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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Curtis Hanson
In her Shoes (Curtis Hanson, 2005)

Deux sœurs.

L’une blonde, insouciante et un tantinet portée sur la boisson : Maggie (Cameron Diaz).

L’autre sérieuse, avocate et surtout célibataire : Rose (Toni Collette).

Mais si la plupart du temps Rose aimerait se débarrasser définitivement de Maggie, elle ne le peut, ne pouvant pas, malgré tout, vivre sans elle.

Par contre, quand Maggie couche avec Jim (Richard Burgi) – qui sortait avec Rose – c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Maggie est virée de chez elle et s’en va à la rencontre d’une improbable grand-mère – Ella (Shirley MacLaine) – dont  elle n’a aucun souvenir, en Floride, dans une « résidence de séniors actifs », comme on dit…

 

C’est une comédie tout en finesse que nous propose là Curtis Hanson. Et il se base sur un duo étonnant et complémentaire : la blonde écervelée Cameron Diaz et la brune sérieuse Toni Collette. Bien que la blonde Cameron ne soit réellement l’aînée que de quelques semaines, c’est tout de même la brune Toni qui joue la sœur aînée.

Bien sûr l’opposition de style est l’un des ressorts comiques du film, et la séquence de présentation des deux jeunes femmes donne le ton : d’un côté Maggie, ivre, qui embrasse passionnément un ancien de son lycée lors d’une soirée de retrouvailles, dans les toilettes, avant de vomir du fait de la trop grande consommation d’alcool, amenant ainsi un certain désintérêt de son compagnon qui la plante là ; de l’autre une jeune avocate un tantinet complexée, qui réussit enfin à sortir avec un de ses collègues, prenant même une photo de lui endormi, histoire de prouver que les choses arrivent réellement !

Bref deux sœurs complètement antinomiques, malgré les liens du sang.

 

Mais cette opposition naturelle s’explique aussi par une histoire familiale compliquée (1), avec une mère décédée dans un accident de voiture. Accident qui pourrait en outre ne pas en être un.

Mais cette rupture est salutaire : en effet, loin de les éloigner – physiquement et moralement – elle va les rapprocher, voire se retrouver, et surtout mettre un terme à une vingtaine d’années de silence familial.

Et on prend somme toute beaucoup de plaisir à voir cette relation se reconstruire, et surtout ces deux femmes, insatisfaites au bout du compte, trouver enfin un sens à leur vie. Mais cela n’excuse tout de même pas le fait d’avoir couché avec le copain de sa sœur !

 

Quoi qu’il en soit, c’est un de ces films qui vous amène le sourire aux lèvres et vous le fait garder, les oppositions sur plusieurs niveaux amenant chacun vers une espèce de rédemption, après toutes ces années d’incompréhension qui ont suivi la mort de la mère.

Outre l’opposition entre les eux sœurs, on en trouve d’autres à différents niveaux :

  • l’âge : avec la grandmère Ella d’une autre époque peut-être, mais certainement pas aveugle sur ce qu’il se passe réellement chez les deux sœurs, et en particulier Maggie, qui est tout sauf une ravissante idiote, malgré ce qu’elle pense.
  • Les liens familiaux : avec la bellemère Sydelle Feller (Candice Azzara) qui a marié leur père et qui a une autre fille fôôôrmidâble, et qui a tendance à imposer ses idées aux autres ; et entre le père et la grand-mère, qui aimèrent la même personne, mais de façons différentes, persuadés l’un et l’autre d’avoir raison.

 

Et au final, on se dit que ce n’était pas complètement une mauvaise idée d’avoir couché avec Jim. Parce que tout ce qui en découle est de loin plus intéressant que ce qui aurait pu être : chacun en ressort grandi, à quelque niveau que ce soit, laissant alors le sourire (voir ci-dessus) s’épanouir durablement sur le visage des spectateurs.

PS : le titre In her Shoes peut se traduire littéralement « dans ses chaussures » mais plus judicieusement « à sa place ». Et le leitmotiv constitué par les chaussures à longueur de film – et surtout le fait que Maggie pioche toujours dans la collection de Rose – méritait qu’on ne le traduise pas pour l’exploitation française.

 

PPS : parmi les résidents de Floride, un professeur de littérature interprété par Norman Lloyd (2), véritable catalyseur de la transformation de Maggie.

 

[NB : une référence à Rocky (1975) s’est glissé dans le film : la retrouverez-vous ?]

 

  1. Comme dans beaucoup de familles, non ?
  2. celui qui tombe de la Statue de la Liberté dans Saboteur, et qui vient de fêter le 8 novembre dernier, ses 104 ans !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ivan Reitman, #Comédie
6 Jours, 7 nuits (Six Days, seven nights - Ivan Reitman, 1998)

Robin Monroe (Anne Heche) et Frank Martin (David Schwimmer) filent le parfait amour à New York.

Alors pour la fin de l’année, ils s’envolent vers les îles, sur Makatea pour  être plus précis. Mais cette île étant vraiment petite, c’est un avion de tourisme qui les dépose : celui de Quinn Harris (Harrison Ford).

Une fois bien installés là-bas, elle dit absolument se rendre à Tahiti pour son travail. C’est alors à nouveau une traversée avec Quinn. Sauf que quand un orage se prépare, on évite de prendre l’avion : c’est un coup à se retrouver naufragés sur une île déserte.

Et c’est ce qu’il se passe.

 

Il y a chez Reitman un flair certain du point de vue des comédies : elles marchent bien (1).

Et il en va de même ici : une intrigue mettant en rapport deux personnes totalement différentes dans des conditions extra-ordinaires et si en plus vous avez une star incontournable, c’est gagné.

C’est le film qui a révélé Anne Heche au grand public, et ce n’est que justice car elle campe une jeune femme solide et volontaire face à un vieux briscard revenu de tout sans jamais se laisser démonter.

Harrison Ford, pour sa part, est un tantinet en décalage avec ses personnages de prédilection : sa prestation à la soirée d’arrivée vaut son pesant d’or.

 

Mais ce qui donne le rythme de cette comédie, c’est un montage parallèle qui commence lors du déplacement de Robin et Quinn vers Tahiti (avec l’issue inévitable) et se termine lors de leur retour.

Pendant toute cette période, on va suivre (surtout) Monroe et Harris d’un côté et Frank et Angelica (Jacqueline Obradors).

Et pendant que les conditions atmosphériques se dégradent pour ceux qui sont dans l’avion, les choses semblent pas mal se profiler pour ceux restés à terre. Cette tendance va s’inverser à un moment : les gens sur Makaeta sombrant dans le désespoir le plus profond, alors que les autres voient leurs chances augmenter.

 

Mais ce découragement et ce regain d’espoir seront révélateurs puisque de chaque côté, une attirance pour l’autre se présente : le désespoir étant moteur surtout quand il est soutenu par une consommation alcoolique (à Makatea) ; et réussir ensemble quelque chose de grand l’est aussi (sur l’autre île).

Cela nous amène à la scène d’emprunt à Tant qu’il y aura des Hommes, devinez pour qui.

 

Bien sûr, une fois que tout le monde est sauvé, chacun retrouve sa place et surtout son compagnon ou sa compagne et la vie reprend comme avant.

Mais dans ce cas-là, ce ne serait pas vraiment une comédie, non ? (2)

Alors heureusement, on a droit à une vraie fin de comédie, celle qu’on attendait depuis le début du film…

 

 

  1. Ghostbusters (1 et 2) par exemple.
  2. Une comédie est une histoire qui se termine bien, et rien d’autre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Casse, #Eric Barbier
Le dernier Diamant (Eric Barbier, 2014)

Il n’y a pas à dire, les films montrant des casses ont quelque chose de fascinant. Certainement parce que le spectateur sait qu’il a peu de chances d’en réaliser un. On reste admiratif devant ces génies du vol qui élaborent avec précision un événement qui doit absolument se dérouler comme prévu : les sommes mises en jeu pour la préparation atteignant vite un montant pharaonique.

C’est bien évidemment le cas dans ce film d’Eric Barbier où l’objectif est l’acquisition illégale du Florentin, diamant extrêmement rare et enfin mis à jour par Julia Neuville (Bérénice Bejo) et sa mère.

Ce dernier diamant du titre représente donc cette pierre qui a l’inconvénient de porter malheur. Et d’ailleurs, dès le début, Mme Neuville est retrouvée morte dans sa voiture.

 

Bref, vous l’avez compris, le film va tourner autour de l’expédition criminelle, menée par Simon Carrera (Yvan Attal) et son acolyte Albert (Jean-François Stévenin). Comme toujours dans ces cas-là, nous suivons les préparatifs avec une certaine jouissance, impatients de voir comment tout cela va tourner.

Mais alors que l’entreprise réussit – on s’en doutait, bien sûr – Eric Barbier relance l’intrigue (il faut dire qu’il reste une quarantaine de minutes de film). Cette relance apporte bien sûr une autre dimension au film, évitant un final à la Ocean’s Eleven (1).

 

Et au bout du compte, on passe un moment agréable à voir évoluer Simon et Albert – des escrocs somme toute un tantinet minables : la séquence d’ouverture nous montre que leurs ambitions ne sont pas bien élevées. Le coup du diamant devenant une sorte de couronnement de carrière. Ce décalage entre le niveau de Simon et l’objectif visé n’est d’ailleurs pas sans rappeler L’Arnaque, ainsi que la façon d’éliminer un gêneur, en l’occurrence le contrôleur qui veille sur l’application de la liberté surveillée de Simon.

 

C’est donc un film qui atteint son but, montrant qu’il n’y a pas que les Américains pour monter une telle entreprise au cinéma. Les différents interprètes jouant avec conviction cette histoire de vol, d’amour et de sang, avec juste ce qu’il faut d’humour. De plus, la relation amoureuse (comme annoncée plus haut) amène ce qui ressemble à un grain de sable dans l’opération réglée au moindre détail. Cette relation inattendue (sauf pour les spectateurs) s’appelle le « facteur humain », inévitable dans ce genre d’entreprise, et surtout indispensable à la relance de l’intrigue.

 

Certes, la fin est un tantinet prévisible, mais ne boudons pas notre plaisir.

 

 

PS : une petite mention à l’équipe du maquillage qui arrive à créer une Bérénice Bejo méconnaissable.

 

(1) La promotion du film annonçait un parallèle avec le formidable film de Soderbergh.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Emmett J. Flynn, #Drame
Monte Cristo (Emmett J. Flynn, 1922)

Troisième adaptation du roman de Dumas – deuxième américaine – ce film reprend (presque) fidèlement les différentes péripéties du roman, avec une fin alternative, mais après la version Dayan de 1998, on peut s’attendre à tout.

Et si la fin va dans ce même sens, la version proposée par Emmett J. Flynn n’a pas à rougir comparativement aux autres.

 

Bien sûr, tous les protagonistes sont là : Edmond Dantès (John Gilbert), bien sûr, trahi par ceux qui se disaient ses amis – Gaspard Caderousse (William V. Mong) ; Danglars (Albert Prisco) et Fernand Montego (Ralph Cloninger). Mais aussi sa fiancée la belle Mercedes (Estelle Taylor) et l’incontournable abbé Faria (Spottiswoode Aitken), compagnon d’infortune au Château d’If.

Là encore, le film est divisé en deux parties : la première qui voit la machination opérer contre Dantès, avec la complicité de l’infâme Villefort (Robert McKim), jusqu’au retour chez Caderousse, quand Dantès/Monte-Cristo fomente sa vengeance.

La seconde ensuite quand les différents conjurés sont châtiés par celui qu’ils avaient trop tôt enterrés.

 

Le générique le précise dès le premier intertitre : il s’agit d’une superproduction avec casting brillant (avec toutes ces stars, rien d’étonnant), et reconstitutions somptueuses, que ce soient les décors ou les costumes.

Outre les personnalités citées plus haut, on retrouve quelques têtes connues dans les seconds rôles : Francis McDonald (Benedetto/Cavalcanti), Maude George (Mme Danglars) et bien sûr la belle Renée Adorée (Melle Danglars), qui va bientôt partager la tête d’affiche avec John Gilbert dans les années qui vont suivre (1).

 

Emmett J. Flynn fait partie de ces réalisateurs sans grande envergure depuis longtemps oubliés, mais en lui confiant un tel film, William Fox devait savoir ce qu’il faisait. Et ce film est loin d’être un petit film, de par son envergure et sa distribution. Nous avons donc une interprétation sure, Gilbert est un Monte-Cristo magnifique, dont le regard – comme tous les autres interprètes – est l’atout maître. La plupart des événements sont accentués par des visages très expressifs, avec surtout une grande mobilité des yeux (surtout chez Caderousse).

Parmi les techniques utilisées, on retrouve de nombreux flashbacks rappelant – ou non – de »s scènes déjà vues, ainsi que des surimpressions en relation avec le passé, rappelant ce qui amena Dantès à devenir Monte-Cristo.

 

De plus, on note un souci du détail, isolant certains éléments pour renforcer l’intrigue et l’action d’un personnage par rapport à l’intrigue : la lettre de dénonciation que récupère Montego ; les plaques sur les portes des cellules…

La mort de Caderousse (tué par Benedetto) est une très belle séquence, mettant en scène les deux protagonistes, Benedetto en arrière-plan qui se prépare à poignarder son hôte : on suit Caderousse qui admire avec envie le diamant que lui a laissé l’abbé Dantès, pendant que dans le coin supérieur droit on aperçoit la main de Benedetto qui va à sa ceinture, sort le couteau et se rapproche de sa victime. On ne verra pas la lame pénétrer le corps, mais le résultat est sans appel, Caderousse est mort.

 

Quoi qu’il en soit, et malgré la fin attendue (2), Monte Cristo est un très beau film solidement interprété, où John Gilbert joue sur autre chose que son physique de jeune premier (il a 25 ans quand le film sort), et nous gratifie d’un Edmond Dantès dans le ton du roman de Dumas. Son regard – lui aussi très important – exprime à merveille le sentiment de vengeance ainsi que la lassitude une fois qu’elle est accomplie, renforcée par un maquillage qui le vieillit sans pour autant exagérer le passager du temps.

D’ailleurs, pour tous les personnages, la marque du temps est montrée par ce même maquillage sans excès, et surtout qui passe très bien dans les différents gros plans utilisés.

 

Une nouvelle pépite dans cette production hollywoodienne de la période muette, réalisée par un metteur en scène dont le défaut, l’alcoolisme, entraînera sa mort prématurée en 1937 à 44 ans, alors qu’il ne tournait plus depuis déjà 5 ans.

Dommage, encore une fois.

 

 

  1. Et pas n’importe quels films : La grande Parade, La Morsure ou encore Les Cosaques.
  2. On est au cinéma, que voulez-vous…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Wes Craven
Les Griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street - Wes Craven, 1984)

Décidément, Wes Craven était un  cinéaste qui savait faire peur aux spectateurs.

Avec la naissance de Freddy Krueger (Robert Englund), personnage devenu mythique maintenant, il monte d’un cran par rapport à son autre film mythique précédent : La Colline a des yeux.

Et la nature même de Freddy en fait un personnage autrement plus dangereux et effrayant.

Mais reprenons.

 

Nancy (Heather Langenkamp), Glenn (Johnny Depp), Tina (Amanda Wyss) et Rod (Jsu Garcia) ont tous les quatre eu un cauchemar des plus terribles la même nuit. Ils étaient poursuivis par un homme au visage brûlé et portant un pull rouge et vert, un vieux chapeau ainsi qu’un gant ayant des lames acérés au bout des doigts. Cet être est des plus insidieux puisqu’il n’apparaît que pendant les rêves.

Encore que…

 

Si le cinéma d’horreur est un genre à part, souvent marginalisé des cinéphiles purs et durs, on ne peut pas sous-estimer le talent de Wes Craven. Avec Freddy, c’est un être qui constitue une synthèse des différents personnages horrifiques qui existent au cinéma (sauf le vampire).

Freddy est à la foi un mort-vivant et un cauchemar, dans le sens premier du terme, apparaissant pendant le sommeil paradoxal de ses victimes. De plus, ses doigts en larmes de rasoir en font un tueur très sanglant. Et question hémoglobine, nous sommes servis, entre la mort de Tina qui ouvre le bal et celle de (1) qui a lieu avant l’affrontement final (obligatoire), c’est plus qu’un bain de sang qui nous est proposé.

Quant à la résolution de l’intrigue, alors qu’on croit que Craven va s’en sortir avec une pirouette, un basculement de dernière minute la relance, ouvrant la porte à une éventuelle suite… (2)

Et le succès du film (et des autres à venir) est dû à Robert Englund, et surtout son maquillage qui durait 3 heures avant qu’il puisse tourner (3).

 

Quant aux autres protagonistes, on remarque la présence d’un jeune premier dont c’est l’apparition : Johnny Depp, avec une belle coiffure années 1980s. La musique de Charles Bernstein elle aussi date des années 1980s, avec cette utilisation récurrente des synthétiseurs qui donnent tout de même un aspect passé à la musique. Par contre, les différentes séquences musicales, préludes à des moments d’épouvante, accentuent l’atmosphère terrifiante du film.

 

Bien sûr, Wes Craven connaît bien son sujet et joue avec les nerfs des spectateurs. On a droit à un galop d’essai quand Glenn va vérifier dans le jardin qu’il n’y a personne. C’est un élément qui revient souvent chez Craven, et en général avant d’entrer pleinement dans le vif du sujet, tout comme le font les lames de Freddy…

De plus, la séquence d’introduction qui nous présente l’élaboration du gant ne révèle pas tout de suite le visage effrayant de Krueger. Deux raisons à cela : maintenir le plus longtemps le mystère autour de ce nouveau personnage ; et surtout parce que ce n’est pas Robert Englund qui évolue. En effet, seul le cascadeur Charles Belardinelli était capable de fixer les lames sur la structure.

 

Bref, un film d’horreur dans toute sa splendeur, pour peu qu’on aime ce genre.

 

PS : le film que regarde Glenn à la télévision est Evil Dead de Sam Raimi. Ce dernier répondra à Craven en accrochant le gant de Freddy à un mur dans Evil Dead 2.

 

  1. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous le dire…
  2. Il y en aura d’ailleurs 7 avant un remake en 2010 avec Jackie Earle Haley en lieu et place de Robert Englund.
  3. Oui, ça nous rappelle quelqu’un, mais qui faisait ses maquillages seul : Lon Chaney.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #Charles Chaplin
Charlot Soldat (Shoulder Arms - Charles Chaplin, 1918)

Alors que la première Guerre mondiale se terminait (1), Charles Chaplin en rajoute une couche dans la propagande. Après le (très) court The Bond, il met en scène son personnage de vagabond au cœur de l’actualité mondiale en le transformant en GI, partant à l’assaut des armées teutoniques et du Kaiser (Sidney Chaplin, son frère) en particulier.

Bien sûr nous sommes dans une comédie et tous les ressorts sont bons pour faire rire, en particulier les indispensables coups de pied au derrière et tarte à la crème (2).

Mais il n’en demeure pas moins que ce film traite de certaines réalités des soldats au front, qui ne sont pas spécialement idylliques mais malgré tout source de comique.

 

Nous sommes en territoire connu dans ce court-métrage, où on retrouve les collaborateurs habituels : outre Sidney et Loyal Underwood, ce sont Henry Bergman, Albert Austin et la belle Edna Purviance qui évoluent dans ce décor de guerre (et un peu d’opérette), où seule Edna (avec Chaplin) n’interprète pas plusieurs personnages.

Chaplin, d’une certaine façon, pose les bases de nombreux films militaires, et Stanley Kubrick – entre autres – saura s’en souvenir pour ses deux films de guerre, Les Sentiers de la Gloire et Full metal Jacket : comme dans le premier on assiste à un magnifique traveling dans une tranchée tout comme ici quand le soldat-vagabond découvre son nouvel univers. Pour le second, c’est l’inévitable passage par les classes avant le baptême du feu.

 

En effet, nous avons droit dans ce Charlot Soldat à une séquence de classes où notre héros apprend à marcher au pas mais surtout à faire demi-tour ce qui n’est pas sans rappeler ses pirouettes chorégraphiques qu’on lui connaît, tournant sur lui-même avant de saluer.

Mais le plus important est bien sûr les combats dans les tranchées.

Encore une fois, si la vie au front semble facile et somme toute peu gênante, Chaplin grossit le trait à l’extrême, avec le moment où tout le monde va se coucher alors qu’il y a déjà un mètre d’eau dans la chambrée sommaire (il faut dire qu’il pleut beaucoup). C’est un moment des plus absurdes où encore une fois, rien que de très normal n’arrive.

 

Mais Chaplin n’en oublie pas moins son personnage, inadapté à la société. Ici, notre héros est très courageux, mais la plupart du temps un peu malgré lui, la réalité du feu nourri de l’ennemi tempérant ses ardeurs belliqueuses. De même, quand le courrier arrive, il ne reçoit rien : on peut même trouver cela normal puisqu’il est avant tout un vagabond (et même LE vagabond), donc n’a que très peu d’attaches. Pas étonnant qu’il cherche dans la lecture par-dessus l’épaule d’un autre quelque réconfort.

Et quand la tournée se termine et qu’il reste un paquet, ça ne peut qu’être pour lui, puisque les autres n’ont pas été oubliés.

 

Il n’y a pas de véritable intrigue mais plutôt une suites d’événements militaires, prenant appui sur de véritables opérations de combat dont notre vagabond sort toujours vainqueur : c’est normal, nous sommes au cinéma ! Mais derrière ce rôle de va-t-en-guerre, Chaplin apporte un nouvel élément dans la construction de son personnage : le Vagabond a beau être une sorte de paria, il n’en demeure pas moins patriote et son engagement dans l’armée américaine est tout sauf fortuite. On retrouvera d’ailleurs cet aspect patriotique treize ans plus tard dans City Lights : pendant la séquence sur la statue, il prend la pose (ou tout du moins il essaie) pendant que retentissent les premières notes de l’hymne américain.

 

Et encore une fois, quand le mot « fin » (3), apparaît, on ne peut pas parler de fin heureuse. C’est normal, c’est Chaplin.

 

 

  1. L’Armistice arrivant moins de 15 jours après la sortie du film.
  2. Il s’agit ici plutôt du principe de la tarte à la crème puisque c’est un fromage très avancé (autre source de gag) qui est envoyé par notre héros dans la figure d’un nabot teuton à l’autorité inversement proportionnelle à sa taille (Loyal Underwood).
  3. Les mots « the end », devrais-je dire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Darko Mitrevski
La troisième Mi-temps (Treto Poluvreme - Darko Mitrevski, 2012)

Macédoine, 1940.

Alors que la guerre fait rage en Europe et que la France vient à son tour de tomber devant l’armée allemande, une petite ville macédonienne – occupée par les Serbes – suit les exploits peu reluisants de son équipe : elle enchaîne défaite sur défaite.

Et puis un jour, le président du club, Dimitryi (Mitko Apostolovski) fait venir un ancien footballeur professionnel – Rudolph Spitz (Richard Sammel) – pour reprendre en main ses joueurs.

Un premier problème se pose immédiatement : il est allemand.

Et comme si cela ne suffisait pas : il est juif.

 

Si l’intrigue principale semble se focaliser sur cette équipe de football, il faut préciser que c’est avant tout l’histoire de Rebecca Cohen (Bedija Begovska en 2011 - Katarina Ivanovska en 1940), une vieille Américaine qui part à Jérusalem avec son arrière-petite-fille (Whitney Montgomery) pour « y retrouver son père ».

C’est cette histoire qu’elle raconte à Rachel qui nous est montrée.

 

Bien sûr, le football prend une grande part dans le film, mais si on assiste à quelques matches, c’est tout de même le contexte de ces matches qui nous intéresse. Et surtout le changement de régime qui est mis en place après la soumission à la Bulgarie, alliée de L’Axe.

Et si le gouvernement change – Garvanov (Emil Ruben) est un salaud de première pour une si petite ville – l’occupation est toujours effective. Le seule véritable changement concerne le statut des Juifs qui sont progressivement écartés jusqu’à la déportation.

 

Cette équipe de football est d’une certaine façon une forme de résistance à l’occupant, qu’il soit serbe, allemand ou bulgare. Et chaque match gagné est un affront à l’occupant, réduit à truquer les matches pour essayer (vainement) d’éliminer cette équipe originale.

Et la place qu’occupe Spitz est des plus symboliques, ce qui amène Garvanov à tout faire pour l’évincer, avant de prendre la décision attendue : le tuer.

 

Darko Mitrevski nous propose un film sportif certes, mais où le plus important n’est pas là. Il décrit ici le quotidien de gens ordinaires, dont le seul véritable moyen d’évasion est le football (1), amenant l’inévitable nationalisme afférant.
Car l’enjeu prend le dessus sur ce qui était un jeu, et le rappel par Dimitryi des Jeux Olympiques de 1936 n’est pas anodin : l’interdiction qui frappe Spitz n’amène aucune réaction chez lui. De même, le salut hitlérien devient obligatoire, surtout après « l’incident » d’Afrika (Igor Angelov) le gardien de but qui refusait de saluer. Cette désobéissance rappelle violemment que l’occupant n’est pas bienveillant, rappelant ainsi que pour Hitler, les Slaves n’étaient pas des citoyens de première classe, et encore plus quand ils étaient plus ou moins ennemis.
Si la distribution est essentiellement assurée par des acteurs de la région macédonienne, on y retrouve tout de même deux acteurs célèbres : Rade Szerbedzija et Richard Sammel.
Szerbedja, pour une fois ne trempe pas dans des affaires louches, mais nous donne une prestation tout en sobriété de ce père trop tôt veuf dont la fille, comme sa mère, était trop belle pour rester seule bien longtemps.
Quant à Richard Sammel, pour une fois, il ne joue pas un rôle de Nazi : qu’il soit froid et sadique  comme dans Un Village français ou parodique comme dans Oss 117 : Le Caire, Nid d’espions. Il est un entraîneur original dont les principes ne sont pas sans rappeler son attitude face aux nazis. De plus, il maîtrise différentes langues ce qui ajoute dans l’universalité de son personnage : outre l’allemand, il parle un peu la langue locale ainsi que l’anglais, dont il se sert pour dialoguer avec le rabbin (Meto Jovanovski).
Cette caractéristique linguistique semble induire deux idées : l’universalité du football, montrant qu’on peut s’entendre autour d’un ballon sans pour autant se comprendre verbalement ; et aussi un aspect « Juif errant » qui renvoie à la Diaspora et s’explique par la constante fuite en avant de Spitz face à l’émergence nazie.
Et puis il y a la belle Katarina Ivanovska, jeune femme plutôt moderne dans un monde suranné et qui va entrer violemment dans la modernité. Elle aussi représente la résistance face à la barbarie, même si les différentes séquences sportives ont tendance à la marginaliser.
Son histoire d’amour avec Kosta (Sasko Kocev) est elle aussi des plus symboliques : l’amour triomphe de tout, des différences (elle est juive, il est chrétien) ou de la guerre.
Un très beau film qui va au-delà du sport, même si on ne doit pas oublier que le football, du fait de sa prédominance mondiale, est avant tout une projection guerrière (2) et donne une légitimité à des régimes qui sont bien loin des idéaux enseignés par les éducateurs sportifs.

 

  1. Le cinéma aussi, mais avec un léger décalage : King Kong (1933) a enfin atteint cette ville perdue quand commence le film.
  2. On parle de défense, d’attaque, d’ennemi, de lignes… Je continue ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #King Vidor, #Lillian Gish
Duel au Soleil (Duel in the Sun - King Vidor, 1946)

Crépusculaire.
C’est le mot qui vient tout de suite en tête quand on évoque ce film.

Non pas qu’il soit un ascendant des westerns des années 1960s, mais parce que le Technicolor utilisé nous inonde de rouge enflammés, rappelant sans équivoque Autant en emporte le Vent.

Non, crépusculaire ne qualifie pas ce western, car l’âge d’or vient de commencer, et de magnifiques chefs-d’œuvre vont arriver dans les années qui vont suivre.

 

Avec ce western, Vidor nous offre deux grandes retrouvailles : celle avec Lillian Gish (Mrs Laura Belle McCanles) qu’il avait fait tourner vingt ans plus tôt (La Bohême), et celle de cette même Miss Gish avec Lionel Barrymore (Mr McCanles), qu’elle connut du temps de ses débuts avec Griffith.

Autre rencontre insolite : celle de Lionel Barrymore (encore lui) avec Walter Huston (le père de John), alors que tous deux ont interprété un même personnage. C’était le révérend Davidson, un pasteur à moitié intégriste et qui cachait sa fascination pour la belle et sulfureuse Sadie Thompson, derrière un rigorisme qui tournait à l’obsession.

Et ici, le révérend – « Tueur de péchés » (1) – possède une foi encore une fois un tantinet excessive, la convoitise en moins tout de même.

 

Mais ce film est avant tout une histoire d’amour extraordinaire, qui se résout, comme toujours quand on a affaire à de l’amour fou, dans la mort, exprimée par le titre (2) : un duel au soleil.

Et cet amour s’exprime de différentes sortes, mais avec le même résultat tragique : un gâchis phénoménal, comme dans les grandes tragédies classiques.

Mais à cela s’ajoute la notion de rédemption – que la plupart gagneront – sauf bien sûr Lewt (Gregory Peck), qui est déjà damné quand il apparaît pour la première fois.

Et cette référence religieuse – outre la présence de Huston – est une des bases de l’intrigue : une opposition entre deux fils qui, tels Abel et Caïn, vont s’opposer plus ou moins directement, mais pas pour la préférence de Dieu, mais celle de Pearl (Jennifer Jones).

 

Parce que le moteur de l’intrigue, c’est la très belle Pearl, dont le statut métis est des plus compliqués. En effet, née de mère indienne et de père américain (entendez : « blanc »), elle n’est pas acceptée par le père McCanles, gentilhomme du Sud et donc peu enclin à l’égalité entre les différentes ethnies. A ce propos, on retrouve Butterfly McQueen, dans un rôle de servante – esclave ? – avec encore une fois une intelligence limitée et sa voix de petite fille.

 

Et comme nous sommes dans un western – un vrai – on y retrouve des immenses espaces – malheureusement, il fallut attendre un peu pour le CinemaScope (1953) et donc le format reste 4:3.

Outre les différentes personnages indispensables – le shérif (Charles Dingle), des convoyeurs de bêtes (3), le pasteur (voir plus haut) – on y rencontre avec plaisir Harry Carey (Lem Smoot), transfuge de chez Ford qui interprète un homme bien, même s’il n’est pas du même bord que McCanles Sr.

 

Et puis il y a, omniprésente, la mort. Elle est annoncée dès le début – par Orson Welles (narrateur) – et avant qu’elle frappe les hommes, l’embrasement du ciel au moment du coucher du soleil rappelle cette mort que les Indiens célébraient quand le fils du chef se mourait.

Et cette omniprésente du rouge – le soleil, le ciel, le sang – ne cesse de coller aux différents personnages, et surtout Pearl et Lewt : quand il la rencontre, Jesse (Joseph Cotten), l’autre fils McCanles, l’encourage à se vêtir de couleur. C’est ce qu’elle fera sauf quand elle ira danser, portant alors une robe blanche.

Mais les éclairages de la fête (et des projecteurs, bien évidemment) la pareront de différentes couleurs, avec l’inévitable rouge plus ou moins prémonitoire. Et quand ce n’est pas elle, c’est Lewt, arborant inlassablement son foulard rouge, là encore prémonitoire. J’aurais même pu aller jusqu’à considérer le rouge comme la perte de la virginité de Pearl, mais n’allons pas trop loin. Même si les références sexuelles sont bel et bien là !

 

Reste un western absolument flamboyant, dans la lignée de Gone with the Wind – normal, c’est David O. Selznick qui produit – mais avec une référence à la tragédie classique beaucoup plus marquée.

Et si Vidor a été viré sur la fin du tournage, on n’en assiste pas moins à la deuxième fois qu’il tue Lillian Gish : encore une fois, la maladie qui ressemble à celle de Mimi (voir plus haut), et le lit où elle s’éteint doucement.

Et la mort de Laura Belle annonce celle de Pearl, dont le déroulement aura une grande similitude : elle se hissera vers l’homme qu’elle a aimé pour mourir près de lui.

 

Et alors que cette première mort reste feutrée – elle se passe dans une chambre – celle de Pearl sera beaucoup plus sordide : dans le désert, diminuée par la blessure fatale, le sang et le sable et la terre se mêlant pour un final plutôt laid, loin de cette belle fleur de l’introduction, celle qui était censée symboliser Pearl, fille d’une Indienne et d’un blanc.

 

Superbe.

 

PS : Deux ans plus tard William Dieterle – qui a travaillé sur la fin du film – reprendra un trio de ce film, Jennifer Jones, Joseph Cotten et Lillian Gish dans le magnifique Portrait of Jenny.

 

  1. « Sinkiller »
  2. Pour une fois que le titre d’un western est bien traduit…
  3. Des cowboys, quoi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Daniel Ragussis, #Société
Imperium (Daniel Ragussis, 2016)

Tout commence par une citation – « Words build bridges into unexplored regions » (1) – qui nous semble plutôt intéressante. Mais quand on lit son auteur, s’arrête tout de suite la pseudo-naïveté ressentie : Adolf Hitler.

Dès lors, c’est une sorte de plongée en enfer, au milieu de ces groupuscules d’extrême droite américaine, chez les infâmes suprémacistes américain.

Nate  Foster (Daniel Radcliffe) est un agent du FBI infiltré dans un groupuscule de skinheads. Rapidement, il va se faire connaître auprès des responsables, jusqu’à en arriver à la préparation d’un attentat.

 

Bien sûr, c’est Daniel Radcliffe qui nous intéresse ici : que devient Harry Potter après la fin de la saga ?

Et bien il continue son chemin et s’en tire honorablement dans ce rôle de skinhead malgré lui.

Dans ce rôle il interprète un agent plutôt timide, dont les compétences semblent plus intellectuelles que physiques. Mais comme le dit sa responsable Angela Zampano (Toni Collette), il ressemble à une victime, tout comme se considèrent les gens qu’il doit infiltrer.

 

Nous avons alors un exposé des différents niveaux de la haine xénophobe : des petites frappes de rue qui carburent à la bière et aux intimidations, jusqu’aux véritables leaders de cette mouvance, des notables aux professions honorables, qui semblent tout de même peu touchés par ce qu’ils dénoncent.

Cette plongée a tout de même le mérite de dénoncer un terrorisme qu’on a tendance à rarement qualifier comme tel : on préfère toujours parler de déséquilibré plus ou moins dépressif quand un de ces membres  (très) actifs passent à l’acte.

 

Mais Daniel Ragussis (dont c’est seulement le 3ème film) est bien clair là-dessus : ces criminels sont aussi dangereux que les différents djihadistes qu’on a pu – hélas – voir à l’œuvre, de Paris à Bruxelles ou de New York à Bombay. Mais alors que les islamistes ont des manières très secrètes, il n’en va pas de même de ces individus haineux : c’est à visage découvert qu’ils manifestent, ce qui inquiète moins les autorités, car on a tendance çà considérer que ceux qui parlent beaucoup ne passent que rarement du côté obscur.

On retrouve donc dans l’agent Zampano une personne qui est en butte à ses supérieurs voire ses collègues, seule contre ceux qui considèrent que la menace n’est pas intérieure.

Pourtant, l’actualité a tendance à lui donner raison car nombre d’attentats meurtriers ont touché des communautés dénoncées par ces suprémacistes : Juifs, gens de couleur et homosexuels.

S’ajoute à cela le droit d’être armé – droit remontant à la période de conflit avec l’Angleterre, du temps de la Révolution américaine – qui n’est pas sans ajouter d’autres risques meurtriers comme encore une fois on entend parler à propos de fusillades dans des lieux publics (université, bars...).

 

C’est une exposition très complète des différentes pratiques de ces milieux néonazis américains qui nous est ici présentée, avec un Daniel Radcliffe très convaincant dans ce rôle ambigu : où s’arrête l’infiltration et donc où commence la conviction ?

Les différentes attitudes de Nate dans ces rassemblements vont bien sûr à l’encontre de ses convictions, mais quand le service ordonne, on peut difficilement se soustraire. Et on peut se demander plusieurs fois s’il n’est pas passé de l’autre côté.

Et c’est là que le bât blesse dans le film.

On assiste à différents moments où Nate est soupçonné par ceux qu’il a infiltrés, et à chaque fois il arrive à s’en sortir – cela n’a rien d’invraisemblable, sa formation et son intelligence sont des atouts pour lui.

Mais il manque un élément qui me semble important dans cette infiltration que mène Nate : son ressentir.

On comprend qu’il répugne à avoir certaines attitudes (son ami noir qui le retrouve parmi ces nazillons et qu’il insulte), mais Ragussis (et le scénario) ne s’appesantissent pas sur ses doutes, ses craintes et son ressentir sur ce qu’il a pu dire ou faire.

Ces moments de solitude où il devrait faire le point me semblent indispensables dans une telle expérience.

 

Quant à la fin, la dernière réplique est finement placée pour amener un questionnement chez le spectateur, et d’une certaine façon rejoint le postulat initial (voir plus haut).

On retrouve dans cette réplique un basculement final comme ceux qu’on peut trouver chez Roald Dahl. Alors que ce dernier nous laisse sur une fin qui amène un sourire, ici il n’y a rien de drôle et le film se conclut sur une teinte pessimiste : ce fléau haineux n’est pas près de disparaître.

 

 

(1) « Les mots créent des passerelles vers des régions inexplorées ». J’espère que cette traduction vous agrée, cher Professeur Allen John.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bill Condon, #Fantastique
La Belle et la Bête (Beauty and the Beast - Bill Condon, 2017)

Au commencement était le dessin animé (1) produit par les mêmes studios Disney qui nous proposent ici une sorte de mise à jour numérique.

Et ça tombe bien parce que le dessin animé ne m’avait pas vraiment convaincu.

Non pas pour son traitement de l’histoire – au cinéma, on n’est pas dans une bibliothèque, n’est-ce pas mon cher professeur Allen John ? – et surtout Belle était des plus commune, à nous faire douter de la sincérité des sentiments de Gaston à son égard.

 

De ce côté-là, pas de problème : Emma « Hermione » Watson est une magnifique Belle. A ses côtés – ou dois-je plutôt en face d’elle – on trouve Luke Evans qui interprète un Gaston des plus puants, véritable méchant de l’histoire.

La Bête (Dan Stevens), elle, est presque trop belle. C’est une des limites du numérique : les affreux ne le sont presque plus, tellement c’est bien fait.

Et puis il y a les objets : dans le dessin animé, ils m’avaient paru fort pénibles et je redoutais un peu cette personnification à outrance qui voyait une pendule et un chandelier  ne lamenter de la situation.

Alors si on n’y échappe pas cette fois-ci encore, on doit tout de même avouer que c’est autrement plus beau à voir.

Quant aux chansons, elles sont celles du dessin animé, remise au goût du jour pour les besoins du film.

 

Ajoutez à tout cela une pléiade de noms – Ewan « Obi-wan » McGregor, Ian « Gandalf » McKellen ou encore Emma « Sybil » Thompson – et vous avez un film à budget mais surtout grand spectacle des plus réjouissants.

C’est un festival d'images et de couleurs, avec d’un côté le village de la Belle qui regorge de teintes plus chamarrées les unes que les autres, à l’opposé du domaine de la Bête, immobilisée dans un désert éternel, gardé par de féroces loups blancs.

Et l’arrivée de Belle dans ce royaume hivernal est la lueur dans la nuit qui va faire revivre ce château sombre, l’Elue que tous attendaient, sauf bien sûr la Bête qui ne croyait plus en rien.

 

Les décors – numériques certes, mais il a bien fallu tout de même les concevoir – sont de toute beauté, l’opposition hiver/printemps amenant un élément féérique indispensable à une telle intrigue – surtout, encore une fois, à cause des objets qui parlent – et surtout les tourbillons créés par une caméra qui tourne sur elle-même ne font pas qu’étourdir la Belle : parfois, le spectateur lui-même ne sait plus où donner de la tête.

 

Et puis il y a le détail qu’on n’attendait pas d’un film des studios Disney. Si beaucoup d’encre a coulé à propos du personnage de LeFou (Josh Gad, toujours aussi souriant et réjouissant) et son ambigüité sexuelle (2), c’est plus vers un des sbires de Gaston qu’il faut chercher : les trois hommes de main de cet infâme personnage sont attaqués par Madame Garderobe (Audra McDonald) et se retrouvent habillés en femmes après le déferlement de tissus qui les assaillent : si les deux premiers semblent profondément outrés – robes de soirée + visage et perruques poudrés avec en prime une mouche – le troisième adresse alors un magnifique sourire à Garderobe, visiblement ravi de ce changement. Alors pas étonnant qu’il se retrouve en face de LeFou pour la séquence de fin…

 

La Belle et la Bête – version 2.0 – est au final un film attachant qui emporte progressivement le spectateur dans ce monde féérique, lui rappelant, pour les plus grands, qu’il fut un enfant qui a cru à toute cette magie (3).

Et un film qui est censuré par des systèmes autocratiques ne peut pas être complètement mauvais !

PS : Outre la référence (inévitable ?) à Cocteau (cherchez-la), on retrouve quelques clins d’œil, comme les chorégraphies vues du dessus qui ne sont pas sans rappeler celles de Busby Berkeley, ou encore une référence évidente à King Kong quand la Bête essaie d’échapper par les toits aux tirs meurtriers de Gaston…

 

PPS : J’espère que vous avez compris pourquoi la tasse était ébréchée…

 

  1. En réalité c’est plutôt le conte de Mme Leprince de Beaumont.
  2. Et oui, on parle (enfin) de sexe chez Disney !
  3. Emma Watson raconte qu’elle ressentit les émotions de quand elle avait 6 ans.

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