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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Bresson, #Prison
Un Condamné à mort s'est échappé (Robert Bresson, 1956)

Lyon, 1943.

Le condamné à mort, c’est Fontaine (François Leterrier). C’est un résistant qui a été arrêté, a tenté de s’évader pour être repris. Torturé, il échoue dans la célèbre et terrible prison Montluc de Lyon.

Il doit s’évader.

 

Fontaine, c’est André Devigny (conseiller sur le film) qui raconte son histoire incroyable dans un livre éponyme que Robert Bresson adapte. Ce dernier nous prévient dès le début : il filme « une histoire véritable, […] sans ornement ». C’est donc avec un noir et blanc très sobre qu’il nous livre cette histoire, comme un témoignage objectif, sans fioriture. Et pendant le film, c’est surtout la voix de François Leterrier que nous entendons, nous partageant ses pensées, ses craintes, et ces petits moments de bonheur, tellement dérisoire pour nous alors que pour lui qui est enfermé, ce sont de grands instants.

 

Tout est sobre : le décor nu de la cellule ou de la prison, les personnages, les rares) échanges (rares) rapides entre les prisonniers tout de suite sanctionnés par un rappel à l‘ordre d’un soldat allemand. Jusqu’à la musique qui vient de temps en temps célébrer telle ou telle avancée : le Kyrie de la Grand Messe de Mozart ouvre et ferme le film, donnant une tonalité encore plus solennelle. A l’instar de cette musique, le son – et donc son absence – est un des éléments les plus importants. La prison est un lieu calme et silencieux, parfois troublé par des soldats qui vont et viennent et rythmé par les rituels : le repas, la toilette, la promenade, mais aussi les trains et les cloches des églises. Alors chaque geste entrepris par Fontaine, chaque action vers une libération amène un bruit amplifié par le silence alentour.

 

On ne sait pas pourquoi Fontaine est là. On s’en doute. Mais de toute façon, ce n’est pas ça qui compte. Ce qui est le plus important c’est l’utilisation du milieu – le matériel, les personnes et les lieux – pour s’évader.

 

Et puis il y a le facteur humain. Les autres détenus, séparés par les cellules mais qui se retrouvent à la toilette pour échanger brièvement quelques phrases ou conseils. Mais tout se fait sans jugement de l’autre. Etant tous des morts en sursis, il n’y a rien à attendre. Alors on respecte ceux qui sont dans la même situation.

Et puis ceux que Fontaine approche :

  • Terry (Roger Tréherne), qui lui fournit les produits de première nécessité : un crayon, du papier, du pain et une lame de rasoir ;
  • Blanchet (Maurice Beerblock) dans la cellule d’à côté. Un homme âgé qui a baissé les bras, mais qui, au contact de Fontaine, va s’ouvrir un peu, ramenant un peu d’espoir ;
  • Jost (Charles Le Clainche), un pauvre môme qui a déserté et qu’on a placé dans la même cellule.

C’est de Jost que Fontaine se méfie : ne serait-il pas un mouchard placé pur lui soutirer des informations ?

 

Si les lieux varient très peu, le temps, lui, est un composant du film lui aussi important. En effet, des ellipses peuvent concerner des périodes très longues comme très courtes. Au bout du compte, la période d’enfermement passe vite, les progrès visibles aidant à faire passer le temps. Et alors que l’évasion en elle-même est l’action la plus courte à accomplir, Bresson joue une nouvelle fois avec le temps pour nous donner une impression de longueur infinie. Il transcrit par là même le sentiment de distorsion du temps qu’éprouvent les gens en situation périlleuse. Le temps d’une cigarette peut sembler durer des heures, et quand on n’a pas toute la nuit, il faut savoir faire des choix.

Mais là encore, pendant cette évasion, rien d’ »extraordinaire. Le moment le plus spectaculaire – l’élimination de la sentinelle – n’est pas montré. On sait que Fontaine le fait, mais on voit rien tout de suite. Seul le corps sans vie, au premier plan alors qu’ils passent nous confirme ce que nous savions.

 

Au final, c’est une évasion sensationnelle qui est traitée froidement, comme un événement banal, une chose qui doit être faite. En cela, le point de vue de Bresson sera rejoint par Jean-Pierre Melville dans L’Armée des ombres : son personnage n’est pas un héros, juste un homme qui a dû faire des choses, parce que l’époque et la situation s’y prêtaient.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Roger Corman
Un Baquet de sang (A Bucket of blood - Roger Corman, 1959)

Un bras qui pend, dans une kitchenette. Un bras qui s’égoutte au-dessus d’un baquet.

Dans le baquet, du sang (d’où le titre).

 

Pas de périphrase ni de subtilité pour traduire le titre original : du mot à mot.

De toute façon, Roger Corman n’est pas ce qu’on peut appeler un metteur en scène subtil : budget serré, temps de tournage serré... Pourtant, son Baquet de sang mérite le détour. On y retrouve une parodie de l’univers beatnik des années cinquante, où poèmes, tableaux et statues s’exposaient dans des endroits branchés et où on utilisait parfois des adjuvants illicites pour stimuler la créativité…

 

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné. Un homme barbu s’adresse à nous. Enfin c’est ce qu’on croit, puisqu’en fait, il s’agit d’un poète (Julian Burton) qui déclame des vers improvisés, accompagné au saxophone par Paul Horn (excusez du peu).

Comme pour cette première intervention, ce que nous allons voir n’est pas la réalité : « ce n’est pas un homme qui s’adresse à nous mais un  poète qui déclame » se poursuit en « ce n’est pas un sculpteur qui expose, mais un psychopathe qui maquille ses victimes »…

 

Le héros (le « sculpteur »),  c’est Walter Paisley (Dick Miller), un paumé qui sert au café The yellow Door, et qui rêve de devenir artiste. Mais ses tentatives échouent lamentablement. Jusqu’au déclic : la mort d’un chat tué accidentellement. Il recouvre ce chat d’argile et le tour est joué. Le voilà sculpteur.
Et ensuite, on s’en doute, ils passent à des modèles un peu plus grands : c’est d’abord un policier venu l’arrêter, puis une jeune modèle… Toujours dans des poses mortuaires.

 

Bien sûr, on pense tout de suite à Michael Curtiz et son Mystery of the Wax Museum (1933), qui avait été refait six ans plus tôt par André de Toth (House of Wax, 1953) avec Vincent Price. Un réplique y est d’ailleurs utilisée ici (cherchez laquelle).

Mais c’est avant tout les acteurs qui font le grand intérêt du film. Ils ont les coudées franches et peuvent y aller tant qu’ils restent dans l’intrigue.
 

Dick Miller – qui ne voyait pas encore de « Gremlins » partout – est un Walter convaincant. Il a le physique du personnage : chétif, timide et un tantinet mal à l’aise, il a tout du psychopathe qu’il devient. Ce n’est rien qu’un pauvre type, sans véritable personnalité. En effet, quand le succès s’amorce, il s’habille comme n’importe quel artiste à la mode (des années 1950), véritable stéréotype du genre.

 

Mais on peut être d’accord avec Miller qui pensait qu’il aurait fallu gratter un peu plus le sujet – mais avec quel budget ? – et en faire un film plus intéressant. Toutefois, on peut se poser la question : la parenté avec Curtiz et de Toth n’aurait-elle pas été trop évidente voire teintée de plagiat ?

 

Par contre, la réclame de l’affiche est un tantinet exagérée. Je ne me sens pas malade de rire…

Tout juste un petit sourire de temps en temps…

 

 

 

 

Un Baquet de sang (A Bucket of blood - Roger Corman, 1959)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Boyer
Circonstances atténuantes (Jean Boyer, 1939)

Monsieur et madame Le Sentencier (Michel Simon et Suzanne Dantès) partent en vacances, mais tombent en panne aux abords de Paris.

Les voilà forcés de passer la nuit dans un petit bistrot où les habitués ne sont pas ce qu’on peut appeler des gens fréquentables. Parce que question fréquentations, c’est plutôt les tribunaux leur genre. En tant que prévenu.

Et Le Sentencier, lui aussi fréquentait les tribunaux. Mais c’était de l’autre côté, comme procureur…

 

Autres temps, autres mœurs…

Il ne viendrait à l’idée de personne de faire un tel film de nos jours. Non pas qu’il soit catastrophique, mais c’est parce que son propos est un peu daté.

Un procureur à la retraite qui se fait passer pour un truand, pourquoi pas. Mais qui réussit à réformer toute une bande de petits malfrats, on n’y croit pas beaucoup…

Mais en 1939, on y croyait. Il n’était pas question de faire un film où des marginaux (voire des criminels) s’en sortent ! Cette même année, Gabin se tirera une balle dans son appartement, cerné par la police (Le Jour se lève). Jusque dans les années 1960, on voyait d’un mauvais œil que les truands s’en sortent : à la fin, dans Le Cave se rebiffe, un intertitre nous informe que le coup si bien réussi n’a pas empêché ses auteurs d’être arrêtés !).

 

Alors cette histoire de procureur réformateur, en 1939, on y croyait (un petit peu). Mais surtout, il y a Michel Simon et la belle Arletty (Marie Qu’a-d’ça), alors on était sûr de passer un bon moment. Et j’avoue que le film se laisse regarder. Ce n’est pas un incontournable du cinéma de l’époque, où le réalisme poétique était si important pendant cette décennie, mais c’est une comédie de bon ton, où malgré l’invraisemblance du propos, on s’amuse des situations. Michel Simon y est un caïd (de l’honnêteté !) plus qu’impressionnant (surtout pour Marie Qu’a-d’ça) dans son comportement de faux truand auprès des autres demi-sels (parce que ce ne sont pas de grands criminels non plus).

Et puis c’est l’occasion de retrouver un peu de l’état d’esprit de la France de l’entre-deux guerres : les petits bistrots et leurs habitués, où chacun se sent un peu en famille, où on joue aux boules où on boit facilement le coup.


Et enfin c’est aussi la possibilité de réécouter la célèbre chanson Comme de bien entendu, où chacun interprète un couplet, à sa manière (le patron – Dorville – un peu éméché, Arletty avec sa voix gouailleuse…), ponctuée par la voix formidable est caractéristique de Michel Simon.

 

Alors, ne boudons pas notre plaisir…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin
Le Cirque (The Circus - Charles Chaplin, 1928)

C’est un petit cirque miteux, installé près d’une foire. Les clowns n’y sont plus drôles et le patron est un véritable dictateur, autoritaire et brutal même avec sa propre fille, la belle Merna (Merna Kennedy), la voltigeuse.

Et puis le vagabond (Charles Chaplin) paraît, involontairement, maladroitement, précipitamment… Et il sauve le cirque !

 

Depuis qu’il est passé au long métrage, Chaplin a beaucoup freiné sa production. Mais quand arrive un nouveau film, c’est à chaque fois un festival d’humour et d’émotion.

Situé entre La Ruée vers l’or et Les Lumières de la ville, Le Cirque n’a pas le prestige de ces deux autres productions. Pourtant, on y rit autant sinon plus, et l’émotion est toujours là.

Mais il manque quelque chose. Peut-être est-ce l’histoire, peut-être est-ce l’équilibre (beaucoup de scènes comiques). Toujours est-il qu’on reste un peu sur sa faim quand se rallument les lumières.


On y retrouve les ingrédients habituels : un vagabond de passage, une belle jeune femme dont il tombe amoureux (mais qui ne l’aime pas de la même façon), et une fin mélancolique. Parce que là encore, la fin n’est pas si heureuse que ça.

La jeune fille est mariée – et donc à l’abri de son père – mais ce n’est pas avec le vagabond. Et quand le cirque se met en route vers une nouvelle étape, ce dernier reste seul dans ce qui fut la piste.

Et si c’était le vagabond le problème ?

En effet, plus que d’habitude, il est la cause de son malheur. C’est lui qui met la fille dans les bras du funambule (Harry Crocker), refusant de s’en charger. Malgré un début prometteur – la séquence avec le pickpocket (Steve Murphy) et les policiers – le vagabond nous apparaît un peu plus adapté à la vie en société : il est moins égoïste, plus partageur.  Il semble avoir perdu un peu de son naturel.

 

Mais pour le reste, les séquences comiques sont formidables. C’est un déferlement : entre la poursuite avec les policiers et le pickpocket et les interventions dans les numéros du cirque, on rit de bon cœur devant de magnifiques trouvailles. Même le numéro de funambule est formidable, réglé au détail près, comme d’habitude.

Mais cette frénésie comique prend le pas sur l’émotion et déséquilibre le film. On cherche les moments poétiques qui ont fait la force de ses longs métrages précédents, et on a du mal à les trouver. Hormis la fin, peu de scènes nous émeuvent : la révélation de l’amour de la jeune fille, et son impact sur le vagabond. Mais c’est tout de même peu.

 

Mais n’oublions pas que le film sortit dans un contexte dur pour Chaplin : divorce (avec battage dans la presse), pellicule abîmée … Pas étonnant que le film s’en ressente.

 

Quant à l’ajout d’une chanson (en 1968), en ouverture, alors que la jeune fille s’entraîne aux anneaux, à part nous faire entendre la voix de Chaplin, à quoi sert-elle ? A conjurer la peur que les gens ne s’y retrouvent plus quand on leur présente un film totalement muet ?

 

Dommage.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #René Clair
Porte des Lilas (René Clair, 1957)

Brassens qui chante, Brassens qui joue.


Le Paris des quartiers, éternel, où l’urbanisation n’a pas encore pris le pas sur l’humain

 

Dans le quartier de la Porte des Lilas, la vie s’écoule naturellement : Juju (Pierre Brasseur) boit, sa mère (Gabrielle Fontan) et sa sœur (Annette Poivre) travaillent, l’Artiste (Georges Brassens) chante ses chansons pour les copains, et Maria (Dany Carrel) rêve…

Et puis arrive Pierre Barbier (Henri Vidal) : c’est un truand, tueur de policier, qu’on appelle « l’homme à la mitraillette ».

Et en plus, il se réfugie chez l’Artiste… Ce dernier et Juju doivent s’en occuper.

 

René Clair signe ici une comédie douce-amère pleine de retenue où même Pierre Brasseur joue profil bas. Pourtant, on pouvait imaginer un rôle tout en grandiloquence quand Juju apparaît : poivrot habitué à fréquenter le bistrot d’Alphonse (Raymond Bussières), à la recherche d’un coup à boire vite fait, mais surtout à l’œil…

Et non, ce n’est pas un film de beuverie. Et même la comédie se dissout dans le drame.

 

Pourtant, ça commençait comme une comédie habituelle. Mais à partir du moment où nous voyons Barbier, la comédie s’arrête, avec quelques soubresauts, comme des petites touches de couleurs dans cette histoire au final bien sombre : on est chez René Clair, tout de même. On assiste d’ailleurs à une très belle séquence quand Alphonse lit l’article de journal relatant les aventures de Barbier : dans la rue, les enfants – échappés de chez Doisneau ? – jouent à Barbier et vivent à leur façon les différentes péripéties narrées. Un

Un très beau moment.

 

Mais ce qui nous intéresse, nous, spectateurs de 2017, c’est la présence de Brassens dans ce film. Il chante, il joue, comme on lui connaît. Et il campe un personnage sur mesure : un peu ours (célibataire vivant dans une maison où le ménage n’est pas souvent fait), mais toujours prêt pour les copains, dont l’inénarrable Juju. Il n’a pas de nom, et pourtant un passeport délivré en bonne et due forme !

Il est un peu anar aussi, bien entendu, et ne tient pas plus que ça à fréquenter ces messieurs de la police…

Et son association avec Pierre Brasseur est une bonne trouvaille : la pudeur et la retenue du chanteur auraient-elles contaminé Brasseur ?

 

Et puis il reste les chansons : Le Vin, L’Amandier, que reprennent en chœur les gamins du quartier quand ils envahissent sa maison ; et surtout Au Bois de mon cœur, autre hymne aux copains (chers au chanteur), de circonstance ici où l’amitié est avant tout la valeur du quartier, même si certains ont tendance à en abuser…

 

Finalement un film – ce n’est certes pas le meilleur de René Clair - qu’on qualifierait maintenant de nostalgique, où il fait bon vivre et où l’amitié est la seule valeur, même si elle pousse parfois à faire de drôles de choses.

 

Un film attachant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jacques Prévert
Drôle de Drame (Marcel Carné, 1937)

Un écrivain subversif.

Un évêque pas toujours clair.

Un botaniste au-dessus de tout soupçon (enfin normalement).
Un tueur de bouchers.

Et… et Scotland Yard.

 

De l’humour anglais français. Tel est le film de Marcel Carné, servi admirablement par Jacques Prévert. C’est la deuxième collaboration entre ces deux monstres sacrés et on peut voire que c’est une association formidable : nous assistons à une histoire qui pourrait être assez conventionnelle si elle n’était torpillée par le ton de Prévert.

Il règne dans ce film un vent de liberté hérité du Crime de M. Lange : d’ailleurs, William Kramps (Jean-Louis Barrault) ne s’y trompe pas quand il le décrit.

 

Mais avant tout, c’est le film des monstres sacrés : Michel Simon (Felix Chapel &Irwin Molyneux), Louis Jouvet (Soper, évêque de Bedford), Françoise Rosay (Mrs Molyneux), Jean-Louis Barrault, René Génin (le balayeur de rue)… Ils sont presque tous là (je sais, j’exagère).

C’est un festival d’acteurs servi par un dialogue de premier ordre :

 

« A force d’écrire des horreurs, elles finissent par arriver » (Felix Chapel)

« Mariée ? Heureuse ? – On ne se marie pas pour être heureuse. »

C’est aussi là qu’est entendue l’une des répliques les plus emblématiques du cinéma :

Bedford (Louis Jouvet) : Moi j'ai dit « Bizarre, bizarre »… Comme c'est étrange… Pourquoi aurais-je dit « Bizarre, bizarre » ?
Molyneux : Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre ».
Bedford : Moi j'ai dit « Bizarre »… Comme c'est bizarre…

 

Bref, c’est une histoire absolument improbable servie par une distribution et des dialogues qui la rendent probable, sinon  possible. On s’amuse de cet écrivain licencieux (Chapel), de son détracteur le plus virulent et le plus proche (Soper est un cousin) le tout avec l’inconvénient du direct : Kramps, le tueur de bouchers capable de faire une entorse à son modus operandi et tuer Chapel.

 

Rien n’est sérieux, et certainement pas les institutions dont la famille, qui est aussi représentée par une vieille tante gâteuse (Jane Lory), capable de renier a famille au profit d’un inconnu publiquement décrié.

 

Oui, Jouvet et Simon ne s’appréciaient absolument pas. Mais tout de même, cette scène commune du canard aux oranges est malgré tout un sommet du genre. Et pas seulement parce que c’est Prévert qui distribue la parole. Ces deux monstres sacrés (le terme n’est certainement pas galvaudé quand il s’agit de ces deux acteurs !) sont à leur plus haut niveau et nous offrent finalement un spectacle qui va au-delà de leur ressentiment personnel (et c’est là que s’affirme le talent) : c’est un véritable sommet ! Il faudra attendre Duvivier pour réussir à les réunir dans La Fin du jour – où, là encore, ils n’ont pas besoin de s’apprécier pour jouer ensemble et nous montrer l’étendue de leur talent.

 

Alors laissons un instant le réalisme poétique de Prévert et Carné, le temps d’un (formidable) film et laissons-nous conquérir par cet humour corrosif où finalement, et malgré tout, l’humain l’emporte : alors que la foule vindicative réclame la tête de Kramps et qu’un pauvre gamin est laissé pour compte, il est tout de même un de ces exaltés pour prendre le temps d’aller le chercher et le ramener parmi les hommes (même s’il rejoint cette même foule !).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mary Pickford, #Alfred E. Green
Le petit Lord Fauntleroy (The little Lord Fauntleroy - Alfred E. Green, 1921)

A New York, Cedric Errol (Mary Pickford) vivote avec Dearest (Mary Pickford), sa mère, entourés de ses amis Hobbs (James A. Marcus) l’épicier, Mrs McGinty (Kate Price) la vendeuse de pomme et Dick (Fred Malatesta), le cireur de chaussures.

Pendant ce temps, en Angleterre, le vieux Lord Dorincourt (Claude Dillingwater) enterre son fils alcoolique suite à une chute de cheval.

Ces deux histoires semblent sans lien apparent, et pourtant...
Le père de Cedric n'est autre que le deuxième fils de Lord Dorincourt, avec qui il était brouillé suite à son mariage.
Voilà donc Cedric Lord Fauntleroy.

 

Dès le premier intertitre, on nous dévoile le principal intérêt du film: grâce à la caméra, Mary Pickford va pouvoir interpréter simultanément deux rôles. Dès lors, nous n'avons de cesse de vouloir admirer cette curiosité.
Et le résultat est là: Mary Pickford donne la réplique à Mary Pickford avec beaucoup de naturel. Et pas qu'une seule fois. Et comble de la prouesse, le fils embrasse sa mère sur la joue!
Pour le reste, Alfred E. Green utilise avec brio la double exposition (on tourne deux fois une scène sur la même pellicule afin d'avoir deux fois une même personne), la scène du baiser en étant le point culminant (il a fallu 15 heures de shooting pour trois secondes !).

 

Bien entendu, c’est un film sur mesure pour Mary Pickford. Elle reprend – comme de bien entendu – un rôle d’enfant, mais complète avec celui de la mère. Après Le Signal de l’amour cette même année, elle interprète à nouveau un personnage plus en rapport avec son âge (29 ans à sa sortie).

Mais, et c’est aussi pour ça que j’aime Mary Pickford (et je ne crois pas être le seul…) elle nous campe un petit Lord magnifique. Une fois mis de côté l’aspect très féminin du jeune Cedric, on apprécie beaucoup son côté frais et naturel qui va faire fondre le vieux Lord et renouveler cet univers vieillot. Pas d’espièglerie comme on en a un peu l’habitude. Mais tout de même une belle bagarre avec un prétendant au titre (Francis Marion) qui était venu réclamer son « dû » avec sa mère Minna (Rose Dione).

 

Certes, cette histoire est pleine de bon sentiments, mais qu’est-ce que ça peut faire ? ON prend beaucoup de plaisir à suivre cette histoire improbable, et on s’émerveille devant la prouesse accomplie.

Cette prouesse est couplée à un montage très précis où on passe facilement d’un plan avec deux Mary Pickford à un autre plan où on voit l’une des deux de dos, avec, vous l’avez deviné, une doublure. Tout n’est qu’illusion, comme l’avait si bien compris Méliès.

Une autre scène, d’ailleurs, mérite notre attention : William Havisham (Joseph J. Dowling), l’avoué de Lord Dorincourt rencontre Cedric et sa mère. On voit ces deux derniers de face, d’où double exposition obligatoire, mais en plus, Dowling doit jouer comme s’il avait deux personnages avec lui.

 

Cinq ans plus tard, Green réutilisera cette technique dans Ella Cinders quand Colleen Moore-Ella « entraîne » ses yeux…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jim Jarmush
Ghost Dog, la Voie du samouraï (Ghost Dog: the Way of the samurai - Jim Jarmusch, 1999)

« Ghost Dog ».

Il n’a pas d’autre nom (un nom de guerre ? Un nom d’Indien ? Peu importe).

Un œil plus ouvert que l’autre mais un regard perçant.

Une propension à voler de belles voitures.

Une mallette avec son matériel professionnel : une paire de gants, un scanner/décodeur et l’indispensable flingue.
Ghost Dog (Forest Whitaker, remarquable) est avant tout un tueur à gage.

Il n’a pas (ou presque pas) d’amis, et il passe son temps entre les contrats et ses pigeons.

Et puis il y a le Bushido : le code d’honneur des samouraïs qu’il se répète à longueur de temps, en faisant sa seule ligne de conduite.

 

La parenté avec le film de Melville – Le Samouraï – est on  ne peut plus évidente. Ca pourrait en être une sorte de remake, avec un propos différent : un tueur solitaire qui aime les oiseaux et qui va jusqu’au bout des principes du Bushido.

C’est une atmosphère épurée, sobre comme peut l’être le personnage principal, où malgré ce calme apparent – dans l’action comme dans la façon de filmer – les cadavres s’accumulent. Mais cela se fait en douceur, sans grandiloquence ni grand spectacle. On reste dans cette atmosphère feutrée des hommes d’honneur.

Parce que l’honneur commande avant tout. Et si les gens meurent, c’est avant tout à cause de lui : l’honneur de la famille, l’honneur du samouraï.

 

Mais c’est un film de Jarmusch, alors il y a errance. Comme dans Dead Man, son précédent film, on suit l’errance d’un personnage qui est déjà mort. Cette errance, qui coïncide avec l’honneur précédemment évoqué, ne fait que reculer le moment fatidique.

Nous savons tous, dès le commencement que le samouraï, à l’instar de celui de Melville, va mourir. Et que cette mort sera volontaire. Il suffit juste d’attendre le bon moment : quand Ghost Dog aura réglé ses affaires.

 

Mais en parallèle de cette intrigue noire, on trouve l’intervention de la télévision qui repasse d’anciens dessins animés : Betty Boop, Felix le Chat, Woody Woodpecker, Itchy & Scratchy.

Ces incursions qui semblent hoirs de propos ne le sont pas du tout : il y a à chaque fois un lien entre l’intrigue principale et ce que nous voyons à travers le petit écran :

  • Betty Boop rappelle ses pigeons en agitant un drapeau : Ghost Dog fait de même avec les siens ;
  • Le savant fou envie Félix qui se promène avec son sac magique qui le sort de toutes les situation : Ghost Dog se promène avec sa mallette et son précieux contenu indispensable pour son activité professionnelle ;
  • Un pic vert se manifeste à ses côtés, à la télévision, c’est Woody Woodpecker qui passe ;
  • Quant à Itchy & Scratchy (série à l’intérieur de celle des Simpson), leur violence assumée se suffit à elle-même dans le film…

 

Mais Ghost Dog, c’est avant tout Forest Whitaker dans un rôle très différent du bon gros noir sympathique qu’on lui connaît le plus souvent. Il a toujours sa bonhomie habituelle, son œil gauche à moitié fermé, mais il est avant tout u tueur de sang-froid. Donc redoutable.

Mais avec la fin de Ghost Dog, c’est aussi la fin d’une époque : le vingtième siècle se termine et avec lui les anciennes pratiques criminelles que ce dernier a conclues avant de lui –même disparaître. D’ailleurs, même les truands mafieux ne sont plus de la première jeunesse…

 

Et un petit plus : la présence d’Isaac de Bankolé, dans le rôle de Raymond, le glacier, qui ne s’exprime qu’en français – langue totalement inconnue de Ghost Dog – et exprime les mêmes idées que ce dernier à chaque rencontre. Un rôle non sous-titré qui laissait les spectateurs dans le même état d’incompréhension que le héros.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steven Spielberg, #George Lucas, #Indiana Jones
Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of doom - Steven Spielberg, 1984)

Il est de retour !

Le chapeau, le blouson de cuir, le fouet : tout est là !

Indiana Jones (Harrison Ford) revient après trois ans d’absence.

Mais si Harrison Ford a pris trois ans, son personnage, lui, en a perdu un !

Nous sommes en 1935, un an avant les péripéties des Aventuriers de l’Arche perdue.

On y découvre la vie avant : ses déboires (déjà), ses amis Wu Han (David Yip) et Short Round (Jonathan Ke Quan), et Willie Scott (Kate Capshaw, Mme Spielberg depuis 1991).

 

Pourtant, c’est en smoking qu’il nous apparaît, le temps d’une transaction. Mais cette négociation dégénère et le film s’emballe. A partir du moment où Indy rencontre Willie, ce sera une gigantesque course (quête de l’antidote dans une scène de panique ; chute d’un avion en canot pneumatique et descente en rafting sur la neige...) avec quelques temps plus calmes jusqu’à l’arrivée au palais de Bankot.

Mais rassurez-vous, ça repartira de plus belle jusqu’à la fin.

 

Malgré les pauses, le rythme est effréné et a parfois tendance à étourdir le spectateur. Mais tous les ingrédients sont là. Les insectes ont remplacé les serpents, l’eau la pierre qui roule et l’avion se déplace toujours en surimpression d’une carte traçant le chemin parcouru. On retrouve aussi des reliques archéologiques, des ennemis terribles et armés, des bestioles de tout type (dont des serpents, bien sûr), et une femme de caractère. Parce que Willie, si elle est très différente de Marion (plus féminine, plus futile peut-être), est tout sauf une femme facile. C’est une femme de tête qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle vaut. Et comme Jones est lui aussi orgueilleux, on assiste à un jeu amoureux assez subtile qui nous repose des scènes d’action.

 

Malgré la différence rythmique, le film est construit selon le même modèle que le précédent :

 

  • le logo de la Paramount est fondu dans le décor
  • une première séquence nous montre Indiana Jones en plein travail : après avoir trouvé le trésor (on ne voit pas ce qu’il s’est passé, c’était montré dans les Aventuriers), il négocie sa remise (et le paiement), avec des interlocuteurs pas toujours très sports ;
  • puis c’est l’exposition de la quête principale (ici retrouver la pierre de Sankara) ;
  • ensuite on a l’expédition en tant que telle pour retrouver le trésor perdu, avec moult péripéties et surtout un moment passager de défaite (ici, Indy est envoûté, la fois d’avant il était enfermé dans le Puits des Ames)
  • enfin, c’est la résolution de la quête avec – encore un passage obligé – la poursuite !

 

On sent que Spielberg et Lucas se sont beaucoup amusés sur ce film car c’est un festival de clins d’œil à l’épisode précédent bien sûr, mais aussi à d’autres choses (le club Obi-Wan par exemple dans lequel se situe la première séquence). Mais tout de même, le rythme est un peu trop frénétique.

Heureusement, le troisième opus, s’il garde des scènes d’action efficaces lui aussi, ressemble plus au premier.

 

Mais une question reste en suspens une fois le film terminé. Short Round, dont la parenté avec Tchang Tchong-Jen (le Lotus bleu) ne fait aucun doute, qu’est-il devenu l’année suivante, alors qu’Indy court après l’Arche ?

Par contre, le sort de Willie nous indiffère peu : la connaissant, elle a dû retomber sur ses pattes une fois l’épisode Jones terminé !

 

 

PS : Aviez-vous reconnu Dan Aykroyd ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Laughton, #Lillian Gish
La Nuit du chasseur (The Night of the hunter - Charles Laughton, 1955

Le Bien contre le Mal, l’amour contre la haine, l’ombre contre la lumière, Harry Powell (Robert Mitchum) contre Rachel Cooper (Lillian Gish).

Tel est en fin de compte l’histoire de ce film – le seul de Charles Laughton, quel dommage ! – où deux orphelins essaient d’échapper à un faux prédicateur qui en veut à leur argent.

Mais là encore, quel film !

 

C’est une magnifique symphonie de noir et blanc où la lumière et l’obscurité ne cessent de se partager l’écran. Et où, dans la nuit noire, point une lumière et, dans la lumière, se tapit l’âme noire de Powell.

Dès la séquence d’ouverture, nous sommes prévenus : celui que nous allons voir est méchant. C’est un faux prophète. Et c’est Rachel Cooper qui nous prévient : elle sait de quoi elle parle, comme on s’en rendra compte plus tard.

Ce faux prophète n’est rien d’autre qu’un psychopathe tueur de veuves fortunées. Mais quel personnage. Sous des allures de pasteur, il possède un pouvoir de séduction très fort contre lequel il est difficile de résister. D’ailleurs, toutes les femmes  succombent à son charme. Sauf miss Cooper. Mais depuis le départ de son fils, est-elle encore une femme ?

 

Charles Laughton nous propose un film merveilleux où la beauté des plans s’allie à leur austérité. Pas de décor grandiose. Tout est épuré. On n’a gardé que l’essentiel : l’horizon où point la lumière traversé par un homme qui chante à cheval. Même en ville, où les scènes de foules sont inévitables, Laughton réussit à suivre ses personnages dans un véritable désert urbain, accentué par l’austérité des murs. Dans cette séquence où les enfants et miss Cooper fuient la foule vindicative (contre Powell), c’est aussi leur façon d’échapper à l’obscurité (l’obscurantisme ?) et de se rendre – physiquement – vers la lumière. Lumière divine, bien entendu car la religion est très présente tout au long du film. Chaque citation ou référence biblique peut être retrouvée à un moment du film :

  • John  (Billy Chapin qui nous a quittés en décembre dernier) et Pearl (Sally Jane Bruce) s’enfuient pour échapper à Powell : la Sainte Famille qui se réfugie en Egypte pour échapper à Hérode et au massacre des Innocents ;
  • John et Pearl qui échouent chez Miss Cooper : Moïse sauvé des eaux par la fille de Pharaon.

Mais si Rachel Cooper – tout comme Harry Powell – a sans cesse sa bible sous la main, elle a aussi un fusil ! Et elle n’hésite pas à s’en servir quand l’occasion se présente.

Autre épisode biblique qui n’est pas mentionné mais qui se trouve dans le film, c’est la barque de John et Pearl qui échoue chez Miss Cooper. Cette errance, à travers la nature plus ou moins hostile rappelle par bien des points celle du peuple hébreu avant d’atteindre la Terre Promise.

En effet, et c’est une magnifique toile d’araignée au premier plan qui nous rappelle que John et Pearl ont pu s’arracher à l’étreinte de Powell (comme les Hébreux à celle de Pharaon) pour arriver dans un havre de paix où ils pourront vivre (peut-être) heureux (la Terre Promise).

Mais cette errance est aussi l’un des plus beaux moments du film, où les prises de vues de Stanley Cortez sont extraordinaires. Ce sont des noirs et blancs de toute beauté qui rendent la couleur superflue et insistent encore une fois sur cette haute bataille entre le Bien et le Mal.

 

Il y a dans ce film un apparentement certain avec le cinéma allemand des années 1920, qu’on a un peu trop qualifié d’expressionniste. La scène dans la chambre – où Powell s’apprête à tuer Willa (Shelley Winters), la mère des enfants – semble tout droit sortie du Cabinet du Docteur Caligari tant les ombres rappellent le décor torturé du fil de Wiene : ce ne sont qu’angles aigus menaçants, à juste titre d’ailleurs.

D’une manière générale, l’utilisation de l’opposition ombre et lumière rappelle cet âge d’or du cinéma allemand. Laughton, après une carrière déjà bien remplie, connaît ses classiques et s’y réfère pour notre émerveillement.

 

Mais le public ne voulait pas ça. Le film fut un échec et Laughton ne put jamais en réaliser un autre. Alors que les Etats-Unis se remettent difficilement de la guerre de Corée, pas question de voir un film qui rappelle la misère des années 1930, où nombre d’enfants errants ont vécu le même sort que John et Pearl. Quant à ce pasteur…

Quel gâchis tout de même. Il y a un sens de l’image et de l’action phénoménal chez Laughton : il raconte sans être bavard, sans avoir besoin d’expliquer voire de justifier. Tout est magnifiquement réglé. C’est un véritable chatoiement de noir et blanc.

 

Et puis il y a les deux stars : Lillian Gish et Robert Mitchum. Ils sont formidables tous les deux. Lillian Gish (déjà 62 ans quand sort le film) tout en force (morale et physique) et Mitchum en parangon d’hypocrisie, chacun au meilleur dans son rôle. Il y a beaucoup de similitudes entre les deux personnages qu’ils interprètent. Ce sont des personnages solitaires, revenus de tout. Tous deux se réfèrent constamment à la Bible, même si ce n’est pas dans le même but. Et tout comme on pouvait se poser la question de savoir si Rachel Cooper est une femme (voir plus haut), on peut aussi se poser celle-ci : Harry Powell est-il un homme ? En effet, jamais il ne touche une femme. Il a son couteau comme outil de substitution. Mais jamais on ne le voit prendre Willa dans ses bras, et la nuit de noces est très explicite.

Ces deux personnages, tout compte faits assez similaires sont d’une certaine façon la personnification du combat manichéen évoqué plus tôt. Il n’est donc pas étonnant qu’ils se rejoignent dans le chant de Powell (Leaning).

Et ce chant n’est interrompu - tout un symbole -  que par Ruby (Gloria Castillo), aveuglée par son amour illusoire pour Powell, qui apporte la lumière (Lucifer ?) et par là même aveugle Rachel : Powell a disparu !

 

Mais Rachel Cooper – le Bien – triomphe. Il fallait s’y attendre, elle nous avait prévenu dès le début.

C’est alors sans surprise qu’elle conclut le film. Le Bien triomphe, les enfants sont sauvés.

La boucle est bouclée.

 

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