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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espace, #Philip Kaufman, #Ed Harris
L'Etoffe des héros (The right Stuff - Philip Kaufman, 1983)

14 octobre 1947 : Chuck Yeager (Sam Shepard) franchit pour la première fois le mur du son.

16 mai 1963 : Gordon « Gordo » Cooper (Dennis Quaid).
Entre ces deux dates, le programme Mercury qui vit la véritable course à l’espace se dérouler entre les Etats-Unis et l’URSS, amenant quelques années plus tard l’hégémonie américaine amenant, voilà maintenant 50 ans, le premier alunissage.

 

Si les différents événements décrits sont exacts, Philip Kaufman se base sur le livre de Tom Wolfe de 1979, qui avait démarché les différents protagonistes de cette aventure spatiale. On retrouve d’ailleurs le côté personnel de cette épopée : les petites histoires à côté de la Grande.

On y retrouve différents acteurs politiques dont Lyndon B. Johnson (Donald Moffat), grand porteur du projet auprès des présidents.

 

C’est une belle reconstitution que nous suivons pendant ces 193 minutes, avec en fil rouge Chuck Yeager (1), pilote hors pair bien que jamais allé dans l’espace, qui voit l’expansion du projet, sans regretter une seule fois de ne pas en être, continuant de son côté son exploration aéronautique du XS-1A (1947) jusqu’au F-104 Starfighter (1963).

Et surtout, c’est une aventure exceptionnelle dont les acteurs furent toujours des hommes avant tout – dotés d’une grande fibre américaine, ce qui est normale – avec leurs limites et leurs faiblesses et leurs erreurs.

La seule différence c’est qu’à ce niveau-là, une erreur est souvent synonyme de mort.

 

Nous suivons donc ces sept hommes que le monde a presque oubliés aujourd’hui – surtout depuis Neil Armstrong – dans le long parcours de sélection qui comporte tout de même quelques moments comiques, essentiellement dus à Cooper, un tantinet hâbleur, mais aussi des exercices qu’on aurait tendance à qualifier d’inhumains tant les organismes sont soumis à des conditions parfois plus qu’extrêmes.

 

Mais c’est aussi, au-delà du privilège d’avoir été sélectionnés – et d’être donc les meilleurs – la création d’une équipe qui va plus loin que la collaboration professionnelle. C’est une équipe de frères qui se créée sous nos yeux, où finalement chacun a son importance, et si c’est Alan Shepard (Scott Glenn) qui est le premier à traverser l’atmosphère, ou encore John Glen (Ed Harris) qui le premier fait plusieurs tours de la terre, il n’y a aucune rancune, aucun ressentiment. Et c’est encore Yeager qui l’exprime le mieux, en rappelant que ces hommes risquent autant – voire plus – leurs vies dans cet exercice, et qu’ils doivent bénéficier du même respect.

 

La reconstitution nous ramène aussi les Cadillac sur la plage pour observer les différents décollages ; ainsi que les coiffures et autres lunettes qui avaient cours. En ce qui concerne les personnages politiques, on a droit à de savants montages vidéo surtout quand Kennedy remet sa décoration à Shepard, événement qui fut retransmis à la télévision.

Cette reconstitution nous montre aussi que la presse a joué un grand rôle dans la notoriété de ces astronautes : c’est à chaque décollage un assaut des photographes et autres reporters sur les maisons des pilotes, amenant un stress inutile aux épouses de ces mêmes hommes.

 

Bien entendu, les échecs – nombreux dans ce genre d’exercice – ne sont pas éludés et on a droit à certains décollages très ratés, repoussant toujours l’exploit, mais n’émoussant en rien les motivations de tous.

Et parmi toute cette somme de travail incroyable pour envoyer – enfin – un homme dans l’espace, Philip Kaufmann glisse un tout petit facteur humain lourd de conséquences (virtuelles) : Shepard, pendant la longue attente avant de décoller, a naturellement une envie d’uriner. Cet épisode comique fait écho à Bill Dana et son personnage de José Jiménez, astronaute mexicain (2) à la télévision à la même époque.

 

Bref, du grand spectacle, une épopée grandiose qui salue près de 20 ans de progrès technologique(s), dépassant irrémédiablement l’URSS, ce qui était tout de même le but recherché.

 

 

  1. Dernier survivant de cette épopée (il a fêté ses 96 ans en février dernier), il fait même une courte apparition…
  2. Avec jeu de mots intraduisible, en rapport avec l’immigration mexicaine à la nage par le Rio Grande.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edouard Molinaro, #Francis Veber, #Comédie
L'Emmerdeur (Edouard Molinaro, 1973)

Emmerdeur : n.m. personne particulièrement embêtante, soit ennuyeuse, soit agaçante et tatillonne.

Il est clair que monsieur François Pignon (Jacques Brel) correspond exactement à cette définition du Petit Robert. Il s’agit d’un prototype, voire d’un étalon dans le domaine, pour le plus grand malheur de monsieur Milan (Lino Ventura), tueur à gages, en mission à Montpellier.

Il faut dire que, pendant que Milan prépare un assassinat dans une chambre d’hôtel, Pignon a décidé de se suicider dans celle d’à côté, amenant alors une relation involontaire autant qu’inopportune (pour Milan), ce dépressif aux tendances suicidaires étant un « drôle de paquet ».

 

Avec L’Emmerdeur, Francis Veber, qui n’est que scénariste et dialoguiste, non seulement adapte sa pièce (Le Contrat), mais en plus jette les bases de la structure qui va faire le succès de ses films à venir : un duo mal apparié. Certes, dans La Valise – sorti cette même année – on trouvait déjà un duo improbable, mais avec l’Emmerdeur, c’est tout le comique de Veber qui s’exprime, Molinaro n’étant là que pour mettre en image et donner un décor à ce qui n’est malgré tout qu’une pièce filmée.

 

Cette association terrible est renforcée par deux acteurs aux antipodes l’un de l’autre (1), ce qui ne les empêche pas de former un duo magnifique tout en contraste : Milan est un tueur froid et méthodique au sourire (très) rare ; Pignon est foncièrement humain, avec ses qualités, mais surtout ses défauts flagrants, source du comique.

Et cette association fonctionne magnifiquement, malgré les invraisemblances, puisque de toute façon, l’intérêt réside uniquement dans la rencontre qui va devenir malgré tout un affrontement jusqu’au dénouement final, point culminant des emmerdements de Milan.

 

Il est clair que cet emmerdeur si humain est avant tout un fléau qu’on attrape comme on attrapait autrefois la peste et s’en débarrasser n’en est pas moins facile, voire quasiment impossible.

Bien sûr Brel est magnifique, dans ce rôle de paumé des plus communs : on en arrive même à se demander comment il a pu séduire sa femme (la belle Caroline Cellier). Il est un véritable crampon dont Milan/Ventura ne pourra à aucun moment se défaire, amenant en même temps sa perte. Cette perte est bien sûr inévitable : Milan est avant tout un tueur, rôle que Ventura interprète tout naturellement (2), avec sa retenue habituelle, et des regards qui font mouche, évitant d’inutiles bavardages.

 

Et au final, un film qui n’a rien perdu de sa force comique, plus de 45 ans après sa sortie, amenant même Veber à en faire un remake en 2008, avec Berry et Timsit en lieu et place de Ventura et Brel (3).

 

  1. Ce n’est pas leur première collaboration.
  2. Comme ses autres rôles : Ventura devait croire au personnage qu’il interprétait.
  3. Mais ceci est une autre histoire, comme vous vous en doutez…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #René Clément
La Bataille du rail (René Clément, 1946)

1944.

Les Alliés vont bientôt débarquer. La SNCF continue son travail de sape auprès de l’armée d’Occupation, enchaînant sabotages sur sabotages, avec malheureusement les victimes collatérales inévitables.

 

Alors que la deuxième Guerre Mondiale est à peine terminée, René Clément tourne ce film hommage à la SNCF, avec des moyens considérables : plusieurs trains sont déraillés, de très nombreux acteurs plus ou moins professionnels… Le tout chapeauté par le CNR (1) comme annoncé en préambule.

Cela ressemble à un documentaire, une voix off (Charles Boyer) qui va rapidement laisser la place aux images, un dessin valant mieux qu’un long discours.

 

C’est donc une magnifique plongée dans un appareil d’état avec en toile de fond la Libération et surtout la victoire, qui intervient d’ailleurs dans les tout premiers mois de tournage.

Et quasiment tous les cheminots sont de braves résistants, ce qui fut tout à fait vrai. Part contre, toujours dans l’euphorie de la victoire et du souci de faire repartir le pays rapidement, la Collaboration n’est quasiment pas évoquée dans tout le film : seule une référence à un type qui a de « longues oreilles » : comprenez qu’il est susceptible de dénoncer leurs agissements.

 

Mais au-delà de ce corps irréprochable, c’est un magnifique documentaire du fonctionnement d’un réseau de Résistance à l’échelle nationale : Résistance-Fer qui opéra de 1943 à 1945,

C’est une formidable organisation qui concerne tous les secteurs, du cheminot à l’ingénieur, au  nez et là la barbe des Allemands.

Tenir le rôle d’un Allemand ne devait pas être bien facile à cette époque.

Et si la majorité des entreprises de sabotage sont couronnées de succès, cela n’empêche pas quelques cuisants revers, montrés ici à travers deux réalités plutôt terribles :

  • les otages : six hommes de la SNCF, tous postes confondus, sont arrêtés et conduit à un mur où ils sont fusillés, un par un, pendant que les machinistes font siffler leur machine, couvrant mal les différentes déflagrations des armes. On ne peut oublier le visage du dernier cheminot qui sera abattu, le dos aux armes, apercevant une araignée, dernier signe de vie qu’il verra avant de tomber lui aussi.
  • Le maquis : a  lors que le convoi blindé est arrêté suite à une énième opération de sabotage, empêchent ces renforts de rejoindre le deuxième front qui s’est ouvert en Normandie, une armée de résistant, mal armés et mal entraînés et surtout mal organisés, va tenter de détruire les différentes pièces d’artillerie ainsi que les blindés du transport. Ils seront éliminés impitoyablement, avec en fin d’assaut les mouvements d’un char qui va achever les rares survivants.

 

Ces deux éléments sont très justes et surtout d’une grande authenticité : pas de héros ou de vedette, seulement des hommes comme ceux qui allèrent voir le film, et peut-être même certains ont pu se reconnaître parmi ces différents acteurs de l’ombre.

Mais surtout, les différentes étapes de l’intrigue mettent en scène des hommes (2) dans ce qu’ils ont de plus humains. Même les soldats allemands ne sont pas toujours montrés comme des bourreaux assoiffés de sang : bloqués par les incessants actes de sabotage sur les voies, les soldats se reposent sur le talus, les uns préparant la nourriture, d’autres se reposant au soleil, et on entend même un accordéon (3).

Même quand ils liquident le maquis qui les attaque, ce ne sont que des soldats qui font leur métier. On ne retrouve l’exaltation nazie qu’au moment où un officier explique (en allemand) le sort des otages si le sabotage ne s’arrête pas. C’en serait presque caricatural s’il n’y avait pas les six fusillés qui vont suivre.

Si les soldats allemands ne sont pas tous montrés comme des nazis exaltés, la musique d’Yves Baudrier rappellera tout de même les racines de l’Occupation : en effet, à différentes séquences concernant l’armée allemande, on peut reconnaître quelques bribes de mélodie de l’hymne nazi qui eut cours jusqu’à la capitulation : le Horst-Wessel-Lied. Ce rappel musical pour nous dire que même si tous les Allemands n’étaient pas des nazis, cela n’empêcha pas une très large proportion d’entre eux de chanter cet hymne aux grands événements (4).

 

Bien sûr, dans la foulée de sa sortie, ce fut une consécration au premier (5) festival de Cannes, et les premiers pas remarqués de ce cinéaste qui tournera d’autres films de la période, dont l’énorme Paris brule-t-il, autre sommet du genre.

Mais la grande force de ce film sur ceux qui le suivront – de Clément comme des autres – c’est le témoignage de cette Résistance ferrée alors que le conflit est à peine terminé quand le tournage se fait. C’est aussi un témoignage très précis de ce qui a pu se passer pendant ces années d’Occupation.

Malheureusement, ce genre de témoignage sur les conflits va rapidement disparaître du cinéma français, les différentes défaites n’étant pas spécialement glorieuses, tout comme l’attitude de certains militaires.

 

Quoi qu’il en soit, deux mois plus tard Clément revenait sur les écrans avec un autre film traitant de la Résistance (dû pour beaucoup au travail de Noël-Noël) : Le Père tranquille : (La Vie d'une famille française durant l'Occupation.

Mais comme d’habitude : ceci est une autre histoire.

 

  1. Conseil National de la Résistance.
  2. Et très peu de femmes : 3 seulement disent quelques mots.
  3. Cet accordéon aura d’ailleurs son importance plus tard, dans le spectaculaire déraillement.
  4. Avant chaque concert de musique classique, par exemple.
  5. Celui de septembre 1939 fut annulé, pour cause de guerre mondiale…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Horreur, #Julius Avery
Overlord (Julius Avery, 2018)

Nuit du 6 juin 1944 : à 6 heures, les troupes vont débarquer sur les plages de Normandie.

Pour l’instant, les troupes parachutées traversent les lignes pour désorganiser l’armée allemande quand le premier tir de barrage aura lieu.

C’est dans un cargo volant qu’on découvre le soldat Boyce (Jovan Adepo) et ses camarades, dont l’objectif est un poste de transmission installé dans une église, qu’ils doivent détruire avant le commencement de l’opération militaire la plus spectaculaire du 20ème siècle, dont le nom de code est Overlord (1).

Mais arrivés à cette église, les quelques rescapés se retrouvent en présence d’une organisation qui va au-delà d’une simple base de communication : dans le souterrain de l’église, des expériences terribles sont mises au point avec des cobayes récupérés dans la population locale.

 

Nous assistons à un retour en force de la Seconde Guerre mondiale au cinéma ces dernières années, et ici, Julius Avery nous propose un mélange des genres, rappelant un peu le second opus des aventures de Captain America (2) pour les expérimentations nazis, une dimension horrifique en plus.

 

Le début du film n’est pas sans nous rappeler Il faut sauver le Soldat Ryan, mais rassurez-vous, n’est pas Spielberg qui veut. Parce que rapidement, ce qui devait être toute un escadron se retrouve presque anéanti : seuls 6 soldats ont survécu suite aux tirs de la DCA qui a détruit leur appareil. Et certains pas longtemps après.

Là s’arrête donc le rappel, Avery, se démarquant alors totalement du maître Spielberg, donne une dimension surréelle à son film, utilisant des teintes peu communes dans les films de guerre. Mais cela ne dure pas et le réel (ou supposé tel) revient et nous emmène dans une histoire improbable de recherche de l’immortalité : comme toujours avec les nazis (les méchants toutes catégories) on peut développer des histoires plus ou moins réalistes, accumulant n’importe quelle atrocité ou élément surnaturel (cf. Hellboy).

 

Alors on regarde avec un sourire narquois cette histoire fort improbable où alternent les scènes fortes et les moments un peu plus calmes, mais pas obligatoirement sans violence. On y retrouve la même exposition réaliste des différents accessoires guerriers avec moult litres d’hémoglobine, cela va de soi : nous sommes dans un film d’horreur, tout de même !

C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’on a du mal à y croire : Avery a tendance à en faire un peu trop, basculant à un moment plus du côté gore sans vraiment en revenir.

 

Pour le reste, c’est un film encore une fois distrayant, mais n’attendez pas autre chose. ON y trouve quelques personnages franchement retors : Ford (Wyatt Russell, le fils de Kurt) et Wafner (Pilou « Euron Greyjoy » Asbæk).

Ford est un vétéran, comparé à Boyce ou ses compagnons : il a fait la campagne d’Italie. De plus, ses pratiques sont fort étranges pour Boyce, qui n’est rien d’autre qu’un bleu dans un jeu de grands. Le pragmatisme de Ford va d’ailleurs à l’encontre des belles idées de Boyce, considérant la mort des compagnons comme un mal nécessaire.

En face, on trouve l’infâme Wafner, et donc Asbæk encore une fois dans un rôle de gros méchant, avec ce qu’il faut de cruauté.

Face à ces deux hommes très particuliers, Boyce fait bonne figure, son court engagement ne l’ayant pas encore rendu insensible voire inhumain. Et en plus, il est noir, ce qui est plutôt rare pour les films narrant cette période parce qu’il ne meurt pas avant la fin !

Reste l’élément féminin, Chloé (Mathilde Ollivier), actrice française qui donne un cachet d’authenticité à son rôle, nous évitant quelques idiomes français habituels avec un accent nord-américain prononcé un tantinet artificiels.

Si le film est parfois très (trop ?) spectaculaire – ça explose de partout – on peut toutefois noter un superbe maquillage : il faut dire qu’ils sont une quarantaine de la conception à la réalisation.

 

Au final, un film pas si mal que ça, mais réservé plutôt aux amateurs du genre : professeur Allen John, vous êtes excusé.

 

  1. Voilà pour le titre.
  2. The winter Soldier (2014)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Buster Keaton
Frigo Déménageur (Cops - Edward F. Cline & Buster Keaton, 1922)

« Frigo ».

Encore une fois, quelle horreur ! Il était de bon ton dans le premier quart du 20ème siècle de donner un nom supposé comique à ceux qui l’étaient vraiment. Voici donc Buster Keaton affublé de cet autre sobriquet on ne peut plus ridicule (1).

Pourtant, le titre original « flics » était très parlant, mais est-ce dû à la morale de l’époque qui ne voulait pas qu’on dénigre les représentants de l’ordre qu’on ait affublé le grand Buster de ce surnom minable ?

Qu’importe, c’est avant tout le film qui nous intéresse.

 

Un jeune homme (Buster) derrière des barreaux parle avec la jeune femme (Virginia Fox) qu’il aime.  Heureusement pour lui (et pour l’instant), ce sont ceux de la grille de la propriété de la famille de cette jeune femme.

Mais son exigence est celle-ci : elle n’épousera qu’un (riche) homme d’affaires.

Le jeune homme va donc s’essayer aux affaires, avec beaucoup de maladresse et de malchance.

 

Autant le dire tout de suite, il s’agit du rare – sinon le seul – film où tout se termine mal pour son personnage. Mais comme nous sommes avec Buster Keaton, c’est un festival de gags qui nous emmène à cette fin malheureuse.

Comme l’a souligné avant moi mon ami le professeur Allen John, on part sur une méprise qui est en même temps prémonitoire : Buster derrière les barreaux. La jeune femme lui parle et le quitte comme on peut l’attendre de quelqu’un en prison, où il n’est pas.

Mais ces barreaux de prison annoncent cette fin malheureuse, surtout avec le nombre phénoménal de policiers utilisés dans le film.

 

Mais il faut attendre la deuxième moitié du film pour que le rythme s’emballe et que les flics commencent à apparaître.

La première partie nous montre une tentative de faire des affaires, à partir d’un argent acquis de manière fort peu orthodoxe, voire illégale.

Mais cet argent est vite dépensé auprès d’un faux vendeur de mobilier, mais véritable escroc Edward F. Cline qui coréalise le film.

Ici s’arrêtent donc les affaires pour notre malheureux héros, et là vont commencer ses déboires spectaculaires et drôles.

Il semble que nous sommes le 17 mars puisqu’on assiste au défilé annuel des policiers : cette date devient donc prétexte à l’overdose de policiers.

C’est aussi le prétexte à des gags plus ou moins spectaculaires (prendre une voiture en marche, équilibre sur une échelle…), avec toujours plus de policiers intervenant dans cette chasse à l’homme.

Bien sûr, on pense Mack Sennett et ses Keystone Cops, mais aussi à Harold Lloyd, mais pour des raisons beaucoup moins drôles : Lloyd a perdu une partie de sa main avec le même genre d’explosif et la même situation que Buster, voulant allumer une cigarette avec.

 

Quoi qu’il en soit, ce sont « deux bobines de joie » (2) de très haute volée, où Keaton et Cline nous régalent sans mesure, jouant avec bonheur sur l’apparence de Keaton ainsi que ses qualités athlétiques et sa souplesse légendaire.

Bref, du très grand Keaton, malgré un format plutôt court (environ 18 minutes).

 

IN-CON-TOUR-NA-BLE !

 

 

  1. Il y a eu aussi le périssable Malek…
  2. Cf. The Kid : « 6 reels of joy » annonçait l’affiche aux spectateurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Wes Craven
La Colline a des yeux (The Hills have eyes - Wes Craven, 1977)

La famille Carter est en route pour la Californie, avec un petit crochet par le Nouveau-Mexique pour y voir une mine désaffectée qui lui appartiendrait.

Et à l’instar de David Vincent (1), ils cherchent un raccourci qu’ils ne trouvent pas et se retrouvent seuls au milieu du désert.

Enfin pas vraiment seuls : des yeux les observent dans les collines environnantes (2).

Et ces yeux appartiennent à des gens qui ne sont pas spécialement hospitaliers. Sauf si on considère que manger ses hôtes est la norme de l’hospitalité de l’Ouest…

 

Vous l’avez compris, Wes Craven nous propose ici un film d’horreur, où les images sont fortes et les nerfs des spectateurs mis à rude épreuve.

Il faut dire qu’il ne fait pas dans la dentelle avec cette tribu de sauvages dont le mode de vie se situe quelque part entre l’ère contemporaine et l’âge des cavernes. J’aurais pu les comparer aux Indiens d’Amérique mais je respecte trop ce peuple pour le comparer à ces brutes hirsutes et violentes.

Ces curieux paroissiens sont vêtus de peaux de bêtes mais utilisent des talkies-walkies ou des jumelles de précisions, héritage de la base militaire proche.


Parce que si le film commence doucement et que les sauvages ne sont utilisés qu’en caméra subjectives (à travers des jumelles), rapidement, nous les apercevons et leur malfaisance est des plus sauvages voire barbare : corps empalé sur une porte ; Carter Sr. (Russ Grieve) crucifié ; chien ouvert, démembré et mangé…

Il semble que Craven se base sur une histoire vraie – le clan de Sawney Bean en Ecosse au début du 17ème siècle – et la situation de l’intrigue dans le désert du Nouveau-Mexique est la raison de l’existence de ce clan bien particulier.

En effet, dans les années 1950s, ce désert fut le théâtre d’explosions nucléaires à titre d’essais. Il est clair que ces gens soumis aux radiations inévitables (3) ont pu dégénérer pour devenir cette tribu de créatures presque humaines.

De plus, la présence de Michael Berryman et son physique particulier corroborent cette explication : rappelez-vous Vol au-dessus d’un nid de coucous, c’est le grand chauve au regard de demeuré.

 

On notera aussi les noms des membres de la tribu, inspirés des dieux romains : Jupiter (James Whitworth), Pluto (Michel Berryman), Mars (Lance Gordon), Mercury (Arthur King/Peter Locke). Les femmes n’ont pas la chance de porter des noms de déesses : Mama Jupiter (Cordy Clark) et Ruby (Janus Blythe), sa fille qui veut s’enfuir de cet environnement in ne peut plus toxique.

Autre particularité onomastique : les chiens ont pour nom Beauty (de son vrai nom Flora) et Beast (Striker), rappelant les personnages principaux du conte de madame Leprince de Beaumont.

 

Avec ce film, Wes Craven obtient ses titres de noblesse dans ce genre pas toujours vraiment subtil, continuant sur la lancée du célèbre Texas chain saw Massacre sorti trois ans plus tôt, et qu’il aime beaucoup. Mais c’est ce même film qui va lui permettre de s’asseoir durablement et de faire ainsi évoluer le genre horrifique, avec ses deux séries : Nightmare on Elm Street et Scream.

Est-il besoin de préciser que ceci est autre histoire ?

 

  1. Roy Thinnes.
  2. D’où le titre original : « Les collines ont des yeux ». A ce propos, pourquoi avoir singularisé le titre français ?
  3. Le vieux Fred (John Steadman) explique au début qu’il est là depuis 1929.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Glen, #Espionnage, #James Bond
Rien que pour vos Yeux (For your Eyes only - John Glen, 1981)

Comme annoncé à la fin de The Spy who loved me, voici enfin le nouveau James Bond (Roger Moore) !

Entretemps, nous avons – hélas – eu droit à l’abominable Moonraker. Mais Lewis Gilbert n’a pas été repris et c’est un de ses assistants – John Glen – qui reprend le flambeau.

En effet, Glen était assistant de Gilbert dans le calamiteux épisode précédent.

En prenant la suite des réalisateurs de la franchise, Glen fait une espèce de mise à jour : on retrouve James dans ses œuvres avec les différents items du cahier des charges : un clin d’œil à Blofeld (John Hollis) qu’on aperçoit de dos, chauve sur son fauteuil roulant, avec son inévitable chat blanc ; un retour sur la Guerre Froide avec la présence du chef du KGB, le général Gogol (Walter Gotell) ; et surtout le retour de la séquence dans le bureau de Moneypenny (Lois Maxwell), avec chapeau qui atterrit sur le perroquet.

Sans oublier Q (Desmond Llewelyn) ou encore le ministre de la Défense (Geoffrey Keen), mais pas M (Bernard Lee), ce dernier étant mort au début de l’année 1981.

 

On y trouve aussi la réplique mythique « My name is Bond, James Bond. » Ainsi qu’un rappel du formidable On Her Majesty’s secret Service, en séquence d’introduction, Bond visitant la tombe de celle qu’il a vraiment aimée, avant que l’action s’emballe et mette un terme définitif à la collaboration de Blofeld, au terme d’un combat héliporté.

Ce rappel n’est pas anodin, puisque Bond va à nouveau faire affaire avec un Méditerranéen – le Grec Columbo (Chaim Topol) – mais sans les attaches familiales de Draco (Gabriele Ferzetti), el père de Teresa (Diana Rigg).

Autre clin d’œil : l’intrigue se situe en Grèce, tout comme un film précédent où joua Roger Moore deux ans plus tôt, Escape to Athena.

 

Bref, nous sommes en territoire connu, et Glen en profite pour imprimer sa patte pour les prochains films, avec surtout la colombe qui s’envole dans un moment de tension, effet qu’il réutilisera plus tard dans les mêmes circonstances, jouant avec un certain plaisir avec les nerfs des spectateurs.

Cette fois-ci, Bond doit récupérer un décodeur (1), pendant qu’un nouveau mégalomane un tantinet psychopathe veut en faire de même. Ce dernier est devenu un habitué des rôles de méchants part la suite : Julian « Pycelle » Glover.

 

Glen en profite pour faire ses gammes puisqu’il propose quelques scènes d’action déjà éprouvées dans la série, sans en faire des tonnes comme son prédécesseur : poursuite en voiture, à skis, séquence d’hélicoptère…

C’est à nouveau un festival, mais Glen sait s’arrêter à temps, refusant donc la démesure de l’opus précédent.

On retrouve le James Bond qu’on connaît, même si, tout comme Moneypenny, il commence à accuser son âge (2).

A ses côtés, on trouve la très belle – mais un tantinet froide – Carole Bouquet, ce qui permet à Bond et surtout Glen de jouer sur les mots à propos du titre : les yeux magnifiques de la belle Carole devenant un dérivatif de la formule officielle des services secrets à propos de dossiers on ne peut plus sensibles.

 

Pour le reste c’est un épisode tout à fait réjouissant, recadrant la franchise vers un aspect des plus humains, sinon authentique (3), ce qui faisait cruellement défaut un film précédent (4).

Alors laissez-vous faire et savourez ce retour en force de l’agent secret le plus populaire au monde, bien loin devant OSS 117 ou encore Austin Powers

 

 

  1. Tiens, c’était déjà ça dans From Russia with love
  2. Il s’agit de l’antépénultième (j’adore ce mot) que tourne Roger « Brett Sinclair » Moore…
  3. Non, James Bond n’a jamais été authentique. S’il l’était, ce ne serait plus James Bond…
  4. Vous ai-je dit qu’il était plutôt minable ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John H. Collins, #Drame
Children of Eve (John H. Collins, 1915)

« Filles d’Eve », telle est la traduction qu’on pourrait donner de ce Children of Eve, tant les personnages principaux sont deux femmes, la mère « Flossie » Wilson (Nellie Grant) et sa fille « Fifty-Fifty » Mamie (Viola Dana).

Flossie habite la chambre adjacente de celle d’Henry Clay (1)  Madison (Robert Conness), un jeune homme promis à un brillant avenir.

C’est pourquoi enceinte, elle disparaît de sa vie et s’en va mourir dans les bas quartiers, laissant une petite fille qu’une voisine va élever. Dans le même temps, Madison recueille Bert, le fils de son frère qui vient de mourir.

17 ans plus tard, alors que Madison devenu un « capitaliste », Bert (Robert Walker) rencontre Mamie. Une idylle inévitable se noue entre eux deux, sur fond de travail des enfants.

 

Nous sommes deux ans avant le formidable Blue Jeans, et John H. Collins, déjà, y montre son immense talent. Il réunit déjà le duo Dana-Walker dans un drame social des plus noirs.

En effet, en plus du milieu très bas dans lequel évolue Mamie, Collins décrit l’enfer que vivent les enfants dans l’usine de Madison, où Mamie est envoyée afin de repérer les différents manquements à la sécurité ainsi que les conditions déplorables dans lesquelles évoluent les enfants.

Ces conditions sont tellement terribles qu’un incendie se déclare qui tuera de nombreuses fillettes, les conditions désastreuses (2) – une seule issue de secours, fermée, cela va de soi – n’ayant pas permis de les sauver toutes.

 

Le film se divise en quatre parties : un prologue qui présente le passé ; 17 ans après, la vie de plutôt dissolue de Mamie, pendant que Bert se lance dans le social ; le rachat de Mamie après sa rencontre avec Bert ; la catastrophe qui amène une fin des plus malheureuses.

En effet, afin de bien enfoncer l’argument social du film, Collins – qui est aussi le scénariste – n’hésite pas à terminer le film de la façon la plus triste possible, la mort des fillettes n’en étant qu’une étape.

 

Mais ce qui frappe encore une fois le spectateur, c’est la maîtrise de Collins. Je l’ai déjà évoquée dans Blue Jeans, mais je ne peux que me répéter tant sa technique et  sa façon de raconter sont magnifiques. Certes, on ne passe pas à côté d’un aspect édifiant, le pan social étant tout de même le moteur de l’intrigue, mais la façon de développer l’histoire s’accompagne d’une technique des plus sûres ainsi qu’un montage au rythme collant aux différentes péripéties : l’incendie gigantesque est traité de façon rapide, sans pour autant amener de confusion dans l’esprit du spectateur. Il montre dans un montage parallèle subtile différents points de vue de cet incendie : le public assemblé qui commente ce qu’il voit ; Madison qui se dit qu’il a négligé quelque chose ; les pompiers qui prennent d’assaut le bâtiment en flammes ; et Mamie qui se retrouve piégée.

Le tout pour finir sur les cadavres des fillettes qui n’ont pu être totalement sauvées.

 

De plus, il a recours à de nombreuses surimpressions afin d’illustrer les différentes pensées et autres influences humaines que peuvent éprouver les différents protagonistes : Mamie et Bert, bien sûr, mais aussi Bernie the Gyp (Tom Blake) – Bernie « le Gitan » – le « régulier » de Mamie avant de devenir un meurtrier, et qui aura tout le temps de méditer et se rappeler les paroles de Mamie en prison.

Ces surimpressions sont certes des rappels moraux mais ils sont dans la droite ligne du propos.

De plus, Collins utilise avec beaucoup d’aisance des plans de coupes rapprochés qui mettent en évidence certains détails indispensables de l’intrigue ou des personnages, comme il le fera de la même façon dans l’autre film mentionné plus haut.

 

Je terminerai en disant que les différents acteurs sont encore une fois dans le ton. Viola Dana et ses beaux yeux bleus nous expose toute l’étendue de son talent (c’est déjà son 6ème film avec celui qui partage alors sa vie), de la joie au désespoir ; Tom Blake en meurtrier presque malgré lui ; Robert Walker en rédempteur (3) ; ou encore Robert Conness, en industriel sans scrupule, broyé par sa propre négligence, doublée d’une absence d’humanité pour ce qui n’est que sa main-d’œuvre, qui ne le gêne pas pour dormir.

Une mention spéciale pour Nellie Grant qui interprète celle par qui tout arrive, d’une certaine façon : c’est une femme de mauvaise vie et son apparition après une nuit de débauche, entre le désespoir et la gaité alcoolique est des plus juste voire très émouvante.

 

Il est tempos de donner sa vraie place à John H. Collins, véritable génie du cinéma, sans cesse en avance sur son temps (4), fauché en pleine jeunesse par cette Grippe Espagnole des plus meurtrières, trois ans presque jour pour jour après la sortie de ce film.

 

 

  1. Il semble que John H. Collins avait une préférence pour ces deux prénoms : au moins trois films ont un personnage qui les porte…
  2. Dans son magnifique Behind the Mask of innocence, Kevin Brownlow y fait référence, sans toutefois le classer dans le chapitre sur le travail infantile.
  3. C’est un film américain, ne l’oubliez pas !
  4. Dans ce que j’ai pu en voir.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John H. Collins, #Comédie dramatique
Blue Jeans (John H. Collins, 1917)

FA-BU-LEUX !

 

Nous sommes fin 1917 quand sort le film, et pourtant, nous avons l’impression d’être dix ans plus tard, tant ce film est réalisé d’une main de maître par John H. Collins, un réalisateur aujourd’hui oublié (1). Il faut dire qu’il fut l’une des millions de victimes de la grippe espagnole et mourut l’année suivante, à même pas 29 ans.

 

Il y a dans ce film une maturité et une utilisation des techniques cinématographiques des plus habiles et pertinentes. On y a recours à des flashbacks introduits par de très beaux fondus enchaînés (et de même quand on en sort), ainsi qu'à des gros plans magnifiques sur les visages ou sur des détails en plans de coupe, avec des intentions variées: accentuation de sentiments ou d'émotions, ou encore afin d'annoncer ce qui va suivre (dans la bagarre finale par exemple).

 

Mais reprenons.

Junie (Viola Dana – Mrs Collins à la ville) est une jeune vagabonde, seule, vêtue d'une salopette (2) trois fois trop grande pour elle. 

Perry Bascom (Robert Walker) se rend à Rising Sun (« Soleil Levant » : ça a de l’allure), où il va reprendre la scierie du beau-frère de son père, l’infâme Jack Bascom (Augustus Philips). Ce dernier y a laissé une odeur de soufre puisqu’il est parti avec une jeune femme du pays qu’il a ensuite lâchement abandonnée, avec un enfant.

Junie et Perry se rencontrent et décident d’aller ensemble à Rising Sun. Il reprend donc la scierie (après avoir changé de nom), pendant qu’elle s’installe chez un couple de vieilles personnes qui ont perdu leur fille partie avec un étranger (3).

Dans le même temps, dans cette même ville, Ben Boone (Clifford Bruce, qui suivra Collins et mourra un an après), le magnat du coin veut contrôler la scierie (un ennemi, donc).

Ajoutez à cela le débarquement (le mot n’est pas trop fort) de la belle et insidieuse Dora Endaly (Sally Crute) qui annonce – en pleine élection – qu’elle est la vraie femme de Bascom et vous aurez un mélo des plus compliqués dû, en partie à la célèbre June Mathis qui adapta avec Charles A. Taylor une pièce de Joseph Arthur (on a connu June Mathis moins compliquée dans ses scénarii).

 

Résumer l’intrigue est très difficile – voir plus haut – car ce sont des événements qui s’accumulent pendant la première moitié du film (et même un peu au-delà) pour notre duo de vedettes, amenant des situations qui ne sont pas sans rappeler les mélodrames de Griffith.

Mais comme le souligne mon ami le professeur Allen John, Collins ne se contente pas de ce genre d’histoire et désamorce rapidement ce qui aurait pu nous ramener à Way down East, par exemple (la jeune femme seule avec son bébé).

Et ce qui fait la force de l’intrigue, ce sont les différents interprètes. Viola Dana et Robert Walker, bien sûr, mais le couple de méchants – Clifford Bruce & Sally Crute – est des plus haïssables et donc magnifique (4). Mais les grands-parents eux aussi ont un rôle déterminant, même si leur statut est un tantinet trop coïncident. Et je pense surtout à l’immense Russel Simpson – acteur récurrent de John Ford – dans le rôle du patriarche meurtri par l’histoire de sa fille, et qui cette fois chasse sa petite-fille de chez lui, dans une scène des plus belles :

  • D’un côté Junie qui regarde son grand-père avec défi et lève les yeux vers lui ;
  • De l’autre le vieil homme qui baisse le regard vers sa petite-fille pendant que la caméra se place derrière lui pour nous proposer une plongée vers elle, accentuant l’ascendant du tyran familial.

 

Cette rencontre est l’une des nombreuses fois où  Collins demande à la caméra de John Arnold et/ou William H. Tuers des cadrages particuliers : gros plans très rapprochés des visages et surtout des yeux, plans de coupe amenant une tension grandissante pendant l’affrontement final.

 

Cet affrontement montre alors c e qui allait devenir un classique du suspense dans une scierie : le héros inconscient qui est placé sur le plateau qui s’approche de l’immense scie électrique…

Un grand moment de cinéma encore une fois.

 

A nouveau, je rejoins mon ami le professeur Allen John et vous invite fortement à voir ce film – malgré son scénario un petit peu trop compliqué – d’un réalisateur aujourd’hui oublié et qui pourtant savait faire du cinéma.

Par contre, la copie que j’ai pu visionner n’est pas dans un état des plus formidables et il arrive que la pellicule soit (irrémédiablement) abîmée, rappelant parfois les films psychédéliques, la musique en moins…

Qu’importe, le film est absolument magnifique !

 

  1. Pas de tout le monde, heureusement, mais sa courte vie le rend tout de même obscur.
  2. D’où le titre : la matière de cet immense vêtement.
  3. C’est bon ? Vous avez compris que c’était ses grands-parents ?
  4. C’est toujours pareil : un film ne peut pas être réussi si les méchants sont quelconques.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Bryant, #Drame
Salomé (Charles Bryant, 1922)

Salomé (Alla Nazimova) est la fille d’Hérodias (Rose Dione) et la belle-fille d’Hérode (Mitchell Lewis). Elle est en outre d’une très grande beauté, la chevelure constellée de perles brillantes, telle que son beau-père aimerait bien la séduire.

Mais son cœur est déjà pris, involontairement, par le prophète Jean Baptiste (Nigel De Brulier), appelé ici Jokaanan.

Comme Jokaanan se refuse à elle, Salomé accepte de danser pour Hérode, qui était prêt à tout pour cela.

Après la danse, elle demande la tête du prophète, que son beau-père n’est pas très enclin à lui accorder.

 

Charles Bryant fut une comète dans le cinéma américain : il n’a réalisé que trois films, dont un en tant qu’assistant d’Herbert Blaché, Salomé étant son dernier.

Dernier parce qu’il fut un four impressionnant, l’esthétique du film allant à l’encontre des canons de l’époque.

Pourtant, les décors et costumes, créés par Natacha Rambova (1), sont de toute beauté.

Mais cet insuccès peut aussi s’expliquer par une mise en scène des plus théâtrales, voire trop théâtrale. Les personnages sont extrêmement statiques, la seule qui évolue le plus sur l’écran étant Salomé.

Cette théâtralisation a de plus des allures un peu trop grandiloquentes, qui rappelle un peu trop les pièces filmées des débuts du cinéma.

 

Bien sûr, le public de 1922-23 connaît l’histoire que raconte le film, beaucoup plus que celui de maintenant. Et on n’attend avec impatience les deux grands moments de cette histoire : la danse du voile et la décollation (2) de Jokaanan.

Si la danse est au rendez-vous (impossible de faire autrement), le supplice est suggéré, le soldat remontant avec le plateau d’argent sans qu’on puisse y distinguer quoi que ce soit, l’inclinaison que Salomé poursuit nous obligeant à faire preuve d’imagination, jusqu’à ce qu’elle couvre ce plateau de sa traîne.

 

Autre facteur d’insuccès, Alla Nazimova. Le rôle dans le film a beau avoir été créé pour elle, elle ne correspond pas vraiment au personnage initial : Salomé était une jeune fille, et Nazimova ne peut pas vraiment faire illusion (3). Elle n’en est pas moins une très belle Salomé, dont les tenues et coiffures tranchent énormément avec la période de l’intrigue. En effet, nous sommes en Judée, un peu avant l’arrivée de Jésus (4). Ses différentes coiffures sont d’ailleurs très marquées années 1920s.

Il est amusant de constater que le roi Hérode est plus représenté comme un empereur romain qu’un tétrarque de Galilée (et de Pérée). De plus, on retrouve chez lui une concupiscence qu’on retrouve chez ces mêmes empereurs romains au cinéma.

 

Face à Nazimova, on retrouve avec plaisir Nigel De Brulier (Richelieu dans Les trois Mousquetaires de Fred Niblo), pour un Jokaanan encore une fois dans le ton. Son aspect un tantinet chétif  accentue son rôle de prophète, sans toutefois lui ôter son charme. Heureusement, sinon on n’aurait pas beaucoup cru au désir de Salomé pour cet homme.

 

Si on peut trouver le film lent et parfois un peu trop statique (euphémisme), on ne peut sous-estimer l’esthétique générale : Rambova a dessiné des costumes magnifiques, ainsi que des décors somptueux qui accentuent le côté théâtre filmé, mais qui aurait mérité d’être tourné en Technicolor. Tout comme les plans de coupe montrant les pensées de Salomé à la façon des scènes évangéliques dans Ben Hur a Tale of the Christ.

Par contre, le surjeu devient pénible, surtout avec Rose Dione.

A voir ? Pourquoi pas. Mais un film ce ne sont pas seulement des beaux décors et de superbes costumes. Dommage.

 

 

  1. Madame Rudolph Valentino à la ville (1923-1926). Elle signe aussi le scénario d’après Oscar Wilde.
  2. « Décapitation », si vous préférez.
  3. Quand le film est présenté pour la première fois, Nazimova a déjà passé la quarantaine…
  4. Jean-Baptiste, cousin de JC, annonce sa venue (cf. Matthieu et Luc).

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