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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Comédie, #Lewis Milestone
Two Arabian Knights (Lewis Milestone, 1927)

Les deux chevaliers arabes dont parle le titre sont en fait deux soldats américains, engagés dans une aventure on ne peut plus picaresque qui démarre sur le front occidental pendant la première Guerre Mondiale et se termine au pays des Mille et une Nuits, après un long périple mâtiné d’affrontements divers.

En outre, le titre joue avec l’homophonie knight/night, le premier désignant donc un chevalier et l’autre la nuit.

 

Nous sommes en 1918, et le soldat W. Dangerfield Phelps III (William Boyd) se retrouve dans le même trou d’obus que le sergent Peter O’Gaffney (Louis Wolheim), qui fut son instructeur – et donc un tantinet tourmenteur – pendant ses classes (1).

Alors qu’ils se battent pour les raisons précédentes, ils sont faits tisonniers par les Allemands et envoyés dans un camp loin au nord de l’Allemagne.

Ayant fait la paix, ils s’évadent et se retrouvent dans un contingent de soldats qu’on envoie à Constantinople.

Encore une fois, ils s’évadent et se retrouvent finalement en Arabie, après avoir toutefois sauvé une jeune princesse, la belle Mirza (Mary Astor).

 

IL s’agit ici de l’un des premiers longs métrages que Lewis Milestone a tourné, jonglant avec bonheur avec plusieurs genres : le film de guerre, l’exotisme et la comédie.

Le film de guerre en partant du conflit qui s’était terminé moins de dix auparavant, et qui montre, chose rare, des soldats dans un camp de prisonniers.

L’exotisme en déplaçant l’intrigue de France jusqu’au Nord de l’Allemagne, puis aux alentours de Constantinople avant de se terminer dans un quelconque émirat d’Arabie.

Mais malgré le sérieux de l’intrigue, c’est tout de même la comédie qui l’emporte, l’association du beau William Boyd aux yeux bleus et de Louis Wolheim au physique de boxeur est des mieux assortis, l’un étant le négatif de l’autre : Phelps est beau et subtile pendant que O’Gaffney est laid et brutal, ce qui est encore une fois un tantinet comique (1).

 

Bien sûr, cette histoire est improbable, mais on ne peut ignorer le talent de Milestone à travers ce film. L’arrestation des deux pugilistes dans un trou entouré de baïonnettes en plongée est d’un très bel effet, surtout que Milestone en profite pour ajouter un contrechamp en contre-plongée encore plus beau avec une fusée éclairante qui éclate juste à ce moment-là.

On va d’ailleurs trouver quelques autres alternances champ-contrechamp pendant les voyages de nos deux gaillards, dont celle qui les fait embarquer malgré eux dans le bateau qui les éloigne de Constantinople.

 

Bien sûr, ce duo est encore une fois magnifique. On y retrouve un peu de celui de What Price glory de Walsh, surtout quand apparaît la belle princesse voilée. La concurrence que se livrent les deux hommes pour attirer les faveurs de Mirza (2) illustre très bien l’adage célèbre : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis : n’oublions pas que cette course aux faveurs a pour cadre un monde en guerre, même si l’émirat n’a aucune part dans ce conflit.

Si William Boyd est un jeune homme séduisant et astucieux, c’est tout de même Louis Wolheim qui attire une grande part de la sympathie des spectateurs, son physique ingrat est contrebalancé par des regards qui prêtent à rire, surtout quand Phelps explique à O’Gaffney ce qu’est un eunuque.

Quant à Mary Astor, elle est belle – mais ça, c’est normal – et son rôle porte un élément comique qui rend les situations savoureuses mais à retardement. Mais le duo improbable a tendance à la reléguer au second plan, Wolheim prenant tout de même beaucoup de place quand il apparaît.

 

Comme le dit mon ami le professeur Allen John, on a longtemps eu peu accès aux films muets de Lewis Milestone – il faut dire aussi que son A l’Ouest… a longtemps éclipsé ses autres productions.

Alors n’hésitez pas et ruez-vous sur ce film où la guerre est avant tout un prétexte pour mettre en scène une belle comédie où s’épanouit un duo épatant, avec tout de même ma préférence pour Wolheim, acteur aujourd’hui oublié bien qu’il jouait dans A l’Ouest...

 

 

PS : Parmi les seconds (voire troisièmes ou quatrièmes) rôles, un certain Boris Karloff en marin louche...

  1. Lewis Milestone reprendra le thème du sergent instructeur sadique dans la première partie de A l’Ouest, rien de nouveau, le sergent Himmelstoss (John Wray) recevant son juste dû des soldats qu’il tourmenta.
  2. Chose étonnante – si on se base sur son physique – c’était un homme très intelligent mais qui s’était cassé le nez (et le reste) en pratiquant le football à l’université. Et même, avant de faire du cinéma, il enseignait les mathématiques…
  3. Ce n’a pas toujours été un nom de chien…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Jean-Pierre Jeunet
Un long Dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet, 2004)

Deux ans après le fabuleux Destin, Audrey Tautou retrouve Jean-Pierre Jeunet pour une nouvelle très belle histoire d’amour.

Mais avec Jeunet, c’est aussi le retour des petits détails de la vie que la belle Audrey sait utiliser, ainsi qu’une bande d’acteurs déjà vus à maintes reprises : Dominique Pinon et Ticky Holgado en tête.

Cette fois-ci, ce film nous raconte la première Guerre Mondiale, celle de Mathilde, dont le jeune fiancé Manech (Gaspard Ulliel) est envoyé au front.

 

C’est la guerre de Mathilde, parce que nous assistons essentiellement aux différentes démarches (1) qu’elle doit entreprendre pour savoir si Manech est réellement mort « aux champs d’honneur » comme on dit dans ces cas-là.

Et elle va batailler : contre son oncle (Dominique Pinon) et sa tante (Chantal Neuwirth) et contre son avoué Pierre-Marie Rouvières qui vont tenter – vainement cela va de soi – de la décourager – et bien sûr contre l’Etat qui ne facilite en rien les recherches de ce type, surtout quand il y a une opération peu glorieuse qui ne va pas redorer le blason déjà terni de la « Grande Muette ».

Va alors avoir lieu un défilé de personnages plus ou moins pittoresques, témoins ou non de l’histoire, qui emmènera Mathilde au Bout du Monde – ça ne s’invente pas – pour espérer retrouver Manech en vie.

 

Nul besoin du générique pour savoir que c’est Jean-Pierre Jeunet qui dirige tout ça. En plus d’une image qui rappelle ses films antérieurs, on y retrouve le même souci du détail qu’auparavant, avec au centre Mathilde, qui s’accroche à des petits riens de la vie, espérant jusqu’au bout le retour de cet amoureux dont les fiançailles sont décidément beaucoup trop longues.

On retrouve dans ces petits trucs qu’on trouve en général chez les enfants : « si [le chien] entre  dans la chambre avant qu’on m’appelle à manger, alors Manech est toujours vivant. »

Ce réflexe s’explique facilement : même si Manech et Mathilde sont des grands, ils restent des enfants l’un pour l’autre, promis l’un à l’autre dès leur première rencontre.

Parce que Jeunet, tout en reconstruisant le parcours de Manech, nous livre petit à petit l’histoire de cet amour, à travers les souvenirs de Mathilde. Et ces souvenirs lui reviennent dans le désordre parce que c’est toujours comme ça : c’est nous qui les remettons dans l’ordre après, quand on a tout retrouvé.

 

Et l’histoire de Manech et Mathilde est une histoire d’amour simple, voire banale si Manech était revenu avec les autres.

Parce que c’est la recherche de cet amour perdu qui en fait un moment magnifique, qui ne pourra qu’être extraordinaire, si seulement Mathilde retrouve Manech. Parce qu’à un moment, elle le retrouve, avec les autres, dans un de ces grands champs verts ornés de croix alignées, avec au mieux un nom et le jour de la mort.

Mais même ça ne décourage pas Mathilde, alors…

 

Et avant la guerre de Mathilde, il y a eu celle des hommes, plus de quatre années de boucherie pour aboutir au final à un massacre phénoménal qui ne sera largement dépassé une vingtaine d’année plus tard avec l’épisode 2 : 1939-1945.

Et cette guerre des hommes, Jeunet nous la montre simplement : des hommes qui crient, qui courent, qui sont touchés, qui tombent le nez dans la boue, pendant que les généraux accrochent des petits drapeaux sur leurs cartes. Enfin pas exactement, on ne voit qu’un seul général – un phénomène encore une fois – qui répare le manche de sa loupe afin de mieux distinguer les détails des cartes devant lui : des femmes nues dans des positions lascives.

Les habitués des films de Jeunet ne sont même pas étonnés de voir que cet ignoble général est interprété par Jean-Claude Dreyfus, qui a encore une fois un rôle de boucher.

Et la guerre de Jeunet va s’exposer en plusieurs parties, en fonction des différents témoignages que glane Mathilde dans sa quête.

Bien sûr, Jeunet a vu Les Chemins de la gloire, et nous avons droit à un travelling dans les tranchées avec les soldats qui fixent un à un les baïonnettes à leurs fusils.

Mais quand l’assaut à lieu – commandé par le capitaine Fouvrier (Tchecky Karyo), celui qui doit balancer les condamnés à mort (toujours vivants) dans le no man’s land pour les laisser crever (il n’y a pas d’autre mot) – c’est une reconstitution des plus précises et surtout très réalistes : la rencontre de Stanley Kubrick (pour le déploiement, voir plus haut) et de Steven Spielberg (pour le bain de sang, voir Save Private Ryan).

C’est court, direct, encore une fois très simple et bigrement meurtrier.

 

Et au milieu de ces images de mort, Mathilde, qui n’attend qu’une seule chose : retrouver celui qu’elle aime. Et ça doit arriver : le chien est entré dans la chambre avant qu’elle soit appelée pour manger.

 

 

PS : Quand le film sort, cela fait déjà 9 mois que Ticky Holgado est mort. Il n’y a rien de P/pire.

 

(1) Terme pas si mal choisi…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Dieterle, #Drame, #Lillian Gish
Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie - William Dieterle, 1948)

Superbe.

Il y a dans ce film de Dieterle une volonté esthétique magnifique qui réussit à joindre deux univers opposés sur bien des points : la peinture et le cinéma.

La peinture, c’est un moment figé, une pause dans la vie, qu’elle soit celle de l’artiste ou de son modèle, voire du monde qu’il décrit. Alors que le cinéma c’est avant tout le mouvement, et ce n’est pas une coïncidence si on parle outre-Atlantique de « movie » pour qualifier un film : movie qui vient de move, signifiant bouger.

Et ici, non seulement Dieterle mélange avec bonheur les deux, mais en plus, il rend la peinture vivante, mouvante, et bien sûr émouvante.

 

Jennie Appleton (Jennifer Jones) est une jeune fille que croise Eben Adams (Joseph Cotten) lors d’une de ses promenades, déambulant dans New York à la recherche d’un éventuel acquéreur pour ses différentes productions, plutôt moyennes, sinon minables.

Et quand Jennie paraît, seule, dans ce parc vide, c’est un rayon de soleil qui entre dans sa vie.

C’est elle qu’il peindra, cette jeune fille qui ne casse de vieillir entre chaque nouvelle rencontre jusqu’à devenir la femme dans le portrait.

 

Deux ans après le tournage chaotique de Duel au Soleil, Dieterle retrouve donc Joseph Cotten et Jennifer Jones – ainsi que Lillian Gish, à nouveau une nonne (1) – dans une histoire fantastique mêlant le temps de la narration au temps qui s’écoule, permettant à deux êtres de se retrouver malgré tout, vivant alors une histoire d’amour impossible et donc très belle.

Le temps d’une année (à peu près), Eben Adams va voir Jennie mûrir pendant que lui n’est pas affecté, permettant à Jennie de réaliser un rêve enfantin : qu’il l’attende pendant qu’elle va grandir. C’est d’ailleurs le souhait qu’elle formule en sa présence, tournant trois fois sur elle-même en l’énonçant.

 

Et c’est là que Dieterle arrive au point de jonction de ces deux univers : « le temps est désarticulé » disait Hamlet (2), et l’histoire d’amour entre Jennie et Eben joue des failles temporelles. En effet, quand Eben rencontre Jennie pour la première fois, elle est en 1910, alors que lui-même est déjà plus de vingt ans après. Mais la magie du cinéma peut rendre possible cette rencontre étrange, jouant d’effets de lumière, de fumées, de brouillard.

De plus, chaque séquence est introduite par un effet de maillage sur l’image, retrouvant l’effet d’une image figée sur une toile, passant habilement de cette pose à un décor qui se met en mouvement, incluant ce décor figé dans une réalité, tout du moins celle du peintre.

 

Mais Jennie n’est pas prévisible et entre deux rencontres, il se confie : à son ami Gus O’Toole (David Wayne, rien à voir avec l’autre), mécano et conducteur de taxi, ou encore à Spinney (Ethel Barrymore, la sœur des, parfaite comme toujours). C’est d’ailleurs cette dernière qui supplante Gus, faisant partie du même milieu qu’Eben, l'art, mais en tant qu’acheteuse.

Il y a dans cette relation un écho de celle liant Eben et Jennie. Spinney, vieille demoiselle, donne l’impression de revivre ses amours anciennes, avortées bien évidemment, à travers ce couple original jusqu’à l’incrédulité. Et d’une certaine manière, Eben joue consciemment ou non avec ce regain sentimental inespéré chez Spinney, né d’une remarque, toute simple, sur ses beaux yeux.


C’est donc Spinney qui va accompagner Eben jusqu’au bout de son rêve, mais est-ce vraiment un rêve ?

Toujours est-il que cette fantaisie – dans le sens imagination ou tout autre terme s’y rapportant – va l’amener inévitablement vers Jennie et son destin déjà tout tracé (3). Cette ultime rencontre va encore être introduite par un brouillard dans lequel Eben navigue vers le phare qu’il a peint quelques années plus tôt et qui est primordial dans la vie de Jennie. Ce brouillard aveuglant est rapidement chassé par le vent pendant que le ciel gris est zébré d’éclairs verts, annonçant une séquence en technicolor pendant que le vert va continuer de s’imposer sur l’écran, où l’image répétée du tourbillon (4) qui va se développer, emportant bien sûr Eben et Jennie inévitablement, jusqu’à la fin qui voit le portrait de Jennie, enfin terminé (5).

Et en couleur !

 

 

  1. Cff. The white Sister (Henry King, 1923)
  2. « The time is out of joint » (Hamlet, acte I scène 5)
  3. Grâce au témoignage de Sœur Marie de la Miséricorde (la toujours belle Lillian Gish), témoignage de ce qu’il advint réellement de Jennie, témoignage aussi de l’amour qu’elle portait pour cette jeune fille.
  4. les nuages qui tournent et s’étirent, l’escalier du phare vue d’en haut, vue d’en bas... Cette dernière image n’est d’ailleurs pas sans rappeler le nombre d’or, élément pictural s’il en est.
  5. Il se passe tout de même quelques échanges avant le dernier plan du portrait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Jean-Paul Salomé
Les Femmes de l'ombre (Jean-Paul Salomé, 2008)

Si Jean-Paul Salomé n’avait pas spécialement convaincu avec son Belphégor (2001), ce n’est pas du tout le cas ici, où il démontre qu’il sait faire un film de guerre fort honnête, dont le titre tient tout de même du pléonasme : si elles furent nombreuses à s’engager pendant la seconde guerre mondiale, ce ne sont pas souvent elles qui sont le centre des reconstitutions de cette période (1). Et malgré les rôles prépondérants qu’elles tinrent, on ne cite pas assez les noms de ces résistantes.

 

Elles sont 5, recrutées par le SOE (2) et ont pour mission de récupérer un géologue arrêté par les allemands dans le cadre de l’opération Phoenix.

Pour cela, Louis Desfontaines (Sophie Marceau) va faire équipe avec Jeanne Faussier (Julie Depardieu), Suzy Desprée (Marie Gillain), Gaëlle Lemenech (Déborah François) et Maria Luzzato (Maya Sansa) une résistante italienne qui est en outre juive.

Ensemble, et malgré leurs différences, elles vont réussir à sauver ce géologue, mais quand cela arrive, c’est un petit peu après le premier quart du film. L’intrigue évolue donc et se transforme vers une nouvelle mission : supprimer le colonel Heindrich (Moritz Bleibtreu), officier SS qui peut faire avorter l’opération Phoenix mentionnée plus haut.

 

Ca commence (presque) comme Les 12 Salopards : Louise Desfontaines doit recruter une équipe en vue d’une opération commando. Mais alors que le film d’Aldrich traitait sur le même plan l’entraînement des hommes et leur opération, Salomé, lui, entre plus vite dans le vif du sujet, montrant l’opération de sauvetage menée de main de maître par ces 5 femmes ainsi qu’un officier français, Pierre Desfontaines (Julien Boisselier), frère de Louise (3).

De plus, c’est surtout l’après qui nous intéresse ici : comment ces femmes qui n’avaient signé que pour une mission se retrouvent acculées  à devoir en remplir une autre, sans aucune préparation.

 

Bien sûr, la mission est remplie. Mais à quel prix ? Encore une fois, la comparaison avec le film d’Aldrich me vient en tête : mais le commandant Reisman (Lee Marvin) ramené plus d’hommes de son opération commando.

Ce n’est pas vraiment révéler la fin que de le dire, une opération pareille relève plus de la mission suicide que d’autre chose : comment cinq femmes sous-entraînées peuvent-elles tenir tête à un colonel des SS dans Paris occupée ?

La réponse dans le film.

 

Jean-Paul Salomé retrouve Sophie Marceau, sept ans après Belphégor, et cette collaboration est tout de même plus fructueuse, l’actrice interprétant une Louise Desfontaines fort juste, épaulée par quatre autres femmes elles-mêmes dans le ton. Si Salomé fait la part belle à ces résistantes, il ne gomme pas certains éléments qui ne les montrent pas obligatoirement sous un beau jour : Jeanne est une prostituée qui a tué son souteneur et qui part en mission pour éviter d’être pendue (c’était comme ça, la peine de mort en Angleterre) ; quant à Suzy Desprée, elle a rompu trois ans plus tôt avec Heindrich, prenant la fuite au lieu de l’épouser.

 

Qu’importe, ces femmes remplissent leur mission sans pour autant perdre leur qualité humaine, même si certaines actions vont à l’encontre de leurs convictions : Gaëlle, la catholique pratiquante, ira à l’encontre par deux fois à des préceptes bibliques fort importants pour elle.

Et si ces cinq femmes forcent l’admiration, je ne peux m’empêcher d’avoir un faible pour Jeanne, cette prostituée en quête éventuelle de rédemption. Si Louise commande, Jeanne est celle qui a le plus le sens de l’initiative, et va beaucoup faire pour le succès de cette mission, allant jusqu’au sacrifice, inévitable dans ce genre d’opération. Et Julie Depardieu est magnifique dans ce rôle.

Quant à son devenir, on peut y distinguer une forme d’ironie très noire, comme si malgré tout ce qu’elle a pu faire, elle ne pouvait échapper à son destin initial…

 

 

PS : Jean-Paul Salomé dit s’être inspiré de Lise de Baissac, agent du SOE qui mourut en 2004 comme le dit le film à propos de Louise, mais dont le frère Claude a survécu à la guerre.

 

  1. Lire aussi Le Réseau Corneille (Jackdaws – Ken Follett, 2001), traitant une histoire assez proche de celle du film.
  2. Special Operation Executive : direction des opérations spéciales, un service britannique de soutien aux mouvements de résistance aux nazis.
  3. Encore une fois, on retrouve la tendance patriarcale à mettre un homme pour chapeauter une opération menée par des femmes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #David O. Russell, #George Clooney
Les Rois du désert (Three Kings - David O. Russell, 1999)

1991.

La (première) Guerre du Golfe est terminée. Les soldats américains célèbrent leur victoire en attendant le retour au pays.

Parmi eux, quatre hommes découvrent un plan menant au bunker où Saddam Hussein a entreposé l’or volé au Koweït : le major Archie Gates (George Clooney), Troy Barlow (Mark Wahlberg), le sergent-chef Elgin (Ice Cube) et Conrad Vig (Spike Jonze, dont c’est la première participation en tant qu’acteur dans un film).

Subrepticement, ils quittent leur base pour mettre la main sous les lingots.

Bien sûr, tout ne se passe pas comme prévu, et loin de là !

 

David O. Russell dit avoir été inspiré par Kelly’s Heroes (Brian G. Hutton & Co, 1970) et on y retrouve une similitude dans l’action : les lingots allemands sont remplacés ici par ceux du Koweït. S’ensuit alors une aventure rocambolesque où ceux qui étaient partis chercher tranquillement de l’or, pendant la période désorganisée qui suivit le cessez-le-feu (février-mars 1991).

 

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné : ce que nous allons voir n’est pas bien sérieux, les quatre soldats ressemblent plus à des pieds nickelés qu’à autre chose. Sauf que le seul facteur qu’ils ont oublié dans leur expédition, c’est le plus important : le facteur humain !

Alors pas étonnant que toute cette histoire parte en quenouille.

Mais d’un autre côté, tant mieux : ces quatre zozos ne sont pas de vrais bandits, et surtout ils sont en Irak pour sortir de leur routine professionnelle peu intéressante.

Et si les lingots restent tout de même l’enjeu premier de leur expédition, les complications leur vaudront une rétribution qui elle, n’a pas de prix.

 

En effet, alors que tout est OK et qu’ils vont pouvoir repartir avec l’intégralité du butin, ils prennent conscience de ce que la fin de la guerre signifie, surtout que Saddam Hussein n’a pas (encore) été chassé du pouvoir, et que les « rebelles » qui soutenaient la Coalition vont être tout simplement massacrés une fois les troupes rentrées chez elles.

Alors ce qui n’était qu’une simple expédition de pillage devient une opération de sauvetage aux conséquences qui sont loin d’être anodines : rupture du cessez-le-feu et convoi de réfugiés à la frontière iranienne ne font absolument pas partie de la feuille de route de l’armée américaine (ni des autres armées de la coalition d’ailleurs).

 

Et progressivement, le sérieux va prendre la place du comique, sans toutefois en laisser un peu, le soldat Vig étant un numéro bien particulier.

Et ça marche. On se réjouit autant du changement d’attitude de ces quatre hommes qui voient pourtant leur magot fondre comme neige au soleil, tandis que leur engagement se précise de plus en plus jusqu’à mettre en péril les opérations officielles (négociations, tractations, etc.) pour ce qui n’est rien d’autre qu’une entreprise criminelle, de haut vol certes, mais tout de même criminelle.

 

Bien sûr, cette histoire est improbable. Mais tout d’abord, je vous rappelle qu’on est au cinéma, et puis si ion a envie de croire à cette belle expédition. Surtout quand on sait que finalement, l’opération Tempête du Désert n’a pas fait beaucoup évoluer les choses : Saddam a continué de diriger son pays d’une main de fer, profitant de la fin des conflits pour régler quelques affaires intérieurs en massacrant les Kurdes et les Chiites qui s’étaient rebellés.

 

Bref, un film de guerre particulier, mêlant humour et émotion, avec tout de même quelques piques contre cette intervention de type Guerre Mondiale qui ne changea pas grand-chose en vérité.

 

PS : le titre original Trois Rois vient d’une chanson interprétée par l’un des quatre, et représente aussi la réalité finale de l’intrigue. Je vous laisse donc découvrir qui n’ira pas jusqu’au bout...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Geoffrey Wright, #Société
Romper Stomper (Geoffrey Wright, 1992)

Melbourne, 199…

Un groupe de skinheads, dirigés par Hando (Russell Crowe) n’accepte pas les Asiatiques qui se sont installés dans leur voisinage et les battent comme plâtre à chaque confrontation.

Mais un jour, ces mêmes asiatiques se retournent contre eux, les obligeant à fuir.

 

Une jeunesse australienne. Certes, ce n’est pas la plus répandue, mais on sait tous très bien qu’elle existe. Et pas seulement en Australie. 25 ans avant Imperium, Geoffrey Wright nous livre une intrigue sans concession (voire ambiguë ?) sur le milieu ultra-violent des skinheads. Mais alors qu’Imperium s’attache à montrer le processus idéologique de ces jeunes personnes, ici l’idéologie est des plus sommaires : ce ne sont rien d’autres que des suprémacistes blancs dont le livre de chevet n’est rien moins que Mein Kampf de vous-savez-qui.

 

C’est donc un film particulier que celui-ci : d’un côté, Wright décrit une certaine jeunesse qu’on peut très bien retrouver ailleurs qu’en Australie ; de l’autre, on ne peut ignorer que ce film fait partie de ceux que préférait l’assassin de l’église de Charleston (Caroline du Sud) en 2015.

Mais on ne peut incriminer Wright pour ce terrible fait divers. Tout comme on ne pouvait rendre Kubrick responsable de certains excès de violence après la sortie d’Orange mécanique.

De plus, le film de Kubrick avait la musique comme décor, rythmant cette même violence dans ces mêmes excès.

Ici, la musique de fond est fort différence puisqu’on y entend plutôt du punk rock que du classique (1). De plus, certains angles de prises de vue sont inhabituelles et rajoutent dans le caractère extrême de ces affrontements, alternant plans d’ensemble et caméra subjective pendant la course-poursuite à travers les allées de briques donnant au spectateur l’impression de vivre cette poursuite.

 

Surtout, il s’agit ici du film qui révéla Russell Crowe à Curtis Hanson qui l’engagea pour tourner dans L.A. Confidential : pas étonnant alors qu’on l’y voie dans un rôle violent.

Mais au-delà de la violence, c’est une prestation impressionnante que nous livre ici Crowe, dont le crâne rasé donne une plus grande dimension à son personnage, le faisant aisément passer pour un enragé, ce qu’il est certes, mais pas toujours aussi directement.

Il alterne les périodes de grande violence à d’autres de grand calme qui peut parfois autant inquiéter.

 

Et si Hando est ce qu’il est, c’est aussi du fait de la présence de Davey (Daniel Pollock). Davey est son second, son meilleur ami, son frère. Mais on sent chez ce frère un ras-le-bol qui monte à mesure que son groupe se réduit. Pire, l’arrivée de Gabrielle « Gabe » (Jacqueline McKenzie), va accentuer la différence entre les deux jeunes garçons. Dès le premier regard, on sait que Davey est amoureux de Gabe. Mais la prépondérance de Hando sur Davey le relègue à tenir la chandelle pendant qu’il souffre de les voir ensemble.

 

Et bien sûr, à un moment, Davey et Hando devront se séparer, l’un ne pouvant plus vivre avec l’autre. Et Gabe est le catalyseur de cette séparation, rendue d’autant plus facilement que le gang de Hando fond comme neige au soleil.

Cette séparation est la seule résolution possible de l’intrigue et Wright – qui a aussi élaboré le scénario (2) – conclut sur une note ironique que je vous laisse découvrir.

Ou pas.

 

PS : Malheureusement pour nous, Daniel Pollock qui campe un Davey des plus réalistes lui aussi, s’est suicidé quelques mois avant la sortie du film en se jetant sous un train.

 

  1. Il y a tout de même quelques instants classiques.
  2. Certains événements sont inspirés de fait réels, recueillis par Wright auprès d’un ex-chef skinhead en prison pour meurtre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Curtis Hanson, #Danny DeVito
L.A. Confidential (Curtis Hanson, 1997)

Los Angeles (comme le dit le titre), années 1950s…

Alors qu’Hollywood vit son âge d’or, le LAPD (1) n’est pas au mieux : suite à une bavure, plusieurs flics sont mis à pieds – Bud White, officier plutôt impulsif – et certains même mis dehors – Dick Stensland (Graham Beckel) – suite au témoignage d’un jeune loup aux dents longues – Ed Exley (Guy Pearce) – dont le père lui aussi policier a été tué en service par un meurtrier inconnu.

Alors quand le même Stensland est retrouvé mort parmi les victimes d’un massacre dans un snack-bar, les policiers sont sur les dents. Mais cette tuerie cache d’autres enjeux que White et Exley vont tenter de découvrir, chacun de leur côté.

 

Il s’agit du troisième volet de la tétralogie de James Ellroy à propos de la police de Los Angeles. Comme dans le roman, nous sommes en plein dans les années d’après-guerre. Et Curtis Hanson recrée avec bonheur l’ambiance de ces années-là, mêlant avec habileté la police et la machine cinématographique, dont Jack Vincennes (Kevin Spacey) est le lien.

Ajoutez à cela le personnage de Sid Hudgens (Danny de Vito), journaliste de presse à scandale, et vous avez un film où policiers (et donc truands) cinéma et presse de caniveau ne font pas si mauvais ménage que cela.

 

En outre, nous avons une distribution des plus prestigieuses (évidemment) – même si à l’époque Russell Crowe est encore novice à Hollywood (2) – qui assure une interprétation solide, donnant au film un cachet d’authenticité indéniable.

On retrouve aussi – tout comme dans le roman d’Ellroy – le cachet de l’époque, voire les éléments de film noir qu’on pouvait trouver dans le cinéma de cette même époque. La grande différence étant que le code Hays n’était plus en action : les fusillades y sont donc beaucoup plus réalistes, et surtout, on ne lésine pas sur l’hémoglobine. Ce qui est tout à fait normal, une mort par balle(s) entraîne un certain débit de sang de la part de la victime.

Mais ne nous y trompons pas, si cadavres sanglants il y a, ce n’est pas, nous restons dans une mesure acceptable, mais surtout c’est en relation directe avec l’intrigue, subtilement élaborée par Hanson et Brian Helgeland.

 

C’est un film de haut niveau où même les seconds rôles sont interprétés avec brio, dépoussiérant un peu les films noirs de la même période. De plus, Kevin Spacey y joue un personnage ambigu mais dont on se méfie suite aux quelques rôles marquants qu’il a pu interpréter auparavant (The Usual Suspects ou encore Se7en). Malgré certaines craintes, les deux Australiens (Crowe & Pearce) s’adaptent parfaitement dans ces rôles de flics américains, soutenus par quelques « vétérans » (James Cromwell, Kim Basinger…) eux aussi au niveau.

 

Il n’est donc pas étonnant que ce film a été sélectionné par le National Film Registry pour être conservé dans la Bibliothèque du Congrès en 2015 : la maîtrise cinématographique, le jeu des actrices et acteurs ainsi que la reconstitution d’une époque en font un film incontournable.

De plus, ce film manie avec bonheur quelques éléments ironiques voire comiques : la narration de Sid Hudgens alors qu’il écrit ses articles donnent un certain recul alors que nous assistons à des morts très violentes ; et en prime, un épisode avec Lana Turner (Brenda Bakke) assez savoureux, rappelant en même temps ses amitiés particulières de cette période…

 

Un film à REvoir (3) avec toujours le même plaisir.

 

 

  1. Los Angeles Police Department.
  2. Cela fait moins de 2 ans qu’il tourne aux Etats-Unis, ayant quitté son Australie natale.
  3. Oh oui !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roland West, #Lon Chaney
Le Monstre (The Monster - Roland West, 1925)

Le Monstre ou encore Le Docteur X (comme il fut nommé à sa sortie en France) est un film fantastique dont l’argument de vente était « Lon Chaney, l’homme aux 1000 visages ».

Et chose étonnante, ici il garde son visage inchangé, ne serait-ce que les cheveux gris (et les sourcils). On peut dire qu’il jouait avec son vrai visage, ce qui ne l’empêchait pas de se faire une figure menaçante voire effrayante, comme il nous l’avait montré dans The Penalty quelques années plus tôt.

 

Mais reprenons. A Danburg, (très) petite ville américaine, il ne se passe pas grand-chose : la dernière fois c’est quand le laitier est partie avec la femme du bootlegger (1). Alors quand la voiture de Bowman est retrouvée sur le bas-côté, accidentée et surtout sans conducteur.

Au loin se dresse l’inquiétante maison de santé du docteur Edwards (Herbert Prior) (2), inhabitée depuis quelques mois. Or, les fenêtres y sont éclairées la nuit.

Y a-t-il un lien entre ces disparitions et cet établissement ?

 

Bien sûr qu’il y en a un. Et un bien effrayant : il est alors géré par le docteur Ziska (Lon Chaney), entouré de trois sbires eux aussi très inquiétants : Rigo (Frank Austin), au visage tourmenté et à la cape noire ; Caliban (Walter James), un colosse muet qui obéit au doigt et à l’œil à Ziska ; et Dan (Knute Erickson), juste Dan.

Opposés à ces inquiétants personnages, on trouve Johnny Goodlittle (Johnny Arthur) un jeune coursier apprenti-détective et son rival Amos Rugg (Hallam Cooley), lui aussi coursier mais un échelon au-dessus. Le but de leur rivalité : comme d’habitude, une femme, la belle Betty Watson (Gertrude Olmstead).

Et comme de bien entendu (air connu), ce trio va se retrouver prisonnier du dangereux Ziska et de ses complices.

 

Roland West réalise ici ce qu’on peut considérer comme un film d’horreur, bien que Lon Chaney n’y utilise aucun véritable maquillage. On a eu tendance d’ailleurs à enfermer le grand Lon dans la catégorie horreur et épouvante. Et justement, ici, il peut faire peur sans toutefois utiliser autre chose que son corps, et en particulier son visage.

Mais The Monster n’est pas complètement un film d’épouvante : une bonne dose d’humour contrebalance les effets de terreur, faisant dire au spectateur que décidément, ce n’est pas bien sérieux tout ça.

 

C’est vrai, ce n’est pas bien sérieux, même si les différentes actions entreprises par le quatuor ne sont pas anodines, avec surtout le but ultime de Ziska qui donne son titre au film.

Et si nous n’avions pas autant d’occasions de sourire (ou rire, ça dépend des gens), il possède tous les éléments pour faire un magnifique méchant : son attitude guindée, accentuée par la présence d’un long fume-cigarette n’est pas là pour rassurer notre trio de visiteurs (malgré eux). De plus, outre son visage menaçant, il possède son fameux sourire qui peut séduire ses proies, alors que les spectateurs habitués de l’acteur y voient une nouvelle menace.

 

Bref, tout le monde s’amuse, et l’intrigue se résout avec un sauvetage de dernière minute, et la jeune femme choisira celui qui est le plus valeureux.

Ce n’est pas un grand film ? Non, je suis d’accord. Mais le plaisir de voir évoluer ce vrai monstre – sacré, cela va de soi – en la personne de Lon Chaney, vaut toutes les raisons du monde.

 

  1. Trafiquant d’alcool (nous sommes en pleine Prohibition).
  2. Un docteur Edwards qui dirige un hôpital psychiatrique, Tiens, tiens, tiens…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Enrico Guazzoni
Quo vadis (Enrico Guazzoni, 1913)

 

Et puis il y a eu Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914).
Pourtant, un an avant, il y a eu Quo Vadis. Enrico Guazzoni signe ici la deuxième adaptation du roman de Henryk Sienkiewicz, qui raconte une genèse du christianisme, vu à travers le Romain Marcus Vinicius (Amleto Novelli), ami de Pétrone (Gustavo Serena) et amoureux de la belle Lygia (Lena Giunchi), sous le règne de Néron (Carlo Cattaneo).


Autant le dire tout de suite, nous sommes loin du faste et des couleurs du film de Mervyn LeRoy, mais on ne peut pas douter que ce dernier l’a vu. On y trouve d’ailleurs des scènes que LeRoy reprendra presque quarante ans plus tard.

Par contre, le jeu des acteurs n’est pas des plus fluides, et on sent vraiment l’influence du théâtre, où les différents acteurs sont un peu trop statiques comme s’ils étaient paralysés par l’espace à leur disposition.

A mon avis, le pire dans cet exercice, c’est pourtant celui qui interprète Vinicius, qui a du mal à être naturel et répète à l’envi le même geste, tendant la main droite ouverte ou fermée sauf l’index. Ca lasse parfois.

 

En ce qui concerne l’intrigue, on y retrouve les mêmes péripéties que dans l’autre, avec moins de détails, essentiellement à cause du format : 2 heures seulement contre 51 minutes de plus en 1951.

Mais malgré cela, le film de Guazzoni est très honnête et surtout nous propose une belle reconstitution – sinon historiquement exacte, du moins spectaculaire – avec un incendie de Rome qui vaut à lui seul de regarder ce film. On y retrouve les flammes, la destruction ainsi que la panique avec notre Vinicius qui s’effondre de fatigue, mais surtout intoxiqué par les fumées.

 

Quant au martyre des chrétiens, on a droit aux lions, aux torches humaines ainsi qu’à Ursus (Bruto – nom prédisposé – Capellani) sauvant Lygia du taureau. Mais comme nous sommes dans l’arène, Guazzoni en profite pour ajouter deux attractions : une course de chars où le vainqueur gagne une véritable palme (entre 1 mètre 50 et 2 mètres de long) ; des combats de gladiateurs qui laisseront des traces foncées sur le sable de l’arène.

A propos des lions, Guazzoni n’a pas montré les attaques des fauves – un peu trop sanguinolent, mais surtout dangereux pour les figurants – mais leur restauration au milieu de vêtements tachés et aussi d’une tête chevelue (fausse, évidemment).

 

Parmi la distribution, on notera le beau jeu de Serena, qui campe un Pétrone comme il faut, ami déchu du despote, que Carlo Attaneo interprète là encore avec justesse.
On notera aussi que les canons de la beauté en 1913 en Italie (et aussi un peu ailleurs) vont être chamboulés par Hollywood, Pétrone (à moins que ce soit Néron) faisant remarquer à Marcus que Lygia n’entre pas dans ces standards. Poppée (Olga Brandini) belle matrone aux formes très généreuses, en tant que première dame de l’Empire respectant ces mêmes canons.

 

Certes Quo vadis n’atteint pas le niveau de Cabiria, mais il n’en demeure pas moins une œuvre majeure dans cette Italie qui, avant la première Guerre Mondiale, était au même niveau que les autres grands pays de cinéma. Cette guerre, ainsi que les superproductions américaines qui vont suivre, vont reléguer bien loin la production italienne à la fin du conflit.

 

A voir, donc, histoire de se rendre compte de ce qu’il était possible de faire en Italie avant. Bien avant.

 

PS : un détail. On a droit à une surimpression (merci monsieur Méliès) qui voit Jésus apparaître à Pierre et Nazaire.

 

PPS : Les spectateurs (masculins) ont peut-être été déçus lors du combat entre Ursus et le buffle : l'affiche promettait une jeune fille dénudée attachée à l'animal. 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Stuart Millar, #John Wayne
Une Bible et un fusil (Rooster Cogburn - Stuart Millar, 1975)

« Une bible et un fusil » font bien sûr référence à l’histoire des Etats-Unis, ces deux attributs ayant permis de conquérir le territoire et surtout de civiliser ses autochtones : la conversion ou la mort étant parfois les seules alternatives laissées aux Indiens.

Mais dans le cas de ce film, Rooster Cogburn – qui est le titre en VO en référence à son marshal borgne (John Wayne) – hérite d’une bible et d’un fusil en la personne de Eula Goodnight (Katharine Hepburn), fille du révérend Goodnight (John Lomer) abattu par les hommes qu’il poursuit, et en particulier leur chef Hawk (Richard Jordan), méchant estampillé.

 

Si on peut parler de crépusculaire, ce n’est pas pour qualifier ce western – qui reste à mon humble avis très traditionnel – c’est surtout en ce qui concerne John Wayne qui interprète ici son avant-dernier rôle, retrouvant son personnage de True Grit (Henry Hathaway, 1969).

Mais tout l’intérêt du film, cette fois-ci, c’est l’opposition entre Rooster et Eula, deux fortes personnalités d’un âge avancé (1), aux mœurs bien entendu antithétiques, mais qui vont se découvrir et s’apprivoiser.

Si John Wayne retrouve un personnage familier, il en va de même de Katharine Hepburn car Eula Goodnight n’est pas sans rappeler Rose Sayer dans The African Queen presque 25 ans plus tôt.

La similitude de leur activité – la Mission – aidant à ce rapprochement, et l’homme avec qui elle se trouvent confrontées – Charlie Allnut (Humphrey Bogart) et Cogburn Rooster – sont tous les deux revenus des femmes. Ici s’arrête la parallèle, l’enjeu étant très différent.

 

Autre élément qui rappelle l’âge de Wayne, c’est ce que lui reproche le juge Parker (John McIntire), c’est que l’Ouest a changé, mais pas lui. Mais ce reproche s’adresse bel et bien à Rooster et non plus aux autres personnages que Wayne a pu interpréter.

Rooster est très différent des autres parce qu’il n’a plus le même raisonnement par rapport aux Indiens qu’il a pu beaucoup tuer autrefois avec ou sans John Ford : Rooster est rentré dans le rang après la défaite du Sud (1865) et travaille maintenant pour le gouvernement yankee. Rooster est au final devenu un peu humaniste, même si ses pratiques elles, sont toujours les mêmes : la première séquence le voit abattre 3 hommes. C’est essentiellement ça que lui reproche Parker : nous sommes en 1880, et l’Ouest sauvage n’est plus (2), et la justice sommaire  basée sur la vengeance ou le Talion a fait long feu.

 

Quoi qu’il en soit, nous assistons ici à une rencontre de deux géants du cinéma : Hepburn et Wayne (3), dans des rôles forts et complémentaires.

Bien sûr, Eula est la plus forte : non seulement elle a réponse à tout – pas toujours en évoquant quelque référence biblique – et en plus, elle sait tirer, et surtout juste!

 

Ce qui commence par un affrontement abrupt avec deux caractères bien trempés ainsi qu’un mode de vie fort différent, sans parler de leurs origines (elle est du Nord, lui du Sud). Mais comme je le disais plus haut, le temps et la vie commune vont les rapprocher, ce qui est logique parce qu’ils ne sont pas si différents l’un et l’autre : elle compte sur sa bible et un petit peu sur son fusil pour se sortir des situations dangereuses ; lui, c’est le contraire, son fusil d’abord, et à la grâce de Dieu ensuite.

 

Ce rapprochement programmé va donner lieu à de très belles envolées quand leur destin se scelle et qu’ils savent que ce qui les attend peut être très dangereux voire mortel. On assiste alors à deux répliques qui ont tout de la déclaration d’amour. Bien sûr, leur orgueil – et leur âge ? – les empêche de s’embrasser, mais on sent tout de même qu’il passe entre eux quelque chose qui va tout de même au-delà de la sympathie voire de l’amitié.

 

Mais il en va de Cogburn Rooster comme de n’importe quel autre cowboy solitaire : à la fin, ils se retrouvent seuls. Mais cette fois-ci, c’est elle, qui part vers l’horizon.

 

  1. Quand le film sort, Wayne a 68 ans et Hepburn « seulement » 66…
  2. Nous sommes après L’Homme qui tua Liberty Valance.
  3. C’est d’ailleurs la seule fois qu’ils ont partagé la vedette.

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