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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Stuart Heisler
Le grand Bill (Along came Jones - Stuart Heisler, 1945)

 

« And then along came Jones
Tall thin Jones
Slow-walkin' Jones
Slow-talkin' Jones
Along came long, lean, lanky Jones »

 

Le refrain de cette chanson des Coasters (1959) est à rapprocher du film de Stuart Heisler, qu’on a (encore une fois très) mal traduit : Along came Jones*.

Et le Jones dont il est question (dans le film) se nomme Melody Jones et ce n’est rien moins que Gary Cooper (1,91 m) qui l’interprète avec sa nonchalance légendaire.

Jones arrive donc dans une petite ville (Payneville). Et chose étonnante, personne ne veut se mesurer avec lui. En effet, ses initiales « MJ » sur sa selle ont trompé les habitants : ils pensent avoir affaire au terrible Monte Jarrad (Dan Duryea), un bandit de grand chemin mâtiné d’un meurtrier.

Et heureusement pour lui, la belle Cherry de Longpre (Loretta Young) va le tirer d’embarras, évitant ainsi une erreur judiciaire. Car si elle ne connaît pas du tout Jones, elle connaît très bien Monte.

 

Ce n’est pas un western impérissable qu’on nous propose là, mais la présence de Gary Cooper vaut à elle seule le coup. En effet, on rencontre le géant (dans  tous les sens du terme) dans un rôle un tantinet en décalage avec les autres rôles de western qu’il a pu interpréter.

Jones est un très beau cowboy, mais une gâchette absolument nulle : à chaque fois qu’il dégaine, son pistolet lui échappe des mains et le coup part tout seul. On a rarement vu un personnage aussi mauvais au tir. Mais s’il tire comme un pied (quand ce n’est pas sur le sien ?), il a, par contre, un  bon poing droit qui lui rend – occasionnellement – de fiers services.

Il est ce qu’on pourrait appeler un grand couillon, dont la taille est sans cesse un inconvénient, les portes étant toujours trop basses pour lui.

 

Au côté de Jones, on retrouve un aîné un tantinet bougon comme on en voit souvent chez Hawks ou Ford. Ici, c’est William Demarest qui interprète George Fury, son compagnon. Autre emprunt à Ford : la présence de Russel Simpson dans un rôle de vieux gâteux, mais pas tant que ça.

Bref, les ingrédients sont là, mais on n’atteint tout de même pas la force des films des deux maîtres sus nommés.

 

C’est tout de même un western ma foi honnête, produit par Cooper soi-même, ce qui explique plus facilement ce personnage un peu décalé de ceux qu’on attendait de lui. Produisant le film, il pouvait se permettre d’endosser un personnage à contre emploi et qui, dans son attitude, est vraiment celui de la chanson des Coasters : grand, mince, dégingandé, qui marche et parle doucement…

On pourrait résumer le film assez rapidement en disant que Jones est à chaque fois au mauvais endroit au mauvais moment.


Sauf quand il embrasse Cherry.

Normal, c'est Gary Cooper, quand même !

 

 

* Mais où donc le traducteur du titre est-il allé chercher ce « grand Bill » ? Jones se prénomme Melody et il n’y a pas plus de Bill dans les personnages de l’intrigue que dans la distribution du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #René Clair
Un Chapeau de paille d'Italie (René Clair, 1928)

René Clair est, à mon avis (mais je ne dois pas être le seul), le plus grand cinéaste comique français. Il nous propose ici un vaudeville plutôt subtil. Il faut dire que la pièce de Labiche, dont est tirée l’histoire, avait de quoi réjouir.

Nous sommes en 1895. C’est le jour où Fadinard (Albert Préjean) se marie. En se rendant à la noce, son cheval grignote un chapeau de paille (d’Italie) qui se trouvait en bord de chemin. Jusque là, rien de très extraordinaire. Sauf que le chapeau appartient à Anaïs Beauperthuis (Olga Tchekhova), qui passait du bon temps avec le lieutenant Émile Tavernier (Geymond Vital). Mais la belle Anaïs est en outre mariée au sombre Beauperthuis (Jim Gérald), gros homme jaloux. Si Anaïs rentre chez elle sans son chapeau, ,il risque d’y avoir de la viande froide !

Fadinard est donc obligé de remplacer le chapeau s’il ne veut pas que le lieutenant mette à sac sa maison, voire plus grave… Sans oublier qu’il doit des marier !

Nous sommes dans une situation bien française où les liens du mariages son bien souples et où la morale, finalement l’est autant. Alors que la belle Anaïs est dans une relation extraconjugale, jamais Fadinard ne le lui reproche. Au contraire, il va tout faire pour cacher cette intrigue galante, quitte à mettre en péril son mariage.

Et son mariage, comme dit François dans Jour de Fête : « C’est que’qu’chose ! ».

En plus d’Hélène (Marise Maïa), l’indispensable mariée, on trouve toute une galerie de personnages hétéroclites et magnifiques (la famille, que voulez-vous, on ne la choisit pas) : un oncle sourd comme un pot et son cornet acoustique plus ou moins dégagé ; un cousin (Louis Pré fils) à la cravate autonome et sa femme la cousine à lunettes (Alice Tissot, toujours égale à elle-même)… Bref, on peut dire que Fadinard est à la noce dans tous les sens du terme !

Comme nous sommes dans un vaudeville, il y a obligatoirement quiproquo, et je dois avouer que l’intrigue va au-delà des espérances dans ce domaine. Et les acteurs y sont pour beaucoup. Albert Préjean en Fadinard est impeccable, comme à son habitude, et il arrive à mener sa barque avec un certain brio ; Geymond Vital est un militaire impulsif malgré les recommandations de sa bien-aimée adultère, ce qui nous donne quelques belles envolées de meubles, au grand plaisir du chiffonnier qui passe (rien ne se perd…) ; et bien sûr Jim Gérald, habitué des comédies de Clair (déjà présent dans les deux films précédents, on le retrouvera dans le magnifique chef-d’œuvre qu’est Les deux Timides (1) l’année suivante).

René Clair nous propose cette comédie débridé sur un rythme qui l’est autant. Plus Fadinard essaie de régler son histoire, plus la noce se pose de questions, allant, supplice final, jusqu’à déclarer le mariage nul et récupérer les cadeaux (la mesquinerie n’a pas de limite).

Mais c’est surtout cette quête d’un chapeau qui sauverait l’honneur d’une dame qui fait tout le sel de l’intrigue, jusqu’au dernier rebondissement (plus près de la fin, ça s’appelle une tragédie!).

Même si l’intrigue est très française, on ne peut que noter l’universalité des gags qui nous sont proposés : d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, on fait rire avec les mêmes artifices, tout en évitant le côté burlesque (slapstick, comme on dit là-bas) qui commence à s’émousser (2). Ici aussi, les comédies se teintent d’un soupçon de mélancolie pour mieux faire éclater l’aspect comique des situations.


Un film INCONTOURNABLE !

 

(1) T’en souviens-tu, mon cher Allen John ?

(2) On retrouve réellement ce glissement vers des situations comiques plus subtiles et de moins en moins systématiques telles que les tartes à la crème (j’adore) et les coups de pied au cul. Toute fois, n’oublions pas ce que disait Debureau père : « Un coup de pied au cul, quand il est bien donné peut faire rire le monde entier. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Mary Pickford
La Bête enchaînée (A Romance of the Redwoods - Cecil B. DeMille, 1917)

 

Jenny Lawrence (Mary Pickford) vient de perdre sa maman, qui l’enjoignait, dans ses dernières volontés de rejoindre son oncle John (Winter Hall), parti en Californie chercher de l’or (c’est la ruée de 1849).

Mais cet oncle est tué par les Indiens et Black Brown (Elliott Dexter) a pris son identité pour échapper à la justice.

Alors quand elle arrive à Strawberry Flats (où devrait vivre son oncle), elle est aussi surprise que celui qui a usurpé son identité.

Mais il faut vivre malgré tout dans cet endroit oublié de Dieu, mais pas des hommes (surtout les plus rudes).

 

 

 

 

La Bête enchaînée (1) est le sixième film de Mary Pickford qui sort cette année-là (le troisième chronologiquement, le premier des deux avec Cecil B. DeMille). Cette fois-ci, même si elle va voir son oncle, elle n’a pas le rôle dune petite fille, à peine une jeune fille : plutôt une très jeune femme qui doit grandir bien vite dans un monde assez hostile : l’ouest américain dans un village de prospecteurs.

 

Mais si on peut classer ce film dans le genre western, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour comme ne le dit pas le titre français (1) : c’est bel et bien une histoire d’amour (« romance » en anglais) qui se situe au nord de la Californie, dans la région des Redwoods, tout simplement.

Mais il ne s’agit pas d’une histoire d’amour ordinaire (normal, on est chez DeMille). D’un côté une jeune orpheline, un tantinet naïve (au début seulement) et de l’autre un bandit de grand chemin, spécialisé dans l’attaque de diligences.

Mais cette rencontre, au lieu de tourner au drame (va-t-il la laisser vivre après qu’elle aura découvert son secret), se transforme en une relation dans laquelle chaque partie va y trouver son contentement.

Elle, va trouver un toit où dormir et un couvert, lui, va se civiliser un petit peu : leur premier petit-déjeuner illustre très bien cet échange quand elle insiste pour qu’il soit (à peu près) propre et qu’ils prennent le temps de dire les grâces avant de commencer.

 

Mais c’est à partir du moment où elle va découvrir son secret que la situation va complètement évoluer. Non seulement il ne la tue pas, mais en plus il se rend compte qu’il l’aime et est prêt à tout abandonner de sa vie de desperado pour elle.

Mais les hommes étant ce qu’ils sont, Brown replonge et c’est seulement par une intervention de Jenny qu’il s’en sortira (définitivement ?).

 

Encore une fois, Mary Pickford commence avec un personnage presque enfantin pais elle va vite s’imposer comme une jeune femme auxquels de nombreux hommes, une fois qu’elle sera installée, ne seront pas indifférents (2). Et avec DeMille, cette relation prendra une dimension

Supérieure, transformant cette histoire d’amour en événement fondateur d’une nouvelle vie. Et le rôle de Jenny, qui assume cet amour est d’autant plus magnifique qu’elle avoue (au milieu du XIXème siècle !) qu’elle a eu une relation avec son « oncle » hors du mariage.

 

Et puis il y a l’Ouest farouche de DeMille, avec ses Indiens meurtriers et ses saloons mal famés. Il faut voir la faune que rencontre Jenny lorsque Brown l’amène dans ce haut lieu de la culture Californienne de 1849-50 : des joueurs qui ne pensent qu’à jouer, des ivrognes qui ne pensent qu’à boire (3) et des femmes de mauvaise vie quand elles ne sont pas hommasses.

Un bel échantillon.

 

Mais comme avec William Beaudine, je préfère le deuxième film que Pickford tournera avec DeMille : il aura, lui aussi, bien cerné sa personnalité et lui proposera un nouveau rôle (Angela Moore dans La petite Américaine) qui la portera définitivement au firmament des stars (4).

 

 

 

  1. Non mais quel titre encore une fois !
  2. C’est quand même Mary Pickford !
  3. Avec en prime un shérif qui tire sur celui qui lui demande de faire son boulot !
  4. Si Lillian Gish est la plus grande actrice du cinéma (avis que je partage avec mon ami le professeur Allen John) que Greta Garbo est « la Divine », Mary Pickford restera toujours « la petite fiancée de l’Amérique » drainant toujours plus de foule sur son passage, même à l’étranger. Une actrice elle aussi exceptionnelle.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Franklin J. Schaffner
Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973)

Un représentant de l’Etat explique, à des hommes, que la France les a reniés.

Ils n’ont plus de patrie.

Le plan s’élargit, les hommes sont de dos, nus. Ils n'ont plus rien. Ils ne sont plus rien.

Ils embarquent alors, après avoir traversé la ville*. Leur destination : la Guyane française et son bagne.

Parmi les détenus, deux figures nous intéressent : Louis Delga (Dustin Hoffman), faussaire génial, et Henri Charrière, dit Papillon (Steve McQueen).

Entre eux va se développer une amitié étrange, entrecoupée par des tentatives d’évasion.

 

Nous sommes en 1973 quand Franklin J. Schaffner tourne cette épopée pénitentiaire. Même Henri Charrière, auteur du roman éponyme, est encore en vie (il mourra le 29 juillet de cette année-là). Au scénario (entre autres) Dalton Trumbo, qui récrit l’histoire – déjà sujette à caution – de l’ancien bagnard.

Mais Papillon, c’est avant tout la rencontre de deux légendes du cinéma : Steve McQueen, l’un des acteurs les plus cools d’Hollywood, dont le talent n’est plus à prouver ; et Dustin Hoffman, découvert quelques années plus tôt (Le Lauréat, 1967), qui entame une carrière d’homme-caméléon avec ce rôle d’un homme très myope et à la calvitie naissante.

 

Mais ce film, c’est avant tout une critique acerbe du système pénitentiaire français. Et comme pour la première Guerre Mondiale, il faut attendre que ce soient les Américains qui en abordent les côtés sombres (Les Sentiers de la gloire, 1958). Deux ans après Johnny got his gun, on peut faire confiance à ce scénariste (Trumbo), anciennement placé sur la Liste noire, pour dénoncer quelque chose.

 

Steve McQueen et Dustin Hoffman sont formidables de bout en bout : McQueen en éternel rebelle à l’autorité, toujours en quête d’une occasion pour s’évader. Quant à Hoffman, il fait de Delga, qui est un homme assez quelconque au premier abord, un personnage attachant, même si on est quasiment sûr – Comme Paillon – qu’il ne partira jamais du bagne. Et la relation entre ces deux personnages en devient émouvante, à chacune de leurs retrouvailles.

 

Et puis il y a le jeu de McQueen, pas si « cool » que ça. Les aventures (romancées, certes) sont éprouvantes et McQueen donne une autre dimension à son personnage : Charrière, s’il n’a pas tué le souteneur comme le tribunal la reconnu, était tout de même un (petit) criminel. Et Papillon/McQueen ne s’en cache pas. Mais sa composition tout au long du film nous fait oublier ces « erreurs de jeunesse ». Il y a une humanité chez ce Papillon-là qu’on ne retrouve pas obligatoirement dans le livre*. Le passage dans l’Ile des Lépreux est un très bon exemple de cette humanité véhiculée par McQueen.

Autre grand moment du film : l’incarcération de Papillon dans une cellule pendant deux ans qui se durcit quand on lui diminue sa ration alimentaire et on lui enlève la lumière (il reste juste un tout petit puits qui éclaire à peine son visage). La survie de Papillon va plus loin que ce qu’on avait pu voir dans les autres films pénitentiaires, les conditions de survie étant ce qu’elles furent. Nous sommes véritablement dans la cellule, et vivons de très près ce que vit Papillon, et surtout sa lente progression vers la folie, son esprit se désagrégeant pendant que son corps vieillit prématurément.

 

Mais comme on est dans un film qui dénonce certains « dysfonctionnements », on en arrive à une galerie de personnages plus ou moins antipathiques : le porte-clés (Allen Jaffe), homosexuel notoire qui alerte la garde ; les chasseurs d’hommes, d’anciens bagnards qui sont restés et traquent les évadés ; et les innombrables gardiens, plutôt des fonctionnaires consciencieux que de véritables méchants. Le gardien-chef  (William Smithers) de la section « réclusion » en un bon exemple du fonctionnaire consciencieux. Il n’y a aucune haine dans son action (parfois rude). Il fait ce pourquoi il est payé, sans en tirer ni joie ni peine. On peut même se demander si cet homme a des émotions.

 

Mais s’il fallait désigner la personne la plus « mauvaise », ce serait pour moi la mère supérieure (Barbara Morrison) : Papillon, aidé par une jeune religieuse est hébergé au couvent, laissant en gage sa fortune. Ce répit ne dure qu’un temps, dès le lendemain, il est arrêté et reconduit à son point de départ…

La dernière remarque qu’elle lui fait avant qu’il s’en aille est magnifique de rosserie et de malfaisance : un comble pour une personne religieuse dont le but est l’aide aux plus nécessiteux. En moins de trois minutes, elle arrive à se faire détester de Papillon et des spectateurs ! Un personnage inoubliable.

 

Papillon est un film fort, servi par une distribution impeccable, dont certaines séquences sont difficilement soutenables : la guillotine au milieu de la cour n’est pas qu’une menace, et encore moins un élément de décoration qui sert à couper du bois. Un bagnard repris pour la troisième fois en fera la triste expérience. Là encore, un moment inoubliable du film.

 

 

* Pas un mot n'est échangé, seul le bruit des sabots battant le pavé. On pense à une autre chiourme célèbre, celle que Jean Valjean et Cosette voient passer dans Les Misérables de Raymond Bernard, encore plus terrible. Rien n'a beaucoup évolué en 100 ans...

 

** Dans le livre, la troisième tentative est la bonne (comme dans le film), mais le livre raconte ce qu’il se passe ensuite : une nouvelle occasion de raconter d’autres histoires plus ou moins vraies mais tellement palpitantes, elles aussi !

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis
Retour vers le Futur III (Back to the Future III - Robert Zemeckis, 1990)

Et de trois.

On boucle l’histoire dans les trois périodes : 1985, 1955 et cette fois-ci 1885.

Doc avait eu des ennuis et était parti en 1885. Mais ce n’était que le début de ses ennuis car Marty vient de découvrir que le doc ne verra pas la fin de cette année-là.

Le voici reparti vers le passé avant de retourner vers le futur (1).

 

On retrouve nos mêmes protagonistes, à différentes périodes donc, plus quelques transfuges déjà remarqués en 1955 et 1985 : Tannen (Thomas F. Wilson), bien sûr, toujours aussi abject ; ainsi que Strickland (James Tolkan), le surgé qui est – à cette époque – le Marshall (toujours dans le respect de la discipline, quoi).

Mais si les deux premiers épisodes donnaient la part belle à Marty (Michael J. Fox, qui joue « seulement » deux rôles ici), cet épisode se concentre plus sur Doc (Christopher Lloyd et ses yeux exorbités) et son aventure amoureuse. Car c’est à son tour de l’être, et ce n’est pas une sinécure (au début, du moins) car il n’y a rien de rationnel (de scientifique, quoi) dans l’amour. Mais il était temps qu’il s’intéressât aux femmes puisqu’il l’annonçait à la fin du premier opus (avant de revenir chercher Marty pour remettre les choses en « ordre ».


Et si le doc était déjà un personnage sympathique de par le jeu de Lloyd, il le devient encore plus ici, reprenant d’une certaine façon le rôle de Marty : profiter personnellement du voyage dans le temps.

 

Nous avons alors droit à une série d’hommages au cinéma, plus ou moins en rapport avec les épisodes précédents.

A Sergio Leone et Clint Eastwood, tout d’abord, avec le personnage de Marty qui prend carrément le nom de l’acteur (et l'allure) et utilise l’astuce (2) de Joe (Pour une Poignée de dollars) dans une situation similaire, ici contre Bufford Tannen. Leone encore pour la découverte de Hill Valley 1885, comme dans Il était une Fois dans l’Ouest. Et Eastwood pour sa réplique dans L’Inspecteur Harry.

A John Ford ensuite, puisque le tournage a lieu dans l’un des décors privilégiés du Maître : Monument Valley. Et en plus, on retrouve Harry Carey Jr.

Taxi Driver enfin avec la réplique culte de Travis que Marty prononce devant un miroir.

 

Et puis il y a tous les clins d’œil aux épisodes précédents : les Strickland et leur discipline de 1885 à 1985 en passant par 1955 ; l’horloge qui est inaugurée en 1885 et les photos qui témoignent des différentes périodes et qui se modifient avec la progression de l’intrigue.

 

Alors on s’amuse une troisième fois, mais sans tout de même le brio du deuxième épisode, véritable chef-d’œuvre de narration et d’effets spéciaux (pré-numériques, n’oubliez pas).

Mais il était tout de même difficile de faire mieux que celui-là.

Et au bout du compte, on arrive à une morale (prévisible ?) convenue : le futur n’est pas écrit : c’est notre action dans le présent qui le détermine.

 

J’ai juste un petit souci en rapport avec la cohérence générale :

Sur la tombe du Doc, on peut lire un message de Clara (Mary Steenburger). Or, c’est la présence de Marty qui amène le sauvetage de dernière minute de l’institutrice. Et si Doc est tué, c’est que Marty n’est pas intervenu. Ergo, ils n’ont pas pu sauver Miss Clayton, et elle n’a donc pas pu laisser un message d’épitaphe.

 

Qu’importe, c’est du cinéma, c’est du spectacle et profitons-en ! (3)

 

  1. Avez-vous compté combien de fois le titre est mentionné ?
  2. On pouvait voir un extrait du duel entre Joe et Ramon dans le second volet.
  3. N’est-ce pas, professeur Allen John ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John Ford
Les quatre Fils (Four Sons - John Ford, 1928)

Ca commence comme une opérette :

Nous sommes en Bavière, à Burgendorf (littéralement village bourgeois), au pays des culottes de pot et des chapeaux tyroliens.

Un vieil homme en uniforme, la moustache fière, tient dans la main un message. C’est le facteur (Albert Gran), et il apporte une lettre d’Amérique pour Joseph Bernle (James Hall), l’un des quatre fils (d’où le titre) de Frau Bernle (Margaret Mann, magnifique dans le rôle central de la mère).

Frau Bernle a quatre fils : Franz (Francis X. Bushman Jr.) est soldat en garnison au village ; Johann (Charles Morton) est forgeron dans ce même village ; Andreas (George Meeker) – le plus jeune – est pâtre ; Joseph enfin, un oisif qui profite de la vie et des filles…
Comme tous les ans, le village fête l’anniversaire de Frau Bernle.
Et en cette année 1914, elle n’échappe pas à la tradition. C’est ce jour qu’elle aide Joseph à partir s’installer aux Etats-Unis. C’est aussi cet été-là que la guerre est déclarée.

Franz et Johann y vont, la fleur au fusil.

Mais bientôt le facteur, la moustache triste apporte une lettre aux bords noirs : ses deux fils ne reviendront pas.

 

John Ford nous propose ici un film de guerre (la Grande, celle de 14 !). Mais ce film a la particularité de ne montrer aucune scène de bataille. Pourtant, la guerre est présente : sur le front, brièvement, et surtout à l’arrière (brièvement encore) aux Etats-Unis, et la plupart du temps en Allemagne.

Ford prend le contre-pied total des productions habituelles en s’intéressant à la vie d’une famille allemande où la mère, veuve, a élevé ses enfants et vois ses enfants partir au fur et à mesure du temps.

La famille est une composante très importante dans le cinéma fordien. Ici, comme dans d’autres films qui suivront, cette famille va en s’amenuisant, la vie (et surtout la mort) séparant progressivement cette base affective : Les Raisins de la colère, et plus encore Qu’elle était verte ma Vallée.

 

Ce qui ressort le plus, c’est une émotion qui va en grandissant à mesure que la guerre s’intensifie et réclame son lot de morts. Le facteur, instrument du destin tout au long du film, n’est pas sans rappeler Emil Jannings en portier du Grand Hôtel Atlantique (Le dernier des Hommes), avec sa bonhomie et sa joie de vivre. Mais plus le temps passe et moins son allure est fière, les nouvelles qu’il apporte étant essentiellement des avis de décès.

Il faut le voir traverser le village, voûté, la démarche hésitante, arrêté par les villageois espérant que sa lettre ne les concerne pas. Cette démarche devenant de plus en plus lourde, le facteur devient alors une ombre noire qui passe dans le village, lentement, inexorablement.

On retrouvera encore un élément symbolique du basculement dans la tragédie quand le facteur – encore lui – lancera une pierre dans l’eau où se reflète l’église sonnant le glas des enfants morts. L’image se brouille, la tranquillité et la joie ne sont plus de mise.

 

On sent l’influence du cinéma allemand que Ford venait de découvrir dans cette utilisation de l’ombre tout au long du film. En effet, quand les fils de Frau Bernle partent à la guerre pour le Kaiser, elle les bénit étendant sur eux sa main vénérable, créant par là même une ombre sinistre sur leur visage : on sait alors qu’ils ne reviendront pas.
Quant au dernier, c’est dans une atmosphère de brume et d’ombre qu’il mourra, dans les bras de son frère Joseph, lui-même dans l’armée de sa nouvelle patrie.

L’annonce de sa mort amènera une autre grande scène d’émotion, encore une fois amenée par le facteur, et amènera la mère au bord de la folie.

 

Mais malgré cette infinie tristesse qui ressort du film, on est tout de même chez Ford, alors on retrouve le microcosme qui le caractérise et chaque scène émouvante trouve un soupçon d’humour, même dans les moments les plus noirs.

La présentation, rappelant les opérettes de Franz Lehár, nous expose un petit village heureux où tout le monde se connaît, se respecte et où chaque année on fête cette brave Frau Bernle.

Mais si le fils aîné est militaire, c’est l’arrivée d’un nouveau commandant, le major von Stomm (Earle Foxe) qui va amener le changement, car avec lui arrive la guerre dans une séquence d’allégresse qui a pour intertitre : DER TAG* (le jour). Ce jour nous amène une première scène d’adieux : la fleur aux fusils et aux balcons, c’est la joie et l’optimisme. Mais quand ce sera le dernier fils qui partira, les wagons luxueux auront été remplacés par des fourgons à bestiaux où les soldats s’entasseront. Seule la mère sera là et Andreas ne pourra que tendre sa main à travers la lucarne, main qu’elle baisera et que lui-même baisera à son tour au même endroit. Déchirant.


Mais la vie reprend ses droits et on assiste à une dernière séance d’adieux, plus heureuse puisque la mère s’en va en Amérique rejoindre son dernier fils et son petit-fils qui la réclame.

On retrouve alors le microcosme du début qui s’agite pour saluer une dernière fois cette femme admirable : le maire (August Tollaire) qui a préparé un autre long discours que personne n’écoute jamais ; le facteur aux moustaches à nouveau fières ; l’instituteur manchot (Frank Reicher) ; extrêmement fier de son élève et amie ; l’aubergiste truculent (Hughie Mack, qui mourut quelques mois avant la sortie du film) ; et les enfants, indissociables de Frau Bernle, à qui elle offrait du gâteau au miel à son anniversaire…

 

Un grand Ford (encore un !).

 

 

* Cet officier est l’archétype du sale boche. C’est un être violent, irascible et froid. Son attitude abjecte envers Frau Bernle qui a déjà perdu deux fils à la guerre le fait basculer dans le camp des grands méchants militaires et rappelle le grand Erich von Stroheim, dans des rôles similaires, mais le panache en moins, von Stomm est une véritable ordure. Sa fin fait aussi l’objet d’un traitement humoristique (noir) assez réjouissant.

 

PS : comme c’est John Ford, on retrouve Jack Pennick et ses yeux bleu clair, dans un rôle un peu plus important qu’habituellement puisqu’il est même cité au générique.

 

PPS : on retrouvera une même désolation sur Ellis Island – quand Frau Bernle doit y séjourner – dans Le Parrain 2, quand le petit Vito y est retenu.

Les quatre Fils (Four Sons - John Ford, 1928)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Badger, #Gloria Swanson
Teddy at the Throttle (Clarence Badger, 1917)

24 minutes et tout est là. 

Comme on dit chez Marks & Spencer : « Name it, we’ve got it! »:

De l’amour, de l’argent, de la fourberie, de l’aventure, du frisson… et Gloria Swanson !

 

Clarence Badger, encore sous contrat chez Mack Sennett (il partira cette année-là pour retrouver Sam Goldwyn) nous gratifie d’une superbe comédie avec une jeune actrice qui n’est pas tout à fait encore une star : la brelle Gloria. A côté d’elle on retrouve son mari Wallace Beery (elle le quittera deux ans plus tard, lasse de se prendre des torgnoles) dans un rôle de filou sur mesure. Et elle partage la vedette avec Bobby Vernon, un acteur comique de chez Mack Sennett (encore un !) qui ne persévéra pas quand le parlant arrivera.

 

Le jeune et richissime Bobbie Knight (le chevalier*) aime la belle Gloria Dawn (l’aurore*) qui l’aime en retour. Mais son homme d’affaire Henry Black (Noir*) veille tellement à ses intérêts qu’il en détourne une bonne partie pour son propre compte (en banque, aussi). Ce dernier propose sa sœur à Bobbie afin de récupérer (indirectement) le magot.

Mais contre-ordre : si Bobbie n’épouse pas Gloria, il perd tout et c’est Gloria qui récupère le gros lot.

Ca change tout de suite la donne pour l’infâme Black !

 

On a beau être chez Sennett (du moins dans ses studios) Badger nous offre un film comique qui sort des keystoneries habituelles : mis à part la voiture embourbée qui habille de boue le pauvre Bobbie, le comique est ailleurs (comme la vérité, bien sûr).

La situation est rapidement mais très bien expliquée avec bien entendu, dès le premier plan le Teddy du titre. Parce que Teddy, ici, est celui qui sauve la situation (la journée, comme disent les anglo-saxons). Alors on le voit au tout début, en totale harmonie (c’est le cas de le dire) avec sa jeune maîtresse, au grand dam du méchant Black, puis il disparaît avant la séquence finale où il bondit tel un héros antique, au secours de sa bien aimée  maîtresse.

 

Car il faut dire que parmi les aventures que vit malgré elle Gloria, elle se retrouve enchaînée à une voie ferrée alors qu’un train approche. Cette scène est très certainement l’une des plus connue du genre, et permet d’avoir la poursuite traditionnelle des studios de Sennett ainsi qu’un sauvetage de dernière minute comme chez Griffith. Mais avec une note comique qui ne seyait pas aux films du Maître : juste une pointe d’exagération pour se décaler du sérieux griffithien.

 

Un film attachant qui se déguste comme une friandise : avec délectation.

 

 

* Les noms sont très importants puisqu’ils indiquent à quel genre de personnage nous avons affaire : Bobbie Knight est donc le chevalier servant de Gloria Dawn (la belle Aurore), et il est trompé par l’ignoble Black, à l’âme aussi noire que le nom. Tout simplement.

 

** Teddy est un chien : un danois. Mais pas n’importe quel chien puisqu’il a contribué aux films de Sennett pendant 10 ans, percevant même jusqu’à 350$ par semaine !

[NB on ne dit pas s’il avait un compte en banque]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson
L'admirable Crichton (Male and Female - Cecil B.DeMille, 1919)

Une femme, richement vêtue, descend solennellement dans l’arène aux lions, sous les yeux d’un roi babylonien désespéré.

La femme est allongée, une patte de lion sur son dos. Le lion rugit.

 

Telle est l’image la plus célèbre du film mais finalement assez éloignée de la réalité de l’intrigue. Cette incursion antique dans une histoire moderne (1918-19) est pleine de flamboyance mais avant tout un rêve que deux êtres humains amoureux font.

Elle, c’est Mary Loam (Gloria Swanson, toujours aussi irrésistible), fille de Lord Loam (Theodore Roberts, son éternel cigare vissé aux bords des lèvres) ; lui c’est Bill Crichton (Thomas Meighan), son majordome.

Nous sommes à Londres où les convenances sont exacerbées et où chacun sait rester à sa place.

Crichton est aux ordres du grand monde, même s’il se rend bien compte qu’il suffirait de peu pour que les rôles s’inversent.

Et justement, une croisière dans les mers du Sud va amener ce bouleversement, quand le bateau fait naufrage parce qu’un timonier ferait mieux de regarder où il va plutôt que les jeunes femmes malheureuses…

 

Le titre français, pour une fois est le plus fidèle à l’histoire que nous raconte Cecil B. DeMille, qui fait adapter par la grande Jeanie Macpherson The admirable Crichton de J.M. Barrie (vous savez bien, celui qui a écrit Les Aventures de Peter Pan…). Le film s’intitule Male and Female, ce qui est aussi une bonne illustration de l’intrigue.

Mais si la première partie du film nous montre une famille aristocratique anglaise avec ses caprices (surtout féminins, et là Gloria Swanson est plus vraie que nature), le meilleur moment du film est bien la situation après le naufrage, où ces riches oisifs, livrés à eux-mêmes, sont incapable d’organiser quoi que ce soit, ni de se procurer quelque nourriture.

 

Mais Crichton est là : être majordome est un métier difficile qui demande beaucoup de savoir-faire et de dextérité, ainsi que de diplomatie. Alors quand ses maîtres sont désemparés, c’est lui qui prend les choses en main et permet à tous de survivre un peu plus de deux ans sur cette île déserte mais tout de même bien fournie en ressources de première nécessité.
Et cette habileté permet en outre à Crichton d’inverser les rôles, dirigeant, bon gré (après) malgré (avant) toute cette bande d’empotés orgueilleux, Mary en tête, cela va de soi.


Mais avec cette histoire, c’est le rôle de chacun dans la société qui nous est montré. Un rôle arbitraire en contradiction avec la vraie nature de chacun. Et DeMille nous montre que la nature remet en place les choses, et que chacun trouve sa véritable place. Et pour que ce soit drôle, il faut que les rôles s’inversent.

Mais Crichton, qui jouit du meilleur rôle, despotique à souhait, est tout de même la première victime de cet échange temporaire. Chacun sait, chacun espère que l’aventure se finira un jour et que tout redeviendra comme avant.


En attendant, les différences s’étant atténués, les sens s’éveillent et l’inévitable arrive : Crichton, le seul mâle débrouillard devient la coqueluche des femelles*, jusqu’à développer une passion avec la belle Mary, passion qui amènera ce rêve célèbre.

 

DeMille est complètement dans son élément avec cette histoire. Il nous montre une famille aristo de l’intérieur, passant, comme de bien entendu dans la salle de bain où Gloria Swanson se baigne. Mais ne nous excitons pas, à chaque fois un subterfuge est utilisé pour cacher les parties intimes du corps de la belle Gloria.

Quant à la scène antique, elle annonce celles qui suivront : on y retrouve le faste et le grandiose indispensables (pour DeMille) ainsi qu’une dose de s&sadisme avec cette esclave livrée aux lions sous le regard tout de même fasciné du roi babylonien**.

 

 

* d’où le titre original

** Inutile de dire que Gloria Swanson n’a que peu apprécié de tourner avec un véritable lion.

Cf Hollywood, the Pionneers – Episode 6, Kevin Brownlow & David Gill, 1979

L'admirable Crichton (Male and Female - Cecil B.DeMille, 1919)

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Publié le par Djayesse
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Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

 

 

Après Naissance d’une Nation, Griffith, blessé par les attaques de ceux qui avaient considéré son film raciste (à juste titre, tout de même), décide de montrer à l’Amérique (et donc au monde entier) qu’il est un humaniste, un chantre de la tolérance.

Et son film, à cet égard est une réussite.

D’ailleurs, à tous les égards, ce film est une réussite.

C’est une distribution (réellement !) somptueuse qui interprète ces quatre histoires qui n’en font (presque) qu’une, exemples flagrants de l’intolérance à travers le temps et l’espace.

Ce sont quatre histoires qui nous sont racontées, chacune apportant son lot d’intolérance, de méchanceté, de jalousie et de violence, avec au bout, hélas, la mort.

 

Je ne vous parlerai pas de la structure en miroir du film ce serait trop long (3 heures découpées magistralement), mais sachez que tel est le cas.

La première histoire concerne l’époque moderne, enfin celle de 1915-16, c’est à dire au moment où fut tourné et présenté le film. On y voit une jeune femme (Mae Marsh est ses magnifiques yeux bleus) qui, à la mort de son père épouse un truand repenti (Robert Harron). Ce dernier étant accusé faussement de meurtre, il est emprisonné et des bigotes décident que ola jeune femme ne peut plus décemment s’occuper de son bébé et le lui font donc retirer.


En remontant dans le temps, on s’arrête à la Saint Barthélémy (1572) où les catholiques français ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux intégristes de tout poil et ont massacré (au nom de Dieu, comme d’habitude) tous les protestants qui croisaient leur chemin.

Toujours plus tôt dans l’histoire, on assiste à la passion de Jésus (Howard Gaye), condamné par les Pharisiens, puis les Romains (n’oublions jamais que ce sont eux qui l’ont exécuté, n’en déplaise aux croyances médiévales qui ont encore cours aujourd’hui). Et au repère le plus lointain de l’Histoire, on trouve Babylone dirigée par  Balthazar (Alfred Paget), adepte du culte d’Ishtar, déesse de l’amour, attaqué par le Perse Cyrus (George Siegmann), ce dernier aidé par les prêtres babyloniens du culte de Bel, jaloux d’être déconsidérés.

Pour chaque histoire, une forme d’intolérance amenant ruine et désolation, surtout à Babylone. Et intercalé au milieu de cette fureur, une femme (Lillian Gish) qui balance un berceau, pendant que le monde court à sa perte. Et comme l’a écrit William Ross Wallace :

« For the hand that rocks the craddle is the hand that rules the world. » (La main qui berce l'enfant est la main qui dirige le monde)

 

Mais au-delà de ce film très moraliste où les intolérants (intégristes ?) de tout poil sont fustigés, c’est avant tout un film magistral qu’il nous est donné de voir. C’est un festival de séquences spectaculaires, le summum étant atteint lors de l’assaut des armées de Cyrus contre Babylone. Rarement, à cette date, a-t-on vu tant de déchaînement de violence sur un écran. Le Vol du grand rapide, qui montrait un homme armé tiré sur les spectateurs est une bluette, comparé à ce film gigantesque.

Parce que c’est un film où le gigantisme est absolu : la reconstitution de Babylone est époustouflante. Les combats qui y ont lieu sont alors dans la même teinte : énorme, terrible, affreux…
Ce sont des têtes qu’on coupe, des lances qui transpercent des soldats, des flèches assassines… Une véritable galerie d’horreurs. On retrouvera cette violence dans Le Signe de la Croix, mais ce sera déjà beaucoup plus tard…

 

Autour du réalisateur, on retrouve les fidèles (Billy Bitzer et Karl Brown, ainsi qu’une partie du casting de Naissance) et aussi des noms qui prendront bientôt leur envol (Constance Talmadge, Eugene Pallette, Bessie Love) ou les assistants prestigieux du film précédent (Walsh et Ford ne sont plus là, mais on note la présence de Tod Browning).
Le film est partiellement teinté (comme Naissance) et cela donne une teinte encore plus sanglante aux massacres perpétrés à chaque époque.

 

Encore une fois, le Maître nous reconstitue des événements historiques, utilisant diverses sources reconnues mais avec un souci d’authenticité aussi fouillé que lors de son précédent film.

Et encore une fois, Griffith décrit des situations intolérables passées mais surtout présentes (pour lui) avec la même honnêteté qui le caractérise. Toujours, Griffith croit en ce qu’il filme et ce qu’il raconte. Et si on sait qu’il fut un homme qui attachait beaucoup d’importance à la moralité, il ne peut pas s’empêcher de dénoncer ces femmes pétrie de bigoterie, qui savent mieux que tout le monde ce qui est bon et juste. Il n’hésita pas d’ailleurs à souligner que ces femmes se sont lancées dans leur croisade parce qu’elles n’ont plus la possibilité de séduire.

Tout un programme.

 

Ce sont alors près de trois heures d’un spectacle à couper le souffle, où le gigantisme le dispute à l’édifiant (Griffith, encore une fois nous donne une leçon, cette fois d’humanité) : grandiose.

Et si le succès ne fut pas exactement au rendez-vous, sachez tout de même que ce ne fut pas le flop annoncé. En effet, même si les Etats-Unis se préparaient à la guerre et que l’époque n’était pas obligatoirement aux grands sentiments, le film fut tout de même très bien accueilli, amis, malheureusement mal distribué*.

 

 

* cf. D.W. Griffith, Father of Film – épisode 2 (1993),  par Kevin Brownlow & David Gill.

Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

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Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

D’un côté le Nord, abolitionniste.
De l’autre, le Sud esclavagiste.

Pourtant, c’est une seule et même nation.

Les Stoneman et les Cameron en sont un bon exemple : les enfants de ces deux familles sont amis de longue date, malgré leur différence géographique.

Mais quand le conflit éclate, chacun se retrouve dans son camp, luttant pour ses convictions.

 

La Guerre de Sécession, que les Américains appellent à juste titre « Civil War » (guerre civile) est un des thèmes de prédilection d’Hollywood. Mais en 1914, quand Griffith met en chantier ce film, c’est un sujet qui n’est pas encore très usité. Mis à part deux premiers courts métrages du même Griffith, rien de notable.

Mais là où  Griffith révolutionne et popularise le genre, c’est qu’il propose un film de plus de trois heures, enchaînant des reconstitutions historiques et des intrigues multiples avec l’incontournable sauvetage de dernière minute.

C’est absolument époustouflant, une date dans l’histoire du cinéma.

 

Oui mais…

Mais rarement un point de vue aussi tranché et raciste n’a été exposé dans un film. Après une première heure traitant du conflit à proprement parler, Griffith décrit un monde sudiste en décrépitude, exploité par de « méchants Noirs » qui ne désirent qu’une chose : éliminer le Sud blanc pour faire régner une suprématie noire. Ils sont encouragés pour cela par un extrémiste blanc, Austin Stoneman (Ralph Lewis), et conduits par un mulâtre exalté, Sylas Lynch (George Siegmann).
Et d’une façon générale la deuxième partie décrit une population blanche victime des exactions commises par la population noire, sorte de revanche contre ceux qui furent leurs maîtres pendant l’esclavage.

 

Dans la deuxième heure, Griffith nous montre donc une situation qui se détériore pour la population blanche du Sud, amenée par les carpetbaggers (terme péjoratif qui désignaient les profiteurs de guerre pour les Sudistes) du Nord. Cela passe par des élections truquées amenant les Noirs au pouvoir des assemblées d’Etat. Mais ces nouveaux élus nous sont montrés comme des gens frustes et incultes, déjà corrompu par ce nouveau pouvoir.

Mais au-dessus de ces « méchants Noirs » on trouve le personnage de Lynch, un mulâtre, autrement plus mauvais car d’une fourberie incommensurable. L’autre personnage mulâtre, une servante de Stoneman est d’ailleurs elle aussi très fourbe

Cette présentation des ravages créés par cette nouvelle situation intolérable pour les « vrais » Sudistes culmine avec la mort de la Petite Flora (Mae Marsh) qui préfère mourir plutôt que se déshonorer.

 

C’est ce dernier événement qui va amener le fils Cameron (Henry B. Walthall) à créer le Klan une milice qui aspire à retrouver l’ancienne grandeur du Sud.

Mais d’une façon générale, les Sudistes sont montrés par Griffith comme des gens extrêmement vertueux et ayant un grand sens de l’honneur. Le fait que Griffith soit originaire du Sud est le moteur de sa vision manichéenne du conflit. Alors que les spectateurs connaissent très bien le sort des combats en allant voir le film, Griffith traite l »e sujet du point de vue de son Sud. Et l’extraordinaire reconstitution de la seconde bataille de Petersburg  (15-18 juin 1864) est orchestrée avec un point de vue hautement partial.

Dans le sens de lecture du conflit qui nous est offert, le Sud se situe toujours à gauche de l’écran et attaque vers la droite. Or nous avons pour habitude de représenter l’évolution du temps (ou d’autre chose) dans ce même sens. Le Sud en se déplaçant dans le sens gauche-droite prend alors le rôle du progrès, du bon côté, alors que le Nord, marchant dans l’autre sens ne peut qu’être réactionnaire.

 

Autre dichotomie pertinente de cette opposition entre un Sud noble et un Nord ignoble (dans le sens premier du terme, c'est-à-dire contraire de noble) est la reconstitution de la reddition de Lee (Howard Gaye) à Grant (Donald Crisp) à Appomattox.

Les deux hommes sont assis chacun devant un bureau et signent les documents de fin de la Guerre. Mais si Lee garde toujours une posture droite et pleine de dignité, Grant est perçu comme un homme plutôt fruste, fumant le cigare, un sourire narquois aux lèvres. Même lors de la poignée de main qui enterre la guerre, Lee conserve son allure aristocratique et digne, alors que Grant est encore plus désinvolte, son autre main restant dans sa poche, comme un homme sans éducation.

Avec ce film c’est le côté romantique du Sud qui se forme, cet aspect qui sera magnifiquement filmé 25 ans plus tard par Victor Fleming dans Autant en emporte le Vent.

Mais peut-on réellement reprocher cette vision du Sud à un homme qui a grandi avec la honte de la défaite humiliante ?

 

Au-delà de cette vision manichéenne et raciste, on retrouve tout de même quelques moments de grand cinéma, outre la formidable bataille sus mentionnée.

La reconstitution du 14 avril 1865, quand Lincoln (Joseph Henabery) est assassiné par Booth (Raoul Walsh) est superbe, tout comme l’annonce du conflit à travers les petites histoires de la maison Cameron lors de la visite des frères Stoneman (Elmer Clifton & Robert Harron), avec la promesse prémonitoire et funeste de se revoir bientôt.

 

Un petit mot enfin sur la musique qui accompagne le film. Lors de la première, pour la première fois un orchestre accompagna le film donnant une dimension encore plus grande au film (comme s’il en avait besoin), on retrouve  les thèmes chers au Sud (Old Folks at home, Dixie, Maryland my Maryland, etc.) et un emprunt à la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner accompagnant les cavaliers du Klan qui s’en vont délivrer le Sud.

Bref tout pour exalter cette nation dans la Nation.


Au bout de trois heures de nos jours, et comme le dit mon cher ami le célèbre professeur Allen John, on est mitigé devant ce film. On loue d’un côté un spectacle extraordinaire qui est proposé, la technique magnifique et un montage toujours bien rythmé, mais on ne peut s’empêcher de condamner l’idéologie véhiculée par ce film : la suprématie blanche du Sud qui si elle ne fit pas revivre le KKK comme on le dit souvent, mais qui n’a rien fait pour l’éliminer et l’a au contraire encouragé, amenant des démonstrations de force dans la décennie qui a suivi*.


Dernier argument du film : il y a Lillian Gish, alors…

 

 

* Voir à ce propos D.W. Griffith, Father of Film – épisode 1,  par Kevin Brownlow & David Gill.

Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

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