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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Barry Levinson, #Robert Redford, #Robert Duvall
Le Meilleur (The Natural - Barry Levinson, 1984)

Le Meilleur fait partie de ces films sympathiques où on oscille entre la reconstitution sportive et historique.
Barry Levinson adapte le roman de Bernard Malamud, qui raconte le destin d’un joueur de baseball hors du commun : The Natural (1).

D’une manière générale, le scénario de Roger Towne  et Phil Dusenberry s’appuie sur le Roy Hobbs du roman ainsi que sur d’autres joueurs dont Joe Jackson et d’autres joueurs des White Sox (Chicago) impliqué dans un scandale : ils perdaient délibérément, comme il sera demandé à Roy de faire.

 

Roy Hobbs (Robert Redford) part New York pour jouer avec les Knights, l’équipe de baseball de la ville. Dans le train qui l’emmène, il se souvient comment il en est arrivé là : comment son père l’a préparé à devenir le meilleur en entretenant son don ; comment il fabriqua sa batte dans le tronc de l’arbre foudroyé devant chez lui ; comment il est parti un jour, après avoir revu une dernière fois sa fiancée Iris (Glenn Close) ; comment il rencontra Harriet Bird (Barbara Hershey) qui lui tira une balle dans le ventre.

Quand Roy arrive à New York, 16 ans ont passé. Ce sont tout de même ses débuts, inoubliables, à plus d’un point.

 

Bien sûr, la présence de Robert Redford est l’une des raisons du succès public du film. Il en va de même du thème, le baseball étant un sport très populaire aux Etats-Unis. Il n’empêche que ce film est agréable à regarder, mêlant subtilement le sport et les affaires : le juge (Robert Prosky), Gus le bookmaker (Darren McGavin), et Max Mercy (Robert Duvall), un journaliste sportif des plus louches tentent de faire perdre l’équipe par tous les moyens, même les plus sournois.

 

Bien évidemment, on retrouve dans ce film la vision américaine autour de la réussite et de l’échec et surtout du dépassement de soi, personnifié par ce chevalier (2) des temps modernes.

Mais cette idée de chevalier est loin d’être superficielle. En effet, et Malamud a écrit son roman ainsi, Hobbs n’est rien d’autre qu’un jeune chevalier innocent et pur (il débute) et court vers son graal : le championnat national.

 

Et comme nous sommes dans une quête un tantinet mystique, nous y trouvons les éléments en rapport avec elle : des périodes de découragement (quand l’équipe ne réussit rien) ; des moments d’euphorie, mais surtout de longs affrontements (les matches durent en moyenne entre 3 et 4 heures) qui pavent la route vers la victoire finale. Avec en prime un ange gardien : Iris, debout au milieu de la tribune et qui regarde son ancien fiancé réussir. L’éclairage de cet événement est d’ailleurs de toute beauté, la tenue claire portée par Glenn Close donne une impression de scintillement dû au soleil couchant pendant la prise.

 

Beine entendu, Hobbs est non seulement un homme doué, mais il est pur, tout comme Perceval, et ne tombera pas dans les pièges tendus par le trio qui veut sa perte. Et parmi ce trio, si le juge est une immonde crapule, on n’en préfèrera tout de même les deux autre éléments : Gus, en bookmaker borgne, pour qui l’argent est une seconde nature ; et surtout Robert Duvall, dans un rôle tout en nuances de gris, pataugeant entre les eaux claires de Hobbs et la fange marécageuse du juge.

 

Je le dis encore, ce film, s’il ne révolutionne pas le cinéma, reste toujours plaisant à regarder, de par son scénario et la symbolique qui va derrière (3), mais surtout pour des interprètes de haut niveau, Robert Redford, malgré ses 48 ans quand le film sort, réussit à nous faire croire qu’il en a 15 de moins… Et même encore moins !

 

 

  1. Traduit par « le meilleur », le titre implique une compétence innée (naturelle, donc) dans ce sport pour le personnage principal, qui donne raison à cette traduction approximative.
  2. Knight = chevalier
  3. On y trouve aussi une explication mythologique et grecque, Homère étant par ailleurs cité dans le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Spike Lee
Inside Man (Spike Lee, 2006)

Tout commence dans une cellule, où se trouve Dalton Russell (Clive Owen), nous expliquant Qu’il vient de réaliser un hold-up parfait.

Dès lors, les 120 minutes (environ) qui suivent vont nous montrer comment tout cela s’est passé, et comment, puisqu’il a réalisé le hold-up parfait, il peut se retrouver dans une cellule.

 

Spike Lee ajoute une nouvelle corde à son arc, s’attaquant au film de braqueurs de banque. Il faut avouer que le challenge est élevé, Steven Soderbergh ayant placé la barre très haut avec sa trilogie Ocean’s 11, 12 et 13. Mais Spike Lee parvient tout de même à nous intéresser voire à nous mystifier – c’est toujours comme ça que ça se passe, avec un braquage à l’allure ordinaire mais dont la résolution n’est pas évidente à imaginer.

 

Pourtant, la première intervention de Dalton est primordiale : non seulement il nous annonce son coup de maître, mais en plus, il nous donne des indices pour résoudre l’intrigue. Seulement nous, spectateurs, découvrons et ne faisons pas trop attention à ce qu’il dit. Heureusement, si Dalton n’aime pas se répéter, Spike Lee nous rappelle sa première intervention et nous découvrons (plus ou moins) ébahis ce qu’il s’est vraiment passé pendant ce braquage peu ordinaire.

 

Dès lors, le braquage peut commencer : une équipe de peintres en bâtiment (1) entre dans une banque prestigieuse de Manhattan, et après avoir aveuglé les caméras, les braqueurs prennent en otage les clients et les employés.

Commence alors une partie d’échec entre les peintres et la police, par l’intermédiaire du négociateur Frazier (Denzel Washington) et son coéquipier Mitchell (Chiwetell Ejiofor). A cette parie s’ajoute le policier du secteur, John Darius (Willem Dafoe).

Parallèlement (?), le directeur de la banque, Arthur Case (Christopher Plummer) s’inquiète du contenu d’un des coffres-forts – qui comme par hasard n’apparaît pas sur les liste de la banque – fait intervenir dans les négociations une jeune femme spécialiste des tractations : Madeleine White (Jodie Foster), avec la bénédiction du maire (Peter Kybart).

Bien sûr, le coffre-fort secret est l’enjeu du braquage, mais pour différentes raisons selon les points de vue.

 

C’est un braquage magistral qui nous est présenté avec une intrigue des plus solides et une narration qui mêle les différents temps : le présent et le passé se mêlent étroitement jusqu’à la résolution qui nous ramène finalement dans le présent.

Nous donc suivons le déroulement du casse, la passé de Dalton & les autres, comment tout se met en place puis les différentes négociations entre les braqueurs et les négociateurs : officiels (Frazier & Mitchell) ; et officieuse (White).

A ces différentes opérations s’intercalent des séquences de débriefing entre les deux policiers et les différents otages relâchés par les braqueurs. Ces séquences sont tournées avec des saturations lumineuses, accentuant les noirs et les blancs de l’image, bien distinctes du reste. Si le braquage appartient au passé, ces séquences seraient alors au futur antérieur : le braquage est bel et bien fini quand tous les acteurs fortuits (les otages) sont interrogés.

 

Bref, un film de braquage très habile, avec une distribution prestigieuse et surtout solide, et un scénario des plus inventifs.

Pourquoi bouder son plaisir.

 

 

PS : Bien sûr, la résolution finale nous explique qui est cet homme de l’intérieur dont nous parle le titre.

 

(1) Le slogan de cette entreprise est dans la droite lignée de ce qu’il va se passer : « nous ne partons qu’une fois le boulot terminé ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Steven Spielberg, #Audrey Hepburn
Always (Steven Spielberg, 1989)

Situé entre Indiana Jones et la dernière Croisade et Hook, Always permet à Spielberg de faire une pose entre deux grands films d’action, adaptant le scénario du grand Dalton Trumbo A guy named Joe, trente-six ans après Victor Fleming, déplaçant l’intrigue de la seconde Guerre Mondiale à l’Amérique de 1989, dans un aérodrome pour canadairs. Et c’est Richard Dreyfuss, dont c’est la troisième et dernière collaboration avec Spielberg, qui reprend le rôle de Spencer Tracy.

 

Pete Sandich (Richard Dreyfuss) est donc un pilote casse-cou, amoureux de la belle Dorinda (Holly Hunter), et qui éteint les incendies avec son ami Al Yackey (John « Walter S. » Goodman). Un jour, en sauvant la vie de ce dernier, il perd la sienne dans l’explosion de son avion.

Quand il se réveille, le temps a passé, et Hap (Audrey Hepburn) lui explique qu’il est mort mais qu’il peut encore aider les autres, une dernière fois.

 

Bien sûr, Spielberg joue sur du velours avec cette histoire ô combien sentimentale, dont l’extinction des incendies est un décor assez apocalyptique pour remplacer la guerre de Joe (voir ci-dessus). Et le trio Pete-Dorinda-Ted fonctionne à merveille. Parce que Ted est là (1).

Ted (Brad Johnson), c’est celui qui est là au moment où Pete va s’en aller, et c’est aussi lui qui va le remplacer dans les airs comme sur terre auprès de Dorinda.

Bien sûr, ce remplacement n’est pas du tout du goût de Pete qui n’a pas encore réalisé que c’était fini pour lui.

 

On retrouve dans Pete quelques traits habituels des films de Spielberg. Si l’intrigue est une histoire d’adultes, on ne peut ignorer un côté enfantin chez Pete qui se traduit par une bonne dose d’égoïsme, surtout quand il voit que Dorinda n’est pas insensible au charme de Ted. Ce serait plus un adolescent qu’en enfant, d’ailleurs, ses actes allant dans ce sens.

En effet, à aucun moment il ne s’engage réellement : certes, il promet à Dorinda de l’emmener dans le Colorado pour former de jeunes pilotes de canadairs, mais comme il meurt avant, rien ne se fera. De plus, à aucun moment elle ne l’entend dire qu’il l’aime, ces trois mots qu’elle le supplie de dire (« I love you ») restent dans son cœur. Et quand enfin il les prononce, le bruit des moteurs les couvre et il part définitivement (ou presque) sans les lui avoir dits.

 

Si Hap est une entité particulière, mi-déesse mi-ange, à aucun moment on n’a de précision sur sa nature. Son côté divin ne fait peu de doute toutefois, mais on reste dans un cadre plutôt œcuménique. Par contre, on ne peut nier l’importance de la sempiternelle rédemption chère au cinéma américain : Pete doit libérer Dorinda de son amour pour gagner définitivement son salut. Alors évidemment, c’est une décision difficile. Mais, et c’est le sens de la rédemption, plus on donne et plus on reçoit. Une sorte d’étape ultime de l’amour.

 

Voici enfin une bonne raison de voir ce film : la présence, pour la dernière fois à l’écran, de la grande Audrey Hepburn. Toujours aussi belle, malgré le temps qui passe…

 

  1. Professeur Allen John, moi aussi je pense à l’astuce répétée de nombreuses fois à propos de la présence ou non d’un homonyme, sur les marches de l’université. Les autres m’excuseront pour cette petite private joke

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Oury, #Louis de Funès
Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973)

Nous sommes à la fin des « trente glorieuses » - qui nous apparaissent aujourd’hui comme pas si glorieuses que ça.

La France est de plain pied dans les années 1970s, dans le tout-voiture, en pleine ère pompidolienne.

Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme disait Pangloss.

Sauf que le premier choc pétrolier va laisser des traces indélébiles, repassé »es quelques années plus tard pour la seconde couche (1980), et depuis, nous sommes dans une crise financière et politique qui n’a pas fini de nous mener où nous ne le voulions pas : le pire des mondes possibles, voire plus de monde du tout.

Mais quand sort le film de Gérard Oury, on est à des lieues de ce scénario –catastrophe qui s’affine au fil des jours  plus de 45 ans après.

 

Victor Pivert (Louis de Funès) est Victor Pivert, un patron autocratique d’une entreprise qui rentre d’un voyage d’affaires en Normandie. Mais au lieu de laisser le volant à Salomon Schmoll (Henry Guybet) qui est tout de même son chauffeur, c’est lui qui conduit – très mal – frôlant à chaque fois l’accident. Croisant un mariage « mixte » comme on les appelait alors, il s’insurge du fait qu’une jeune femme noire épouse un jeune homme blanc : Victor Pivert n’’estt rien d’autre qu’un affreux raciste, mâtiné de xénophobie. Et comme si cela ne suffisait pas pour lui, il apprend que son chauffeur est juif.

Dans le même temps, Mohamed Larbi Slimane (Claude Giraud et sa belle voix) est enlevé en plein Paris par les hommes du colonel Farès (Renzo Montagnani), bras armé d’une dictature d’Afrique arabophone.

Les deux hommes que tout écarte vont alors se rencontrer après un épisode mémorable dans une usine de chewing-gum, et surtout vont de voir collaborer pour rester en vie.

 

Bien sûr cette intrigue est improbable, mais on doit tout d’abord reconnaître qu’elle se base sur certains faits qui étaient l’actualité plus ou moins proche pour les spectateurs de cette seconde moitié d’octobre 1973 (le film est sorti le 18) : El Mehdi Ben Barka, tout comme Slimane, est enlevé dans Paris (en 1965), mais son sort sera plus funeste puisqu’on ne le retrouvera jamais ; et du 6 au 22 octobre de cette même année, a lieu la guerre du Kippour. Pour Gérard Oury et Danièle Thompson (sa fille) et les autres membres de la communauté juive, les souvenirs des athlètes israéliens tués à Munich sont encore très frais dans les mémoires.

C’est pourquoi pour une fois, Gérard Oury va faire un film militant, à mon avis son meilleur et de loin.

 

En effet, partant d’un type détestable pour sa xénophobie teintée d’antisémitisme, il construit une comédie cinématographique de très haut niveau, jouant avec bonheur sur les stéréotypes plus ou moins racistes, et utilisant les différents ressorts du comique au cinéma : du mime aux dialogues ciselés (« C’était Farès ? C’est effarant ») – comme on dit – en passant par les différents genres du comique classique, avec bien entendu l’inévitable tarte à la crème, ici remplacée par un cheese-cake.

Et Rabbi Jacob ? Et bien il est interprété par l’un des plus grands Juifs du cinéma français : l’immense Marcel Dalio. Certes sont rôle est donne son titre au film, mais son rôle est tout de même moins important.

 

Surtout, dans ce film, il y a un message – naïf peut-être – optimiste en ce qui concerne l’humanité, puisqu’on y voit un Juif – Salomon – et un Musulman s’y serrer la main en parlant d’un cousinage éloigné, mais alors que la guerre continuait au Proche-Orient (pendant encore 4 jours à la sortie du film), que les agressions antisémites se poursuivaient (et se poursuivent toujours d’ailleurs, hélas), un film comme Rabbi Jacob ne pouvait que faire du bien aux spectateurs, amenant à coups d’humour – juif, cela va de soi mais pas que – des sentiments judéophiles, mais surtout balayait d’un revers de manche le racisme, à coup de stéréotypes cela va de soi, le temps d’un film, voire plus.

 

Bien sûr, on retrouve dans ce film la crème – ou presque – des seconds rôles du cinéma français de l’époque (1), de Georges Adet (le vieux Lévi) à Dominique Zardi (le cuisinier de L’Etoile de Kiev), ainsi que quelques figures marquantes de l’époque : Claude Piéplu, André Falcon, Michel Robin, Popeck, Miou-Miou ou encore Olivier Lejeune.

Une mention spéciale aussi pour la deuxième doyenne (2)  – actuelle – du cinéma français : Suzy « son petit tralala » Delair (101 ans).

 

Bien sûr, le film fonctionne aussi grâce aux différents acteurs, menés tambour battant par un Louis de Funès au meilleur de sa forme, démontrant son énorme potentiel comique incluant grimaces (inévitables bien sûr), bruitages, sans oublier ses deux plongeons dans la cuve de chewing-gum visqueux, moment inoubliable du film ; sans oublier la danse exécutée avec brio en plein quartier juif de Paris, autre point culminant du film.


Un film inoubliable, indispensable, au succès peut-être moins grand que La grande Vadrouille, mais dont le rayonnement va au-delà, restant à ce jour toujours d’actualité, même si il reste marqué par l’époque : c’est tout à fait normal, n’importe quel film est un reflet plus ou moins marqué de la société dans lequel il est tourné.

 

PS : J’oubliais (encore). La musique de Wladimir Cosma, elle aussi – pourtant – inoubliable...

 

  1. Il manque tout de même le figurant : Lionel Vitrant.
  2. La première est Renée Simonot qui aura 108 ans le 10 septembre prochain.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Watts, #Marvel
Spider-Man: Far from Home (Jon Watts, 2019)

Deux ans et quelques intrigues résolues plus tard, revoici l’Homme-Araignée pour ce qui ressemble à la deuxième partie d’une trilogie, comme avant lui nous avions eu avec Iron Man, Thor et Captain America, les grandes stars de chez Marvel.

La suite est inévitable, l’avant-dernière séquence (1) ne laisse aucun doute là-dessus.

De plus, alors que Michael Keaton nous offrait un méchant intéressant, celui qui nous est présenté ici est plus sournois certes, mais tout de même moins digne d’intérêt.

 

Nous sommes donc au lendemain (2) de Avengers : Endgame, et Peter Parker (Tom Holland) part en voyage avec sa classe (d’où le titre : Loin de chez soi) et surtout son copain Ned (Jacob Batalon), ainsi que MJ (Zendaya), et l’insupportable Flash (Tony Revolori).

Ce voyage est l’occasion de l’éveil à l’amour des deux compères : Ned avec Betty (Angourie Rice), une jeune fille blonde qui craque pour le geek ; et Peter avec MJ, courtisée en même temps par une troisième partie, le beau Brad (Remy Lii) qui a pris cinq ans de plus que les autres puisqu’il n’a pas été éliminé par Thanos à la fin d’Infinity War.

Mais ce voyage est surtout l’occasion pour le SHIELD de Nick Fury (Samuel L. Jackson) de lutter contre des créatures élémentaires redoutables, avec toutefois l’aide de Mysterio (Jake Gyllenhaal), sorte de cousin d’Iron Man.

 

Autant le dire tout de suite, ce qui faisait le charme du premier opus a disparu, le scénario insistant sur deux points : l’héritage de Tony Stark (Robert Downey, Jr.) et l’adolescence.

Et là, je trouve qu’on s’enlise et qu’on alourdit le propos.

Si on ne comprend pas que Spider-Man est l’Elu, fils spirituel d’Iron Man, c’est qu’on a dormi (3) pendant la plus grande partie du film.

Quant à l’adolescence, on assiste aux premiers émois et autres péripéties qui deviennent de plus en plus lourds à mesure que le film avance.

L’accent étant un peu trop mis sur cette tranche d’âge, qui devient en plus d’être le thème de l’intrigue la cible privilégiée chez les spectateurs.

Ce qui aurait pu donner quelque chose de subtile – voir pour cela la trilogie de Sam Raimi – devient un tantinet poussif ici.

Et même ma fille qui fait partie de cette tranche d’âge n’est pas loin de penser la même chose que moi.

 

De plus, si les effets spéciaux sont encore une fois à couper le souffle (normal, on est chez Marvel), la mise en abîme (4) qui promettait – encore une fois – de la subtilité, s’étire jusqu’à l’épuisement, ou tout du moins la lassitude : c’est beaucoup trop.

 

Dommage.

 

 

PS : A noter la présence de J.K. Simmons dans le même rôle qu’il tenait dans la trilogie de Raimi, celle de J. Jonah Jameson, directeur de presse recyclé dans l’info (douteuse) sur le net.

  1. En plein milieu des crédits de fin, cette séquence – courte – ouvre vers une suite. La dernière séquence, celle à la toute fin des listes qui citent tous ceux qui ont travaillé sur le film, a plus une vocation comique.
  2. Pas exactement le lendemain, mais dans les semaines qui suivent.
  3. Ce qui n’est pas impossible, même avec le volume sonore du film.
  4. Je n’explique pas, si vous voulez savoir de quoi je parle, allez voir le film, ou demandez à quelqu’un d’autre de vous raconter.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fred C. Newmeyer, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Comédie
Girl Shy (Fred C. Newmeyer & Sam Taylor, 1924)

Avant toute chose, je tiens à faire une mise au point. Si vous êtes un des habitués de ce blog, vous devez connaître ma crispation à propos des traductions françaises des titres de films étrangers, et surtout des films comiques américains. Avec Girl Shy, j’ai un sentiment que nous ne sommes pas loin de toucher le fond. En effet, la « traduction » qui en fut faite est des plus minables qui soit (1).

En effet, prenant prétexte d’un handicap – temporaire – du héros le film sortit avec cette abomination que je refuse de citer ici (2).

On sent dans ce titre une  forme larvée de dénigrement qui peut s’expliquer par la tendance à considérer les films comiques comme des amusements bons pour le vulgum pecus, tandis qu’une certaine catégorie ne s’émouvrait que sur des sujets plus sérieux.

Et penser cela de Girl Shy, c’est faire une « grosse erreur » (traduction un tantinet plate : cf. Last Action Hero).

 

En effet, encore une fois, Harold Lloyd – aidé entre autres de Fred C. Niemeyer et Sam Taylor – nous offre une comédie des plus subtile, dont le héros prénommé Harold (comme c’est bizarre…) se retrouve dans une situation tragique et réussit tout de même à nous faire rire.

Harold donc est timide avec les filles (d’où le titre original). Pourtant cela ne l’empêche pas de proposer à un éditeur un manuscrit dans lequel il tente d’aider les jeunes gens à séduire les jeunes filles.

 

De ce paradoxe naît un nombre incalculable de gags : dans son livre tout comme dans sa vie.

La création littéraire nous permet d’assister à quelques-unes de ces supposées conquêtes : une vamp qui rappelle Theda Bara (Nola Luxford) ou encore une flapper qui a plus que quelque chose de Clara Bow (Judy King). Pas un seul instant nous ne prenons au sérieux ce qu’il écrit.

Pendant ce temps, dans la vraie vie, il est tailleur et ne peut s’empêcher de bégayer dès qu’il doit s’adresser à une femme (jeune ou plus âgée).

 

Et puis il y a la rencontre : la jeune Mary Buckingham (Jobyna Ralston), riche héritière courtisée par le méchant du film : Ronald DeVore (Charlton Griffin). Bien sûr, le spectateur francophone comprend tout de suite, à la lecture de son nom que ce n’est pas un personnage recommandable (loin de là).Pourtant il va presque réussir à se marier avec Mary !

Et c’est là que se situe le tour de force du film : alors qu’il venait voir l’éditeur à propos de son livre, les secrétaires vont se moquer de lui et de son livre – qu’elles ont lu – avec force éclats de rire – amenant une déprime sévère chez Harold qui lui fera mentir à Mary, honteux d’être un écrivain raté.

Il s’agit de l’un des moments les plus tragiques que j’ai vus dans les films de Lloyd. ON y sent un désespoir tangible, sa conduite – défensive – envers Mary amène un degré d’émotion qui sera entretenu le plus longtemps possible, voire jusqu’à la cérémonie pour Mary pendant que son « ex » tentera le tout pour le tout pour la regagner.

 

Nous assisterons alors à l’une de ses plus belles courses, contre le temps comme plus tard dans Speedy, mais avec une utilisation de divers moyens de locomotion sauf l’avion et le vélo (3), amenant une tension de plus en plus forte afin d’amener une résolution optimale de l’intrigue.

C’est dans ce film qu’on peut voir Harold à l’arrière d’un camion de pompier essayer d’y rester en attrapant le tuyau qui se dévide à mesure qu’il tombe vers l’arrière, jusqu’à la chute inévitable… Formidable !

 

Et puis il y a Jobyna. Non seulement elle était très belle, mais en plus elle s’intégrait superbement dans l’univers de Lloyd. Ce n’est pas un hasard si elle partagea plus d’une fois la vedette avec lui. Ici, Mary est le révélateur pour Harold : en sa compagnie, il est audacieux (il réussit à sauver son petit chien) et il arrive à parler sans hésiter de son livre, ni surtout à l’ennuyer par son récit.

Lors de leur retrouvailles, nous assistons – encore une fois – à un grand moment d’émotion : il est sur une barque, sous un petit pont, en train de pêcher un peu, mais surtout rêver, contemplant avec amour une boîte de biscuits pour chien (4) pendant qu’elle, immobile sur ce même pont chérit la boîte de crackers qu’il lui avait achetée dans le train, son reflet apparaissant sur la surface de l’eau. Mais comme Harold rêve, il ne se rend pas compte qu’elle est vraiment là.

 

Girl Shy est, à mon humble avis, l’un des meilleurs films de Lloyd, mélangeant habilement tragédie et comédie, arrivant à faire rire dans les moments tragiques, et à émouvoir dans les moments comiques.

Fabuleux.

 

 

  1. Même Along came Jones est mieux traduit que ce film. Encore que… Peut-être pas Along came Jones.
  2. Encore une fois j’en fais trop : Ca t’la coupe.
  3. Ce dernier véhicule sera tout de même présent puisqu’un enfant passe près de lui en tricycle.
  4. La scène du biscuit est encore un beau moment comique, qui rappelle d’une certaine façon les bonbons de Grandma’s Boy)…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Guerre, #Comédie, #Lewis Milestone
Two Arabian Knights (Lewis Milestone, 1927)

Les deux chevaliers arabes dont parle le titre sont en fait deux soldats américains, engagés dans une aventure on ne peut plus picaresque qui démarre sur le front occidental pendant la première Guerre Mondiale et se termine au pays des Mille et une Nuits, après un long périple mâtiné d’affrontements divers.

En outre, le titre joue avec l’homophonie knight/night, le premier désignant donc un chevalier et l’autre la nuit.

 

Nous sommes en 1918, et le soldat W. Dangerfield Phelps III (William Boyd) se retrouve dans le même trou d’obus que le sergent Peter O’Gaffney (Louis Wolheim), qui fut son instructeur – et donc un tantinet tourmenteur – pendant ses classes (1).

Alors qu’ils se battent pour les raisons précédentes, ils sont faits tisonniers par les Allemands et envoyés dans un camp loin au nord de l’Allemagne.

Ayant fait la paix, ils s’évadent et se retrouvent dans un contingent de soldats qu’on envoie à Constantinople.

Encore une fois, ils s’évadent et se retrouvent finalement en Arabie, après avoir toutefois sauvé une jeune princesse, la belle Mirza (Mary Astor).

 

IL s’agit ici de l’un des premiers longs métrages que Lewis Milestone a tourné, jonglant avec bonheur avec plusieurs genres : le film de guerre, l’exotisme et la comédie.

Le film de guerre en partant du conflit qui s’était terminé moins de dix auparavant, et qui montre, chose rare, des soldats dans un camp de prisonniers.

L’exotisme en déplaçant l’intrigue de France jusqu’au Nord de l’Allemagne, puis aux alentours de Constantinople avant de se terminer dans un quelconque émirat d’Arabie.

Mais malgré le sérieux de l’intrigue, c’est tout de même la comédie qui l’emporte, l’association du beau William Boyd aux yeux bleus et de Louis Wolheim au physique de boxeur est des mieux assortis, l’un étant le négatif de l’autre : Phelps est beau et subtile pendant que O’Gaffney est laid et brutal, ce qui est encore une fois un tantinet comique (1).

 

Bien sûr, cette histoire est improbable, mais on ne peut ignorer le talent de Milestone à travers ce film. L’arrestation des deux pugilistes dans un trou entouré de baïonnettes en plongée est d’un très bel effet, surtout que Milestone en profite pour ajouter un contrechamp en contre-plongée encore plus beau avec une fusée éclairante qui éclate juste à ce moment-là.

On va d’ailleurs trouver quelques autres alternances champ-contrechamp pendant les voyages de nos deux gaillards, dont celle qui les fait embarquer malgré eux dans le bateau qui les éloigne de Constantinople.

 

Bien sûr, ce duo est encore une fois magnifique. On y retrouve un peu de celui de What Price glory de Walsh, surtout quand apparaît la belle princesse voilée. La concurrence que se livrent les deux hommes pour attirer les faveurs de Mirza (2) illustre très bien l’adage célèbre : en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis : n’oublions pas que cette course aux faveurs a pour cadre un monde en guerre, même si l’émirat n’a aucune part dans ce conflit.

Si William Boyd est un jeune homme séduisant et astucieux, c’est tout de même Louis Wolheim qui attire une grande part de la sympathie des spectateurs, son physique ingrat est contrebalancé par des regards qui prêtent à rire, surtout quand Phelps explique à O’Gaffney ce qu’est un eunuque.

Quant à Mary Astor, elle est belle – mais ça, c’est normal – et son rôle porte un élément comique qui rend les situations savoureuses mais à retardement. Mais le duo improbable a tendance à la reléguer au second plan, Wolheim prenant tout de même beaucoup de place quand il apparaît.

 

Comme le dit mon ami le professeur Allen John, on a longtemps eu peu accès aux films muets de Lewis Milestone – il faut dire aussi que son A l’Ouest… a longtemps éclipsé ses autres productions.

Alors n’hésitez pas et ruez-vous sur ce film où la guerre est avant tout un prétexte pour mettre en scène une belle comédie où s’épanouit un duo épatant, avec tout de même ma préférence pour Wolheim, acteur aujourd’hui oublié bien qu’il jouait dans A l’Ouest...

 

 

PS : Parmi les seconds (voire troisièmes ou quatrièmes) rôles, un certain Boris Karloff en marin louche...

  1. Lewis Milestone reprendra le thème du sergent instructeur sadique dans la première partie de A l’Ouest, rien de nouveau, le sergent Himmelstoss (John Wray) recevant son juste dû des soldats qu’il tourmenta.
  2. Chose étonnante – si on se base sur son physique – c’était un homme très intelligent mais qui s’était cassé le nez (et le reste) en pratiquant le football à l’université. Et même, avant de faire du cinéma, il enseignait les mathématiques…
  3. Ce n’a pas toujours été un nom de chien…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Jean-Pierre Jeunet
Un long Dimanche de fiançailles (Jean-Pierre Jeunet, 2004)

Deux ans après le fabuleux Destin, Audrey Tautou retrouve Jean-Pierre Jeunet pour une nouvelle très belle histoire d’amour.

Mais avec Jeunet, c’est aussi le retour des petits détails de la vie que la belle Audrey sait utiliser, ainsi qu’une bande d’acteurs déjà vus à maintes reprises : Dominique Pinon et Ticky Holgado en tête.

Cette fois-ci, ce film nous raconte la première Guerre Mondiale, celle de Mathilde, dont le jeune fiancé Manech (Gaspard Ulliel) est envoyé au front.

 

C’est la guerre de Mathilde, parce que nous assistons essentiellement aux différentes démarches (1) qu’elle doit entreprendre pour savoir si Manech est réellement mort « aux champs d’honneur » comme on dit dans ces cas-là.

Et elle va batailler : contre son oncle (Dominique Pinon) et sa tante (Chantal Neuwirth) et contre son avoué Pierre-Marie Rouvières qui vont tenter – vainement cela va de soi – de la décourager – et bien sûr contre l’Etat qui ne facilite en rien les recherches de ce type, surtout quand il y a une opération peu glorieuse qui ne va pas redorer le blason déjà terni de la « Grande Muette ».

Va alors avoir lieu un défilé de personnages plus ou moins pittoresques, témoins ou non de l’histoire, qui emmènera Mathilde au Bout du Monde – ça ne s’invente pas – pour espérer retrouver Manech en vie.

 

Nul besoin du générique pour savoir que c’est Jean-Pierre Jeunet qui dirige tout ça. En plus d’une image qui rappelle ses films antérieurs, on y retrouve le même souci du détail qu’auparavant, avec au centre Mathilde, qui s’accroche à des petits riens de la vie, espérant jusqu’au bout le retour de cet amoureux dont les fiançailles sont décidément beaucoup trop longues.

On retrouve dans ces petits trucs qu’on trouve en général chez les enfants : « si [le chien] entre  dans la chambre avant qu’on m’appelle à manger, alors Manech est toujours vivant. »

Ce réflexe s’explique facilement : même si Manech et Mathilde sont des grands, ils restent des enfants l’un pour l’autre, promis l’un à l’autre dès leur première rencontre.

Parce que Jeunet, tout en reconstruisant le parcours de Manech, nous livre petit à petit l’histoire de cet amour, à travers les souvenirs de Mathilde. Et ces souvenirs lui reviennent dans le désordre parce que c’est toujours comme ça : c’est nous qui les remettons dans l’ordre après, quand on a tout retrouvé.

 

Et l’histoire de Manech et Mathilde est une histoire d’amour simple, voire banale si Manech était revenu avec les autres.

Parce que c’est la recherche de cet amour perdu qui en fait un moment magnifique, qui ne pourra qu’être extraordinaire, si seulement Mathilde retrouve Manech. Parce qu’à un moment, elle le retrouve, avec les autres, dans un de ces grands champs verts ornés de croix alignées, avec au mieux un nom et le jour de la mort.

Mais même ça ne décourage pas Mathilde, alors…

 

Et avant la guerre de Mathilde, il y a eu celle des hommes, plus de quatre années de boucherie pour aboutir au final à un massacre phénoménal qui ne sera largement dépassé une vingtaine d’année plus tard avec l’épisode 2 : 1939-1945.

Et cette guerre des hommes, Jeunet nous la montre simplement : des hommes qui crient, qui courent, qui sont touchés, qui tombent le nez dans la boue, pendant que les généraux accrochent des petits drapeaux sur leurs cartes. Enfin pas exactement, on ne voit qu’un seul général – un phénomène encore une fois – qui répare le manche de sa loupe afin de mieux distinguer les détails des cartes devant lui : des femmes nues dans des positions lascives.

Les habitués des films de Jeunet ne sont même pas étonnés de voir que cet ignoble général est interprété par Jean-Claude Dreyfus, qui a encore une fois un rôle de boucher.

Et la guerre de Jeunet va s’exposer en plusieurs parties, en fonction des différents témoignages que glane Mathilde dans sa quête.

Bien sûr, Jeunet a vu Les Chemins de la gloire, et nous avons droit à un travelling dans les tranchées avec les soldats qui fixent un à un les baïonnettes à leurs fusils.

Mais quand l’assaut à lieu – commandé par le capitaine Fouvrier (Tchecky Karyo), celui qui doit balancer les condamnés à mort (toujours vivants) dans le no man’s land pour les laisser crever (il n’y a pas d’autre mot) – c’est une reconstitution des plus précises et surtout très réalistes : la rencontre de Stanley Kubrick (pour le déploiement, voir plus haut) et de Steven Spielberg (pour le bain de sang, voir Save Private Ryan).

C’est court, direct, encore une fois très simple et bigrement meurtrier.

 

Et au milieu de ces images de mort, Mathilde, qui n’attend qu’une seule chose : retrouver celui qu’elle aime. Et ça doit arriver : le chien est entré dans la chambre avant qu’elle soit appelée pour manger.

 

 

PS : Quand le film sort, cela fait déjà 9 mois que Ticky Holgado est mort. Il n’y a rien de P/pire.

 

(1) Terme pas si mal choisi…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #William Dieterle, #Drame, #Lillian Gish
Le Portrait de Jennie (Portrait of Jennie - William Dieterle, 1948)

Superbe.

Il y a dans ce film de Dieterle une volonté esthétique magnifique qui réussit à joindre deux univers opposés sur bien des points : la peinture et le cinéma.

La peinture, c’est un moment figé, une pause dans la vie, qu’elle soit celle de l’artiste ou de son modèle, voire du monde qu’il décrit. Alors que le cinéma c’est avant tout le mouvement, et ce n’est pas une coïncidence si on parle outre-Atlantique de « movie » pour qualifier un film : movie qui vient de move, signifiant bouger.

Et ici, non seulement Dieterle mélange avec bonheur les deux, mais en plus, il rend la peinture vivante, mouvante, et bien sûr émouvante.

 

Jennie Appleton (Jennifer Jones) est une jeune fille que croise Eben Adams (Joseph Cotten) lors d’une de ses promenades, déambulant dans New York à la recherche d’un éventuel acquéreur pour ses différentes productions, plutôt moyennes, sinon minables.

Et quand Jennie paraît, seule, dans ce parc vide, c’est un rayon de soleil qui entre dans sa vie.

C’est elle qu’il peindra, cette jeune fille qui ne casse de vieillir entre chaque nouvelle rencontre jusqu’à devenir la femme dans le portrait.

 

Deux ans après le tournage chaotique de Duel au Soleil, Dieterle retrouve donc Joseph Cotten et Jennifer Jones – ainsi que Lillian Gish, à nouveau une nonne (1) – dans une histoire fantastique mêlant le temps de la narration au temps qui s’écoule, permettant à deux êtres de se retrouver malgré tout, vivant alors une histoire d’amour impossible et donc très belle.

Le temps d’une année (à peu près), Eben Adams va voir Jennie mûrir pendant que lui n’est pas affecté, permettant à Jennie de réaliser un rêve enfantin : qu’il l’attende pendant qu’elle va grandir. C’est d’ailleurs le souhait qu’elle formule en sa présence, tournant trois fois sur elle-même en l’énonçant.

 

Et c’est là que Dieterle arrive au point de jonction de ces deux univers : « le temps est désarticulé » disait Hamlet (2), et l’histoire d’amour entre Jennie et Eben joue des failles temporelles. En effet, quand Eben rencontre Jennie pour la première fois, elle est en 1910, alors que lui-même est déjà plus de vingt ans après. Mais la magie du cinéma peut rendre possible cette rencontre étrange, jouant d’effets de lumière, de fumées, de brouillard.

De plus, chaque séquence est introduite par un effet de maillage sur l’image, retrouvant l’effet d’une image figée sur une toile, passant habilement de cette pose à un décor qui se met en mouvement, incluant ce décor figé dans une réalité, tout du moins celle du peintre.

 

Mais Jennie n’est pas prévisible et entre deux rencontres, il se confie : à son ami Gus O’Toole (David Wayne, rien à voir avec l’autre), mécano et conducteur de taxi, ou encore à Spinney (Ethel Barrymore, la sœur des, parfaite comme toujours). C’est d’ailleurs cette dernière qui supplante Gus, faisant partie du même milieu qu’Eben, l'art, mais en tant qu’acheteuse.

Il y a dans cette relation un écho de celle liant Eben et Jennie. Spinney, vieille demoiselle, donne l’impression de revivre ses amours anciennes, avortées bien évidemment, à travers ce couple original jusqu’à l’incrédulité. Et d’une certaine manière, Eben joue consciemment ou non avec ce regain sentimental inespéré chez Spinney, né d’une remarque, toute simple, sur ses beaux yeux.


C’est donc Spinney qui va accompagner Eben jusqu’au bout de son rêve, mais est-ce vraiment un rêve ?

Toujours est-il que cette fantaisie – dans le sens imagination ou tout autre terme s’y rapportant – va l’amener inévitablement vers Jennie et son destin déjà tout tracé (3). Cette ultime rencontre va encore être introduite par un brouillard dans lequel Eben navigue vers le phare qu’il a peint quelques années plus tôt et qui est primordial dans la vie de Jennie. Ce brouillard aveuglant est rapidement chassé par le vent pendant que le ciel gris est zébré d’éclairs verts, annonçant une séquence en technicolor pendant que le vert va continuer de s’imposer sur l’écran, où l’image répétée du tourbillon (4) qui va se développer, emportant bien sûr Eben et Jennie inévitablement, jusqu’à la fin qui voit le portrait de Jennie, enfin terminé (5).

Et en couleur !

 

 

  1. Cff. The white Sister (Henry King, 1923)
  2. « The time is out of joint » (Hamlet, acte I scène 5)
  3. Grâce au témoignage de Sœur Marie de la Miséricorde (la toujours belle Lillian Gish), témoignage de ce qu’il advint réellement de Jennie, témoignage aussi de l’amour qu’elle portait pour cette jeune fille.
  4. les nuages qui tournent et s’étirent, l’escalier du phare vue d’en haut, vue d’en bas... Cette dernière image n’est d’ailleurs pas sans rappeler le nombre d’or, élément pictural s’il en est.
  5. Il se passe tout de même quelques échanges avant le dernier plan du portrait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Jean-Paul Salomé
Les Femmes de l'ombre (Jean-Paul Salomé, 2008)

Si Jean-Paul Salomé n’avait pas spécialement convaincu avec son Belphégor (2001), ce n’est pas du tout le cas ici, où il démontre qu’il sait faire un film de guerre fort honnête, dont le titre tient tout de même du pléonasme : si elles furent nombreuses à s’engager pendant la seconde guerre mondiale, ce ne sont pas souvent elles qui sont le centre des reconstitutions de cette période (1). Et malgré les rôles prépondérants qu’elles tinrent, on ne cite pas assez les noms de ces résistantes.

 

Elles sont 5, recrutées par le SOE (2) et ont pour mission de récupérer un géologue arrêté par les allemands dans le cadre de l’opération Phoenix.

Pour cela, Louis Desfontaines (Sophie Marceau) va faire équipe avec Jeanne Faussier (Julie Depardieu), Suzy Desprée (Marie Gillain), Gaëlle Lemenech (Déborah François) et Maria Luzzato (Maya Sansa) une résistante italienne qui est en outre juive.

Ensemble, et malgré leurs différences, elles vont réussir à sauver ce géologue, mais quand cela arrive, c’est un petit peu après le premier quart du film. L’intrigue évolue donc et se transforme vers une nouvelle mission : supprimer le colonel Heindrich (Moritz Bleibtreu), officier SS qui peut faire avorter l’opération Phoenix mentionnée plus haut.

 

Ca commence (presque) comme Les 12 Salopards : Louise Desfontaines doit recruter une équipe en vue d’une opération commando. Mais alors que le film d’Aldrich traitait sur le même plan l’entraînement des hommes et leur opération, Salomé, lui, entre plus vite dans le vif du sujet, montrant l’opération de sauvetage menée de main de maître par ces 5 femmes ainsi qu’un officier français, Pierre Desfontaines (Julien Boisselier), frère de Louise (3).

De plus, c’est surtout l’après qui nous intéresse ici : comment ces femmes qui n’avaient signé que pour une mission se retrouvent acculées  à devoir en remplir une autre, sans aucune préparation.

 

Bien sûr, la mission est remplie. Mais à quel prix ? Encore une fois, la comparaison avec le film d’Aldrich me vient en tête : mais le commandant Reisman (Lee Marvin) ramené plus d’hommes de son opération commando.

Ce n’est pas vraiment révéler la fin que de le dire, une opération pareille relève plus de la mission suicide que d’autre chose : comment cinq femmes sous-entraînées peuvent-elles tenir tête à un colonel des SS dans Paris occupée ?

La réponse dans le film.

 

Jean-Paul Salomé retrouve Sophie Marceau, sept ans après Belphégor, et cette collaboration est tout de même plus fructueuse, l’actrice interprétant une Louise Desfontaines fort juste, épaulée par quatre autres femmes elles-mêmes dans le ton. Si Salomé fait la part belle à ces résistantes, il ne gomme pas certains éléments qui ne les montrent pas obligatoirement sous un beau jour : Jeanne est une prostituée qui a tué son souteneur et qui part en mission pour éviter d’être pendue (c’était comme ça, la peine de mort en Angleterre) ; quant à Suzy Desprée, elle a rompu trois ans plus tôt avec Heindrich, prenant la fuite au lieu de l’épouser.

 

Qu’importe, ces femmes remplissent leur mission sans pour autant perdre leur qualité humaine, même si certaines actions vont à l’encontre de leurs convictions : Gaëlle, la catholique pratiquante, ira à l’encontre par deux fois à des préceptes bibliques fort importants pour elle.

Et si ces cinq femmes forcent l’admiration, je ne peux m’empêcher d’avoir un faible pour Jeanne, cette prostituée en quête éventuelle de rédemption. Si Louise commande, Jeanne est celle qui a le plus le sens de l’initiative, et va beaucoup faire pour le succès de cette mission, allant jusqu’au sacrifice, inévitable dans ce genre d’opération. Et Julie Depardieu est magnifique dans ce rôle.

Quant à son devenir, on peut y distinguer une forme d’ironie très noire, comme si malgré tout ce qu’elle a pu faire, elle ne pouvait échapper à son destin initial…

 

 

PS : Jean-Paul Salomé dit s’être inspiré de Lise de Baissac, agent du SOE qui mourut en 2004 comme le dit le film à propos de Louise, mais dont le frère Claude a survécu à la guerre.

 

  1. Lire aussi Le Réseau Corneille (Jackdaws – Ken Follett, 2001), traitant une histoire assez proche de celle du film.
  2. Special Operation Executive : direction des opérations spéciales, un service britannique de soutien aux mouvements de résistance aux nazis.
  3. Encore une fois, on retrouve la tendance patriarcale à mettre un homme pour chapeauter une opération menée par des femmes.

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