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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Comédie
Une riche Famille (Hot Water - Fred C. Newmeyer & Sam Taylor, 1924)

Si le titre français tient en partie compte de l’intrigue, il faut aller chercher dans le titre original le véritable thème du film : Hot Water.

Il n’est pas question d’eau chaude, mais de l’expression « to be in hot water » qui signifie être dans le pétrin.

Et pour y être, Hubby (Harold Lloyd) y est, et profondément.

Mais reprenons.

 

Jeune célibataire, il s’étonne que ses amis se marient, conscient que jamais il ne cèdera à un quelconque regard langoureux. Bien entendu, c’est u ne fois qu’il l’a dit qu’il croise sur son chemin une belle jeune femme (Jobyna Ralston) qu’il  va bien sûr épouser.

Et comme toujours dans ces cas-là, la belle jeune femme a une famille. Et si cette famille n’est pas spécialement riche comme le suggère le titre français, elle vaut tout de même son pesant d’or : une belle-mère présidente d’un club de dames patronnesses (Josephine Crowell) ; un beau-frère adulte (Charles Stevenson) qui a un tel poil dans la main qu’il s’en sert de canne ; et un autre (Mickey McBean), très jeune, qu’il est préférable de tenir à l’œil sinon au bout d’une laisse.

Ces bonnes débarquent chez les jeunes mariés le jour où est livrée la voiture qu’Harold a achetée…

 

Après une exposition rapide qui amène le mariage, le film se divise en trois parties : la première voit Harold gagner une dinde à la loterie du marché et la ramener chez lui par le tramway ; la seconde voit une promenade automobile qui tourne rapidement à la catastrophe ; et la dernière qui voit tout ce petit monde à la maison après la destruction de la voiture.

Si ces trois parties vous semblent apposées, il ne faut absolument pas vous y fier.

Certes, les deux premières sont l’occasion d’une série de gags visuels très savoureux, elles sont indispensables au bon déroulement de la troisième.

 

Car si Harold se retrouve dans « l’eau chaude », c’est bien entendu en plongeant la tête la première, mais la sortie est tout de même au bout, après cette troisième partie qui utilise les différents événements des parties précédentes dans un quiproquo absolument génial.

La dinde et la voiture (très) accidentée vont y jouer un rôle des plus savoureux (1) : alors qu’Harold pense avoir tué sa belle-mère d’une overdose de chloroforme, différentes interventions de policiers – en rapport avec ce qu’il s’est passé avant, donc – vont faire accroire à notre héros qu’il va bientôt se retrouver en prison, voire sur l’échafaud !

 

Bref, nous sommes dans du très grand Harold Lloyd où le comique est omniprésent en gestes, en situations voire en paroles (les intertitres sont eux aussi source de gags), amenant des situations de plus en plus élaborées et de plus en plus drôles, continuant la régulière progression du cinéma comique hors des ressorts du slapstick vers un comique beaucoup plus fin prenant en compte les aspects psychologiques des personnages, tout en restant dans des cadres stéréotypés indispensables : la belle-mère est un exemple quasiment incontournable de ces stéréotypes.

Ici, Harold veut se débarrasser de sa belle-famille (la mère en priorité, cela va sans dire) : son voisin lui conseille de ne pas l’affronter à jeune et donc de boire une bonne rasade d’alcool (2).

Ce conseil, risqué tout de même quand on sait que la vieille dame a prononcé un discours important, va quand même porter ses fruits (3), et l’absorption de ce liquide prohibé est même indispensable à la fin heureuse attendue.

 

Après, si vous voulez savoir comment, je vous laisse découvrir…

 

  1. Quel régal, décidément…
  2. N’oubliez pas que le Volstead Act est en application depuis cinq ans et va se poursuivre neuf ans encore…
  3. Normal, dans une comédie, tout se termine bien. Pour le héros.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Luketic
Las Vegas 21 (21 - Robert Luketic, 2008)

Ben Campbell (Jim Sturgess) est un étudiant du MIT (1) qui aimerait intégrer la prestigieuse université de Harvard, mais pour  cela, il a besoin d’une bourse de 300.000 Dollars, condition sine qua non pour y suivre les cours.

Mais malgré l’argent que sa mère (Helen Carey) a mis de côté, il ne peut se le permettre.

Heureusement pour lui (?), le professeur Mick Rosa (Kevin Spacey) le remarque et lui demande de rejoindre son équipe spécialisée dans le Black Jack, afin d’arrondir ses mois, et surtout se permettre d’entrer à Harvard…

 

Encore une fois, il s’agit d’une intrigue qui tourne autour des casinos. Nous sommes 13 ans après le fameux Casino de Scorsese, qui donnait le point de vue d’Ace Rothstein (Robert De Niro), gérant du Tangiers, un casino très réputé.

Robert Luketik prend ici le point de vue des joueurs, et surtout d’une bande de tricheurs qui a réellement opéré sur Las Vegas, recrutés par leur professeur.

En face de cette bande organisée, on trouve un spécialiste de la surveillance dont le pouvoir d’observation est proportionnel à sa musculature : Cole Williams. Et si je vous dis que Williams est interprété par Lawrence « Morpheus » Fishburn, vous pouvez imaginer son degré d’observation.

 

Si dans ce film les différents protagonistes arrivent à leur fin, cela n’empêche tout de même pas certaines discussions musclées dans l’arrière-salle du casino. Mais nous ne sommes pas chez Scorsese, et surtout nous n’avons pas affaire à des mafieux peu scrupuleux.

Et comme c’est Kevin Spacey qui tient le haut de l’affiche, on peut s’attendre à un personnage en demi-teinte : une espèce de gentil pas très franc du collier. Et encore une fois, on n’est pas déçu : le gentil Mickey est une belle ordure.

 

Bien sûr, cela va se retourner contre lui : un tel pourri – tricheur d’un côté et peau de vache universitaire de l’autre – ne peut pas s’en sortir.

Alors on laisse aller, et le film se déroule tranquillement dans cette direction, alternant quelques moments tendus, afin de tenir le spectateur en haleine, avec poursuite – pas infernale mais à travers les différents secteurs d’un casino – entre les jeunes gens et les vigiles du casino.

 

Si ce film ne casse pas des briques, on peut y remarquer tout de même quelques belles transitions en fondus, intégrant intelligemment les deux décors qui s’enchaînent. Par contre, on ne coupe pas aux plans en ralenti qui voient l’équipe avancer, fière de son exploit comme on a pu le voir de nombreuses fois avant.

De plus, la distribution est à la hauteur, Spacey étant bien sûr le plus en vue, la rouerie de son personnage lui permettant de jouer sur du velours (2).

 

Un film, comme disait Boby Lapointe, « distraisant. Treize ans et demi, après je prends ma retraite. »

 

  1. Massachussetts Institute of Technology
  2. Normal dans un casino…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Chabrol
Violette Nozière (Claude Chabrol, 1978)

C’est une jeune femme qui sort de chez elle (?), ses chaussures à la main. Elle ferme doucement toutes les portes et s’enfuit.

Et elle se souvient.

De ses turpitude de jeunes filles jusqu’à l’empoisonnement de ses parents, nous suivons la narration de la vie de cette jeune femme, jusqu’à sa condamnation à la peine de mort le 10 octobre 1934.

Elle s’appelle Violette Nozière (Isabelle Huppert).

 

Il s’agit ici d’une histoire des plus sordides, comme on en trouve souvent chez Claude Chabrol. De plus, avec ce film, Chabrol offre à Isabelle Huppert un premier rôle qui la sort de ses interprétations précédentes de jeune femme fragile. C’est aussi la première des six collaborations entre ces deux personnes.

Et comme nous sommes chez Chabrol, nous retrouvons quelques habituées – Stéphane Audran (Mme Nozière) ou encore Bernadette Laffont (la détenue qui partage sa cellule) – ainsi qu’un distribution qui rassemble quelques grands noms de second rôles (Jean Carmet, Dora Doll) et bien sûr quelques spécialistes de la figuration tels Dominique Zardi qui signe aussi deux chansons entendues dans le film, ou encore Mario David en directeur de la prison.

 

Avec ce film, Chabrol met au goût du jour le sort réservé à certaines filles par des pères abusifs.

Mais à aucun moment, Chabrol nous montre quelque relation intime entre la fille et le père. Tout juste un évitement dans la première séquence qui nous les présente ensemble. Même quand Violette se lave, le haut du corps dénudé, le père Nozière n’a pas de geste déplacé envers elle. Mais on ressent tout de même qu’il y a quelque chose entre eux.

 

Au contraire, Chabrol accentue le point de vue de Violette, les hommes qu’elle rencontre et les lieux qu’elle fréquente avec eux, surtout avec Jean Dabin (Jean-François Garreaud), qui se comporte plus comme un souteneur qu’un amoureux : Violette subtilise de l’argent à ses parents et fait chanter de vieux amants pour permettre à Jean d’avoir un train de vie des plus agréables, avec la promesse (vaine, bien sûr) d’un avenir à deux.

 

Quinze ans après Landru, Chabrol se passionne pour une figure criminelle de l’entre-deux guerres. Mais si Landru n’avait que peu de circonstances atténuantes (euphémisme), Violette Nozière garde une part d’ombre et surtout elle a de véritables circonstances atténuantes.

Il faut dire que pour jouer son père, Chabrol a fait appel à l’immense Jean Carmet qui avait déjà joué avec Huppert dans Dupont-Lajoie. Cette relation antérieure – un viol qui tourne très mal – joue aussi un rôle dans la tête des spectateurs : personne n’a oublié la conduite veule du petit bistroquet. De ce fait, ce qui n’est que suggéré devient d’une certaine façon un fait avéré : le père Nozière est un vieux salingue qui couche avec sa fille et utilise un vieux chiffon comme moyen de contraception (1).

 

Mais nous sommes en 1934, plus de 40 ans avant la sortie du film, et l’opinion publique a tout de même tendance à condamner cette fille parricide.

Et malgré tout, Chabrol laisse la place aux détracteurs qui voient en Violette une victime de l’abus de son père avant tout.

Comme de bien entendu, alors que les dernières images se déroulent, Claude Chabrol explique ce qui fut advenu ensuite : sa grâce présidentielle (Albert Lebrun était le président) qui ne la condamne qu’aux travaux forcés, puis sa réhabilitation sous la présidence de De Gaulle.

 

Alors, Violette Nozière était-elle coupable de parricide ? Oui. Avait-elle des circonstances atténuantes ? Cela devient problématique, parce que Chabrol ne prend à aucun moment son parti, laissant volontairement les zones d’ombre du procès, et utilisant avec beaucoup de maîtrise une narration décousue.

 

Les différents épisodes que nous voyons concernent la passé de Violette mais comme toujours dans le cas de souvenir (2), ils reviennent dans le désordre, et c’est alors au spectateur de remettre les différents événements dans l’ordre pour donner une cohérence dans le récit, ainsi que pour se donner une idée de ce qu’il a pu se passer.

 

Mais malgré tout, on peut comprendre ce film comme un argument pour l’abolition de la peine de mort. N’oublions pas qu’en 1977, quand est tourné le film, Robert Badinter obtient que Patrick Henry soit seulement condamné à la perpétuité, lançant d’une certaine façon la campagne d’abolition de la peine de mort. Le sort de Violette Nozière rappelant facilement la vacuité d’un châtiment qui n’a jamais empêché le développement des crimes de sang.

En 1978, on voit aussi la parution du livre de Gilles Perrault – Le Pull-over rouge – qui va dans le même sens abolitionniste.

 

Chabrol va-t-il dans le même sens ? Je ne pense pas. Il fait un film, avec une intrigue qui lui parle : un fait divers sordide de province, comme il en tournera d’autres avec une caméra pas toujours aussi bienveillante.

 

PS : en prime, un jeune acteur, amant de Violette et avec des cheveux, Fabrice Luchini…

 

  1. Je vous avais prévenu que cette intrigue était sordide !
  2. Voir à ce sujet la préface de François Cavanna pour son magnifique récit autobiographique Les Ritals.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Drame, #Robert Enrico, #José Giovanni
Les grandes Gueules (Robert Enrico, 1965)

De grands espaces ; un petit propriétaire qui se bat contre un gros pour survivre ; une histoire de vengeance ; une équipe patibulaire qui descend dans un village ; un cheval ; des chevaux (de bois).

Pas de doute, nous sommes dans un western.

Mais alors que le western est un genre plutôt américain – même si Sergio Leone en a réalisé » de magnifiques, l’intrigue se situe toujours outre-Atlantique – il n’empêche que le film de Robert Enrico s’apparente curieusement à cette catégorie.

 

Hector Valentin (Bourvil) revient du Canada à la mort de son père et décide de reprendre la scierie de son père à Vagney (Vosges). Mais Therraz (Nick Stephanini) le propriétaire de la grande scierie du coin, aimerait bien récupérer cette dernière parcelle. Aidé de Laurent Dannecker (Lino Ventura) et Mick Evratt (Jean-Claude Rolland), il va tenir bon face à Therraz, en faisant appel – suivant la suggestion de Laurent – à des prisonniers en libération conditionnelle : il les accueille pour venir travailler  chez lui plutôt que de finir leur sentence entre quatre murs.

 

Encore une fois, nous retrouvons une histoire de gangsters due à la plume de José Giovanni. Mais, et c’est alors rare dans le cinéma français en 1965, il nous montre un aspect peu mis en valeur dans la société française, la réinsertion des condamnés de droit commun et dans le cas qui nous intéresse les libérations conditionnelles.

Il faut dire que le passé de José Giovanni lui fournit matière pour ses différents romans policiers : lui qui fut condamné à mort connaît très bien le milieu carcéral tout comme le Milieu tout court.

Et Robert Enrico rejoint Giovanni pour nous présenter une bande de types aux mines patibulaires certes, mais tout de même bien sympathiques. De plus, on y retrouve quelques seconds rôles emblématiques du cinéma français des années 1960-1970 dont Jess Hahn (Nénesse) est un représentant fort truculent.

 

Our la tête d’affiche, on trouve un duo inédit et surprenant : Lion Ventura et Bourvil (qu’on connaît surtout pour les comédies dans lesquelles il a joué – avant et après).

On a tendance à oublier que Bourvil avait un réel talent qui ne se limitait pas à des personnages un tantinet ahuris et comiques comme on l’a un peu (vite) enfermé après Le Corniaud et La grande Vadrouille. Tout comme Melville quelques années plus tard qui lui offrira l’un de ses derniers rôles, Enrico lui donne un rôle grave, celui d’un propriétaire de scierie capable de donner une chance à des proscrits notoires. C’est une grande responsabilité pour son personnage ainsi que pour son image auprès du public : une cinquantaine d’années après le film, les mentalités n’ont pas beaucoup évolué en ce qui concerne les « repris de justice » (1) et leur acceptation dans la société.

De son côté Ventura reprend un rôle de dur qu’on lui connaît mais cette fois-ci, la fréquentation de Bourvil/Hector va amener quelques nuances dans son personnages, les deux hommes déteignant l’un sur l’autre : Hector est un homme courageux qui n’hésite pas à jouer des poings si nécessaire, et Laurent voit son désir de vengeance diminuer avec le temps, surtout après la mort de Mick.

 

Mais comme je l’annonçais au début, nous sommes dans un western.

Outre les beaux paysages des Vosges, la musique de François de Roubaix n’est pas sans rappeler celle d’Ennio Morricone. De plus, les sonorités tirées du bois se retrouvent dans les différents instruments joués par les musiciens.

On retrouve le combat du petit contre le grand – qu’on a dans différents films américains – avec en prime les méchants qui débarquent en ville. Même si dans ce cas, ce ne sont pas vraiment les méchants qui sont là : on peut dire qu’ils sont en sursis…

Et bien sûr, nous avons droit à une gigantesque bagarre – l’une des plus belles du cinéma français – avec distribution généreuse de bourre-pifs ainsi que destruction partielle du décor (la fête des Bûcherons de Vagney).

 

SI le film reste marqué du fait des costumes et des coiffures, on note tout de même que le thème reste d’actualité, quand on entend certaines réflexions de n’importe quel Café du Commerce à propos des prisons.

Et Giovanni et Enrico n’inventent pas tellement quand ils abordent cette histoire de repris de justice mis au ban : une centaine d’années plus tôt, Victor Hugo faisait paraître l’un de ses plus grands romans (en intérêt ainsi qu’en volume…), Les Misérables (2).

 

Un film qui, lui aussi, mérite une seconde chance.

 

 

  1. « Repris de justesse » disait Coluche…
  2. Et comme c’est étrange (?), Lino Ventura jouera Jean Valjean dans le film de Robert Hossein, alors que Bourvil fut Thénardier dans celui de Jean-Paul Le Chanois

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #William Desmond Taylor, #Jack Pickford
Tom Sawyer (William Desmond Taylor, 1917)

Tom Sawyer (Jack Pickford, le frère de) est un jeune garçon turbulent (euphémisme) qui vit avec sa tante Polly (Edythe Chapman), sa cousine Mary (Alice Marvin) et son cousin Sid (George Hackathorne).

Parmi ses copains, on trouve le fameux Huckleberry Finn (Robert Gordon) et le jeune Joe Harper (Antrim Short).

Evidemment, Tom fait bêtise sur bêtise et est très souvent puni.

Quant à l’élément féminin – parce qu’il y en a un – c’est la blonde Becky Thatcher (Clara Horton), dont Tom tombe amoureux et avec qui il se fiance (comme avec Amy…).

 

Ouvrons une parenthèse.

Si William Desmond Taylor est connu, c’est surtout pour sa fin tragique : il fut tué en 1922, et à ce jour – et malgré la confession tardive (1964) de Margaret Wilson – son meurtre n’a pas été officiellement résolu. Avec la mort de Taylor, c’est aussi la mort cinématographique de Mabel Normand qui arrive, et si on ajoute à cela l’affaire Arbuckle, ça fait beaucoup de désordre dans Hollywood.

S’ajoute à cela la présence de Jack Pickford dont la conduite ne fut pas des plus exemplaires et qui lui amènera une mort prématurée.

Dernier fait avant de fermer la parenthèse : parmi les choristes de l’église, on notera la présence d’Olive Thomas – Mme Pickford à la ville – qui décèdera elle aussi prématurément en 1920…

Mais fermons cette parenthèse fort sombre.

 

A l’instar de sa grande sœur Mary, Jack Pickford interprète ici un rôle beaucoup plus jeune que son âge : Tom est censé être un préadolescent alors que Jack a 23 ans quand le film sort. Il en va de même pour George Hackathorne ou encore Robert Gordon (un an de plus) mais Clara Horton elle, a l’âge requis pour interpréter Becky (13 ans quand le film sort).

 

Le format du film (59 minutes) ne peut pas retransmettre les différents épisodes du roman de Mark Twain, et le choix des quelques aventures est alors crucial.

A mon avis – je n’ai pas lu le roman – on peut être satisfait par les différents choix de Taylor et Julia Crawford Ivers : on y trouve des moments forts de ce roman : la palissade à blanchir, l’arrivée de Becky, l’école et les pirates.

Ce dernier épisode étant le point d’orgue du film qui se terminera par l’heureuse issue de cette plaisanterie plutôt macabre.

 

Bien sûr, Jack Pickford et ses comparses du même âge (Antrim Short se situe entre les deux âges, il a 17 ans) ne peuvent pas continuellement masquer leur âge véritable (surtout Gordon), mais le ton est plaisant et les différentes séquences amènent au moins le sourire au spectateur, ce qui est le plus important.

De plus, la photo de Homer Scott nous offre de très beaux plans resserrés des visages des principaux personnages.

Quant au baiser de fiançailles – il y a tout de même dix ans entre les deux interprètes – Taylor s’en sort en montrant le dos de Pickford quand il est censé l’embrasser.

 

Bien sûr, le film fut un succès et l’année suivante vit sortir une seconde partie : Huck & Tom.

 

PS : le film s’ouvre avec Mark Twain (le vrai ?) en position d’écriture, alors qu’un tout petit Tom est assis sur le bord de son bureau.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alfred Lot, #Michel Blanc, #Comédie, #Gilles Lellouche
Une petite Zone de turbulences (Alfred Lot, 2009)

 

C’est Jean-Paul Muret (Michel Blanc) qui traverse cette « petite zone de turbulences ».

Il faut dire qu’il y a de quoi.

Alors qu’il est jeune retraité, il s’aperçoit qu’il a une tache rouge dans le dos. Après une visite rassurante chez le médecin, il commence à gamberger et s’invente un cancer.

Jusque là, rien que de très normal (pour lui).

Mais s’ajoute à cela que sa fille Cathy (Mélanie Doutey) va se marier avec Philippe Faure (Gilles Lellouche), un patron d’une boîte de surveillance surnommé bac -6 par son futur beau-frère Mathieu (Cyril Descours), lui-même homosexuel qui a un petit peu de mal à assumer.

Ajoutez à cela Anne Muret (Miou-Miou) qui a une aventure extraconjugale et vous obtenez une comédie un tantinet acide mais tout de même très généreuse.

 

Il faut dire que si Alfred Lot assure la réalisation, le scénario adapté du roman de Philippe Haddon (A Spot of matter), ainsi que les dialogues sont de Michel Blanc, alors on se sent en territoire connu. Et sur certains points, on retrouve dans Jean-Paul le côté hypocondriaque de Denis (Marche à l’Ombre), avec ses excès comiques, le statut de SDF en moins.

Mais surtout, on se rend compte rapidement que cette zone de turbulences concerne aussi les autres membres de sa famille : Cathy qui veut se marier n’est pas toujours bien claire avec Philippe ; Matthieu a du mal à assumer pleinement sa relation avec Olivier (Yannick Renier) ; et la personnalité de Philippe ne convient pas à tout le monde (sauf Cathy).

 

Cette petite zone tout compte fait, n’est pas si petite que ça puisqu’on atteint rapidement un sommet de turbulences qu’Alfred Lot va tranquillement faire redescendre pour arriver à la fin heureuse attendue.

Evidemment, c’est Jean-Paul qui est le centre de l’attention : il faut dire que ses idées fixes amènent des situations des plus extrêmes, amenant presque un bain de sang, son ablation personnelle de la hanche n’étant pas très concluante.
 

Car Jean-Paul est un personnage aux tendances dépressives, le titre devenant très vite lui aussi une litote.

Et l’affiche qui montre une brique sur le point de lui tomber sur la tête est une très bonne illustration de ce qu’il se passe. Mais cette brique ne reste pas longtemps en suspend, et surtout, elle va déclencher un mini cataclysme dans cette bonne famille bourgeoise des Yvelines (immatriculation de la voiture).

 

De plus, les situations trouvent de temps en temps un écho ultérieur : la phrase « sauf erreur grossière de ma part » qui amène une image qui elle-même se retrouvera un peu plus tard, accentuant le désespoir de Jean-Paul quant à sa santé. Une autre image se rappelle à son souvenir quand il est en train de remuer du ciment, mais je ne vous en dis pas plus.

 

Bref, c’est une accumulation de petits tracas à un moment déborde sur les autres et amène un point de rupture qui, heureusement n’est pas franchi.

Et c’est tout à fait normal : nous sommes dans une comédie. Pour que tout se termine bien, il faut que cela aille mal !

Alors on savoure cette histoire de rien du tout. On la savoure comme on le fait toujours avec les histoires de Michel Blanc : à partir de trois fois rien, il nous propose une intrigue solide avec des personnages légèrement outranciers (mais pourrait-il en être autrement ?), dans un schéma des plus classiques, servi par des interprètes qui s’amusent presque autant que les spectateurs. Alors on rit. On rit de cette histoire tout compte fait dérisoire, d’un homme qui est à un tournant de sa vie : la retraite.

 

Parce qu’en fin de compte, il n’a rien : tout juste un peu d’eczéma. Alors, un peu de cortisone et hop ! C’est passé…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #J. Lee Thompson, #Drame
Les Nerfs à vif (Cape Fear - J. Lee Thompson, 1962)

C’est un homme qui marche dans la ville. Il avance, malgré le trafic et pénètre dans le palais de justice pour y voir la fin d’une session. Ou plutôt un avocat dans cette session : Sam Bowden (Gregory Peck).

Cet homme au panama a été condamné à de la prison après le témoignage de Bowden. Cet homme a passé les huit dernières années de sa vie à ruminer sa vengeance. Et maintenant, il est prêt.

Il s’appelle Max Cady (Robert Mitchum).

 

Nous sommes sept ans après La Nuit du Chasseur et Robert Mitchum se retrouve à nouveau dans la peau d’un criminel des plus dangereux et surtout dérangé. Encore que. Max Cady est un homme violent avec les femmes, quel que soit leur âge. Et encore une fois, Mitchum est formidable.

On peut donc en conclure que Gregory Peck avait apprécié ce dernier dans le film de Laughton, puisque, en tant que directeur de la compagnie de production, il a fait de gros efforts pour l’avoir dans cette production.

Mais à nouveau, avoir Mitchum dans un tel rôle n’a pas beaucoup porté bonheur : le film fut un échec qui causa la fermeture de Melville Productions (1), la société de Peck.

 

C’est bien dommage que ce film fut un échec, parce qu’on y trouve une manière de filmer qui n’est pas sans rappeler celle d’Hitchcock, avec un suspense qui va grandissant jusqu’à l’affrontement final inévitable.

Outre des plans plutôt originaux pour Thompson, on retrouve la musique de Bernard Herrmann (Psycho, c’et deux ans plus tôt, et l’année suivante, ce sera The Birds), qui accentue la tension de plus en plus palpable.

 

Car si le titre original mentionne la rivière sur laquelle se passe la séquence finale, le titre français lui décrit clairement la situation dans laquelle se trouve la famille Bowden face à cet homme insaisissable et ô combien dangereux.

Et si les Bowden ont les nerfs à vif, les dernières vingt minutes permettent aux spectateurs d’expérimenter cette même sensation tant la séquence est incertaine, et surtout Cady malfaisant.

 

Car Cady va beaucoup plus loin dans la malfaisance. On assiste alors à des contacts entre Cady et ses deux victimes féminines – Peggy Bowden (Polly Bergen) et sa fille Nancy (Lori Martin) – qui ne sont pas des plus subtiles ni très recommandés par le code Hays qui était encore en vigueur. D’ailleurs, quelques minutes avaient été retirées par la censure, qui voyait Cady avoir une attitude ambiguë envers Nancy, la seule véritable victime du psychopathe.

 

De plus, le format noir et blanc ajoute de la tension, et les éclairages, tout comme les points de vue, apportent une plus forte de dose de menaces. Avec quelques fausses pistes pour nous tromper, la première se situant au tout début du film : Cady est habillé d’une tenue très claire alors que Bowden, lui, est toujours habillé en sombre. Le rapport manichéen semble inversé, mais rapidement, le spectateur se fait une idée claire de ce drôle de paroissien.

 

Ce film est aussi une occasion pour les spectateurs actuels de retrouver Telly Savalas (Charles Sievers, le détective privé) dans un de ses tout premiers rôles : non seulement il n’a pas un rôle de méchant et/ou de tordu comme ce sera le cas un peu plus tard (The dirty Dozen, On Her Majesty's Secret Service), mais en plus, il a encore ses cheveux. Et on se rend compte alors que s’il les a rasés plus tard, ce n’était pas uniquement pour se faire une image de marque tout comme Yul Brynner, mais aussi parce qu’il commençait déjà à bien se dégarnir…

 

Presque 30 ans plus tard, Martin Scorsese adaptera à nouveau  cette même histoire, avec les mêmes personnages, la même musique ainsi que les mêmes acteurs – Mitchum, Peck & Balsam (Mark Dutton le policier ami de Bowden) – mais dans des rôles un tantinet plus subalternes, l’âge ne jouant plus vraiment en leur faveur…

Vous vous doutez bien qu’encore une fois, ceci est une autre histoire…

 

 

PS : le public actuel peut trouver une résonnance de sa propre actualité à propos de la condition des femmes. Le personnage de Diane Taylor (Barrie Chase) est une femme qui a été abusée et surtout frappée par Cady. Mais sa seule réaction est de partir loin de tout ça, alors que le privé l’encourage à porter plainte. On retrouve ce même thème quand il s’agit de la famille de Bowden, montrant – déjà – qu’il n’est pas facile pour une femme de vivre après une telle expérience. Même si Diane Taylor n’est pas ce qu’on peut appeler une lady, et qu’elle ne veut pas témoigner, on doit comprendre que c’est encore plus difficile pour une femme qu’on peut qualifier de plus classique.

 

(1) Eh oui, Gregory Peck a joué Achab dans le Moby Dick de John Huston…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Edward Sutherland, #Comédie
Un Conte d'apothicaire (It's the old army Game - A. Edward Sutherland, 1926)

Elmer Prettywillie (W.C. Fields) est apothicaire (d’où le titre français), mais pas comme on l’entend en France. Aux Etats-Unis, le propriétaire d’un drug-store délivre bien sûr potions et remèdes, mais il sert aussi des milkshakes, vend des timbres et même des cigares : nous sommes en 1926, c’est- tout à fait légal.

Elmer est assisté d’une charmante serveuse, la belle Mildred (Louise Brooks), mais est surtout poursuivie par sa tante (Blanche Ring) qui n’a certainement pas le même âge, ni surtout le même charme.

Terminons enfin par sa famille : sa sœur Sarah (Mary Foy) et son neveu Mickey (Mickey Bennett).

 

Après un court-métrage où sa participation au scénario est occultée (1), Fields nous propose ici un scénario de long-métrage (son premier donc), aidé de quelques habitués mais surtout dirigé par Edward Sutherland, qui en est alors à ses débuts de réalisateur.

Et que Fields ait écrit le scénario se ressent énormément.

En effet, Fields prendra son essor et gagnera le haut de l’affiche à l’arrivée du parlant. Et cela se comprend quand on voit comment est traitée l’intrigue un tantinet légère qui nous est proposée.

 

Les meilleurs moments de son personnage sont hélas visibles sur les intertitres : Fields joue le plus souvent sur les mots, et le voir articuler ses répliques n’a pas le même effet que de les entendre en même temps…

Quoi qu’il en soit, ses futures victimes du parlant sont déjà là : la famille (sa sœur) et surtout les enfants (ici son neveu : un chiard braillard et insupportable).

Avec ce dernier, Elmer alterne les situations : il ne le supporte pas quand il veut dormir, mais s’associe avec lui contre les deux femmes susmentionnées (bien sûr, je ne parle pas de la belle Mildred).

 

Mais cela ne suffit pas pour un faire un bon film. Avec les réparties qui tombent un peu à plat, les divers gags visuels qui nous sont proposés sont sinon tirés par les cheveux, du moins systématiques, voire téléphonés.

Alors que dans le même temps, les grands noms du comique américain – Chaplin, Keaton & Lloyd (2) – sont en pleine évolution, recherchant une nouvelle subtilité, Fields lui est en retard. Le seul moment qui m’a vraiment fait rire, c’est la (presque) dernière séquence qui le voit revenir dans sa ville, dépité et surtout résigné à finir ses jours en prison (voir ci-dessous). Mais même cette séquence se termine platement.

Quant à la morale finale, signée par le bon Elmer, elle rejoint ce que j’écrivais plus haut (et plus tôt).

 

Alors on se dit que malgré tout, il y a la belle Louise Brooks. Mais son rôle est tout de même bien réduit et son rôle peu déterminant dans l’intrigue. Sa seule interaction notable : elle suggère à Elmer de laisser de la place à George Parker (William Gaxton) dans sa pharmacie.

Autrement, elle est la jeune beauté dont ce même Parker tombe amoureux. Un rôle à peine utilitaire donc, et qui nous permet de l’admirer en tenue de bain.

Bref, pas de quoi s’extasier sur sa prestation (3), puisqu’on pourrait presque retirer son personnage de l’intrigue sans la transformer…

 

Vous le comprenez, je ne suis pas emballé par ce film. J’ai déjà beaucoup de mal avec Fields dans ses films parlants, alors vous imaginez bien que ce rôle muet n’est pas spécialement à mon goût, son visage, qui est le vecteur privilégié du cinéma muet est peu expressif, son regard ne transmettant pas grand-chose.

Vous le direz que Keaton n’avait pas un visage expressif non plus. Mais je vous répondrai alors que les films de Buster sont construits sur cette apparente placidité. Apparente bien sûr, parce que les émotions sont quand même là.

 

 

PS : une moustache était-elle indispensable ?

PPS : 104 minutes, c’est tout de même bien long…

 

  1. Pool Sharks (Edwin Middleton, 1915)
  2. Ceci est un classement alphabétique, pas un ordre de qualité.
  3. Je ne remets pas en cause ses qualités esthétiques et plastiques : je l’ai toujours aimée…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson, #Drame
L'Amour a-t-il un maître ? (Something to think about - Cecil B. DeMille, 1920)

Ruth (Gloria Swanson) a deux prétendants : Jim (Monte Blue) qui est beau est fort, et David (Elliott Dexter) qui est moins beau et surtout invalide.

Alors évidemment, c’est avec Jim qu’elle s’enfuit, se marie et file le parfait amour à la grande ville.

Malheureusement, Jim meurt dans un accident de mine. Ruth s’en retourne donc chez Luke son père (Theodore Roberts), affronter le reproche, avec le fruit de ses amours...

 

Cecil B. DeMille, Jeanie McPherson, Gloria Swanson, Theodore Roberts : pas de doute, nous sommes en territoire connu.

Mais ce qui diffère des autres films, c’est un ton d’une noirceur inhabituelle chez ces gens-là. Tout d’abord, Roberts et Swanson ne sont pas des membres de la haute bourgeoisie comme on a coutume de les voir chez DeMille.

Et si Swanson reste Swanson, il n’en va pas de même pour Roberts : loin de l’homme d’affaires plus ou moins scrupuleux, nous le retrouvons dans un rôle de forgeron avec une barbe aussi spectaculaire qu’improbable. D’ailleurs, on a parfois du mal à le reconnaître sous cet attribut pileux.

 

Si on retrouve les thèmes habituels du duo DeMille/McPherson, on est surpris de la tournure des événements. Que la belle Ruth s’enfuie avec le beau Jim, rien de bien surprenant. Par contre, c’est le sort qui attend ce même Jim qui amène l’élément perturbateur qui amène l’indispensable quête de rédemption que chacun va effectuer à sa manière.

Ruth par une forme d’humiliation en étant recueillie par David, pour sauver les apparences (et pas autre chose) ; David en évoluant dans sa pensée (1), accueillant l’Amour puisqu’il refuse Dieu (il n’y a d’ailleurs aucune différence entre les deux, si on en croit le discours un tantinet lénifiant mais surtout édifiant de la femme de ménage de David (Claire McDowell).

 

C’est d’ailleurs cet aspect religieux qui a tendance à alourdir le film, même si on retrouve dans le même temps quelques références dans l’intrigue.
Tout d’abord le prénom Ruth qui n’est pas anodin : en effet, il s’agit de celle dont la lignée va engendrer le roi David et si on en croit les Evangiles, Jésus comme expliqué dans les premiers versets de Matthieu (I:1-17), ce qui nous amène évidemment à David pour les même raisons.

Autre résonnance religieuse : le retour de Ruth qui est rejetée par son père et pour la deuxième fois des envies suicidaires. C’est dans ce qu’i ressemble à une étable que la corde pend tranquille, transformant alors e lieu de naissance en lieu de mort. Mais heureusement, David (encore lui) la sauve (voir plus haut).

 

Mais malgré cette issue salvatrice annoncée (on chez DeMille, tout de même), le propos du film n’en demeure pas moins très sombre.

Outre la mort de Jim, qui se sacrifie pour les autres, Ruth a dans l’idée de se supprimer une première fois, sauvée par un mendiant qui lui a tout de même volé son porte-monnaie. Vide peut-être, mais c’est l’intention qui compte (2).

Autre élément du destin qui n’amène pas l’optimisme : Luke qui frappe mal sur un fer-à-cheval chauffé à blanc dont les escarbilles l’aveuglent, l’amenant lui aussi à une déchéance qui l’envoie dans un hospice pour nécessiteux.

 

Mais malgré tout, la    fin est heureuse : il fallait tout de même que le propos religieux porte ses fruits. C’est d’ailleurs ce côté rédempteur qui a tendance à alourdir le film, mais que voulez-vous, en 1920, la morale a certaines exigences.

Cette morale qui a tendance à compliquer la vie des jeunes gens : le veuvage de Ruth est alors montré comme une « double peine » : d’un côté elle perd l’homme qu’elle aime ; de l’autre, elle est déconsidérée par son père et celui qui fut son prétendant voire son promis avant qu’elle ne fuie.

 

Alors on peut se laisser à regarder cet énième film du duo DeMille-McPherson, mais on peut aussi lui préférer d’autres films on ne peut plus intéressants (celui qui est évoqué plus bas, par exemple).

 

PS : à noter la présence d’une autre actrice demillienne, la belle Julia Faye dans un rôle qui ressemble plus à du copinage qu’autre chose… Ainsi que dans le rôle du jeune Bobby, le fils de Ruth et Jim, Michael D. Moore, qui fera une carrière d’assistant-réalisateur qui l'amènera à travailler sur les trois premiers épisodes d’Indiana Jones. Pas mal, non ?

 

  1. David est un philosophe dont le mot d’ordre est qu’il n’y a aucune différence entre les différents dieux adorés : en clair, c’est un athée. D’une certaine manière, il annonce le personnage de Judy Craig (The Godless Girl) presque dix ans plus tard.
  2. C’est d’ailleurs le seul moment qui nous tire un sourire, McPherson ayant évité toutes les occasions comiques qu’on a l’habitude de trouver chez DeMille.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Yves Boisset, #Drame
Cran d'Arrêt (Yves Boisset, 1970)

Le « cran d’arrêt », c’est l’endroit le plus bas qu’on puisse atteindre, celui à partir duquel on ne peut que repartir, le fond qu’on touche et qui permet d’un coup de pied de refaire surface.

Ici, c’est le jeune David Auseri (Renaud Verley) qui a touché le fond : déprimé, il s’enivre d’alcool et de vitesse.

Il faut dire qu’un an auparavant, il a rencontré une jeune femme – Alberta Radelli (Rafaella Carrà) qu’il a abandonnée sur le bord de la route, et que le lendemain, il a lu dans le journal qu’elle s’était suicidée.

Alors évidemment, il se sent coupable.

Voilà pourquoi son père a demandé à un médecin (radié de l’ordre pour euthanasie) – Duca Lamberti (Bruno Crémer) – de le reprendre en main et de le sortir de sa dépression.

 

Il s’agit ici du deuxième long métrage d’Yves Boisset, et on peut déjà reconnaître sa patte, dans cette histoire policière, mâtinée d’un soupçon de voyeurisme. En effet, la première séquence nous fait suivre une jeune femme (Alberta) qui se rend chez un photographe qui réalise des clichés « artistiques. En clair, elle va poser nue pour un obsédé (Mario Adorf) qui réalise des photographies un tantinet sado-maso. Avec des chaînes.

 

Boisset réalise ici un film assez sobre, dû surtout à la durée resserrée (87 minutes). L’intrigue ne s’embarrasse alors pas de détails superflus, ni de bavardages oiseux. L’action prime sur tout, même sur la dimension voyeuriste.

Il faut dire que les deux séquences de nu ont une certaine pertinence dans cette intrigue de retour à la vie. La première nous est ce qu’on appelle au théâtre une scène d’exposition, donnant le contexte dans lequel va évoluer l’ex-docteur. La seconde permet de serrer le voyeur qui à nouveau s’est adonné à son violon d’Ingres SM. Avec des chaînes (1).

 

Un bémol tout de même : l’ellipse qui escamote une année depuis la première séquence n’est pas bien claire pour le spectateur, ca  r il faut attendre la première résolution : celle qui nous explique comment David en est arrivé là.

Le rythme de l’intrigue s’accélère et là encore, Boisset enchaîne les différentes péripéties sur un rythme soutenu sans être trop rapide, donnant une dimension américaine à son film.

Avec en prime une poursuite en voiture qui, si elle n’est pas du niveau de celle de French Connection (sorti l’année suivante), n’en demeure pas moins intéressante, voire haletante.

 

Au final, nous avons un film des plus honnêtes où Boisset ne s’embarrasse pas trop de détails superflus, concentrant son attention sur les épisodes de mouvements, montrant que le cinéma français de la fin des années 1960s n’est pas toujours statique ni bavard (2).

Ses interprètes ont le ton juste même si on ne peut ignorer le doublage partiel dû aux différentes nationalités des interprètes.

De plus, il saupoudre son film de quelques éléments comiques, surtout quand Livia (Marianne Comtell) sert d’appât pour dénicher l’homme aux cheveux blonds.

 

PS : un petit détail, histoire d’étaler sa culture : Bruno Crémer et Renaud Verley se retrouveront dans un épisode de Maigret près de 30 ans plus tard.

 

  1. Ceux qui ont lu Astérix chez les Helvètes comprendront l’allusion…
  2. Je vous laisse chercher de qui je peux parler…

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