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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Blake Edwards
The Party (Blake Edwards, 1968)

Il suffit de peu de choses pour changer le destin : un nom, un seul. Celui de l’homme qui a ruiné un tournage : Hrundi V. Bakshi (Peter Sellers).

Mais un nom seul ne suffit pas, il faut qu’il trouve sa place : ajouté malencontreusement sur une liste d’invités.

D’invités à une soirée festive (d’où le titre).

Et quand Hrundi paraît, après avoir garé sa Morgan à trois roues, le cataclysme peut commencer.

Parce que, où que Hrundi passe, le chaos s’installe.

 

Nous sommes en pleines années 1960s (1968, quelle belle année !) et on retrouve certains éléments de cette époque en plus des tenues portées : la jeunesse contestataire et ses slogans, la mousse qui envahit le décor, et le sitar qui, s’il n’est pas joué par Ravi Shankar, ne l’est pas plus par Peter Sellers : c’est Bill Plummer qui le double…

Mais surtout, cette « party » est l’occasion pour Blake Edwards et surtout Peter Sellers de revenir à la source de l’humour au cinéma : la période muette.

 

Car si le film est tout à fait parlant, comme chez Jacques Tati, finalement, les conversations n’ont que très peu d’importance, les attitudes et les mimiques les remplaçant avantageusement. Et le personnage de Hrundi est celui qui utilise le mieux cet exercice. Et d’un autre côté, son personnage a une conversation très peu intéressante. Mais c’est un peu normal : il est Indien (d’Inde).

 

C’est un véritable festival de gags. Il se passe toujours quelque chose. Même quand la belle Michelle Monnet (Claudine Longet) chante il ne peut s’empêcher de nous faire rire.

Mais surtout, le talent (immense) de Peter Sellers (héraut de Blake Edwards) c’est de créer des catastrophes en nous faisant croire qu’il ne le fait pas exprès. Son personnage est très certainement de la même famille que l’inspecteur Clouseau. Mais si Clouseau est un gaffeur, c’est toujours (ou presque) dans le cadre de son travail, alors qu’ici, c’est gratuit. Il n’a rien à gagner, ni à perdre. C’est un véritable électron libre dans une soirée où il n’a absolument rien à faire, dans tous les sens du terme : il est étranger aux gens qu’il croise et ne peut donc pas discuter avec eux, mais en plus à part boire et écouter de la musique, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.

Mais si les conversations sont inintéressantes, il n’en va pas de même des actions des convives ou du personnel : entre le serveur alcoolique (Steve Franken) et le majordome poussé à bout par ce dernier, les cheveux de Divot (Gavin MacLeod qui n’était pas encore le commandant Stubing) ou encore la pauvre Alice Clutterbuck (Fay McKenzie, qui vient de fêter ses 100 ans…) et son mari (J. Edward McKinley) à qui la situation échappe complètement… De la folie furieuse, mais de celle qu’on adore !


C’est donc une accumulation de gags qui va toujours en crescendo, avec au final l’intervention d’un éléphant* dans une piscine de mousse. Mais pourtant, c’est quand on arrive à ce paroxysme que ça tombe un tantinet à plat. Comme avec Clouseau qui s’entraîne avec son serviteur asiatique, c’est un peu trop. C’est Blake Edwards, que voulez-vous ?

Mais qu’importe, on rit de bout en bout, avec une fin en douceur ce qui fait beaucoup de bien après ce qu’on a vécu : parce que même s’il fut un comique unique, Peter Sellers sait aussi amener une touche de tendresse à son personnage, sans pour autant le rendre ridicule.

 

Décidément, quelle sale journée que le 24 juillet 1980 !

 

 

* On peut voir un second éléphant dans le film : l’avez-vous repéré ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
La Rivière rouge (Red River - Howard Hawks, 1948)

John Wayne, Walter Brennan et les Carey père (1) et fils : pas de doute, c’est un western.

Et c’est Howard Hawks qui mène le jeu : tout indique un grand film.

 

Et il n’y a pas à dire, c’est un magnifique western. Le premier des cinq qu’il tournera (2).

C’est d’ailleurs un film de premières fois :

La première fois que Montgomery Clift a un premier rôle ; la première fois que Hawks dirige John Wayne ; la première fois (et la dernière) que les Carey sont sur un même film.

Et pour cette première fois, Hawks nous gratifie d’un western légendaire où le manichéisme fréquent dans le genre n’est pas si clair que ça.

Mais il reprend tout de même quelques ingrédients indispensables à une belle aventure : un troupeau gigantesque qui s’affole, donnant une bousculade (stampede) nocturne phénoménale ; un passage de rivière (3) ; des tireurs très adroits et un vieux ronchon (enfin pas tant que ça mais quand même un peu) – Groot (Walter Brennan qui reprendra ce rôle à plusieurs reprises, en particulier dans le fantastique Rio Bravo). Bref, du grand spectacle, de la flamboyance sans le Technicolor ! Le tout avec une pincée de l’humour hawksien.

MAGNIFIQUE !

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour. Les protagonistes principaux – Tom Dunson (John Wayne), Matt Garth (Monty), Tess Millay (Joanne Dru) et Groot (Walter Brennan) – sont tous impliqués dans une magnifique histoire d’amour.

 

Dunson aime Matt.

Il l’aime comme un père aime son fils. En effet, la séquence d’ouverture nous montre Dunson et Groot quittant une caravane, y laissant l’amour de Dunson, Fen (Coleen Gray), qui succombera lors d’une attaque d’Indiens. Mais alors qu’il perd sa promise, le destin lui envoie le (très) jeune Matt (Mickey Kuhn), qui lui aussi a tout perdu.
Il ne faut pas avoir fait de longues études en psychologie pour comprendre que Tom fera un transfert avec Matt : cet enfant est celui qu’il aurait pu avoir avec la belle Fen. Pour preuve, quand on retrouve Matt adulte, il porte le bracelet que Tom avait donné à Fen avant sa mort.

 

Matt aime Tom.

Il l’aime comme un fils aime son père, même s’il sait pertinemment qu’il n’y a rien de biologique entre eux. Mais surtout, il ne le lui dit pas, parce que c’est ce même Tom qui l’a élevé (avec l’aide de Groot). Mais Tom n’est pas du genre à exprimer ses sentiments, alors encore moins dire qu’il aime Matt, même s’il doit en crever.

Matt aime Tess.

Dès leur première rencontre, on sait que ces deux-là vont finir ensemble. Et ça ne rate pas. D’abord parce que Matt est libre, et aussi parce qu’il n’a pas besoin de lui dire qu’il l’aime : c’est une habitude dans les westerns de montrer des cowboys rudes et avares de paroles, et encore moins quand elles touchent aux sentiments. Et d’une manière générale, on voit rarement dans un western un homme dire à une femme qu’il l’aime : il l’embrasse et  puis c’est tout. De toute façon, vu l’éducation à laquelle a pu lui pourvoir Dunson, il y a fort à parier qu’il ne sait pas le dire.

 

Tess aime Matt (et aussi Tom, mais ce n’est pas pareil).

Comme toujours chez Hawks, il faut «  chercher la femme ! » Celle-ci est dans la lignée des précédentes. C’est une battante : elle ne craint pas de traverser une partie des Etats-Unis pour arriver à ses fins, voire à accompagner Dunson pour retrouver son Matt.

Mais comme c’est une femme de chez Hawks, c’est elle qui mène la danse.

Avec Tom d’abord : elle ne va pas se laisser abandonner une deuxième fois. Elle veut Matt et elle est bien résolue à le récupérer. Et Dunson, malgré son côté autoritaire,  ne pourra rien y faire. Elle viendra.

Avec Matt ensuite, quand elle interrompt leur discussion finale. Ca la bouffe de les voir se chicaner ainsi (il n’y a pas d’autre mot). Et c’est par dépit qu’elle intervient, ne pouvant vraiment plus supporter ces amours larvées, latentes : il est temps qu’ils assument ce que la vie a fait d’eux, des parents putatifs. Tom et Matt sont une famille, qu’ils le veuillent ou non. Et c’est d’autant plus une famille solide: si habituellement on ne choisit pas sa famille, eux se sont trouvés, et leur lien n’en est que plus fort.

 

Enfin, Groot aime les trois autres.

Tess, c’est normal, comment ne pas la trouver à son goût ? Et c'est parce qu'il sent qu'elle peut faire partie de leur famille qu'il lui raconte l'histoire des deux autres hommes de sa vie. Mais pour Matt, c’est différent. Il l’a élevé avec Tom. Et comme Tom est un homme rude, Matt avait besoin d’une figure plus maternelle pour se développer. Et Groot est cette figure maternelle. Et d’une certaine façon, Tom et Groot forment un couple. Ils ont vécu de grandes choses et Matt est l’aboutissement (plus que l’élevage) de ce qu’ils ont pu faire ensemble. Mais là encore, ce sont deux fortes têtes qui ne veulent jamais avouer leurs sentiments, alors à moment ça doit éclater. Ou plutôt ça devrait, parce que ça n’éclate jamais. Et au moment où Matt abandonne Dunson pour continuer seul, Groot le suit, après que Tom lui ait dit de s’en aller. Tous les deux savent que c’est la meilleure chose à faire, mais aucun des deux ne voudra le reconnaître. Alors, pour la galerie Tom chasse Groot, et Groot l’en remercie, comme ça il n’a pas besoin de demander à partir (3)…

 

Mais si ce film est un western, on peut aussi le qualifier de road-movie. En effet, nous assistons à une longue chevauchée entre deux états, avec en fin de parcours un changement pour les principaux protagonistes. Matt va grandir et gagner sa place auprès de Tom. Il va vraiment devenir son fils (et héritier). Quant à Tom, il va mûrir et enfin comprendre qu’il doit laisser vivre Matt selon son envie, le laisser faire ses choix (et les respecter, cela va sans dire).

 

 

  1. Harry Carey Sr. ne verra pas la sortie du film : il meurt le 21 septembre 1947 (un an avant, quasiment  jour pour jour).
  2. Howard Hughes a finalement choisi de ne faire apparaître que son nom pour Le Banni.
  3. Celle du titre !
  4. C’est bien compliqué tout ça, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guy Hamilton, #James Bond
Goldfinger (Guy Hamilton, 1964)

On prend le même, et on recommence :

Un James Bond au chapeau vient tirer vers les spectateurs ; une séquence prégénérique (1) nous montre ce même James Bond en opération spéciale qui se termine bien pour lui, moins bien pour ses adversaires… Et là, nouvelle innovation : la chanson du titre (elle était à la fin du deuxième opus) est chantée dès le générique, par la légendaire Shirley Bassey (2).

Puis ce sont M (Bernard Lee), Moneypenny (Lois Maxwell) – et le marivaudage habituel – ainsi que la section Q (Desmond Llewelyn est officiellement crédité du nom de Q pendant le générique de fin), et, bien entendu, les incontournable James Bond girls, Pussy Galore (Honor Blackman vous savez, celle qui a été la partenaire de John Steed dans les premiers épisodes de Chapeau Melon et bottes de cuir) en tête.
Mais cette fois, deux d’entre elles y restent, ce qui est très inhabituel dans la série comme le confirmeront les épisodes suivants.

Encore une fois, on a droit à « Bond. James Bond », qu’il essaiera de replacer à Pussy Galore (3) avec la formule qu’on lui connaît maintenant, mais, hélas pour lui, sans succès.

Dernier fait notable : le méchant est un original qui travaille seul – Auric (4) Goldfinger (Gert Froebe) – donc pas de SPECTRE à l’horizon cette fois-ci.

Un dernier détail enfin, c’est  Cec Linder qui reprend le rôle de Felix Leiter pour ce film (seulement).

 

Pour le reste, l’épisode se déroule normalement, serais-je tenté de dire, et seule l’apparition de nombreux gadgets présentés par Q relèvent un peu l’intérêt du film.
Ce n’est certes pas le meilleur, mais il faudra s’y contenter. On s’amuse donc des échanges avec Q, qui induisent un lourd passé entre les deux hommes, et surtout cela assoit le côté brise-fer de Bond, Q lui demandant pour la première fois (de la série mais certainement pas la dernière) de ramener le matériel en bon état, dont la célèbre Aston Martin DB5 (ENFIN !).

L’intrigue est intéressante pais on ne retrouve pas le ton des deux premiers films. Est-ce dû au changement de réalisateur ? Peut-être, oui. Toujours est-il que Guy Hamilton ne reviendra au personnage qu’en 1971.

 

Terminons en disant que le légendaire (encore un !) Ian Fleming mourut un mois avant la sortie du film et nous en aurons fait le tour.

En attendant le prochain annoncé à la fin de celui-ci !

 

 

(1) Cette fois (enfin ?), elle n’a aucun rapport avec l’intrigue principale.

(2) Elle ne peut qu’être légendaire après un tel tube. (et en plus elle rechantera deux fois !)

(3)Je vous laisse découvrir la traduction littérale vous-même…

(4)En latin, « or » se dit « aurum ». Etonnant, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Ridley Scott
Blade Runner (Ridley Scott, 1982)

« Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (1)

 

2019 (2). Le monde est électrique. Froid. Humide.

Déshumanisé.

Chinatown, Los Angeles, où vit Rick Deckard (Harrison Ford), policier spécialisé dans la mise à la retraite des réplicants. En clair, leur exécution et élimination pure et simple.

Il y en a quatre.

Peut-être même cinq. Plus ?

 

Cinq ans après Alien, Ridley Scott retourne à la science fiction et nous livre un magnifique film noir d’anticipation. Mais au-delà d’une intrigue policière, c’est tout une conception de l’humanité et de la raison humaine qui est exposée ici.

En effet, le magnat et génie Tyrell (Joe Turkell) a créé des androïdes tellement parfaits, qu’ils se confondent avec les humains. Et c’est là le véritable enjeu du film : ces réplicants sont tellement parfaits qu’on en vient à douter de chaque individu. Et ce questionnement est résumé par Rachael (Sean Young) qui demande à Deckard s’il a subi lui-même le test qui les identifie.

 

Parce que le problème est là : les réplicants, ces androïdes parfaits (?) seraient-ils plus humains que les humains ? Leur créateur – Tyrell – devient alors Dieu et  Ray (Rutger Hauer, superbe) le fils tel qu’on le retrouve à divers moments des Evangiles : le fils prodigue (Luc 15 : 1-32) tout d’abord comme l’appelle Tyrell lui-même quand il vient le trouver. Et surtout Jésus – le Fils de Dieu – avec ses doutes exprimés dans la Passion et qui ressortent dans sa volonté d’avoir un rallongement de son espérance de vie : tout comme Jésus qui veut éloigner sa mort prochaine (Matthieu 26:39), Ray veut vivre plus longtemps. Et cette analogie se poursuit jusqu’au bout avec la tenue que porte Ray (juste le minimum décent, comme sur les retables et les calvaires) et bien sûr le clou qu’il se plante dans la main (droite, évidemment), amenant la douleur (l’autre sens de passion).

 

Mais si la Passion de Jésus amène la Rédemption (3), celle de Ray ne lui amène rien. Au contraire. Et pourtant, cette douleur indissociable de la vie est le dernier recours qu’a Ray pour se sentir vivant plus longtemps, voire humain, alors que la mort l’enveloppe progressivement. Et comme la Rédemption ne vient pas (ce n’est qu’un robot amélioré, après tout), il ne peut que tomber.

Cette Chute annoncée, c’est celle l’autre versant de Ray. Son aspect maléfique le rapproche de Satan, l’ange déchu qui sera transformé en démon, son âme contaminant son physique pour lui donner son aspect repoussant.

Mais Ray, s’il n’est pas monstrueux physiquement, n’en devient pas moins une gargouille : un démon, immobile, sur lequel s’écoule l’eau de pluie.

 

Pour le reste, les effets spéciaux du génial Donald Trumbull sont époustouflants (4), la toute première séquence, lente et merveilleuse, avec ces flammes qui jaillissent, rappelant 2001, l’Odyssée de l’espace (normal, Trumbull y a travaillé).

Ensuite, l’atmosphère du film noir est accentuée par la pénombre omniprésente. Pas une fois nous voyons un jour clair. Quand le soleil se lève (Deckard est chez Tyrell) ce n’est qu’une aube foncée, qui sera tout de suite encore plus assombrie, pour les besoins du test que va effectuer Deckard sur Rachael.

Cette atmosphère de film noir se retrouve aussi dans les décors : la pénombre est partout, additionnée de pluie la plupart du temps quand les personnages sont dehors. Les intérieurs, les rues sont jonchés de détritus et d’éléments cassés, donnant à chaque scène une atmosphère lourde chargée de menace.

 

Et malgré tout, ces décors ne nous sont pas si étrangers que ça. On retrouve facilement les éléments de la vie dans le début des années 1980s. En effet, les objets ne sont pas si étranges que ça, et les intérieurs – celui de Deckard comme celui de Sebastian – nous sont tout de même familiers. Et cerise sur le gâteau : on fume, naturellement, dehors comme dedans.

Cette vision du futur un tantinet décalé du présent du tournage renforçant considérablement le côté film noir.

 

SUBLIME.

 

PS : je n’ai pas parlé des yeux (une prochaine fois ?). Mais pourtant, il y en aurait des choses à dire : entre Ray qui joue avec ceux de Sebastian, et les reflets dans certains autres…

 

  1. Titre magnifique du roman de Philip K. Dick qui inspira le film.
  2. L’année prochaine, donc.
  3. Tiens, tiens, elle est encore là celle-là…
  4. Rappel : le numérique n’était pas d’actualité !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Harold Ramis
Mes Doubles, ma femme et moi (Multiplicity - Harold Ramis, 1996)

Doug Kinney (Michael Keaton) est un travailleur du bâtiment acharné. Tellement acharné qu’entre son boulot, sa famille et son bien-être, ce dernier est mis de côté.

Mais au hasard d’un chantier, il rencontre le Dr Leeds, un homme qui fait des miracles : il lui propose de le cloner afin d’envoyer une doublure au travail et ainsi avoir plus de temps à lui.

Mais si le clone est parfait physiquement, il n’en va pas de même de son caractère…

 

Il y avait chez Harold Ramis une faculté à inventer des situations comiques assez recherchées. En effet, après Phil Connors qui revivait le même jour à chaque réveil (Un Jour sans fin), voici Doug qui se clone pour pouvoir se dégager du temps à lui.

Mais tout comme Phil Connors, Doug est avant tout un égoïste. Il ne pense qu’à son propre intérêt, mettant de côté son boulot (ça peut se comprendre) et surtout sa famille (beaucoup moins, déjà…) pour son plaisir égoïste.


Cela nous donne droit à une comédie dé »bridée où Michael Keaton – à l’instar d’Alec Guinness (Noblesse oblige) ou Peter Sellers (Docteur Folamour) – compose trois rôle d’un même personnage. Mais alors que ses deux aînés ne rencontraient jamais leurs doubles, ici Keaton a de nombreuses scènes avec ses alter égos. Et le tout sans utilisation du numérique : à l’ancienne en superposant chaque scène tournée plusieurs fois par Keaton*.

 

De plus, les personnages ont chacun leur particularité et le fait que Doug compare l’opération à un système de photocopieuse est très pertinent. En effet, l’original (Doug 1) est copié deux fois, avec à chaque fois un différence dans le caractère et l’attitude, comme si on avait modifié la luminosité ou le contraste : Doug 2 est plus viril, plus mâle alors que Doug #3 est plus subtile, plus féminin, plus maniéré…
Quant à Doug #4, je vous laisse le découvrir.

 

Mais comme pour Phil Connors (Michael Keaton fut pressenti pour ce rôle), Michael va devoir gagner sa rédemption** pour remettre de l’ordre dans sa vie et gagner son salut afin d’évoluer. Et sa prise de conscience, suite à un voyage en bateau mémorable (pour son estomac) est résumée en une phrase : « j’ai vu ma vie défiler et je n’y étais pas ».

Dès lors nous assistons à une renaissance où Doug reprend sa vie en main et  retrouvera le bonheur perdu, comme toujours à portée de main mais invisible à celui qui ne cherche pas.

 

Alors on s’amuse beaucoup de cette situation hautement improbable (encore une fois, mais c’est justement ça qui fait aussi le charme du cinéma) et on reconnaît part ci, par là, outre la belle Andie MacDowell d’autre participants du Jour sans fin : Robin Duke ou encore Brian Doyle-Murray (le frère de Bill).

 

 

*C’est une magnifique performance que nous livre Keaton dans ces quatre personnalités qui finalement n’en font qu’une, sauf peut-être Doug #4…

 

** eh oui, encore cette sacro-sainte rédemption indispensable aux films américains…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Ron Howard, #Robert de Niro
Backdraft (Ron Howard, 1991)

Spectaculaire.
Spectaculaire et émouvant.

Voilà comment résumer ce beau film de Ron Howard, qui ressemblait alors encore beaucoup au jeune Richie Cunningham (c’était avant de perdre ses cheveux…).

 

On est pompiers de père en fils, chez les McCaffrey. Après Dennis (le père), c’est Steven »Bull » (Kurt Russel dans les deux rôles) qui a repris le flambeau (c’est le cas de le dire).

Et maintenant, c’est le fils cadet, Brian (William Baldwin) qui vient d’être reçu. Mais, malheureusement pour lui, il se retrouve dans la même unité que son grand frère.
Et comme ils ne se sont pas parlés pendant plusieurs années, les rencontres sont loin d’être chaleureuses (un comble, non ?).

 

C’était encore au temps où le numérique balbutiait, et comme l’explique Howard dans l’introduction au film (version Bluray), un test avait été fait pour simuler les incendies et ce fut un fiasco : on n’y croyait absolument pas.

Alors le génial Allen Hall a élaboré tout un système pour recréer des situations d’incendies plus vraies que nature, mais cela n’allait pas sans quelques moments d’intense chaleur pour les acteurs comme pour Mikael Salomon (le chef-op’ qui a dû parfois tourner en combinaison anti-feu.


Mais le résultat peut être considéré comme au-delà des espérances tant Howard filme l’un des acteurs les plus difficiles à maîtriser : le feu lui-même.

C’est une véritable ode au feu, avec des personnages qui le redoutent mais qui ne peu vent que l’aimer. Il est partout et il en devient de plus en plus fascinant à mesure que l’intrigue se déroule. Rarement le feu aura été si beau à contempler, aussi hypnotisant.

Mais si le feu est grandiose et extrêmement bien rendu, il n’en demeure pas moins un élément au service de l’intrigue (un tantinet compliquée) du film.


En effet, derrière cet hommage aux soldats du feu, il y a une intrigue policière – qui provoque ces « backdrafts » meurtriers et pourquoi ? – ainsi qu’une chronique familiale plus ou moins ordinaire : des frères qui ne parlent pas ; l’un des deux qui a des problèmes dans son couple ; ou encore le second qui ne sait pas se poser quelque part…

Parce que c’est là qu’est tout le talent de Ron Howard : faire un film de superhéros avec des gens ordinaires.

 

Car ces hommes sont des superhéros, Steve le premier, digne héritier des son père « mort au champ d’honneur », pourrait-on dire. Ils combattent inlassablement contre un ennemi tangible (le feu) comme le Bien combat le Mal : avec force, mais avec respect pour cet ennemi terrible.

Mais bien évidemment, ces hommes ne voient pas leur rôle comme cela. C’est leur métier, c’est leur devoir. Il suffit de les écouter se reconnaître à la télévision pour comprendre qu’ils n’en tirent aucune fierté, juste le plaisir de se voir et des reconnaître un ami. Parc e que ces hommes ne sont pas seulement des collègues. Il existe – et a toujours existé – une solidarité forte et indéfectible, résumée par le leitmotiv : « si tu tombes, nous tombons. » (1)

 

Et puis, pour rehausser le tout (comme s’il y en avait besoin…), deux géants apportent leur contribution : Robert de Niro (Rimgale) et Donald Sutherland (Ronald Bartel).

Les deux personnages qu’ils interprètent – brillamment – sont absolument complémentaires et sur deux niveaux.

Tout d’abord parce que Ronald est un pyromane (extrêmement) dangereux et Rimgale un pompier qui l’a sauvé une fois, celle de trop.

Et aussi parce que c’est à leur contact, en les observant ou les écoutant que Brian va grandir et

Devenir le véritable fils de son père (et le frère de son frère…), atteignant alors cette rédemption (2) longuement cherchée : une rédemption double puisqu’elle concerne aussi ce frère longtemps étranger.

 

Magnifique.

 

 

PS : le film nous propose aussi une magnifique collection d’yeux bleu clair. Entre plus des deux frères McCaffrey, on trouve Helen (Rebecca de Mornay), la femme de Steve, ainsi que Ronald et le politicien Swayzak (J.T. Walsh, qui nous a quittés voilà déjà 20 ans…)

 

(1) “If YOU go, WE go.”

(2) Eh oui, toujours cette bonne vieille rédemption…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Budd Boetticher
Le Tueur s'est évadé (The Killer is loose - Budd Boetticher, 1956)

Leon Poole (Wendell Corey) travaille dans une banque. Mais comme ça ne rapporte pas assez, il organise un hold-up.

Pendant son arrestation, sa femme est tuée accidentellement par l’un des policiers, Sam Wagner (Joseph Cotten).

Poole part en prison avec une seule idée en tête : tuer à son tour la femme de Wagner.

Alors il s’évade.

 

Budd Boetticher n’a pas fait que des westerns, et ce petit film (73 minutes) le prouve. Tout en créant une atmosphère de film noir, il décrit avec justesse des comportements de gens normaux. Le seul signe distinctif, c’est la profession de Wagner et ses collègues : policier. Même Poole, avant son parcours criminel est un personnage plutôt insignifiant. Le genre de type qu’on ne remarque pas, ou dont on se moque facilement. Ce fut d’ailleurs le cas pendant la guerre dans le Pacifique quelques années plus tôt.

 

Mais ce côté ordinaire va tomber quand sa femme sera tuée. En effet, s’il semble accepter de payer pour ce qu’il a fait, il ne trouve pas normal qu’en contrepartie Wagner s’en tire à si bon compte : il se vengera. Mais alors qu’un criminel « ordinaire » (tels qu’on en trouve dans d’autres films) ne vivrait que pour éliminer celui qui a mis fin à son bonheur, lui veut tuer la femme d’icelui : il s’agit pour lui d’un juste retour des choses.

Cet homme insignifiant n’est finalement pas si ordinaire que ça.

 

Ordinaire. C’est surtout dans ce sens que le film de Boetticher est intéressant. En effet, les personnages n’ont rien de particulier, ils vivent ce que vit la majorité des familles américaines de 1955 (année du tournage). Quand Wagner, réveillé en pleine nuit, se lève, il songe avant tout à se restaurer avant de partir. Et quand ses collègues arrivent, leur premier réflexe est de profiter du café qui passe (et du reste d’ailleurs, Wagner n’ayant plus le temps).

De la même façon, quand Lila (Rhonda Fleming) – la femme de Wagner – va chez des amis, le fils de ces derniers est absorbé par la télévision (article courant à cette période) et sa mère (Dee J. Thompson) doit le reprendre comme le font des millions d’Américaines à travers le pays.

 

Si Joseph Cotten interprète un policier convaincant, c’est Wendell Corey qui tire son épingle du jeu. Cantonné dans des seconds rôles, il exprime ici pleinement son talent : il est un tueur occasionnel* terrible, rempli de sang-froid, et donc implacable. Il ne tue que par nécessité, parce qu’il ne peut pas faire autrement. C’est ça qui le rend d’autant plus dangereux.

C’est un homme que la mort de sa femme a rendu fou, au sens propre du terme. Mais si les fous criminels sont souvent spectaculaires, lui ne l’est pas. C’est un homme très bien organisé et qui, de par son physique ordinaire, est difficilement repérable. Et Lila, se sachant menacée, croit voir ce meurtrier dans n’importe quel homme qui lui ressemble de près ou de loin.

Arrive alors un final – spectaculaire, mais c’est le seul moment du film, finalement – où la tension ne fait que monter, amenant un beau suspense rempli de fausses pistes afin de tenir en haleine le spectateur.

 

C’est un film à part, dans la carrière du réalisateur comme dans cette catégorie : Boetticher réussit à tirer d’une situation plutôt ordinaire une intrigue extra-ordinaire.

A (re)découvrir.

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terence Young, #James Bond
Bons Baisers de Russie (From Russia with love - Terence Young, 1963)

La légende continue de se mettre en place.

On retrouve les protagonistes principaux (sauf Felix Leiter, qui reviendra bientôt) : M (Bernard Lee) et Moneypenny (Lois Maxwell) et bien entendu, le roi des espions, James Bond (Sean Connery).

A ces personnages s’ajoutent deux autres, qui vont devenir récurrents : le major Boothroyd (Desmond Llewelyn) qu’on n’appelle pas encore Q, mais le « responsable de la section Q. » et le mystérieux Ernst Blofeld.

 

Boothroyd est celui qui introduit tous les gadgets qui participent beaucoup au succès de la série de films. Ici, une carabine compacte et une merveilleuse valise.

Blofeld, quant à lui, c’est le numéro 1 du SPECTRE, et comme beaucoup de grands patrons, il n’est pas visible. On ne sait de lui qu’une seule chose : il aime les chats, puisqu’il en caresse un magnifique au pelage blanc.

 

La réplique attendue de Bond n’est toujours pas là, bien qu’il décline son identité à la nouvelle girl : Tatiana Romanova (Daniela Bianchi).

Quant au titre, il s’explique (et est de ce fait mentionné) par une photo de la belle Tatiana dédicacée à Moneypenny, pendant leur marivaudage qui devient une habitude.

Pour le reste, on trouve deux méchants importants :

  • Grant (Robert Shaw), un colosse blond, ancien pensionnaire de Dartmoor (célèbre prison anglaise), qui ne prononce aucune parole intelligible avant de rencontrer Bond, soit une fois la dernière demiheure entamée ;
  • Rosa Klebb (Lotte Lenya (2)), colonelle de l’Armée Rouge, elle est en outre la numéro 3 du SPECTRE, et possède un jeu de jambes assez redoutable.

Quant à l’intrigue, elle nous emmène à Istanbul. On peut alors admirer l’intérieur de la basilique Sainte-Sophie, ainsi que la Citerne, quoi n’avait pas encore été réhabilitée et proposée à la visite (2). Il y est question de décodeur (bien avant Canal +) et de jolies femmes, bien entendu. On retrouve d’ailleurs la belle Sylvia Trench (Eunice Gayson), un vieux dossier que Bond n’avait pas entièrement étudié avant de partir affronter le Dr. No.

On a droit à ce qui va devenir l’incontournable poursuite. Pas de voiture, non, cela aurait été trop facile : Bond et Tatiana sont pris en chasse par quelques vedettes du SPECTRE pour une poursuite qui finira en feu de joie toujours très spectaculaire.

 

Si ce deuxième film fonctionne tout comme le premier, on note tout de même une place plus importante de l’humour, toujours dirigé par Bond, que ce soit avec sa partenaire occasionnelle ou avec Moneypenny, qui va devenir indispensable.

Toutefois, on reste un peu sur sa fin à propos d’un détail : à deux reprises, il est fait référence à un voyage au Japon entrepris par Bond et M. Ce périple semble renfermer quelques anecdotes croustillantes, mais, hélas, nous n’en saurons pas plus…

Comme quoi, il semble que M cache bien son jeu.

 

 

(1) Un détour indispensable quand on visite Istanbul aux (très) beaux jours : il y fait une fraîcheur salutaire, sans parler du merveilleux jeux de lumières reflétant les colonnes antiques dans l’eau.

 

(2) Ancienne épouse de Kurt Weill (deux fois !) dont elle interpréta la célèbre chanson Alabama Song, reprise par Jim Morrison ou encore David Bowie.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sidney Lumet
Un Après-midi de chien (Dog day Afternoon - Sidney Lumet, 1975)

New York au mois d’août, un jour comme un autre, normalement.

Trois hommes dans une voiture, devant une banque de Brooklyn.

La musique s’arrête (1). Un premier sort et pénètre dans la banque. Un second le suit, puis vient le troisième.

Ils ont décidé de braquer la banque.

Ca aurait dû être un petit casse vite fait, bien fait, mais dès le début, ça part mal.

 

Sidney continue de décrire des solitudes. Ici, c’est un braqueur, Sonny (Al Pacino), qui est seul. Il a beau être avec son complice Sal (John Cazale), il n’en demeure pas moins seul, négociant sa (sur)vie dans un braquage qui se termine en prise d’otages.

C’est un véritable après-midi de chien que vont vivre les personnes enfermées : c’est l’été et l’absence de climatisation va ajouter au malaise de la situation.

 

Pourtant, ca ne pouvait pas bien se passer. Dès la première intervention de Sonny dans la banque – il sort son fusil caché dans un paquet cadeau – le spectateur sait que ça va dégénérer : le fusil ne sort pas facilement comme prévu. Dès lors, c’est un enchaînement d’actions prévues qui ratent les unes après les autres : le troisième homme, Stevie (Gary Springer) lâche ses partenaires ; les fonds ont été collectés juste avant leur arrivée et il, ne reste presque plus rien à voler ; le garde fait de l’asthme…

Il s’agit de l’un des braquages les plus chaotiques du cinéma. Et pourtant c’est tiré d’une situation réelle (2).

 

Sonny est un personnage très complexe, que le grand Al Pacino joue avec brio. Sonny est seul car insatisfait. Il est revenu du Vietnam, mais n’a pas réussi à se réintégrer dans la vie civile. De plus, sa vie sentimentale est un vrai chaos : il a une femme, Angie (Susan Peretz) et deux enfants, et un mari, Leon (Chris Sarandon, magnifique lui aussi). Insatisfait partout, il n’a plus rien à perdre : seulement la vie.

Son complice, Sal est seul, lui aussi. C’est un être fruste et peu réfléchi. Mais il est déterminé à aller jusqu’au bout lui aussi. Et John Cazale nous interprète un magnifique Sal, complètement dépassé, lui aussi, par les événements : comment ne pas l’être au vu du déroulement de la journée.

 

En face, il y a, bien sûr, la police et deux négociateurs : au début, Moretti (Charles Durning) est un policier de la ville et à la fin, Sheldon (James Broderick) du FBI. Si Moretti transige afin de ménager les otages, il n’en va pas de même de Sheldon qui lui, est prêt à tout pour arrêter cette situation.

Le dernier personnage important du film, c’est la foule. Elle s’installe rapidement au début des opérations de police et va aussi rapidement prendre fait et cause pour Sonny.

Et Sonny va jouer avec cette foule qui lui est acquise, mêlant adroitement un aspect politique à ce minable braquage : la référence à Attica (3) n’est pas pour plaire aux forces de l’ordre qui se sentent obligées de négocier (dans la première partie).

 

Mais le tour de force, c’est la prestation d’Al Pacino. Il sort alors du deuxième Parrain de Coppola (aussi avec Cazale) où il campe un Corleone froid et efficace. Ici, son rôle à double personnalité est très courageux : l’homosexualité n’est pas très représentée au cinéma, et peu d’acteurs célèbres prennent une telle prise de risque.

Il est extraordinaire de bout en bout, secondé par un casting à la hauteur : Cazale est formidable en braqueur un tantinet idiot, et Sarandon bouleversant en homme qui se sent femme : magnifiquement pathétique.

 

Un film fort, inoubliable.

 

(1) Amoreena d’Elton John. Il n’y aura quasiment plus de musique de tout le film.

(2) Elle eut lieu le 22 août 1972.

(3) 9-13 septembre 1971 : Mutinerie dans la prison d’Attica qui a fait 39 morts.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terence Young, #James Bond
James Bond contre Dr. No (Dr. No - Terence Young, 1962)

En pleine guerre froide, moins de deux semaines avant la Crise de Cuba, est présenté le premier film de l’agent secret le plus célèbre de la planète : James Bond (Sean Connery).

Et dès ce premier opus, il y a presque tout : M (Bernard Lee) son chef de service ; Miss Moneypenny (Lois Maxwell) la secrétaire du précédent ; Felix Leiter (Jack Lord), l’agent de la CIA ; et bien entendu les indispensables James Bond girls avec en vedette la magnifique Ursula Andress (Honey Ryder).

Côté action, pas de problème : une poursuite en voiture sur une route escarpée ; de la bagarre ; une base secrète qui explose…

Et, ultime ingrédient : l’humour (britannique, évidemment) et l’ironie, dans un mélange savamment dosé et fort à propos.

Il ne manque plus que Q et ses gadgets ainsi que la réplique mythique : « Je m’appelle Bond. James Bond. » (1)

Mais ça viendra.

 

Harry Salzman et Albert R. Broccoli – les deux producteurs devenus légendaires – ont eu le nez franchement creux en achetant les droits à Ian Fleming et en lançant cette saga.

On y trouve tous les ingrédients susceptibles de plaire (voir ci-dessus), mais c’est surtout la présence de Sean Connery – c’est la première fois qu’il tient le haut de l’affiche – qui fait tout le sel du personnage.

Connery est grand et costaud – il a fait beaucoup de musculation – et il incarne le flegme (légendaire) britannique avec beaucoup de classe.

On a l’impression qu’il ne fait pas que jouer James Bond, mais que le rôle fut écrit pour lui, tant il évolue avec aisance dans ce personnage.

 

Là encore, il met en place les principaux caractères de son personnage (et qu’on retrouvera chez les autres acteurs qui reprendront le rôle) : il séduit les jolies femmes (il pourrait même citer Antoine Delafoy : « Je ne séduis pas, j’envoute. ») et trouve toujours un moment à leur accorder ; il est un joueur très habile et gagne beaucoup (ici c’est au Chemin de fer qu’il a du succès : financier ET féminin) ; il boit du Martini-vodka, au shaker (pas à la cuiller) ; et ne peut s’empêcher de marivauder avec la fidèle Moneypenny (qui n’a pas de prénom dans le film) ; et enfin il a des rapports assez particuliers avec M qui le considère comme un très bon agent quoi qu’un tantinet négligent.

 

Et puis il y a le Docteur No (Joseph Wiseman).

C’est le premier d’une longue série d’agents du SpectreSpecial Executive for Counterintelligence, Terrorism, Revenge and Extortion – dont l’objectif fondamental est, bien sûr, la domination mondiale.

No est un métisse (père allemand et mère chinoise) et en l’occurrence un spécialiste du nucléaire : d’où ses deux prothèses manuelles, conséquence d’une trop forte exposition aux radiations.

C’est un homme très raffiné et extrêmement calme. Même dans les moments les plus tendus il se maîtrise. Il possède une très grande intelligence ainsi qu’un grand orgueil (3) – condition sine qua non d’un vrai méchant – et s’exprime avec un calme qui en devient inquiétant.

Bref, s’il n’était du côté des méchants, Bond et lui auraient peut-être beaucoup de choses en commun.

Mais, fort heureusement, il n’en est rien.

 

Evidemment, Bond gagne à la fin, les méchants sont châtiés et quand le film se termine, on se dit qu’on en reprendrait bien un  peu…

Ca arrivera l’année suivante, avec Bons Baisers de Russie.

Mais, comme toujours, ceci est une autre histoire.

 

 

(1) “My name is Bond. James Bond.”

(2) Service Pour l'Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l'Extorsion (ils ont dû s’amuser pour trouver un équivalent français correct…)

(3) « Vanitas vanitatum et omnia vanitas… »

 

 

 

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