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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
L'extravagant Mr Deeds (Mr Deeds goes to Town - Frank Capra, 1936)

Longfellow* Deeds (Gary Cooper) vit dans une petite ville américaine, jouant du tuba dans la fanfare municipale. Une bonne petite vie, à l’écart des turpitudes et du rythme infernal de la ville.

Sauf que son oncle – richissime – décède dans un accident de voiture.
Et c’est lui qui hérite : 20 millions de dollars.

Que faire d’une telle fortune, quand on n’en a pas spécialement besoin ?

 

Frank Capra est le cinéaste des petites gens, des gens ordinaires. Après les aventures de la riche héritière et du journaliste (New York – Miami), Capra délaisse – d’une certaine façon – la Haute pour se pencher sur ceux qui auraient pu être leurs compagnons de voyages.

Deeds en fait partie. Il n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’il joue du tuba – ce n’est pas un instrument passe-partout – alors quand cette fortune lui tombe du ciel, il est bien embêté et n’a de cesse de vouloir s’en débarrasser. Et comme c’est un homme foncièrement bon, il ne peut que la distribuer à ceux qui en ont un réel besoin : « les petits, les sans-grade… Bref, les victimes de la grande Dépression de 1929.

Et si Deeds les aide, c’est avant tout parce qu’il est le porte-parole de Capra.

En effet, ce dernier ne portait pas beaucoup dans son cœur l’administration démocrate du président Roosevelt. Deeds se pose contre le système établi – l’administration Roosevelt – comme le fera ensuite le vieux Vanderhof (Vous ne l’emporterez pas avec vous) ou encore Jefferson Smith (Mr Smith au Sénat), se battant contre cet argent qui corrompt et divise les gens. Et l’audience devant le juge (H. B. Warner, toujours présent) et la plus révélatrice de l’opinion du metteur en scène. Les avocats ne sont plus seulement les représentants de leurs clients (Jameson Thomas & Mayo Methot), mais bien rattachés (assimilés ?) à cette administration que Capra n’aime pas.

 

Il y a chez Deeds la même lueur dans ses yeux que celle de George Bailey (La Vie est belle) : aider les gens parce qu’on les aime, au lieu d’essayer de leur faire mal comme c’est le cas dans le New York de Deeds.

Mais Deeds, c’est aussi l’âme de l’Amérique que Capra aime par-dessus tout. Pourquoi Deeds accepte-t-il de venir à New York ? Pour voir la tombe de Grant et la Statue de la Liberté. Ses intentions sont les meilleures. Mais il est dans un monde de requins où chacun essaie de marcher sur les autres pour réussir.

On retrouve dans le projet de Deeds le même idéal communautaire que celui de ces deux autres héros. On retrouve d’ailleurs cette même idée dans Notre Pain quotidien, sorti deux ans plus tôt.

 

Et qu’on soit d’accord ou non avec les idées de Capra, on se sent tout de même obligé de suivre Deeds. C’est un idéaliste, un utopiste, mais c’est avant tout un homme de bon sens voire tout simplement bon. Ses plaisirs sont simples, à la portée de chaque spectateur qui vient, en cette période troublée des Etats-Unis, se divertir et peut-être aussi chercher une parcelle de bonheur. Tous ces paysans que Deeds veut aider, ce sont pour la plupart ces mêmes spectateurs qui viennent suivre son histoire et se prêter à rêver d’un monde meilleur. Et Capra leur dit que c’est possible, et tout comme nous, beaucoup sont ressortis du film avec une esquisse de sourire aux lèvres, très certainement.

 

Et c’est là qu’est le grand talent de Capra : réussir à faire sourire et rêver ses spectateurs avec des histoires simples, avec des gens ordinaires, auxquels les spectateurs peuvent aisément s’identifier.

Et puis il y a Gary Cooper, un grand échalas encore un tantinet adolescent, et qui s’émerveille de tout, parce qu’il le faut aussi pour supporter la vie. Et il a avec lui deux alliés magnifiques : la belle Babe Bennett (Jean Arthur, qui reviendra tourner avec Capra), celle qui ne peut que tomber amoureuse d’un tel personnage ; et Cobb (le trop méconnu Lionel Stander** qui joua autre chose qu’un serviteur de couple riche pour la télévision), journaliste reclassé dans la protection de l’image de son patron, et qui soutient cet homme apparemment extravagant (d’où le titre français) mais qui est, au bout du compte, un véritable humain, sinon le seul.

 

Et le tout avec l'humour habituel de Capra, tout en subtilité…

 

 

* appellation onomastique s’il en est…

 

** Une personnalité inscrite sur la liste noire de l’HUAC jusqu’à sa dissolution ne saurait être complètement mauvaise…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ernst Lubitsch
Le Ciel peut attendre (Heaven can wait - Ernst Lubitsch, 1943)

Henry van Cleve (Don Ameche) a eu une vie bien remplie. Et souvent, quand une vie est bien remplie, elle l’est surtout de choses qui ne le sont pas toujours, bien.

Alors le moment venu, Henry descend directement rencontrer son Excellence (Laird Cregar) le Diable, histoire d’en finir plus vite.

Mais justement, ça ne se passe pas aussi vite que voulu, et Henry se retrouve à raconter sa vie, et les femmes qui l’ont remplie et comblé…

 

C’est une comédie familiale qu’on nous propose dès le générique d’ouverture : les différents acteurs, producteurs, techniciens (etc.) sont écrits comme sur du point de croix. Avec de belles lettres bien rouges (merci au Technicolor…). Ce sera donc une comédie domestique. Et c’est sûr, on ne sort que rarement de la maison, sinon pour aller dans une autre maison. De toute façon, c’est d’après une pièce de théâtre où, généralement dans ce cas, l’intrigue se situe en intérieur.

Et ce qui est bien avec Lubitsch, c’est qu’on est sûr d’avoir droit à une comédie brillante mêlée d’une certaine dose de mélancolie. Où la gravité s’efface devant le rire, mais sans jamais complètement disparaître.

 

Oui, Le Ciel peut attendre : Henry va, involontairement, plaider sa cause. Raconter sa vie. Sa vie où l’amour, l’une des rares composantes qui n’a pas lieu dans l’endroit où il se trouve, a toujours dirigé sa vie. L’amour maternel, puis enfantin, la complicité avec une « mademoiselle » (en français dans le texte…), puis le grand Amour (remarquez l’initiale), avec celle qu’il ne pourra qu’aimer : Martha Strable (Gene Tierney). Et comment cela pourrait-il en être autrement ? Gene Tierney, en plus d’être magnifique, nous propose une jeune femme amoureuse de son mari, envers et contre tout. Cet amour, malgré quelques (tout) petits coups de canif dans le contrat par son mari, reste comme elle : magnifique.
Tellement magnifique que… Mais je vous laisse (re)découvrir.


Par contre, pour que cette – somme toute – histoire d’amour plutôt normale prenne une autre dimension, il faut absolument des personnages plutôt hors du commun. Et les autres, ceux qui gravitent autour de nos deux amoureux ont cette singularité qui transforme cet amour en une grande chose, comme l’annoncent Martha et Henry lors des 50 ans de ce dernier.

 

En effet.

D’un côté, la famille van Cleve, avec une mère poule (Spring Byington) voire protectrice et un père (Louis Calhern) obnubilé par sa lèvre supérieure (quand ce n’est pas son menton) mais finalement sans grand caractère, Henry ne peut être qu’un bon à rien. Et il en est tout à fait conscient, allant même jusqu’à envisager de travailler si sa future femme le lui demandait ! Rassurez-vous, il n’en fera rien.

De l’autre, une jeune femme, coincée entre un père (Eugene Pallette) gros éleveur de viande et une mère (Marjorie Main) un tantinet acariâtre, et qui en plus se font la tête la plupart du temps. Bref, une vie misérable au fin fond du Kansas. Non que j’ai quelque préjugé contre le Kansas (sauf s’ils ont voté massivement pour Trump)…

Et si en plus elle doit épouser l’homme idéal (pour des parents, s’entend), Albert, le cousin d’Henry, un homme très bien, certes, mais ennuyeux au possible.

Heureusement, dans leurs malheurs (?), ils peuvent compter sur le grand-père van Cleve (formidable Charles Coburn), un adorable vieux monsieur absolument déraisonnable : Henry est exactement ce qu’il aurait voulu être, mais ne l’a jamais pu, l’époque ne s'y prêtant peut-être pas.


Au final, une superbe comédie, où, comme d’habitude, la musique a son rôle à jouer (une petite pensée au passage pour le grand Alfred Newman), avec un beau clin d’œil à une comédie passée du grand Ernst : La Veuve joyeuse.

 

Je n’y peux rien, je fonds à chaque nouvelle vision…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Rudolphe Valentino
L'Aigle noir (The Eagle - Clarence Brown, 1925)

La Russie éternelle, sous la houlette de la belle mais terrible Catherine II (Louise Dresser), qu’on appelait La Grande.

Vladimir Dubrovsky (Rudolph Valentino) est un des soldats de sa garde, où on monte en grade si on plaît à sa Majesté…

Mais Vladimir est un soldat et compte le rester. Il est alors considéré comme déserteur, et pour cela pourchassé.
Parallèlement, son  père (Spottiswood Aitken) est dépossédé de ses biens par l’infâme Kyrilla (James A. Marcus), et meurt de désespoir. Vladimir, pour se venger, devient hors-la-loi et se fait appeler l’Aigle noir (d’où le titre).

Mais Kyrilla possède une fille, la très belle Mascha (Vilma Bánky).

Cornélien, n’est-ce pas ?

 

Oui, l’intrigue ressemble beaucoup à celle de Zorro, et peut-être même un peu à Robin des bois, puisque ce justicier (proscrit) s’attaque aux riches qui abusent des pauvres.

Mais à la différence de ces deux héros interprétés par le bondissant Douglas Fairbanks, l’Aigle noir est plus jeune, et autrement plus séduisant.

Quant à l’humour, (presque) toujours présent chez Fairbanks, il est bien là, les aventures de cet Aigle ne l’empêchant certainement pas.


Dès le début, le ton est donné : aventure et humour.

  • Aventure :

Avec le carrosse qui s’emballe, mettant en danger la belle Mascha, sauvée in extremis (ou presque) par Vladimir qui tombe, évidemment, tout de suite amoureux de cette belle jeune fille. Par contre, si l’Aigle noir est un homme d’honneur comme ces glorieux prédécesseurs, il ne manie pas l’épée mais le pistolet, et pas toujours chargé…

  • Humour 

Avec la Grande Catherine qui fait monter en grade les officiers méritants qui restent souper avec elle (et plus, car affinités…). Son marivaudage, à base de vodka, est des plus savoureux, Louise Dresser, est magnifique dans ce rôle de femme mûre encore séduisante : de nos jours, on pourrait dire que c’est une « couguar »…

L’autre personnage comique est la tante Aurelia (Carrie Clark Ward), une rombière à l’âge avancé, qui, si elle n’est plus de la première fraîcheur apprécie beaucoup le charme du beau Vladimir (à son grand regret, vous vous en doutez).

 

Et à ces deux éléments de l’intrigue s’ajoute une photographie bien léchée – comme (presque) toujours avec Clarence Brown – avec une caméra mobile et un jeu de lumières pertinent. Du bel œuvre.

Et contrairement aux aventuriers interprétés par Fairbanks, l’Aigle noir est toujours impeccable, voire sophistiqué, parlant aussi bien le Russe – normal, il l’est – que le français, autre langue de cour au pays de la Grande Catherine…

Le tout avec, bien entendu, deux pas de danse (pas plus), histoire de rappeler que le grand Rudy était aussi un grand danseur…

 

Il s’agit de l’avant-dernier film* de Valentino, ici avec la belle et blonde Vilma Bánky, qu’il retrouvera pour son dernier film : le Fils du Sheik, l’année suivante. Mais ceci est une autre histoire…

 

 

PS : à noter la présence de Gary Cooper – mais il est masqué, alors on le reconnaît mal – et de l’impayable Mack Swain en aubergiste un tantinet fruste qui ne comprend pas le français.

 

* Character Studies, de Roscoe Arbuckle, dans lequel Valentino apparaît, a certes été présenté en 1927, mais il fut tourné en 1925, soit avant le Fils du Sheik.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Ridley Scott
Gladiator (Ridley Scott, 2000)

Un homme rentre chez lui, à temps pour la moisson.

Il caresse les blés pendant que sa femme (Giannina Facio) et son fils (Giorgio Cantarini) se réjouissent de son retour.

Cet homme qui rentre de campagne en Germanie, c’est le général Maximus Decimus Meridius (Russell Crowe), successeur désigné de l’empereur Marc Aurèle (Richard Harris), plutôt que son propre fils Commode (Joaquin Phoenix).

Mais entre ce qu’on désire et ce qui arrive vraiment, il y a parfois un immense fossé.

Commode succède à son père pendant que Maximus, après avoir échappé à une tentative d’assassinat, devient gladiateur, un esclave chargé de distraire le public oisif de l’empire romain.

 

Ce film fut un événement lors de sa sortie. En effet, depuis une trentaine d’années, le péplum était tombé en désuétude. Et depuis le Spartacus de Kubrick, on n’avait pas fait aussi fort ni aussi spectaculaire.

Il y a, bien sûr, une parenté entre Spartacus et Maximus. Tous deux sont gladiateurs, tous deux ont un ami noir, et tous deux s’en prennent à l’autorité, lançant une arme vers la tribune du potentat dans l’arène (une lance pour Spartacus, un glaive pour Maximus). Et chacun mourra pour sa cause, sinon dans les mêmes circonstances.

Mais si Spartacus s’élevait contre un empire, Maximus, lui, ne s’élève que contre Commode, empereur par opportunisme (et assassinat, est-il besoin de le dire ?).

 

Maximus – « le plus grand » en latin – est avant tout un homme d’honneur. Il n’a de cesse que de faire régner la justice : Commode n’est – pour lui et bien d’autres – qu’un usurpateur, indigne de régner car avant tout parricide.

Mais Commode est le méchant. Et un méchant, ça se ménage jusqu’à la fin. Et Joaquin Phoenix nous gratifie d’un formidable Commode, qui ne l’est que par le nom. Au parricide, s’ajoute l’inceste, sans parler de la lâcheté et la traîtrise. Bref, un magnifique méchant.

 

Bien sûr, Maximus est un personnage imaginaire. Mais il en va tout de même un peu différemment de Commode ou Marc Aurèle. Ces deux derniers ont réellement existé. Mais si Marc Aurèle reste cet empereur sage et raisonné, Commode – qui en vrai n’a jamais tué son père, mais là je vous laisse juge – a réellement combattu dans le cirque, et était un gladiateur redoutable. Là s’arrête la comparaison, ce film, à la magnifique reconstitution de Rome, est avant tout une histoire (un peu) originale. En effet, en plus de Spartacus, on retrouve des éléments du film d’Anthony Mann : La Chute de l’Empire romain, péplum crépusculaire, montrant Rome au début de son déclin, Marc Aurèle étant le dernier grand empereur de la Pax romana.

 

 

Avec Gladiator, c’est le retour du péplum flamboyant. On retrouve le faste de Ben Hur avec le réalisme cher à Ridley Scott, qui retrouvera ce même ton quand il tournera Exodus: Gods and Kings.

Il y a des plans de toute beauté dans une Rome jamais si bien reconstituée jusque là. Seule la série Rome (2003-2005) nous offrira une plus belle reconstitution, mais environ deux cents ans plus tôt.

 

Et comme dans le film précédemment cité ou le Robin des Bois qui l’avait précédé, on assiste à une bataille épique assez époustouflante, et des combats de gladiateurs (il faut bien justifier le titre) magnifiques. Le réalisme des combats, amenant un flot de sang sur l’écran sont, pour les jeux du cirque surtout, menés de main de maître. En effet, en plus du côté ballet propre aux combats à l’épée au cinéma, Scott réussit à montrer des massacres (il n’y a pas d’autre mot pour décrire cette boucherie distrayante) sans tout montrer.

En effet, le résultat a beau être extrêmement répugnant – je ne si pas pour vous, mais pour ma part, j’aurai beaucoup de mal à aller voir un tel spectacle en vrai – Ridley Scott, grâce à un montage dynamique et subtile ne nous laisse, la plupart du temps, qu’entrevoir le supplice fatal, le point de vue changeant au dernier moment, évitant ainsi que ce film devienne par trop sanglant, voire tombe dans le gore.

 

Un film magnifique, qui, s’il n’est pas fidèle à l’Histoire – mais, rappelez-vous, ce n’est que du cinéma ! – montre le talent (infini ?) de Ridley Scott, explorant un autre genre (le péplum) avec toujours la même maîtrise, le même sens du spectacle et de la narration.


Avec Gladiator, la Rome antique revient sur le devant de la scène cinématographique, mais pas seulement, si l’on en croit le succès de la série Rome déjà mentionnée, ou encore le développement de jeux vidéo ou autres séries télévisées, sans parler d’autres films du même acabit, mais pas toujours avec le même maîtrise (Troie, par exemple…).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Zucker, #Jerry Zucker, #Jim Abrahams
Y a-t-il un Pilote dans l'avion ? (Airplane! - David Zucker-Jerry Zucker-Jim Abrahams, 1980)

Un plafond de nuages vu du dessus.

Ponctuellement, un aileron arrière d’avion s’y déplace, au son d’une musique angoissante.
Cette musique en rappelle une autre : celle de Jaws. Et comme dans Jaws, quand la musique arrive à son paroxysme, l’avion émerge des nuages vers nous.

Le ton est donné : ce sera un film catastrophe. Ou plutôt, ça se voudrait un film catastrophe, si ce n’était pas les pieds nickelés Zucker, Abrahams et Zucker  (ZAZ) qui le réalisaient…

 

Avec ce film, les trois amis ont atteint le succès, déclinant leur humour dans d’autres parodies, dont le savoureux Top Secret. C’est un festival de gags presque à chaque nouveau plan. Images, dialogues, situations, tout est prétexte à gags, au premier plan et surtout au deuxième, parasitant l’intrigue, dont finalement, on se fout un peu.

Pourtant, c’est une histoire terrible que ces passagers livrés à eux-mêmes, alors que l’équipe de pilotage est victime d’une sévère intoxication alimentaire.

Mais il en va comme ça du trio infernale : même les histoires les plus terribles ne sont pas prises au sérieux.

Et leur humour – déjanté – ira en s’accentuant à chaque nouveau film, culminant (à mon avis) avec Y a-t-il un Flic pour sauver la Reine ?

 

Le scénario, débarrassé des interventions comiques, est le même que le film A l’Heure zéro (Zero Hour!), lui-même inspiré d’un autre film obscur… Bref, les ZAZ ont racheté les droits et ont pu en faire ce qu’ils voulaient.

Et c’est le cas, soutenu par une distribution qui remet à l’honneur quelques vieilles gloires des années1950 et 1960 : Peter Graves (La Nuit du Chasseur, Mission Impossible), Robert Stack (Les Incorruptibles), Lloyd Bridges (High Noon) – le père du Dude – et l’inénarrable Leslie Nielsen (Forbidden Planet), qui poursuivra l’aventure avec les réalisateurs à la télévision comme au cinéma.

 

En plus de ce film de base, on reconnaîtra certains détournements d’autres films plus ou moins du même genre, mais si vous voulez savoir, lesquels, allez sur IMdB.

 

Alors en route vers le ciel, dans ce film devenu – à juste titre (?) – culte, comme on dit. Avec un humour pas toujours très léger, mais qu’importe, le rire est bien là.

Et entendre Peter Graves – acteur réputé sérieux s’il en est – questionner le petit Joey (Rossie Harris, plus si petit que ça, puisqu’il va maintenant sur ses 48 ans…) dans le cockpit, est un plaisir rare…

 

Et vous, aimez-vous les films de gladiateurs ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Albert Parker, #John Barrymore, #Sherlock Holmes
Sherlock Holmes contre Moriarty (Sherlock Holmes - Albert Parker, 1922)

Une pipe, un chapeau, un docteur amical, un professeur maléfique : c’est Sherlock Holmes, et c’est déjà (au moins) la troisième apparition du personnage mythique de Sir Arthur (Conan Doyle).

Et pour l’interpréter, un monstre sacré lui aussi : l’immense John Barrymore.

Avec le docteur Watson  pour l’assister : le débutant Roland Young.

Bref, comme le dit mon ami le professeur Allen John, tout est réuni pour faire un grand film.

Mais, et je suis toujours d’accord avec mon ami, la montagne a accouché d’une souris.

 

On s’ennuie. On s’ennuie au début, on s’ennuie au milieu, on s’ennuie à la fin, avec quelques minutes d’action dans le dernier quart d’heure, mais pas assez toutefois pour rattraper le reste.

Sans arriver au degré spectaculaire du film de Guy Ritchie, on aurait aimé un peu plus d’animation dans cette histoire très improbable du « plus grand détective du monde ».

Mais ça ne vient pas.

Et c’est bien dommage, parce que la distribution nous faisait réellement espérer un film très enlevé. Outre les deux acteurs précédemment cités, on retrouvait le smart William Powell, la belle Carol Dempster – prêtée pour l’occasion par D. W. Griffith –, Hedda Hopper ou encore Gustav von Seyffertitz dans le rôle du méchant professeur Moriarty*. C’est très certainement le personnage le plus réussi : crâne dégarni et cheveux hirsutes, sourcils plus que broussailleux, nez proéminent et légèrement crochu, la silhouette un tantinet voûtée, et se frottant les mains… Il a tout du Méchant. [Et ça tombe bien, il l’est]


Pour le reste, c’est très plat. Holmes n’est qu’un poseur, le plus souvent de profil, les yeux plissés pour exprimer la méfiance… John Barrymore est continuellement statique, nous proposant continuellement son profil beau certes, mais on ne fait pas un film avec seulement une belle gueule. C’est comme la caméra de  J. Roy Hunt qui s’accorde un (tout petit) peu de mouvement vers la fin : il y a une façon de filmer qui semble vieillotte, un peu comme si on avait tourné le film dix ans plus tôt (je sais, j’exagère un peu, mais pas tant que ça). Cela manque de plans plus rapprochés voire gros, sur les visages, sur des détails (etc.) ainsi qu’un montage lus dynamique.

 

Une seule fois, nous avons droit à l’exceptionnelle capacité de déduction de Holmes. Il est vrai que le film étant muet, cet aspect ne peut pas être trop développé, le langage entrant beaucoup en compte. Mais tout de même.

On aurait aimé un peu plus de cet humour britannique que le cinéma hollywoodien maîtrise si bien.

Filmer à Londres ne suffit pas pour une telle histoire. En effet, si nous n’avions pas quelques plans de la ville – dont un beau Londres vu du ciel en ouverture – on pourrait douter que l’équipe de tournage s’est déplacée là-bas. De la même façon, une infime partie de l’intrigue se situe en Suisse : était-il utile d’aller y tourner ?

 

Bref, une version qui fut longtemps perdue avant d’être retrouvée et remontée dans les années 1970, par – entre autres – l’immense Kevin Brownlow, avec l’aide de Parker soi-même (qui mourut en 1974).

Mais, à mon avis, l’histoire de la restauration est plus intéressante que le film restauré…

 

 

 

* Sans oublier la présence de David Torrence, le grand frère du non moins grand Ernest.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott
Exodus: Gods and Kings (Ridley Scott, 2014)

Presque soixante ans après Cecil B. DeMille, Ridley Scott s’attaque au mythe de Moïse.

Mais si DeMille voulait louer la gloire de Dieu, il n’en va pas de même de cette version.

A aucun moment, il n’est fait références aux Ecritures, même si la trame reste la même.

Mais, d’une certaine façon, Scott développe ce que DeMille a pu laisser de côté, donnant une dimension semi-divine à Moïse, alors que là, Moïse est un homme comme les autres. Elu, c’est évident, mais toujours humain.

Je ne reviendrai pas sur la polémique soulevée par la distribution des rôles, je laisse ce soin à Internet de le faire (vous pouvez aller voir si vraiment ça vous intéresse).

 

Le film commence directement à la fin du règne de Séthi (John Turturro), aidé de son fils Ramsès (Joel Edgerton) et son neveu Moïse (Christian Bale). Comme avec Yul Brynner et Charlton Heston, la rivalité est présente, palpable.

Le rôle révélateur de Memnet est confié à Touya (Sigourney Weaver) l’épouse de Séthi, et celui de Dathan (Anton Alexander), l’autre personnage maléfique de la version 1956, n’a que très peu d‘importance.

Mais surtout, c’est le côté religieux – voire sulpicien – du film de DeMille qui a presque totalement disparu, et ce, malgré le titre. Car si les dieux ont un rôle à jouer, c’est surtout leur champion qu’on voit. Quant aux manifestations divines, elles prennent une dimension naturelle très prononcée, dont l’enchaînement est expliqué scientifiquement par un des conseillers de Ramsès. Mais évidemment, ces explications étant un peu trop avant-gardistes pour l’époque, le conseiller finit au bout d’une corde. Comme la prêtresse (Indira Varma) d’ailleurs, comme quoi la vérité semble être ailleurs.

 

Mais le grand changement de ce film, c’est justement le traitement de l’aspect divin. Alors que DeMille mettait en avant le côté religieux par des effets spéciaux quasi mystiques, Scott, lui, utilise ces mêmes effets (mais améliorés, bien sûr) pour accentuer la part naturelle des phénomènes qui perdent ainsi leur côté divin.
 

Et puis il y a Moïse.

Dans la version antérieure, c’était avant tout une figure patriarcale échappée de l’atelier de Michel-Ange, avec toute la solennité et la grandeur biblique.

Ici, c’est un homme. Il agit comme un homme, du début à la fin. C’est d’abord un guerrier qui n’abandonnera la lutte qu’avec le passage de la Mer Rouge : il combat les ennemis de l’Egypte, puis, évidemment, l’Egypte elle-même. Ce combat, d’ailleurs porte en lui une certaine actualité – malheureusement – car la façon de se battre contre Pharaon peut ressemble beaucoup à du terrorisme. Terrorisme du point de vue de Ramsès (même s’il n’y fait pas référence), combat libérateur pour Moïse et les siens. Tout n’est qu’une question de point de vue.

 

Quant aux éléments religieux, chers à DeMille, ils sont presque tous gommés. Les dialogues entre Dieu et Moïse, s’ils débutent du point de vue de ce dernier, se terminent du point de vue de Josué (Aaron Paul), devenant ainsi plus les soliloques d’un homme dérangé ou ivre que des paroles inspirés par le souffle divin…

Les dix Commandements, base des films de 1923 et 1956, deviennent anecdotiques, gravés* sur une table par Moïse lui-même, pendant que son peuple – en vue d’ensemble – fabrique le célèbre veau d’or, que l’on devine de par l’activité qui l’entoure.

Et le morceau de bravoure – l’ouverture de la Mer – s’il est spectaculaire, n’a rien de surnaturel. C’est juste une (énorme) marée descendante suivie d’un raz-de-marée phénoménal avec tsunami gigantesque. Le résultat est le même : les armées de Pharaon sont détruites.

 

Une dernière chose enfin : beaucoup ont reproché des anachronismes à ce film. C’est vrai, il y en a. Mais il existe aussi deux raisons pour balayer ces reproches :

  • L’existence de Moïse n’a toujours pas été prouvée, donc cette belle histoire reste une histoire et pas autre chose ;
  • Nous sommes au cinéma, et comme le dit Tex Avery : « tout est possible. »

 

 

* sous la dictée de Malak (Isaac Andrews), ange envoyé par Dieu pour guider Moïse. Il n’était pas question de représenter le Père Supérieur, sous peine d’être qualifié de blasphémateur et voir les recettes prévues fondre comme neige au soleil.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
New York - Miami (It happened one Night - Frank Capra, 1934)com

Vingt-septième minute du film : Peter Warne (Clark Gable) retire sa chemise. Il n’a pas de maillot de corps.

Dès cet instant, les fabricants de sous-vêtements pour hommes vont voir leurs chiffres d’affaire s’effondrer. Certains vont même essayer de poursuivre les studios Columbia. Tout ça parce que l’enlever prenait trop de temps par rapport à ses répliques…

Mais ça, c’était avant. Au temps où le cinéma était un loisir rare et cher, au temps où les passagers d’un bus fumaient le cigare, alors que les spectateurs des salles obscures se contentaient de simples cigarettes…

Bref, c’était avant.

 

Je passerai vite sur la traduction du titre original – It happened one night (Ca s’est passé une nuit*…) – sans relever l’indigence de la traduction, en vous soumettant tout de même une question : la traducteur a-t-il vu le film ou au moins lu le résumé de l’intrigue ?

Car si l’action se situe entre New York et Miami, le voyage entrepris commence bel et bien à Miami.

C’est dans cette ville que la belle héritière Ellen Andrews (Claudette Colbert), suffisante comme seule sait l’être une jeune héritière, a quitté son père (Walter Connolly, un habitué des films de Capra) pour s’en aller rejoindre celui qu’elle a épousé en cachette : Westley King (Jameson Thomas), un coureur de dot qui a pour autre talent de piloter des engins volants…
Elle se retrouve dans un car – conduit par Ward Bond – en même temps que Peter Warne, journaliste en rupture de ban avec son patron (en clair : ce dernier l’a viré), et doit partager la même banquette.

 

C’est un road movie où deux personnages très différents – une jeune aristocrate suffisante et un journaliste border line assez suffisant lui aussi – vont finir ensemble, quoi qu’il se passe.

Mais c’est justement le comment de cette fin heureuse annoncée qui est magnifiquement filmé par Capra. Tous les deux ont des caractères forts, mais malgré tout, ils ne pourront que difficilement se passer l’un de l’autre.

Et surtout, c’est la nuit que se passent les péripéties les plus importantes (d’où le titre original !) :

  • c’est la première nuit qu’elle s’endort contre lui, se réveillant presque dans ses bras ;
  • c’est la première nuit qu’ils passent ensemble dans un bungalow qui amène le Mur de Jéricho ;
  • c’est la nuit qu’ils prennent la tangente pour échapper aux recherches de la jeune femme par son père inquiet ;
  • c’est enfin la dernière nuit que ce mur s’effondre, au son de la trompette (cf. Livre de Josué, chapitre 6).

Cette dernière nuit fit d’ailleurs couler beaucoup d’encre, surtout chez les bigots, et amène peut-être la réponse sur cette fameuse nuit où quelque chose s’est passé…

 

Le reste, c’est du pur Capra. On retrouve une communauté qui prend du bon temps ensemble : à tour de rôle les voyageurs chantent les couplets de la chanson à succès de cette année-là, The Man with the flying trapeze (que les amateurs de Spike Jones connaissent bien), avant de reprendre tous en chœur le refrain. On retrouve aussi la distance entre les deux personnages, du fait des convenances, distance qu’on retrouve dans La Vie est belle entre Peter Bailey et Mary Hatch. Avec en plus, une véritable séparation (le Mur de Jéricho).


Et puis il y a le duo vedette Colbert-Gable. Alors que le tournage fut plutôt exécrable et que Claudette fut heureuse d’en finir, à aucun moment on ne sent une quelconque tension. C’est un duo qui fonctionne magnifiquement d’un bout à l’autre, avec en point d’orgue la scène dans le bungalow à l’arrivée des détectives.

 

Petit détail enfin : Ellen, abandonnée (le croit-elle) par Peter est chassée du motel et se rend à la police pour appeler son père. Quand ce dernier vient la chercher, la presse est là pour immortalisé ce grand moment de romance : elle va retrouver son mari (qu’elle a épousé contre l’avis paternel). Mais si cette histoire semble connaître une fin heureuse, le visage contrit de Claudette Colbert nous fait penser à une criminelle quittant le poste de police pour aller en prison… Mais n’est-ce pas le cas ?

 

Et, encore une fois, le film terminé, les spectateurs s’en vont avec un sourire**…

Ca valait bien 5 Oscars…

 

 

          * « Quelle nuit ? » ou « Quelle nuit ! » ?

 

          ** N’oublions pas tout de même l’irruption de la réalité de l’Amérique des années 1930 et les ravages de la crise auprès des petites gens : une mère, qui effectue ce voyage (de la dernière chance ?) avec son fils, s’évanouit, n’ayant plus d’argent pour pouvoir acheter de quoi  manger…


 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Dessin animé, #Robert Zemeckis
Qui veut la Peau de Roger Rabbit ? (Who framed Roger Rabbit? - Robert Zemeckis, 1988)

30 ans.

Il y a trente ans cette année, sortait ce film, attendu de pied ferme par tous les cinéphiles, qui n’avaient qu’une question : sera-t-il à la hauteur ?

La réponse est toujours oui.


Certes, ce n’est pas la première fois qu’on mélange des dessins animés et des images réelles : Anchors Aweigh (Gene Kelly dansait avec Jerry la souris), Señor Droopy (ce dernier rencontrait finalement Lina Romay) ou encore Mary Poppins,  pour ne citer que ceux-là.

Mais avec ce film, Robert Zemeckis et Richard Williams ont créé un film où la place des personnages dessinés (toons) est primordiale et continue.

Pour ce faire, ils ont créé un nouveau personnage formidable : Roger Rabbit.

 

Roger est l’héritier de la grande époque des dessins animés de studios, un tantinet tombés en désuétude depuis les années 1960.

Il est un lapin comme Bugs Bunny, embrasse comme Screwball Squirrel, est maladroit et malchanceux comme Sylvestre, le coyote et Spike réunis, et aussi dingue que l’était Daffy Duck à ses débuts.
Et Roger personnifie très bien l’esprit du film où tous les grands noms des dessins animés de studios Warner Bros, MGM, Disney et Universal  sont présents, comme une grande famille, en l’occurrence la communauté de Toontown, abritant tous ces héros archicélèbres et appréciés.

Et en plus, ces deux réalisateurs ont fait appel à quelques voix célèbres encore en vie pour certains : l’incontournable Mel Blanc, la voix des studios Warner Bros (Daffy Duck, Bugs Bunny, Titi, Sylvestre, Porky Pig), ainsi que Mae Questel, la voix historique de la craquante Betty Boop – 79 ans tous les deux quand le film sortit.

 

Ce film est un ravissement sur beaucoup de points, amenant en même temps différents niveaux de compréhension, satisfaisant donc aussi bien les enfants que les adultes. C’est aussi un film qu’on n’a pas fini de voir et revoir tant le nombres de personnages utilisés est énorme. Mais après quelques visionnages, je ne retrouve toujours pas deux d’entre eux qui sont pourtant cités par Angelo (Richard Ridings) à Eddie Valiant (Bob Hoskins, pour une fois en tête d’affiche, lui qui fut un grand acteur souvent dans des seconds rôles) :

  • Chilly Willy (ça ne me dérange pas tant que ça)
  • et surtout l’un des personnages les plus déjantés du dessin animé, création 100% Tex Avery : Screwball Squirrel, alors qu’on aperçoit rapidement son comparse (et souffredouleur) Meathead, un chien un peu idiot et surtout endormi.

 

Bien sûr, la révolution visuelle qu’a amenée le numérique peut nous faire regretter la différence de qualité d’image, mais c’est justement de cette véritable différence que naît la prouesse. Les interventions des personnages dessinés sont d’une grande précision, aidées par des acteurs justes dans chaque situation.

 

Un tel film, aujourd’hui ne possèderait sans doute pas le charme de celui-ci. En effet, c’est le mélange d’effets normaux (jets d’eau, bouche qui se ferme…) et de personnages dessinés, ajoutés ensuite dans une sorte d’incrustation inversée*, qui fait tout le sel du film, dépassant allègrement les tentatives antérieures (voir ci-dessus).


C’est un véritable régal visuel, avec toutefois un petit bémol : décidément, les personnages réels qui se comportent comme des toons sont beaucoup moins drôles que leurs acolytes à deux dimensions.

 

 

* le dessin animé d’ouverture reprend en partie les présentations et musiques de ceux des studios Warner Bros (accord initial et rideau rouge) et MGM (têtes des personnages dans un halo de lumière)

 

** les scènes réelles avec les acteurs servent de décor à l’évolution des toons, et non le contraire en ce qui concerne ce procédé

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #William A. Wellman
Beau Geste (William A. Wellman, 1939)

« Beau geste… gallant gesture »

Il s’agit de la dernière réplique du film de William A. Wellman, prononcée par la tante Pat (Heather Thatcher), après lecture de la lettre posthume de son neveu Michael « Beau » Geste (Gary Cooper).

Cette dernière réplique, difficilement traduisible en français sans être redondant, exprime magnifiquement la conduite de son neveu, mort par devoir et pour l’honneur.

[Je ne raconterai pas de quel geste il s’agit, voyez le film]

 

Les Geste sont frères soudés, indissociables et rêvant d’aventure, imaginant, enfants, n’importe quel jeu en rapport avec cette aventure : bataille navale, Chevaliers de la Table ronde… Le tout impulsé, en général, par leur aîné Beau (Donald O’Connor -14 ans quand le film sort – qui a déjà le regard bleu et espiègle qu’on retrouvera dans Chantons sous la Pluie).
Et même devenus adultes, ils sont toujours inséparables, allant chercher cette aventure, suite à un vol déshonorant, dans la Légion étrangère, en Afrique du Nord.

La majeure partie du film se situe d’ailleurs dans cette région, dans ces forts isolés tenus héroïquement par des hommes en rupture de ban. Ils sont rudes mais loyaux, même quand certains le sont moins que d’autre.

 

Ce film appartient à la multitude de films de troufions, où les simples soldats sont dirigés par un sous-officier (sergent presque tout le temps) autoritaire, brutal et sadique. Un vrai salaud, quoi.
Ici, c’est Brian Donlevy (sergent Markoff) qui s’y colle, la joue balafrée et le regard mauvais. C’est une brute rancunière qui use de sa position pour en faire baver, voire se débarrasser de ses ennemis, mais malgré tout, un grand guerrier, comme le souligne Beau.

Et sa méchanceté va s’épanouir avec la mort de son supérieur, mais sera des courte durée, les Touaregs attaquant, les différences disparaissent. Mais cela ne l’empêche pas de tenir jusqu’au bout ce « sale » rôle avec brio*.

 

Face à la brutalité de Markoff, Beau (pléonasme, quand on parle de Gary Cooper) est un personnage doux mais ferme, et surtout loyal. Loyal au drapeau, et seulement à celui-ci. C’est aussi un homme d’honneur en quête de rédemption – toujours cette même rédemption chère aux américains – et qui la trouvera in fine, comme en témoigne la dernière réplique.

C’est un superbe rôle pour un très grand acteur, et pas seulement par la taille.

 

Il y a dans ce film, un écho de celui de Julien Duvivier : La Bandera. En effet, ici aussi des légionnaires sont encerclés et doivent tenir jusqu’à l’arrivée de secours qui les rejoindront trop tard. La encore, des homes au passé plus ou moins douteux cherchent plus ou moins à se racheter, fuyant surtout un passé déshonorant.

Mais ici, Beau et ses frères (Ray Milland & Robert Preston) ne se cachent pas de la loi : c’est avant tout un rêve d’enfant qu’ils réalisent, jusqu’au bout : du rêve et d’eux-mêmes.


En effet les jeux d’enfants trouvent leur résonance dans la vie d’adultes des trois hommes et ne sont donc pas là par hasard :

  • Beau (Arthur en armure) et ses frères sont chevaliers de la Table ronde. Ils seront des soldats de devoir et d’honneur dans le fort ;
  • La bataille navale** se termine par les funérailles d’un chef viking avec son chien à ses pieds : il en sera de même pour l’un d’entre eux après les combats (je ne vous dis pas lequel, allez y voir !)


Un très beau (évidemment !) film de Wellman***

 

 

* Cette même année, il sera un autre méchant dans Le Brigand bien-aimé de Henry King.

 

** Les combats navals des films de pirates (dans les années 1930, mais aussi après) masquent difficilement que ce sont des maquettes prises en gros plan. Or ici, les jouets des enfants – filmés de la même façon – ont l’air de véritables galions, illustrant (peut-être) la vision enfantine de ce combat naval…

 

*** le troisième avec Gary Cooper (il y en aura un quatrième)

 

 

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