est puni pour sa conduite envers Pipes, et aussi pour n’avoir pas su voir ce qu’il se passait autour de lui. Et il meurt apaisé, en règle avec tout le monde, même saint Pierre.

Et là encore, on peut le croire, puisque c’est lui qui le dit !

 

 

PS : encore une fois, on peut admirer la traduction française du titre : « Le Harpon rouge » au lieu de « Requin tigre ».
Harpon « rouge ». Dans un film en noir et blanc...

 

PS 2 : à noter la présence de Vince Barnett dans le rôle de Fish Bone (« arète de poisson ») un rôle du même style que celui d' Angelo dans Scarface du même Hawks.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Tuttle, #Clara Bow
Kid Boots (Frank Tuttle, 1926)

Samuel « Kid » Boots est un jeune apprenti tailleur aux oreilles plutôt visibles.

Le même jour :

  • il est renvoyé de son boulot ;
  • il rencontre la belle Clara McCoy (Clara Bow) de qui il tombe éperdument amoureux ;
  • il rencontre aussi le terrible Big Boyle (Malcolm Waite) qui deviendra très rapidement son ennemi mortel ;
  • il rencontre enfin Tom Sterling (Lawrence Gray qui est en procédure de divorce d’avec Carmen Mendoza (Natalie Kingston) qui ne veut pas le laisser partir (encore une histoire d’argent…).

Et en deux jours, toutes ces intrigues doivent être résolues !

 

Il s’agit ici des débuts au d’Eddie Cantor, qui venait de triompher dans la pièce dont est tiré le film. A ses côtés, on retrouve la magnifique Clara Bow, alors vedette incontestable et qui allait bientôt triompher dan It.

Nous sommes dans une comédie malheureusement fort méconnue en France, les trois grands génies (Chaplin, Keaton et Lloyd) ayant un peu éclipsé les autres productions comiques américaines comme, par exemple, Rubber Tires dont j’ai déjà parlé. Quel dommage !

 

Nous assistons à une comédie plutôt débridée (comme on dit) où tout est prétexte à gags, à commencer par les intertitres de George Marion Jr. Eddie Cantor possède la souplesse de Keaton, le courage des personnages de Lloyd (même si avec Big Boyle, c’est plus difficile) ainsi que parfois la malhonnêteté du vagabond de Chaplin. Et en plus, il a de magnifiques oreilles, sujet du premier gag du film (allez le voir !).

 

On retiendra parmi les nombreuses séquences comiques le rendez-vous autour d’une tasse de thé – où  Kid Boots décide de jouer un tour à Clara (tour qui se retourne évidemment contre lui) – où Eddie Cantor exprime pleinement son talent.

D’ailleurs, à chaque situation, toutes les possibilités comiques sont exploitées à fond (parfois un peu trop, peut-être).

 

Et le résultat est d’une très bonne facture, qui ne démérite pas, si on compare le film avec ceux des trois géants susnommés :

L’intrigue, compliquée, basée sur les ressorts du vaudeville et du quiproquo, se dénoue très bien ; les interprètes sont à la hauteur ; les femmes sont jolies (ce qui ne gâche rien) ; et surtout, on rit beaucoup.

 

Avec une petite réflexion qui m’est venue à la toute fin du film : ils sont mariés, certes, mais jusqu’à quand ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Ford, #John Wayne
L'Homme tranquille (The quiet Man - John Ford, 1952)

Sean Thornton (John Wayne) revient en Irlande, qu’il avait quittée quand il était enfant, après la mort de son père.
Entre-temps, il est devenu un bel Américain, un véritable citadin.

Alors, évidemment, dans Innisfree, petit village reculé de la verte Erin, il détone un petit peu.

Ses manières ne sont pas de celles qu’on attend de lui…

Alors quand il se met à courtiser la belle Mary Kate Danaher (Maureen O’Hara), comme on le fait en Amérique, les choses se gâtent.

 

John Ford, avec ce film, retourne aux sources. Certes, il n’est pas né en Irlande, mais sa famille en est originaire. Et quand on sait l’importance de la famille pour John Ford… D’ailleurs, son frère Francis Ford apparaît, encore une fois (la dernière…), et chose rare, il parle.
Ce n’est pas le seul acteur fordien qu’on retrouve dans ce film, ils sont presque tous là : John Wayne et Maureen O’Hara, bien sûr, mais aussi Barry Fitzgerald et son frère Arthur Shields, Victor McLaglen, Mildred Natwick et l’incontournable Ward Bond. Il ne manque que Jack Pennick !

L’intrigue se situe dans l’entre-deux-guerres, un peu après la partition définitive de l’Irlande : plusieurs répliques y faisant référence dont l’IRA (Irish Republican Army) que certains protagonistes avouent avoir rejointe.

 

Alors quand Thornton débarque dans ce milieu, avec ses règles et ses coutumes antédiluviennes, il a beaucoup de mal à s’adapter. Ce n’est pas seulement une opposition ville/campagne, c’est beaucoup plus profond : il s’agit de l’identité même de l’Irlande qu’il doit appréhender. Et ce n’est pas un hasard s’il s’adresse au pasteur (Arthur Shields) quand il est désorienté : l’Irlande est un pays avant tout catholique – et Mary Kate, elle, se confie au père Lonnergan (Ward Bond) – alors que les Etats-Unis sont plutôt protestants (les fameux WASP…), d’où cet entretien. Thornton ne se retrouve pas (encore) dans tous ces us et coutumes.

Mais à cause de (ou grâce à ?) Will Danaher (Victor McLaglen), il va combler son retard !


On retrouve donc un film très fordien, où la famille et l’honneur sont importants, mais surtout où le microcosme habituel est encore plus développé. Ce ne sont pas quelques personnes récurrentes qu'on retrouve (Francis Ford en alcoolique, McLaglen bagarreur, Mildred Natwick dominante…) mais tout un village. Et même un peu plus loin, puisque le film s’ouvre dans une gare proche, où chacun a sa propre façon d’exprimer son avis, relevant, bien sûr, du traditionnel fighting spirit (esprit combatif) irlandais, et pas seulement en paroles ! Chacun a son importance dans cette histoire, même le colonel flegmatique (ce doit être un Anglais…) qui continue de lire son journal pendant la grande bagarre.


Parce qu’il y a une bagarre. Mais attention, ce n’est pas celle qu’on pouvait voir dans La Charge héroïque (1949) où McLaglen affrontait plusieurs soldats. Cette fois-ci, ce sont les deux titans qui s’affrontent : Thornton et Danaher. C’est une bagarre « homérique », dit Michaleen Ogue Fleen (Barry Fitzgerald), qui ameute tout le comté. Même Dan Tobin (Francis Ford), mourant à qui le père Paul (James O’Hara, le frère de Maureen) apporte l’extrême-onction.

Et cette bagarre possède une musique inoubliable que Steven Spielberg reprendra pour une autre bagarre non moins spectaculaire : 1941.

 

Nous sommes dans un film familial à deux niveaux :

  • l’intrigue tout d’abord avec ses histoires familiales ;
  • Mais aussi beaucoup de personnes sont réellement de la même famille : les frères Francis et John Ford, Arthur Shields et Barry Fitzgerald, la fratrie Maureen et John O’Hara + Charles B. Fitzsimmons… Même les fils de John Wayne (Patrick & Michael) participent !

Mais si les conflits se règlent à coups de poings (même Mary Kate tente de frapper son mari !), on se retrouve ensemble après autour d’une bonne pinte de bière brune (de la Porter, bien sûr !). Parce que ces gens qui font le sel des films de John Ford, qu’ils soient des paysans plus ou moins bien dégrossis, ou des citadins assumés, savent passer outre leur(s) différence(s) : ce sont tous des Irlandais.

Fiers, farouches, mais généreux.

 

Comme le film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Richard Oswald
Différent des Autres (Anders als die Andern - Richard Oswald, 1919)

Paul Körner (Conrad Veidt) est un violoniste de grande renommé, concertiste achevé et… Homosexuel. Et en Allemagne, dans ce début de vingtième siècle, c’est un délit qui dépend du fameux paragraphe 175, condamnant l’homosexualité.
Un jour, Kurt Sivers (Fritz Schultz), un jeune violoniste lui demande d’être son professeur. Charmé par le jeune homme il accepte, et rapidement, leur relation devient extraprofessionnelle.

Mais un homme les surprend et commence à faire chanter le maître.

 

Il s’agit – à mon avis et pour beaucoup d’autres aussi – du premier film engagé en faveur de l’homosexualité. Le contexte s’y prêtait : la Révolution (1918-1919) ayant amené un nouveau régime (la République de Weimar), un certaine liberté soufflait en Allemagne.
A la même période, Magnus Hirschfeld, sexologue de renom, prônait la dépénalisation de l’homosexualité, citant la Révolution française comme modèle. D’ailleurs, Hirschfeld collabora au scénario et fait quelques apparitions dans le film, dans son propre rôle.

Ce film, ouvertement pro-LGTB, dirions-nous maintenant fut bien accueilli à sa sortie. C’est une fois l’euphorie du changement passé et la montée du nazisme commencée, que ce film fut interdit voire détruit. Heureusement, une copie de 50 minutes a été conservée, c’est celle qui nous reste maintenant, agrémentée de cartons explicatifs et rares photos de plateau pour pallier les manques dans la linéarité visuelle.

 

Il s’agit avant tout d’un film édifiant qui veut démontrer que les homosexuels sont des gens normaux en bute à l’ignorance et la bigoterie ambiante qui les condamnent. Et il est malheureux de constater que presque partout dans le monde, les mœurs n’ont pas beaucoup évolué : aujourd’hui encore des homosexuels sont tués pour leurs préférences amoureuses.

Ici, dès le début, le problème est posé : Körner feuillette le journal et se rend compte que de nombreux homosexuels se suicident, incapables de supporter la pression de l’opinion publique. Et il ne faut pas être devin pour se douter que ce sera son sort avant la fin du film.

D’ailleurs, la disparition finale de Körner est avant tout la condition sine qua non de l’existence du film : on suit la déchéance sociale que Körner doit vivre du fait de sa différence. Et l’atout du film pour y arriver, c’est la présence de Conrad Veidt, acteur vedette du cinéma allemand de l’époque. Veidt est très juste dans le rôle de cet homme ostracisé par ses penchants amoureux : il tient bien sans rôle sans tomber dans la caricature. Et son suicide par empoisonnement est d’ailleurs très émouvant.

Veidt, de par sa position, est un acteur qui s’engage dans la lutte de Magnus Hirschfeld. Il fallait tout de même du courage pour accepter un tel rôle dans un climat social où, malgré la liberté amenée par la Révolution, les homosexuels étaient mal vus, sinon dénoncés ou victimes de chantage. A ce propos, le maître chanteur (Reinhold Schüntzel) est condamné lourdement pour avoir fait chanter Körner. Mais Körner, parce qu’il est homosexuel, et même s’il n’a rien fait de mal – ce que reconnaît le juge – est tout de même condamné à une légère peine de prison !

 

L’autre atout de ce film, c’est d’avoir su peindre cette société homophobe qui fait tout pour se débarrasser de ceux qu’elle juge différents voire anormaux : l’internat où Paul étudie et se lie avec un autre camarade d’où il sera renvoyé ; le bordel où la mère maquerelle considère que Körner n’est pas normal, les familles des protagonistes…

Et parallèlement, deux scènes se passent dans le milieu homosexuel où les gens dansent, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, insouciants, libres.

 

Un film rare (surtout pour cette période) qui reste malheureusement très fortement d’actualité.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western
Pour son Gosse (Just Pals - John Ford, 1920)

Norwalk, à la limite entre le Wyoming et le Nebraska, au début XXème siècle.

La vie s’écoule normalement, voire paisiblement dans cette ville frontalière. Chacun s’occupe selon ses qualification : le shérif (Duke R. Lee) reste vigilant ; Miss Bruce, l’institutrice, enseigne, et Bim (Buck Jones) regarde les autres travailler, fatigué de les voir autant trimer.

Bill est un gamin errant, voyageant de ville en ville, passager clandestin des chemins de fer.

Evidemment, leur rencontre était inévitable. Ce sont eux, les deux amis du titre original.

Bim trouve la jeune institutrice très à son goût, mais elle est déjà plus ou moins fiancée à Harvey Cahill (William Buckley), le banquier, qui se révèle être un homme assez louche.

 

Pas besoin d’aller jusqu’au bout du film pour en connaître l’issue : Bim va épouser l’institutrice et le méchant banquier sera châtié. Oui. Et non. Tout d’abord parce que la première option n’est que suggérée, quant au châtiment, on n’en voit rien.

Mais le plus important, c’est l’atmosphère du film. Nous sommes chez John Ford (qui signait encore Jack), et on assiste à l’installation de ce microcosme qui fera le sel de ses films futurs.

On y trouve des femmes fortes, et un vieux shérif auquel il ne manque que la boisson (la Prohibition a été mise en place l’année précédant le film), et l’incontournable bagarre, ici opposant des enfants entre eux.

C’est un western qui se situe à la fin de la conquête de l’Ouest, dans la période où la civilisation gagne de plus en plus les petits villages : les chapeaux de cow-boy laissent la place à ceux des villes ; une voiture apparaît et fait une sortie de route, alors que les bandits se déplacent toujours à cheval…

 

On trouve donc deux femmes fortes : une mère qui récupère vigoureusement son fils qui se bat. L’autre, c’est la tante de Miss Bruce. C’est une femme douce et qui s’occupe bien de sa nièce, mais qui sait faire régner l’ordre chez elle, et qui n’hésite pas à utiliser la manière forte  pour que le shérif se découvre en sa présence.

Le shérif, d’ailleurs est un pur personnage fordien. Il est affublé d’un bouc démesuré (un peu comme celui du shérif alcoolique dans Tintin en Amérique) et n’a qu’une phrase à son lexique – « La Loi va s’en occuper » – qu’il répète à tout bout de champ, quelle que soit la situation, mais, chose amusante, de façon pertinente.

 

Et bien entendu, il y a Bim. Il est jeune, paresseux mais courageux et surtout généreux : c’est le jeune homme qu’on retrouve toujours dans les westerns de cette époque (The iron Horse, The covered Wagon…).

C’est bien entendu lui qui va résoudre les situations difficiles. Par contre, il sera confronté à la bêtise humaine, couplée au savoir-faire ancestral des pionniers américains : une première fois, soupçonné de vol, il est éconduit sur un rail (il ne manque que les plumes et le goudron), et une deuxième fois, « pris » en flagrant délit d’attaque à main armée, c’est carrément le lynchage qu’il évite de justesse, sauvé par Bill, dont il se sent responsable (les deux accusations étant à chaque fois fausses).

 

L’association de Bim et Bill fonctionne admirablement. Il y a une similitude – sinon une parenté – entre les deux amis du titre. Tous les deux ne sont pas des grands amateurs de l’école ni de la toilette, mais sont tout de même des personnes pleines de ressources. Leurs destins devaient se croiser et chacun sera gagnant dans cette relation. Chaque évolution positive profitera aux deux. Le tout avec l’humour qui caractérise John Ford quand il s’agit des choses quotidiennes.


Et tout ça un an avant que Chaplin sorte Le Kid

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Mocky
Un drôle de Paroissien (Jean-Pierre Mocky, 1963)

George Lachaunaye (Bourvil) est un aristocrate, descendant d’une longue lignée de noblesse. Mais depuis la Révolution, les affaires de familles n’ont fait que péricliter et quand monsieur Père (Jean Yonnel) a joué en bourse, sa famille s’est retrouvée dans une situation fort gênante, et ses membres fort gênés.

Il faut dire que par tradition séculaire, personne ne travaille chez les Lachaunaye. On ne travaille pas, mais on prie. Et un jour que la situation est désespérée, Georges demande au ciel de faire un geste.
Et le Ciel lui répond : il se servira dans les troncs des églises.

 

Bien entendu, nous sommes dans un film gentiment iconoclaste (c’est le cinquième de Jean-Pierre Mocky). On y retrouve le duo de La Jument verte (Claude Autant-Lara, 1959) mais en opposition. Car pendant que Georges est à sa besogne, l’inspecteur Cucherat (Francis Blanche, déjà un habitué du réalisateur) est à sa poursuite.

C’est la première incursion de Mocky dans l’univers de la religion. Nous assistons à une histoire plutôt immorale, si on se place du point de vue de la Loi, mais qui est très réjouissante quand on écoute les arguments de Georges. C’est d’ailleurs de cette opposition que se nourrit le scénario : mais cette immoralité passe d’autant mieux que la vedette est Bourvil. Il y a chez ce dernier un mélange d’honnêteté et de fausse candeur assez réjouissant. Il pille allègrement les troncs mais s’indigne quand quelqu’un d’autre le fait à sa place ou quand son ami Raoul (Jean Poiret, autre habitué de Mocky) se sert dans le sac d’une dame.

 

On reprocha, reproche et reprochera toujours à Mocky son anarchisme et son iconoclasme, mais il faut tout de même avouer que ce film très plaisant. La présence du duo Bourvil-Blanche contribua à en faire un succès commercial, ce qui n’a pas toujours été le cas pour le réalisateur. Il reprendra deux fois de plus son duo : La grande Lessive (1969) et L’Etalon (1970).

 

Mais qu’importe les reproches. Sa comédie se tient et il déroule pour notre plus grand plaisir. On s’amuse, autant que les acteurs dans cette comédie décalée. Décalée des autres qui nous étaient proposées, où force restait à la Loi et la Morale.

Mais dès le début, Mocky avait prévenu les spectateurs, histoire de se prémunir à l’avance (et aussi peut-être avec une certaine hypocrisie de bon aloi), que le personnage que nous allions suivre n’était pas quelqu’un de normal.

Cette histoire est toutefois bien gentille quand on la compare à l’autre film qui touchera ce même milieu catholique : Le Miraculé (1987). Ici, Mocky ne dénonce pas encore.

Mais ceci est une autre histoire. Savourons ce film – en noir et blanc, avec la scène de rêve en couleur – comme il se doit : religieusement, bien entendu !

 

 

PS : Ce film est aussi l’occasion de retrouver quelques figures du cinéma français dans des petits rôles : Bernard Lavalette, en éternel notable ministériel, Jean Tissier, adjoint de Cucherat, et Marcel Pérès, chef de la brigade, ainsi que Jean-Claude Rémoleux, à la diction si caractéristique, fidèle interprète de Mocky, tout comme l'incontournable Dominique Zardi.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Louis Malle
Ascenseur pour l'Echaufaud (Louis Malle, 1958)

Une femme, seule, le regard triste, erre dans Paris, pendant que le ciel pleure son amour perdu.

Deux jeunes gens, amoureux, insouciants, qui roulent à tombeau ouvert vers la mort.

Celle des autres, puis la leur.

Et un homme, seul, coincé entre deux étages, un samedi soir.

 

C’est la France des années 1950. Celle qui a enfin réussi à se sortir du bourbier de l’Indochine pour entrer dans celui de l’Algérie. C’est la France des autoroutes, ces nouvelles voies de la liberté. C’est aussi la France de la Dauphine : « un bébé, un vrai joujou… ».

Mais ce qui ne change pas, dans cette France en mouvement, c’est qu’on y tue toujours par amour. Ou par désespoir.

 

La femme, c’est Jeanne Moreau. Elle traîne son beau visage mélancolique dans les rues de la capitale, à la recherche de son amour (qu’elle croit) perdu. Elle déambule, noctambule forcée jusqu’au petit matin, ou plutôt jusqu’au bout de la nuit. Son voyage se terminant dans les bras de celui qu’elle a aimée, sur des photos dans un bac de révélateur, qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Lui, l’homme seul, c’est Maurice Ronet. C’est lui qu’elle croit avoir perdu, puis retrouvé, pour finalement le perdre définitivement.

 

Parce que ce film raconte une rupture. Celle de deux amants qui ne se reverront plus.

Cette rupture est fortuite : il est bloqué entre deux étages. Ou entre deux étapes de sa vie. Celle d’avant, dissimulée auprès de celle qu’il aime. Et celle d’après, qui s’ouvre à eux, pleine de promesses. Mais l’ascenseur, qui symbolise la transition entre ces deux vies, est bloqué. Il peut tout de même entrouvrir la porte du dessous, celle de la résolution et de la liberté. Mais il ne peut pas passer. Quant à la porte du dessus, celle d’avant, il n’y a plus accès. Elle est définitivement fermée.

Entre ces deux vies, un mort. Un cadavre. Celui de son mari à elle : Jean Wall. Il n’y a plus de retour possible comme l’indique cet ascenseur coincé entre deux instants : le présent ne bouge plus, immobilisé entre un avenir prometteur mais inaccessible et un passé trop consommé pour revenir.

Et quand la cabine se libère enfin, c’est pour une troisième voie, qui mène directement à la mort : la sienne (d’où le titre).

 

Et les amoureux ? (Georges Poujouly et Yori Bertin) Ce sont les jouets du destin. C’est l’occasion qui fait qu’il  vole la voiture de l’homme. Elle n’est pas d’accord, mais elle est jeune et elle l’aime, alors elle le suit. Elle le suit vers une autre fausse liberté qui se terminera comme pour l’homme de l’ascenseur, voire pire. Mais en volant la voiture, c’est l’homme de l’ascenseur qu’ils condamnent inéluctablement. Sa seule vraie porte de sortie, la voiture, sera le véritable instrument du destin : c’est elle qui les perd tous, à  chaque fois au mauvais endroit, au mauvais moment.

 

Louis Malle réussit un magnifique film sobre, avec un beau noir et blanc terrible. L’atmosphère, comme les âmes des personnages, est noire, soutenue par la musique (et la trompette) de Miles Davis, sobre, épurée, et mélancolique comme la femme sous la pluie.

 

Superbe.

 

PS : des seconds rôles qui s’épanouiront dans la décennie suivante, citons Jean-Claude Brialy, Charles Denner, et l’incontournable Lino Ventura, en flic, au jeu - là encore - sobre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Tonino Valerii, #Sergio Leone
Mon Nom est Personne (Il mio Nome è Nessuno - Tonino Valerii, 1973)

Trois étrangers arrivent, de nulle part, bien entendu.

Un autre s’en va. Chez le barbier.

Cet autre n’est pas vraiment un étranger. C’est Jack Beauregard (Henry Fonda).

Et c’est vrai qu’avec ses/ces yeux bleus, il porte bien son nom.

Evidemment, il tue les trois étrangers qui en voulaient après lui. Et ils tombent doucement, comme dans un film de Peckinpah, celui de The wild Bunch, puisqu’en plus une bande de hors-la-loi porte ce nom dans le film.

Et puis il y a Personne (Terence Hill). Il est jeune, lui aussi a de beaux yeux bleus, et lui aussi est une fine gâchette. Alors le vieux Beauregard rencontre le jeune Personne et il ne reste pus qu’à dérouler jusqu’au duel final, les amenant à se rencontrer l’un contre l’autre, dans une rue  de New Orleans.

 

On ne peut que penser à Sergio Leone.

Déjà, c’est le maître qui présente le générique. Ensuite, c’est d’après une idée à lui. Et puis on retrouve les paysages qui ont fait le décor de ses grands westerns. Enfin, toute une brochette d’acteurs ont participé  à ses films : Mario Brega (trilogie de l’Homme sans nom), Antoine Saint-John (Il était une Fois la Révolution) et bien sûr Henry Fonda qui fut un inoubliable Frank (Il était une Fois dans l’Ouest), pour ne citer qu’eux.

Jusqu’à Ennio Morricone qui a composé la musique !

 

Mais Tonino Valerii n’est pas Leone. Loin de là. Si le film se laisse voir, il ne possède pas le souffle épique des films de l’autre.

On retrouve l’attente d’un homme par des tueurs dès la première scène. Mais en moins de trois minute tout est fini, là où Leone nous faisait défiler le générique (Il était une fois dans l’Ouest) pendant plus de dix minutes, sans un mot, que quelques bruits récurrents, comme ici le réveil. Cette scène n’a  pour but que de nous montrer qui est Beauregard. Un tireur excessivement rapide.

 

Et c’est certainement là qu’est le point faible du film : l’excès. Tout est exagéré, surtout dans les affrontements : la vitesse est exagérée, mais si l’effet semble comique, on n’est pas obligé d’y adhérer.
Et puis il y a Terence Hill. Il a la tête de l’emploi. Son côté Angel Face est intéressant car peu exploité dans les westerns. Mais son jeu est tout de même outré et franchement, j’ai du mal.

Reste Henry Fonda dans son dernier rôle de cow-boy, vieillissant. Plus vieux que Frank, il doit porter des lunettes pour lire et distinguer de loin. Il est temps qu’il se range. Mais dans sa profession, il est difficile de raccrocher les colts. Personne devient alors une porte de sortie, qu’il sait utiliser. Et les scènes où tous les deux sont en présence sont certainement les plus intéressantes.

 

Enfin, il y a les clins d’œil (ou les hommages, c’est comme vous voulez). Ennio Morricone s’en est donné dans sa partition, reprenant la Chevauchée de la Walkyrie pour la Horde sauvage, et les accents de L’Homme à l’Harmonica pour les duels.

Il est aussi fait référence à Chaplin et Le Cirque quand Personne rencontre une femme portant un bébé dans ses bras. Sans oublier la tombe de Peckinpah (le même qu’avant), et j’en oublie (le chapeau pris pour cible, par exemple).

 

Alors oui, c’est un western bon enfant. Mais je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi on en a fait un film culte.

Chacun ses goûts. Les miens ne doivent pas toujours plaire à ceux qui me lisent, ce qui est tout naturel, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Chaplin
Les Feux de la rampe (Limelight - Charles Chaplin, 1952)

Londres, été 1914.

Calvero (Charles Chaplin) rentre chez lui, ivre.

Une odeur bizarre, une chambre calfeutrée : une tentative de suicide. Calvero intervient, il a sauvé la vie de Terry (Claire Bloom), la ballerine.

Et après ? Après, chacun remonte la pente, jusqu’au dénouement final, tragique, comme (presque) tous les film de Chaplin.

 

Il s’agit, à mon avis (mais je ne pense pas être le seul à le penser) du dernier grand film de Chaplin. Chaplin a passé son temps à faire rire ses semblables. Et cette fois, il les fait pleurer. On dit que c’est plus facile de faire pleurer que de faire rire. Chaplin, ici, arrive aussi à nous faire rire dans son film le plus triste. C’est la seule fois où son personnage meurt sur l’écran (dans Mr Verdoux, il meurt hors champ).

 

Ce personnage d’ailleurs – Calvero – est inspiré de son vagabond qui a fait son succès et sa renommée. Mais Calvero n’est pas le vagabond : le vagabond n’avait pas de métier, et était un personnage unique. Ici, nous avons deux Calvero : celui qui recueille la belle Terry, et celui qu’il joue sur scène. On serait tenté de comparer les deux Calvero avec Chaplin et son vagabond. Mais Chaplin, quand le film sort, n’a pas été oublié (au contraire, le FBI s’intéressait beaucoup à lui…).

Mais avec la mort de Calvero, c’est tout ce passé comique qui meurt. Ce « vagabond en lui », qu’il s’appelle Le Vagabond ou Calvero, c’est véritablement à sa fin que nous assistons. MLe film est truffé de références au passé muet de Chaplin. Même la danse qu’effectue Calvero dans son numéro Love est inspirée par celle des petits pains dans La Ruée vers l’or. Pas étonnant alors qu’il ait demandé à d’anciens partenaires d’apparaître dans ce que j’appellerai le testament du vagabond : Loyal Underwood, Snub Pollard, mais aussi Edna Purviance sont présents.

Et cerise sur le gâteau, la présence du grand Buster Keaton qui nous donne enfin l’occasion de voir deux des plus grands génies du cinéma burlesque américain. Et malgré le fait que le film est parlant, leur duo est muet. Seuls les bruits de pas et de pianos sont audibles. Keaton est égal à lui-même, imperturbable dans son masque sans sourire. Chaplin lui, se déplace et a ses déboires, pour notre plus grande joie. Cette séquence silencieuse détone complètement avec la frénésie qui s’ensuit, frénésie qu’on pourrait qualifier de diabolique du fait du rythme et du regard de Calvero. C’est le dernier baroud d’honneur de Calvero, mais aussi du vagabond, cette frénésie ne pouvant que mener à la mort.

 

La mort d’ailleurs, est très présente dans le film. Ca commence dès le début, quand Terry tente de mourir. Nous assistons alors à un beau moment de cinéma. La caméra s’approche d’une porte d’entrée. Puis, nous sommes entrés et la caméra s’avance vers la porte d’une chambre. Encore une fois, nous entrons et voyons une jeune femme allongée sur son lit, la caméra s’approche et nous montre un flacon dans sa main en main un flacon, puis elle se retourne et c’est le four ouvert d’une gazinière qui nous confirme ce que nous supposions : elle a bel et bien décidé d’en finir. Le tout dans un magnifique silence.

La deuxième mort, c’est celle du personnage de Terry dans le ballet, qui meurt sous le regard attristé de ses amis, dont Calvero joue un clown, jugé pas spécialement drôle. Mais comment l’être, dans un moment pareil ?

La troisième, comme on dit, est la bonne. Ce n’est ni une tentative de mourir, ni un personnage qui disparaît, c’est Calvero lui-même qui, à l’instar de Molière meurt quasiment sur scène en silence – bien entendu – alors que Terry s’en va danser vers le triomphe dans son numéro de danse.

 

Les Feux de la rampe, c’est aussi un film familial. En plus de la grande famille du cinéma muet déjà évoquée ci-dessus, on retrouve de vrais membres de sa famille : Sydney Chaplin (son fils) qui interprète Neville, le jeune compositeur, mais aussi Oona, sa femme, qui double Claire Bloom, ainsi que Géraldine, Michael et Josephine au début, dans la rue, qui écoutent l’orgue de barbarie. Et il y a même son demi-frère, Wheeler Dryden.

 

Les Feux de la rampe est le dernier film américain de Chaplin, Maccarthysme oblige, d’où cette analogie avec le testament du vagabond : en quittant les Etats-Unis, il laisse derrière lui le vagabond, définitivement.

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