Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Wes Craven
Les Griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street - Wes Craven, 1984)

Décidément, Wes Craven était un  cinéaste qui savait faire peur aux spectateurs.

Avec la naissance de Freddy Krueger (Robert Englund), personnage devenu mythique maintenant, il monte d’un cran par rapport à son autre film mythique précédent : La Colline a des yeux.

Et la nature même de Freddy en fait un personnage autrement plus dangereux et effrayant.

Mais reprenons.

 

Nancy (Heather Langenkamp), Glenn (Johnny Depp), Tina (Amanda Wyss) et Rod (Jsu Garcia) ont tous les quatre eu un cauchemar des plus terribles la même nuit. Ils étaient poursuivis par un homme au visage brûlé et portant un pull rouge et vert, un vieux chapeau ainsi qu’un gant ayant des lames acérés au bout des doigts. Cet être est des plus insidieux puisqu’il n’apparaît que pendant les rêves.

Encore que…

 

Si le cinéma d’horreur est un genre à part, souvent marginalisé des cinéphiles purs et durs, on ne peut pas sous-estimer le talent de Wes Craven. Avec Freddy, c’est un être qui constitue une synthèse des différents personnages horrifiques qui existent au cinéma (sauf le vampire).

Freddy est à la foi un mort-vivant et un cauchemar, dans le sens premier du terme, apparaissant pendant le sommeil paradoxal de ses victimes. De plus, ses doigts en larmes de rasoir en font un tueur très sanglant. Et question hémoglobine, nous sommes servis, entre la mort de Tina qui ouvre le bal et celle de (1) qui a lieu avant l’affrontement final (obligatoire), c’est plus qu’un bain de sang qui nous est proposé.

Quant à la résolution de l’intrigue, alors qu’on croit que Craven va s’en sortir avec une pirouette, un basculement de dernière minute la relance, ouvrant la porte à une éventuelle suite… (2)

Et le succès du film (et des autres à venir) est dû à Robert Englund, et surtout son maquillage qui durait 3 heures avant qu’il puisse tourner (3).

 

Quant aux autres protagonistes, on remarque la présence d’un jeune premier dont c’est l’apparition : Johnny Depp, avec une belle coiffure années 1980s. La musique de Charles Bernstein elle aussi date des années 1980s, avec cette utilisation récurrente des synthétiseurs qui donnent tout de même un aspect passé à la musique. Par contre, les différentes séquences musicales, préludes à des moments d’épouvante, accentuent l’atmosphère terrifiante du film.

 

Bien sûr, Wes Craven connaît bien son sujet et joue avec les nerfs des spectateurs. On a droit à un galop d’essai quand Glenn va vérifier dans le jardin qu’il n’y a personne. C’est un élément qui revient souvent chez Craven, et en général avant d’entrer pleinement dans le vif du sujet, tout comme le font les lames de Freddy…

De plus, la séquence d’introduction qui nous présente l’élaboration du gant ne révèle pas tout de suite le visage effrayant de Krueger. Deux raisons à cela : maintenir le plus longtemps le mystère autour de ce nouveau personnage ; et surtout parce que ce n’est pas Robert Englund qui évolue. En effet, seul le cascadeur Charles Belardinelli était capable de fixer les lames sur la structure.

 

Bref, un film d’horreur dans toute sa splendeur, pour peu qu’on aime ce genre.

 

PS : le film que regarde Glenn à la télévision est Evil Dead de Sam Raimi. Ce dernier répondra à Craven en accrochant le gant de Freddy à un mur dans Evil Dead 2.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous le dire…
  2. Il y en aura d’ailleurs 7 avant un remake en 2010 avec Jackie Earle Haley en lieu et place de Robert Englund.
  3. Oui, ça nous rappelle quelqu’un, mais qui faisait ses maquillages seul : Lon Chaney.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #Charles Chaplin
Charlot Soldat (Shoulder Arms - Charles Chaplin, 1918)

Alors que la première Guerre mondiale se terminait (1), Charles Chaplin en rajoute une couche dans la propagande. Après le (très) court The Bond, il met en scène son personnage de vagabond au cœur de l’actualité mondiale en le transformant en GI, partant à l’assaut des armées teutoniques et du Kaiser (Sidney Chaplin, son frère) en particulier.

Bien sûr nous sommes dans une comédie et tous les ressorts sont bons pour faire rire, en particulier les indispensables coups de pied au derrière et tarte à la crème (2).

Mais il n’en demeure pas moins que ce film traite de certaines réalités des soldats au front, qui ne sont pas spécialement idylliques mais malgré tout source de comique.

 

Nous sommes en territoire connu dans ce court-métrage, où on retrouve les collaborateurs habituels : outre Sidney et Loyal Underwood, ce sont Henry Bergman, Albert Austin et la belle Edna Purviance qui évoluent dans ce décor de guerre (et un peu d’opérette), où seule Edna (avec Chaplin) n’interprète pas plusieurs personnages.

Chaplin, d’une certaine façon, pose les bases de nombreux films militaires, et Stanley Kubrick – entre autres – saura s’en souvenir pour ses deux films de guerre, Les Sentiers de la Gloire et Full metal Jacket : comme dans le premier on assiste à un magnifique traveling dans une tranchée tout comme ici quand le soldat-vagabond découvre son nouvel univers. Pour le second, c’est l’inévitable passage par les classes avant le baptême du feu.

 

En effet, nous avons droit dans ce Charlot Soldat à une séquence de classes où notre héros apprend à marcher au pas mais surtout à faire demi-tour ce qui n’est pas sans rappeler ses pirouettes chorégraphiques qu’on lui connaît, tournant sur lui-même avant de saluer.

Mais le plus important est bien sûr les combats dans les tranchées.

Encore une fois, si la vie au front semble facile et somme toute peu gênante, Chaplin grossit le trait à l’extrême, avec le moment où tout le monde va se coucher alors qu’il y a déjà un mètre d’eau dans la chambrée sommaire (il faut dire qu’il pleut beaucoup). C’est un moment des plus absurdes où encore une fois, rien que de très normal n’arrive.

 

Mais Chaplin n’en oublie pas moins son personnage, inadapté à la société. Ici, notre héros est très courageux, mais la plupart du temps un peu malgré lui, la réalité du feu nourri de l’ennemi tempérant ses ardeurs belliqueuses. De même, quand le courrier arrive, il ne reçoit rien : on peut même trouver cela normal puisqu’il est avant tout un vagabond (et même LE vagabond), donc n’a que très peu d’attaches. Pas étonnant qu’il cherche dans la lecture par-dessus l’épaule d’un autre quelque réconfort.

Et quand la tournée se termine et qu’il reste un paquet, ça ne peut qu’être pour lui, puisque les autres n’ont pas été oubliés.

 

Il n’y a pas de véritable intrigue mais plutôt une suites d’événements militaires, prenant appui sur de véritables opérations de combat dont notre vagabond sort toujours vainqueur : c’est normal, nous sommes au cinéma ! Mais derrière ce rôle de va-t-en-guerre, Chaplin apporte un nouvel élément dans la construction de son personnage : le Vagabond a beau être une sorte de paria, il n’en demeure pas moins patriote et son engagement dans l’armée américaine est tout sauf fortuite. On retrouvera d’ailleurs cet aspect patriotique treize ans plus tard dans City Lights : pendant la séquence sur la statue, il prend la pose (ou tout du moins il essaie) pendant que retentissent les premières notes de l’hymne américain.

 

Et encore une fois, quand le mot « fin » (3), apparaît, on ne peut pas parler de fin heureuse. C’est normal, c’est Chaplin.

 

 

  1. L’Armistice arrivant moins de 15 jours après la sortie du film.
  2. Il s’agit ici plutôt du principe de la tarte à la crème puisque c’est un fromage très avancé (autre source de gag) qui est envoyé par notre héros dans la figure d’un nabot teuton à l’autorité inversement proportionnelle à sa taille (Loyal Underwood).
  3. Les mots « the end », devrais-je dire.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Darko Mitrevski
La troisième Mi-temps (Treto Poluvreme - Darko Mitrevski, 2012)

Macédoine, 1940.

Alors que la guerre fait rage en Europe et que la France vient à son tour de tomber devant l’armée allemande, une petite ville macédonienne – occupée par les Serbes – suit les exploits peu reluisants de son équipe : elle enchaîne défaite sur défaite.

Et puis un jour, le président du club, Dimitryi (Mitko Apostolovski) fait venir un ancien footballeur professionnel – Rudolph Spitz (Richard Sammel) – pour reprendre en main ses joueurs.

Un premier problème se pose immédiatement : il est allemand.

Et comme si cela ne suffisait pas : il est juif.

 

Si l’intrigue principale semble se focaliser sur cette équipe de football, il faut préciser que c’est avant tout l’histoire de Rebecca Cohen (Bedija Begovska en 2011 - Katarina Ivanovska en 1940), une vieille Américaine qui part à Jérusalem avec son arrière-petite-fille (Whitney Montgomery) pour « y retrouver son père ».

C’est cette histoire qu’elle raconte à Rachel qui nous est montrée.

 

Bien sûr, le football prend une grande part dans le film, mais si on assiste à quelques matches, c’est tout de même le contexte de ces matches qui nous intéresse. Et surtout le changement de régime qui est mis en place après la soumission à la Bulgarie, alliée de L’Axe.

Et si le gouvernement change – Garvanov (Emil Ruben) est un salaud de première pour une si petite ville – l’occupation est toujours effective. Le seule véritable changement concerne le statut des Juifs qui sont progressivement écartés jusqu’à la déportation.

 

Cette équipe de football est d’une certaine façon une forme de résistance à l’occupant, qu’il soit serbe, allemand ou bulgare. Et chaque match gagné est un affront à l’occupant, réduit à truquer les matches pour essayer (vainement) d’éliminer cette équipe originale.

Et la place qu’occupe Spitz est des plus symboliques, ce qui amène Garvanov à tout faire pour l’évincer, avant de prendre la décision attendue : le tuer.

 

Darko Mitrevski nous propose un film sportif certes, mais où le plus important n’est pas là. Il décrit ici le quotidien de gens ordinaires, dont le seul véritable moyen d’évasion est le football (1), amenant l’inévitable nationalisme afférant.
Car l’enjeu prend le dessus sur ce qui était un jeu, et le rappel par Dimitryi des Jeux Olympiques de 1936 n’est pas anodin : l’interdiction qui frappe Spitz n’amène aucune réaction chez lui. De même, le salut hitlérien devient obligatoire, surtout après « l’incident » d’Afrika (Igor Angelov) le gardien de but qui refusait de saluer. Cette désobéissance rappelle violemment que l’occupant n’est pas bienveillant, rappelant ainsi que pour Hitler, les Slaves n’étaient pas des citoyens de première classe, et encore plus quand ils étaient plus ou moins ennemis.
Si la distribution est essentiellement assurée par des acteurs de la région macédonienne, on y retrouve tout de même deux acteurs célèbres : Rade Szerbedzija et Richard Sammel.
Szerbedja, pour une fois ne trempe pas dans des affaires louches, mais nous donne une prestation tout en sobriété de ce père trop tôt veuf dont la fille, comme sa mère, était trop belle pour rester seule bien longtemps.
Quant à Richard Sammel, pour une fois, il ne joue pas un rôle de Nazi : qu’il soit froid et sadique  comme dans Un Village français ou parodique comme dans Oss 117 : Le Caire, Nid d’espions. Il est un entraîneur original dont les principes ne sont pas sans rappeler son attitude face aux nazis. De plus, il maîtrise différentes langues ce qui ajoute dans l’universalité de son personnage : outre l’allemand, il parle un peu la langue locale ainsi que l’anglais, dont il se sert pour dialoguer avec le rabbin (Meto Jovanovski).
Cette caractéristique linguistique semble induire deux idées : l’universalité du football, montrant qu’on peut s’entendre autour d’un ballon sans pour autant se comprendre verbalement ; et aussi un aspect « Juif errant » qui renvoie à la Diaspora et s’explique par la constante fuite en avant de Spitz face à l’émergence nazie.
Et puis il y a la belle Katarina Ivanovska, jeune femme plutôt moderne dans un monde suranné et qui va entrer violemment dans la modernité. Elle aussi représente la résistance face à la barbarie, même si les différentes séquences sportives ont tendance à la marginaliser.
Son histoire d’amour avec Kosta (Sasko Kocev) est elle aussi des plus symboliques : l’amour triomphe de tout, des différences (elle est juive, il est chrétien) ou de la guerre.
Un très beau film qui va au-delà du sport, même si on ne doit pas oublier que le football, du fait de sa prédominance mondiale, est avant tout une projection guerrière (2) et donne une légitimité à des régimes qui sont bien loin des idéaux enseignés par les éducateurs sportifs.

 

  1. Le cinéma aussi, mais avec un léger décalage : King Kong (1933) a enfin atteint cette ville perdue quand commence le film.
  2. On parle de défense, d’attaque, d’ennemi, de lignes… Je continue ?

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor, #Lillian Gish
Duel au Soleil (Duel in the Sun - King Vidor, 1946)

Crépusculaire.
C’est le mot qui vient tout de suite en tête quand on évoque ce film.

Non pas qu’il soit un ascendant des westerns des années 1960s, mais parce que le Technicolor utilisé nous inonde de rouge enflammés, rappelant sans équivoque Autant en emporte le Vent.

Non, crépusculaire ne qualifie pas ce western, car l’âge d’or vient de commencer, et de magnifiques chefs-d’œuvre vont arriver dans les années qui vont suivre.

 

Avec ce western, Vidor nous offre deux grandes retrouvailles : celle avec Lillian Gish (Mrs Laura Belle McCanles) qu’il avait fait tourner vingt ans plus tôt (La Bohême), et celle de cette même Miss Gish avec Lionel Barrymore (Mr McCanles), qu’elle connut du temps de ses débuts avec Griffith.

Autre rencontre insolite : celle de Lionel Barrymore (encore lui) avec Walter Huston (le père de John), alors que tous deux ont interprété un même personnage. C’était le révérend Davidson, un pasteur à moitié intégriste et qui cachait sa fascination pour la belle et sulfureuse Sadie Thompson, derrière un rigorisme qui tournait à l’obsession.

Et ici, le révérend – « Tueur de péchés » (1) – possède une foi encore une fois un tantinet excessive, la convoitise en moins tout de même.

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour extraordinaire, qui se résout, comme toujours quand on a affaire à de l’amour fou, dans la mort, exprimée par le titre (2) : un duel au soleil.

Et cet amour s’exprime de différentes sortes, mais avec le même résultat tragique : un gâchis phénoménal, comme dans les grandes tragédies classiques.

Mais à cela s’ajoute la notion de rédemption – que la plupart gagneront – sauf bien sûr Lewt (Gregory Peck), qui est déjà damné quand il apparaît pour la première fois.

Et cette référence religieuse – outre la présence de Huston – est une des bases de l’intrigue : une opposition entre deux fils qui, tels Abel et Caïn, vont s’opposer plus ou moins directement, mais pas pour la préférence de Dieu, mais celle de Pearl (Jennifer Jones).

 

Parce que le moteur de l’intrigue, c’est la très belle Pearl, dont le statut métis est des plus compliqués. En effet, née de mère indienne et de père américain (entendez : « blanc »), elle n’est pas acceptée par le père McCanles, gentilhomme du Sud et donc peu enclin à l’égalité entre les différentes ethnies. A ce propos, on retrouve Butterfly McQueen, dans un rôle de servante – esclave ? – avec encore une fois une intelligence limitée et sa voix de petite fille.

 

Et comme nous sommes dans un western – un vrai – on y retrouve des immenses espaces – malheureusement, il fallut attendre un peu pour le CinemaScope (1953) et donc le format reste 4:3.

Outre les différentes personnages indispensables – le shérif (Charles Dingle), des convoyeurs de bêtes (3), le pasteur (voir plus haut) – on y rencontre avec plaisir Harry Carey (Lem Smoot), transfuge de chez Ford qui interprète un homme bien, même s’il n’est pas du même bord que McCanles Sr.

 

Et puis il y a, omniprésente, la mort. Elle est annoncée dès le début – par Orson Welles (narrateur) – et avant qu’elle frappe les hommes, l’embrasement du ciel au moment du coucher du soleil rappelle cette mort que les Indiens célébraient quand le fils du chef se mourait.

Et cette omniprésente du rouge – le soleil, le ciel, le sang – ne cesse de coller aux différents personnages, et surtout Pearl et Lewt : quand il la rencontre, Jesse (Joseph Cotten), l’autre fils McCanles, l’encourage à se vêtir de couleur. C’est ce qu’elle fera sauf quand elle ira danser, portant alors une robe blanche.

Mais les éclairages de la fête (et des projecteurs, bien évidemment) la pareront de différentes couleurs, avec l’inévitable rouge plus ou moins prémonitoire. Et quand ce n’est pas elle, c’est Lewt, arborant inlassablement son foulard rouge, là encore prémonitoire. J’aurais même pu aller jusqu’à considérer le rouge comme la perte de la virginité de Pearl, mais n’allons pas trop loin. Même si les références sexuelles sont bel et bien là !

 

Reste un western absolument flamboyant, dans la lignée de Gone with the Wind – normal, c’est David O. Selznick qui produit – mais avec une référence à la tragédie classique beaucoup plus marquée.

Et si Vidor a été viré sur la fin du tournage, on n’en assiste pas moins à la deuxième fois qu’il tue Lillian Gish : encore une fois, la maladie qui ressemble à celle de Mimi (voir plus haut), et le lit où elle s’éteint doucement.

Et la mort de Laura Belle annonce celle de Pearl, dont le déroulement aura une grande similitude : elle se hissera vers l’homme qu’elle a aimé pour mourir près de lui.

 

Et alors que cette première mort reste feutrée – elle se passe dans une chambre – celle de Pearl sera beaucoup plus sordide : dans le désert, diminuée par la blessure fatale, le sang et le sable et la terre se mêlant pour un final plutôt laid, loin de cette belle fleur de l’introduction, celle qui était censée symboliser Pearl, fille d’une Indienne et d’un blanc.

 

Superbe.

 

PS : Deux ans plus tard William Dieterle – qui a travaillé sur la fin du film – reprendra un trio de ce film, Jennifer Jones, Joseph Cotten et Lillian Gish dans le magnifique Portrait of Jenny.

 

  1. « Sinkiller »
  2. Pour une fois que le titre d’un western est bien traduit…
  3. Des cowboys, quoi !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Daniel Ragussis, #Société
Imperium (Daniel Ragussis, 2016)

Tout commence par une citation – « Words build bridges into unexplored regions » (1) – qui nous semble plutôt intéressante. Mais quand on lit son auteur, s’arrête tout de suite la pseudo-naïveté ressentie : Adolf Hitler.

Dès lors, c’est une sorte de plongée en enfer, au milieu de ces groupuscules d’extrême droite américaine, chez les infâmes suprémacistes américain.

Nate  Foster (Daniel Radcliffe) est un agent du FBI infiltré dans un groupuscule de skinheads. Rapidement, il va se faire connaître auprès des responsables, jusqu’à en arriver à la préparation d’un attentat.

 

Bien sûr, c’est Daniel Radcliffe qui nous intéresse ici : que devient Harry Potter après la fin de la saga ?

Et bien il continue son chemin et s’en tire honorablement dans ce rôle de skinhead malgré lui.

Dans ce rôle il interprète un agent plutôt timide, dont les compétences semblent plus intellectuelles que physiques. Mais comme le dit sa responsable Angela Zampano (Toni Collette), il ressemble à une victime, tout comme se considèrent les gens qu’il doit infiltrer.

 

Nous avons alors un exposé des différents niveaux de la haine xénophobe : des petites frappes de rue qui carburent à la bière et aux intimidations, jusqu’aux véritables leaders de cette mouvance, des notables aux professions honorables, qui semblent tout de même peu touchés par ce qu’ils dénoncent.

Cette plongée a tout de même le mérite de dénoncer un terrorisme qu’on a tendance à rarement qualifier comme tel : on préfère toujours parler de déséquilibré plus ou moins dépressif quand un de ces membres  (très) actifs passent à l’acte.

 

Mais Daniel Ragussis (dont c’est seulement le 3ème film) est bien clair là-dessus : ces criminels sont aussi dangereux que les différents djihadistes qu’on a pu – hélas – voir à l’œuvre, de Paris à Bruxelles ou de New York à Bombay. Mais alors que les islamistes ont des manières très secrètes, il n’en va pas de même de ces individus haineux : c’est à visage découvert qu’ils manifestent, ce qui inquiète moins les autorités, car on a tendance çà considérer que ceux qui parlent beaucoup ne passent que rarement du côté obscur.

On retrouve donc dans l’agent Zampano une personne qui est en butte à ses supérieurs voire ses collègues, seule contre ceux qui considèrent que la menace n’est pas intérieure.

Pourtant, l’actualité a tendance à lui donner raison car nombre d’attentats meurtriers ont touché des communautés dénoncées par ces suprémacistes : Juifs, gens de couleur et homosexuels.

S’ajoute à cela le droit d’être armé – droit remontant à la période de conflit avec l’Angleterre, du temps de la Révolution américaine – qui n’est pas sans ajouter d’autres risques meurtriers comme encore une fois on entend parler à propos de fusillades dans des lieux publics (université, bars...).

 

C’est une exposition très complète des différentes pratiques de ces milieux néonazis américains qui nous est ici présentée, avec un Daniel Radcliffe très convaincant dans ce rôle ambigu : où s’arrête l’infiltration et donc où commence la conviction ?

Les différentes attitudes de Nate dans ces rassemblements vont bien sûr à l’encontre de ses convictions, mais quand le service ordonne, on peut difficilement se soustraire. Et on peut se demander plusieurs fois s’il n’est pas passé de l’autre côté.

Et c’est là que le bât blesse dans le film.

On assiste à différents moments où Nate est soupçonné par ceux qu’il a infiltrés, et à chaque fois il arrive à s’en sortir – cela n’a rien d’invraisemblable, sa formation et son intelligence sont des atouts pour lui.

Mais il manque un élément qui me semble important dans cette infiltration que mène Nate : son ressentir.

On comprend qu’il répugne à avoir certaines attitudes (son ami noir qui le retrouve parmi ces nazillons et qu’il insulte), mais Ragussis (et le scénario) ne s’appesantissent pas sur ses doutes, ses craintes et son ressentir sur ce qu’il a pu dire ou faire.

Ces moments de solitude où il devrait faire le point me semblent indispensables dans une telle expérience.

 

Quant à la fin, la dernière réplique est finement placée pour amener un questionnement chez le spectateur, et d’une certaine façon rejoint le postulat initial (voir plus haut).

On retrouve dans cette réplique un basculement final comme ceux qu’on peut trouver chez Roald Dahl. Alors que ce dernier nous laisse sur une fin qui amène un sourire, ici il n’y a rien de drôle et le film se conclut sur une teinte pessimiste : ce fléau haineux n’est pas près de disparaître.

 

 

(1) « Les mots créent des passerelles vers des régions inexplorées ». J’espère que cette traduction vous agrée, cher Professeur Allen John.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bill Condon, #Fantastique
La Belle et la Bête (Beauty and the Beast - Bill Condon, 2017)

Au commencement était le dessin animé (1) produit par les mêmes studios Disney qui nous proposent ici une sorte de mise à jour numérique.

Et ça tombe bien parce que le dessin animé ne m’avait pas vraiment convaincu.

Non pas pour son traitement de l’histoire – au cinéma, on n’est pas dans une bibliothèque, n’est-ce pas mon cher professeur Allen John ? – et surtout Belle était des plus commune, à nous faire douter de la sincérité des sentiments de Gaston à son égard.

 

De ce côté-là, pas de problème : Emma « Hermione » Watson est une magnifique Belle. A ses côtés – ou dois-je plutôt en face d’elle – on trouve Luke Evans qui interprète un Gaston des plus puants, véritable méchant de l’histoire.

La Bête (Dan Stevens), elle, est presque trop belle. C’est une des limites du numérique : les affreux ne le sont presque plus, tellement c’est bien fait.

Et puis il y a les objets : dans le dessin animé, ils m’avaient paru fort pénibles et je redoutais un peu cette personnification à outrance qui voyait une pendule et un chandelier  ne lamenter de la situation.

Alors si on n’y échappe pas cette fois-ci encore, on doit tout de même avouer que c’est autrement plus beau à voir.

Quant aux chansons, elles sont celles du dessin animé, remise au goût du jour pour les besoins du film.

 

Ajoutez à tout cela une pléiade de noms – Ewan « Obi-wan » McGregor, Ian « Gandalf » McKellen ou encore Emma « Sybil » Thompson – et vous avez un film à budget mais surtout grand spectacle des plus réjouissants.

C’est un festival d'images et de couleurs, avec d’un côté le village de la Belle qui regorge de teintes plus chamarrées les unes que les autres, à l’opposé du domaine de la Bête, immobilisée dans un désert éternel, gardé par de féroces loups blancs.

Et l’arrivée de Belle dans ce royaume hivernal est la lueur dans la nuit qui va faire revivre ce château sombre, l’Elue que tous attendaient, sauf bien sûr la Bête qui ne croyait plus en rien.

 

Les décors – numériques certes, mais il a bien fallu tout de même les concevoir – sont de toute beauté, l’opposition hiver/printemps amenant un élément féérique indispensable à une telle intrigue – surtout, encore une fois, à cause des objets qui parlent – et surtout les tourbillons créés par une caméra qui tourne sur elle-même ne font pas qu’étourdir la Belle : parfois, le spectateur lui-même ne sait plus où donner de la tête.

 

Et puis il y a le détail qu’on n’attendait pas d’un film des studios Disney. Si beaucoup d’encre a coulé à propos du personnage de LeFou (Josh Gad, toujours aussi souriant et réjouissant) et son ambigüité sexuelle (2), c’est plus vers un des sbires de Gaston qu’il faut chercher : les trois hommes de main de cet infâme personnage sont attaqués par Madame Garderobe (Audra McDonald) et se retrouvent habillés en femmes après le déferlement de tissus qui les assaillent : si les deux premiers semblent profondément outrés – robes de soirée + visage et perruques poudrés avec en prime une mouche – le troisième adresse alors un magnifique sourire à Garderobe, visiblement ravi de ce changement. Alors pas étonnant qu’il se retrouve en face de LeFou pour la séquence de fin…

 

La Belle et la Bête – version 2.0 – est au final un film attachant qui emporte progressivement le spectateur dans ce monde féérique, lui rappelant, pour les plus grands, qu’il fut un enfant qui a cru à toute cette magie (3).

Et un film qui est censuré par des systèmes autocratiques ne peut pas être complètement mauvais !

PS : Outre la référence (inévitable ?) à Cocteau (cherchez-la), on retrouve quelques clins d’œil, comme les chorégraphies vues du dessus qui ne sont pas sans rappeler celles de Busby Berkeley, ou encore une référence évidente à King Kong quand la Bête essaie d’échapper par les toits aux tirs meurtriers de Gaston…

 

PPS : J’espère que vous avez compris pourquoi la tasse était ébréchée…

 

  1. En réalité c’est plutôt le conte de Mme Leprince de Beaumont.
  2. Et oui, on parle (enfin) de sexe chez Disney !
  3. Emma Watson raconte qu’elle ressentit les émotions de quand elle avait 6 ans.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Dean Alioto
Retour à Legend City (Shadowheart - Dean Alioto, 2009)

Pour revenir à Legend, il faut d’abord en partir. C’est ce que la vie réserve au jeune James Conners (Devin Brochu) : son père Tom Connors (William Sadler) qui est le pasteur de la ville, est assassiné par Will Tunney (Angus Macfadyen), riche propriétaire qui ne s’embête pas avec la loi.

Alors quand quelques années plus tard John Conners (Justin Ament) revient, on peut s’attendre à un règlement de compte meurtrier.

 

Encore un western : décidément, le genre n’est pas près de disparaître. Mais n’est pas John Ford qui veut, et si on retrouve presque tous les ingrédients du genre, c’est bien le « presque » qui est gênant. Pas de grands espaces, et un mélange de thèmes pas toujours pertinent.

En effet, on y trouve un tueur à gage (Dean Alioto soi-même), quelques Indiens, un homme riche extrêmement suffisant mais surtout très méchant, et bien sûr la vengeance, véritable moteur de l’intrigue.

 

Mais il manque un petit quelque chose qui aurait pu faire de ce western un classique. Et c’est bien dommage que Dean Alioto n’arrive pas à recréer l’atmosphère qui faisait le charme de ses aînés (Ford, Hawks, Walsh…). Il manque cruellement de ces détails qui donnent vraiment du corps à un western. Seule la vengeance est importante dans ce film, alors qu’il y avait matière à développer certains personnages plus ou moins pittoresques et donner une véritable atmosphère de western.

 

Mais non. Les personnages sont lisses, à part Tunney, véritable salaud, même si on aurait aimé voir un peu plus de sa rouerie. D’une manière générale, les personnages n’ont pas été traités comme il faut. Ce sont des personnes monolithiques, avec comme seul antécédent  la première séquence qui voit la mort de Conners père (1).

Dommage.

 

PS : C’est certainement pour toutes ces raisons que le film n’est sorti qu’en vidéo…

 

(1) Pour une fois, William Sadler est du bon côté, mais pour ce que cela lui apporte…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Seong-hun Kim
Tunnel (Teo-neol - Seong-hun Kim, 2016)

 

Lee (Ha Jeong-woo) prend  sa voiture et se rend à son travail.

Il traverse le tunnel qui mène à Hado. Enfin le raccourci qui doit encore plus lui permettre de gagner encore plus de temps.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (1). Sauf que quand il accélère, le plafond a tendance à lui tomber dessus :

En clair : ce jour-là, Lee aurait mieux fait d’être malade. En effet, ce n’est pas seulement le tunnel qui lui tombe dessus, mais toute la montagne.

Alors bien sûr, quand il réussit à accéder à un peu de réseau, les pompiers sont bien embêtés : comment sauver un type qui est enseveli sous une montagne ?

 

C’est une très belle surprise qui nous est proposée ici : un film-catastrophe formidable et en plus ce ne sont pas les Américains qui l’ont produit !

On a tout ce qu’il faut pour un film de ce genre : un homme qui utilise une nouvelle route qui fait gagner du temps de transport et qui en plus est toute neuve ! Mais c’est sans compter sur le théorème de La Tour infernale : si c’est aussi neuf et beau, c’est qu’on a dû rogner sur quelque chose.

Et ça ne rate pas : quelques dizaines de tunnels coréens sont dans le même cas : on a rogné sur la qualité afin de gagner du temps dans la construction (2).

 

A priori donc, nous avons un film-catastrophe habituel avec suspense et toute cette sorte de choses.

Oui, et non.

Deux points de vue se disputent la narration : d’un côté Lee, seul au monde, avec quelques milliers de tonnes de terre et gravats au-dessus de lui ; et de l’autre Dae-kyeong (Oh Dal-soo ) responsable des secours et qui a la lourde responsabilité de faire croire à Lee qu’on va le sauver. Parce que bien sûr nous, spectateurs, savons que c’est cuit pour lui : qui voudrait sauver une vie  dans un tel cataclysme alors que dans le même temps des dizaines de vies sont dans la balance, rien que du fait de la circulation habituelle.

 

Et c’est là que le film prend son envol : la ministre (Hae-sook Kim) décide que les secours doivent mettre tout en œuvre pour sauver Lee, comme s’il était pour tous un membre de leur famille.

Nous allons alors voir les différents modus operandi pour essayer de sauver cet homme, avec des chances qui ne sont pas vraiment de son côté…

Et c’est là que le réalisme s’enracine : alors qu’on peut croire que les différents organismes de sauvetage mettent tout en œuvre pour essayer de récupérer Lee se pose le problème fiscal : chaque jour nouveau est une nouvelle ligne dans les dépenses du budget des promoteurs qui ont déjà entamé une deuxième double-voie d’accès à ce tunnel (3).

 

Et ce pan financier est un argument des plus pertinent ;: d’habitude, les facteurs économiques sont effacés par les différents enjeux humains. Or Seong-hun Kim, d’une certaine façon, met les pieds dans le plat et interroge ses protagonistes sur le prix d’une vie humaine, et Dae-kyeong devient alors son porte-parole qui n’hésite pas à interrompre un débat « fiscal » pour recentrer l’action sur le fait que c’est d’un être humain qu’ion parle, et que la vie n’a donc pas de prix.

 

Et cette vie humaine .nous est présentée de très belle façon. Ha Jeong-woo est un naufragé des plus crédibles et son odyssée est remarquable. Parce que d’une certaine façon Lee es(t seul sur son île, loin de tous, même sui cette île est un havre de paix au milieu de gravats des plus instables et donc dangereux.

Mais Lee a les spectateurs avec lui, et nous vivons avec une certaine angoisse les différents coups que le sort lui réserve.

Et le scénario ne nous épargne rien : alors qu’il est donc seul dans cet univers de désolation, une voix s’élève et le voilà alors responsable d’une femme elle aussi sinistrée.

Bien sûr, ce caprice du Destin ne l’aide pas, même si elle lui fait prendre conscience de sa qualité humaine qu’il avait eu tendance à oublier (4). Et sa réaction est des plus humaines,

 

Cette incursion humaine est des plus pertinentes (encore une fois) parce que Mi-na, (Ji-Hyun Nam) la jeune femme qui lui demande assistance est un lien humain indispensable dans son isolation. De plus, la survie du chien de cette femme est un adjuvant des plus indispensables.

 

Au final, Seong-hun Kim nous propose ici un film qui n’a pas à rougir de ses aînés américains, mixant avec bonheur les codes du film-catastrophe avec ce qu’il faut de réalisme (financier), et nous régale, nous spectateurs gourmands de ce genre de spectacle.

Que demander de plus ?

 

  1. Bonjour Voltaire !
  2. J’aurais pu aussi dire Titanic
  3. Avec ce que ça comporte de vice de forme, au vu du premier tronçon...

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Robert Z. Leonard, #Norma Shearer
Au Fil de la vie (A Lady of chance - Robert Z. Leonard, 1928)

Elle minaude, elle papillonne des yeux, elle a la larme facile : Dolly « Angel Face » Morgan (Norma Shearer) est avant tout une voleuse en liberté conditionnelle.

Mais son travail de standardiste dans un grand hôtel lui permet de repérer de beaux « partis ». En clair : des pigeons à plumer, avec l’aide Bradley (Lowell Sherman) et Gwen (Gwen Lee), des « associés ».

Suivant soin flair, elle épouse le jeune Steve Crandall (Johnny Mack Brown), un magnat du ciment qui parle de dollars avec au moins cinq zéro.

Sauf que Crandall ne touche pas encore une somme avec deux zéro…

 

Même si Norma Shearer était l’épouse d'Irving Thalberg – ce qui lui permettait de décrocher un rôle assez facilement – elle était tout de même une grande actrice, à l’aise dans la tragédie tout comme dans la comédie.

Ici, sous les ordres de Robert Z. Leonard, elle interprète avec beaucoup de talent le rôle de cette « repentie » qui trouve l’amour à défaut de l’argent. Mais rassurez-vous, elle trouve tout de même l’argent au bout, mais ce n’est pas là le plus important.

 

Bien sûr, Dolly est le personnage central du film, passerelle entre le monde d’avant – le Milieu – représenté par le couple Bradley-Gwen, et le monde légal représenté par Steve.

Et Norma Shearer est une magnifique Dolly, jouant de son charme bien sûr, mais aussi de ses qualités dramatiques : la première partie qui nous la présente comme une entôleuse est une sorte de mise en abîme puisqu’elle joue de sa capacité à pleurer et à faire des manières afin de plumer son client.

C’est d’ailleurs une partie très drôle où le visage est véritablement son atout.

Mais à cela s’ajoute un esprit des plus affuté qui lui permet de jouer quelques tours à ses « associés ». Ces différents tours sont d’ailleurs assez savoureux, surtout grâce à Bradley/Sherman, gangster de pacotille à la mine faussement patibulaire, mine qui n’arrive pas à cacher qu’il n’est qu’un raté, même dans la truande.

 

La deuxième partie laisse un peu de côté la comédie pour mettre à jour le véritable caractère de Dolly, que Steve entrevoit alors : mais comme au final elle est amoureuse de lui, la déception initiale (la plantation dont il parlait ne lui appartenait pas…) passe.

Et on se dit que le film est fini, ils s’aiment et tout va bien.

Sauf que Leonard et ses scénaristes (parmi eux Edmund Golding, excusez du peu…) n’ont pas cédé à la facilité et un rebondissement nous surprend – enfin moins que Dolly, bien sûr – quand Bradley et Gwen débarque chez Steve afin « d’en croquer un peu »…

C’est aussi à ce moment que la nouvelle tombe : le brevet de Steve est acheté et il est maintenant très riche.
Vous comprenez donc que ces « cousins » de New York ont du mal croire Dolly quand elle dit qu’ils ne roulent pas sur l’or.

 

Alors que le parlant est en train de s’installer dans les studios hollywoodiens, Leonard nous livre ici un de ses derniers muets (l’avant-dernier pour être précis) et on sent qu’il est prêt à relever le défi sonore. La présentation de Dolly – intertitres et rencontres (1) – est avant tout basée sur le dialogue, tout comme la résolution finale.

On sent bien qu’il ne manque pas grand-chose à tout ce monde-là pour franchir le cap du parlant : il est en outre très facile de retrouver les textes des intertitres sur les lèvres des différents protagonistes.

 

Bref, une magnifique curiosité avec l’une des plus grandes actrices des années 1920-30, avec un rôle à sa mesure, montrant son talent.

Et en plus, c’est drôle, alors pourquoi bouder ce plaisir ?

 

PS : A Lady of chance devient Au Fil de la vie… No comment (2) !

 

 

  1. En prime, nous avons Bert Roach et son regard un tantinet ahuri…
  2. Pas de commentaire

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Irving Cummings, #Lon Chaney, #Comédie dramatique, #Muet
Cœur de Père (Flesh and Blood - Irving Cummings, 1922)

David Webster (Lon Chaney), avec l’aide de deux Chinois, s’est évadé. 15 ans plus tôt, il avait été condamné pour quelque chose qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il se cache dans Chinatown, il rumine sa vengeance et veut retrouver sa femme et sa fille.

Sa femme est morte et sa fille s’occupe d’une mission dans les bas quartiers.

C’est sous les traits d’un invalide qu’il la retrouve et veille sur elle.

 

Lon Chaney dans un rôle de fugitif et qui crie vengeance tout en voulant veiller sur sa fille qui le croit mort : rien que de très normal pour cet acteur. Mais ici pas de maquillage (supplémentaire), c’est à visage ouvert qu’il évolue. Bien sûr, on n’est pas étonné de le voir jouer à l’estropié, et même : on n’attendait que ça.

Masi comme Webster n’est finalement que la victime d’une machination, il n’a pas beaucoup l’occasion de nous montrer son visage dur et mauvais, comme dans The Penalty deux ans plus tôt.

Ici, c’est plus un visage heureux qu’il nous montre, même s’il est un peu malheureux de ne pouvoir se faire connaître de sa fille. Quoi qu’il en soit, Webster appartient bel et bien à la grande famille Chaney, son handicap annonçant celui de Bisho dans The black Bird.

 

Mais si on se réjouit de retrouver Chaney, on peut regretter le rythme décidé par Irving Cummings dans cette histoire un tantinet mélodramatique.

En effet, la narration est très lente, parfois trop, et surtout le jeu d’acteurs est beaucoup trop figé.

Cette lenteur amène des longueurs qui ont tendance à nous faire décrocher. Ce qui est bien dommage, parce qu’il y avait autre chose à faire de cette intrigue de Louis D. Lighton.

 

En effet, en plus du personnage, on trouvait quelques éléments qui auraient pu donner un film beaucoup plus intéressant.

Chinatown, mélange d’exotisme et de mystère, est un lieu très souvent utilisé pour des intrigues criminelles voire violentes (1). On y retrouve une organisation au rythme ternaire qui est dirigée de main de maître par le mystérieux Li Fang (Noah Beery, le frère de) : rien de ce qui se passe dans son quartier ne lui est inconnu, et son système de surveillance est aussi très efficace.

Mais malheureusement pour nous, Cummings (et Lighton) ont ajouté une sous-intrigue concernant le policier Doyle (DeWitt Jennings) qui s’éloigne de l’intrigue principale jusqu’à devenir carrément inutile : l’interrogatoire de Li Fang sur un rocking-chair latéral n’a aucun lien avec ce qu’il se passe dans le même temps du côté de Webster, et on se demande bien si un balancement latéral est vraiment efficace pour recueillir des aveux.

 

De même, la résolution de la vengeance nous laisse sur notre faim, et surtout, on ne voit pas vraiment en quoi elle est résolue. Mais surtout, alors que Doyle est une de ses cibles, on ne comprend pas pourquoi il n’y revient plus, se contentant du banquier Burton (Ralph Lewis), véritable coupable de son incarcération.

Certes le fait que Burton Jr (Jack Mulhall) soit amoureux de la fille de Webster – surnommée the Angel Lady (Edith Roberts) – explique en partie cette résolution bancale.

 

Quant à la fin, je reste mitigé : certes, Webster n’a aucun avenir avec les futurs mariés, mais doit-il vraiment retourner en prison ?

La prison devient alors le paradis qui accueille l’âme apaisée de Webster : les portes qui s’ouvrent seules dès son arrivée ne sont pas celles gardées – dit-on – par saint Pierre.

Et si on songe immédiatement à une rédemption (toujours pour la même raison), on se demande tout de même pourquoi un homme innocent doit retourner en prison.

Dommage, donc.

 

 

(1) Même dans The Cameraman, Chinatown est le théâtre d’une guerre de clans (triades ?).

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog