Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Sean S. Cunningham
Vendredi 13 (Friday the 13th - Sean S. Cunningham, 1980)

Depuis le novembre 1307, il est considéré que le vendredi 13 est un jour qui porte malheur.

En effet, ce jour de cette même année, le roi de France Philippe IV « Le Bell » a ordonné l’arrestation de tous les chevaliers du Temple, avec le but inavoué de récupérer leur trésor.

Mais tout ça n’est que superstition, ce jour étant un jour absolument normal, sauf pour Sean S. Cunningham et son équipe qui profitent de cette même superstition pour réaliser un film plutôt curieux mais dont le succès financier (1) a engendré une série de suites dans la même verve. En tout ça, c’est ce qu’on dit, je ne les ai pas (encore ?) vues.

 

Bien sûr, si vous n’êtes pas fan de ce genre de film – d’horreur – vous pouvez passer votre chemin et revenir demain, mais notons tout de même quelques éléments.

 

On a ici la mise en place d’une structure qui sera maintes fois reprises : un tueur/une tueuse psychopathe qui s’en prend à une bande de jeunes la nuit.

Parce que si les meurtres commencent dans la journée – mort d’Annie (Robbi Morgan), la cuisinière – c’est essentiellement alors qu’il fait noir que les différents moniteurs du camp de Crystal Lake.

 

Mais reprenons.

La séquence d’ouverture – ante générique – voit deux moniteurs du même camp se faire tuer alors qu’ils s’étaient éclipsés pour se livrer à une expérience anatomique très intime. Ca, c’était en 1958.

Ensuite, on apprend qu’un an auparavant, le petit Jason Voorhees s’est noyé le jour de son anniversaire : un vendredi 13.

Une vingtaine d’années plus tard (1979 ?), le camp va bientôt ouvrir, mais c’est ce jour que choisi un mystérieux assassin pour se débarrasser de tous ceux qui vont y travailler.

 

Autre élément d’importance – comme je le disais à propos de Flatliners – il s’agit des véritables débuts de Kevin Bacon (Jack), le seul qui ait réussir à faire une véritable carrière au cinéma. Et on peut saluer la performance puisqu’il disparaît avant la moitié du film…

Son élimination est très spectaculaire, ainsi que la plupart des autres morts, l’hémoglobine coulant à flot et surtout le maquillage de Tom Savini est des plus impressionnants.

Il faut dire que les meurtres étant des plus sordides, le maquillage prend toute son importance : outre la mort de Jack, celle de Marcie (Jeannine Taylor) sa petite amie est encore plus spectaculaire, Cunningham ne nous épargnant absolument rien dans sa quête de l’absolu horrifique.

 

Je terminerai en parlant de l’extraordinaire Scream de Wes Craven. Il est clair que ce dernier a beaucoup apprécié Vendredi 13 puisqu’il le cite dès la première séquence : le premier meurtre de Casey (Drew Barrymore) en est la conséquence indirecte.

Malheureusement pour moi (?) ou d’autres (!), la résolution de l’intrigue y est donnée, ce qui enlève tout de même une certaine partie du suspense (2).

 

Quoi qu’il en soit, la dernière séquence qui voit Alice (Adrienne King) à l’hôpital, laisse une petite ouverture à un scénariste pour une éventuelle suite.

Bien sûr, on va s’y engouffrer…

 

  1. Inutile de dire que la critique a éreinté ce film à sa sortie…
  2. Je considère que connaître la résolution de l’énigme d’un film  n’est pas toujours un handicap pour apprécier ce même film : le visionnage n’en devient que plus intéressant puisqu’on place une partie de son attention à y repérer les indices éventuels laissés par le réalisateur. Chacun son point de vue…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joel Schumacher
L'Expérience interdite (Flatliners - Joel Schumacher, 1990)

Joel Schumacher n’est pas ce qu’on appelle un cinéaste très délicat. Il n’empêche que le film qui nous est ici proposé possède certaines qualités qui méritent de s’y attarder.

Tout d’abord, nous avons une distribution plutôt prestigieuse, même si à l’époque de sa sortie, plusieurs d’entre eux étaient encore peu connus : Julia Roberts venait d’être révélée par Pretty Woman, William Baldwin était à son deuxième film, et Kiefer Sutherland continuait son ascension (qui le mènera à la série 24).

Seul Kevin Bacon était déjà célèbre, essentiellement pour sa participation dans le fameux Vendredi 13.


Mais reprenons.

Le docteur Nelson Wright (Kiefer Sutherland, donc) suit les cours de médecine à l’université de Chicago. U n jour, il propose à quelques uns de ses amis de tenter une nouvelle expérience : explorer la mort clinique afin de savoir s’il y a quelque chose après.

Mais comme toujours dans ces cas-là, si l’expérience est prometteuse, ses effets secondaires ne sont pas du meilleur effet.

 

Il me paraît évident que Joel Schumacher a bien étudié le fil de Kubrick The Shining. En effet, nous nous retrouvons dans une situation où  la réalité n’est pas certaine, et surtout on retrouve une interaction entre la vie et la mort, le présent et le passé.

On retrouve d’ailleurs dans le premier travelling une teinte inquiétante qui n’est pas sans rappeler l’arrivée de Jack Torrance à l’hôtel Overlook en ouverture du film.

De plus, la référence à Little big Man (1), si elle dénote une pointe d’ironie, n’oublions pas que le célèbre hôtel a été construit sur un cimetière indien.

Là s’arrête la comparaison.

 

Avant de passer à « l’expérience interdite » proprement dite, Schumacher nous fait tout de même une mise à jour : Rachel Mannus (la belle Julia) synthétise les différentes expériences post-mortem telles qu’elles ont pu être racontées dans divers témoignages. Elle mène un petit groupe de discussions chez des patients qui ont tous vécu une situation similaire : on y retrouve bien sûr le tunnel avec la lumière au bout, des voix merveilleuses et toute cette sorte de choses.

Et Schumacher prend le contre-pied de ces histoires en montrant les différentes expériences sans montrer le véritable passage « d’un monde à l’autre », tout comme le retour reste inconnu puisqu’il s’intéresse plus à la façon dont ils sont ramenés à la vie. Par contre, pour chacun de ses personnages qui « vit » cette situation, les différentes images sont en parfaite adéquation avec leur personnalité et leurs centres d’intérêt : la montagne pour Labraccio (Kevin Bacon) ; les femmes pour Joe Hurley (William Baldwin) ou la maison pour Rachel.

 

Bien sûr, les enjeux ne sont pas que physiques : cet interdit (qu’on retrouve dans le titre français et qui est exprimé par les différents protagonistes dans la première partie, est on ne peut plus métaphysique voire théologique.

D’une certaine manière, comme l’a dit avant moi le Post, on assiste à l’inverse de Frankenstein : alors que le héros de Mary Shelley fait revenir à la vie un corps mort, ici il s’agit d’amener un corps à la mort.

Les conséquences, si elles ne sont absolument pas les mêmes ont tout de même un petit quelque chose de monstrueux.

Et pour ça, Nelson est l’héritier du savant fou (?).

 

Mais ses conséquences ont aussi un effet salutaire : n »’oublions pas qu’il s’agit d’un film américain, et le concept de Rédemption (tant de fois rebattu dans ce blog) est le point d’orgue de l’intrigue, se substituant au véritable objectif scientifique de cette expérience.

 

Comme je le disais plus haut, Schumacher n’est pas toujours très délicat. Il n’empêche que les différentes séquences qui découlent de la vie post-mortem sont vraiment réussies : la première apparition de Nelson joue très bien avec les éclairages, amenant une note d’angoisse supplémentaire.

Hélas, la résolution n’est pas spécialement à la hauteur de cette mise en condition paranormale. En effet, quoi qu’on ait fait auparavant, il s’agit à un moment d’avoir mis ses affaires en ordre avant de faire le grand saut. Et même Labraccio, athée militant, y souscrit, essayant de rattraper ses erreurs passées, en particulier ses « bêtises » d’enfant (2).

Cette conclusion – on ne peut plus normative et édifiante – gâchant un tantinet les promesses annoncées au début.

 

 

  1. « Today is a good day to die » (« aujourd’hui est une belle journée pour mourir »)
  2. On notera d’ailleurs que seul Joe n’a pas d’expérience traumatisante d’enfant : c’est un séducteur qui ne pense qu’à coucher avant de se ranger définitivement. Mais rassurez-vous, lui aussi sera rattrapé par son passé.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Drame
L'Homme qui rit (The Man who laughs - Paul Leni, 1928)

 

« L’Homme qui rit », c’est Gwynplaine (Conrad Veidt).

Il rit parce qu’enfant il fut défiguré par un « docteur » pour des vendeurs d’enfants (« comprachicos », néologisme hugolien), lui figeant un sourire à pleines dents.

Dans son malheur, il recueillit un bébé qui deviendra une belle jeune fille – Déa (Mary Philbin) – et va grandir grâce à Ursus (Cesare Gravina) qui les élèvera et créera un spectacle où bien sûr Gwynplaine aura la vedette : l’Homme qui rit.

 

Bien sûr, comme nous sommes chez Victor Hugo, l’intrigue, adaptée ici par J. Grubb Alexander, est plus compliquée puisqu’elle fait intervenir un roi – James II (Sam De Grasse) – une reine – Anne (Josephine Crowell) – un bouffon – Barkilphedro (Brandon Hurst) – et un chien-loup (Zimbo, crédité au générique).

Il s’agit de la première adaptation du roman de 1869 et d’autres suivront, la dernière est sortie en 2012.

 

Mais comme pour Notre-Dame de Paris, l’adaptation laisse parfois à désirer. Mais comme le dit toujours mon ami le professeur Allen John, on est au cinéma, alors on laisse la littérature de côté. Soit.

Ce qui frappe le spectateur de prime abord, c’est l’évolution du cinéma de Paul Leni. En effet, après avoir vu l’exercice de style que représentait Le Cabinet des figures de cire, on ne peut être qu’émerveillé par la maîtrise du cinéaste. Il mène son intrigue en alternant des séquences rapides et lentes, et dirige ses actrices et acteurs avec une grande justesse.

Mais surtout, il a pris grand soin de les faire évoluer dans des décors magnifiques.

 

Leni est à l’origine un décorateur qui a travaillé pour d’autres grands noms du cinéma allemand avant de passer à la réalisation. On comprend alors le soin qui fut mis ici pour le film, d’autant plus qu’il a pu profiter du financement de la compagnie Universal de Carl Laemmle, pour ce qui fut son troisième et malheureusement avant-dernier film (1) américain.

Le décor ne concerne pas seulement les différents lieux qui sont montrés tout le long du film : les scènes concernant la royauté voient les différents figurants (gardes, valets…) devenir eux-mêmes des éléments de ce décor somptueux.

Il en va de même pour les scènes de départ de bateaux – au tout début et à la toute fin (2) – qui sont de toute beauté (surtout la deuxième).

 

Bref, c’est un film fabuleux qui nous est proposé ici, où Leni retrouve Conrad Veidt qui était lui aussi invité par Hollywood à tourner dans la capitale du cinéma. On notera aussi la présence d’un troisième Allemand : Charles Puffy qu’on a pu remarquer surtout chez Fritz Lang (Der müde Tod et surtout Doktor Mabuse der Spieler).

Côté américain, on retrouve Mary Philbin qui avait déjà joué dans un film du même genre : Le Fantôme de l’Opéra. Elle y jouait avec le grand Lon Chaney, à qui on pense obligatoirement tant le rôle de Gwynplaine entre dans son registre (3).

 

Mais Conrad Veidt a dans sa filmographie le rôle emblématique de Cesare, et sa présence en Gwynplaine s’explique alors facilement. Il campe ce personnage défiguré avec talent, tant le personnage aux traits figés n’est pas un rôle simple. En effet, le sourire sempiternel ne lui laisse pas beaucoup de possibilités d’expression, mais son regard accentué par le contexte le rend tout de même très expressif.

 

Je terminerai en disant que la fin, bien sûr en partie différente du roman, est tout de même très bien amenée, et on comprend alors pourquoi le chien Zimbo a son nom au générique : il est un autre personnage important de l’intrigue (comme du roman, d’ailleurs).

Notons la présence de la grande Olga Baclanova dans un rôle de courtisane, dans tous les sens du terme... Sa présence nous emmène quatre ans plus tard dans Freaks alors qu’on peut voir différents phénomènes de foire à celle de Southwark, dont Delmo Fritz (4), l’avaleur de sabre qui joue lui aussi chez Browning.

Et bien sûr, dans les utilitaires, on remarque le petit John George (1,27 mètre)

 

 

  1. Il mourut peu de temps après avoir réalisé son dernier film, le 2 septembre 1929, d’une septicémie.
  2. Oui, on a une structure en miroir.
  3. Chaney était sous contrat à la MGM, donc il avait alors peu de chances de figurer à la Universal.
  4. J’ai un petit souci avec cette personne : il est connu pour avoir joué dans les deux films mais sa biographie mentionne qu’il est mort en 1925. Si vous avez la solution à ce mystère de mort-vivant, n’hésitez pas à me contacter…

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Samuel Fuller
Au-delà de la Gloire (The big red One - Samuel Fuller, 1980)

Ils sont cinq et ils appartiennent au 1er régiment d’infanterie américaine, le célèbre « Big Red one » (1) du titre original : sergent Possum (Lee Marvin), Griff (Mark « Skywalker » Hamill), Zab (Robert Carradine), Vinci (Bob di Cicco) et Johnson (Kelly Ward).

Ils vont vivre la seconde Guerre Mondiale sur le front ouest, du débarquement en Afrique du Nord jusqu’à la capitulation du 8 mai 1945.

Mais tout commence près de vingt-cinq ans plus tôt (et en noir et blanc), le 11 novembre 1918 quand Possum tue un Allemand qui annonçait la fin de la guerre : méfiant, il pensait que c’était un piège. Et bien sûr, ça ne l’était pas.

L’intrigue va ramener Possum sur ce même endroit, mais surtout va le voir confronté à la même situation quand Schroeder (Siegfried Rauch) – un soldat fanatique (plus que les autres) – annoncera à son tour la fin du conflit, un peu plus à l’Est, en Tchécoslovaquie.

 

Samuel Fuller nous raconte ici sa guerre, celle qu’il a livrée dans le même régiment, participant aux mêmes événements que ces cinq hommes. Le personnage de Zab, narrateur du film, est son double, reprenant quelques anecdotes le concernant, dont la publication de son livre The dark Page (the dark Deadline dans le film).

Et d’une manière générale, la guerre qui nous est montrée est une suite d’anecdotes, de petites histoires dans cette grande Histoire en marche, cette gigantesque opération de Libération du nazisme.

Samuel Fuller a eu la chance (2) de participer à ces grands événements, combattant jusqu’au dernier jour (8 mai) pour libérer le camp de concentration de Falkenau (3).

Et même si ce dernier événement l’a fortement parqué, il ne change pas le ton de son récit, restant au plus près de ses personnages.

 

Parce que à aucun moment il ne donne une vue d’ensemble du conflit et des différentes opérations auxquelles participent ses cinq héros. On retrouvera ce même point de vue dans Il faut sauver le Soldat Ryan, presque vint ans plus tard, tout comme dans la série Brothers in Arms, qui en découle.

Cette proximité a deux atouts : elle donne un cachet authentique aux différentes opérations, n’épargnant rien aux spectateurs des différents aspects violents et spectaculaires (pas dans le bon sens du terme), comme un soldat mort les tripes à l’air ; elle ne donne aucune prédominance d’un événement sur l’autre. Ainsi, on retrouve une séquence de Bangalore (sorte de torpille terrestre) sur la plage d’Omaha tout comme dans Le Jour le plus long. Mais alors que l’opération est montrée avec la distance accentuée par le noir et blanc dans le film de Zanuck, ici on assiste à la mort des différents hommes qui ont rendu possible la percée, amenant la même réplique à propos des deux sortes d’hommes sur la plage : « ceux qui sont morts, et ceux qui le seront bientôt ». La proximité de la caméra de Fuller illustre très bien ce précepte.

 

Nous avons ici un film de guerre assez original : en effet, Fuller suit ceux qui, comme lui, ont participé à de nombreuses opérations sur le front ouest. On peut se dire qu’il exagère, mais dans ce cas, que dire du film The young Lions (Edward Dmytryk, 1958) qui accumule différentes opérations à partir du Débarquement ?

Ceci : Dmytryk s’est appuyé sur un roman (celui d’Irwin Shaw), Fuller sur sa propre expérience.

Et cette retransmission de son expérience est servie par une très belle distribution – en tête Lee Marvin qui a lui-même participé à ce conflit, mais dans le Pacifique – utilisant un casting international (outre Siegfried Rauch) dont Guy Marchand, Stéphane Audran et Marthe Villalonga.

 

Un dernier point : les enfants.

Le personnage de Possum est un véritable aimant à bambins. En effet, dès le Débarquement en Afrique du Nord, c’est une fillette qui ne le quitte jamais  du regard et restant le plus près possible. Puis, c’est en Sicile qu’il rencontre Matteo (Matteo Soffoli) qui veut bien les aider s’ils l’aident en retour à enterrer sa mère. Ensuite, c’est une petite fille, toujours en Sicile qui lui rend son casque avec des fleurs prises dans le filet. Cette petite fille est la première enfant qu’on voit mourir, dans ses bras.

Vient ensuite le jeune hitlérien qui joue à la guerre, allant jusqu’à tuer un des Américains (un autre, pas un des cinq). C’est Possum qui va lui régler son compte, à la manière de John Wayne (4) dans The Horsemen.

Quant au dernier enfant, on le rencontre dans le camp de concentration. C'est l'enfant qui meurt.

Je vous laisse découvrir cette très belle séquence.

 

Au final, un film de guerre plutôt atypique (en 1980), où  à aucun moment on ne quitte le niveau humain de la guerre. On suit au plus près ces hommes qui ne se considèrent pas spécialement comme des héros mais qui seront tout de même décorés pour actes de bravoures. En outre, la guerre n’empêche pas certaines séquences où l’émotion se pose et s’en va très calmement, surtout à la libération du camp de concentration, où Mark Hamill résume formidablement le ressentir qu’a pu éprouver Fuller lors de cette découverte des plus horribles.

 

  1. On a l’explication de ce surnom dans la séquence d’introduction.
  2. En est-ce vraiment une ?
  3. Pour ceux qui veulent aller plus loin, je vous renvoie au documentaire qu’il tourna lors de la libération du camp : comment ils ont inhumé les morts qui étaient empilés dans un réduit, les faisant vêtir et emmener à la fosse par les civils « qui ne savaient pas ». C’est un grand moment de cette « petite » Histoire, qui marque autant ceux qui l’ont vécue que la grande.
  4. Wayne avait d’ailleurs été pressenti pour interpréter le rôle de Possum mais Fuller s’y était opposé.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Josef von Sternberg, #Drame
Crépuscule de Gloire (The last Command - Josef von Sternberg, 1928)

Première collaboration de Sternberg et d’Emil Jannings, alors à Hollywood, il ‘agit d’une rencontre au sommet où les deux monstres sacrés expriment tout leur art.

Sternberg réalise ici un film historique sur un événement qui est alors récent et dont l’issue n’est pas encore absolument certaine : la Révolution russe de 1917 (1).

De plus, il vient de réaliser The Docks of New York qui a beaucoup fait pour sa notoriété, et peut réaliser ce film avec une marge de manœuvre suffisante.

Quant à Jannings, il interprète ici très certainement son plus beau rôle à Hollywood, ce général victime de cette même révolution.

 

Alors que le film est tourné courant 1927 (quelle année !), l’intrigue se situe en 1928, présent des spectateurs. On y voit un réalisateur (William Powell) qui veut tourner un film sur la Révolution russe. Il a besoin pour cela d’un acteur possédant une certaine envergure afin d’interpréter le général en chef des armées du tsar : il porte son choix sur un figurant correspondant en tout point à ce qu’il recherche. Normal : c’est le grand-duc Sergius Alexander lui-même, chassé par la révolution et qui survit en faisant de la figuration à Hollywood.

Alors qu’il se prépare pour son rôle, Alexander se rappelle comment la Révolution s’est installée, alors qu’il partait rejoindre le front pour combattre les Allemands.

 

La force du film de Sternberg c’est d’avoir réussi à reconstituer la Révolution russe sans jamais avancer une quelconque teinte politique chez les révolutionnaires. C’est le peuple exploité qui se révolte contre ses maîtres, et pas autre chose.

De plus, pour interpréter ces mêmes révolutionnaires, Sternberg a utilisé – encore une fois – des actrices et acteurs aux physiques particuliers, donnant à cette foule une note d’authenticité fort intéressante : encore une fois, à quelques exceptions près, on a droit à des mines patibulaires, dans des attitudes qui ne relèvent pas d’une très grande éducation : des affreux sales et méchants !

 

Bien sûr, Emil Jannings, Evelyn Brent (Natalie Dabrova) et William Powell ne rentrent pas dans ces critères physiques. Et ce distinguo peut aussi s’expliquer par la personnalité de leurs rôles. En effet, tous trois, malgré leurs différences sont des personnages positifs : et leur physique s’accorde à leur grandeur d’âme, tout comme celui des révolutionnaires qui sont essentiellement des braillards incultes et alcoolisés, tuant tout ceux qui passent à leur portée, pourvu qu’ils ne soient pas de leur bord.

 

Avec ce film, Sternberg s’amuse aussi à nous montrer l’envers du décor d’un tournage. Pour ceux qui ont lu ses mémoires (2), on retrouve ici quelques éléments de son livre, surtout la pique qu’il envoie aux « assistants du réalisateurs » : on voit William Powell mettre une cigarette à la bouche, donnant alors le signal à une horde de ces collaborateurs zélés pour lui offrir du feu (3). Plus sérieusement, on assiste à la mise en place de la scène dont le grand-duc Sergius doit être la vedette, les différentes étapes qui amènent au tournage à proprement parler : c’est aussi cette séquence qui donne son nom au titre original (le dernier commandement), Alexander se retrouvant alors replongé dans son passé avec une utilisation superbe de la surimpression, donnant alors à Jannings un final à sa mesure.

 

Mais Jannings n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu : Evelyn Brent est elle aussi magnifique dans ce rôle on ne peut plus ambigu.

Mais bien sûr, elle ne peut pas vraiment rivaliser avec un tel monstre : Jannings recevra d’ailleurs le premier Oscar de meilleur acteur de l’histoire du cinéma, ce qui n’était pas immérité. En effet, Sternberg, dont la direction d’acteurs était des plus rigoureuse, ne lui laisse pas la possibilité de se laisser aller à un quelconque cabotinage, l’amenant là où il voulait, le tout en le faisant déjà mourir à la fin du film.

Quant à William Powell, son rôle est plus anecdotique – il prendre son véritable envol dans la décennie suivante, en particulier grâce à la série Thin Man, aux côtés de la (très) belle Myrna Loy – mais très pertinent, quand on connaît l’intégralité de l’intrigue (4).

 

Superbe.

 

  1. Quand le film sort, Staline ne contrôle pas encore l’intégralité de l’appareil d’état.
  2. Fun in a Chinese Laundry (1966)
  3. On retrouve ce même gag dans Daffy Duck in Hollywood (Fred Avery, 1938), avec Porky Pig dans le rôle du réalisateur.
  4. Je ne vous la livre toujours pas, allez-y voir par vous-même, vous ne le regretterez pas.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Lewis Gilbert, #James Bond, #Espionnage
Moonraker (Lewis Gilbert, 1979)

Après un Espion qui m’aimait de facture plutôt honnête, Lewis Gilbert retourne à la case départ et nous propose un nouvel épisode de l’espion le plus célèbre du cinéma plutôt dans la lignée de l’Homme au pistolet d’or. Hélas.

Certes, on y retrouve avec un certain plaisir le terrible Jaws (Richard Kiel) et son sourire fatal (dans tous les sens du terme).

Mais même ces retrouvailles font long feu et on s’ennuie rapidement dans une série d’aventure des plus improbables et surtout au service d’une intrigue tellement minimale qu’on en arrive à se demander le pourquoi du comment de certains éléments.

Mais je pense que les aficionados de l’agent britannique ont été fort étonnés de voir sortir ce film : à la fin du précédent opus, on nous annonçait l’épisode suivant : For your Eyes only.

 

De plus, si le titre est bien celui d’un ouvrage de Fleming, il n’est plus question de balistique mais plutôt d’une aventure spatiale. Il faut dire que l’année de The Spy who loved me sont sortis deux films-clés sur l’espace : Close Encounters of the third kind (16-11) et surtout Starwars (25-5) !

Dès lors, l’idée (mauvaise) fut de donner une teinte spatiale aux aventures de notre James préféré.

 

Chose étonnante, le film, malgré sa médiocrité, fut un carton. Mais si on revoit avec plaisir les deux autres films de 1977, il est de plus en plus pénible de visionner celui-ci. Outre l’intrigue, les effets spéciaux – qui furent pourtant sélectionnés pour la course aux Oscars (1) – supportent plutôt mal le passage du temps et ce qu’on pouvait accepter à Lucas ou encore Ridley Scott pour son Alien cette même année 1979 – le bruit dans l’espace – ne passe pas du tout ici.

Quant à l’intrigue amoureuse de notre ami Jaws, je préfère ne pas en parler.

 

En ce qui concerne le cahier des charges de la série, on assiste à un remplissage en règle des plus indigent : les rapports entre Bond et Moneypenny (Lois Maxwell, encore là) sont réduits au minimum, tout comme les interventions de Q et son équipe dans un étrange monastère.

Nous avons droit à des poursuites, comme d’habitude, mais aucune en voiture et surtout une resucée de la poursuite dans les bayous de Live and let die (première apparition de Roger Moore dans la série).

La réplique figure aussi dans la liste des impondérables et les James Bond girls sont toujours aussi charmantes.

Notons aussi que c’est la dernière apparition de Bernard Lee dans le rôle de M puisqu’il s’éteint six mois avant la sortie de l’épisode suivant.

 

Bref, pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Une dernière chose enfin : l’un des assistants du réalisateur, qui réalisa aussi le montage est John Glen qui va prendre en main les cinq épisodes suivants de la série.

 

 

(1) Je sais, ce n’est pas toujours une référence : Chaplin n’eut qu’une seule statuette, et encore, ce fut seulement pour l’ensemble de son œuvre…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Jones, #Comédie
Erik le Viking (Erik the Viking - Terry Jones, 1989)

Las des différentes expéditions enchaînant le combat, le pillage et le viol, Erik le Viking (Tim Robbins) décide d’aller réveiller les dieux afin qu’ils mettent un terme à Ragnarök, cette nuit sans fin de guerre et d’atrocités.

Mais pour cela, il va devoir affronter mille périls et éviter en plus l’affreux Harald le Noir (John Cleese), qui n’a aucune raison que les choses changent.

 

Bien sûr, le nom de Terry Jones au générique implique une parodie. Et de ce côté, pas de problème : pour son deuxième film en solo, il fait tout de même appel à quelques noms renvoyant à la grande époque des Monty Python : John Cleese ou Neil Innes qui signe la musique. On retrouve aussi Charles McKeown – qui a travaillé avec Terry Gilliam, l’autre Terry des MP - qui interprète ici le père de Sven (Tim McInnerny), le berserk (1).

Et bien sûr, on retrouve Terry Jones dans la distribution, jouant le rôle du roi de Hy-Brasil, dont les compositions musicales sont assez particulières.

 

Deux ans après Personal Services, Jones nous propose ici un film plus consensuel : il n’a pas été interdit en Irlande ! On y retrouve en partie l’humour décalé de ses débuts au cinéma avec ses comparses et même un plan qui rappelle le début du Holy Grail : alors que l’infâme Loki (Antony Sher) va trahir Erik et ses guerriers en s’associant avec Harald, on aperçoit un gibet où pendent deux corps.

On y retrouve aussi des situations absurdes, dan leur propos ainsi que dans leurs situations. La séquence d’ouverture qui voit Erik discuter avec Helga (Samantha Bond) une villageoise au lieu de la violer donne le ton ainsi qu’un but supplémentaire dans la quête principale.

 

Pour le reste, on note un souci certain pour mettre en valeur le côté merveilleux de l’intrigue, rappelant, dans une moindre mesure l’univers de Terry Gilliam qui, l’année précédente avait sorti The Adventures of  baron Munchausen : l’affrontement avec le dragon de la Mer du Nord ou encore le décor d’Asgaard sont les éléments les plus probants. De même, avoir appelé l’endroit où est situé le Cor Résonnant « Hy-Brasil » n’a rien de fortuit, surtout quand on sait que Charles McKeown (encore lui) a participé au scénario de l'autre film (légèrement éponyme) de Gilliam.

 

On notera encore dans la distribution la participation de quelques personnages un tantinet décalés dans cette histoire des âges farouches :

  • Freya (Eartha « Miss » Kitt), une sorte de sorcière qu’Erik va consulter avant sa grande expédition. Ce n’est pas le personnage en tant que tel qui nous intéresse ici mais plutôt comment elle est arrivée là : la couleur de sa peau (elle est métisse) n’est pas de celle qu’on rencontre naturellement dans ces contrées nordiques, surtout à cette époque (2).
  • Harald le missionnaire (Freddie Jones, toujours aussi formidable), se déplace toujours avec un énorme volume (la Bible, sans aucun doute) essayant à chaque moment tragique de convertir un de ces païens. Mais à chaque fois, il est rembarré, quand il ne subit pas quelque ironie du sort lui faisant à chaque fois dire « c’est bon, c’est bon » (3).

 

 Ce dernier amène un élément plutôt inattendu dans cette histoire un brin foutraque : nous assistons à un choc des religions. En effet, la perception des différents éléments plus ou moins merveilleux n’affecte que celui ou ceux dont c’est la foi qui est concernée : la cape d’invisibilité ne concerne pas les vikings (ce qui nous offre une scène de combat plutôt comique) n’est perçue que par Harald. Alors que quand le drakkar atteint le bout du monde – là où se déverse l’océan – ce même Harald est assommé, et quand le voyage se continue au milieu des étoiles, il est persuadé que c’est le choc qui lui fait voir des étoiles (4). De même, il n’a aucune perception d’Asgaard et traverse la lourde porte alors que ses compagnons sont arrêtés par la taille et la masse de l’immense porte.

 

Si ce film n’atteint pas la qualité de ceux de l’autre Terry (Gilliam), il n’en possède pas moins un certain charme (voire un charme certain), et chaque visionnage – le cinquième, pour ma part – se déguste comme une friandise, avec gourmandise.

De plus, c’est l’occasion de retrouver Tim Robbins qui se fait bien rare sur les grands écrans des salles obscures…

Et puis il y a Terry Jones…

 

PS : J’ai eu la chance de revoir ce film au cinéma avec une vraie bobine, prêtée par la Cinémathèque. Il est des plaisirs qu’on ne saurait bouder…

 

  1. Un berserk est un guerrier enragé qu’on trouve dans la mythologie nordique
  2. Erik le Rouge, dont est inspiré le personnage principal, a vécu à la fin du premier millénaire après JC.
  3. « Right, right. »
  4. En VO, on ne voit pas « 36 chandelles » mais des étoiles (« I still see stars »)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alain Corneau, #Gangsters, #José Giovanni
Le deuxième Souffle (Alain Corneau, 2007)

Passer après Jean-Pierre Melville, même quand on s’appelle Alain Corneau, est une tâche très difficile.

Il faut dire que le grand Jean-Pierre avait placé la barre très haut, servi par une distribution à la hauteur.

Alors voir la version Corneau après la Melville, n’est peut-être pas une bonne idée. Pour Corneau.

 

En effet, j’ai déjà écrit ici ce que je pensais du film du maître, et n’ayant pas attendu 40 ans comme le public (1966-2007), les différences sautent aux yeux.

Je ne remets pas en question la distribution, Corneau s’étant entouré de pointures sérieuses, à part peut-être Monica Bellucci, dans le rôle de Manouche (interprétée par Christine Fabréga), qui a l’air presque trop jeune en face de Daniel Auteuil (Gu) ou Jacques Dutronc (Orloff).

A mon avis, elle est trop belle pour ce rôle.

Mais encore une fois, je ne reviens pas sur sa prestation, elle remplit son rôle (normal) comme il faut.

 

Ce qui diffère du premier film, c’est bien sûr l’ambiance. Même s’il n’est jamais mentionné, l’ombre de Melville plane sur le film, même si Corneau a voulu changer le ton.

Tout d’abord,  c’est en couleur, mais avec une variante très pertinente : un filtre rend les différents lieux et événements jaunâtres, donnant une teinte légèrement uniforme, à l’instar du noir et blanc du film original.

De plus, cette teinte donne au film une impression de chaleur (1), avec jusque ce qu’il faut d’étouffant, voire de sordide. [Sans oublier la couleur des murs des différents postes de police, comme on peut le lire dans de nombreux polars]

 

Sordide est le mot qui convient le plus au film de Corneau. En effet, après la sobriété générale qui qualifie l’œuvre de Melville, c’est une débauche de détails tous plus sanguinolents les uns que les autres, accentuée par des ralentis qui insistent sur la violence des différentes exécutions, celle de Gu, au final, devenant quasiment l’application d’une peine de mort – de toute façon inévitable pour Gu –, les  CRS étant en ligne, protégés par des boucliers et faisant feu sans discontinuer sur un homme qui n’en finit pas de mourir.

 

Cette utilisation du ralenti ne concerne que les morts violentes et, à mon avis, ne s’imposait pas. Elle n’apporte pas grand chose à une intrigue assez spectaculaire en elle-même comme cela fut montré quarante ans plus tôt. J’ajouterai même qu’elle a tendance à alourdir la narration, basculant ce qui était une tragédie des plus classiques dans le sensationnel, insistant sur les éléments morbides, les vidant de leur prime signification : nous sommes dans une histoire d’hommes d’honneur, et cet aspect a tendance à se délayer dans ces images (trop) spectaculaires.

Certes, il est répété à l’envi qu’on est dans une période où les mentalités changent, mais cela ne suffit pas comme excuse.

 

De plus, alors qu’on a affaire à des truands d’une certaine pointure, on peut reprocher une part presque trop importante aux dialogues. Certes, on retrouve quelques répliques qu’on a déjà entendues – je suppose qu’elles sont directement tirées du roman de Giovanni, sinon j’aurais tendance à croire qu’elles auraient été pompées sur le premier film – mais on assiste tout de même à une plus grande place laissée aux dialogues, alors qu’on a pu voir dans les films auxquels José Giovanni a collaboré (2) – scénario et/ou réalisation – des personnages des plus taciturnes : du Gitan au Ruffian, en passant par Deux Hommes dans la ville, ce n’est pas le bavardage qui domine.

Reste la reconstitution des années 1960s, ce qui était le présent du film de Melville. Pas de problème (3), on retrouve habillements, coiffures et surtout les voitures, véritable collection de ce qui se faisait à l’époque, dont bien sûr l’inévitable DS, voiture de président s’il en était…

Comme je l’ai écrit plus haut, le filtre a tendance à accentuer les caractéristiques de cette période, remplaçant (avantageusement ?) un noir et blanc obsolète au 21ème siècle (4).

 

Je terminerai par l’inévitable question, celle qui signifie que la poser, c’est déjà y répondre : ce film s’imposait-il vraiment ?

 

 

  1. On retrouve cette teinte dans de nombreux films muets, la couleur n’étant pas une technique bon marché : cette teinte concernait des lieux très éclairés, intérieurs (salon aux multiples lustres allumés) comme extérieurs (soleil à son zénith).
  2. Désolé, ça m’a échappé…
  3. Il est dit qu’on peut apercevoir un bus moderne derrière Gu, mais ce n’est tut de même pas ce qui saute aux yeux.
  4. L’est-il vraiment (obsolète) ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Melville, #José Giovanni, #Gangsters
Le deuxième Souffle (Jean-Pierre Melville, 1966)

Deux mois.

Deux mois de la vie d’un gangster qui s’évade participe à un coup et règle définitivement ses affaires.

Le gangster, c’est Gustave Minda, dit Gu (Lion Ventura). Minda est l’un des nombreux vrais-faux gangsters qu’on trouve dans la prose de José Giovanni (qui signe aussi le scénario), ancien membre du milieu et à l’occasion collaborateur plus ou moins zélé.

Vrai-faux parce que Gustave Minda est en fait Gustave Méla dit « Gu le terrible » du fait de son activité et de ses fréquentations douteuses durant l’Occupation (lui aussi), notamment auprès de la Carlingue (1).

 

Mais ici, pas de polémique quelconque, c’est d’ailleurs un ancien résistant qui mène la danse : Jean-Pierre Melville.

Et avec Melville, pas de bavardage. C’est un film d’une grande sobriété qui n’empêche pas pour autant de l’action dont un braquage meurtrier mais néanmoins administré de main de maître.

C’est aussi une histoire de gangsters et d’honneur, de ces films qui évoquent au spectateur d’aujourd’hui un temps où existait une estime réciproque – jusqu’à un certain point, cela va sans dire – basée sur ce même honneur et surtout un respect professionnel. La meilleure preuve c’est le personnage du commissaire Blot (Paul Meurisse), qui est en fait Clot et qui a croisé tout ce beau monde.

Il est amusant de noter que dans Le Gitan, c’est Marcel Bozzuffi qui interprète le rôle du commissaire alors que Paul Meurisse (encore lui) est un truand qui a le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment à chaque fois. Bref, on échange (presque) les rôles.

 

On retrouve dans ce film – tardif, si on se réfère à l’intrigue et la manière de filmer – non seulement les interprètes mais aussi l’ambiance des films de gangsters des années 1950, auxquels ce même Melville a participé (Bob le Flambeur, Le Doulos).

Mais ce qui caractérise Melville (encore une fois), c’est sa sobriété. Nul dialogue superflu, nul surjeu, nul plan acrobatique exécuté par vanité technique. 

Melville était ce qu’on peut appeler un cinéaste efficace : non  pas comme on l’entend actuellement quand un réalisateur règle une scène spectaculaire avec beaucoup d'effets par rapport au temps écoulé.

Non, Melville prend son temps mais rien n’est gratuit. La mise en place et surtout la réalisation du braquage sont des plus simples et surtout des plus efficientes. Certes, le coup est meurtrier mais le résultat est là.

 

Et il en va de même pour le reste du film.

Le second souffle, c’est celui qui amène aux sportifs un regain de vitalité et lui permet de hausser son effort en vue d’une arrivée victorieuse. Et il en va de même ici. Ce n’est pas un hasard si Gu s’évade et doit courir pour attraper un train, et reste allongé, à bout de souffle en attendant de repartir, comme le fait son compagnon.

Ce deuxième  souffle, ici, c’est avant tout le dernier coup de la carrière de Gu. Celui qui doit l’amener au finish, quel qu’il soit : la réussite ou la mort, il n’y a aucune alternative supplémentaire comme il le dit à Simone Sommelier, dite « Manouche » (Christine Fabréga).

 

Manouche, c’est la bouffée d’air frais de Gu qui cherche son second souffle. Elle est là, Pénélope fidèle qui ne peut empêcher un nouveau départ de celui qu’elle aime, sachant très bien quelle issue fatale il risque. Ce n’est pas une de ces femmes de gangsters bonne seulement à rendre des visites et envoyer des colis. Elle est en plus d’un soutien une femme d’organisation qui connaît toutes les ficelles du métier comme l’atteste ses différentes entrevues avec Blot.

 

Blot, c’est celui qu’on pourrait appeler « le troisième homme : celui avec lequel il faut compter bien qu’il ne soit pas du même côté de la barrière. Sa première intervention est des plus formidables : d’un cynisme terrible, il débite les phrases de Melville et Giovanni avec une aisance fantastique. Mais ses manières un tantinet retorses ne doivent pas faire oublier qu’il est lui aussi un « homme d’honneur ». Pour preuve, sa dernière intervention auprès des journalistes.

 

Au final, c’est ce qu’on pourrait appeler un film de gangsters crépusculaire, où chacun sait par avance le sort fatal qui va arriver : le truand qui fait son dernier coup ; le policier qui est là pour mettre un terme à ces pratiques d’un autre temps, quitte à enfreindre le code d’honneur tacite qui le lie à ceux qu’il poursuit (2) ; et le spectateur qui, malgré une certaine admiration pour ce héros aux mains sales, doit accepter l’issue malheureuse pour ce dernier, la morale exigeant encore de punir les méchant sans distinction.

De toute façon, si Gu s’en sortait, c’est un aller-simple vers la « Bascule à Charlot »  qui lui était destiné, alors pourquoi attendre…

 

  1. Surnom poétique donné à la Gestapo française située au 93, rue Lauriston (Paris 16ème).
  2. Ce n’est pas Blot, bien sûr, mais Fardiano (Paul Frankeur, autre rescapé de la grande époque), qui récolte malgré tout ce qu’il a semé en essayant de salir Gu.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Christopher McQuarrie, #Espionnage, #Mission Impossible
Mission Impossible: Fallout (Christopher McQuarrie, 2018)

Et de 6 !

C’est à nouveau Christopher McQuarrie qui dirige les nouvelles aventures d’Ethan Hunt (Tom Cruise) et ses joyeux compagnons : Benji (Simon Pegg) et Luther (Ving Rhames).

Et comme dans l’épisode 3, on retrouve la belle Julia Mead (Michelle Monaghan), qui fut un temps la femme d’Ethan.

Et encore une fois, les agents de IMF (Impossible Missions Force)  vont sauver le monde qui continue de vivre, inconscient des prouesses époustouflantes de ces personnages très spéciaux. A propos d’agents très spéciaux, pour donner la réplique à Tom Cruise, on retrouve le grand, beau et fort Henry « Superman » Cavill dans le rôle d’August Walker, un nettoyeur de la CIA.

Bref, nous sommes en très bonne compagnie, puisque le vrai méchant du film n’est autre que Sean Harris qu’on avait rencontré à l’épisode précédent, tout comma l’autre femme de l’histoire, Ilsa (Rebecca Ferguson), elle aussi très belle.

 

Nous sommes en terrain connu : poursuite et fusillades, plans à couper le souffle et Tom Cruise qui s’accroche encore à un rôle de jeune premier mais qui commence à trahir son âge (1).

On est à Paris, à Londres et finalement on arrive dans la région du Cachemire, où doit avoir lieu une explosion nucléaire qui devrait répandre par les réseaux liquides (ruisseaux, rivières, fleuves et océans) le virus de la variole, maladie éradiquée voilà quelques décennies (2).

A ce propos, ce nouveau genre de terrorisme bactériologique n’est pas à prendre à la légère : depuis son éradication, on ne vaccine plus, et donc les victimes seraient innombrables.

Mais nous pouvons souffler, ce n’est pas près d’arriver : Ethan Hunt veille…

 

PS : j’oubliais, la musique de Lalo Schiffrin est toujours présente, déclinée sous plusieurs formes pendant le film, mais fidèle au poste pendant le générique. D’ailleurs, le format qui rappelle les épisodes de la série oblige à dérouler une première bande de générique au tout début : une habitude qui s’est perdue depuis quelques années, amenant le spectateur de suite dans l’action, et reléguant la liste des participants à la fin, quand les spectateurs s’en vont, gênant les enragés dont je fais partie qui veulent tout savoir du film et plus spécialement la key grip et le best boy, pour ne citer qu’eux.

 

Alors oui, on en a pour son argent, mais on peut tout de même regretter le manque d’humour qui se fait de plus en plus rare à mesure que les épisodes se multiplient. Je citais Agents très spéciaux dont fait partie Cavill, mais je me suis plus amusé avec Solo et Kuryakin qu’avec Hunt et Compagnie.

Les séquences époustouflantes ne suffisent pas, surtout dans une franchise rompue.

Alors quand je lis qu’il y a au moins deux épisodes supplémentaires en projet, je reste dubitatif…

 

A suivre donc… (3)

 

  1. Né en 1962, ce (plus tout) jeune homme va donc fêter ses 57 ans…
  2. 1977
  3. Ou pas : ne vous sentez pas obligés…

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog