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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Prison, #Andreï Kontchaloski
Tango and Cash (Andreï Kontchalovski, 1989)

Vous prenez Snake Plissken (Kurt Russell), vous lui ajoutez Rocky (Sylvester Stallone) ou Rambo (1), vous mélangez quelques mines patibulaires, des flingues de tous calibres ainsi que quelques jolies filles peu vêtues ; vous terminez en utilisant une vieille gloire comme super méchant (Jack Palance, 70 ans quand le film sort) ; le tout bien entendu dirigé par un réalisateur prestigieux (Andreï Kontchalovski) et vous avez…

Ben, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

 

En effet, non seulement le script n’était pas finalisé, mais surtout parce que Kontchalovski (qui est crédité du film) a été viré, tout comme Barry Sonnenfeld qui assurait les images.

Quoi qu’il en soit, le film est du sur mesure pour Stallone puisqu’il a plus ou moins dirigé les débats et remplacé Sonnenfeld par celui qui l’avait filmé dans son précédent film.

Résultat : une comédie policière qui ne fera pas date dans les annales du genre, avec tout de même quelques moments intéressants, en particulier la confrontation entre les deux têtes d’affiche.

 

Bien sûr, c’est cette opposition qui nourrit le film et malheureusement, elle n’est pas toujours ni peut-être assez bien exploitée. Leur différence de style tout d’abord voit un Cash (Russell) absolument dans la lignée des policiers de cinéma : un homme seul aux pratiques parfois un tantinet border line. Et en face un Tango (Stallone, donc) très propre sur lui, qui est policier pour occuper son temps libre, la Bourse restant sa principale source d’émoluments.

Evidemment, cette différence physique ne masque pas complètement le fait qu’ils sont à peu près identiques, et que surtout ils ne peuvent que devenir amis à la fin.

Et ça malgré la présence d’une sœur – Catherine « Kiki »Tango (Teri Hatcher) – que le grand frère protège comme n’importe quel frère sicilien ou corse (2)…

 

Côté méchant, outre l’immense Jack Palance (3), on trouve quelques tronches gratinées et parmi elles « Poney Tail » Requin (Brion James), colosse à l’accent cockney qui tranche dans cette intrigue très américaine et surtout Face (Robert Z’Dar), super méchant patenté dont la mâchoire avait de quoi rendre jaloux Richard « Jaws » Kiel…

 

Pour le reste, un film efficace et sans surprise. On peut tout de même regretter que Kontchalovski (remplacé par Albert Magnoli) n’ait pas mené le film jusqu’au bout et lui ait alors donné une teinte plus sérieuse.

 

Alors à voir ou pas : justement, c’est vous qui voyez.

 

  1. Quoi que : « Rambo is a pussy ! » (Ray Tango)
  2. A ce propos, lire Astérix en Corse (Goscinny & Uderzo, 1973)
  3. Comme le disait une de mes connaissances, on trouve souvent de vieux acteurs dans des rôles de méchants, comme quoi au cinéma, les personnages s’aigrissent avec l’âge… D’un autre côté, Palance n’a pas toujours été du bon côté de la Loi…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nicolas Saada, #Espionnage
Espion(s) (Nicolas Saada, 2009)

Vincent (Guillaume Canet) est un aquoiboniste : alors qu’il fit de brillantes études et fut envoyé en coopération dans l’ambassade française à Hong-Kong. Là, il fut renvoyé suite à un trafic de passeports.

Alors qu’il travaille à Roissy, son partenaire et lui ouvrent une valise diplomatique, afin d’en subtiliser quelques trésors.

Parmi eux, du nitrométhane, un mélange instable qui explose.

Pour éviter la prison, Vincent va être envoyé à Londres afin de démanteler un réseau terroriste syrien.

 

Des explosions, des poursuites, un réseau terroriste, le MI5 et la DST, sans oublier une histoire d’amour entre Vincent et la belle Claire (Géraldine Pailhas) : tout est là pour faire un film d’action efficace, d’autant plus que le titre est prometteur. Les parenthèses intriguent et nous sont expliquées dans le film. Au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, de plus en plus de gens sont concernés, jusqu’au point de non-retour : démantèlement du réseau ou attentat.

Le tout avec un indispensable suspense.

Bref, tout pour plaire.

 

Et pourtant, je me suis un peu ennuyé à regarder ce film. Non pas parce que les interprètes n’étaient pas à la hauteur. Tout simplement parce que c’est un peu lent. Nicolas Saada insiste – à mon avis – un peu trop sur cette histoire d’amour qui n’en est pas vraiment une : Vincent est là pour séduire Claire. Il y parvient, mais après ?

Après, on ne sait pas vraiment. On reste en suspend (1). Et c’est bien dommage.

 

On se retrouve donc avec une histoire d’espionnage certes réaliste, mais un tantinet trop lente. Et l’intrigue qui promettait d’être haletante se délaie dans une histoire d’amour bancale.

On pouvait attendre un peu plus de développement des relations entre Claire et son mari Peter (Vincent Regan), ainsi qu’une pression ennemie pus forte sur Vincent, comme c’est le cas à son retour de la rencontre avec Simon (Hippolyte Girardot) de la DST.

 

Ce film est plein de bonnes intentions, et on passe plusieurs fois à côté d’un grand film d’espionnage, comme on peut en trouver dans le cinéma anglo-saxon, sans pour autant tomber dans un quelconque opus à la James Bond.

Mais c’est bien connu : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et ces bonnes intentions ne suffisent pas pour faire un grand film.

On se consolera avec les quelques séquences où Nicolas Saada sort Vincent de son histoire d’amour compliquée, entre vraiment dans le vif du sujet, et lui fait vivre une véritable expérience d’espionnage cinématographique.

 

Dommage. Vraiment.

 

 

PS : il faudrait m’expliquer à quoi sert la rencontre entre Vincent et une ancienne connaissance en présence de Palmer (Stephen Rea) le responsable du MI5. Je n’en vois pas l’intérêt.

 

(1) Oui, je sais, c’est l’origine du mot « suspense ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Antoine Fuqua
Les sept Mercenaires (The magnificent Seven - Antoine Fuqua, 2016)

Ce film était-il nécessaire ?

Poser la question c’est déjà y répondre. Et Antoine Fuqua s’est attaqué à un gros morceau en nous proposant ce remake du remake des 7 Samouraïs.

Un trop gros morceau ? Peut-être bien.

 

Tout d’abord, il déplace l’intrigue : ce n’est plus un petit village mexicain, c’est une ville minière de Californie, à trois jours de Sacramento.

Ensuite, ce n’est pas Calvera et sa bande de voleurs, mais un gros propriétaire minier qui veut récupérer l’intégralité des terres de la ville pour s’enrichir encore plus.

Et pour remplacer Calvera, un bandit pittoresque autant que déterminé, un homme d’affaires sans scrupule, aux manières calmes et à la gâchette facile : Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard).

 

En face, on retrouve sept hommes aussi déterminés que Bogue, un mélange de ce que furent les mercenaires de John Sturges. Grand amateur du maintenant classique de 1960, j’ai pu faire le parallèle entre ces nouveaux mercenaires et les anciens.

Question distribution, on est bien servi, malgré le fait qu’on ne peut ignorer le fait qu’elle a dû passer par les critères du cinéma américain moderne qui, se basant sur le Principe de Tolérance (1) : nous avons le noir Denzel Washington (Chisolm) qui reprend plus ou moins le rôle de Chris (Yul Brynner) ; l’asiatique Lee Byung-Hun (Billy Rocks) qui rappelle Britt (James Coburn) ; le Mexicain Manuel Garcia-Rulfo (Vasquez) en Hispano ; Martin Sensmeier (Red Harvest = « Moisson Rouge ») puis les autres de type caucasien…

A cette joyeuse bande s’ajoute une jeune femme qui demande justice ainsi que vengeance après la mort de son mari : la belle Haley Bennett (Emma Cullen).

 

Et pour le reste, on dévie progressivement de la version précédente, vers un carnage magnifiquement orchestré et filmé où,  encore une fois, seuls trois des sept resteront debout une fois les comptes réglés.

Mais c’est peut-être là qu’est le problème : on ne fait qu’assister à des morts violentes. Déjà, Chisolm n’est pas un vrai mercenaire : c’est une gâchette très habile mais qui s’en sert pour la justice dans les différents états qu’il parcourt. Ensuite, ses motivations ne sont pas aussi financières que l’étaient celles de Chris.

Quant au recrutement, qui était un moment-clé du film de Sturges, il est réduit au minimum, les impératifs temporels étant importants : l’arrivée de ces sept hommes va précipiter les choses et faire revenir l’infâme Bogue (2) deux semaines plus tôt que prévu.

 

Nous avons alors droit à une première explication entre nos héros et les hommes de Bogue qui sont restés sur place et je dois avouer que ça tombe comme à Gravelotte, deux personnes seulement réussissant à sortir indemne.

Alors évidemment, après un premier échange aussi spectaculaire, on devait avoir un combat final extraordinaire, une apothéose meurtrière.

Et là encore, on n’est pas  déçu. Encore que, toute cette débauche meurtrière éloigne les différents mercenaires de l’humanité qui faisait le sel des deux premiers films.

En effet, les relations aux villageois sont très sommaires, et plus une occasion pour nos héros de briller que d’aider ceux qu’ils sont venus protéger.

 

Au final, nous avons ce qu’on appelle un western efficace. Ca tire de partout, ça explose, ça tombe dans tous les coins.

Mais cette débauche de violence éloigne le côté humain de plus en plus, à mesure que l’intrigue progresse et que les morts s’accumulent.

Et en fin de compte, qui sort vainqueur (3) ?

 

 

PS : de plus, Antoine Fuqua nous fait une fin à la façon de Titanic. Une narratrice (Emma) qui conclut inutilement le film, tout comme la dernière minute du film de James Cameron.

 

  1. En France, ça ne marche pas, on a des maisons pour ça…
  2. En anglais, bog signifie « marais »
  3. Conclusion identique des deux précédents films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie horrifique, #Kevin Smith
Tusk (Kevin Smith, 2014)

Déroutant.

C’est le mot qui me vient à l’esprit en pensant au film de Kevin Smith.

Alors qu’on a classé ce film dans le genre horreur, j’ai du mal à m’y faire. Tout d’abord parce qu’il n’y a aucune hémoglobine et surtout parce qu’on est dans une intrigue fort particulière.

« Tusk », ça veut dire défense, à propos d’un morse. Et ça tombe bien, parce que le morse est l’élément central du film.

 

En effet, Wallace Bryton (Justin Long) anime une radio sur internet avec son complice Teddy Craft (Haley Joel Osment, qui a beaucoup changé depuis A.I.). Ensemble, ils commentent les différentes vidéo de youtube, essentiellement celles qui ont un côté sensationnel voire spectaculaire. Alors qu’il se rend à Winnipeg pour rencontrer un de ces vidéastes, il découvre que ce dernier est mort et tombe sur une annonce étonnante : un homme qui a des anecdotes à revendre. Wallace saute sur l’occasion et va rencontrer ce Howard Howe comme il se fait appeler. Mais ce dernier n’est pas ce qu’il prétend, et rapidement le voyage de Wallace tourne au cauchemar, pendant que la petite amie de Wallace et Teddy le recherche.

Ils rencontrent alors un policier particulier : Guy Lapointe (1).

 

C’est donc un bien curieux film que nous propose Kevin Smith, oscillant sans cesse entre le sensationnel et l’humour, ce dernier tout de même moins important.

Bien sûr, on ne croit pas une seconde à cette histoire improbable, si ce n’est l’enthousiasme des différents interprètes qui croient à ce qu’ils font. Justin Long possède une magnifique moustache qui sera moquée par deux employées d’une quelconque station-service (2).

Mais c’est peut-être cette accumulation d’improbabilités qui nuit au film : à force de trop en faire, on a tendance à détourner l’attention du spectateur.

Pourtant, on a Michael Parks dans le rôle principal : c’est lui qui tient les rênes de l’intrigue et emmène son invité (Wallace) dans une histoire absolument incroyable, émaillée d’éléments littéraires et historiques qui endorment ce même Wallace.

 

Et bien sûr, il y a la justification du titre : Tusk.

Mais cette explication a beau plus ou moins tenir la route, on ne peut pas prendre au sérieux un seul instant cette histoire absolument absurde. ON a l’impression d’être constamment baladé tout le long de cette histoire et si les numéros d’acteurs (Long, Parks et Lapointe) sont à la hauteur, on a du mal avec les autres personnages. Surtout le couple improbable (encore une fois) Ally Leon (Génesis Rodríguez) et Teddy Craft qui profite de l’absence de Wallace.

 

Quant aux différentes séquences avec le morse, on ne sait si on doit prendre ceci au sérieux ou éclater de rire devant un tel spectacle.

Je le répète : les différents interprètes jouent avec conviction. Mais l’intrigue est trop foutraque pour vraiment être prise au sérieux et emporter complètement l’approbation du public.

Dommage.

 

Quoi qu’il en soit, je préférerai toujours le morse qui fait : « goo goo g’joob ».

 

 

  1. Ce dernier n’a pas d’autre nom d’interprète au générique, mais si on sait qu’une certaine Lily-Rose Depp apparaît, on peut facilement en déduire que ce mystérieux Guy Lapointe est son père…
  2. Aux côtés de Lily-Rose, on découvre Harley Quinn Smith, elle aussi une « fille de » : celle du réalisateur et scénariste Kevin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Glen Ficarra, #John Requa
I love you Phillip Morris (Glen Ficarra - John Requa, 2009)

Ce Phillip Morris (Ewan McGregor), malgré son nom, n’a rien à voir avec un quelconque fabricant de cigarettes : il s’agit d’un jeune homme réservé dont tombe amoureux l’impressionnant Steven J. Russell (Jim Carrey), escroc notoire et homosexuel totalement assumé.

Et si ce film du duo Glen Ficarra & John Requa s’appuie sur une histoire vraie (1), il n’en demeure pas moins un très beau film d’amour, montrant en outre qu’on peut faire rire avec l’homosexualité sans pour autant tomber dans une parodie lourdingue et stéréotypée.

 

Il faut dire que l’association Carrey-McGregor est une sacrée trouvaille : d’un côté l’’extraverti Jim Carrey au visage élastique ; de l’autre le maître Jedi Obi-Wan Kenobi.

Si McGregor est un tantinet à contre-emploi, il n’en va pas complètement de même pour Carrey.

En effet, Jim Carrey donne l’impression de s’éclater dans le rôle de cet homme hors norme, mystificateur de génie mais surtout amoureux comme jamais il ne l’a été. Et bien que son personnage ait un fort côté fantasque, Carrey – une fois n’est pas coutume – nous propose un jeu plutôt sobre, et ce malgré les diverses occasions qui auraient pu se présenter de surjouer.

Il faut dire que l’intrigue suffit amplement dans la démesure sans avoir besoin d’en rajouter.

 

La grande originalité du fait vient surtout des séquences de prison. Alors qu’on a longtemps eu des intrigues où l’homosexualité est dans le meilleur des cas suggérée sinon carrément occultée dans les films sur les univers carcéraux, ici elle est totalement assumée par les deux hommes, qui l’affichent sans vergogne aucune. Cela nous change des rapports empreints de sadisme comme on peut en voir dans certains films.

Mais cela n’empêche pas qu’on y trouve référence à la sexualité habituelle des films de prison : la visite de l’établissement que Steven fait à son nouveau compagnon de cellule – Arnie (Clay Chamberlin) est des plus savoureux, surtout parce que cette homosexualité n’est pas latente mais bel et bien assumée. Et aussi un sésame pour accéder à certains avantages dans cette même prison.

 

Mais surtout, c’est cet amour qui est le moteur du film, plus que les acteurs. On assiste à des situations qui rappellent celles des couples hétérosexuels – tendresse, colère, émotion – sans pour autant amener une quelconque pointe de moquerie, montrant à ceux qui n’ont toujours pas compris que l’amour ne se commande pas et qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les homosexuels et les autres sinon ce que dicte la bêtises des gens obtus.

 

John Requa et Glen Ficarra réussissent avec ce film à aborder un thème plutôt tabou au cinéma – l’homosexualité en prison – sans pour autant le dévoyer, en faisant une magnifique histoire d’amour entre deux hommes totalement différents mais tout de même complémentaires. Ces deux hommes sont interprétés par deux acteurs formidables qui amusent sans se moquer et émeuvent sans pour autant verser dans le mélo. Bref, un grand moment de cinéma.

 

Avec une petite note un tantinet pessimiste quand on sait que Steven J. Russell est en prison depuis 1998 : il reste enfermé pendant 23 heures sur 24 dans sa cellule, passant la dernière heure à se laver et faire de l’exercice.

On ne plaisante pas avec la loi au Texas.

Mais surtout, on n’apprécie pas qu’on se moque de cette même loi et de ses exécutants comme a pu le faire Russell. Il est fort probable que ce dernier finisse sa vie dans cette situation, la dernière condamnation lui rapportant 144 années de prison.

144 ans ? Normal, les peines s’additionnent, aux Etats-Unis…

 

 

(1) Avec insistance sur cet aspect véridique dès l’ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Anatole Litvak
La Nuit des généraux (The Night of the generals - Anatole Litvak, 1967)

Cette nuit des généraux, c’est celle du 12 décembre 1942 à Varsovie.

C’est la nuit où une prostituée – en outre agent de renseignement allemand – fut tuée abominablement par un général de l’armée allemande.

Et cette nuit-là, seuls trois hauts gradés n’ont pas d’alibi : le général Gabler (Charles Gray) ; le général Kahlenberge (Donald Pleasence) ; et surtout le général Tanz (Peter O’Toole), qu’on surnomme aussi « le Boucher » surtout pour sa participation aux combats sur le front de l’Est où il entraîna un nombre incalculable de soldats dans la mort.

Bien sûr, c’est ce dernier le meurtrier, et l’annoncer n’est pas vraiment raconter la fin : on le sait très rapidement.

Non, l’intérêt est l’enquête, commencée par le major Grau (Omar Sharif) en Pologne et achevée par l’inspecteur Morand (Philippe Noiret) à Hambourg.

 

Nous sommes toujours dans la décennie qui vit un grand nombre de superproductions internationales avec des vedettes prestigieuses autour de la seconde guerre mondiale. Et pour une fois, la Grande Histoire (1) sert de toile de fond à des petites histoires. En effet, on a souvent vu différentes sous-intrigues émaillant un grand moment historique (Débarquement, Libération de Paris…) et rarement un de ces grands événements passer au second plan pour privilégier une petite histoire qui pourrait presque relever de l’anecdote si on les comparaît.

 

Mais c’est cette anecdote qui nous tient en haleine, révélant un criminel fort peu commun.

Encore une fois, Peter O’Toole est magnifique dans cet officier absolument déséquilibré, surtout quand on sait qu’il tourna une de ses scènes alors qu’il était ivre ! (2).

C’est d’ailleurs son personnage qui est le plus complexe parce que d’une dualité assez étonnante. Et quand je dis « dualité », c’est parce que je n’arrive pas à trouver un terme mettant en scène une personnalité triple (3) : d’un côté c’est un général on ne peut plus efficace, tirant manifestement vers le sadisme (un général, quoi) ; d’un autre, il est un homme sensible aux enfants (son intervention dans Varsovie est plutôt déconcertante) ; et troisième aspect, c’est un prédateur sexuel aux pratiques d’une barbarie terrible.

De plus, c’est un Nazi dont les goûts picturaux n’ont rien à voir avec ceux du parti : les Impressionnistes portent très bien leur surnom quand il va visiter par deux fois un local rassemblant leurs toiles et attendant que Göring les transfère chez lui.

L’autoportrait de Van Gogh – Portrait de l’Artiste, 1889 – déclenche chez lui une réaction des plus impressionnante, le lien cérébral qui les unit expliquant sa fascination.

Bref, Tanz est un fou dangereux, mais n’est-ce pas ce qu’on attend d’un général nazi ?

 

Ce film est aussi l’occasion d’apprécier une distribution riche et talentueuse (comme quoi il n’y a pas que Peter O’Toole…) : outre les têtes d’affiche, on retrouve quelques figurants qui ont trouvé leur place dans le cinéma français de la décennie suivante (Pierre Mondy & Tornade, Raymond Gérôme ou encore Jacques Seiler), mais aussi c’est d’une certaine façon les retrouvailles de Sharif & O’Toole qui avaient partagé la vedette dans l’immense Lawrence d’Arabie.

Les cinéphiles auront aussi remarqué qu’on retrouve quelques participants à La grande Evasion. J’en oubliais presque Juliette Gréco qui chante dans un cabaret alors qu’nue descente de la Gestapo a lieu.

 

Bref, une Nuit des généraux agréable à (re)voir, mettant en scène une affaire sordide, bien loin des fresques historiques de cette période sombre, précédentes et à venir…

 

 

PS : on retrouve l’inévitable – et talentueux – Maurice Jarre pour signer une  nouvelle bande originale…

  1. La conspiration visant à éliminer Hitler et qui connut une issue malheureusement inespérée pour ses participants et le reste du monde, le 20 juillet 1944.
  2. Yves Boisset raconta qu’il arriva ivre, interpréta comme il faut son rôle et retourna directement à son état alcoolique…
  3. Si vous avez le terme, n’hésitez pas à me le laisser en commentaire. A moins que ce soit « trinité »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tate Taylor, #Drame
La Couleur des sentiments (The Help - Tate Taylor, 2011)

Jackson, Mississipi, 196…

Eugenia « Skeeter » Phelan (Emma Stone) revient de l’université et découvre que sa nourrice, la vieille Constantine (Cicely Tyson) est partie vivre chez sa fille, à Chicago.

Rapidement, elle est embauchée par le journal local, alors qu’elle vise – bien entendu – un poste dans un grand quotidien national.

Coincé dans la rubrique d’aide à la ménagère, elle entreprend d’écrire un livre sur le sort des bonnes noires, dans un état on ne peut plus ségrégationniste voire carrément meurtrier envers les Noirs.

Mais ces femmes n’ont pas l’habitude de parler, et encore moins à une femme blanche.

 

Il est clair que l’enjeu est la couleur de la peau. Et Tate Taylor – ami d’enfance de Kathryn Stockett qui a écrit le livre dont est tiré le film – met en avant deux femmes emblématiques parmi tant d’autres. D’un côté on trouve Aibileen (Viola Davis), qui a passé sa vie à élever des enfants qui n’étaient pas à elle – pendant que son propre fils mourait des traitements inhumains réservés aux gens de couleurs – et Minny Jackson (Octavia Spencer), cuisinière hors pair et femme vindicative s’il en est, malheureusement mariée à un homme qui boit et la frappe.

 

En face, on trouve une communauté blanche des plus traditionnelles, sinon traditionnalistes, pour qui les gens de couleur ne sont bons qu’à les servir, tout en les payant (mal) puisque l’esclavage a été aboli.

Cette communauté ordinairement (1) raciste est illustrée par une brochette de jeunes femmes au foyer, riches et on ne peut plus pétries de préjugés raciaux. Leur dirigeante étant l’infâme Hilly Holbrook (Bryce Dallas Howard).

 

Et au milieu, Skeeter, rejetant les préjugés de celles qui furent ses amies, prise entre deux feux dans une société on ne peut plus sclérosée.

Si le film traite d’une émancipation, c’est avant tout celle de Skeeter qui s’affranchit de ses racines sudistes et racistes (2), pour épouser une cause qu’elle considère on ne peut plus juste, sachant qu’elle fut elle-même élevée par une de ces bonnes noires.

Les femmes dont elle raconte l’histoire dans son livre n’acquièrent alors aucune émancipation (le dernier indice temporel du film concerne les obsèques de JFK) : elle viendra plus tard, grâce aux combats incessants menés par les Noirs d’Amérique à la même période.

Je trouve alors un tantinet déplacé le procès d’intention qui fut fait à la sortie du film à ce propos.

 

Il s’agit avant tout d’une chronique qui se base sur des éléments authentiques et qui permet surtout de réaliser à quel point ces femmes furent maltraitées par une gentry on ne peut plus méprisante et surtout fort ingrate. Le rapport entre Aibileen et la jeune Mae Mobley (Eleanor & Emma Henry) résumant magnifiquement cette relation pleine d’affection et de paradoxe entre une femme noire et une future femme blanche qui aura certainement intégré les préjugés raciaux de sa famille en grandissant, ce que n’a pas fait pas Skeeter.

On retrouve alors des situations on ne peut plus connues de brimades et d’injustice, le spectateur s’indignant régulièrement devant l’attitude de ces mégères racistes : la séparation jusque dans les toilettes qu’on construit à l’écart – c'est-à-dire dehors – ou encore l’accusation de vol qui a toujours été bien pratique pour se débarrasser d’une personne indésirable.

C’est d’ailleurs à la suite de l’arrestation de l’une d’entre elles – Yule Mae Davis (Aunjanue Ellis) – qu’a lieu le tournant du film : accusée par la toujours haïssable Hilly, elle est arrêtée sans ménagement aucun par une police gagnée à la cause ségrégationniste, est-il besoin de le rappeler (3).

Cela nous amène donc à parler de la distribution. Bien sûr, Viola Davis est magnifique, tout comme l’irrésistible Octavia Spencer, qu’on retrouvera dans un film un peu similaire cinq ans plus tard (Dark Figures).
En face d’elles, Bryce Dallas Howard joue elle aussi avec beaucoup de justesse cette femme désagréable, et si Emma Stone campe une Skeeter qu’on a envie de suivre, on ne peut pas ignorer la performance de Jessica Chastain (Celia Foote) dans un rôle de belle idiote, absolument en décalage avec son époque et bien sûr celles qui furent (peut-être un jour) ses amies.

 

Oui, l’émotion est là. Mais et alors ? On a le droit d’avoir un film avec de beaux sentiments (en couleur, bien sûr) où le ton et le jeu des actrices sont à la hauteur de l’enjeu.

Alors prenez le temps d’aller voir une belle histoire, où  les méchants sont tout de même (un peu) châtiés à la fin. C’est manichéen (4) certes, mais qu’importe.

C’est beau.

 

  1. Il est parfois difficile pour une grande frange de la population actuelle que le racisme fut longtemps considéré comme normal, que ce soit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France ou ailleurs. Malheureusement, beaucoup n’ont toujours pas évolué et continuent de trouver cela tout à fait normal.
  2. C’était alors une forme de pléonasme.
  3. Oui. Ne jamais l’oublier.
  4. On peut difficilement faire plus…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jim Jarmush, #Horreur
The Dead don't die (Jim Jarmush, 2019)

Ca commence par deux policiers qui vont interroger un ermite – Bob (Tom Waits) – suite à la disparition d’une des poules de Miller (Steve Buscemi). Alors que le jeune flic – Ronald Peterson (Adam Driver) – est partisan d’une application stricte de la loi, son supérieur – le chef Cliff Robertson (Bill Murray) – est plus coulant et préfère aller prendre un café.

Sur le chemin du retour, ils remarquent que le temps a une drôle de façon de passer : il fait bien trop jour pour une heure si avancée.

Cette anomalie est le premier signe d’un dysfonctionnement général : depuis qu’on a un peu trop manipulé la nature – et la calotte glaciaire – le chaos s’installe petit à petit…

 

Attention : nous sommes ici dans un film de Jim Jarmush, et si vous n’êtes pas fan de ses précédentes productions, passez votre chemin et revenez demain.

Il faut dire que ce film a de quoi décontenancer les spectateurs, même les plus acquis à l’œuvre du réalisateur. En effet, nous assistons à un constant aller-retour entre le film d’horreur des plus violents et des éléments de parodie avec en prime des références cinématographiques multiples que ce soit dans les situations, dans les personnages et même dans le nom de certains personnages.


Bien sûr, on n’a pas vraiment le temps de tout remarquer : les différentes références interférant avec une intrigue pimentée d’une bonne dose d’absurdité. Mais quand même, on passe un très bon moment en compagnie de ces personnages absolument improbables impliqués dans une situation qui ne l’est pas moins.

Le tout avec une distribution (1) dont certains ne sont pas des inconnus du cinéaste. Outre le quatuor susmentionné, on retrouve Tilda Swinton (la croque-mort samouraï) ou encore Chloë Sevigny (Minerva « Mindy » Morrison, la policière).

En prime, on a droit à deux « poids lourds » : Danny Glover et Iggy Pop (mort-vivant au café).

Bref, nous sommes en territoire connu, alors il faut se laisser faire et savourer.

 

Il est clair que ce film est un hommage à George Romero (qui est d’ailleurs nommé dans le film) et son inoubliable Nuit des Morts-vivants, mais on trouve aussi des ingrédients de films qui ne sont pas toujours dans le même thème. Le porte-clefs de Ronald Peterson en est un exemple frappant. Tout comme la première intervention de Danny Glover (Hank le quincailler) alors qu’on mentionne les Amishs n’est pas sans rappeler qu’il a joué dans Witness !

 

Mais malgré ces références (trop ?) abondantes, on retrouve tout de même les canons du genre avec résurrection des cadavres – les mains qui sortent de terre comme sur l’affiche d’Evil Dead, les déambulations des morts-vivants et même la voiture du film de Romero (voir ci-dessus).

A cela s’ajoute un trio d’ados qui débarquent dans la ville et qui va donc se retrouver embarqués dans cette tragédie – mais pas comme d’habitude – et surtout l’adjoint Peterson qui ne cesse de répéter que tout va mal se finir (2).

La fin prévisible (2) allant au-delà des espérances du spectateur dans ce genre de film : ça se termine vraiment mal !

 

En outre, Jim Jarmush joue avec le temps : celui de l’intrigue et celui du lieu.

En effet, les différentes composantes du film ne cessent de nous embrouiller. Alors que Ronald consulte son téléphone portable (nous sommes donc au 21ème siècle), l’intérieur du Diner lui nous renvoie plus aux années 1950s voire 60s. Il en va de même pour les médias : la télévision montre Posie Juarez (Rosie Perez, autre habituée de Jarmush) qui annonce une plus grande catastrophe naturelle que ce que nous connaissons actuellement ; dans le même temps, le transistor utilisé n’est pas des plus récents.

 

Quant à la solitude, thème récurrent chez Jarmush, elle s’exprime de différentes façons : Hermit Bob – solitaire volontaire (?) ; et Centerville.

Cette bourgade a priori sympathique, outre la référence à Zappa, a la particularité de compter 738 âmes. Mais de ces âmes, on ne compte que très peu de vivants qui ne sont pas morts. Cette ville est isolée – les portables ne passent pas – mais surtout quand Robertson demande à Mindy de disperser la foule, il n’y a que 3 badauds…

 

Et tout ça avec en leitmotive la chanson The Dead don’t die écrite et interprétée par Sturgill Simpson qui apparaît tenant en laisse une guitare…

 

Un film jubilatoire (3), ou pas.

 

 

  1. Prestigieuse, cela va sans dire…
  2. Non seulement il a raison, mais en plus il nous explique pourquoi.
  3. Je hais ce mot, mais c’est tout de même le plus approprié pour exprimer mon sentiment par rapport à ce film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Alfonso Cuarón
Les Fils de l'homme (Children of Men - Alfonso Cuarón, 2006)

Décidément, le XXIème siècle est favorable au cinéma anglais – même si Alfonso Cuarón ne l’est pas – l’intrigue se situe dans le sud-est de l’Angleterre, entre Londres et la côté, objectif final de ce film dystopique étonnant. Et puis on a le plaisir de retrouver Michael Caine dans un rôle ma foi bien sympathique…

 

Nous sommes en 2027, soit une vingtaine d’années après la sortie du film, et le futur qui est proposé est chaotique mais d’une manière fort différente des représentations habituelles : l’humanité est devenue stérile et alors que de nos jours on suit avec beaucoup d’attention le/la doyen/ne de l’humanité, ici c’est le plus jeune qui est le centre de l’attention terrestre.

Et quand le film commence, on apprend que le dernier-né (18 ans et quelques) a été tué, amenant une immense vague d’émotion auprès des autres.

Mais rapidement, on entre dans la véritable intrigue du film avec Thelonious « Theo » Faron (Clive Owen) qui est impliqué contre son gré dans une aventure extraordinaire et on ne peut plus symbolique : escorter Kee (Claire-Hope Ashitey), une jeune femme enceinte de huit mois.

Le problème, c’est qu’elle n’est pas anglaise alors que la société britannique a mis en place un système anti-immigration fort sévère.

 

Ce qui frappe le spectateur actuel, c’est l’actualité de cette histoire où le thème central – outre la fertilité – est l’immigration. On y trouve des références qui sont malheureusement fort actuelles : les contrôles d’identité, les arrestations et les regroupements dans des camps, quand ce n’est pas derrière des grilles au vu et au su de tout le monde.

Or c’est justement de cette immigration que va venir l’espoir, et qui plus est d’une jeune femme d’origine africaine. Et là encore, ce n’est pas un hasard : rappelez-vous que le berceau de l’humanité se situe en Afrique, n’en déplaise aux racistes de tous poils.

 

Et le tour de force d’Alfonso Cuarón, c’est de réussir là où on ne l’attend pas : créer une émotion incroyable dans une situation des plus violentes qui soit.

Alors que le camp (de concentration ?) de migrants de Bexhill est pris d’assaut par un groupuscule armé, amenant des scènes de guerre civile très véhémente, la jeune Kee, secourue par Theo, réussit à s’exfiltrer du champ de bataille : c’est d’abord un rebelle armé qui baisse son arme en voyant le bébé, puis ce sont ses compagnons, et alors qu’ils sortent sains et saufs de l’immeuble où ils étaient, ce sont les soldats de l’armée régulière qui s’arrêtent, subjugués par ce petit bout d’homme (1), amenant un moment de grâce d’une rare intensité, surtout dans de telles conditions.

 

Alfonso Cuarón, comme d’autres avant et après lui ne néglige à aucun moment la dimension humaine de son intrigue. Nul héros véritable, nul personnage extraordinaire si ce n’est Kee et à travers elle sa fille (2). Et ce n’est pas parce qu’elle a des pouvoirs spéciaux ou accompli des actes glorieux qu’elle l’est : elle ne fait que ce que seule une femme peut faire, donner la vie.

Et cette fille qui naît, c’est l’espoir inespéré : alors que l’extinction est programmée faute de fertilité, cette toute petite fille réussit à faire taire les armes, apportant un fragile instant de paix que les hommes, bien sûr, ne peuvent que détruire, relançant le combat qui est alors encore plus inutile que d’habitude (3).

En effet, l’enjeu militaire ne peut que s’effacer devant l’enjeu humain, mais les hommes sont ce qu’ils sont : c’est toujours celui qui a le plus gros pistolet qui gagne, si vous voyez ce que je veux dire…

 

Et puis il y a Theo. En grec, « theos » veut dire « dieu ». Mais Théo n’est pas le Dieu tout puissant, et c’est – pour une fois – dans la traduction française qu’on peut trouver un indice. Alors que le titre original s’intitule (Les) Enfants des Hommes, la référence en français aux « Fils de l’homme » est des plus pertinentes. En effet, celui qui se fait appeler ainsi dans l’Evangile n’est autre que Jésus : « Fils de l’Homme » pour avoir  été enfanté par une femme tout ce qu’il y avait d’humaine. Mais Jésus est aussi un passeur d’âmes tout comme Theo aide Kee à traverser les différents obstacles pour accomplir son destin. Theo aussi annonce une nouvelle vie pour l’humanité et sa mort est on ne peut plus christique puisqu’elle se fait prémices d’une aube nouvelle, sauvant par son sacrifice cette même humanité qui court à sa perte, faute d’avoir de nouveaux enfants.

 

Superbe.

 

 

PS : petit clin d’œil : la présence d’un cochon volant auprès des tours de la Battersea Power Station, London SW11.

  1. Qui est une fille, et donc Aragon avait raison : « la femme est l’avenir de l’homme » !
  2. Ne comptez pas sur moi pour vous donner son nom…
  3. Une guerre est par essence inutile, même avec de beaux idéaux : il n’y a pas plus bel idéal que la liberté, indissociable de la paix.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Charles Chaplin
Monsieur Verdoux (Charles Chaplin, 1947)

Monsieur Verdoux (Charles Chaplin) est antiquaire à Paris. Il vit à la campagne avec sa femme (Moda Correll) et son fils Peter (Allison Rodan). Enfin, ça c’est sa véritable identité, parce qu’en même temps, il est aussi Monsieur Varnay, monsieur Floray et même le capitaine Bonheur.

Chacun de ses personnages doit régulièrement se déplacer pour son travail, ce qui fait qu’il peut vivre différentes identités en même temps, et surtout s’enrichir.

J’oubliais : en trois ans, il a tué quatorze femmes qu’il avait épousées pour leur argent…

 

C’est après une discussion avec Orson Welles que Chaplin a décidé de réaliser ce film. Welles sera presque gêné de voir son nom au générique, lui ayant suggéré de faire un film sur Henri Désiré Landru, tueur de femmes français qui a été exécuté 25 ans avant la sortie du film.

On retrouve d’ailleurs certains détails du modus operandi du terrible Barbe-Bleue français et son incinérateur qui lui permettait de se débarrasser définitivement des cadavres des femmes qu’il avait tuées.

 

Nous sommes à un tournant dans l’œuvre de Chaplin. Après un Dictateur un tantinet décevant, il abandonne définitivement le vagabond pour un personnage totalement parlant. Mais Chaplin étant Chaplin, il ne peut résister à intégrer certains ressorts du cinéma muet ou certaines attitudes qui rappellent énormément ce petit personnage sympathique et inadapté à la vie en société.

De plus, Verdoux lui aussi n’est pas adapté à cette société post-crise de 1929 (l’action commence en 1932), remercié (1) après plus de trente ans de bons et loyaux services dans une banque.

 

Et surtout, Chaplin développe ici un personnage rempli d’amertume et très cynique, peu habituel pour les spectateurs.

Certes, on reste dans la comédie, mais elle est bien acide, e(t encore une fois, la fin n’est pas favorable au héros.

Mais Verdoux est aussi un prétexte pour continuer à faire passer le message pacifique qu’il avait commencé à formuler à la fin du Dictateur. Alors que le petit barbier, grimé en Adenoid Hynkel portait un message d’espoir pour le monde, Verdoux agit en réaction contre la guerre qui s’est terminée deux ans plus tôt (2).

Et encore une fois, c’est à la fin du film que nous avons ce discours, les dernières déclarations d’un accusé avant le verdict fatal attendu.

 

Bien sûr, un tel film fut un colossal échec : le public ne retrouvait pas les éléments comiques habituels, mais surtout, traiter cette histoire de manière humoristique n’était pas vraiment dans l’ère du temps, tout comme la critique à demi-mots des marchands de canons difficile à entendre.

Mais surtout, le message universaliste de Chaplin a eu du mal à passer aux Etats-Unis (où fut produit et tourné le film) : la guerre froide venait de commencer, et d’une certaine façon les ennuis du maître, qui devra même s’exiler quelques années plus tard.

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

PS : Bien que se situant en France, les différents éléments officiels (mariage, procès…) sont calqués sur le modèle américain. En effet, on n’imagine aucun couple se mariant seulement religieusement (interdit) et surtout que le prêtre se déplace chez eux…

 

  1. Licencié, mais le terme remercié ajoute une dose d’hypocrisie dans une pratique patronale peu respectueuse des travailleurs.
  2. Bien que l’action se situe dans les années 1930s, le propos découle de cette guerre qui vient de se terminer : le nombre vertigineux des victimes justifiant à lui seul la diatribe contre les vendeurs d’armes et les différents chefs d’états impliqués dans cette guerre.

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