Même lieu, même histoire que pour le film de Cavalcanti.
Mais cette fois-ci, c’est parlant.
Et c’est peut-être là qu’est le problème.
En effet, non seulement le film est parlant, mais il est en plus (très) musical, la présence de Vina Bovy, cantatrice « de l’Opéra », en étant la raison*.
On retrouve, dans l’ensemble, les mêmes ressorts de l’intrigue, mais la magie du film précédent n’y est pas.
Si Abel Gance était un très grand réalisateur – Napoléon étant l’un des tout meilleurs films au monde – son capitaine Fracasse est tout de même moins enlevé.
C’est très beau. Les prises de vue sont pertinentes et magnifiques, mais ça ne prend pas.
On s’ennuie. Enfin, je me suis ennuyé.
Il y a de l’emphase et de la lourdeur qui ne sied pas à un tel thème. Certes, le roman de Théophile Gautier est épais, mais il n’était pas nécessaire de contaminer le film de cette épaisseur. Même les scènes d’action – en particulier les duels à l’épée – n’ont pas le rythme ni le bondissant des films du genre.
Il manque le souffle du film de Cavalcanti, malgré un premier duel entre Sigognac (Fernand Gravey) et Vallombreuse (Jean Weber) qui se déroule dans un cimetière est plutôt inspiré.
En effet, Gance mêle à l’intrigue de la pièce jouée par la troupe du Matamore (Sigognac) avec le duel qui se déroule en même temps plus loin. On a alors droit à une série d’alexandrins (un des exercices très prisés de Gance) et une unité temporelle, sinon locale, de l’action jouée.
Les alexandrins sont en outre déclamés sans trop de grandiloquence.
Ah, si le reste avait pu être identique…
L’intrigue – librement adaptée du roman – se resserre autour de Sigognac. Exit les frasque d’Agostin (Lucien Nat) et Chiquita (Jaqueline Florence), qui ne sont ici que des adjuvants, délaissant leur mauvais côté définitivement.
Par contre, le pendentif, seulement évoqué dans le film précédent, prend toute sa signification, devenant le véritable objet du destin des personnages (comme ce sera le cas dans le film de Gaspard-Huit en 1961).
A propos de la distribution, si Gravey nous gratifie d’un Sigognac honorable, il est par contre un magnifique Matamore, plus vrai que son prédécesseur dans le film (Paul Œttly) comme dans celui de Cavalcanti : normal, Matamore est avant tout un personnage parlant qui se vante d’exploits tout aussi grandioses qu’imaginaires.
Quant à Isabelle (Assia Noris) – l’ingénue – elle est malheureusement trop mûre. En effet, Melle Noris avait déjà 30 ans quand le film a été tourné, un âge beaucoup trop élevé pour un tel rôle.
Dame Léonarde, la duègne est quant à elle une belle réussite : on retrouve avec plaisir Alice Tissot (qui fit ses classes auprès du grand Louis Feuillade) : vénérable et intrigante, elle arbore en outre un fin duvet brun peu féminin mais tellement pittoresque, voire réaliste.
Parce que si Gance s’englue un peu dans l’intrigue, il est tout de même très scrupuleux quant au réalisme de l’histoire. Parce que Gance est très précis dans son film. Le sort des comédiens est très bien rendu (excommuniés, enterrés à même la terre…) dans ce contexte historique marqué par la présence de l’arrêté anti-duel prononcé par le Cardinal de Richelieu et bien connu des amateurs d’Alexandre Dumas.
La première partie du film, dans le château de Sigognac est aussi très bien rendue, les ruines plus ou moins apparentes chez Cavalcanti sont ici « réelles » et on comprend encore mieux le choix de Sigognac de fuir un tel logis.
Mais cette recherche de l’authentique se fait sentir dans le traitement de l’intrigue à proprement parler comme je l’ai déjà écrit plus haut.
Un film mitigé, pour une époque qui l’était tout autant, et la faim que pouvaient ressentir les protagonistes au début était aussi une réalité pour les spectateurs de l’époque…
P.S. : on pourra remarquer un jeune acteur, dont c’est le deuxième film, qui interprète l’ami de Vallombreuse, M. Vidalenc : Jacques François.
* Oui, La Bovy a une très belle voix. Mais malheureusement pour elle, sa technique vocale est passée de mode et nous fait plus penser à la Castafiore qu’à une beauté sur le retour.
Elle chante très bien, certes, mais à la longue, c’est un tantinet lassant.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)










