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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Comédie
Les Ripoux (Claude Zidi, 1984)

« Ripou=pourri, pourri=ripou, t’as compris ? » (René)

 

Le premier, c’est René Boisrond (Philippe Noiret), un flic. Cinquantaine bien tassée, moustache réglementaire chez ces messieurs de la maréchaussée, épaules tombantes avec le poids des ans.

L’autre, c’est François Lesbuche (Thierry Lhermitte), un policier. Jeune, beau et dynamique, la tête haute, des projets plein la tête. Il voudrait être commissaire.

Enfin ça, c’est au début. Parce qu’à force de fréquenter René, François dévie progressivement de la ligne qu’il s’était donné…

 

Quand le film est sorti, on se disait que c’était l’énième film comique de Claude Zidi – il avait sorti auparavant Banzaï qui, malgré la présence de Coluche et l’intrigue en rapport avec les voyages ne volait pas bien haut – et donc, on ne s’attendait pas à des miracles.

Pourtant, ce fut un succès phénoménal (justifié) puisque le film remporta même trois Césars en 1985.

Il faut dire qu’avec ce film, Claude Zidi a pu montrer qu’il ne faisait pas que dans le comique grossier voire gras, le personnage de René étant à la fois un personnage grand-guignolesque (c’est Noiret, que voulez-vous !) et subtile, ce qui manquait un peu à ses anciennes comédies.

En effet, Philippe Noiret allie la subtilité à son jeu parfois un tantinet outré. Et ça marche très bien. La recette du duo (presque) mal assorti est aussi une des composantes du succès du film.

Ces duos, en effet sont toujours source de gags du fait de la différence évidente des personnages. Mais ici, cette différence, si elle prévaut (un jeune et un vieux) s’estompe peu à peu : François suivant l’exemple (mauvais) de son aîné. Et c’est cet aîné le personnage central de cette comédie.

 

Cette comédie, qui n’empêche pas certains effets de gros comique, y allie tout de même une dose de subtilité, le plus souvent exprimée par ce même René, vieux flics revenu de tout. Il y a dans ce personnage toute la désillusion du métier mais avec tout de même une teinte d’affection. En effet, si René est là pour protéger les citoyens, il n’en est pas moins homme et a appris à connaître ces petits délinquants qui font grimper les statistiques. Et même s’il sait que leurs activités sont illégales, il n’en a pas moins une certaine tendresse pour eux, les gourmandant plutôt que de les serrant après un délit.

 

Les deux autres composantes sont les femmes (surtout pour François) et les chevaux (grande passion de René). Les femmes sont présentes dans cette histoire plutôt masculine : Simone (Régine), qui vieillit doucement avec René et la jeune Natasha (Grace de Capitani), dont s’éprend follement François.

Elles sont là pour apporter un peu de stabilité dans la vie de ces deux flics, dont le quotidien n’est pas toujours rose (voir à ce sujet Polisse, de Maïwenn en 2010). Pour François, Natasha est le repos du guerrier : il rentre et pose son arme, pour ne s’occuper que d’elle. Pour rené, c’est une vieille compagne qui partage sa solitude et son désenchantement alors que l’âge le rattrape doucement.

Seulement voilà le magnifique paradoxe du film : ce sont toutes les deux des prostituées. Et pour un flic, ça ne se fait pas trop de partager sa vie avec ces dames…

 

Avec ce film alliant l’humour et la subtilité, Claude Zidi rend à sa façon hommage à la police. Mais sans tomber non plus dans l’hagiographie. Ce ne sont pas les héros aux prouesses extraordinaires que nous suivons. Non, de simples flics, avec leur bons côtés et leurs défauts : des êtres humains, faillibles.
Et autour du duo vedette évoluent d’autres figures connues du cinéma, mais toujours dans de courtes apparitions. De ces acteurs qu’on a déjà vu mais dont on ne connaît pas toujours le nom : René Morard (Fernand), François Cadet (l’hôtelier), Jacques Ciron… Sans oublier le grand Julien Guiomar.

Et puis un inconnu alors, dans un tout petit rôle de bagarreur arrêté pour voie de fait (normal, on l’avait traité d’enc…) : Ticky Holgado.

 

Mais le film, s’il fonctionne, c’est aussi grâce à l’étroite collaboration entre Zidi et son coscénariste et dialoguiste : Didier Kaminka.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edmond T. Gréville
Les Mains d'Orlac (The Hands of Orlac - Edmond T. Gréville, 1960)

Les Mais d’Orlac III : le retour des mains maudites.

 

Oui, il est de retour. Le pianiste maudit est cette fois-ci interprété par Mel Ferrer. Il s’appelle toujours Stephen (prononcer [stefεn]), et les mains sont toujours celles de Vasseur.

Quant à l’intrigue, elle reprend plutôt celle de Robert Wiene que celle de Karl Freund. Mais avec une distribution assez prestigieuse : en plus de Mel Ferrer, on a la chance de pouvoir voir Christopher Lee, Donald Pleasence (splendide, non ?) et la belle Dany Carrel.


Mais malgré la présence de ces stars, la question demeure : était-il bien nécessaire de faire ce film ?

Parce que, à part la possibilité d’entendre Christopher Lee et Mel Ferrer deviser en français, il n’y a pas grand chose à sauver.

 

Ce n’est pas complètement désagréable à regarder, mais tout de même un peu plat. S’attaquer à un tel film après les deux autres versions a un côté suicidaire. Le film, s’il s’attache plus au sort du pianiste, ne prend jamais la dimension fantastique qu’on aurait pu en attendre.

Que Stephen Orlac s’abîme les mains suite à un accident d’avion, pourquoi pas, on est dans une version plus modernisée. Mais justement, c’est le seul élément qui change. Pour le reste, seule les coiffures et allures des gens nous indiquent que nous sommes à une autre époque.

Donc finalement, la « modernisation » n’apporte rien de plus.


Envolée la dimension obsessionnelle de Paul Orlac (1924) ou celle de Gogol (1935). Il ne reste que celle de Stephen, qui ne l’empêche finalement pas trop de vivre.

Il manque vraiment ce qui faisait le sel des deux précédents films : la portée fantastique voire fantasmagorique lors de l’apparition du faux Vasseur affublé de ses prothèses tombe à plat, comme le film en général.

 

Quel gâchis d’avoir à portée de mains (c’est le cas de le dire) de grands acteurs et arriver à produire un film aussi fade.

On aurait attendu mieux de quelqu'un qui a fait ses classes sur le Napoléon de Gance...

 

Dommage, vraiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Dean Parisot, #Comédie, #Morgan Freeman
RED 2 (Dean Parisot, 2013)

Trois ans après, ils reviennent, un peu plus âgés, certes, mais toujours aussi efficaces.

Bien entendu, Morgan Freeman n’est plus là, mais on découvre un nouveau retraité, lui aussi d’office, mais dans un hôpital psychiatrique en plein cœur de Londres : le professeur Bailey (Anthony Hopkins).

 

Si le premier opus fut une agréable découverte, cette suite est tout de même un tantinet convenue et ne possède la magie du premier qu’à de rares moments. Il est tout de même agréable de revoir ces vieux compagnons d’armes ans des histoires improbables (tant que ça ?), mais le plaisir s’est émoussé. Et même les scènes d’action les plus intense manquent de cette fraîcheur qui rendait irrésistibles ces retraités extrêmement dangereux dans le film précédent. Même Marvin (John Malkovich) n’est plus aussi paranoïaque qu’avant, c’est dire.

 

Mais heureusement, Anthony Hopkins est là, dans un rôle de vieux gâteux qui ne l’est pas tant que ça, toujours aussi british, mais avec une certaine fêlure qui lui sied tout à fait.

 

Pour le reste, on retrouve l’arsenal habituel de gros flingues et revolvers, le tout avec une sous intrigue amoureuse : quand paraît Katja (Catherine Zeta-Jones), ancienne petite amie de Frank (Bruce Willis). Il y a des couples qui se font et se défont dans les coups durs : ici, pas de soucis, c’est l’inaction qui pourrait séparer Frank et Sarah (Mary-Louise Parker), plus qu’une rivale !

 

Le seule petit changement, finalement, c’est l’usage de la bande dessinée pour les transitions entre les différents lieux de l’intrigue. Red est avant tout une BD de chez E.C. Comics : des dessins de Cully Hamner et des textes de Warren Ellis.

 

Et même si les retrouvailles – brèves – entre Victoria (Helen Mirren) et Ivan (Brian Cox) sont jubilatoires, elles ne représentent qu’une infime parenthèse dans un film où on tire plus (un peu trop d’ailleurs) qu’on ne s’explique entre gens civilisés – avant de tout de même s’entretuer, cela va sans dire – comme auparavant.

 

Dommage.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #Rian Johnson
Star Wars Episode VIII : Les derniers Jedi (Star Wars: Episode VIII - the last Jedi - Rian Johnson, 2017)

Et l’aventure continue.

Nous retrouvons nos héros à l’aube d’une bataille contre Snoke (Andy Serkis), l’infâme dirigeant du Premier Ordre.
Mais surtout, nous retrouvons Luke Skywalker (Mark Hamill), déniché par Rey (Daisy Ridley), prête à devenir à son tour chevalier (pas chevalière, en tout cas) Jedi.

Il ne manque que Han Solo (Harrison Ford) et nus aurions tout notre monde. En effet, R2D2 (Anthony Daniels) et C3-PO (Jimmy Vee) sont aussi là, plus fringant (R2-D2) et peureux (C3-PO) que jamais.

 

Comme dans l’épisode (moyen) précédent, on retrouve l’analogie de la trilogie IV-V-VI : Rey, à l’instar de Luke part retrouver un maître Jedi afin d’être initiée, et encore une fois, on assiste à une confrontation entre l’affreux méchant et cette nouvelle Jedi, en présence de l’héritier présomptif de Vader. Et encore une fois, ce dernier se retourne contre son maître.

Mais là s’arrête l’analogie, nous partons pour une nouvelle série, le Réveil de la force n’étant, semble-t-il, qu’un épisode de transition.

 

J.J. Abrams, qui avait réalisé l’épisode précédent, a laissé la place à Rian Johnson et ce qu’on peut en dire, c’est que la série continue enfin. Il y a de magnifiques scènes de combat spatial, avec destruction du vaisseau ennemi (de la Résistance) dans un silence absolu. Et là, l’effet est saisissant. Le vaisseau se disloque dans un festival d’explosions silencieuses… Jusqu’à ce que le son reprenne ses droits.
A un moment, on a rêvé que le réalisateur s’était décidé à respecter le silence des espaces infinis de Pascal. C’est bien connu : « dans l’espace, personne ne vous entendra crier sonoriser les moindres actions des engins spatiaux qu’on laisse tomber la vraisemblance.

 

Parce que l’intérêt du film est ailleurs.
C’est surtout le retour de Luke qui retient notre attention. Il est là, le véritable réveil de la Force. Et son retour nous offre un bel affrontement avec Kylo Ren (Adam Driver), vrai héritier de son grand-père, lui aussi tenaillé par des sentiments opposés le rapprochant de son opposé (en tout point) Rey.

 

Pourtant, dès le début, ce n’était pas gagné. Depuis que l’empire Disney a racheté la franchise, on retrouve certains éléments parasites par rapport à cette magnifique saga. Le texte d’introduction puis certaines scènes du début sont véritablement estampillées Disney, de même que les drôles de créatures de l’île où s’est retiré Luke : sorte de croisement d’une chouette et d’un pingouin.

Mais là encore, passons.


Je terminerai en mentionnant le personnage de DJ, interprété par Benicio del Toro : un truand (qui pourrait nous en rappeler un autre malheureusement disparu) dont la seule motivation est l’argent, mais qui, malheureusement disparaît assez rapidement. Dommage, on aurait pu s’amuser plus longtemps…


Enfin, on assiste aux retrouvailles de Leia (Carrie Fisher) et Luke. C’est un moment d’émotion intense, surtout quand on sait qu’elle mourut après le tournage. Cette rencontre finale est l’un des plus beaux moments du film (qui lui est, bien entendu, dédié).


Attendons la suite patiemment : si l’épisode IX est dans la lignée (voire dans une progression constante), on pourra se réjouir de sa sortie.

 

Alors, encore une fois : A suivre…

 

PS : pourquoi un pluriel dans le titre français ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guy Ritchie, #Sherlock Holmes
Sherlock Holmes : Jeu d'ombres (Sherlock Holmes: a Game of shadows - Guy Ritchie, 2011)

Sherlock Holmes (Robert Downey Jr.) et John Watson (Jude Law) sont de retour. Ainsi que la belle Irene Adler (Rachel McAdams) et l’inspecteur Lestrade (Eddie Marsan).

Mais si ces deux derniers ne font qu’une courte apparition, nous avons le plaisir de rencontrer deux nouveaux personnages : Mycroft Holmes (Stephen Fry), frère aîné de Sherlock et le célèbre professeur Moriarty (Jared Harris), méchant patenté, qui n’est plus une ombre.

 

C’est donc reparti pour une nouvelle aventure (la dernière semble-t-il, tout du moins avec cette distribution…) d’un des duos les plus célèbre de la culture populaire mondiale. En effet, Holmes et Watson ne sont pas seulement des héros de papier : la réplique de Holmes (élémentaire…) est sur toutes les lèvres dès qu’on parle de lui ou qu’une situation quotidienne paraît évidente. C’est le plus grand détective de la littérature, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Hercule Poirot (allez relire Agatha Christie).

Mais revenons au film. Guy Ritchie reprend l’intrigue quelques temps après la fin du film précédent, et surtout nous présente le seul rival possible de Sherlock : le professeur Moriarty*.

Nous avons affaire à un personnage extrêmement bien armé, un négatif du détective. Lui aussi est brillant et le sait, mais là où Holmes entend rendre justice et préserver la paix, Moriarty assassine impunément et entend semer la guerre. C’est un méchant magnifique, digne de Conan Doyle : on retrouve le flegme britannique additionné d’un grand sang-froid et d’une attitude réservée voire glaciale, comme sait l’être un gentleman. Tout comme Holmes, il ne cède pas à l’émotion, poursuivant sans relâche son objectif létal.

Et leur confrontation finale est une explosion de déductions – élémentaires (bien sûr) – pour eux, reprenant la méthode holmésienne de combat, anticipant chaque mouvement en fonction de son contexte. Le tout dans un ralenti qui a tendance à un peu trop être présent dans le film.

Certes, ce ralenti nous permet de mieux apprécier la même scène en vitesse normale, mais ça devient lassant à un moment.

 

Mais si l’opposant est réussi (et comment** !) l’adjuvant – Mycroft – l’est tout autant. Stephen Fry a l’allure du Mycroft dessiné par Sidney Paget pour le Strand Magazine, ainsi qu’une attitude so British encore plus caractéristique que celle du docteur Watson, ce dernier cédant tout de même à ses émotions (il se marie !). Mycroft est très certainement pire que Sherlock, toujours imperturbable mais l’esprit éternellement aux aguets. Sa façon de déambuler dans sa demeure en présence de Mrs Watson vaut vraiment le coup d’œil.

 

Quoi qu’il en soit, nous assistons à une conclusion de leur « relation » – « partenariat », préfère Watson) – qui va dans le sens de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle : Moriarty et Holmes sont engloutis par la cataracte de (Reichenbachfall dans le roman). Mais cette relation va se terminer dans une apothéose de péripéties merveilleuses, allant de l’enterrement de vie de garçon de Holmes à la véritable lune de miel de Watson et Madame (Kelly Reilly).

Nous retrouvons le sel de ce qui fit notre bonheur dans le premier film : l’intrusion inévitable de Holmes dans la vie de Watson, comme celle d’un ancien amant délaissé. Oui, j’exagère un peu. Mais tout de même, leur dernière activité commune est une valse dont la conclusion résume cette relation particulière. Un grand moment, bien que court.

 

Une dernière enquête magnifique pour un personnage qui ne l’est pas moins.

 

 


 

 

 

 

* Mycroft aurait pu être cet égal s’il n’était encore supérieur à son frère, droit d’aînesse (pourquoi pas) exige.

 

** Condition sine qua non d’un bon film !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Karl Freund
Les Mains d'Orlac (Mad Love - Karl Freund, 1935)

Un autre réalisateur, une nouvelle histoire.

 

Orlac (Colin Clive) est toujours un pianiste et compositeur virtuose, et encore une fois, il perd l’usage de ses mains dans un accident de train. Mais il a changé de prénom, il s’appelle maintenant Stephen, comme dans le roman.

Encore une fois, un docteur – le docteur Gogol (Peter « M » Lorre) lui greffe une autre paire de mains. Et encore une fois, ce sont les mains d’un assassin, un lanceur de couteau de cirque, Rollo (Edward Brophy*).
Et encore une fois, il a une femme très belle – Yvonne (Frances Drake) – et ils sont très amoureux l’un de l’autre.

 

Mais si le film de Robert Wiene insistait sur Orlac et son traumatisme, Karl Freund, lui, insiste sur la femme et le docteur qui a réalisé l’opération. Le docteur Gogol est interprété par un compatriote de Freund, ce qui explique aussi la teinte germanique du film. En effet, on retrouve l’ambiance des ombres du cinéma allemand qui précéda l’arrivée des nazis au pouvoir. Et il y a dans le personnage de Gogol une parenté évidente avec Hans Beckert, le psychopathe de M le Maudit : le même regard globuleux chargé de folie (d’où le titre original) et le délire de cet homme qui aime mais n’est pas aimé en retour.

Parce que Gogol aime. Il aime Yvonne d’un amour ardent mais malheureux.

 

Yvonne est en effet très belle : c’est en quelque sorte un croisement entre Dorothy Lamour et Olivia de Havilland. Et Yvonne est, avec Gogol, un des personnages centraux du film. Mais elle ne peut pas aimer Gogol.

Son aspect tout d’abord, est assez répulsif : totalement chauve, les yeux globuleux dont un est plus ouvert que l’autre. Bref, un personnage on ne peut plus inquiétant. Et Peter Lorre est formidable dans ce rôle de savant fou. Fou mais distingué et capable d’aimer. Sauf qu’il est aussi capable de tuer par amour (d’où encore une fois le titre original Mad Love).

 

Quant à Orlac, il n’est ici qu’un personnage secondaire, torturé par l’opération qu’il a subi et beaucoup plus assujetti à ses mains, lançant compulsivement des couteaux ou autres projectiles pointus. Mais pourtant sa présence n’est pas dénuée d’intérêt. En effet, nous sommes dans la mouvance des films d’épouvante, instaurée par la Universal en 1931 avec Frankenstein de James Whale. Dans ce film, le docteur Frankenstein était interprété par ce même Colin Clive qu’on retrouve dans le rôle d’Orlac. Et encore une fois, s’il a le rôle de jeune (enfin pas tant que ça) premier, il a encore une fois un rôle éclipsé par le monstre, en l’occurrence ici le docteur Gogol. De plus, il est passé sous contrat à la MGM, qui a distribué le film. Enfin, on ne peut pas passer à côté du petit détail « qui tue » : Françoise (May Beatty), la gouvernante de Gogol s’exclame à travers les vapeurs de son ivresse permanente : « it’s alive… »

 

Même s’il s’est un tantinet éloigné de l’intrigue originale de Maurice Renard, Karl Freund nous offre un film beaucoup plus inquiétant que celui de Robert Wiene. Déplacer l’intrigue vers le chirurgien donne plus de force à cette histoire de possession quasi diabolique.  Et avoir choisi Peter Lorre pour interprète accentue le sentiment d’épouvante recherché.

Lorre est, encore une fois, extraordinaire, dans un autre genre de folie. Quel film et quel rôle pour son premier long métrage américain, même s’il est dirigé par un autre Allemand.

Dirigé de main de maître, cela va sans dire, et Freund nous montre qu’il n’a rien oublié de son métier de cameraman : il use des éclairages – et donc des ombres – avec brio, ainsi que des cadrages pertinents, et d’inévitables surimpressions pour les scènes de rêve, donnant une sensation d’angoisse beaucoup plus forte que ne l’avait fait Wiene.

Sans oublier la panoplie de Rollo, assassin guillotiné puis ramené à la vie par ce même infâme Gogol : absolument terrifiant.


Un (tout) petit bémol toutefois à propos du film. Si la durée est considérablement raccourcie (de 113 minutes dans la version allemande, à 68 ici), on assiste tout de même à une fin qui aurait mérité un peu plus de développement, plutôt que de s’arrêter ainsi.

Mais ne boudons pas notre plaisir, et savourons un film qui, avec le temps est devenu un incontournable du cinéma d’épouvante.

 

A revoir, sans aucun doute.

 

 

 

PS : A noter que la petite fille qui est opérée par Gogol (ou plutôt son assistant), Cora Sue Collins a eu 90 ans en avril dernier…

 

 

 

*Nom de cirque s’il en est, rappelez-vous le nom des deux frères dans Freaks : c’était déjà Edward Brophy qui jouait un des deux Rollo

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Cronenberg
EXistenZ (David Cronenberg, 1999)

EXistenZ est un jeu vidéo mis au point par Allegra Geller (Jennifer Jason-Leigh). Mais attention, il s’agit d’un jeu sans aucun équivalent. Car, non seulement on joue, mais en plus, on vit ce jeu. Mais dès la séance de démonstration, les choses s’emballent et on essaie de tuer Allegra. En fuite avec son garde du corps Ted Pikul (Jude Law), elle décide de tester son jeu avec lui afin de voir s’il n’a pas été détraqué par les événements violents de la soirée.

 

Il s‘agit avant tout d’un film sur les dérives du numérique et de leur impact sur la vraie vie. En effet, nous passons constamment de la vie réelle à une réalité virtuelle où finalement, ces deux univers sont très proches l’un de l’autre, amenant des questions existentielles incontournables : suis ce que je pense être ou suis-je le personnage d’un jeu dirigé par une entité autre, bien qu’elle me ressemble.

Et bien entendu, David Cronenberg nous balade d’une réalité à l’autre sans nous prévenir, laissant ça et là des indices pour nous aider ainsi que ses personnages. Parce que nous sommes dans la même situation que ces derniers. On a du mal à cerner l’univers dans lequel ils évoluent, cherchant des indices afin de rationaliser les images.

 

Et c’est là qu’est la virtuosité de Cronenberg : nous emmener quelque part, nous aider à découvrir, puis nous décontenancer. A un moment, on ne sait plus où on est et on en arrive à douter de ce que nous voyons. Et si Allegra semble familière de ce monde virtuel, il n’en va pas de même de Pikul, toujours préoccuper par sa propre identité. Et pour cela, c’est à lui que nous nous identifions : Allegra a toujours une longueur d’avance dans cet univers.

 

Avec ce film, David Cronenberg tourne une page. En effet, dans les films suivants, il va se mettre à aborder des réalités plus tangibles que dans ses films précédents : il y a chez lui un souci de déformer la réalité, mélanger les mondes afin d’en faire des univers plutôt cauchemardesques (Videodrome, Scanners), mais tout de même distincts de notre réalité.
Mais ici, nous assistons à un aboutissement de cette dualité : sous prétexte de jeu vidéo virtuel, il repousse indéfiniment la frontière entre le réel et ce qui ne l’est pas.

De plus, il y a dans ce jeu vidéo un élément malsain, soutenu par la musique inquiétante de Howard Shore.

D’où vient le malaise ? Du « pod », un élément duel indispensable pour le jeu : c’est un composé hybride et organique qui tient lieu de console de jeu ainsi que de manette. Son aspect mou et rose le rapproche de l’humain, rappelant l’embryon. Et cette analogie est renforcée par les cordons utilisés pour se connecter : ils ont un aspect de cordons ombilicaux reliés à une matrice. Et pour Allegra, ce pod n’est rien d’autre que son enfant, qu’elle traite comme une mère en lui portant toute son attention et en le protégeant des agressions extérieurs.

 

Il y a un cousinage étonnant avec le Matrix des frères/sœurs Wachowski (sorti la même année, un mois plus tard) : en effet, ces deux films de la dualité entre les mondes réel et virtuel. Mais si les Wachowski partent du point de vue que la réalité est celle de la matrice et non celle qu’on vit quotidiennement, Cronenberg est plus ambigu, voire subtile : jamais il ne dit quelle est la réalité, permettant au spectateur une empathie plus forte pour son héros Pikul, puis, malgré tout, pour Allegra qui voit la situation lui échapper de plus en plus.

 

Et puis il y a les autres personnages, ceux que les héros rencontrent afin d’avancer dans le jeu. Adjuvants ou opposants, ils se meuvent dans le jeu comme des zombis, attendant patiemment un mouvement ou une phrase des héros pour agir ou parler. On assiste alors à des situations un tantinet comiques où ces personnages attendent, faisant toujours la même action pour patienter. C’est un des éléments qui nous permet d’identifier le monde dans le quel on se trouve.

Mais si c’était aussi évident que cela, le film ne serait pas aussi intéressant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Schwentke, #Comédie, #Morgan Freeman
RED (Robert Schwentke, 2010)

Frank Moses (Bruce Willis, 55 ans) vit seul dans une grande maison alors que noël approche. Frank est retraité, et il passe son temps à lire des romans d’espionnage et regarder un noyau d’avocat germer.

Mais en cette période de noël, son ancien service a décidé de lui offrir un petit cadeau : le radier définitivement des fichiers.

Après en avoir réchappé, Frank décide de revoir ses anciens collègues de travail : ceux qu’il fréquentait quand il travaillait pour la CIA, avant la disparition du rideau de fer…

 

Nous faisons donc la connaissance de ceux qui, une vingtaine d’années auparavant (avant 1989, quoi), étaient employés par les différents service de contre-espionnage. Enfin bref : c’était des agents secrets.
Aux côtés de Frank, on retrouve Joe Matheson (Morgan Freeman, 73 ans) et Marvin Boggs (John Malkovich, 57 ans) pour la CIA, Victoria (Helen Mirren, 65 ans) pour le MI6, et Ivan Simonov (Brian Cox, 64 ans) pour le KGB. Bref des représentants des trois grands services secrets mondiaux d’avant.

C’est sûr, depuis la fin des régimes communistes, ces braves gens ont été un tantinet oubliés. Mais pas assez tout de même, puis que quelqu’un essaie de se débarrasser de Frank.

 

Nous sommes dans un film d’espionnage tout ce qu’il y a de conventionnel. A une exception près : les véritables vedettes sont âgées. Nous pénétrons alors dans un univers peu exploité au cinéma : la vieillesse de ces gens-là. Il faut dire qu’habituellement, leur espérance de vie est assez limitée voire réduite d’heure en heure.
Et ces vieilles gloires n’ont absolument rien perdu de leurs réflexes, compliquant une opération qui se voulait tout à fait normale, voire banale : éliminer des témoins gênants. Rien que de très naturel dans ce genre de milieu.


Mais c’est justement la présence de ces vieilles gloires qui fait tout le charme du film, le rendant bien improbable, mais tellement savoureux. En face de ces papis et mamie, on trouve une jeune garde, représentée par Cynthia Wilkes (Rebecca Pidgeon), directrice de service aux dents longues, et sous ses ordres William Cooper (Karl Urban), un jeune agent très talentueux dans le domaine des falsifications. Un genre de Frank Moses en plus jeune.

Et bien entendu, Robert Schwentke joue de cette différence d’âge, reprenant le sempiternel thème de lutte intergénérationnelle, où les jeunes ont tendance à pousser un peu trop vite les cartes vermeilles à la casse…

 

Et au milieu de tout ce beau monde : Sarah (Mary-Louise Parker), conseillère au fonds de pension qui ne connaissait Frank que parce qu’elle gérait son dossier…


Alors on s’amuse beaucoup. Il faut dire que parmi nos vieux  papis, on trouve un John Malkovich formidable : un agent à qui on a fait ingérer quotidiennement une dose de LSD a forcément des séquelles.
Mais cette aventure sous fond d’espionnage est avant tout une visite guidée des Etats-Unis : en effet, à chaque nouvelle ville traversée par Frank, on a droit à une carte postale en ouverture. Bien entendu, ce ne sont pas les sites les plus célèbres que nous visitons. Ce serait plutôt un circuit touristique des coulisses de la diplomatie mondiale : on fait un tour à Langley dans les locaux pas très accueillants de la Cia ; on pénètre l’ambassade de Russie… Bref, on voit ce que l’on veut d’habitude nous cacher.

 

Malgré tout, ces gens ont une vie : Frank aime Sarah et Sarah n’est finalement pas indifférente à ce grand chauve au gros pistolet ; Ivan aime Victoria, mais comme c’était la guerre froide, ils ne pouvaient pas trop se fréquenter ; et Marvin aime son cochon (si vous n’avez pas vu le film, vous ne pouvez pas comprendre.


Et entre toutes ces vieilles canailles s’installe un climat de tendresse teintée de nostalgie qui n’est pas pour déplaire.

 

C’est bien connu : c’était mieux avant.

 

 

 

PS : R-E-D = Retraité et Extrêmement Dangereux. Heureusement que cet acronyme convient au français, sinon, on se demande bien à quel titre nous aurions eu droit.

 

PPS: En prime, parmi les vielles gloires, on a le plaisir de retrouver Richard Dreyfuss (63 ans) et, dans un de ses derniers rôles, Ernest Borgnine (93 ans), gardien d’un service d’archives hautement confidentielles, et qui, bien entendu, n’existe pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guy Ritchie, #Sherlock Holmes
Sherlock Holmes (Guy Ritchie, 2009)

Une loupe.

Une pipe.

Un violon.

Sherlock Holmes est de retour au cinéma.


Après John Barrymore, Basil Rathbone ou encore Robert Stephens (pour ne citer qu’eux), c’est Robert Downey Jr. qui reprend le rôle du détective le plus célèbre. Et en plus, il nous gratifie d’une interprétation somptueuse. Il faut dire qu’il est bien entouré : avec Rachel McAdams (Irene Adler) et Jude Law (John Watson),  ils composent un trio qui donne un sacré coup de jeune aux aventures du héros de Sir Arthur Conan Doyle.

 

Parce que Guy Ritchie – britannique, cela va de soi – réussit à redonner vie à ce personnage mythique en reprenant un peu l’esprit des livres de Sir Arthur.

Certes, nous sommes en pleine ère victorienne (Le Tower Bridge ayant été mis en service en 1894, on peut dater la période aux alentours de 1890), mais malgré tout, Holmes est un personnage moderne qui ne répugne pas à utiliser ses poings pour réussir.

Alors que Basil Rathbone a amené le côté flegmatique du personnage qu’on lui connaît, ici, on brise les standards et on fait de Holmes un homme jeune, loin d’être coincé, mais l’esprit toujours aiguisé. Et puis, de toute façon, Downey étant américain, il partait avec un désavantage sur Rathbone, britannique s’il en fut.

L’autre bonne surprise, c’est Watson. Là, pas de problème, c’est un autre véritable britannique : Jude Law.

Makis alors que Watson nous apparaît comme un médecin bien pépère, un tantinet bedonnant et au flegme légendaire, nous avons la surprise de découvrir un docteur flegmatique certes, mais absolument pas sur le modèle attendu.

Watson est encore un jeune docteur, mais jouit tout de même d’une bonne réputation.

 

Il y a un autre détail étonnant : Watson quitte le 221B, Baker Street, pour un nouveau logement en vue d’un mariage ultérieur.

Oui, Watson quitte Holmes. Pour une femme. Et cette rupture, même si elle est programmée et autant que faire se peut effective, n’en revient pas moins souvent dans les rapports entre les deux amis. Il y aurait une dose d’homosexualité – latente – que je n’en serais pas surpris. Les producteurs non plus puisqu’ils ont de mandé  Guy Ritchie de cesser les insinuations s’il voulait pouvoir tourner une suite.

Il est clair que le lien entre Holmes et Watson est plus fort que dans certaines versions précédentes. Mais il n’en demeure pas moins que ce lien, malgré ce mariage imminent, ne pourra jamais être sectionné. Il ne peut y avoir de Holmes sans Watson : pour sa patience, pour son esprit plus pragmatique, et surtout pour son indispensable aide dans les enquêtes.


Et là encore, Watson nous montre que dans les grandes écoles anglaises, on ne fait pas qu’étudier la médecine. Les sports y sont pratiqués (combat, tir…) et se révèlent nécessaires dans ces nouvelles aventures du duo.

Mais si le flegme a quitté Holmes, il n’en va pas de même pour Watson, toujours impeccable, même dans les coups durs.

Mais la présence de femmes autour de nos deux gentlemen donne aussi un caractère authentique à leurs aventures. En effet, Watson aime une femme et compte bien l’épouser, malgré les critiques et stratagèmes de Holmes pour le discréditer auprès de sa bien-aimée.

Mais si Watson est amoureux, on peut en dire de même de Holmes, épris fébrilement de la belle Irène, mais n’avouant jamais qu’il en va ainsi, gardant enfouis en lui ses sentiments pour la belle aventurière : on est britannique ou on ne l’est pas.

Alors on suit avec beaucoup de jubilation cette histoire de Britanniques dans une époque hautement caractéristique et si propice au cinéma. Londres retrouve son lustre de la deuxième moitié du XIXème siècle sans pour autant faire oublier ses quartiers louches des bords de la Tamise.
 

Alors Ritchie déroule. Ca s’enchaîne dans un rythme effréné certes, mais ponctué de cet humour britannique cher au réalisateur. De plus, les dialogues rythment souvent l’action (à moins que ce soit le contraire), donnant encore plus de force à cet humour très particulier, mais tellement bon.

 

Bref, une belle réussite, n’est-elle pas ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Robert Wiene
Les Mains d'Orlac (Orlacs Hände - Robert Wiene, 1924)

Paul Orlac (Conrad Veidt) est un pianiste de renommée mondiale. A la fin d’une tournée, il rentre retrouver Yvonne (Alexandra Sorina), sa femme. Dans le train qui le ramène il pense à la douceur de ses cheveux, à la chaleur de son corps…

Mais le train a un accident et Paul perd ses mains.

Mais le docteur Serral (Hans Homma) est un génie doublé d’un artiste : il greffe une nouvelle paire de mains au malheureux Orlac.

Tout irait bien si ces mains n’étaient pas celle de Vasseur, un criminel qui vient d’être guillotiné.

 

C’est une histoire fantastique, et dans tous les sens du terme. Mais le seul bémol que je donnerai – et qui n’est pas si anodin que ça – c’est que c’est Robert Wiene qui a réalisé le film.

Wiene a montré son talent dans Le Cabinet du Dr Caligari, mais on sent qu’il atteint ses limites avec ce genre d’histoire : l’accident de train n’en finit pas, et à part pour une séquence, c’est Conrad Veidt qui, par l’étendue de son talent, démontre le mieux la torture et le tourment que vit Orlac. C’est un Fritz Lang ou un Alfred Hitchcock qui auraient pu rendre cette histoire grandiose. Alors contre mauvaise fortune, faisons tout de même bon cœur : la performance de Veidt est l’une de ses plus belles, avec celle de Cesare (déjà Conrad Veidt dans Caligari).
Il est un Orlac extrêmement convaincant, souffrant les mille et un tourments d’une situation qui lui échappe.

A l’instar de Cesare, Orlac est prisonnier de l’emprise qu’ont ses nouvelles mains sur lui. Il ne se contrôle pas toujours, et quand un nouvel assassinat a lieu et que ce sont les empreintes de Vasseur qu’on retrouve, sa raison vacille.

Bref, nous sommes dans un film où la folie rôde à chaque coin de rue (sombre).

 

Mais au-delà de cette histoire de mains criminelles, c’est – encore une fois – la prémonition si chère à Siegfried Kracauer* qui s’expose devant nos yeux : comment ne pas penser, plus de soixante-dix ans après l’expérience nazie, que ces mains qui contrôlent un homme et le dénaturent ne sont pas une représentation de cette main de fer qui s’installera moins de dix ans après la sortie du film. Ces mains qui annihilent la volonté trouvent leur écho dans le système politique hitlérien d’endoctrinement.

Bref, nous sommes bel et bien dans un film allemand.


Mais Orlac, c’est aussi une histoire de solitudes :

  • solitude d’Orlac, assujetti à ses mains, incapable de retrouver l’inspiration qui lui permettait d’exécuter de magnifiques oeuvres pour piano. La seule manière qu’il a de retrouver son inspiration perdue, c’est d’écouter des enregistrements qu'il en fit avant ;
  • Solitude d’Yvonne, délaissée par son mari qui n’ose plus la toucher, et relancée par des créanciers intransigeants ;
  • Solitude enfin du père d’Orlac (Fritz Strassny), misanthrope apparent, refusant de revoir son fils, et encore moins de l’aider.

 

Mais même si Wiene n’est pas Lang ou Murnau, son adaptation reste tout de même intéressante, les acteurs (surtout Veidt et Fritz Kortner dans le rôle de Nera) donnant une grande dimension à cette histoire pourtant improbable (jusqu’à la résolution finale, bien sûr).

 

Lang et Hitchcock ne tourneront pas cette histoire. Mais Karl Freund (opérateur et donc magicien allemand) s’y attellera avec en vedette un autre Allemand : Peter « M le Maudit » Lorre.

 

Mais ceci est une autre histoire, ou plutôt non : un autre film !

 

 

           * De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand, l’Age d’Homme, 1973

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