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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Neil Burger
Divergent (Neil Burger, 2014)

Un monde en équilibre.

Une société cloisonnée.

Chacun remplit son rôle pour maintenir la paix, et donc l’harmonie.

Mais si chacun prend son rôle à cœur, il arrive qu’apparaissent des êtres différents.

Des Divergents.

Beatrice (Shailene Woodley) est l’une de ces personnes.

Pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

 

Les années 2010 – les nôtres – sont de véritables creusets aux intrigues dystopiques cinématographiques. Après Hunger Games et Le Labyrinthe, voici une nouvelle série (3 volets, bien entendu) qui exalte les capacités de ressources des adolescents. Encore une fois dans une société où, comme de bien entendu, c’est le bonheur des peuples qui guide ceux qui dirigent, ou qui aimeraient diriger.

 

Le bonheur est-il le souverain Bien ? C’est un sujet de philosophie que j’ai eu à traiter, du temps de ma jeunesse folle, aiguillé par un professeur, de cette matière, inoubliable : Joël Gaubert (allez voir ce qu’il écrit, c’est magnifique). Et il semble que les scénaristes de ce film l’aient consulté ! En effet, si le bonheur est un but que beaucoup souhaitent atteindre, il n’en demeure pas moins que c’est avant tout la liberté qui doit être recherchée. Et ici, c'est le Libre-Arbitre (je majuscule, excusez-moi) qui repousse les limites établies par cette société post-apocalyptique pas si idéale que ça.

 

EN effet, notre héroïne est une inclassable. En effet, cinq factions régissent ce monde supposé idéal. Arrivée au stade – supposé – adulte, elle est amenée à faire un choix déterminant : sera-t-elle comme ses parents ?

Evidemment, comme le titre nous incite à le croire, elle ne fera pas comme tout le monde (et puis autrement, pourquoi faire le film ?). Mais c’est de cette divergence que se nourrit le film. Non seulement elle ne choisit pas la sécurité – le milieu qui l’a élevée – mais surtout elle n’entre dans aucune case préétablie : soit elle appartient aux cinq factions, soit elle n’appartient à aucune.

Bien sûr, elle choisit l’une d’elle – la plus coole, bien sûr – mais ce n’est pas obligatoirement le choix de la facilité.

Quoi qu’il en soit, nous regardons un personnage qui évolue jusqu’à devenir humain : elle a sans cesse à l’esprit cette faculté de choisir qui la rend différente mais dangereuse : dangereuse pour cette société qui prospère grâce au cloisonnement des humains, mais aussi dangereuse pour elle-même, ces individus divergents étant chassés et éliminés.


On retrouve donc ici une composante du film Le Passeur, sorti la même année où un monde en équilibre se retrouvait menacé par un élément qui n’entrait pas dans les cases.

Cet élément, là aussi était plus humain que les autres, bien que solitaire.

Quoi qu’il en soit, on suit cette aventure avec beaucoup plus de plaisir – pour moi en tout cas – que Hunger Games où la violence prenait un peu trop le pas sur l’intrigue. Ici aussi, le monde – cloisonné et « équilibré » – est certes violent, mais s’il s’agit de survivre, ce n’est pas pour contenter une populace oisive et friande de sensations fortes.

 Un dernier mot enfin sur le « méchant » effectif (indispensable, vous le savez bien) : c’est une méchante et elle a les traits de la  (très) belle Kate Winslet. Et encore une fois, elle joue très juste.


A suivre, donc.
 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Edwin S. Porter, #Mary Pickford
Tess au Pays des tempêtes (Tess of the storm Country - Edwin S. Porter, 1914)

Tessibel « Tess » Skinner (Mary Pickford) vit dans un village de pauvres pêcheurs, dominés par la propriété d’un notable : Elias Graves (William Walters). Ce dernier porte même le titre de diacre, mais le seul élément religieux de sa vie, ce sont les études de son fils Frederick (Harold Lockwood) appelé à lui succéder.

N’ayant pas pu expulser les pêcheurs, il fait passer une loi pour leur interdire de pêcher au filet. Les pêcheurs, n’ayant que ce moyen de subsister, braconnent. Ils sont surpris par les représentants de l’ordre et l’un d’entre eux est tué. Comme il s’agit du fusil de Daddy Skinner (David Hartford) – le père de Tess –, ce dernier est arrêté, jugé et condamné à mort.

 

L »’intrigue de ce film est plus complexe que ne l’annonce les lignes précédentes. En effet, à cette histoire de base, s’ajoute deux histoires d’amour concernant les enfants de l’infâme Elias Graves. Frederick aime Tess, et Teola (Olive Carey), la fille, aime Dan (Jack Henry), un camarade d’étude de Frederick.

Avec en prime, une histoire de fille-mère (Teola), que Tess va couvrir en déclarant que cet enfant est le sien.

Mais, d’une certaine façon, rassurez-vous, nous assisterons à une fin plutôt heureuse.

 

Il s’agit de la première adaptation du roman de Grace Miller White (1868-1965) – il y en aura quatre – et c’est le vétéran (du cinéma) Edwin S. Porter qui nous la propose. Il s’agit en outre de l’un de ses derniers films, puisqu’il arrêtera de tourner l’année suivante.

Porter a fait son chemin depuis Le Vol du grand rapide, mais sa manière de tourner est toujours la même. Alors que le cinéma est en pleine évolution – Cabiria en Italie et bientôt Naissance d’une Nation aux Etats-Unis, entre autres – Porter filme toujours de la même façon : ce ne sont que des plans d’ensemble, permettant de voir les différents protagonistes en entier. Si cette façon n’empiète pas sur l’intrigue, elle a tout de même tendance à la rendre moins intéressante. Ce n’est qu’un enchaînement de plans, entrecoupés d’intertitres qui ont tendance à annoncer ce qui va suivre, ou parfois même accentuer (je n’ai pas dit alourdir…) ce que nous venons de voir et qui nous semblait évident.

 

Mais malgré tout, il y a Mary Pickford ! C’est le quatrième et dernier film qu’elle tourne avec le vieux maître, et la première des deux adaptations du roman de Grace Miller White (la seconde sortira en 1922). Tess, son personnage, est une jeune fille volontaire très liée à son père, malgré la pauvreté de leur condition. De plus, elle est pleine de ressources et ne se laisse pas faire par l’infâme Graves qu’elle affronte à plusieurs reprises.

Mais ce qui ressort surtout du personnage de Tess, c’est une humanité débordante et de l’amour : pour son père, d’abord, puis pour Frederick. Et enfin, pour Teola, puisqu’elle n’hésite pas à prendre sur elle la faute qui la déshonore : elle met au monde un enfant sans être marié.

Car nous sommes en 1914, et même si Hollywood a rapidement traîné une réputation sulfureuse (qui amena le code Hays), le fait que Teola soit mère en dehors des liens du mariage est scandaleux.

 

Mais ce scandale grandit d’autant plus Tess qu’elle accepte tout pour cet enfant qui n’est pas sien, allant jusqu’à voler chez Graves pour que le bébé ne meure pas de faim. Et sa supplique pour que ce même bébé soit baptisé pour lui éviter les tourments de l’Enfer (nous sommes en 1914, je vous rappelle), est l’un des plus beaux moments du film, l’humanité de Tess étant contrebalancée par l’aveuglement de haine de Graves qui refuse ce baptême à l’enfant, parce que c’est celui d’une moins que rien.

Et le jeu de William Walters est dans le même registre que celui de Mary Pickford, donnant alors le ton juste de cette histoire*.

Mais la façon de filmer de Porter, un tantinet « à l’ancienne » limite l’intensité dramatique nécessaire pour cette histoire : il aurait fallu des plans plus rapprochés voire gros afin de véritablement accentuer la dimension tragique du film.

Mais John Robertson va bientôt reprendre cette histoire…

 

 

* Un autre « méchant » du film, celui qui tue le garde-chasse, s’il est méprisable, n’a pas la dimension de Graves.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Marshall Neilan, #Mary Pickford
La petite Princesse (The little Princess - Marshall Neilan, 1917)

Le capitaine Richard Crewe (Norman Kerry, très discret si ce n’est un beau gros plan de son visage) emmène sa fille Sara (Mary Pickford) dans une école de jeunes filles çà Londres, chez Miss Minchin (Katherine Griffith), puis retourne à ses affaires en Inde.
Sara est très bien traitée jusqu’au jour de ses dix ans : elle apprend que son père est mort et Miss Minchin, apprenant qu’elle est devenue pauvre, l’emploie comme bonne à tout faire et la loge sous les combles, avec une autre souillon : Becky (Zasu Pitts).

 

L’année 1917 est très riche pour Mary Pickford : quelques mois après La petite Américaine, elle est pour la sixième fois la vedette d’un long métrage, avec seulement trois réalisateurs. Cette fois-ci, c’est le deuxième film qu’elle tourne avec Marshall Neilan, et ce dernier la met particulièrement en valeur avec un usage pertinent d’éclairages et de gros plans de son visage qui a juste ce qu’il faut d’enfantin.

La prise de vue de Walter Stradling – qui a fait la plus grande partie de sa carrière avec Marshall Neilan – est magnifique. Malheureusement, il mourut moins d’un an après la sortie du film…

 

Encore une fois, donc, elle est une petite fille. Et le travail de mise en scène pour la faire paraître telle est magnifique. Neilan n’emploie pas que des acteurs et actrices immenses pour figurer la différence de taille – obligatoire – entre cette petite fille et les adultes qui la côtoient. Souvent, il a recours à des plans américains voire rapprochés pour dissimuler les artifices utilisés : Sara, à genoux, qui étreint son père ; Miss Minchin sur un rehausseur derrière une table…

Seul le plan où le père la prend dans ses bras ne peut cacher que Mary Pickford est beaucoup plus grande qu’on ne veut nous le faire croire.

 

Alors qu’on pouvait craindre une intrigue autour d’une enfant capricieuse – c’est ainsi qu’apparaît Sara au début du film : elle ne veut pas partir à Londres (etc.) – mais rapidement on s’aperçoit que Sara est une petite fille très appréciée… Tant qu’elle est supposée avoir de l’argent ! Et son éducation en Inde lui permet de charmer ses camarades de dortoir avec de belles histoires.


L’une d’elles – Ali Baba et les 40 voleurs – est prétexte à une histoire dans l’histoire avec un jeu de lumière – encore une fois très pertinent – qui éclaire l’arrière-plan* où se déroule cette histoire tirée des 1001 nuits, pendant que la silhouette de Sara raconte au premier plan, dans la pénombre. Bien entendu, Sara/Mary Pickford est l’esclave héroïne  qui vient en aide à Ali Baba.

On retrouve dans cette séquence (près d’un tiers du film) un thème très en vogue à cette époque dans le cinéma mondiale : l’Orient. Bien sûr, il s’agit d’un Proche-Orient minimaliste, caractérisé par l’usage de turbans ou autres couvre-chefs particuliers, ainsi que quelques éléments architecturaux parsemés ici et là. Quand on passe à une séquence extérieure sur un bateau, on se rend bien compte que nous sommes bien loin de la Perse ou autre région concernée.

Mais qu’importe, nous sommes au cinéma, et ça nous aide à rêver (surtout d’ailleurs les autres filles de l’école à qui Sara raconte l’histoire).

 

Si ce film consacre (encore une fois) Mary Pickford, capable d’interpréter aussi bien des femmes que des petites filles, il permet aussi de mettre en avant une autre actrice, qui n’était jusque là que figurante : Zasu Pitts. Elle n’a pas encore le premier rôle, mais son jeu est toujours aussi empreint de délicatesse – malgré son rôle de souillon – et ses cheveux déjà très longs.

 

 

* cet effet est réutilisé pour une apparition du père de Sara dans la dernière partie, sous les combes, derrière une fenêtre obscurcie par la nuit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Mary Pickford
La petite Américaine (The little American - Cecil B. DeMille, 1917)

4 juillet 1914.

C’est l’anniversaire d’Angela Moore (Mary Pickford). Et ça tombe bien : elle est américaine. Avoir son anniversaire qui tombe le jour de la Fête nationale est un privilège dont on est fier.
C’est aussi le jour que choisit l’état-major allemand pour rappeler Karl von Austreim (Jack Holt), l'homme qu'elle aime.

Alors que la guerre s’installe, Angela, ne recevant plus de nouvelle de Karl, prend un bateau pour l’Europe. Mais un sous-marin allemand coule ce bateau, violant, aux yeux d’Angela, la neutralité américaine. Elle est maintenant en guerre.

Quand elle arrive – enfin – à destination, c’est pour apprendre que sa grand-tante est morte que son château va être occupé par une division allemande, dont fait partie Karl.

 

Quand le film sort, à l’été 1917, les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne (1).

Ce film est donc un pur produit de propagande. Le bateau qui transporte Angela s’appelle le Veritania, mais on a tous reconnu le Lusitania, dont le naufrage est une des causes de l’engagement américain dans le conflit.

C’est d’ailleurs le naufrage qui nous offre une première scène d’anthologie très demillienne.

 

En effet, c’est pendant un bal qu’a lieu le torpillage. C’est un premier chaos spectaculaire (il y en aura un autre dans la deuxième partie) dont le manque de moyen humain est compensé par une utilisation magistrale de la lumière et de l’obscurité. C’est le sous-marin allemand qui éclaire le naufrage : le bateau couché sur le flanc d’où sautent à la mer les passagers, essayant tant bien que mal de se hisser sur les canots de sauvetage ou n’importe quel objet flottant disponible.

DeMille n’avait pas assez de figurants et la présence d’eau rendait le tournage difficile, surtout en studio. On assiste au basculement du navire et de son inondation alors que les passagers essaient de s’en tirer. On retrouve cette même intensité dans Titanic de James Cameron, sorti 80 ans après, même si les moyens techniques ont – fort heureusement – évolué (2).

Par contre, la rescousse d’Angela est filmée en extérieur, d’une autre embarcation dont le mouvement sur l’eau amène naturellement celui de la caméra.

 

L’autre grande séquence spectaculaire, c’est le bombardement final avec la fuite d’Angela et Karl. Là encore, l’ombre et la lumière sont primordiaux, mais avec en plus des effets pyrotechniques de nature quasiment divine : alors que les bâtiments sont détruits les uns après les autres, seul reste debout un Christ en croix… Mais sans la croix ! Preuve que Dieu est du côté des Américains.

 

Parce qu’il ne faut jamais oublier la dimension propagandiste du film. En effet, maintenant que les Etats-Unis ont choisi d’intervenir, il faut justifier le conflit. Et DeMille y va de bon cœur.

Les Allemands décrits sont traités d’animaux, n’ayant que très peu de sentiments humains. Il en va de même dans un premier temps de Karl qui, n’ayant pas reconnu Angela, a l’intention de lui faire subir la spécialité de tout soldat victorieux : la violer.  Mais comme elle appelle à son humanité, il va tout faire pour la protéger.

Il n’en va pas de même des autres soldats teutons : le colonel qui les commande justifie le viol des servantes (3) comme un besoin naturel de « relaxation ». Quant aux civils, ils sont sommairement exécutés car ils sont hostiles à l’autorité « prussienne ».
Tous ces soldats sont d’immondes barbares (4) et seul Karl s’en sort. Mais pour cela, il rend les armes à son supérieur. Par cette acte de bravoure pour les uns, de trahison pour les autres, il rejoint le camp des humains (rien que ça !).


Ce film de propagande est aussi celui qui consacrera Mary Pickford comme la plus grande star du cinéma : elle incarne à tout point de vue l’Amérique. Née un 4 juillet, neutre au début, elle entre en guerre contre l’Allemagne sur les mêmes bases que son pays : les Allemands on tué des femmes des enfants et des vieillards américains malgré la neutralité de leur pays. Et c’est d’abord seule qu’elle engage la lutte – surtout une résistance – face à l’occupant de son château, pour que triomphent ses valeurs (et celles de son pays).

 

Du grand DeMille qui annonce, dans les deux grandes scènes de guerre, d’autres séquences encore plus spectaculaires (Le Roi des Rois, Les dix Commandements…).

Comme quoi, on peut aussi faire du grand cinéma et de la propagande.

 

 

 

(1) voir Hollywood, les Pionniers de Kevin Brownlow, épisode 4.

 

(2) Quel dommage que DeMille n’ait pas eu accès à toute la technologie actuelle…

 

(3) Parmi elles, Colleen Moore

 

(4) Et pourtant, Erich von Stroheim n’est pas dans le film !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Mon Oncle (Jacques Tati, 1958)

Monsieur Arpel (Jean-Pierre Zola) est un homme important. Il a une femme (Adrienne Servantie) qui s’occupe de sa maison et un fils, Gérard (Alain Bécourt), qui va à l’école.

Sa maison est moderne : géométrique et tout électrique. C’est un fleuron de la modernité.

Mais dans cette maison moderne*, le petit Gérard s’ennuie.

Heureusement, madame Arpel a un frère, qui se trouve être par conséquent l’oncle de Gérard : monsieur Hulot (Jacques Tati).

 

Cinq ans après ses vacances, monsieur Hulot revient, pour le plus grand plaisir des spectateurs (et de son neveu par la même occasion). Ce vacancier hors norme a donc une vie, un appartement en haut d’un vieil immeuble d’un vieux quartier de Saint-Maur-des-Fossés (94).

Il a aussi une famille puisque nous sommes la plupart du temps dans la maison de sa sœur et son beau-frère. Mais malgré tout, chacune de ses apparitions amène le même résultat : un désordre s’installe progressivement.

On ne sait pas quel est le métier de Hulot. A priori, il ne travaille pas, et Arpel se charge donc de lui trouver un emploi dans l’entreprise qu’il dirige : Plastoc, une usine qui fabrique des kilomètres de tuyaux de plastique rouge qui sont sans cesse emmené quelque part (ailleurs).
Et immanquablement, quand Hulot pointe son nez dans l’entreprise, la production s’affole et le chaos s’installe.

 

Encore une fois, Tati s’attaque au monde moderne. En effet, le monde dans lequel vivent les Arpel est très différent de celui de Hulot.

Ils habitent très près les uns des autres, mais il y a une frontière entre leurs mondes.

Le monde des Arpel est gris, froid, électrique. C’est un monde où on n’a pas le temps de ne rien faire. On est tous occupés, et on suit scrupuleusement les directions qui sont indiquées (marquage au sol ou policier). Le lettrage de l’usine et de l’école sont, volontairement bien sûr, les mêmes. Et les élèves qui sortent de classe ne sont guère plus colorés que leurs parents : ce sont avant tout des teintes foncées avec prédominance du noir, du blanc et, ô fantaisie, des teintes de gris.

Dans le monde de Hulot par contre, la couleur est omniprésente. C’est un monde figé, qui respire la vie et l’insouciance. Ce monde est resté insensible à la modernité qui s’installait un peu partout. Comme dans ses deux longs métrages précédents, c’est bien cette époque d’avant qu’on retrouve, avec ses gens qui vivent hors du temps, au rythme des saisons. On y croise un buveur en pyjamas, des marchands des quatre saisons pas pressés et un balayeur qui ne balaie jamais et passe sont temps à discuter, mais dont on peut toujours voir un tas d’ordures différent qui attend d’être emmené.

Les bâtiments sont vieux, certaines parties tombent en ruine dont un muret délabré qui sépare la partie moderne de l’ancienne.

Bien sûr, Hulot ne peut que vivre dans cette partie ancienne. Sa seule concession à la modernité est son VéloSolex noir (vendu à partir de 1946), qui l’emmène chercher son neveu.

 

La critique contre la modernité est encore plus mordante que dans les films précédents. La maison des Arpel est peut-être du dernier cri, mais sa terrasse résume à elle seule ce que Tati en pense : de longs barreaux la délimitent, la maison devenant du coup une prison dans laquelle le petit Gérard s’ennuie. Et quand son oncle survient, c’est un souffle de liberté pour lui. Avec cet oncle, il va retrouver ses copains, tous des galopins qui se nourrissent de beignets bien gras et bien sucrés, faisant sans cesse des plaisanteries aux passants. On pense un peu au petit Nicolas et à ses copains qui sont, d’une certaine façon, les cousins de ces gamins-là.

Cette critique s’accentue dans la dernière séquence où Arpel et ses congénères circulent dans de belles voitures aux chromes étincelants : elles sont toutes du même modèle. Seule la couleur change.
Nous sommes donc dans un monde terne où les maisons sont des prisons et où chacun fait la même chose que son voisin.


Mais le monde de Hulot est en voie de disparition. Les ouvriers gagnent régulièrement sur l’ancien temps et les maisons sont détruites les unes après les autres. C’est la fin d’un monde*.

Le film, d’ailleurs est différent des deux autres. En effet, une intrigue se dessine tout au long du film, et les dialogues ont un peu plus de consistance eux aussi. Mais les échanges ne sont pas toujours édifiants. On pense alors à la Rubrique-à-Brac de Gotlib à propos des habitants de la lune : « Voici don Quichotte qui combat les moulins à vent suivi de son fidèle Sancho-Hulot qui combat les moulins à paroles. » (Pilote #466)

Et la plupart du temps, les bruits de la vie moderne nous empêchent d’entendre les différentes conversations. Sans parler des apartés de ce même Hulot à sa voisine de table, qui ne fait que rire bruyamment à chaque sortie.

 

Et encore une fois, nous avons droit à une fin mitigée. Tout n’est ni bien ni mal. Mais certains protagonistes sont plus favorisés que d’autres.

Mais qu’importe, pendant 110 minutes, nous sommes passés d’un monde à l’autre avec plaisir et bonheur.

 

 

* Dont le design n’est pas sans rappeler un géant suédois de l’ameublement contemporain…

 

** Le film suivant, Playtime, marquera la fin de cette époque nostalgique et surannée, la modernité aura gagné. 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Tati
Les Vacances de monsieur Hulot (Jacques Tati, 1953)

Saint-Marc-sur-Mer (44) entre Saint-Nazaire et Pornichet.

Sa plage, ses rochers, son hôtel, ses habitués…

Un vieux couple qui sort faire une promenade digestive et vespérale, immuablement ; un homme d’affaire affairé, une vielle Anglaise (Valentine Camax), une jeune femme blonde (Nathalie Pascaud)… Et monsieur Hulot (Jacques Tati).

Tous sont en vacances, même l’homme d’affaire (entre deux coups de téléphone).

 

Second film de Jacques Tati, Les Vacances sont encore une fois une chronique du temps qui passe. De ces jours d’été qui se suivent et se ressemblent, au bord de la mer. C’est un lieu fréquenté par des habitués, qui ont leur rythme et leurs habitudes.

Le temps s’écoule doucement, paisiblement. Jusqu’à l’arrivée de Monsieur Hulot.

Hulot, à l’instar du vagabond de Chaplin, est un inadapté : trop grand, maladroit, les gestes mécaniques, étourdi. Mais surtout, déstabilisant.

 

Si François (Jour de Fête) était gentil mas pas spécialement malin, il n’en va pas de même de ce nouveau personnage. Hulot est athlétique et serviable, et plein de ressource. Il est de ces personnes qu’on aime beaucoup ou absolument pas. Et ici, c’est le camp des absolument pas qui est le plus représenté. Il faut dire qu’à chaque apparition dans la routine de l’hôtel du grand homme au petit chapeau de toile, c’est un début de chaos qui se prépare : la porte de l’hôtel n’est jamais fermé, la musique qu’il écoute tonitruante, et ses interventions auprès des autres pensionnaires amenant toujours une catastrophe.

 

Mais, malgré tout cela, c’est un personnage très attachant. C’est un grand frère que les enfants aiment voir arriver, un compagnon de randonnée pour les jeunes filles, un danseur inoubliable pour la jeune fille blonde. Mais surtout, c’est le personnage le plus vivant du film : quand il arrive, tout se met en branle, la vie s’anime.

Et à part les enfants, seuls trois adultes se réjouissent de son apparition : la jeune fille blonde, bien sûr, la vieille anglaise, et aussi le vieux promeneur (René Lacourt) qui a le regard qui se met à pétiller d’espièglerie quand il l’aperçoit. Car, si sa femme s’émerveille de la beauté du lieu et des diverses curiosités se présentant à elle, lui s’émerveille d’une toute autre beauté – la jeune fille femme blonde – et d’une autre curiosité ô combien plus intéressante : Monsieur Hulot.

La vieille Anglaise, quant à elle, est charmée par ce grand homme si peu sérieux et plein de vie. En son absence, elle traîne sa mélancolie dans le hall de l’hôtel, ne goûtant pas les occupations routinières des autres résidents.

Ces deux personnages sont d’ailleurs les seuls qui aspirent à retrouver Hulot dans le futur : dans leur vraie vie qu’ils vont retrouver (l’homme), ou aux prochaines vacances (l’Anglaise).

Et la jeune femme ? Elle s’amuse de cet homme trop grand dans un monde de petites gens. Il est maladroit et étourdi ? Qu’importe, il la fait rire, et c’est ça qui importe le plus.

 

Parce que, avant tout, Hulot fait rire. Il fait rire involontairement surtout, à ses dépens la plupart du temps, mais avec un humour subtile qui le fait aimer des rares résidents conquis et surtout des spectateurs. Hulot, c’est un homme ordinaire extraordinaire. Ordinaire car il peut être n’importe qui, il n’a aucune importance sociale ou professionnelle. Extraordinaire parce que ce qui lui arrive prend toujours des proportions inhabituelles. Ce qui pour le spectateur serait une calamité devient ici une arme redoutable du rire, teinté de cette même nostalgie qui baignait Jour de Fête.


Comme dans son film précédent, Tati ne nous livre pas un film avec une intrigue bien ficelé et une continuité narrative. C’est encore une fois une chronique, une parenthèse dans ce monde qui se modernise à grande vitesse.
Alors que les vacanciers viennent dans des voitures récentes, Hulot arrive dans un véhicule antédiluvien (VAL 3) au moteur pétaradant joyeusement. Autre signe de ces temps modernes : la gare où les hauts parleurs annoncent un train arrivant… Et bien entendu le téléphone qui rappelle sans cesse M. Schmutz.

 

Et comme dans Jour de Fête, on retrouve des gags récurrents : la guimauve qui pend, le patron de l’hôtel perturbé à chaque apparition de Hulot… Et le serveur qui ne cesse de râler… Silencieusement !

Jamais on n’entend sa voix, mais pourtant, on le voit essentiellement se plaindre.

Il faut dire que, comme Les Temps modernes, c’est un film sinon parlant du moins sonore. Tati admirait les maîtres du burlesque, et Hulot est vraiment l’héritier de ces personnages popularisés par Chaplin (bien sûr), Keaton ou Lloyd pour ne citer que ceux-là.
De toute façon, les paroles ne comptent pas. Ou si peu. Le seul moment où on entend des paroles intelligibles – à défaut d’être intelligentes – c’est quand la TSF retransmet un discours politique particulièrement creux, et définitivement interrompu par la musique du bal.

Parce qu’il y a un bal. Et qui y trouve-t-on ? Les enfants, grands alliés de Hulot et toujours présents chez Tati, la jeune femme blonde en  Colombine avec une robe arlequinée, la vieille Anglaise, et Hulot. Et le vieux monsieur ? Il s’échappe subrepticement de sa promenade pour jeter un œil rapide dans la salle de bal.

Le bal est triste : quand la jeune femme arrive, personne ne l’accueille. Et soudain il paraît et l’invite : Hulot le pirate (bord de mer oblige) la fait danser au son de la magnifique musique d’Alain Romans. Une musique mélancolique et nostalgique, résumant à elle seule l’atmosphère du film.
 

Et encore une fois, Tati ponctue son film par une fin en demi-teinte : ni heureuse, ni malheureuse. A chacun d’en tirer sa propre opinion.

 

 

PS : 65 ans après, l’Hôtel de la Plage est toujours là. Saint-Marc s’est transformé, mais sur le front de mer, dominant la plage qui porte son nom, Monsieur Hulot, penché, les bras à la taille, regarde l’océan. Sa pipe a disparu, mais son esprit est indissociable du ressac qui repart après avoir heurté les mêmes rochers, inlassablement.

 

Plage de M. Hulot, Saint-Marc-sur-Mer, 1 janvier 2018.

Plage de M. Hulot, Saint-Marc-sur-Mer, 1 janvier 2018.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Jour de Fête (Jacques Tati, 1949)

Oui, c’est jour de fête à Sainte-Sévère-sur-Indre (36).

On installe le grand mat avec son drapeau tricolore, les forains arrivent et s’installent.

Et la fête a lieu.

Le lendemain, on démonte tout, et les forains repartent.

 

En fin de compte, on voit très peu de chose de la fête elle-même : l’annonce du garde-champêtre, des stands, un manège de chevaux de bois, une fanfare, et des décorations…

Non, l’intérêt est ailleurs. Et surtout, il a pour non François (Jacques Tati), et est le facteur attitré de la commune. François est un bon gars, il n’a certes pas inventé la poudre mais tout le monde l’aime bien.

Et en même temps que la commune, ça va être la fête de François, surtout avec les forains Marcel (Paul Frankeur) et Roger (Guy Decomble), qui vont gentiment se moquer de lui et réformer sa façon de travailler.

Pour le reste, c’est toute une époque que nous entrapercevons dans cette fête villageoise.

De quelle fête s’agit-il ? Ca pourrait être celle de moissons ou n’importe quelle autre fête estivale, mais ce n’est pas important, c’est ce qui s’y passe qui nous intéresse.

On y voit les gens arriver dans leurs habits du dimanche, les jeunes filles en robes de couleurs, Roger, à la loterie, qui bonimente, entre deux réflexions de sa femme (Santa Relli) qui voit d’un mauvais œil ses penchants pour une des jeunes filles de Sainte-Sévère… Et les clients du café, qui boivent ou qui dansent aux sons d’un piano mécanique capricieux.

 

Et au milieu de tout ce monde, donc, François, le facteur et son vélo auquel est accroché un grelot qui ne cesse de tinter. François est un facteur « à l’ancienne », qui rencontre les gens pour leur donner leur courrier. Il sait aussi prendre le temps de s’arrêter boire (au moins) un coup. On se moque gentiment de François, mais il n’est pas méchant. Par contre, le lendemain de la fête, c’est un François métamorphosé qui entreprend sa tournée : elle sera « à l’américaine ».

Cette tournée est, bien entendu, le grand moment du film, même si les autres séquences apportent leur lot de nostalgie et d’humour. De nostalgie pour nous, spectateurs du XXIème siècle. Nous savourons cette chronique rurale où les gens prenaient le temps de vivre. Et qu’on le veuille ou non, il y a aussi cette nostalgie chez Tati : ce besoin de prendre le temps cde vivre. Car au bout du compte, François a-t-il vraiment besoin de faire sa tournée au triple galop ? Certainement pas. Tati reprendra cette aspiration de prendre le temps, de ne pas avancer trop vite dans la modernité, dans ses films suivants où monsieur Hulot sera un véritable héraut du « bon vieux temps »…

 

Et puis il y a l’humour. Pour la première fois, Tati réalise un long métrage. Et sa base de travail, c’est un court-métrage qu’il a tourné précédemment, L’Ecole des facteurs, et son personnage principal François. Mais ici, il met son facteur dans un contexte : le village et sa fête. Alors que tout le monde est à la fête, lui travaille – ce qui ne l’empêche pas d’en profiter…

 

Il y a chez Tati un retour à l’humour burlesque des premiers comiques du cinéma. Il était un grand admirateur des Chaplin (qu’il prononçait à la française : [ʃaplɛ̃]) et autres Keaton ou Lloyd, et son humour est le plus souvent visuel. Les dialogues sont brefs : on ne fait pas de grandes phrases, et le plus souvent, ce qui est dit est peu audible, voire carrément inaudible.

Par contre, la bande-son est importante, permettant entre autre un gag récurrent : la mouche (abeille ? guêpe ?) qui importune ceux qui passent sur son chemin (toujours le même).

De plus, Tati a une propension à partager avec Chaplin (prononcez-le comme vous voulez) une fin en demi-teinte. ON ne peut pas parler de fin heureuse, mais ni malheureuse.

Le film, c’est un instantané de l’après-guerre française, quand les gens retrouvaient leur mode de vie et profitaient à nouveau des plaisirs de la vie, dont la fête du village était un grand événement.

Pendant 1 heure 15, nous avons voyagé dans le temps et mis en vie une de ces vieilles cartes postales aux couleurs passées. Car, depuis 1995, Sophie Tatischeff – la fille de – a restauré le film « en couleurs » (procédé thomsoncolor d’origine), comme l’avait voulu son père.

 

Mais malgré ces couleurs retrouvées, on reste toujours dans cette époque, loin du bruit et de la vitesse de la vie moderne qui guette : une des rares voitures qui circule est non seulement trop rapide, mais aussi très bruyante.

Deux grands défauts dans l’univers de Tati…

 

PS : C'est un enfant qui ouvre le film, sautillant derrière les chevaux de bois dans la remorque. Ce sera a nouveau cet enfant qui accompagnera de la même façon la caravane des forains qui repartent vers d'autres horizons.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Merian C. Cooper, #Ernest B. Schoedsack, #Fay Wray, #Muet
Les quatre Plumes blanches (The Four Feathers - Merian C. Cooper - Ernest B. Schoedsack, 1929)

Harry Feversham (Richard Arlen) est le fils du colonel Feversham (George Fawcett), lui-même fils de militaire (etc.)… Tous de bons soldats remplis de courage et de bravoure.

Alors reprendre le flambeau est un  lourd héritage pour Harry qui a peur.

Il n’a pas peur d’un quelconque ennemi, mais de ne pas être à la hauteur de ses glorieux ancêtres : il doit porter le lourd poids de l’honneur familial.

Il démissionne de l’armée et reçoit alors quatre plumes blanches (d’où le titre), symbole de couardise : une de ses trois amis Castleton (Theodore von Eltz), Durrance (Clive Brook) & Trench (William Powell) et la dernière de sa fiancée, la belle Ethne Eustace (Fay Wray), elle-même fille de militaire et qui ne saurait épouser qu’un militaire courageux.

 

C’est déjà la troisième collaboration de Cooper et Schoedsack, et leur premier film avec Fay Wray. C’est déjà un film à grand spectacle où de nombreux figurants (et leurs chameaux) se battent dans une lutte finale décisive pour la réhabilitation de  Feversham. Et comme nous sommes en Afrique (au Soudan), nous avons aussi droit à un troupeau d’hippopotames se jetant à l’eau : jamais on n’a vu autant de ces pachydermes dans un seul film. Même dans le Tarzan qui viendra trois ans plus tard.

 

Bien entendu, dès le début, nous savons – nous spectateurs – que cet envoi de plumes blanches n’est pas juste. Nous savons que Feversham n’est pas un lâche. Mais que voulez-vous, l’honneur est une chose grave, surtout dans l’Angleterre du XIXème siècle. Nous sommes en pleine période des guerres coloniales avec aussi – hélas ! – son lot de préjugés et de racisme. Les indigènes (soudanais) sont des primitifs foret proches des hommes préhistoriques si ce n’étaient leurs armes (sagaie et bouclier) : à ces primitifs, on oppose la discipline des soldats britanniques avec leur flegme, leur supériorité, et leur fine moustache. Même Harry, qui se prend d’amitié pour Ali (Harold Hightower) un jeune noir, possède cette supériorité sur les soldats autochtones sous ses ordres. Et comme ces derniers essaient de se révolter, il leur oppose simplement son regard autoritaire qui fait baisser les têtes. Toute une époque. Sans oublier l’esclavage qui était encore monnaie courante (malheureusement, c’est encore d’actualité).

Ajoutons enfin que les indigènes primitifs se débandent quand leur chef est mort, comme une bande apeurée… Heureusement cette époque est révolue. Quoi que…

 

Mais malgré tout, et une fois passé cet aspect un tantinet colonialiste, le film est un beau divertissement dans lequel la paire de réalisateurs nous gratifient de magnifiques scènes extérieures, qui, alors qu’elles sont tournés dans le désert californien, nous transportent tout de même en Afrique, celle des forts isolés qui doivent tenir en attendant la relève, avec l'inévitable officier incapable de commander car malade ou blessé. Cette situation sera exploitée dans la décennie suivante par de grands noms tels John Ford (La Patrouille perdue, 1934), ou encore William Wellman (Beau Geste*, 1939) ou encore Julien Duvivier (La Bandera, 1935).

 

Notons enfin que la bande son introduit certains bruits, et qu’une version sonore aurait pu être exploitée, amis finalement abandonnée par  David O. Selznick qui fera même tourner des éléments supplémentaires**. Cette dernière initiative amènera Cooper et Schoedsack à quitter la Paramount et rejoindre la RKO avec laquelle ils tourneront deux magnifiques films : Les Chasses du Comte Zaroff et ce chef-d’œuvre absolu qu’est King Kong, avec à chaque fois la belle Fay Wray.

 

 

PS : cette volonté de rachat de cet homme déshonoré n’est rien d’autre que cette quête de rédemption toujours très présente dans le cinéma américain***.

 

* précédemment tourné en 1926 par Herbert Brenon

 

** Il était comme ça Selznick, il fallait qu’il se mêle de tout…

 

*** Des fois, j’ai l’impression de me répéter…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Old Wives for new (Cecil B. DeMille, 1918)

Charles Murdock (Elliot Dexter) est très riche, mais il n’est pas heureux.

Dehors, de pauvres gens qui ne possèdent même pas leur maison sont heureux, eux. Pourquoi ? Ils s’aiment.
Mais Charles et sa femme Sophy ne s’aiment plus. Enfin lui n’aime plus ce qu’elle est de venue…

Autrefois, c’était une belle jeune fille svelte aux cheveux d’or (Wanda Hawley). Maintenant, c’est une grosse rombière oisive (Sylvia Ashton) qui passe son temps à manger et lire le supplément de bandes dessinées du journal…

 

Comme le suggère le titre, nous allons assister à un changement dans la vie de Charles.  Mais si sa vie change, celle des autres va en faire de même. Et pour l’un d’entre eux elle va carrément s’arrêter, un cœur arrêtant difficilement une balle de révolver…

Nous sommes dans une comédie de mœurs, grande spécialité de Cecil B. DeMille, quand il ne tourne pas une fresque religieuse… Comme dans Why change your Wife deux ans plus tard, nous assistons à un changement de partenaires. Mais si ce dernier film n’apporte aucun changement, il n’en va pas de même ici.

Tout est chamboulé. Pour le meilleur et pour le pire.

 

Dès le début, on nous prévient : cinq personnes vont chambouler le destin de Charles. Outre Sophy, il y a Juliet Raeburn (Florence Vidor, alors la femme King), Viola Hastings (Marcia Manon), Tom Berkeley (Theodore Roberts, un habitué des films de DeMille et de ce genre de rôle) l’associé de Charles et Melville Bladen (Gustav von Seyffertitz) :

  • Juliet, c’est la femme dont Charles tombe amoureux et qui le lui rend bien miss qui sait s’effacer quand elle apprend qu’il est déjà marié ;
  • Viola, c’est la femme « peinturée », une espèce de poule de luxe ;
  • Tom, c’est l’associé de Charles, son ami, son complice… C’est aussi lui qui fera rebondir l’histoire, comme si elle n’était pas assez compliquée comme ça ;
  • Melville enfin, le secrétaire, c’est l’intrigant, celui par qui le scandale arrive. Car, c’est d’un tout petit détail – un mouchoir perdu par Juliet – que cette histoire sombre dans le mélodrame, voire la tragédie. Il y a du Iago dans le personnage de Melville. Pour une fois que Gustav von Seyffertitz ne jouait pas une vieille ganache prussienne…

 

Mais à la différence d’Othello, Charles ne tuera pas sa femme, même s’il a bien l’intention de s’en séparer. Et nous assistons donc à une intrigue assez riche pour un film de seulement 71 minutes. Mais il y a tout pour faire un film croustillant : de l’adultère, du meurtre, su s scandale, et des jolies femmes, dont Alice Terry qui se faisait encore appeler Alice Taafe.

On a même droit à une scène de salle de bain. DeMille a souvent utilisé cette pièce dans ses films permettant de glisser quelques femmes dévêtues. Mais ici, il en va tout autrement. En effet, c’est Charles qui y entre et découvre les « restes » du passage de sa femme : cheveux dans le lavabo, sur le peigne… Bref rien de bien excitant. On a même Sophy qui y entre pour prendre un bain, mais qui, heureusement, se ravise.

Il n’en sera pas de même quand ce sera Gloria Swanson qui aura cette même idée…

 

Malgré le thème plutôt sulfureux (nous en sommes en 1918, ne l’oubliez pas !), DeMille (et Jeanie MacPherson) restent dans ce qu’on appelle les limites de la correction. Il n’est pas question d’une relation entre Juliet et Charles tant que ce dernier n’est pas marié. Mais finalement, le Destin qui avait placé Melville sur la route de Charles a bien fait les choses. Si les premiers effets de la rouerie de Melville accablent Charles, la suite qui en découle fera le bonheur de ce dernier, ainsi que de presque tous les autres.Presque ? Oui, il y aura une personne qui ne s’en relèvera pas, au sens propre du terme…

 

Mais qu’importe, c’est DeMille, et c’est beau à regarder.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #James Stewart
Mr Smith au Sénat (Mr Smith goes to Washington - Frank Capra, 1939)

Attention : film (très) américain.

Il s’agit de l’un des films les plus américains qui soient puisque nous pénétrons avec  Jefferson Smith (James Stewart, toujours formidable) dans les arcanes du système politique américain.

En effet, si Mr Smith va à Washington, c’est parce qu’il a été désigné sénateur en remplacement d’un autre qui est mort. Alors évidemment, n’ayant jamais quitté sa campagne, il est la proie rêvée des journalistes qui ne se privent pas pour se moquer de lui.

Il faut dire que sa désignation n’est pas innocente : le sénateur Paine (Claude Rains), son partenaire de l’état, voit en lui un faire valoir inoffensif.

Mais, vous vous en doutez, Smith ne va pas se laisser faire.

 

Jefferson Smith, c’est avant tout ce qu’on pourrait appeler un Américain moyen. Son nom est le nom le plus commun qu’il soit et son prénom, Jefferson, fait tout de suite référence à Thomas Jefferson, l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique : c’est ce dernier qui est considéré comme le rédacteur de la Constitution. Et le fait que notre Jefferson écrive un projet de loi n’est donc pas innocent. De plus, comme son glorieux modèle, c’est un écrit qui aura des répercussions. Quant à son patronyme – Smith – il n’est pas sans rappeler un certain Joseph Smith, arrivé avec le Mayflower… Celui avec Poca Hontas, vous savez ? Encore une ascendance prestigieuse et aussi fondatrice.
Il y a d’ailleurs une analogie entre l’arrivée de Jefferson Smith au Sénat, jeune politicien en bute à une assemblée hostile et l’arrivée des Pères Pèlerins – et donc Joseph Smith – dans une nature et un hiver hostiles en 1620…

 

Smith est un cousin dérivé de Longfellow Deeds (1) : comme lui, il est naïf, mais pur, honnête. Il annonce aussi George Bailey (2), par sa force de caractère qui le fait tenir dans l’adversité. Et comme Deeds, il est le porte-parole de Capra, mais cette fois-ci dans le domaine politique.

Smith est le véritable représentant du peuple : il est pur, il est honnête… Il est vrai. Il dit ce qu’il croit et il croit ce qu'il dit. Sa première émotion en arrivant à Washington, c’est le Capitole, siège du Sénat, qui la lui donne, plus que les jolies jeunes filles qui sont venues l’accueillir. Et son premier réflexe, c’est de visiter la capitale, passant dans chaque haut lieu de l’histoire américaine, dans une séquence où sont superposées les monuments, les Cloches de la Liberté, et bien entendu, le drapeau américain (Star-Spangled Banner), avec la musique appropriée (qui n’est donc pas toujours de Dimitri Tiomkin)… Avec une préférence pour le Mémorial d’Abraham Lincoln, dans lequel on peut trouver la célèbre Gettysburg Address mentionnant « […] le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple […]. »

 

Mais malgré les bons sentiments et cette fois indéfectible en la Constitution, Smith est une cible. Une cible des journalistes tout d’abord, qui s’amusent de ce pantin – semble-t-il – à la botte des hommes d’affaires. Mais ces hommes d’affaire se rendent vite compte que Smith n’est pas de leur côté comme ils avaient pu l’envisager. Il devient donc leur nouvelle cible, alors que dans le même temps, il commence à gagner la sympathie des mêmes journalistes, dont Diz Moore (Thomas Mitchell, qui retrouve Capra et retournera avec lui et James Stewart (2)), un personnage plutôt habituel pour Mitchell : c’est un journaliste consciencieux mais surtout porté sur la bouteille…

 

Ses ennemis sont de deux sortes : financière avec l’infâme Jim Taylor (Edward Arnold, de retour chez Capra lui aussi(3)), magnat de la presse et autres domaines (je n’ai pas dit que c’était W.R. Hearst…) et son complice Chick McGann (Eugene Pallette dans un rôle presque complètement sérieux…) ; et politique avec le sénateur Paine – tout de suite, on pense à « pain » [pein] = douleur – un homme qui fut autrefois intègre, mais s’est compromis avec  Taylor.

Et si Paine a encore une conscience, on sait tout de suite qu’il n’en est rien de Taylor, infâme du début à la fin du film.

 

Mais heureusement, Smith compte des alliés : les enfants tout d’abord, puisqu’il dirige une association de Boy Rangers dans sa ville et voudrait élargir l’expérience au pays tout entier ; le président du Sénat, qui s’amuse comme tout le monde de Smith quand il arrive puis avec admiration (et jubilation) quand Smith défend sa cause ; Saunders (Jean Arthur) enfin, qui succombe progressivement au charme de ce jeune sénateur vierge de toute corruption (c’est leur deuxième collaboration ensemble avec Capra (3)).

 

On retrouve encore une fois, dans cette comédie de politique-fiction les mêmes positions de Capra que dans ses films précédents, avec cette fois une critique beaucoup moins déguisée du gouvernement démocrate alors en charge à Washington. Bien entendu, les membres du Sénat on trouvé cette comédie un tantinet saumâtre…


Mais surtout, si cette comédie a été un tel succès, c’est avant tout grâce à l’interprétation magistrale de James Stewart, dans un rôle taillé sur mesure : un jeune homme américain dans lequel se retrouvent tous ceux qui habitent ce grand pays, qui se bat pour le grand idéal de ce pays : la Liberté. Il est un Smith convaincant, dans l’enthousiasme et surtout dans le désespoir, lâchant ses dernières forces dans un combat qui semble perdu d’avance.

 

Pas étonnant qu’ensuite, Frank Capra, chantre de l’Amérique, ait participé au service des Transmissions de l’US Army pendant la deuxième guerre mondiale, réalisant la série Why we fight.
 

 

(1) L’extravagant Mr Deeds

 

(2) La Vie est belle

 

(3) Vous ne l’emporterez pas avec vous

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