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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith
The idol Dancer (D.W. Griffith, 1920)

C’est à Griffith de produire son film exotique qui se passe dans les mers du Sud : une histoire – édifiante – d’amour sous les tropiques.

Et comme toujours chez Griffith, on y trouve une volonté de réformer les hommes en les remettant sur le droit chemin. C’est au révérend Blythe (George McQuarrie) qu’il incombe de ramener toutes les brebis égarées qu’on trouve sur son île.

Et parmi elles Dan McGuire (Richard Barthelmess), un vagabond qui a depuis longtemps tourné le dos à la religion pour adorer le dieu alcool. Mais aussi la belle Fleur-d’Amande-Blanche (Clarine Seymour*), que le vieux Thomas (Herbert Sutch), son père adoptif, préfère appeler Mary.

Mais sur cette île, on trouve aussi des individus moins recommandables : un trafiquant esclavagiste (Anders Randolf) et son bras droit Wando (Walter James), le chef d’une tribu de cannibales (et accessoirement noirs).

 

Et puisque c’est Griffith, c’est le côté civilisateur de la religion qui est mis en avant et amène la rédemption nécessaire aux protagonistes pour avancer. Mais si le pasteur est l’outil désigné de cette rédemption, c’est son neveu Walter Kincaid (Creighton Hale) qui amènera les changements. Et aussi le fils du pasteur Donald (Thomas Carr), mais ceci est une autre histoire.

 

Huit ans avant Murnau, Griffith situe son histoire dans les mêmes eaux du Pacifique (même si ce fut tourné aux Bahamas). Mais si Murnau a su capturer la vie des indigènes, il n’en va pas de même pour Griffith. En effet, on retrouve des relents qui ne sont pas sans rappeler les errements racistes de Naissance d’une Nation.

Ici, les autochtones ne sont pas authentiques et leur comportement porte encore les marques des préjugés de l’époque, sinon du réalisateur. Les méchants cannibales sont noirs (c’est précisés plusieurs fois) et pour certains ont un objet dans le nez (un anneau, un os ?). Sans parler du personnage de Pansy (Florence Short) qui en plus d’être douée d’une certaine fourberie passe son temps à se trémousser.

Mais malgré tout, on retrouve cette volonté altruiste d’instruire son public. Là encore, il montre certains éléments hérités des pratiques autochtones ou supposées telles.

 

Pour le reste, on assiste à une comédie toute griffithienne, avec sauvetage de dernière minute amené par un montage parallèle impeccable. Le tout interprété par des acteurs solides, Richard Barthelmess et Clarine Seymour en tête. Cette dernière a les manières des héroïnes du grand maître (telles Lillian Gish), avec une petite dose d’espièglerie qui aiguillonne McGuire : juste ce qu’il faut pour le rendre jaloux.

McGuire, d’ailleurs fait partie de ces héros mécréants qui retrouvent les chemins de la vertu et gagnent ainsi leur salut. Mais cette rédemption n’est possible que par le sacrifice d’un autre : Kincaid, véritable figure christique du film, qui réussit là où son oncle a beaucoup de mal. Mais à quel prix.

 

Je terminerai en disant que la vision simpliste des autochtones amène un certain malaise chez les spectateurs, près de cent ans plus tard. Cela est aussi renforcé par la sous-intrigue entre le fils du pasteur et un autre enfant indigène. Le premier veut absolument convertir le second au port du pantalon, signe pour lui de la civilisation à laquelle il appartient. Et cette « conversion » ne s’obtient que par la force.

Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

 

 

PS : en prime, sur le dvd du film, on trouve une intervention du grand Patrick Brion, vantant les qualités de ce dernier. Un petit plaisir supplémentaire à déguster sans modération.

 

* Un mois après la sortie du film, la belle Clarine décèdera d’une pneumonie, mettant définitivement un terme à son ascension qui aurait pu faire d’elle une grande star. Au lieu de cela, elle fut, elle aussi, oubliée.

Elle avait 21 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Madden
Indian Palace (The best exotic Marigold Hotel - John Madden, 2011)

 

« C’est comme la Costa Brava ?

- Oui, les éléphants en plus. »

 

Il y a une vie après la mort.

Je ne parle pas de la mort physique, mais sociale. Quand on ne sert plus à rien.

Ils sont sept. Ils sont arrivés au bout du chemin. Que leur reste-t-il à vivre ?

C’est une annonce sur le net qui les réunit : un hôtel spécial pour les personnes âgées, en plein cœur de Jaipur. Qu’ont-ils à perdre ? Rien. Et à gagner ? Ils ne le savent pas encore.

Alors ils s’envolent et s’installent dans ce qui devrait être leur dernière résidence.

Mais cet hôtel est loin d’être ce que ces résidents attendaient. Mais comme le dit le (jeune) directeur Sonny (Dev Patel) : « A la fin, tout est merveilleux. Et si ce n’est pas merveilleux, c’est que ce n’est pas encore la fin. »

Et non, ce n’est pas la fin, même si l’arrivée se dessine.

 

Il y a dans ce film de John Madden une ode à la vie magnifique. C’est bien connu, c’est quand on sait que la fin approche qu’on veut profiter au maximum de ce qui va s’arrêter. Et ces sept personnes vont le faire, chacun à sa manière. Même si en route, certains s’en iront.

C’est une véritable renaissance qui leur tombe dessus. Et comme toute renaissance, il faut se réadapter. Ils connaissaient la vie, pour l’avoir parcourue longtemps, mais le dépaysement qu’ils s’imposent est salutaire : chacun va se révéler, se transformer, voire se transfigurer (1).

 

Indian Palace est un film qui traite d’un thème assez peu exploité au cinéma : la vieillesse. Alors que la grande majorité des films nous présentent des personnes jeunes ou dans la force de l’âge pour les plus anciens, ici, il n’y a aucun artifice pour que les interprètes fassent plus jeunes que leur véritable âge : quand le film sort, Judi Dench (Evelyn Greenslade) et Maggie Smith (Muriel Donnelly) ont déjà 77 ans, Tom Wilkinson (Graham Dashwood) en a 73 (etc.), seule Celia Imrie (Madge Hardcastle) fait figure de jeune femme avec ces 59 ans (seulement !).

 

Et en face de ces vétérans, on trouve un couple très jeune – Dev Patel & Tena Desae – qui va profiter de ces anciens, mais aussi leur apporter. Parce que chacun, dans cette histoire a son rôle à jouer.

A la différence des sœurs Libby et Sara dans les Baleines du mois d’août, personne ne vit dans le passé. S’il est fait mention de leur vie d’avant, ce n’est que très rarement nostalgique.

Parce qu’il n’y a pas de place pour la nostalgie, quand on veut continuer à vivre. Et ceux qui restent nostalgiques sont condamnés à disparaître. Ce  sera le cas de Graham et Jean (Penelope Wilton), chacun à leur façon.

Mais même cette disparition (du film) est différente pour eux deux : alors que Graham s’en va comblé (2), ayant le sentiment qu’il a fait quelque chose de sa vie jusqu’au bout ; mais ce n’est pas le cas de Jean, qui reste sur un échec. Elle quitte cette nouvelle vie et retourne à l’ancienne, la seule qui semble lui convenir. Mais en retournant en Angleterre, elle meurt – pour son mari Douglas (Bill Nighy) comme pour le spectateur – refusant cette nouvelle naissance promise par la brochure (un tantinet trafiquée) de l’hôtel.

 

Alors finalement, ce n’est pas la Costa Brava avec des éléphants. Non, c’est autre chose. Des éléphants, on en aperçoit un quand ils voyagent vers Jaipur. Pour le reste, c’est totalement différent. C’est l’Inde. Un autre pays, une autre vie. La vie.

Et Madden nous offre une Inde magnifique, grouillant de gens et de couleurs, où la vie ne se finit pas. Au contraire, elle recommence, encore plus belle. Ce n’est pas une Inde de carte postale que nous voyons. C’est un lieu où tout est animé et même sublimé. Il suffit de voir comment elle nous est montrée, comment ces déracinés l’appréhendent : un montage de plans rapides où quel que soit l’endroit où on regarde, c’est coloré, c’est rempli de sons et même d’odeurs (évidemment Jean se masque le nez, refusant cette profusion olfactive). C’est la vie. Celle qui existait avant eux et qui continuera bien après, comme le dit à sa façon Sonny, leur guide dans cette aventure, qui est peut-être un doux rêveur, mais qui reste tout de même le seul qui se projette, et qui passe son temps à partager cet avenir qu’il sent merveilleux, mais surtout toujours à portée de main.

Même s’il faut parfois avoir le bras (très) long.

 

 

(1) L’évolution de Muriel (magnifique Maggie Smith) en est le plus bel exemple.

(2) Superbe métaphore cinématographique. Nul besoin de voir pour savoir : alors qu’Evelyn le découvre, nous – spectateurs – savons déjà.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Yves Robert, #Pierre Richard
Le Retour du grand Blond (Yves Robert, 1974)

Oui, il est de retour, et ça va faire mal…

… Enfin, pas tant que ça finalement.

 

On retrouve François Perrin (Pierre Richard), avec la belle Christine (Mireille Darc), en goguette au Brésil pendant qu’on assiste à une mini révolution de palais : le ministre change, c’est un ancien de l’agriculture (Jean Bouise) qui dirige (enfin le croit-il) le service, alors que le colonel Toulouse (Jean Rochefort) avec son bras droit Perrache (Paul Le Person) continue ses manigances dans l’ombre. Mais la mort de Milan (Bernard Blier) lors de l’aventure précédente a laissé des traces : le capitaine Cambrai (Michel Duchaussoy) enquête sur ce grand blond et veut révéler les turpitudes de Toulouse.

 

Yves Robert a repris les mêmes ingrédients que le premier opus, les mêmes protagonistes de base – remplaçant les morts par d’autres barbouzes –, retournant même dans certains endroits déjà visités (appartement de François, salle de concert).
Mais… Ca ne marche pas. Enfin pas aussi bien que la fois d’avant. Il manque quelque chose. Le souffle de folie qui baignait alors ? Peut-être.

Mais c’est plus certainement d’un manque de fraîcheur et de spontanéité que souffre ce film.

Et puis Milan mort, Blier ne peut être là qu’en photo…

 

Les situations sont comiques, certes, mais cela manque de naturel et les échanges tournent au grandiloquent, malgré tout de même quelques soubresauts : les tentatives d’assassinat, l’arrivée à Orly ou encore la mise en scène d’une journée ordinaire, avant qu’elle bifurque.

Rochefort et Le Person sont égaux à eux-mêmes et Carmet (l’ami Maurice) a un rôle un petit peu plus étoffé.

Mais c’est au détriment de la belle Mireille Darc – aux tenues toujours aussi sexy – que nous ne voyons que très peu finalement.

 

C’est dommage, mais on pouvait espérer mieux. Peut-être cette suite ne s’imposait-elle pas.

Quoi qu’il en soit, Yves Robert (toujours chef d’orchestre) saura rebondir et nous offrira cette fois-là un superbe diptyque : Un Eléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au Paradis.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Schwentke
Divergente 3 : Au-delà du Mur (Allegiant - Robert Schwentke, 2016)

A la fin du deuxième opus, nous avions compris que la Vérité était ailleurs (comme disaient Mulder et Scully).

Nous allons donc passer de l’autre côté du miroir.

Et finalement, l’herbe n’y est pas plus verte, surtout que des cataclysmes nucléaires (tiens, tiens, qui serait donc responsable ?) ont dévasté cette même herbe et à par des cailloux, il y a peu de choses qui poussent…

 

Après la destruction d’un système plus ou moins fasciste, pour le remplacer par un autre système pas tellement mieux, on arrive à une nouvelle conception extrémiste : l’eugénisme.

On pense alors à notre très cher Boris Vian et son Et on tuera tous les affreux. Sauf que là, c’est exposé plus subtilement, et il n’y a que très peu de ressort comique…

Par contre, c’est l’occasion de retrouver Jeff Daniels et son sourire magnifique derrière lequel se cache un personnage plutôt infâme.

Bref, on a trouvé un autre méchant.

 

On croyait qu’une fois la porte ouverte, on en aurait terminé, mais non. C’est reparti pour un tour avec la bande à Tris qui est encore moins nombreuse que la dernière fois. Mais on retrouve les indispensables – Four (Theo James), Christina (Zoë Kravitz, la fille de) et Caleb (Ansel Elgort) – et celui qui donne du piment à l’intrigue et empêche que tout fonctionne comme il faut : Peter (Miles Teller), mon préféré. Que voulez-vous, j’aime beaucoup les personnages troubles voire méchants au cinéma, ce sont les plus complexes et donc les plus intéressants. En général.

 

Encore une fois, le film nous montre de magnifiques décors post-apocalyptiques. Pour le reste, on arrive à une conclusion qui a un côté « déjà vu » (1) ni agréable ni franchement désagréable, mais on ne peut plus prévisible.

Une trilogie américaine, quoi.
Mais avec tout de même un dernier plan énigmatique qui voit notre héroïne Tris (Shailene Woodley) dominant son « nouveau monde » (quand je vous disais que c’était américain !), avec en prime notre nouveau méchant qui semble veiller sur elle.

 

Donc, ce n’est pas fini.

Préparez-vous alors au quatrième opus, qui devrait achever la trilogie romanesque. Mais sait-on jamais… (2)

 

 

PS : je ne terminerai pas cette trilogie sans une petite remarque quant à la traduction des différents épisodes. Certes le premier était le mieux traduit. Les autres utilisaient plutôt des périphrases, mais au bout du compte, ce n’est pas si mal.

 

(1) En français dans le texte

(2) Cette tendance, depuis l’opus final de Harry Potter (2010-2011), à couper en deux l’ultime tome a une tendance m’insupporter. Lors des derniers Jeux de la faim (2014-2015), ce délayage de l’intrigue ne s’imposait pas. En sera-t-il de même ?

Réponse… plus tard !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Guillermin, #Catastrophe
La Tour infernale (The towering Inferno - John Guillermin, 1974)

Une tour gigantesque (près de 140 étages) en plein cœur de San Francisco.

Un bâtiment aussi indestructible que l’était le Titanic avant son départ.

Et puis on rogne sur les budgets, et le feu prend.

 

Nous sommes en pleine vague de films catastrophe aux Etats-Unis : Airport, (1970) L’aventure du Poséidon (1972), etc.

C’est au tour de John Guillermin de nous offrir un film a (très) grand spectacle avec une distribution somptueuse, certainement la plus fournie des films de ce genre : Faye Dunaway, William Holden, Fred Astaire, Jennifer Jones, Robert Vaughn… Sans oublier les deux plus grandes stars du moment (au moins pour leurs salaires, sinon pour leur immense talent) Paul Newman et Steve McQueen !

 

Les deux acteurs les plus cools de Hollywood* nous assurent d’ailleurs un numéro à leur mesure. Non seulement ils gèrent magnifiquement la crise, mais en plus, ils ne s’énervent jamais.

Quand je vous dis qu’ils sont cools.

Et ça marche ! On suit avec délectation le déroulement de la soirée tragique, où tout se passe bien jusqu’au court-circuit inévitable (sinon, pas de film !), mettant en évidence les vices cachés du chantier de Doug Roberts (Paul Newman) dus aux malversations du gendre (Richard Chamberlain) du directeur du projet (William Holden).

 

On est bluffé par ce qui nous est proposé : la tour (550 mètres) qui prend feu est très réaliste, même si on sait que c’est une maquette. On tremble avec Roberts quand celui-ci récupère les enfants piégés dans leur appartement.

On accuse le coup en silence avec le colonel O’Hallorhan (Steve McQueen) quand il voit ses hommes tomber les uns après les autres. On s’insurge enfin en voyant la bêtise des nantis du salon panoramique qui veulent à tout prix sauver leur propre peau : l’urgence de la situation justifie (à leur avis) de marcher sur les autres pour s’en sortir.

Et puis on reste suspendu quand l’architecte et le pompier mettent en place la solution de la dernière chance, les secondes s’égrenant une à une avant l’apothéose finale (qui a aussi son lot de bêtise, immanquablement.

 

Cinquante ans après, le film n’a rien perdu de ce qui faisait sa force lors de sa sortie, même si le format télévisuel régulièrement proposé (un peu moins maintenant, que voulez-vous, c’est un « vieux » film !) a tendance à diminuer le suspense intrinsèque à ce genre de film. Pour ma part, ayant vu le film sur grand écran et sur petit, c’est bien entendu la version grand format qui emporte ma préférence.

 

 

* Sans parler de leurs yeux bleus magnifiques…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Sidney Lumet
La Colline des hommes perdus (The Hill - Sidney Lumet, 1965)

La colline ? Deux amoncellements de pierres, séparés par du sable, en pente.

Les hommes perdus ? Des voleurs, des déserteurs, des violents. Des rebuts de l’armée.

Nous sommes dans un camp disciplinaire britannique, pendant la deuxième guerre mondiale, vers 1943.
Dans ce camp, un commandant absent (essentiellement au bordel), un médecin-chef lâche (Michael Redgrave), un adjudant-chef tout puissant, des sergents.

Sous leurs ordres, des hommes qui font de l’exercice, continuellement, en plein soleil.

 

Sidney Lumet prend le contre-pied des films de guerre qu’on pouvait voir à cette période, qu’ils relatent de hauts faits d’armes (Le Jour le plus long) ou une résistance à l’ennemi (Stalag 17, La grande Evasion). Pourtant, nous sommes dans un camp de prisonniers, ici aussi. Mais la donne est différente : ce sont avant tout des criminels. On ne devrait donc pas avoir de pitié pour eux. Et pourtant…

 

Dans la lignée des grands films pacifistes, on peut mettre La Colline à part, car elle va beaucoup plus loin dans la dénonciation de la chose militaire.

A propos de l’aspect meurtrier, une trentaine d’années plus tard, Spielberg dénoncera l’horreur brute et inutile, en un quart d’heure seulement, lors de l’ouverture du film Il faut sauver le Soldat Ryan : le débarquement à Juno Beach.

 

Mais ici, Lumet nous montre l’absurdité de la guerre dans ce qu’elle a de plus absolue. Si on peut justifier un conflit avec des arguments idéologiques plus ou moins légitimes (histoire de ne pas dire que c’est avant tout une histoire de richesses), comment peut-on justifier l’aberration que représente la colline, cet amoncellement de pierres et de sables en plein soleil que des soldats montent et descendent parce qu’ils sont punis, ou parce que « c’est pour leur bien » ?


Mais si les soldats ne sont pas des enfants de chœur, les gardiens non plus. L’adjudant Wilson (Harry Andrews), leur chef sur le terrain, est ce qu’on appelle une « peau de vache ». Mais le pire dans ce personnage, c’est qu’il croit à ce qu’il fait. « Vingt-cinq ans » qu’il le fait, nous répète-t-il d’ailleurs à longueur de film. Mais ce n’est pas lui le pire, bien qu’on pourrait le croire. Ce n’est qu’un sous-officier à l’ancienne – à l’archaïque même – ce que lui reproche le soldat Roberts (Sean Connery, à contre emploi entre deux James Bond). Et l’affrontement entre ces deux fortes têtes est un très bel exemple du décalage qui existe entre cet homme dominant, bourré de certitudes (en 25 ans, ça s’est accumulé) et le plus jeune, dominé, enfermé dans ce camp pour cause d’archaïsme militaire.

 

Mais le pire, c’est Williams (Ian Hendry). Froid, impitoyable : méchant. C’est un homme qui a très bien compris comment fonctionnait le camp et la discipline de Wilson. Tellement qu’il va encore plus l’améliorer, ajoutant à l’absurdité du système une dimension criminelle : un homme, Stevens (Alfred Lynch), meurt des sévices endurés. A côté de lui, Harris (Ian Bannen), l’autre sergent, est un parangon de gentillesse. Si on oublie qu’il fait grimper les soldats avec un masque à gaz sur le visage.

 

Sidney Lumet, comme dans 12 Hommes en colère, réussit à nous montrer des solitudes. Tous ces personnages sont seuls. Même si le camp renferme quelques centaines d’hommes, chacun est seul. Seul avec lui-même, seul au milieu des autres. Roberts est seul contre un système qu’il juge dépassé, seul avec ses camarades de cellule qui lui reprochent le partage des punitions ; Bartlett (Roy Kinnear) est un individualiste qui n’a qu’une idée en tête, changer de cellule car il ne veut plus être avec les autres ; King (Ossie Davis), en plus de souffrir est discriminé parce que noir…

Mais les gardiens aussi sont seuls : Wilson, engoncé dans ses certitudes, ne voit que lui dans ce camp, c’est lui qui dirige, le croit-il. Et pourtant, il est le stade intermédiaire entre ses deux sergents : il lui manque la part d’humanité de Harris, mais il ne va pas aussi loin dans le sadisme que Williams.

Et au final, lui aussi se retrouvera seul.

 

Et Lumet filme toujours au plus près de l’action ce qu’il se passe dans ce camp. Ce sont de nombreux plans rapprochés sur des visages, voire des gros plans qui accentuent la tension dans le camp.

Mais ce film est aussi réussi par le jeu des acteurs.

Sean Connery est magnifiquement utilisé dans ce rôle d’homme plus ou moins injustement condamné, et qui devient souffre-douleur de Williams. Il montra alors qu’il savait faire autre chose que James Bond (même s’il est très bien dans ce rôle d’espion flegmatique). Il y a de l’humanité chez Roberts, mais aussi une conception très militaire de son rôle. S’il n’accepte plus le système (qu’il qualifie de victorien), il ne remet pas en cause pour autant l’armée.

Mais c’est Harry Andrews qui nous offre l’une des plus belles performances du film. Il en fut d’ailleurs récompensé, ce qui est normal car il y interprète un adjudant – avec ce qu’on peut mettre dans ce grade – pas si monolithique que ça. Wilson, malgré son comportement injuste envers les prisonniers, essaie tout de même de rester dans les limites de la légalité, ce que ne fait pas Williams.

 

Après un tel film, dire que la guerre est absurde ressemble à un pléonasme, non ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Sidney Lumet
12 Hommes en colère (Twelve angry Men - Sidney Lumet, 1957)

Une salle.

Une table.

Douze chaises.

Douze hommes.

Un seul verdict.

Un huis clos étouffant, dans tous les sens du terme : la tension ne fait que monter en même temps que se charge le temps atmosphérique, une chaleur moite et un ciel de plus en plus noir.

Jusqu’au moment où tout éclate : le ciel, les hommes, le verdict.

 

Nous sommes à l’avant-dernier stade d’un procès où un jeune garçon risque la peine capitale. C’est une affaire entendue, tous pensent qu’il est coupable. Chacun va pouvoir retourner à sa vie après une semaine de vacances forcées.

Mais parmi ces 12 hommes réunis, l’un d’eux a un doute raisonnable, celui qui empêche de condamner un accusé : le juré n° 8 (Henry Fonda).

Lentement, méticuleusement et rationnellement, il va retourner les convictions de ces collègues d’occasion.

 

Dès la première intervention du juré n° 8, nous savons qu’il va arriver à les retourner tous : il n’est pas imaginable que le grand Henry Fonda, dans un film aussi grave soit du mauvais côté de la barrière, comme le sont les jurés n° 3 (Lee J. Cobb) et n° 10 (Ed Begley).

Mais si ce juré, seul contre tous (au début), se bat pour faire accepter une autre vérité que celle qui fut démontrée pendant le procès, jamais il n’admet avoir raison dans son raisonnement. Il ne se fonde que sur un principe fondateur de la justice américaine : le doute raisonnable. Et ce doute, il va le transmettre, refaisant, d’une certaine façon, et en accéléré, le procès complet.

 

La pièce de Reginald Rose est une brillante analyse de la justice américaine, mais surtout de ces gens qui composent un jury populaire. On retrouve dans ces douze hommes différents types d’Américains. Ils viennent de milieux différents, s’habillent de façon différente, parlent différemment. Mais si leur rôle social est très différent, certains au-dessus d’autres, ici, ils sont tous égaux. Chaque voix compte.

 

Pourtant tout différencie ces hommes : leur origine, leur âge, leur habillement, leur attitude, leurs préjugés, jusqu’à leur écriture (1). Ce sont des hommes pris au hasard : certains sont déjà rompus à cet exercice, d’autres le découvrent. Ils sont tous américains, mais pourtant, ils ne sont pas égaux : l’un est un homme pauvre, presque honteux de sa condition (le n° 6), un autre, le n° 11 (Jiří Voskovec), est issu de l’immigration, et a dû faire beaucoup d’efforts pour acquérir la citoyenneté et parle avec un léger accent, reprenant même le xénophobe n° 10 à propos de sa façon de parler. Mais malgré cela, ils sont, le temps d’une délibération, sur un même plan.

 

L’habillement est la première chose qui les différencie. Il fait chaud dans cette pièce, malgré les fenêtres ouvertes. Rapidement, ils se retrouvent en chemise, voire en polo. Seuls très peu d’entre eux gardent leur veste et leur apparence soignée. Et finalement, tous ces hommes se retrouvent dans cette délibération : certains par mimétisme – le n° 6 vient d’un même quartier défavorisé – d’autres par leur vie personnelle – le n° 3 est un père comme celui qui fut tué le vieux n°9 (Joseph Sweeney) se sent proche d’un témoin lui aussi âgé. Le n°4 (E.G. Marshall), toujours tiré à quatre épingles, essuyant UNE goutte de sueur sur son crâne dégarni. C’est un homme posé, rationnel, peu impressionnable et toujours maître de lui-même. Le n°7 (Jack Warden) est un homme d’affaire, de type représentant. C’est un baratineur. C’est aussi un homme perpétuellement en représentation, habillés de vêtements différents des autres. Certainement plus colorés que les autres (2), ou même à la limite du criard, conservant inlassablement son chapeau sur la tête.

Même si le n° 8 mène de fait les débats, il n’a jamais de volonté de dominer les autres, expliquant calmement son point de vue pendant que les acharnés de la culpabilité se déchaînent en même temps que l’orage.

Ces hommes sont en colère. Mais finalement, pas parce qu’ils ne sont pas d’accord. Ils sont d’abord en colère contre eux-mêmes, réalisant au fur et à mesure qu’ils ont pu se tromper. Qu’ils auraient pu commettre l’irréparable : condamner un homme à tort. Mais même l’innocence qui se dégage des débats plus ou moins houleux reste sujette à caution. Régulièrement, le n° 8 rappelle qu’ils sont eux-mêmes infaillibles.

 

Et tout l’art de Sidney Lumet, dans cette pièce filmée (parce que ce n’est pas tellement autre chose, sauf que le spectateur au lieu d’être devant une scène, y est à l’intérieur), c’est d’accentuer la tension du film en variant les plans (fixes la plupart du temps) d’un point de vue d’ensemble à différents points individuels (individualisés ?) jusqu’à terminer sur des visages en gros plan : l’un deux, enfermés dans son entêtement, hurlant presque sa conviction (erronée, bien sûr), pendant que les visages des autres jurés se ferment un à un à ses élucubrations qui se vident de sens à mesure qu’il arrive au bout de son délire. Et là, Lee J. Cobb nous livre un numéro formidable.

Il est un pendant magnifique au n° 8, toujours calme mais déterminé. Et leur parcours est similaire dans cette délibération. A un moment, ils se retrouvent seuls contre tous les autres.

Le n° 8 après être tous entrés et avoir comptabilisé les opinions. Mais comme la structure du film est en miroir, à cette dernière opposition désespérée et irrationnelle, va obligatoirement suivre un accord final et tous ressortiront, apaisés, peut être, mais en accord : entre eux, et avec eux-mêmes.

 

Et quand le film se termine, chacun repart dans sa propre vie, oubliant plus ou moins vite les autres, rattrapés qu’ils sont par les contingences de la vie : ils sortent du palais de justice et s’égaillent à tous vent, le dernier échange entre le n° 8 et le n° 9 étant peut-être le plus chargé d’humanité : le temps d’un débat, ils se sont trouvés, ont partagé une même opinion, sans même se connaître nommément. Et c’est quand chacun apprend son nom à l’autre, que quelque chose pourrait naître, qu’ils se séparent, définitivement, mais avec tout de même, le sourire aux lèvres, ce sourire de contentement d’avoir participé à quelque chose de fort, à quelque chose de grand : avoir sauvé la vie d’un être humain.

 

 

          (1) Le dépouillement des bulletins montre différents types d’écriture pouvant caractériser la conviction de chaque juré. On trouve de belles lettres d’un homme appliqué ; des majuscules d’imprimerie qui éclatent comme la conviction de l’un d’eux ; une petite écriture de quelqu’un de timide voire mal à l’aise parmi ces gens importants, ou encore un Y mal formé résultant d’un manque d’éducation ou d’un avis tellement évident qu’il ne prend même pas la peine d’écrire correctement…

 

          (2) Le film est en noir et blanc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin
Charlot à la Plage (By the Sea - Charles Chaplin, 1915)

Sur une plage, un homme arrive (Charles Chaplin), épluche une banane, la mange et jette la peau. Quelques secondes plus tard, il glisse dessus.

Pendant ce temps, des couples se font et se défont.

 

Sorti un peu plus de quinze jours après Le Vagabond, on est un peu déçu si on compare ces deux films. En effet, alors que le premier nous offrait la vraie naissance du personnage du vagabond, avec une histoire cohérente et des gags toujours aussi efficaces, ce film ne repose pas vraiment sur une intrigue sérieuse.

On découvre des personnages grossièrement présentés, dans des situations confuses où finalement, seuls les gags comptent.

 

On retrouve des éléments déjà utilisés (deux hommes qui se battent, le petit homme qui marche sur l’autre…) et on peut y voir aussi des esquisses de gags qui fleuriront dans des futures réalisations : la puce qui saute d’un bras à l’autre, au comptoir d’un marchand de nourriture…

Et puis il y a les chapeaux.

 

Ici, du fait du vent courant en bord de mer, les hommes ont relié leur chapeau à leur main afin d’éviter de les perdre. C’est l’occasion d’une première rencontre explosive entre un homme au chapeau de paille (Billy Armstrong) que sa femme (Margie Reiger) a laissé et notre héros. Ce qui à l’origine n’est qu’un petit incident est monté en épingle et utilisé à fond (comme souvent dans ce genre de gag) et complété par un élément extérieur (ici la bouée de sauvetage) donnant une autre dimension et amenant la bagarre inévitable.

 

Mais comme souvent dans ce genre de situation les deux protagonistes font la paix*. Ils déplacent l’histoire vers un marchand de glaces, où on retrouve un troisième homme (Bud Jamison), lui-même avec sa fiancée (Edna Purviance).

Quelques temps après, tout le monde se retrouve pour un final qui n’en est pas vraiment un, la situation méritant tout de même un prolongement plutôt que cette demi-fin.

 

De la déception donc, quand on regarde le film dans son ensemble, mais n’oublions pas que le premier but est de faire rire, et ça c’est plutôt réussi. Chaque plan, chaque élément, est prétexte à faire rire, jusqu’à la toute dernière seconde.

Mais il manque ce petit quelque chose qui fera la force des grands films de Chaplin : l’émotion, pendant indispensables aux gags futurs.

 

 

* le gag se prolonge jusqu’à l’arrivée d’un policeman (Paddy McGuire) qui fait les frais de cette échauffourée. Et comme le dit Brassens dans Hécatombe : « dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Thorpe
Ivanhoe (Richard Thorpe, 1952)

Avant, quand on parlait de Richard Cœur de Lion, il y avait le Robin des Bois de Michael Curtiz. Mais à partir de 1952, la relève fut assurée par Ivanhoé, autre chevalier fidèle, qui sera même adapté pour la télévision avec l’aristocratique Roger Moore.

Et ici, c’est le très prolifique Richard Thorpe qui nous offre sa version du roman de Walter Scott.


Alors que Robin des Bois (Harold Warrender, qui mourut l’année suivante) organise la résistance au prince John en plein cœur de l’Angleterre, Ivanhoé (le très beau Robert Taylor) parcourt les châteaux d’Europe à la recherche de son souverain retenu dans un château d’Autriche.

Une fois retrouvé, il rentre en Angleterre afin de rassembler l’or nécessaire à la rançon.

Mais l’Angleterre est dirigé par l’infâme Jean (Guy Rolfe), qui e voit pas d’un très bon œil l’idée d’un retour de son frère.

 

Et à la vingt-cinquième minute, elle apparaît : ses cheveux noirs de jais, ses yeux d’améthyste en amande, ses lèvres de rubis, Elizabeth Taylor est une magnifique Rebecca. Comment ne pas succomber à une telle beauté fragile ? Accusée, dans sa robe blanche, elle est l'innocence et parle avec sa force. Oui, elle est magnifique.

Seul Ivanhoé le peut, engagé profondément qu’il l’est avec l’autre belle, lady Rowena (Joan Fontaine).

 

Il y a une parenté avec le film de Curtiz, qu’on le veuille ou non. En effet, on retrouve le même Technicolor flamboyant, où les rouges et les bleus éclatent. Mais Robin change. Tout d’abord, on l’appelle seulement Locksley et c’est Ivanhoé qui a le dessus sur lui : Locksley se range d’ailleurs derrière lui après le tournoi.

Parce qu’il y a un tournoi. Et là, c’est vraiment magnifique : les chevaliers s’engagent, la lance tendue devant eux et fauchent leurs adversaires sans pitié.

Mais ce n’est rien avant l’arrivée du chevalier noir (devinez qui ?) qui s’en vient défier la fine fleur normande.

Un grand moment.

 

L’autre parenté avec Curtiz, c’est le choix de l’interprète de Rowena, la bien-aimée d’Ivanhoé : Joan Fontaine, la sœur de celle qui fut Lady Marianne aux côtés d’Errol Flynn : Olivia de Havilland. On peut difficilement faire mieux question parenté !

Les combats à l’épée sont mémorables aussi, avec en prime le rôle du feu, qui engloutit sans distinction les bons comme les méchants.

Et puisqu’on en est aux méchants, le prince Jean est brillamment interprété : tout en lui respire la malfaisance, de sa diction à son visage de fourbe, les yeux toujours plissés comme n’importe quel traître du cinéma.

 

Et puis il y a le cas Bois-Guilbert (George Sanders). Il est du côté des méchants, c’est un fait. Mais s’il nous montre à plusieurs reprises qu’il n’ »est pas un personnage très recommandable, son attitude change dans les derniers instants. En effet, au contraire d’Ivanhoé, Bois-Guilbert aime Rebecca. Et la rouerie finale de Jean, en le choisissant pour affronter Ivanhoé pour la vie de Rebecca est d’une certaine manière une bonne chose pour lui.

Certes, il ne pourra pas disposer de la jeune femme s’il perd le combat, mais il ne pourra pas plus s’il gagne : elle sera attachée au bûcher pour y être brûlée.

Choix cornélien s’il en est.

 

Quoi qu’il en soit, Thorpe nous propose une belle histoire, dans la lignée du film de Curtiz mais sans toutefois y ajouter l’humour de son prédécesseur qui donne à son film une autre dimension.

Les Chevaliers de Il nous régale ici avec cette histoire de chevaliers comme il le fera un an plus tard avec le même Robert Taylor dans la Table ronde, où, encore une fois, amour et honneur seront au cœur de l’intrigue.

 

Ivanhoe (Richard Thorpe, 1952)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roscoe Arbuckle, #Buster Keaton, #Harold Lloyd, #Douglas Fairbanks, #Rudolph Valentino
Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

Parmi tous les films qui sont sortis en 1927, l’une des plus belles années du point de vue de la production cinématographique, il est un petit film (6 minutes environ) qui aurait pu passer inaperçu s’il n’y avait eu autant de stars à y participer.

 

Tourné en 1925 par Roscoe Arbuckle, le principe en est simple : Carter de Haven, un acteur oublié qui a travaillé avec Chaplin sur Les Temps modernes (entre autres), joue le rôle d’un transformiste.

Installé devant un grand coffre il se maquille et endosse des tenues (avec couvre-chef) pour personnifier des stars du cinéma.

Ce sont alors tour à tour Buster Keaton, Harold Lloyd, Douglas Fairbanks, Roscoe Arbuckle, Rudolph Valentino et Jackie Coogan (11 ans au moment du tournage) qui se produisent sous les yeux (ébahis ?) d’un public virtuel (finalement ce sont les spectateurs du cinéma qui endossent ce rôle).

 

En 1921, Douglas Fairbanks avait déjà interprété ce rôle de faux transformiste dans le film The Nut) avec le même résultat un tantinet absurde.

Mais quand Arbuckle en fait une nouvelle version, l’exploitation sera beaucoup plus difficile du fait des retombées de l’affaire le concernant (1921) qui le poursuivra jusqu’à sa mort (1933).

Mais si The Nut révélait les ficelles de la supercherie (le paravent tombait et on apercevait tous les protagonistes), ici, aucune révélation, mais un montage très précis qui amène finalement le sourire (et plus) aux spectateurs.


Si Keaton reste impassible (on s’en serait douté) et ne fait que se montrer, Lloyd, Fairbanks et Arbuckle nous livrent un petit échantillon de leur rôle passé :

  • Arbuckle récupère sa poêle à frire avec laquelle il fait sauter un morceau de viande ;
  • Fairbanks, en Robin des bois (1922), saute pardessus le coffre pour se présenter au public ;
  • Lloyd exécute les pas qui accompagnent chaque réalisation de son personnage dans The Freshman*.

Même si le procédé n’est pas nouveau, ce film est une véritable perle parmi les grandes productions de cette année faste (1927). Mais c’était aussi l’occasion de retrouver Valentino, dans son dernier rôle officiel, et à titre posthume (il est mort le 23 août 1926).

 

 

* Cette intervention devrait faire taire ceux qui considèrent que le film fut antérieur à la date proposée (on annonce même 1921). En effet, si le film fut tourné avant, comment expliquer les pas de Lloyd…

Character Studies (Roscoe Arbuckle, 1927)

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