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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Abel Gance
Le Capitaine Fracasse (Abel Gance, 1943)Cape

Même lieu, même histoire que pour le film de Cavalcanti.

Mais cette fois-ci, c’est parlant.

Et c’est peut-être là qu’est le problème.

En effet, non seulement le film est parlant, mais il est en plus (très) musical, la présence de Vina Bovy, cantatrice « de l’Opéra », en étant la raison*.

 

On retrouve, dans l’ensemble, les mêmes ressorts de l’intrigue, mais la magie du film précédent n’y est pas.
Si Abel Gance était un très grand réalisateur – Napoléon étant l’un des tout meilleurs films au monde – son capitaine Fracasse est tout de même moins enlevé.

C’est très beau. Les prises de vue sont pertinentes et magnifiques, mais ça ne prend pas.

On s’ennuie. Enfin, je me suis ennuyé.

 

Il y a de l’emphase et de la lourdeur qui ne sied pas à un tel thème. Certes, le roman de Théophile Gautier est épais, mais il n’était pas nécessaire de contaminer le film de cette épaisseur. Même les scènes d’action – en particulier les duels à l’épée – n’ont pas le rythme ni le bondissant des films du genre.

 

Il manque le souffle du film de Cavalcanti, malgré un premier duel entre Sigognac (Fernand Gravey) et Vallombreuse (Jean Weber) qui se déroule dans un cimetière est plutôt inspiré.
En effet, Gance mêle à l’intrigue de la pièce jouée par la troupe du Matamore (Sigognac) avec le duel qui se déroule en même temps plus loin. On a alors droit à une série d’alexandrins (un des exercices très prisés de Gance) et une unité temporelle, sinon locale, de l’action jouée.

Les alexandrins sont en outre déclamés sans trop de grandiloquence.

Ah, si le reste avait pu être identique…

 

L’intrigue – librement adaptée du roman – se resserre autour de Sigognac. Exit les frasque d’Agostin (Lucien Nat) et Chiquita (Jaqueline Florence), qui ne sont ici que des adjuvants, délaissant leur mauvais côté définitivement.
Par contre, le pendentif, seulement évoqué dans le film précédent, prend toute sa signification, devenant le véritable objet du destin des personnages (comme ce sera le cas dans le film de Gaspard-Huit en 1961).

 

A propos de la distribution, si Gravey nous gratifie d’un Sigognac honorable, il est par contre un magnifique Matamore, plus vrai que son prédécesseur dans le film (Paul Œttly) comme dans celui de Cavalcanti : normal, Matamore est avant tout un personnage parlant qui se vante d’exploits tout aussi grandioses qu’imaginaires.

Quant à Isabelle (Assia Noris) – l’ingénue – elle est malheureusement trop mûre. En effet, Melle Noris avait déjà 30 ans quand le film a été tourné, un âge beaucoup trop élevé pour un tel rôle.

Dame Léonarde, la duègne est quant à elle une belle réussite : on retrouve avec plaisir Alice Tissot (qui fit ses classes auprès du grand Louis Feuillade) : vénérable et intrigante, elle arbore en outre un fin duvet brun peu féminin mais tellement pittoresque, voire réaliste.

 

Parce que si Gance s’englue un peu dans l’intrigue, il est tout de même très scrupuleux quant au réalisme de l’histoire. Parce que Gance est très précis dans son film. Le sort des comédiens est très bien rendu (excommuniés, enterrés à même la terre…) dans ce contexte historique marqué par la présence de l’arrêté anti-duel prononcé par le Cardinal de Richelieu et bien connu des amateurs d’Alexandre Dumas.
La première partie du film, dans le château de Sigognac est aussi très bien rendue, les ruines plus ou moins apparentes chez Cavalcanti sont ici « réelles » et on comprend encore mieux le choix de Sigognac de fuir un tel logis.

Mais cette recherche de l’authentique se fait sentir dans le traitement de l’intrigue à proprement parler comme je l’ai déjà écrit plus haut.

 

Un film mitigé, pour une époque qui l’était tout autant, et la faim que pouvaient ressentir les protagonistes au début était aussi une réalité pour les spectateurs de l’époque…

 

P.S. : on pourra remarquer un jeune acteur, dont c’est le deuxième film, qui interprète l’ami de Vallombreuse, M. Vidalenc : Jacques François.

 

* Oui, La Bovy a une très belle voix. Mais malheureusement pour elle, sa technique vocale est passée de mode et nous fait plus penser à la Castafiore qu’à une beauté sur le retour.

Elle chante très bien, certes, mais à la longue, c’est un tantinet lassant.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Alberto Cavalcanti
Le Capitaine Fracasse (Alberto Cavalcanti, 1929)

Le château de Sigognac, en ruines, au temps de Louis XIII.

Le baron de Sigognac (Pierre Blanchar) est un noble seul, désargenté, désillusionné.

Passe une troupe de comédiens dont Isabelle (Lien Deyers) l’ingénue, ne le laisse pas indifférent.

Il va suivre cette troupe en espérant retrouver sa fortune passée.

 

Avec la fin du muet, ce sont de magnifiques films qui clôturent cet âge d’or du cinéma.

1927 a apporté son (gros) lot de chefs-d’œuvre. Mais le cinéma muet n’est pas encore mort. Ses derniers soubresauts vont encore perdurer jusqu’en 1931, quand Chaplin sortira le dernier véritable film muet de cette période : Les Lumières de la ville.

 

Alberto Cavalcanti est un réalisateur malheureusement oublié qui tourna pourtant pendant plus de 40 ans, passant du muet au parlant sans problème, et tournant son dernier film en 1971.
Ici, il adapte le roman de Théophile Gautier, pour la première fois dans un long format.

Et ce qui frappe de prime abord dans ce film, c’est la maîtrise de la caméra. Tout au long du film, la caméra maniée par Georges Benoît ou/et Paul Portier est au cœur de l’intrigue. Il y a une variété de plans différents pendant les 92 minutes que dure le film qui nous laissent sidérés : travellings (avant, arrière, latéral), panoramiques, caméra subjective (1), champ, contrechamp… C’est un festival.
Il y a une utilisation optimale des techniques tout le long du film, avec en plus un montage dynamique, rythmé et riche : fondu enchaîné, montage parallèle…

On ne sait plus où donner de la tête devant un tel degré de virtuosité.

 

Certes on a pris des libertés avec le roman de Gautier, mais qu’importe, nous avons ici un Fracasse plutôt fracassant (2) ! Et Pierre Blanchar est un Sigognac arborant une figure mélancolique comme on le verra faire souvent dans la décennie suivante, mais tout de même joyeux de sa bonne fortune et des son amour pour la belle Isabelle.


En plus d’un très beau film,

Nous trouvons quelques personnalités qui s’épanouiront dans cette même décennie suivante.

En face de Pierre Blanchar, Charles Boyer – qui est déjà un séducteur redoutable même s’il est éconduit – campe un Vallombreuse haïssable à souhait pour les spectateurs de 1929, roué en diable et bretteur habile.

Dans un rôle de duègne théâtrale – déjà du sur-mesure ? – on peut admirer Marguerite Moreno, qui n’est pas encore la Thénardier de Raymond Bernard, mais déjà une matrone bien en chair. Mais son physique ne lui permet que de jouer les entremetteuses…

Enfin, si on regarde bien, on peut que l’un des sbires de Vallombreuse ressemble à s’y méprendre à Marcel « Mazamette » Lévesque, homme de main de Vallombreuse, dans une très courte apparition dans le combat final. Mais je peux me tromper (3).

 

Je ne dirai assez que cette première longue version de Fracasse est sinon la meilleure, du moins une des plus belles. Et surtout un immense plaisir les cinéphiles de tout crin, tant le film est magnifiquement maîtrisé. Il ne lui restait plus qu’à maîtriser cette nouvelle technique qui allait déferler des Etats-Unis : le parlant. Ce sera chose faite l’année suivante avec Le petit Chaperon rouge.

 

Aujourd’hui, il est temps de redécouvrir ce grand cinéaste.

 

 

(1) Sigognac regarde autour de la table ses convives manger, alors que la caméra nous les fait défiler en même temps que son regard

 

(2) Je sais, elle était facile.

 

(3) Il existe un trou dans la filmographie de Marcel Lévesque entre 1927 et 1931. Toutes les conjonctures sont donc possibles.

 

Le Capitaine Fracasse (Alberto Cavalcanti, 1929)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Pacha (Georges Lautner, 1968)

Jean Gabin.

Michel Audiard.

Georges Lautner.

Le trio gagnant.

 

En 1968, avant les événements de mai, ces trois-là nous proposent un énième film policier. La gouaille de l’un, les dialogues de l’autre et la mise en scène claire du dernier et c’est dans la boîte.

En plus, les copains (comprenez : les seconds rôles habituels) sont là :

- André Pousse, tout d’abord, qui avait troqué son vélo pour la vie nocturne parisienne avant de se recycler (c’est le cas de le dire) dans le cinéma ;

- Dominique Zardi et son compère Henri Attal, inséparables seconds couteaux (voire troisièmes)

- Sans oublier l’éternel Robert Dalban et son gros pif.

Du côté féminin, c’est plutôt léger : mais si l’actrice se fait rare, ce n’est pas la première venue : Dany Carrel (qui fêtera ses 86 ans cette année) puisque ça fait déjà 15 ans qu’elle fait du cinéma.

 

Mais alors que tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment et rigoler un bon coup, Lautner et son équipe nous proposent un film d’une noirceur peu habituelle chez ce dernier.

Certes, les bons mots sont toujours là (1), mais le ton est froid, terrible, implacable.
Et tout le monde est dans ce ton. Pas de surjeu : Gabin est sobre ; André Pousse est glaçant.

 

Il s’agit d’un véritable film noir. Et violent.

Quinquin (André Pousse) est un tueur terrible, sans aucun scrupule. On est bien loin de Fred l’Elégant dans Les Enfants du Bon Dieu qui sortira six mois plus tard.

Ca flingue à tout va, au pistolet, bien sûr mais aussi à la mitraillette et au bazooka. Bref, Lautner a sorti l’artillerie lourde.

 

Mais il n’y a que l’artillerie qui est lourde. Pour le reste, c’est un film très épuré qui nous est offert. Peu de mots, des décors froids et déserts, voire mortuaires ou mortifères. La nature repose sous une couverture blanche, pendant que Quinquin abat ses complices les uns après les autres. Tout est mort.

Le final se fait dans un lieu mortifère lui aussi : une usine abandonnée, silencieuse et qui ne résonnera que des coups de feu.

Aucune chaleur. Tout est froid. Même l’amitié qui lie Joss (Gabin) et Gouvion (Dalban) est froide. Il n’y a plus d’affection entre eux. Que de l’habitude. « Mais, qu'est-ce que tu veux, c'était mon pote ! » déclare Joss à propos de Gouvion  qui vient de mourir. Et si vengeance il y a, ce n’est pas par désespoir. Non, c’est encore par habitude. Avoir buté son vieux pote est une chose qui ne se fait pas, même si c’était un fabuleux emmerdeur.

 

Et puis il y a la musique. Elle est signée Serge Gainsbourg (2), qui fait une apparition, chantant Requiem pour un Con, associé d’entrée de jeu à la mort de Gouvion. Et cette musique faite pour beaucoup de percussion et d’un peu de guitare est absolument dans le ton du film : épurée et froide.

 

 

(1) « Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Gabin)

 

« Oh, tu sais, quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. » (Gabin)

 

« Albert, crois moi ! Comme copain d'enfance, c'était pas le grand Meaulnes, fallait se le faire. Il n'a jamais arrêté de m'emmerder. Il a pris son élan à la communale […]  » (Gabin)

 

(2) Rencontre au sommet entre Gabin et Gainsbourg au studio d’enregistrement, deux légendes de deux mondes différents : deux regards qui se croisent, deux hommes qui se jaugent. Une parenthèse qui s’ouvre et se ferme presque immédiatement : quelques secondes de flottement…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd
Vive le Sport ! (The Freshman - Fred C. Newmeyer, Sam Taylor - 1925)

Harold Lamb (Harold Lloyd) veut aller à l’université.

Il faut dire que le héros de son film préféré y fait ses débuts, et Harold ne rêve que de l’imiter voire d’en être la nouvelle mascotte.
Et pour ce qui est d’être une mascotte, c’est très bien réussi. Mais pas vraiment comme il l’attendait : il est la risée des étudiants, sans même s’en rendre compte.

Plus dure sera la chute.

 

Deux ans avant Keaton, Lloyd emmène son personnage dans une grande école : l’université.

Et toujours avant lui, c’est par le sport qu’il compte briller. Mais si Buster veut épater une jeune femme, Harold, lui ne veut rien moins que séduire l’université entière.

On retrouve alors le jeune homme naïf qui nous fait toujours autant rire. Parce que son comique, supposé naïf, demande une plus grande attention afin de déclencher les rires du publiques : faire rire tout en faisant semblant de ne pas faire exprès de faire rire, l’une des formes de comiques les plus répandues au temps du muet, du fait de l’absence de paroles entendues.

 

Et c’est un véritable festival, accentué par le décalage entre ce qu’il pense et ce qu’il se passe réellement. Mais plus le film avance et plus le décalage se fait, jusqu’au moment inévitable de la retombée sur terre.

Mais cette désillusion est atténuée par l’amour qui naît entre Peggy (Jobyna Ralston),  la réceptionniste de l’hôtel, et lui. C’est d’ailleurs dès la deuxième séquence qu’on sait, en tant que spectateurs que ces deux-là finiront ensemble. Leur rencontre, base d’un quiproquo, se révèle être une très belle scène d’amour de cinéma.

Il faut dire que le tandem Lloyd-Ralston est très efficace. C’est déjà leur troisième film ensemble (le quatrième si on compte Et puis ça va où la belle Jobyna ne fait qu’une apparition), et il y en aura deux autres dont le superbe Kid Brother.

Le duo fonctionne admirablement, Peggy donnant des ailes au jeune candide afin qu’il se révèle tel qu’il est.

 

Le film fonctionne admirablement : Fred C. Newmeyer et Sam Taylor – encore eux – sont aux commandes et la mécanique est bien huilée.

C’est une succession de situations toutes plus drôles les unes que les autres, étirant, comme d’habitude, un gag jusqu’au bout : le bal où le complet d’Harold part en lambeau est magnifique de trouvailles pour ne pas montrer (aux autres) l’état de plus en plus lamentable de sa tenue de soirée.

 

Quant au sport dont parle le titre français*, c’est, bien entendu, le football (américain). On assiste alors à un match – toujours improbable, et c’est aussi pour ça que le comique fonctionne – où le blanc-bec* va se révéler : malgré lui dans un premier temps, puis volontairement avec en prime le gag du cordon du ballon.

Il s’agit de l’un des plus beaux matches de football du Cinéma (décidément, que de grandeur dans ce film), avec bien sûr celui de M*A*S*H*, 45 ans plus tard…

 

Un film qu’il est urgent de (re)découvrir !

 

 

* Le titre original – The Freshman – signifie le blanc-bec ou le bleu, le nouveau. Bref, cela n’a rien à voir directement avec le sport. De plus, si c’est le sport qui va le révéler aux autres, c’est avant tout parce que le reste n’a pas fonctionné et que c’était la dernière possibilité.

Décidément, les traducteurs de cinéma et moi ne sommes pas souvent d’accord…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Wes Ball
Le Labyrinthe : Remède mortel (The maze Runner: The death Cure - Wes Ball, 2018)

Et ce fut la fin.

Thomas (Dylan O’Brien) et ses acolytes arrivent dans la dernière ligne droite.
Ils ont été trahis par la belle Teresa (Kaya Scodelario) qui croit en un vaccin qui sauverait l’humanité.

Mais comme WCKD (« ouiquède iz goude ») est toujours à la recherche de Thomas (pour l’exploiter ou le tuer, ça dépend des points de vue), ce troisième opus prévoyait de grands rebondissements.


Et on n’est absolument pas déçu.  Ca explose de partout, ça flingue à tout va… Bref, c’est un magnifique final.

Mais on garde toujours en tête les enjeux médicaux et surtout sociaux.

Car si Teresa est convaincue qu’il faut trouver un vaccin pour guérir la terrible maladie, il n’en va pas de même du chef de la sécurité Janson (Aidan « Littlefinger » Gillen), sur les épaules de qui repose l’incontournable rôle du méchant.

Et de ce côté-là non plus, on n’est pas déçu. Il est répugnant à souhait et beaucoup de gens, dans la salle comme sur l’écran, souhaitent sa disparition prématurée.

Mais vous savez bien qu’il doit survivre le plus longtemps possible. Et là encore, c’est le cas.

Car en plus d’être un sadique, il a des visions eugénistes fort condamnables. Le tout, comme le disaient les nazis, pour le bonheur de l’humanité. Enfin celle qui aura été sélectionnée.

 

Pour le reste, peu de surprises. Sans toutefois respecter le roman, Wes Ball (& C°) a plus ou moins respecté la fin, mais comme je le disais à certains spectateurs à la sortie de la séance : « vous êtes ici au cinéma. Vous n’êtes pas venu lire un livre. »

Et au bout du compte, si le film n’est pas aussi « génial » que l’annonçait Wes Ball à propos de la trilogie, il se laisse regarder avec un certain plaisir.

Et si le Labyrinthe du titre français n’est plus d’actualité, on peut tout de même en apercevoir un écho chez la docteure Page (Patricia Clarkson).

 

Il y a tout de même un petit plus dans la série du Labyrinthe que ne possèdent pas les deux autres séries phares assez similaires (Hunger Games et Divergente), c’est l’aspect bricoleur.

En effet, dans les deux autres saga, les effets spéciaux et décors sont magnifiques voire époustouflants, ce qui n’est pas le cas du Labyrinthe.

En effet, les décors sont du même type (futuristes voire post apocalyptiques), mais dans Labyrinthe, on retrouve un côté normal aux effets spéciaux. Il est clair que le coût de la production est moindre ce qui explique certains éléments plus ou moins bricolés. Et c’est ce bricolage qui nous ramène au cinéma. Bien sûr, le numérique est très utilisé dans les effets spéciaux. Mais l’intérêt ici est que l’on a recours à des effets moins chers mais tout aussi efficaces (cf. l’utilisation de lumière clignotante pour simuler un grand désordre dont finalement on ne voit que très peu de chose).

Ca, c’est du cinéma…

 

Un petit bémol quand même sur la vraisemblance tout d’abord. Oui, on est au cinéma et tout est possible. N’empêche que… Certaines séquences sont à la limite du crédible (voire ne le sont pas du tout). Quant aux transitions, elles ont parfois tendance à être un peu trop abruptes, sinon incroyables, dans le sens premier du terme.

 

Reste une saga plaisante, qui arrive à jongler avec d’un côté un thème sérieux – qui doit survivre ? Doit-on sacrifier des gens pour en faire survivre d’autres ? – et del'autre un zeste d’humour plutôt bienvenu.
Et puis Aidan Gillen est vraiment un magnifique méchant, certes moins retors que Lord Baelish, mais tout aussi intéressant.

 

PS : j’ai failli oublier la Rédemption, indispensable à ce genre de film américain. C’est Teresa qui va la trouver, calmement, avec le sentiment du devoir accompli.

Tout est (presque) bien qui finit (presque) bien.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science Fiction, #Robert Schwentke
Divergente 2 : L'Insurrection (Insurgent - Robert Schwentke, 2015)

On reprend les mêmes – ceux qui ont survécu au premier épisode – et on recommence.

Ou plutôt on continue.

Nous sommes toujours dans un autre meilleur des mondes où on trouve ici aussi cinq groupes sociaux qui cohabitent en harmonie. Enfin, un peu moins depuis la dernière fois, et ce n’est pas fini.

Cette fois-ci, par contre, on laisse de côté les rappels nazis du film précédent.

Sans toutefois éliminer l’espèce de despote-dictatrice implacable : Jeanine Matthews (Kate Winslet, toujours aussi magnifique).

Mais on ajoute un nouvel élément : la responsabilité.

Tris (Shailene Woodley), en voyant ces proches disparaître (violemment) les uns après les autres n’est-elle pas la responsable de tout ce massacre ?

Bien sûr, l’intrigue répond à cette question, donc je ne vous le dirai pas.

 

D’une certaine façon, cette intrigue rappelle celle du Labyrinthe : en effet, nous nous retrouvons à la fin de ce film comme à la fin du premier opus de l’autre : la vérité est ailleurs. Et tout comme Labyrinthe se donne deux parties supplémentaires pour conclure, ici, on attend la sortie du quatrième.

Donc, je reviendrai sur cette série…

 

Robert Schwentke a remplacé Neil Burger sans que cela affecte trop l’intrigue et la façon de la traiter, même si on peut y trouver une baisse d’intérêt.
Quoi qu’il en soit, les (jeunes) protagonistes sont convaincants, surtout la belle Tris aux cheveux courts, même si ma préférée reste Jeanine. Que voulez-vous, je suis tombé amoureux d’elle dans Eternal Sunshine of the spotless minds et même un petit peu avant dans Titanic

 

Ce qui ne change absolument pas, ce sont les merveilleux décors post-apocalyptiques – cette fois-ci, c’est Alan Hook, entre autres, qui reprend le travail de Patrick M. Sullivan Jr. (entre autres lui aussi). Mais avec en plus un déluge d’effets spéciaux quand Tris doit passer « l’épreuve », qui emmène le spectateur dans les mêmes égarements qu’elle. Vraiment bien fait. Mais malgré cela, il manque quelque chose par rapport au film précédent. Peut-être est-ce la nouveauté du concept et une fin prévisible…

 

Encore une fois, dans ce genre de film, il n’est fait aucunement référence à une quelconque religion – ce qui n’est pas plus mal, ça évite de tout mélanger. Mais rassurons-nous, la sacro-sainte « Rédemption » ne fait toujours pas défaut : normal, c’est un film américain.

Car c’est de cette rédemption – la réponse aux questions de Tris ? – que vient la résolution intermédiaire, en attendant le troisième volet.

 

Mais si une seule poignée de personnes étaient livrées à elles-mêmes à la fin du film précédent, ici, c’est l’intégralité de la population de la ville qui se retrouve complètement seule. Ensemble sur le même bateau certes, mais avec plus personne pour les guider : la dictature (je ne trouve pas d’autre mot) de Jeanine ayant pris un coup dans l’aile…

 

Mais une question subsiste tout de même : si on se débarrassait de Jeanine, qui reprendrait le flambeau et assumerait le rôle du méchant (plus ou moins absolu) indispensable à toute bonne intrigue ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer
Et puis ça va (Dr. Jack - Fred C. Newmeyer, 1922)

Le docteur Jack (Harold Lloyd) du titre original en est un autre (d’original) : plutôt que de traiter ses patients avec des prescriptions longues comme le bras, il contribue à les rendre heureux. Et ça marche. Sauf pour ses finances.

Et un jour, il rencontre une pauvre petite fille souffreteuse (Mildred Davis) qu’une espèce de charlatan au nom germanisant, le docteur Ludwig von Saulsbourg (Eric Mayne), gave de médicaments et de soins, approuvé par le père même de cette jeune femme (John T. Prince).

Mais ce dont elle a surtout besoin, c’est de l’excitation de la vie…

Le Dr. Jack a trouvé un remède…

 

On retrouve le couple Lloyd-Davis, un an avant leur mariage. Et encore une fois, ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre. Mais de quelle façon !

Rapidement, on prend la mesure du Dr. Jack et de ses traitements miracles, une occasion de s’amuser de ces faux malades qui recouvrent immédiatement la santé parce qu’il faut une chose qu’ils aiment. C’est aussi l’occasion de voir les jeunes Jackie Condon ainsi que Mickey Daniels et ses taches de rousseur caractéristiques (et son père Richard) qui participent à la même période à la série Our Gang de Hal Roach (qui est ici un des scénaristes). Bref, nous sommes en famille, et certains plus que d’autres ou vont l’être très bientôt.

 

Alors que Jack et la jeune femme ne se connaissent pas, on remarque tout de suite une complicité entre eux dès leur rencontre. Si Lloyd est souvent timide et maladroit dans son attitude en présence d’une jolie femme, il en va tout autrement ici. Est-ce le fait d’être un docteur reconnu dans son village ? Toujours est-il qu’il joue au maladroit, au détriment, à chaque fois, du docteur von Saulsbourg. Ce dernier est celui qu’on peut identifier comme le méchant de l’histoire. Même si ce terme est un peu fort pour un homme qui est avant tout un charlatan, singeant des pratiques qui ont cours en Europe plutôt centrale. Son patronyme rappelant la ville de Salzbourg (Autriche) et son apparence, une belle barbe bien taillée, rappelant sans conteste un praticien viennois amateur de cigares (vous voyez de qui je veux parler)…

 

La plus grande partie du comique du film tire partie de cette opposition entre deux pratiques de la médecine assez opposées. Et la grande habileté des scénaristes (Sam Taylor et Jean Havez en plus de Roach) est d’inverser les rôles des deux médecins.

Je m’explique.

Alors que von Saulsbourg ressemble à une caricature de Freud, il est un médecin qui soigne essentiellement le corps. De fort mauvaise façon, d’ailleurs, à grands coups de médicaments, potions et autres comprimés, poudres (etc.) : une véritable pharmacie ambulante...

Jack, pour sa part, va soigner avant tout l’esprit de ses patients : il détourne leur attention, leur faisant alors oublier les symptômes douloureux dont ils se plaignaient.

Paradoxal, non ?

 

L’autre élément comique vient du fou meurtrier évadé, que Jack va simuler afin de soigner sa nouvelle et belle jeune patiente. Une perruque noire, de fausses dents de vampire et une grande cape suffiront. Accoutré ainsi, semant la peur autour de lui, il n’est pas sans rappeler un autre monstre (terme on ne peut plus adapté…) : John Barrymore dans Dr. Jekyll & Mr Hyde.

 

PS : encore une fois, le titre français est inutilement compliqué. Il n’était nul besoin de faire une phrase plus ou moins accrocheuse, la présence seule de Lloyd assurait le succès du film.

Tant pis.

 

PPS : bien que non crédité, Sam Taylor participa aussi à la réalisation

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin
Le Vagabond (The Tramp - Charles Chaplin, 1915)

Ca y est.

Il est là.

Le Vagabond (il donne d’ailleurs son nom au film).

Le vrai.

Celui qu’on va suivre pendant une vingtaine d’années (jusqu’à 1936 avec les Temps modernes).

 

Il vient de nulle part (il y retournera d’ailleurs). Il ressemble aux autres personnages antérieurs, mais il a quelque chose de plus (ou de moins, ça dépend du point de vue). Cette chose : c’est la solitude. Malgré la présence de la jeune femme (Edna Purviance* toujours belle), il reste désespérément seul.

 

Pourtant, ça partait bien : il sauvait la jeune femme des méchants bandits (Lloyd Bacon, Leo White & Bud Jamison, toujours fidèles au poste !) et se fait bien voir du père de celle-ci (Ernest van Pelt). Mais avec le Vagabond, Chaplin introduit une constante très importante et qui caractérisera tous ses films suivants (sauf un) : une fin malheureuse ou au mieux une fin pas si heureuse que ça. D’une certaine façon, il reprend un schéma de tragédie où l’intrigue amène une possibilité d’issue heureuse, mais qui sera balayée dans la dernière partie pour laisser place une fatalité funeste.

 

Mais, et c’est le plus curieux (et donc le plus intéressant), le film est avant tout un festival de gags. A chaque situation, Chaplin va exploiter chaque objet jusqu’au bout, amenant alors un autre objet qui sera lui-même utilisé au maximum (etc.).

La fourche est la plus utilisée. On a beau s’attendre à ce qui va se passer (il va piquer son partenaire, c’est sûr), mais il arrive tout de même à nous surprendre, utilisant chaque extrémité de l’outil pour notre plus grande joie.

 

Certes, c’est toujours du comique slapstick avec les coups de pied au derrière, mais ça fait (et fera) toujours rire. Même quand il passera à du comique plus subtile, le burlesque fera           quand même des incursions, parce que c’est aussi une des caractéristiques du vagabond.

L’autre caractéristique (moralement) discutable est son honnêteté : en effet, son premier réflexe, après avoir sauvé la jeune femme de ses voleurs, est de s’emparer à son tour de sa (maigre) fortune.

Mais, et il en ira toujours de même par rapport aux femmes : il n’arrivera jamais à les voler, quelle que soit l’état désespéré de sa propre situation. Il suffit juste qu’elle soit jolie pour qu’il se laisse attendrir.

 

Et au final, une conclusion très triste. Plus que dans Le Cirque où le vagabond choisissait de finir seul.

Ce vagabond qui repart seul est malgré tout grand : son départ est l’un des plus tristes et des plus dignes. Le vagabond ne fait pas que partir : il s’efface devant la situation.

Et j’imagine aisément la réaction du public devant cette fin malheureuse : un « ooooh ! » de désespoir devant une histoire qu’il aurait aimé voir se terminer différemment.

 

 

* Le baiser attendu, entre elle et lui, n’a toujours pas lieu, et pour cause…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tony Scott
Ennemi d'Etat (Enemy of the State - Tony Scott, 1998)

Un représentant du congrès (Jason Robards, dans son avant-dernier film au cinéma) est assassiné. Sur ordre de Reynolds (Jon Voight), de la NSA. Pas de témoin. Ou plutôt si : une caméra a tout filmé.

Reynolds doit donc retrouver le film.
Tant pis si la vie de l’avocat Robert C. Dean (Will Smith) doit exploser.

 

Vingt ans après, le film de Tony Scott est toujours d’actualité (et ce n’est pas près de changer). Le fond de l’intrigue, c’est bel et bien le rapport entre la     Sûreté et la vie privée.

Ici, nous suivons deux points de vue, deux camps.

 

Le premier camp est celui du Renseignement (notez la majuscule) : jusqu’où peut aller la surveillance quand la sûreté d’un état est en jeu ? Partout répondent les tenants de ce camp.

L’autre camp, c’est celui du citoyen lambda, celui qui est au mauvais endroit au mauvais moment. Et Dean est ce citoyen. Il a beau être averti par sa femme (Regina King), il ne voit pas le problème que pose la surveillance à grande échelle.

 

Et au milieu de ces deux parties, on trouve celui qui les connaît bien : Brill (Gene Hackman).

Brill est au courant de tout : il est un ancien de la NSA. Mais il connaît aussi très bien l’autre camp, puisque pendant près de vingt ans, il a déjoué toutes les surveillances.

Et avoir finalement choisi Gene Hackman pour jouer Brill est une très bonne idée : on pense à Conversation secrète dans lequel il interprète Harry Caul, un de ces plombiers du renseignement, n’hésitant pas à fouler la liberté individuelle pour récolter des informations.

Brill pourrait tout à fait être Harry Caul, vivant sous une nouvelle identité (ce n’a jamais été un problème pour lui…)

 

Quoi qu’il en soit, ici, Tony Scott nous propose un de ces blockbusters haletant de bonne facture. En effet, s’il n’était pas un réalisateur régulier, il faut lui reconnaître ici une bonne maîtrise du sujet.

On assiste à une chasse à l’homme moderne. Pas de jungle, pas de Comte Zaroff, mais bel et bien une proie qui n’a jamais demandé à le devenir. Et Will Smith (toujours très athlétique) est un candide tout trouvé. Mais cette candeur va progressivement disparaître pour laisser la place à des doutes, voire à un revirement. Nous sommes dans un schéma narratif très codé : c’est conte. Mais il n’y a pas de fée. Même pas de sorcière. Par contre, il y a toutes les composantes :

- Le héros : c’est Dean qui a une vie normale jusqu’au moment de déséquilibre (le film qui lui est remis à son insu et que la NSA veut récupérer) ;

- L’opposant : c’est Reynolds et toute son équipe de techniciens et gros bras, essayant à chaque occasion de l’éliminer ;

- L’adjuvant : c’est celui qui vient l’aider, Brill, et qui le guide vers la résolution de sa quête ;

- La quête : récupérer sa vie d’avant et rétablir la justice ;

- Les épreuves : de différentes sortes, tout d’abord contre Dean puis à un moment en sa faveur ;

- La résolution : le film se termine bien, je vous laisse voir comment.

- La transfiguration : Dean n’est plus le même.

 

Une intrigue finalement très simple, mais menée tambour battant par un réalisateur efficace et des effets spéciaux, en particulier des prises de vues satellitaires, pertinentes. Le tout avec juste ce qu’il faut de conspiration (la NSA vous regarde, elle sait tout… D’ailleurs elle sait que vous êtes en train de lire cette chronique !).

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le scénario n’a pas anticipé une chose, c’est le développement d’Internet.

En effet, les ordinateurs personnels et les téléphones cellulaires ont permis une explosion de la vie privée comme nous la connaissions alors au moment du film. Et si ce film nous alertait sur les dangers de la surveillance par rapport à la vie privée, il est maintenant bien loin de la réalité de 2018. Entre temps, la surveillance a évolué et les citoyens ont, pour une grande part, accepté d’être surveillé, voire d’exposer leur vie aux yeux du monde. Alors finalement, la NSA n’a plus beaucoup d’effort à faire pour surveiller tout ce monde-là.

Deux raisons à cela : le 11 septembre 2001 et ses conséquences, et les réseaux sociaux* qui se sont développés à une vitesse vertigineuse, et qui permettent de savoir ce que font vos contacts, parfois même en temps réel…

 

 

* Celui où vous avez pu trouver cet article, par exemple…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John S. Robertson, #Mary Pickford
Tess au Pays des haines (Tess of the storm Country - John S. Robertson, 1922)

Tessibel « Tess » Skinner (Mary Pickford) vit toujours dans un village de pauvres pêcheurs, dominés par la propriété de l’infâme Elias Graves (David Torrence). Elle tombe encore amoureuse de son fils Frederick (Lloyd Hughes).

Encore une fois, un garde chasse est tué par le répugnant Ben Letts (Jean Hersholt). Comme il s’agit toujours du fusil de Daddy Skinner (Forrest Robinson) – le père de Tess –, ce dernier est arrêté et écroué.

 

L »’intrigue n’a pas beaucoup changé, ce qui me semble normal, avec tout de même quelques variantes dans les situations et les répliques qui ne sont pas toujours prononcées par les mêmes personnages.

L’intérêt est ailleurs (comme la vérité), et surtout cette adaptation donne un sacré coup de jeune à l’histoire !

C’est John Robertson qui a pris les choses en main, mais c’est Mary Pickford (productrice et surtout star consacrée) qui mène la danse. D’ailleurs nous sommes prévenus au tout début : elle voulait refaire cette histoire avec une technologie plus moderne. Et pour le coup, c’est réussi.

En effet, avec ce film, la version de Porter prend un méchant coup de vieux, reléguée au rang des films pour « nickelodeons ».

 

Il faut dire que la variété des prises de vue et le choix des acteurs y est pour beaucoup.

Si David Torrence (le frère d’Ernest Steamboat Bill Torrence) joue  - très juste – dans le même ton que William Walters, Jean Hersholt, qui reprend le rôle du vrai méchant est autrement plus réussi*. Parce que Graves est « seulement » aveuglé par son orgueil, alors que Betts est un véritable affreux.

D’ailleurs son repentir – tardif, certes, mais sincère – plus d’humanité que dans le courrier qu’il envoyait dans la version précédente.

 

Parce que cette nouvelle version de Tess est avant tout humaine.

Et on sent que Mary Pickford s’est beaucoup amusée à le tourner. Comme elle le dit dans l’annonce, Tess est un de ses rôles préférés. Et Robertson bâtit son film autour d’elle : il y a peu de séquences où elle n’apparaît pas.

De plus, le montage est dynamique et les prises de vues variées, donnant magnifiquement vie

A cette histoire. Alors que les prises de vues du film de Porter** ne variaient (presque) pas de tout le film, ici, on a finalement que très peu de plans d’ensemble, les plans américains et rapprochés étant privilégiés pour permettre au spectateur de vivre ce qu’il voit.

 

C’est aussi une façon pour Mary Pickford de nous montrer dans les grandes largeurs l’étendue de son talent. Elle amuse, fait rire, émeut… Toutes les émotions qu’elle veut transmettre passent, sublimées par la caméra de Charles Rosher, qui l’a très souvent filmée depuis La petite Princesse.

Et si la scène du baptême était émouvante avec Porter, ici elle en devient sublime. Tess devient une Madone à l’enfant, voire une Mater Dolorosa. C’est une constante dans ce rôle de mère forcée, elle atteint une dignité indéfectible tout au long de la dernière partie du film.

[Sans oublier que le bébé ici est un véritable bébé et que sa mort n’en devient que plus tragique.]

 

Un grand moment dans la carrière de l’immense (et première !) « America’s Sweetheart ».

 

 

* Il a cette malfaisance qui se lit sur son visage qu’on retrouvera chez Marcus Schouler dans Les Rapaces.

 

** Porter arrêta de tourner en 1915, l’année de sortie de Naissance d’une Nation. Ce film – si l’on met de côté son aspect résolument raciste (ce n’est pas notre propos ici) – a révolutionné la façon de filmer aux Etats-Unis (disons plutôt qu’il a fixé cette nouvelle tendance à filmer au plus près d’une intrigue) : Porter et sa méthode immuable de plans d’ensemble fixes n’ont pas résisté à cette « nouvelle vague ».

 

 

 

 

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