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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Guillermin, #Catastrophe
La Tour infernale (The towering Inferno - John Guillermin, 1974)

Une tour gigantesque (près de 140 étages) en plein cœur de San Francisco.

Un bâtiment aussi indestructible que l’était le Titanic avant son départ.

Et puis on rogne sur les budgets, et le feu prend.

 

Nous sommes en pleine vague de films catastrophe aux Etats-Unis : Airport, (1970) L’aventure du Poséidon (1972), etc.

C’est au tour de John Guillermin de nous offrir un film a (très) grand spectacle avec une distribution somptueuse, certainement la plus fournie des films de ce genre : Faye Dunaway, William Holden, Fred Astaire, Jennifer Jones, Robert Vaughn… Sans oublier les deux plus grandes stars du moment (au moins pour leurs salaires, sinon pour leur immense talent) Paul Newman et Steve McQueen !

 

Les deux acteurs les plus cools de Hollywood* nous assurent d’ailleurs un numéro à leur mesure. Non seulement ils gèrent magnifiquement la crise, mais en plus, ils ne s’énervent jamais.

Quand je vous dis qu’ils sont cools.

Et ça marche ! On suit avec délectation le déroulement de la soirée tragique, où tout se passe bien jusqu’au court-circuit inévitable (sinon, pas de film !), mettant en évidence les vices cachés du chantier de Doug Roberts (Paul Newman) dus aux malversations du gendre (Richard Chamberlain) du directeur du projet (William Holden).

 

On est bluffé par ce qui nous est proposé : la tour (550 mètres) qui prend feu est très réaliste, même si on sait que c’est une maquette. On tremble avec Roberts quand celui-ci récupère les enfants piégés dans leur appartement.

On accuse le coup en silence avec le colonel O’Hallorhan (Steve McQueen) quand il voit ses hommes tomber les uns après les autres. On s’insurge enfin en voyant la bêtise des nantis du salon panoramique qui veulent à tout prix sauver leur propre peau : l’urgence de la situation justifie (à leur avis) de marcher sur les autres pour s’en sortir.

Et puis on reste suspendu quand l’architecte et le pompier mettent en place la solution de la dernière chance, les secondes s’égrenant une à une avant l’apothéose finale (qui a aussi son lot de bêtise, immanquablement.

 

Cinquante ans après, le film n’a rien perdu de ce qui faisait sa force lors de sa sortie, même si le format télévisuel régulièrement proposé (un peu moins maintenant, que voulez-vous, c’est un « vieux » film !) a tendance à diminuer le suspense intrinsèque à ce genre de film. Pour ma part, ayant vu le film sur grand écran et sur petit, c’est bien entendu la version grand format qui emporte ma préférence.

 

 

* Sans parler de leurs yeux bleus magnifiques…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Sidney Lumet
La Colline des hommes perdus (The Hill - Sidney Lumet, 1965)

La colline ? Deux amoncellements de pierres, séparés par du sable, en pente.

Les hommes perdus ? Des voleurs, des déserteurs, des violents. Des rebuts de l’armée.

Nous sommes dans un camp disciplinaire britannique, pendant la deuxième guerre mondiale, vers 1943.
Dans ce camp, un commandant absent (essentiellement au bordel), un médecin-chef lâche (Michael Redgrave), un adjudant-chef tout puissant, des sergents.

Sous leurs ordres, des hommes qui font de l’exercice, continuellement, en plein soleil.

 

Sidney Lumet prend le contre-pied des films de guerre qu’on pouvait voir à cette période, qu’ils relatent de hauts faits d’armes (Le Jour le plus long) ou une résistance à l’ennemi (Stalag 17, La grande Evasion). Pourtant, nous sommes dans un camp de prisonniers, ici aussi. Mais la donne est différente : ce sont avant tout des criminels. On ne devrait donc pas avoir de pitié pour eux. Et pourtant…

 

Dans la lignée des grands films pacifistes, on peut mettre La Colline à part, car elle va beaucoup plus loin dans la dénonciation de la chose militaire.

A propos de l’aspect meurtrier, une trentaine d’années plus tard, Spielberg dénoncera l’horreur brute et inutile, en un quart d’heure seulement, lors de l’ouverture du film Il faut sauver le Soldat Ryan : le débarquement à Juno Beach.

 

Mais ici, Lumet nous montre l’absurdité de la guerre dans ce qu’elle a de plus absolue. Si on peut justifier un conflit avec des arguments idéologiques plus ou moins légitimes (histoire de ne pas dire que c’est avant tout une histoire de richesses), comment peut-on justifier l’aberration que représente la colline, cet amoncellement de pierres et de sables en plein soleil que des soldats montent et descendent parce qu’ils sont punis, ou parce que « c’est pour leur bien » ?


Mais si les soldats ne sont pas des enfants de chœur, les gardiens non plus. L’adjudant Wilson (Harry Andrews), leur chef sur le terrain, est ce qu’on appelle une « peau de vache ». Mais le pire dans ce personnage, c’est qu’il croit à ce qu’il fait. « Vingt-cinq ans » qu’il le fait, nous répète-t-il d’ailleurs à longueur de film. Mais ce n’est pas lui le pire, bien qu’on pourrait le croire. Ce n’est qu’un sous-officier à l’ancienne – à l’archaïque même – ce que lui reproche le soldat Roberts (Sean Connery, à contre emploi entre deux James Bond). Et l’affrontement entre ces deux fortes têtes est un très bel exemple du décalage qui existe entre cet homme dominant, bourré de certitudes (en 25 ans, ça s’est accumulé) et le plus jeune, dominé, enfermé dans ce camp pour cause d’archaïsme militaire.

 

Mais le pire, c’est Williams (Ian Hendry). Froid, impitoyable : méchant. C’est un homme qui a très bien compris comment fonctionnait le camp et la discipline de Wilson. Tellement qu’il va encore plus l’améliorer, ajoutant à l’absurdité du système une dimension criminelle : un homme, Stevens (Alfred Lynch), meurt des sévices endurés. A côté de lui, Harris (Ian Bannen), l’autre sergent, est un parangon de gentillesse. Si on oublie qu’il fait grimper les soldats avec un masque à gaz sur le visage.

 

Sidney Lumet, comme dans 12 Hommes en colère, réussit à nous montrer des solitudes. Tous ces personnages sont seuls. Même si le camp renferme quelques centaines d’hommes, chacun est seul. Seul avec lui-même, seul au milieu des autres. Roberts est seul contre un système qu’il juge dépassé, seul avec ses camarades de cellule qui lui reprochent le partage des punitions ; Bartlett (Roy Kinnear) est un individualiste qui n’a qu’une idée en tête, changer de cellule car il ne veut plus être avec les autres ; King (Ossie Davis), en plus de souffrir est discriminé parce que noir…

Mais les gardiens aussi sont seuls : Wilson, engoncé dans ses certitudes, ne voit que lui dans ce camp, c’est lui qui dirige, le croit-il. Et pourtant, il est le stade intermédiaire entre ses deux sergents : il lui manque la part d’humanité de Harris, mais il ne va pas aussi loin dans le sadisme que Williams.

Et au final, lui aussi se retrouvera seul.

 

Et Lumet filme toujours au plus près de l’action ce qu’il se passe dans ce camp. Ce sont de nombreux plans rapprochés sur des visages, voire des gros plans qui accentuent la tension dans le camp.

Mais ce film est aussi réussi par le jeu des acteurs.

Sean Connery est magnifiquement utilisé dans ce rôle d’homme plus ou moins injustement condamné, et qui devient souffre-douleur de Williams. Il montra alors qu’il savait faire autre chose que James Bond (même s’il est très bien dans ce rôle d’espion flegmatique). Il y a de l’humanité chez Roberts, mais aussi une conception très militaire de son rôle. S’il n’accepte plus le système (qu’il qualifie de victorien), il ne remet pas en cause pour autant l’armée.

Mais c’est Harry Andrews qui nous offre l’une des plus belles performances du film. Il en fut d’ailleurs récompensé, ce qui est normal car il y interprète un adjudant – avec ce qu’on peut mettre dans ce grade – pas si monolithique que ça. Wilson, malgré son comportement injuste envers les prisonniers, essaie tout de même de rester dans les limites de la légalité, ce que ne fait pas Williams.

 

Après un tel film, dire que la guerre est absurde ressemble à un pléonasme, non ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Sidney Lumet
12 Hommes en colère (Twelve angry Men - Sidney Lumet, 1957)

Une salle.

Une table.

Douze chaises.

Douze hommes.

Un seul verdict.

Un huis clos étouffant, dans tous les sens du terme : la tension ne fait que monter en même temps que se charge le temps atmosphérique, une chaleur moite et un ciel de plus en plus noir.

Jusqu’au moment où tout éclate : le ciel, les hommes, le verdict.

 

Nous sommes à l’avant-dernier stade d’un procès où un jeune garçon risque la peine capitale. C’est une affaire entendue, tous pensent qu’il est coupable. Chacun va pouvoir retourner à sa vie après une semaine de vacances forcées.

Mais parmi ces 12 hommes réunis, l’un d’eux a un doute raisonnable, celui qui empêche de condamner un accusé : le juré n° 8 (Henry Fonda).

Lentement, méticuleusement et rationnellement, il va retourner les convictions de ces collègues d’occasion.

 

Dès la première intervention du juré n° 8, nous savons qu’il va arriver à les retourner tous : il n’est pas imaginable que le grand Henry Fonda, dans un film aussi grave soit du mauvais côté de la barrière, comme le sont les jurés n° 3 (Lee J. Cobb) et n° 10 (Ed Begley).

Mais si ce juré, seul contre tous (au début), se bat pour faire accepter une autre vérité que celle qui fut démontrée pendant le procès, jamais il n’admet avoir raison dans son raisonnement. Il ne se fonde que sur un principe fondateur de la justice américaine : le doute raisonnable. Et ce doute, il va le transmettre, refaisant, d’une certaine façon, et en accéléré, le procès complet.

 

La pièce de Reginald Rose est une brillante analyse de la justice américaine, mais surtout de ces gens qui composent un jury populaire. On retrouve dans ces douze hommes différents types d’Américains. Ils viennent de milieux différents, s’habillent de façon différente, parlent différemment. Mais si leur rôle social est très différent, certains au-dessus d’autres, ici, ils sont tous égaux. Chaque voix compte.

 

Pourtant tout différencie ces hommes : leur origine, leur âge, leur habillement, leur attitude, leurs préjugés, jusqu’à leur écriture (1). Ce sont des hommes pris au hasard : certains sont déjà rompus à cet exercice, d’autres le découvrent. Ils sont tous américains, mais pourtant, ils ne sont pas égaux : l’un est un homme pauvre, presque honteux de sa condition (le n° 6), un autre, le n° 11 (Jiří Voskovec), est issu de l’immigration, et a dû faire beaucoup d’efforts pour acquérir la citoyenneté et parle avec un léger accent, reprenant même le xénophobe n° 10 à propos de sa façon de parler. Mais malgré cela, ils sont, le temps d’une délibération, sur un même plan.

 

L’habillement est la première chose qui les différencie. Il fait chaud dans cette pièce, malgré les fenêtres ouvertes. Rapidement, ils se retrouvent en chemise, voire en polo. Seuls très peu d’entre eux gardent leur veste et leur apparence soignée. Et finalement, tous ces hommes se retrouvent dans cette délibération : certains par mimétisme – le n° 6 vient d’un même quartier défavorisé – d’autres par leur vie personnelle – le n° 3 est un père comme celui qui fut tué le vieux n°9 (Joseph Sweeney) se sent proche d’un témoin lui aussi âgé. Le n°4 (E.G. Marshall), toujours tiré à quatre épingles, essuyant UNE goutte de sueur sur son crâne dégarni. C’est un homme posé, rationnel, peu impressionnable et toujours maître de lui-même. Le n°7 (Jack Warden) est un homme d’affaire, de type représentant. C’est un baratineur. C’est aussi un homme perpétuellement en représentation, habillés de vêtements différents des autres. Certainement plus colorés que les autres (2), ou même à la limite du criard, conservant inlassablement son chapeau sur la tête.

Même si le n° 8 mène de fait les débats, il n’a jamais de volonté de dominer les autres, expliquant calmement son point de vue pendant que les acharnés de la culpabilité se déchaînent en même temps que l’orage.

Ces hommes sont en colère. Mais finalement, pas parce qu’ils ne sont pas d’accord. Ils sont d’abord en colère contre eux-mêmes, réalisant au fur et à mesure qu’ils ont pu se tromper. Qu’ils auraient pu commettre l’irréparable : condamner un homme à tort. Mais même l’innocence qui se dégage des débats plus ou moins houleux reste sujette à caution. Régulièrement, le n° 8 rappelle qu’ils sont eux-mêmes infaillibles.

 

Et tout l’art de Sidney Lumet, dans cette pièce filmée (parce que ce n’est pas tellement autre chose, sauf que le spectateur au lieu d’être devant une scène, y est à l’intérieur), c’est d’accentuer la tension du film en variant les plans (fixes la plupart du temps) d’un point de vue d’ensemble à différents points individuels (individualisés ?) jusqu’à terminer sur des visages en gros plan : l’un deux, enfermés dans son entêtement, hurlant presque sa conviction (erronée, bien sûr), pendant que les visages des autres jurés se ferment un à un à ses élucubrations qui se vident de sens à mesure qu’il arrive au bout de son délire. Et là, Lee J. Cobb nous livre un numéro formidable.

Il est un pendant magnifique au n° 8, toujours calme mais déterminé. Et leur parcours est similaire dans cette délibération. A un moment, ils se retrouvent seuls contre tous les autres.

Le n° 8 après être tous entrés et avoir comptabilisé les opinions. Mais comme la structure du film est en miroir, à cette dernière opposition désespérée et irrationnelle, va obligatoirement suivre un accord final et tous ressortiront, apaisés, peut être, mais en accord : entre eux, et avec eux-mêmes.

 

Et quand le film se termine, chacun repart dans sa propre vie, oubliant plus ou moins vite les autres, rattrapés qu’ils sont par les contingences de la vie : ils sortent du palais de justice et s’égaillent à tous vent, le dernier échange entre le n° 8 et le n° 9 étant peut-être le plus chargé d’humanité : le temps d’un débat, ils se sont trouvés, ont partagé une même opinion, sans même se connaître nommément. Et c’est quand chacun apprend son nom à l’autre, que quelque chose pourrait naître, qu’ils se séparent, définitivement, mais avec tout de même, le sourire aux lèvres, ce sourire de contentement d’avoir participé à quelque chose de fort, à quelque chose de grand : avoir sauvé la vie d’un être humain.

 

 

          (1) Le dépouillement des bulletins montre différents types d’écriture pouvant caractériser la conviction de chaque juré. On trouve de belles lettres d’un homme appliqué ; des majuscules d’imprimerie qui éclatent comme la conviction de l’un d’eux ; une petite écriture de quelqu’un de timide voire mal à l’aise parmi ces gens importants, ou encore un Y mal formé résultant d’un manque d’éducation ou d’un avis tellement évident qu’il ne prend même pas la peine d’écrire correctement…

 

          (2) Le film est en noir et blanc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin
Charlot à la Plage (By the Sea - Charles Chaplin, 1915)

Sur une plage, un homme arrive (Charles Chaplin), épluche une banane, la mange et jette la peau. Quelques secondes plus tard, il glisse dessus.

Pendant ce temps, des couples se font et se défont.

 

Sorti un peu plus de quinze jours après Le Vagabond, on est un peu déçu si on compare ces deux films. En effet, alors que le premier nous offrait la vraie naissance du personnage du vagabond, avec une histoire cohérente et des gags toujours aussi efficaces, ce film ne repose pas vraiment sur une intrigue sérieuse.

On découvre des personnages grossièrement présentés, dans des situations confuses où finalement, seuls les gags comptent.

 

On retrouve des éléments déjà utilisés (deux hommes qui se battent, le petit homme qui marche sur l’autre…) et on peut y voir aussi des esquisses de gags qui fleuriront dans des futures réalisations : la puce qui saute d’un bras à l’autre, au comptoir d’un marchand de nourriture…

Et puis il y a les chapeaux.

 

Ici, du fait du vent courant en bord de mer, les hommes ont relié leur chapeau à leur main afin d’éviter de les perdre. C’est l’occasion d’une première rencontre explosive entre un homme au chapeau de paille (Billy Armstrong) que sa femme (Margie Reiger) a laissé et notre héros. Ce qui à l’origine n’est qu’un petit incident est monté en épingle et utilisé à fond (comme souvent dans ce genre de gag) et complété par un élément extérieur (ici la bouée de sauvetage) donnant une autre dimension et amenant la bagarre inévitable.

 

Mais comme souvent dans ce genre de situation les deux protagonistes font la paix*. Ils déplacent l’histoire vers un marchand de glaces, où on retrouve un troisième homme (Bud Jamison), lui-même avec sa fiancée (Edna Purviance).

Quelques temps après, tout le monde se retrouve pour un final qui n’en est pas vraiment un, la situation méritant tout de même un prolongement plutôt que cette demi-fin.

 

De la déception donc, quand on regarde le film dans son ensemble, mais n’oublions pas que le premier but est de faire rire, et ça c’est plutôt réussi. Chaque plan, chaque élément, est prétexte à faire rire, jusqu’à la toute dernière seconde.

Mais il manque ce petit quelque chose qui fera la force des grands films de Chaplin : l’émotion, pendant indispensables aux gags futurs.

 

 

* le gag se prolonge jusqu’à l’arrivée d’un policeman (Paddy McGuire) qui fait les frais de cette échauffourée. Et comme le dit Brassens dans Hécatombe : « dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Thorpe
Ivanhoe (Richard Thorpe, 1952)

Avant, quand on parlait de Richard Cœur de Lion, il y avait le Robin des Bois de Michael Curtiz. Mais à partir de 1952, la relève fut assurée par Ivanhoé, autre chevalier fidèle, qui sera même adapté pour la télévision avec l’aristocratique Roger Moore.

Et ici, c’est le très prolifique Richard Thorpe qui nous offre sa version du roman de Walter Scott.


Alors que Robin des Bois (Harold Warrender, qui mourut l’année suivante) organise la résistance au prince John en plein cœur de l’Angleterre, Ivanhoé (le très beau Robert Taylor) parcourt les châteaux d’Europe à la recherche de son souverain retenu dans un château d’Autriche.

Une fois retrouvé, il rentre en Angleterre afin de rassembler l’or nécessaire à la rançon.

Mais l’Angleterre est dirigé par l’infâme Jean (Guy Rolfe), qui e voit pas d’un très bon œil l’idée d’un retour de son frère.

 

Et à la vingt-cinquième minute, elle apparaît : ses cheveux noirs de jais, ses yeux d’améthyste en amande, ses lèvres de rubis, Elizabeth Taylor est une magnifique Rebecca. Comment ne pas succomber à une telle beauté fragile ? Accusée, dans sa robe blanche, elle est l'innocence et parle avec sa force. Oui, elle est magnifique.

Seul Ivanhoé le peut, engagé profondément qu’il l’est avec l’autre belle, lady Rowena (Joan Fontaine).

 

Il y a une parenté avec le film de Curtiz, qu’on le veuille ou non. En effet, on retrouve le même Technicolor flamboyant, où les rouges et les bleus éclatent. Mais Robin change. Tout d’abord, on l’appelle seulement Locksley et c’est Ivanhoé qui a le dessus sur lui : Locksley se range d’ailleurs derrière lui après le tournoi.

Parce qu’il y a un tournoi. Et là, c’est vraiment magnifique : les chevaliers s’engagent, la lance tendue devant eux et fauchent leurs adversaires sans pitié.

Mais ce n’est rien avant l’arrivée du chevalier noir (devinez qui ?) qui s’en vient défier la fine fleur normande.

Un grand moment.

 

L’autre parenté avec Curtiz, c’est le choix de l’interprète de Rowena, la bien-aimée d’Ivanhoé : Joan Fontaine, la sœur de celle qui fut Lady Marianne aux côtés d’Errol Flynn : Olivia de Havilland. On peut difficilement faire mieux question parenté !

Les combats à l’épée sont mémorables aussi, avec en prime le rôle du feu, qui engloutit sans distinction les bons comme les méchants.

Et puisqu’on en est aux méchants, le prince Jean est brillamment interprété : tout en lui respire la malfaisance, de sa diction à son visage de fourbe, les yeux toujours plissés comme n’importe quel traître du cinéma.

 

Et puis il y a le cas Bois-Guilbert (George Sanders). Il est du côté des méchants, c’est un fait. Mais s’il nous montre à plusieurs reprises qu’il n’ »est pas un personnage très recommandable, son attitude change dans les derniers instants. En effet, au contraire d’Ivanhoé, Bois-Guilbert aime Rebecca. Et la rouerie finale de Jean, en le choisissant pour affronter Ivanhoé pour la vie de Rebecca est d’une certaine manière une bonne chose pour lui.

Certes, il ne pourra pas disposer de la jeune femme s’il perd le combat, mais il ne pourra pas plus s’il gagne : elle sera attachée au bûcher pour y être brûlée.

Choix cornélien s’il en est.

 

Quoi qu’il en soit, Thorpe nous propose une belle histoire, dans la lignée du film de Curtiz mais sans toutefois y ajouter l’humour de son prédécesseur qui donne à son film une autre dimension.

Les Chevaliers de Il nous régale ici avec cette histoire de chevaliers comme il le fera un an plus tard avec le même Robert Taylor dans la Table ronde, où, encore une fois, amour et honneur seront au cœur de l’intrigue.

 

Ivanhoe (Richard Thorpe, 1952)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton, #Harold Lloyd, #Douglas Fairbanks, #Rudolph Valentino
Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

Parmi tous les films qui sont sortis en 1927, l’une des plus belles années du point de vue de la production cinématographique, il est un petit film (6 minutes environ) qui aurait pu passer inaperçu s’il n’y avait eu autant de stars à y participer.

 

Tourné en 1925 par Roscoe Arbuckle, le principe en est simple : Carter de Haven, un acteur oublié qui a travaillé avec Chaplin sur Les Temps modernes (entre autres), joue le rôle d’un transformiste.

Installé devant un grand coffre il se maquille et endosse des tenues (avec couvre-chef) pour personnifier des stars du cinéma.

Ce sont alors tour à tour Buster Keaton, Harold Lloyd, Douglas Fairbanks, Roscoe Arbuckle, Rudolph Valentino et Jackie Coogan (11 ans au moment du tournage) qui se produisent sous les yeux (ébahis ?) d’un public virtuel (finalement ce sont les spectateurs du cinéma qui endossent ce rôle).

 

En 1921, Douglas Fairbanks avait déjà interprété ce rôle de faux transformiste dans le film The Nut) avec le même résultat un tantinet absurde.

Mais quand Arbuckle en fait une nouvelle version, l’exploitation sera beaucoup plus difficile du fait des retombées de l’affaire le concernant (1921) qui le poursuivra jusqu’à sa mort (1933).

Mais si The Nut révélait les ficelles de la supercherie (le paravent tombait et on apercevait tous les protagonistes), ici, aucune révélation, mais un montage très précis qui amène finalement le sourire (et plus) aux spectateurs.


Si Keaton reste impassible (on s’en serait douté) et ne fait que se montrer, Lloyd, Fairbanks et Arbuckle nous livrent un petit échantillon de leur rôle passé :

  • Arbuckle récupère sa poêle à frire avec laquelle il fait sauter un morceau de viande ;
  • Fairbanks, en Robin des bois (1922), saute pardessus le coffre pour se présenter au public ;
  • Lloyd exécute les pas qui accompagnent chaque réalisation de son personnage dans The Freshman*.

Même si le procédé n’est pas nouveau, ce film est une véritable perle parmi les grandes productions de cette année faste (1927). Mais c’était aussi l’occasion de retrouver Valentino, dans son dernier rôle officiel, et à titre posthume (il est mort le 23 août 1926).

 

 

* Cette intervention devrait faire taire ceux qui considèrent que le film fut antérieur à la date proposée (on annonce même 1921). En effet, si le film fut tourné avant, comment expliquer les pas de Lloyd…

Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Stuart Heisler
Le grand Bill (Along came Jones - Stuart Heisler, 1945)

 

« And then along came Jones
Tall thin Jones
Slow-walkin' Jones
Slow-talkin' Jones
Along came long, lean, lanky Jones »

 

Le refrain de cette chanson des Coasters (1959) est à rapprocher du film de Stuart Heisler, qu’on a (encore une fois très) mal traduit : Along came Jones*.

Et le Jones dont il est question (dans le film) se nomme Melody Jones et ce n’est rien moins que Gary Cooper (1,91 m) qui l’interprète avec sa nonchalance légendaire.

Jones arrive donc dans une petite ville (Payneville). Et chose étonnante, personne ne veut se mesurer avec lui. En effet, ses initiales « MJ » sur sa selle ont trompé les habitants : ils pensent avoir affaire au terrible Monte Jarrad (Dan Duryea), un bandit de grand chemin mâtiné d’un meurtrier.

Et heureusement pour lui, la belle Cherry de Longpre (Loretta Young) va le tirer d’embarras, évitant ainsi une erreur judiciaire. Car si elle ne connaît pas du tout Jones, elle connaît très bien Monte.

 

Ce n’est pas un western impérissable qu’on nous propose là, mais la présence de Gary Cooper vaut à elle seule le coup. En effet, on rencontre le géant (dans  tous les sens du terme) dans un rôle un tantinet en décalage avec les autres rôles de western qu’il a pu interpréter.

Jones est un très beau cowboy, mais une gâchette absolument nulle : à chaque fois qu’il dégaine, son pistolet lui échappe des mains et le coup part tout seul. On a rarement vu un personnage aussi mauvais au tir. Mais s’il tire comme un pied (quand ce n’est pas sur le sien ?), il a, par contre, un  bon poing droit qui lui rend – occasionnellement – de fiers services.

Il est ce qu’on pourrait appeler un grand couillon, dont la taille est sans cesse un inconvénient, les portes étant toujours trop basses pour lui.

 

Au côté de Jones, on retrouve un aîné un tantinet bougon comme on en voit souvent chez Hawks ou Ford. Ici, c’est William Demarest qui interprète George Fury, son compagnon. Autre emprunt à Ford : la présence de Russel Simpson dans un rôle de vieux gâteux, mais pas tant que ça.

Bref, les ingrédients sont là, mais on n’atteint tout de même pas la force des films des deux maîtres sus nommés.

 

C’est tout de même un western ma foi honnête, produit par Cooper soi-même, ce qui explique plus facilement ce personnage un peu décalé de ceux qu’on attendait de lui. Produisant le film, il pouvait se permettre d’endosser un personnage à contre emploi et qui, dans son attitude, est vraiment celui de la chanson des Coasters : grand, mince, dégingandé, qui marche et parle doucement…

On pourrait résumer le film assez rapidement en disant que Jones est à chaque fois au mauvais endroit au mauvais moment.


Sauf quand il embrasse Cherry.

Normal, c'est Gary Cooper, quand même !

 

 

* Mais où donc le traducteur du titre est-il allé chercher ce « grand Bill » ? Jones se prénomme Melody et il n’y a pas plus de Bill dans les personnages de l’intrigue que dans la distribution du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #René Clair
Un Chapeau de paille d'Italie (René Clair, 1928)

René Clair est, à mon avis (mais je ne dois pas être le seul), le plus grand cinéaste comique français. Il nous propose ici un vaudeville plutôt subtil. Il faut dire que la pièce de Labiche, dont est tirée l’histoire, avait de quoi réjouir.

Nous sommes en 1895. C’est le jour où Fadinard (Albert Préjean) se marie. En se rendant à la noce, son cheval grignote un chapeau de paille (d’Italie) qui se trouvait en bord de chemin. Jusque là, rien de très extraordinaire. Sauf que le chapeau appartient à Anaïs Beauperthuis (Olga Tchekhova), qui passait du bon temps avec le lieutenant Émile Tavernier (Geymond Vital). Mais la belle Anaïs est en outre mariée au sombre Beauperthuis (Jim Gérald), gros homme jaloux. Si Anaïs rentre chez elle sans son chapeau, ,il risque d’y avoir de la viande froide !

Fadinard est donc obligé de remplacer le chapeau s’il ne veut pas que le lieutenant mette à sac sa maison, voire plus grave… Sans oublier qu’il doit des marier !

Nous sommes dans une situation bien française où les liens du mariages son bien souples et où la morale, finalement l’est autant. Alors que la belle Anaïs est dans une relation extraconjugale, jamais Fadinard ne le lui reproche. Au contraire, il va tout faire pour cacher cette intrigue galante, quitte à mettre en péril son mariage.

Et son mariage, comme dit François dans Jour de Fête : « C’est que’qu’chose ! ».

En plus d’Hélène (Marise Maïa), l’indispensable mariée, on trouve toute une galerie de personnages hétéroclites et magnifiques (la famille, que voulez-vous, on ne la choisit pas) : un oncle sourd comme un pot et son cornet acoustique plus ou moins dégagé ; un cousin (Louis Pré fils) à la cravate autonome et sa femme la cousine à lunettes (Alice Tissot, toujours égale à elle-même)… Bref, on peut dire que Fadinard est à la noce dans tous les sens du terme !

Comme nous sommes dans un vaudeville, il y a obligatoirement quiproquo, et je dois avouer que l’intrigue va au-delà des espérances dans ce domaine. Et les acteurs y sont pour beaucoup. Albert Préjean en Fadinard est impeccable, comme à son habitude, et il arrive à mener sa barque avec un certain brio ; Geymond Vital est un militaire impulsif malgré les recommandations de sa bien-aimée adultère, ce qui nous donne quelques belles envolées de meubles, au grand plaisir du chiffonnier qui passe (rien ne se perd…) ; et bien sûr Jim Gérald, habitué des comédies de Clair (déjà présent dans les deux films précédents, on le retrouvera dans le magnifique chef-d’œuvre qu’est Les deux Timides (1) l’année suivante).

René Clair nous propose cette comédie débridé sur un rythme qui l’est autant. Plus Fadinard essaie de régler son histoire, plus la noce se pose de questions, allant, supplice final, jusqu’à déclarer le mariage nul et récupérer les cadeaux (la mesquinerie n’a pas de limite).

Mais c’est surtout cette quête d’un chapeau qui sauverait l’honneur d’une dame qui fait tout le sel de l’intrigue, jusqu’au dernier rebondissement (plus près de la fin, ça s’appelle une tragédie!).

Même si l’intrigue est très française, on ne peut que noter l’universalité des gags qui nous sont proposés : d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, on fait rire avec les mêmes artifices, tout en évitant le côté burlesque (slapstick, comme on dit là-bas) qui commence à s’émousser (2). Ici aussi, les comédies se teintent d’un soupçon de mélancolie pour mieux faire éclater l’aspect comique des situations.


Un film INCONTOURNABLE !

 

(1) T’en souviens-tu, mon cher Allen John ?

(2) On retrouve réellement ce glissement vers des situations comiques plus subtiles et de moins en moins systématiques telles que les tartes à la crème (j’adore) et les coups de pied au cul. Toute fois, n’oublions pas ce que disait Debureau père : « Un coup de pied au cul, quand il est bien donné peut faire rire le monde entier. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Mary Pickford
La Bête enchaînée (A Romance of the Redwoods - Cecil B. DeMille, 1917)

 

Jenny Lawrence (Mary Pickford) vient de perdre sa maman, qui l’enjoignait, dans ses dernières volontés de rejoindre son oncle John (Winter Hall), parti en Californie chercher de l’or (c’est la ruée de 1849).

Mais cet oncle est tué par les Indiens et Black Brown (Elliott Dexter) a pris son identité pour échapper à la justice.

Alors quand elle arrive à Strawberry Flats (où devrait vivre son oncle), elle est aussi surprise que celui qui a usurpé son identité.

Mais il faut vivre malgré tout dans cet endroit oublié de Dieu, mais pas des hommes (surtout les plus rudes).

 

 

 

 

La Bête enchaînée (1) est le sixième film de Mary Pickford qui sort cette année-là (le troisième chronologiquement, le premier des deux avec Cecil B. DeMille). Cette fois-ci, même si elle va voir son oncle, elle n’a pas le rôle dune petite fille, à peine une jeune fille : plutôt une très jeune femme qui doit grandir bien vite dans un monde assez hostile : l’ouest américain dans un village de prospecteurs.

 

Mais si on peut classer ce film dans le genre western, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour comme ne le dit pas le titre français (1) : c’est bel et bien une histoire d’amour (« romance » en anglais) qui se situe au nord de la Californie, dans la région des Redwoods, tout simplement.

Mais il ne s’agit pas d’une histoire d’amour ordinaire (normal, on est chez DeMille). D’un côté une jeune orpheline, un tantinet naïve (au début seulement) et de l’autre un bandit de grand chemin, spécialisé dans l’attaque de diligences.

Mais cette rencontre, au lieu de tourner au drame (va-t-il la laisser vivre après qu’elle aura découvert son secret), se transforme en une relation dans laquelle chaque partie va y trouver son contentement.

Elle, va trouver un toit où dormir et un couvert, lui, va se civiliser un petit peu : leur premier petit-déjeuner illustre très bien cet échange quand elle insiste pour qu’il soit (à peu près) propre et qu’ils prennent le temps de dire les grâces avant de commencer.

 

Mais c’est à partir du moment où elle va découvrir son secret que la situation va complètement évoluer. Non seulement il ne la tue pas, mais en plus il se rend compte qu’il l’aime et est prêt à tout abandonner de sa vie de desperado pour elle.

Mais les hommes étant ce qu’ils sont, Brown replonge et c’est seulement par une intervention de Jenny qu’il s’en sortira (définitivement ?).

 

Encore une fois, Mary Pickford commence avec un personnage presque enfantin pais elle va vite s’imposer comme une jeune femme auxquels de nombreux hommes, une fois qu’elle sera installée, ne seront pas indifférents (2). Et avec DeMille, cette relation prendra une dimension

Supérieure, transformant cette histoire d’amour en événement fondateur d’une nouvelle vie. Et le rôle de Jenny, qui assume cet amour est d’autant plus magnifique qu’elle avoue (au milieu du XIXème siècle !) qu’elle a eu une relation avec son « oncle » hors du mariage.

 

Et puis il y a l’Ouest farouche de DeMille, avec ses Indiens meurtriers et ses saloons mal famés. Il faut voir la faune que rencontre Jenny lorsque Brown l’amène dans ce haut lieu de la culture Californienne de 1849-50 : des joueurs qui ne pensent qu’à jouer, des ivrognes qui ne pensent qu’à boire (3) et des femmes de mauvaise vie quand elles ne sont pas hommasses.

Un bel échantillon.

 

Mais comme avec William Beaudine, je préfère le deuxième film que Pickford tournera avec DeMille : il aura, lui aussi, bien cerné sa personnalité et lui proposera un nouveau rôle (Angela Moore dans La petite Américaine) qui la portera définitivement au firmament des stars (4).

 

 

 

  1. Non mais quel titre encore une fois !
  2. C’est quand même Mary Pickford !
  3. Avec en prime un shérif qui tire sur celui qui lui demande de faire son boulot !
  4. Si Lillian Gish est la plus grande actrice du cinéma (avis que je partage avec mon ami le professeur Allen John) que Greta Garbo est « la Divine », Mary Pickford restera toujours « la petite fiancée de l’Amérique » drainant toujours plus de foule sur son passage, même à l’étranger. Une actrice elle aussi exceptionnelle.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Franklin J. Schaffner
Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973)

Un représentant de l’Etat explique, à des hommes, que la France les a reniés.

Ils n’ont plus de patrie.

Le plan s’élargit, les hommes sont de dos, nus. Ils n'ont plus rien. Ils ne sont plus rien.

Ils embarquent alors, après avoir traversé la ville*. Leur destination : la Guyane française et son bagne.

Parmi les détenus, deux figures nous intéressent : Louis Delga (Dustin Hoffman), faussaire génial, et Henri Charrière, dit Papillon (Steve McQueen).

Entre eux va se développer une amitié étrange, entrecoupée par des tentatives d’évasion.

 

Nous sommes en 1973 quand Franklin J. Schaffner tourne cette épopée pénitentiaire. Même Henri Charrière, auteur du roman éponyme, est encore en vie (il mourra le 29 juillet de cette année-là). Au scénario (entre autres) Dalton Trumbo, qui récrit l’histoire – déjà sujette à caution – de l’ancien bagnard.

Mais Papillon, c’est avant tout la rencontre de deux légendes du cinéma : Steve McQueen, l’un des acteurs les plus cools d’Hollywood, dont le talent n’est plus à prouver ; et Dustin Hoffman, découvert quelques années plus tôt (Le Lauréat, 1967), qui entame une carrière d’homme-caméléon avec ce rôle d’un homme très myope et à la calvitie naissante.

 

Mais ce film, c’est avant tout une critique acerbe du système pénitentiaire français. Et comme pour la première Guerre Mondiale, il faut attendre que ce soient les Américains qui en abordent les côtés sombres (Les Sentiers de la gloire, 1958). Deux ans après Johnny got his gun, on peut faire confiance à ce scénariste (Trumbo), anciennement placé sur la Liste noire, pour dénoncer quelque chose.

 

Steve McQueen et Dustin Hoffman sont formidables de bout en bout : McQueen en éternel rebelle à l’autorité, toujours en quête d’une occasion pour s’évader. Quant à Hoffman, il fait de Delga, qui est un homme assez quelconque au premier abord, un personnage attachant, même si on est quasiment sûr – Comme Paillon – qu’il ne partira jamais du bagne. Et la relation entre ces deux personnages en devient émouvante, à chacune de leurs retrouvailles.

 

Et puis il y a le jeu de McQueen, pas si « cool » que ça. Les aventures (romancées, certes) sont éprouvantes et McQueen donne une autre dimension à son personnage : Charrière, s’il n’a pas tué le souteneur comme le tribunal la reconnu, était tout de même un (petit) criminel. Et Papillon/McQueen ne s’en cache pas. Mais sa composition tout au long du film nous fait oublier ces « erreurs de jeunesse ». Il y a une humanité chez ce Papillon-là qu’on ne retrouve pas obligatoirement dans le livre*. Le passage dans l’Ile des Lépreux est un très bon exemple de cette humanité véhiculée par McQueen.

Autre grand moment du film : l’incarcération de Papillon dans une cellule pendant deux ans qui se durcit quand on lui diminue sa ration alimentaire et on lui enlève la lumière (il reste juste un tout petit puits qui éclaire à peine son visage). La survie de Papillon va plus loin que ce qu’on avait pu voir dans les autres films pénitentiaires, les conditions de survie étant ce qu’elles furent. Nous sommes véritablement dans la cellule, et vivons de très près ce que vit Papillon, et surtout sa lente progression vers la folie, son esprit se désagrégeant pendant que son corps vieillit prématurément.

 

Mais comme on est dans un film qui dénonce certains « dysfonctionnements », on en arrive à une galerie de personnages plus ou moins antipathiques : le porte-clés (Allen Jaffe), homosexuel notoire qui alerte la garde ; les chasseurs d’hommes, d’anciens bagnards qui sont restés et traquent les évadés ; et les innombrables gardiens, plutôt des fonctionnaires consciencieux que de véritables méchants. Le gardien-chef  (William Smithers) de la section « réclusion » en un bon exemple du fonctionnaire consciencieux. Il n’y a aucune haine dans son action (parfois rude). Il fait ce pourquoi il est payé, sans en tirer ni joie ni peine. On peut même se demander si cet homme a des émotions.

 

Mais s’il fallait désigner la personne la plus « mauvaise », ce serait pour moi la mère supérieure (Barbara Morrison) : Papillon, aidé par une jeune religieuse est hébergé au couvent, laissant en gage sa fortune. Ce répit ne dure qu’un temps, dès le lendemain, il est arrêté et reconduit à son point de départ…

La dernière remarque qu’elle lui fait avant qu’il s’en aille est magnifique de rosserie et de malfaisance : un comble pour une personne religieuse dont le but est l’aide aux plus nécessiteux. En moins de trois minutes, elle arrive à se faire détester de Papillon et des spectateurs ! Un personnage inoubliable.

 

Papillon est un film fort, servi par une distribution impeccable, dont certaines séquences sont difficilement soutenables : la guillotine au milieu de la cour n’est pas qu’une menace, et encore moins un élément de décoration qui sert à couper du bois. Un bagnard repris pour la troisième fois en fera la triste expérience. Là encore, un moment inoubliable du film.

 

 

* Pas un mot n'est échangé, seul le bruit des sabots battant le pavé. On pense à une autre chiourme célèbre, celle que Jean Valjean et Cosette voient passer dans Les Misérables de Raymond Bernard, encore plus terrible. Rien n'a beaucoup évolué en 100 ans...

 

** Dans le livre, la troisième tentative est la bonne (comme dans le film), mais le livre raconte ce qu’il se passe ensuite : une nouvelle occasion de raconter d’autres histoires plus ou moins vraies mais tellement palpitantes, elles aussi !

 

 

 

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