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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Dean Alioto
Retour à Legend City (Shadowheart - Dean Alioto, 2009)

Pour revenir à Legend, il faut d’abord en partir. C’est ce que la vie réserve au jeune James Conners (Devin Brochu) : son père Tom Connors (William Sadler) qui est le pasteur de la ville, est assassiné par Will Tunney (Angus Macfadyen), riche propriétaire qui ne s’embête pas avec la loi.

Alors quand quelques années plus tard John Conners (Justin Ament) revient, on peut s’attendre à un règlement de compte meurtrier.

 

Encore un western : décidément, le genre n’est pas près de disparaître. Mais n’est pas John Ford qui veut, et si on retrouve presque tous les ingrédients du genre, c’est bien le « presque » qui est gênant. Pas de grands espaces, et un mélange de thèmes pas toujours pertinent.

En effet, on y trouve un tueur à gage (Dean Alioto soi-même), quelques Indiens, un homme riche extrêmement suffisant mais surtout très méchant, et bien sûr la vengeance, véritable moteur de l’intrigue.

 

Mais il manque un petit quelque chose qui aurait pu faire de ce western un classique. Et c’est bien dommage que Dean Alioto n’arrive pas à recréer l’atmosphère qui faisait le charme de ses aînés (Ford, Hawks, Walsh…). Il manque cruellement de ces détails qui donnent vraiment du corps à un western. Seule la vengeance est importante dans ce film, alors qu’il y avait matière à développer certains personnages plus ou moins pittoresques et donner une véritable atmosphère de western.

 

Mais non. Les personnages sont lisses, à part Tunney, véritable salaud, même si on aurait aimé voir un peu plus de sa rouerie. D’une manière générale, les personnages n’ont pas été traités comme il faut. Ce sont des personnes monolithiques, avec comme seul antécédent  la première séquence qui voit la mort de Conners père (1).

Dommage.

 

PS : C’est certainement pour toutes ces raisons que le film n’est sorti qu’en vidéo…

 

(1) Pour une fois, William Sadler est du bon côté, mais pour ce que cela lui apporte…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Seong-hun Kim
Tunnel (Teo-neol - Seong-hun Kim, 2016)

 

Lee (Ha Jeong-woo) prend  sa voiture et se rend à son travail.

Il traverse le tunnel qui mène à Hado. Enfin le raccourci qui doit encore plus lui permettre de gagner encore plus de temps.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (1). Sauf que quand il accélère, le plafond a tendance à lui tomber dessus :

En clair : ce jour-là, Lee aurait mieux fait d’être malade. En effet, ce n’est pas seulement le tunnel qui lui tombe dessus, mais toute la montagne.

Alors bien sûr, quand il réussit à accéder à un peu de réseau, les pompiers sont bien embêtés : comment sauver un type qui est enseveli sous une montagne ?

 

C’est une très belle surprise qui nous est proposée ici : un film-catastrophe formidable et en plus ce ne sont pas les Américains qui l’ont produit !

On a tout ce qu’il faut pour un film de ce genre : un homme qui utilise une nouvelle route qui fait gagner du temps de transport et qui en plus est toute neuve ! Mais c’est sans compter sur le théorème de La Tour infernale : si c’est aussi neuf et beau, c’est qu’on a dû rogner sur quelque chose.

Et ça ne rate pas : quelques dizaines de tunnels coréens sont dans le même cas : on a rogné sur la qualité afin de gagner du temps dans la construction (2).

 

A priori donc, nous avons un film-catastrophe habituel avec suspense et toute cette sorte de choses.

Oui, et non.

Deux points de vue se disputent la narration : d’un côté Lee, seul au monde, avec quelques milliers de tonnes de terre et gravats au-dessus de lui ; et de l’autre Dae-kyeong (Oh Dal-soo ) responsable des secours et qui a la lourde responsabilité de faire croire à Lee qu’on va le sauver. Parce que bien sûr nous, spectateurs, savons que c’est cuit pour lui : qui voudrait sauver une vie  dans un tel cataclysme alors que dans le même temps des dizaines de vies sont dans la balance, rien que du fait de la circulation habituelle.

 

Et c’est là que le film prend son envol : la ministre (Hae-sook Kim) décide que les secours doivent mettre tout en œuvre pour sauver Lee, comme s’il était pour tous un membre de leur famille.

Nous allons alors voir les différents modus operandi pour essayer de sauver cet homme, avec des chances qui ne sont pas vraiment de son côté…

Et c’est là que le réalisme s’enracine : alors qu’on peut croire que les différents organismes de sauvetage mettent tout en œuvre pour essayer de récupérer Lee se pose le problème fiscal : chaque jour nouveau est une nouvelle ligne dans les dépenses du budget des promoteurs qui ont déjà entamé une deuxième double-voie d’accès à ce tunnel (3).

 

Et ce pan financier est un argument des plus pertinent ;: d’habitude, les facteurs économiques sont effacés par les différents enjeux humains. Or Seong-hun Kim, d’une certaine façon, met les pieds dans le plat et interroge ses protagonistes sur le prix d’une vie humaine, et Dae-kyeong devient alors son porte-parole qui n’hésite pas à interrompre un débat « fiscal » pour recentrer l’action sur le fait que c’est d’un être humain qu’ion parle, et que la vie n’a donc pas de prix.

 

Et cette vie humaine .nous est présentée de très belle façon. Ha Jeong-woo est un naufragé des plus crédibles et son odyssée est remarquable. Parce que d’une certaine façon Lee es(t seul sur son île, loin de tous, même sui cette île est un havre de paix au milieu de gravats des plus instables et donc dangereux.

Mais Lee a les spectateurs avec lui, et nous vivons avec une certaine angoisse les différents coups que le sort lui réserve.

Et le scénario ne nous épargne rien : alors qu’il est donc seul dans cet univers de désolation, une voix s’élève et le voilà alors responsable d’une femme elle aussi sinistrée.

Bien sûr, ce caprice du Destin ne l’aide pas, même si elle lui fait prendre conscience de sa qualité humaine qu’il avait eu tendance à oublier (4). Et sa réaction est des plus humaines,

 

Cette incursion humaine est des plus pertinentes (encore une fois) parce que Mi-na, (Ji-Hyun Nam) la jeune femme qui lui demande assistance est un lien humain indispensable dans son isolation. De plus, la survie du chien de cette femme est un adjuvant des plus indispensables.

 

Au final, Seong-hun Kim nous propose ici un film qui n’a pas à rougir de ses aînés américains, mixant avec bonheur les codes du film-catastrophe avec ce qu’il faut de réalisme (financier), et nous régale, nous spectateurs gourmands de ce genre de spectacle.

Que demander de plus ?

 

  1. Bonjour Voltaire !
  2. J’aurais pu aussi dire Titanic
  3. Avec ce que ça comporte de vice de forme, au vu du premier tronçon...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Robert Z. Leonard, #Norma Shearer
Au Fil de la vie (A Lady of chance - Robert Z. Leonard, 1928)

Elle minaude, elle papillonne des yeux, elle a la larme facile : Dolly « Angel Face » Morgan (Norma Shearer) est avant tout une voleuse en liberté conditionnelle.

Mais son travail de standardiste dans un grand hôtel lui permet de repérer de beaux « partis ». En clair : des pigeons à plumer, avec l’aide Bradley (Lowell Sherman) et Gwen (Gwen Lee), des « associés ».

Suivant soin flair, elle épouse le jeune Steve Crandall (Johnny Mack Brown), un magnat du ciment qui parle de dollars avec au moins cinq zéro.

Sauf que Crandall ne touche pas encore une somme avec deux zéro…

 

Même si Norma Shearer était l’épouse d'Irving Thalberg – ce qui lui permettait de décrocher un rôle assez facilement – elle était tout de même une grande actrice, à l’aise dans la tragédie tout comme dans la comédie.

Ici, sous les ordres de Robert Z. Leonard, elle interprète avec beaucoup de talent le rôle de cette « repentie » qui trouve l’amour à défaut de l’argent. Mais rassurez-vous, elle trouve tout de même l’argent au bout, mais ce n’est pas là le plus important.

 

Bien sûr, Dolly est le personnage central du film, passerelle entre le monde d’avant – le Milieu – représenté par le couple Bradley-Gwen, et le monde légal représenté par Steve.

Et Norma Shearer est une magnifique Dolly, jouant de son charme bien sûr, mais aussi de ses qualités dramatiques : la première partie qui nous la présente comme une entôleuse est une sorte de mise en abîme puisqu’elle joue de sa capacité à pleurer et à faire des manières afin de plumer son client.

C’est d’ailleurs une partie très drôle où le visage est véritablement son atout.

Mais à cela s’ajoute un esprit des plus affuté qui lui permet de jouer quelques tours à ses « associés ». Ces différents tours sont d’ailleurs assez savoureux, surtout grâce à Bradley/Sherman, gangster de pacotille à la mine faussement patibulaire, mine qui n’arrive pas à cacher qu’il n’est qu’un raté, même dans la truande.

 

La deuxième partie laisse un peu de côté la comédie pour mettre à jour le véritable caractère de Dolly, que Steve entrevoit alors : mais comme au final elle est amoureuse de lui, la déception initiale (la plantation dont il parlait ne lui appartenait pas…) passe.

Et on se dit que le film est fini, ils s’aiment et tout va bien.

Sauf que Leonard et ses scénaristes (parmi eux Edmund Golding, excusez du peu…) n’ont pas cédé à la facilité et un rebondissement nous surprend – enfin moins que Dolly, bien sûr – quand Bradley et Gwen débarque chez Steve afin « d’en croquer un peu »…

C’est aussi à ce moment que la nouvelle tombe : le brevet de Steve est acheté et il est maintenant très riche.
Vous comprenez donc que ces « cousins » de New York ont du mal croire Dolly quand elle dit qu’ils ne roulent pas sur l’or.

 

Alors que le parlant est en train de s’installer dans les studios hollywoodiens, Leonard nous livre ici un de ses derniers muets (l’avant-dernier pour être précis) et on sent qu’il est prêt à relever le défi sonore. La présentation de Dolly – intertitres et rencontres (1) – est avant tout basée sur le dialogue, tout comme la résolution finale.

On sent bien qu’il ne manque pas grand-chose à tout ce monde-là pour franchir le cap du parlant : il est en outre très facile de retrouver les textes des intertitres sur les lèvres des différents protagonistes.

 

Bref, une magnifique curiosité avec l’une des plus grandes actrices des années 1920-30, avec un rôle à sa mesure, montrant son talent.

Et en plus, c’est drôle, alors pourquoi bouder ce plaisir ?

 

PS : A Lady of chance devient Au Fil de la vie… No comment (2) !

 

 

  1. En prime, nous avons Bert Roach et son regard un tantinet ahuri…
  2. Pas de commentaire

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Irving Cummings, #Lon Chaney, #Comédie dramatique, #Muet
Cœur de Père (Flesh and Blood - Irving Cummings, 1922)

David Webster (Lon Chaney), avec l’aide de deux Chinois, s’est évadé. 15 ans plus tôt, il avait été condamné pour quelque chose qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il se cache dans Chinatown, il rumine sa vengeance et veut retrouver sa femme et sa fille.

Sa femme est morte et sa fille s’occupe d’une mission dans les bas quartiers.

C’est sous les traits d’un invalide qu’il la retrouve et veille sur elle.

 

Lon Chaney dans un rôle de fugitif et qui crie vengeance tout en voulant veiller sur sa fille qui le croit mort : rien que de très normal pour cet acteur. Mais ici pas de maquillage (supplémentaire), c’est à visage ouvert qu’il évolue. Bien sûr, on n’est pas étonné de le voir jouer à l’estropié, et même : on n’attendait que ça.

Masi comme Webster n’est finalement que la victime d’une machination, il n’a pas beaucoup l’occasion de nous montrer son visage dur et mauvais, comme dans The Penalty deux ans plus tôt.

Ici, c’est plus un visage heureux qu’il nous montre, même s’il est un peu malheureux de ne pouvoir se faire connaître de sa fille. Quoi qu’il en soit, Webster appartient bel et bien à la grande famille Chaney, son handicap annonçant celui de Bisho dans The black Bird.

 

Mais si on se réjouit de retrouver Chaney, on peut regretter le rythme décidé par Irving Cummings dans cette histoire un tantinet mélodramatique.

En effet, la narration est très lente, parfois trop, et surtout le jeu d’acteurs est beaucoup trop figé.

Cette lenteur amène des longueurs qui ont tendance à nous faire décrocher. Ce qui est bien dommage, parce qu’il y avait autre chose à faire de cette intrigue de Louis D. Lighton.

 

En effet, en plus du personnage, on trouvait quelques éléments qui auraient pu donner un film beaucoup plus intéressant.

Chinatown, mélange d’exotisme et de mystère, est un lieu très souvent utilisé pour des intrigues criminelles voire violentes (1). On y retrouve une organisation au rythme ternaire qui est dirigée de main de maître par le mystérieux Li Fang (Noah Beery, le frère de) : rien de ce qui se passe dans son quartier ne lui est inconnu, et son système de surveillance est aussi très efficace.

Mais malheureusement pour nous, Cummings (et Lighton) ont ajouté une sous-intrigue concernant le policier Doyle (DeWitt Jennings) qui s’éloigne de l’intrigue principale jusqu’à devenir carrément inutile : l’interrogatoire de Li Fang sur un rocking-chair latéral n’a aucun lien avec ce qu’il se passe dans le même temps du côté de Webster, et on se demande bien si un balancement latéral est vraiment efficace pour recueillir des aveux.

 

De même, la résolution de la vengeance nous laisse sur notre faim, et surtout, on ne voit pas vraiment en quoi elle est résolue. Mais surtout, alors que Doyle est une de ses cibles, on ne comprend pas pourquoi il n’y revient plus, se contentant du banquier Burton (Ralph Lewis), véritable coupable de son incarcération.

Certes le fait que Burton Jr (Jack Mulhall) soit amoureux de la fille de Webster – surnommée the Angel Lady (Edith Roberts) – explique en partie cette résolution bancale.

 

Quant à la fin, je reste mitigé : certes, Webster n’a aucun avenir avec les futurs mariés, mais doit-il vraiment retourner en prison ?

La prison devient alors le paradis qui accueille l’âme apaisée de Webster : les portes qui s’ouvrent seules dès son arrivée ne sont pas celles gardées – dit-on – par saint Pierre.

Et si on songe immédiatement à une rédemption (toujours pour la même raison), on se demande tout de même pourquoi un homme innocent doit retourner en prison.

Dommage, donc.

 

 

(1) Même dans The Cameraman, Chinatown est le théâtre d’une guerre de clans (triades ?).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espace, #Philip Kaufman, #Ed Harris
L'Etoffe des héros (The right Stuff - Philip Kaufman, 1983)

14 octobre 1947 : Chuck Yeager (Sam Shepard) franchit pour la première fois le mur du son.

16 mai 1963 : Gordon « Gordo » Cooper (Dennis Quaid).
Entre ces deux dates, le programme Mercury qui vit la véritable course à l’espace se dérouler entre les Etats-Unis et l’URSS, amenant quelques années plus tard l’hégémonie américaine amenant, voilà maintenant 50 ans, le premier alunissage.

 

Si les différents événements décrits sont exacts, Philip Kaufman se base sur le livre de Tom Wolfe de 1979, qui avait démarché les différents protagonistes de cette aventure spatiale. On retrouve d’ailleurs le côté personnel de cette épopée : les petites histoires à côté de la Grande.

On y retrouve différents acteurs politiques dont Lyndon B. Johnson (Donald Moffat), grand porteur du projet auprès des présidents.

 

C’est une belle reconstitution que nous suivons pendant ces 193 minutes, avec en fil rouge Chuck Yeager (1), pilote hors pair bien que jamais allé dans l’espace, qui voit l’expansion du projet, sans regretter une seule fois de ne pas en être, continuant de son côté son exploration aéronautique du XS-1A (1947) jusqu’au F-104 Starfighter (1963).

Et surtout, c’est une aventure exceptionnelle dont les acteurs furent toujours des hommes avant tout – dotés d’une grande fibre américaine, ce qui est normale – avec leurs limites et leurs faiblesses et leurs erreurs.

La seule différence c’est qu’à ce niveau-là, une erreur est souvent synonyme de mort.

 

Nous suivons donc ces sept hommes que le monde a presque oubliés aujourd’hui – surtout depuis Neil Armstrong – dans le long parcours de sélection qui comporte tout de même quelques moments comiques, essentiellement dus à Cooper, un tantinet hâbleur, mais aussi des exercices qu’on aurait tendance à qualifier d’inhumains tant les organismes sont soumis à des conditions parfois plus qu’extrêmes.

 

Mais c’est aussi, au-delà du privilège d’avoir été sélectionnés – et d’être donc les meilleurs – la création d’une équipe qui va plus loin que la collaboration professionnelle. C’est une équipe de frères qui se créée sous nos yeux, où finalement chacun a son importance, et si c’est Alan Shepard (Scott Glenn) qui est le premier à traverser l’atmosphère, ou encore John Glen (Ed Harris) qui le premier fait plusieurs tours de la terre, il n’y a aucune rancune, aucun ressentiment. Et c’est encore Yeager qui l’exprime le mieux, en rappelant que ces hommes risquent autant – voire plus – leurs vies dans cet exercice, et qu’ils doivent bénéficier du même respect.

 

La reconstitution nous ramène aussi les Cadillac sur la plage pour observer les différents décollages ; ainsi que les coiffures et autres lunettes qui avaient cours. En ce qui concerne les personnages politiques, on a droit à de savants montages vidéo surtout quand Kennedy remet sa décoration à Shepard, événement qui fut retransmis à la télévision.

Cette reconstitution nous montre aussi que la presse a joué un grand rôle dans la notoriété de ces astronautes : c’est à chaque décollage un assaut des photographes et autres reporters sur les maisons des pilotes, amenant un stress inutile aux épouses de ces mêmes hommes.

 

Bien entendu, les échecs – nombreux dans ce genre d’exercice – ne sont pas éludés et on a droit à certains décollages très ratés, repoussant toujours l’exploit, mais n’émoussant en rien les motivations de tous.

Et parmi toute cette somme de travail incroyable pour envoyer – enfin – un homme dans l’espace, Philip Kaufmann glisse un tout petit facteur humain lourd de conséquences (virtuelles) : Shepard, pendant la longue attente avant de décoller, a naturellement une envie d’uriner. Cet épisode comique fait écho à Bill Dana et son personnage de José Jiménez, astronaute mexicain (2) à la télévision à la même époque.

 

Bref, du grand spectacle, une épopée grandiose qui salue près de 20 ans de progrès technologique(s), dépassant irrémédiablement l’URSS, ce qui était tout de même le but recherché.

 

 

  1. Dernier survivant de cette épopée (il a fêté ses 96 ans en février dernier), il fait même une courte apparition…
  2. Avec jeu de mots intraduisible, en rapport avec l’immigration mexicaine à la nage par le Rio Grande.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edouard Molinaro, #Francis Veber, #Comédie
L'Emmerdeur (Edouard Molinaro, 1973)

Emmerdeur : n.m. personne particulièrement embêtante, soit ennuyeuse, soit agaçante et tatillonne.

Il est clair que monsieur François Pignon (Jacques Brel) correspond exactement à cette définition du Petit Robert. Il s’agit d’un prototype, voire d’un étalon dans le domaine, pour le plus grand malheur de monsieur Milan (Lino Ventura), tueur à gages, en mission à Montpellier.

Il faut dire que, pendant que Milan prépare un assassinat dans une chambre d’hôtel, Pignon a décidé de se suicider dans celle d’à côté, amenant alors une relation involontaire autant qu’inopportune (pour Milan), ce dépressif aux tendances suicidaires étant un « drôle de paquet ».

 

Avec L’Emmerdeur, Francis Veber, qui n’est que scénariste et dialoguiste, non seulement adapte sa pièce (Le Contrat), mais en plus jette les bases de la structure qui va faire le succès de ses films à venir : un duo mal apparié. Certes, dans La Valise – sorti cette même année – on trouvait déjà un duo improbable, mais avec l’Emmerdeur, c’est tout le comique de Veber qui s’exprime, Molinaro n’étant là que pour mettre en image et donner un décor à ce qui n’est malgré tout qu’une pièce filmée.

 

Cette association terrible est renforcée par deux acteurs aux antipodes l’un de l’autre (1), ce qui ne les empêche pas de former un duo magnifique tout en contraste : Milan est un tueur froid et méthodique au sourire (très) rare ; Pignon est foncièrement humain, avec ses qualités, mais surtout ses défauts flagrants, source du comique.

Et cette association fonctionne magnifiquement, malgré les invraisemblances, puisque de toute façon, l’intérêt réside uniquement dans la rencontre qui va devenir malgré tout un affrontement jusqu’au dénouement final, point culminant des emmerdements de Milan.

 

Il est clair que cet emmerdeur si humain est avant tout un fléau qu’on attrape comme on attrapait autrefois la peste et s’en débarrasser n’en est pas moins facile, voire quasiment impossible.

Bien sûr Brel est magnifique, dans ce rôle de paumé des plus communs : on en arrive même à se demander comment il a pu séduire sa femme (la belle Caroline Cellier). Il est un véritable crampon dont Milan/Ventura ne pourra à aucun moment se défaire, amenant en même temps sa perte. Cette perte est bien sûr inévitable : Milan est avant tout un tueur, rôle que Ventura interprète tout naturellement (2), avec sa retenue habituelle, et des regards qui font mouche, évitant d’inutiles bavardages.

 

Et au final, un film qui n’a rien perdu de sa force comique, plus de 45 ans après sa sortie, amenant même Veber à en faire un remake en 2008, avec Berry et Timsit en lieu et place de Ventura et Brel (3).

 

  1. Ce n’est pas leur première collaboration.
  2. Comme ses autres rôles : Ventura devait croire au personnage qu’il interprétait.
  3. Mais ceci est une autre histoire, comme vous vous en doutez…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #René Clément
La Bataille du rail (René Clément, 1946)

1944.

Les Alliés vont bientôt débarquer. La SNCF continue son travail de sape auprès de l’armée d’Occupation, enchaînant sabotages sur sabotages, avec malheureusement les victimes collatérales inévitables.

 

Alors que la deuxième Guerre Mondiale est à peine terminée, René Clément tourne ce film hommage à la SNCF, avec des moyens considérables : plusieurs trains sont déraillés, de très nombreux acteurs plus ou moins professionnels… Le tout chapeauté par le CNR (1) comme annoncé en préambule.

Cela ressemble à un documentaire, une voix off (Charles Boyer) qui va rapidement laisser la place aux images, un dessin valant mieux qu’un long discours.

 

C’est donc une magnifique plongée dans un appareil d’état avec en toile de fond la Libération et surtout la victoire, qui intervient d’ailleurs dans les tout premiers mois de tournage.

Et quasiment tous les cheminots sont de braves résistants, ce qui fut tout à fait vrai. Part contre, toujours dans l’euphorie de la victoire et du souci de faire repartir le pays rapidement, la Collaboration n’est quasiment pas évoquée dans tout le film : seule une référence à un type qui a de « longues oreilles » : comprenez qu’il est susceptible de dénoncer leurs agissements.

 

Mais au-delà de ce corps irréprochable, c’est un magnifique documentaire du fonctionnement d’un réseau de Résistance à l’échelle nationale : Résistance-Fer qui opéra de 1943 à 1945,

C’est une formidable organisation qui concerne tous les secteurs, du cheminot à l’ingénieur, au  nez et là la barbe des Allemands.

Tenir le rôle d’un Allemand ne devait pas être bien facile à cette époque.

Et si la majorité des entreprises de sabotage sont couronnées de succès, cela n’empêche pas quelques cuisants revers, montrés ici à travers deux réalités plutôt terribles :

  • les otages : six hommes de la SNCF, tous postes confondus, sont arrêtés et conduit à un mur où ils sont fusillés, un par un, pendant que les machinistes font siffler leur machine, couvrant mal les différentes déflagrations des armes. On ne peut oublier le visage du dernier cheminot qui sera abattu, le dos aux armes, apercevant une araignée, dernier signe de vie qu’il verra avant de tomber lui aussi.
  • Le maquis : a  lors que le convoi blindé est arrêté suite à une énième opération de sabotage, empêchent ces renforts de rejoindre le deuxième front qui s’est ouvert en Normandie, une armée de résistant, mal armés et mal entraînés et surtout mal organisés, va tenter de détruire les différentes pièces d’artillerie ainsi que les blindés du transport. Ils seront éliminés impitoyablement, avec en fin d’assaut les mouvements d’un char qui va achever les rares survivants.

 

Ces deux éléments sont très justes et surtout d’une grande authenticité : pas de héros ou de vedette, seulement des hommes comme ceux qui allèrent voir le film, et peut-être même certains ont pu se reconnaître parmi ces différents acteurs de l’ombre.

Mais surtout, les différentes étapes de l’intrigue mettent en scène des hommes (2) dans ce qu’ils ont de plus humains. Même les soldats allemands ne sont pas toujours montrés comme des bourreaux assoiffés de sang : bloqués par les incessants actes de sabotage sur les voies, les soldats se reposent sur le talus, les uns préparant la nourriture, d’autres se reposant au soleil, et on entend même un accordéon (3).

Même quand ils liquident le maquis qui les attaque, ce ne sont que des soldats qui font leur métier. On ne retrouve l’exaltation nazie qu’au moment où un officier explique (en allemand) le sort des otages si le sabotage ne s’arrête pas. C’en serait presque caricatural s’il n’y avait pas les six fusillés qui vont suivre.

Si les soldats allemands ne sont pas tous montrés comme des nazis exaltés, la musique d’Yves Baudrier rappellera tout de même les racines de l’Occupation : en effet, à différentes séquences concernant l’armée allemande, on peut reconnaître quelques bribes de mélodie de l’hymne nazi qui eut cours jusqu’à la capitulation : le Horst-Wessel-Lied. Ce rappel musical pour nous dire que même si tous les Allemands n’étaient pas des nazis, cela n’empêcha pas une très large proportion d’entre eux de chanter cet hymne aux grands événements (4).

 

Bien sûr, dans la foulée de sa sortie, ce fut une consécration au premier (5) festival de Cannes, et les premiers pas remarqués de ce cinéaste qui tournera d’autres films de la période, dont l’énorme Paris brule-t-il, autre sommet du genre.

Mais la grande force de ce film sur ceux qui le suivront – de Clément comme des autres – c’est le témoignage de cette Résistance ferrée alors que le conflit est à peine terminé quand le tournage se fait. C’est aussi un témoignage très précis de ce qui a pu se passer pendant ces années d’Occupation.

Malheureusement, ce genre de témoignage sur les conflits va rapidement disparaître du cinéma français, les différentes défaites n’étant pas spécialement glorieuses, tout comme l’attitude de certains militaires.

 

Quoi qu’il en soit, deux mois plus tard Clément revenait sur les écrans avec un autre film traitant de la Résistance (dû pour beaucoup au travail de Noël-Noël) : Le Père tranquille : (La Vie d'une famille française durant l'Occupation.

Mais comme d’habitude : ceci est une autre histoire.

 

  1. Conseil National de la Résistance.
  2. Et très peu de femmes : 3 seulement disent quelques mots.
  3. Cet accordéon aura d’ailleurs son importance plus tard, dans le spectaculaire déraillement.
  4. Avant chaque concert de musique classique, par exemple.
  5. Celui de septembre 1939 fut annulé, pour cause de guerre mondiale…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Horreur, #Julius Avery
Overlord (Julius Avery, 2018)

Nuit du 6 juin 1944 : à 6 heures, les troupes vont débarquer sur les plages de Normandie.

Pour l’instant, les troupes parachutées traversent les lignes pour désorganiser l’armée allemande quand le premier tir de barrage aura lieu.

C’est dans un cargo volant qu’on découvre le soldat Boyce (Jovan Adepo) et ses camarades, dont l’objectif est un poste de transmission installé dans une église, qu’ils doivent détruire avant le commencement de l’opération militaire la plus spectaculaire du 20ème siècle, dont le nom de code est Overlord (1).

Mais arrivés à cette église, les quelques rescapés se retrouvent en présence d’une organisation qui va au-delà d’une simple base de communication : dans le souterrain de l’église, des expériences terribles sont mises au point avec des cobayes récupérés dans la population locale.

 

Nous assistons à un retour en force de la Seconde Guerre mondiale au cinéma ces dernières années, et ici, Julius Avery nous propose un mélange des genres, rappelant un peu le second opus des aventures de Captain America (2) pour les expérimentations nazis, une dimension horrifique en plus.

 

Le début du film n’est pas sans nous rappeler Il faut sauver le Soldat Ryan, mais rassurez-vous, n’est pas Spielberg qui veut. Parce que rapidement, ce qui devait être toute un escadron se retrouve presque anéanti : seuls 6 soldats ont survécu suite aux tirs de la DCA qui a détruit leur appareil. Et certains pas longtemps après.

Là s’arrête donc le rappel, Avery, se démarquant alors totalement du maître Spielberg, donne une dimension surréelle à son film, utilisant des teintes peu communes dans les films de guerre. Mais cela ne dure pas et le réel (ou supposé tel) revient et nous emmène dans une histoire improbable de recherche de l’immortalité : comme toujours avec les nazis (les méchants toutes catégories) on peut développer des histoires plus ou moins réalistes, accumulant n’importe quelle atrocité ou élément surnaturel (cf. Hellboy).

 

Alors on regarde avec un sourire narquois cette histoire fort improbable où alternent les scènes fortes et les moments un peu plus calmes, mais pas obligatoirement sans violence. On y retrouve la même exposition réaliste des différents accessoires guerriers avec moult litres d’hémoglobine, cela va de soi : nous sommes dans un film d’horreur, tout de même !

C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’on a du mal à y croire : Avery a tendance à en faire un peu trop, basculant à un moment plus du côté gore sans vraiment en revenir.

 

Pour le reste, c’est un film encore une fois distrayant, mais n’attendez pas autre chose. ON y trouve quelques personnages franchement retors : Ford (Wyatt Russell, le fils de Kurt) et Wafner (Pilou « Euron Greyjoy » Asbæk).

Ford est un vétéran, comparé à Boyce ou ses compagnons : il a fait la campagne d’Italie. De plus, ses pratiques sont fort étranges pour Boyce, qui n’est rien d’autre qu’un bleu dans un jeu de grands. Le pragmatisme de Ford va d’ailleurs à l’encontre des belles idées de Boyce, considérant la mort des compagnons comme un mal nécessaire.

En face, on trouve l’infâme Wafner, et donc Asbæk encore une fois dans un rôle de gros méchant, avec ce qu’il faut de cruauté.

Face à ces deux hommes très particuliers, Boyce fait bonne figure, son court engagement ne l’ayant pas encore rendu insensible voire inhumain. Et en plus, il est noir, ce qui est plutôt rare pour les films narrant cette période parce qu’il ne meurt pas avant la fin !

Reste l’élément féminin, Chloé (Mathilde Ollivier), actrice française qui donne un cachet d’authenticité à son rôle, nous évitant quelques idiomes français habituels avec un accent nord-américain prononcé un tantinet artificiels.

Si le film est parfois très (trop ?) spectaculaire – ça explose de partout – on peut toutefois noter un superbe maquillage : il faut dire qu’ils sont une quarantaine de la conception à la réalisation.

 

Au final, un film pas si mal que ça, mais réservé plutôt aux amateurs du genre : professeur Allen John, vous êtes excusé.

 

  1. Voilà pour le titre.
  2. The winter Soldier (2014)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Buster Keaton
Frigo Déménageur (Cops - Edward F. Cline & Buster Keaton, 1922)

« Frigo ».

Encore une fois, quelle horreur ! Il était de bon ton dans le premier quart du 20ème siècle de donner un nom supposé comique à ceux qui l’étaient vraiment. Voici donc Buster Keaton affublé de cet autre sobriquet on ne peut plus ridicule (1).

Pourtant, le titre original « flics » était très parlant, mais est-ce dû à la morale de l’époque qui ne voulait pas qu’on dénigre les représentants de l’ordre qu’on ait affublé le grand Buster de ce surnom minable ?

Qu’importe, c’est avant tout le film qui nous intéresse.

 

Un jeune homme (Buster) derrière des barreaux parle avec la jeune femme (Virginia Fox) qu’il aime.  Heureusement pour lui (et pour l’instant), ce sont ceux de la grille de la propriété de la famille de cette jeune femme.

Mais son exigence est celle-ci : elle n’épousera qu’un (riche) homme d’affaires.

Le jeune homme va donc s’essayer aux affaires, avec beaucoup de maladresse et de malchance.

 

Autant le dire tout de suite, il s’agit du rare – sinon le seul – film où tout se termine mal pour son personnage. Mais comme nous sommes avec Buster Keaton, c’est un festival de gags qui nous emmène à cette fin malheureuse.

Comme l’a souligné avant moi mon ami le professeur Allen John, on part sur une méprise qui est en même temps prémonitoire : Buster derrière les barreaux. La jeune femme lui parle et le quitte comme on peut l’attendre de quelqu’un en prison, où il n’est pas.

Mais ces barreaux de prison annoncent cette fin malheureuse, surtout avec le nombre phénoménal de policiers utilisés dans le film.

 

Mais il faut attendre la deuxième moitié du film pour que le rythme s’emballe et que les flics commencent à apparaître.

La première partie nous montre une tentative de faire des affaires, à partir d’un argent acquis de manière fort peu orthodoxe, voire illégale.

Mais cet argent est vite dépensé auprès d’un faux vendeur de mobilier, mais véritable escroc Edward F. Cline qui coréalise le film.

Ici s’arrêtent donc les affaires pour notre malheureux héros, et là vont commencer ses déboires spectaculaires et drôles.

Il semble que nous sommes le 17 mars puisqu’on assiste au défilé annuel des policiers : cette date devient donc prétexte à l’overdose de policiers.

C’est aussi le prétexte à des gags plus ou moins spectaculaires (prendre une voiture en marche, équilibre sur une échelle…), avec toujours plus de policiers intervenant dans cette chasse à l’homme.

Bien sûr, on pense Mack Sennett et ses Keystone Cops, mais aussi à Harold Lloyd, mais pour des raisons beaucoup moins drôles : Lloyd a perdu une partie de sa main avec le même genre d’explosif et la même situation que Buster, voulant allumer une cigarette avec.

 

Quoi qu’il en soit, ce sont « deux bobines de joie » (2) de très haute volée, où Keaton et Cline nous régalent sans mesure, jouant avec bonheur sur l’apparence de Keaton ainsi que ses qualités athlétiques et sa souplesse légendaire.

Bref, du très grand Keaton, malgré un format plutôt court (environ 18 minutes).

 

IN-CON-TOUR-NA-BLE !

 

 

  1. Il y a eu aussi le périssable Malek…
  2. Cf. The Kid : « 6 reels of joy » annonçait l’affiche aux spectateurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Wes Craven
La Colline a des yeux (The Hills have eyes - Wes Craven, 1977)

La famille Carter est en route pour la Californie, avec un petit crochet par le Nouveau-Mexique pour y voir une mine désaffectée qui lui appartiendrait.

Et à l’instar de David Vincent (1), ils cherchent un raccourci qu’ils ne trouvent pas et se retrouvent seuls au milieu du désert.

Enfin pas vraiment seuls : des yeux les observent dans les collines environnantes (2).

Et ces yeux appartiennent à des gens qui ne sont pas spécialement hospitaliers. Sauf si on considère que manger ses hôtes est la norme de l’hospitalité de l’Ouest…

 

Vous l’avez compris, Wes Craven nous propose ici un film d’horreur, où les images sont fortes et les nerfs des spectateurs mis à rude épreuve.

Il faut dire qu’il ne fait pas dans la dentelle avec cette tribu de sauvages dont le mode de vie se situe quelque part entre l’ère contemporaine et l’âge des cavernes. J’aurais pu les comparer aux Indiens d’Amérique mais je respecte trop ce peuple pour le comparer à ces brutes hirsutes et violentes.

Ces curieux paroissiens sont vêtus de peaux de bêtes mais utilisent des talkies-walkies ou des jumelles de précisions, héritage de la base militaire proche.


Parce que si le film commence doucement et que les sauvages ne sont utilisés qu’en caméra subjectives (à travers des jumelles), rapidement, nous les apercevons et leur malfaisance est des plus sauvages voire barbare : corps empalé sur une porte ; Carter Sr. (Russ Grieve) crucifié ; chien ouvert, démembré et mangé…

Il semble que Craven se base sur une histoire vraie – le clan de Sawney Bean en Ecosse au début du 17ème siècle – et la situation de l’intrigue dans le désert du Nouveau-Mexique est la raison de l’existence de ce clan bien particulier.

En effet, dans les années 1950s, ce désert fut le théâtre d’explosions nucléaires à titre d’essais. Il est clair que ces gens soumis aux radiations inévitables (3) ont pu dégénérer pour devenir cette tribu de créatures presque humaines.

De plus, la présence de Michael Berryman et son physique particulier corroborent cette explication : rappelez-vous Vol au-dessus d’un nid de coucous, c’est le grand chauve au regard de demeuré.

 

On notera aussi les noms des membres de la tribu, inspirés des dieux romains : Jupiter (James Whitworth), Pluto (Michel Berryman), Mars (Lance Gordon), Mercury (Arthur King/Peter Locke). Les femmes n’ont pas la chance de porter des noms de déesses : Mama Jupiter (Cordy Clark) et Ruby (Janus Blythe), sa fille qui veut s’enfuir de cet environnement in ne peut plus toxique.

Autre particularité onomastique : les chiens ont pour nom Beauty (de son vrai nom Flora) et Beast (Striker), rappelant les personnages principaux du conte de madame Leprince de Beaumont.

 

Avec ce film, Wes Craven obtient ses titres de noblesse dans ce genre pas toujours vraiment subtil, continuant sur la lancée du célèbre Texas chain saw Massacre sorti trois ans plus tôt, et qu’il aime beaucoup. Mais c’est ce même film qui va lui permettre de s’asseoir durablement et de faire ainsi évoluer le genre horrifique, avec ses deux séries : Nightmare on Elm Street et Scream.

Est-il besoin de préciser que ceci est autre histoire ?

 

  1. Roy Thinnes.
  2. D’où le titre original : « Les collines ont des yeux ». A ce propos, pourquoi avoir singularisé le titre français ?
  3. Le vieux Fred (John Steadman) explique au début qu’il est là depuis 1929.

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