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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Jones, #Comédie
Erik le Viking (Erik the Viking - Terry Jones, 1989)

Las des différentes expéditions enchaînant le combat, le pillage et le viol, Erik le Viking (Tim Robbins) décide d’aller réveiller les dieux afin qu’ils mettent un terme à Ragnarök, cette nuit sans fin de guerre et d’atrocités.

Mais pour cela, il va devoir affronter mille périls et éviter en plus l’affreux Harald le Noir (John Cleese), qui n’a aucune raison que les choses changent.

 

Bien sûr, le nom de Terry Jones au générique implique une parodie. Et de ce côté, pas de problème : pour son deuxième film en solo, il fait tout de même appel à quelques noms renvoyant à la grande époque des Monty Python : John Cleese ou Neil Innes qui signe la musique. On retrouve aussi Charles McKeown – qui a travaillé avec Terry Gilliam, l’autre Terry des MP - qui interprète ici le père de Sven (Tim McInnerny), le berserk (1).

Et bien sûr, on retrouve Terry Jones dans la distribution, jouant le rôle du roi de Hy-Brasil, dont les compositions musicales sont assez particulières.

 

Deux ans après Personal Services, Jones nous propose ici un film plus consensuel : il n’a pas été interdit en Irlande ! On y retrouve en partie l’humour décalé de ses débuts au cinéma avec ses comparses et même un plan qui rappelle le début du Holy Grail : alors que l’infâme Loki (Antony Sher) va trahir Erik et ses guerriers en s’associant avec Harald, on aperçoit un gibet où pendent deux corps.

On y retrouve aussi des situations absurdes, dan leur propos ainsi que dans leurs situations. La séquence d’ouverture qui voit Erik discuter avec Helga (Samantha Bond) une villageoise au lieu de la violer donne le ton ainsi qu’un but supplémentaire dans la quête principale.

 

Pour le reste, on note un souci certain pour mettre en valeur le côté merveilleux de l’intrigue, rappelant, dans une moindre mesure l’univers de Terry Gilliam qui, l’année précédente avait sorti The Adventures of  baron Munchausen : l’affrontement avec le dragon de la Mer du Nord ou encore le décor d’Asgaard sont les éléments les plus probants. De même, avoir appelé l’endroit où est situé le Cor Résonnant « Hy-Brasil » n’a rien de fortuit, surtout quand on sait que Charles McKeown (encore lui) a participé au scénario de l'autre film (légèrement éponyme) de Gilliam.

 

On notera encore dans la distribution la participation de quelques personnages un tantinet décalés dans cette histoire des âges farouches :

  • Freya (Eartha « Miss » Kitt), une sorte de sorcière qu’Erik va consulter avant sa grande expédition. Ce n’est pas le personnage en tant que tel qui nous intéresse ici mais plutôt comment elle est arrivée là : la couleur de sa peau (elle est métisse) n’est pas de celle qu’on rencontre naturellement dans ces contrées nordiques, surtout à cette époque (2).
  • Harald le missionnaire (Freddie Jones, toujours aussi formidable), se déplace toujours avec un énorme volume (la Bible, sans aucun doute) essayant à chaque moment tragique de convertir un de ces païens. Mais à chaque fois, il est rembarré, quand il ne subit pas quelque ironie du sort lui faisant à chaque fois dire « c’est bon, c’est bon » (3).

 

 Ce dernier amène un élément plutôt inattendu dans cette histoire un brin foutraque : nous assistons à un choc des religions. En effet, la perception des différents éléments plus ou moins merveilleux n’affecte que celui ou ceux dont c’est la foi qui est concernée : la cape d’invisibilité ne concerne pas les vikings (ce qui nous offre une scène de combat plutôt comique) n’est perçue que par Harald. Alors que quand le drakkar atteint le bout du monde – là où se déverse l’océan – ce même Harald est assommé, et quand le voyage se continue au milieu des étoiles, il est persuadé que c’est le choc qui lui fait voir des étoiles (4). De même, il n’a aucune perception d’Asgaard et traverse la lourde porte alors que ses compagnons sont arrêtés par la taille et la masse de l’immense porte.

 

Si ce film n’atteint pas la qualité de ceux de l’autre Terry (Gilliam), il n’en possède pas moins un certain charme (voire un charme certain), et chaque visionnage – le cinquième, pour ma part – se déguste comme une friandise, avec gourmandise.

De plus, c’est l’occasion de retrouver Tim Robbins qui se fait bien rare sur les grands écrans des salles obscures…

Et puis il y a Terry Jones…

 

PS : J’ai eu la chance de revoir ce film au cinéma avec une vraie bobine, prêtée par la Cinémathèque. Il est des plaisirs qu’on ne saurait bouder…

 

  1. Un berserk est un guerrier enragé qu’on trouve dans la mythologie nordique
  2. Erik le Rouge, dont est inspiré le personnage principal, a vécu à la fin du premier millénaire après JC.
  3. « Right, right. »
  4. En VO, on ne voit pas « 36 chandelles » mais des étoiles (« I still see stars »)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alain Corneau, #Gangsters, #José Giovanni
Le deuxième Souffle (Alain Corneau, 2007)

Passer après Jean-Pierre Melville, même quand on s’appelle Alain Corneau, est une tâche très difficile.

Il faut dire que le grand Jean-Pierre avait placé la barre très haut, servi par une distribution à la hauteur.

Alors voir la version Corneau après la Melville, n’est peut-être pas une bonne idée. Pour Corneau.

 

En effet, j’ai déjà écrit ici ce que je pensais du film du maître, et n’ayant pas attendu 40 ans comme le public (1966-2007), les différences sautent aux yeux.

Je ne remets pas en question la distribution, Corneau s’étant entouré de pointures sérieuses, à part peut-être Monica Bellucci, dans le rôle de Manouche (interprétée par Christine Fabréga), qui a l’air presque trop jeune en face de Daniel Auteuil (Gu) ou Jacques Dutronc (Orloff).

A mon avis, elle est trop belle pour ce rôle.

Mais encore une fois, je ne reviens pas sur sa prestation, elle remplit son rôle (normal) comme il faut.

 

Ce qui diffère du premier film, c’est bien sûr l’ambiance. Même s’il n’est jamais mentionné, l’ombre de Melville plane sur le film, même si Corneau a voulu changer le ton.

Tout d’abord,  c’est en couleur, mais avec une variante très pertinente : un filtre rend les différents lieux et événements jaunâtres, donnant une teinte légèrement uniforme, à l’instar du noir et blanc du film original.

De plus, cette teinte donne au film une impression de chaleur (1), avec jusque ce qu’il faut d’étouffant, voire de sordide. [Sans oublier la couleur des murs des différents postes de police, comme on peut le lire dans de nombreux polars]

 

Sordide est le mot qui convient le plus au film de Corneau. En effet, après la sobriété générale qui qualifie l’œuvre de Melville, c’est une débauche de détails tous plus sanguinolents les uns que les autres, accentuée par des ralentis qui insistent sur la violence des différentes exécutions, celle de Gu, au final, devenant quasiment l’application d’une peine de mort – de toute façon inévitable pour Gu –, les  CRS étant en ligne, protégés par des boucliers et faisant feu sans discontinuer sur un homme qui n’en finit pas de mourir.

 

Cette utilisation du ralenti ne concerne que les morts violentes et, à mon avis, ne s’imposait pas. Elle n’apporte pas grand chose à une intrigue assez spectaculaire en elle-même comme cela fut montré quarante ans plus tôt. J’ajouterai même qu’elle a tendance à alourdir la narration, basculant ce qui était une tragédie des plus classiques dans le sensationnel, insistant sur les éléments morbides, les vidant de leur prime signification : nous sommes dans une histoire d’hommes d’honneur, et cet aspect a tendance à se délayer dans ces images (trop) spectaculaires.

Certes, il est répété à l’envi qu’on est dans une période où les mentalités changent, mais cela ne suffit pas comme excuse.

 

De plus, alors qu’on a affaire à des truands d’une certaine pointure, on peut reprocher une part presque trop importante aux dialogues. Certes, on retrouve quelques répliques qu’on a déjà entendues – je suppose qu’elles sont directement tirées du roman de Giovanni, sinon j’aurais tendance à croire qu’elles auraient été pompées sur le premier film – mais on assiste tout de même à une plus grande place laissée aux dialogues, alors qu’on a pu voir dans les films auxquels José Giovanni a collaboré (2) – scénario et/ou réalisation – des personnages des plus taciturnes : du Gitan au Ruffian, en passant par Deux Hommes dans la ville, ce n’est pas le bavardage qui domine.

Reste la reconstitution des années 1960s, ce qui était le présent du film de Melville. Pas de problème (3), on retrouve habillements, coiffures et surtout les voitures, véritable collection de ce qui se faisait à l’époque, dont bien sûr l’inévitable DS, voiture de président s’il en était…

Comme je l’ai écrit plus haut, le filtre a tendance à accentuer les caractéristiques de cette période, remplaçant (avantageusement ?) un noir et blanc obsolète au 21ème siècle (4).

 

Je terminerai par l’inévitable question, celle qui signifie que la poser, c’est déjà y répondre : ce film s’imposait-il vraiment ?

 

 

  1. On retrouve cette teinte dans de nombreux films muets, la couleur n’étant pas une technique bon marché : cette teinte concernait des lieux très éclairés, intérieurs (salon aux multiples lustres allumés) comme extérieurs (soleil à son zénith).
  2. Désolé, ça m’a échappé…
  3. Il est dit qu’on peut apercevoir un bus moderne derrière Gu, mais ce n’est tut de même pas ce qui saute aux yeux.
  4. L’est-il vraiment (obsolète) ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Melville, #José Giovanni, #Gangsters
Le deuxième Souffle (Jean-Pierre Melville, 1966)

Deux mois.

Deux mois de la vie d’un gangster qui s’évade participe à un coup et règle définitivement ses affaires.

Le gangster, c’est Gustave Minda, dit Gu (Lion Ventura). Minda est l’un des nombreux vrais-faux gangsters qu’on trouve dans la prose de José Giovanni (qui signe aussi le scénario), ancien membre du milieu et à l’occasion collaborateur plus ou moins zélé.

Vrai-faux parce que Gustave Minda est en fait Gustave Méla dit « Gu le terrible » du fait de son activité et de ses fréquentations douteuses durant l’Occupation (lui aussi), notamment auprès de la Carlingue (1).

 

Mais ici, pas de polémique quelconque, c’est d’ailleurs un ancien résistant qui mène la danse : Jean-Pierre Melville.

Et avec Melville, pas de bavardage. C’est un film d’une grande sobriété qui n’empêche pas pour autant de l’action dont un braquage meurtrier mais néanmoins administré de main de maître.

C’est aussi une histoire de gangsters et d’honneur, de ces films qui évoquent au spectateur d’aujourd’hui un temps où existait une estime réciproque – jusqu’à un certain point, cela va sans dire – basée sur ce même honneur et surtout un respect professionnel. La meilleure preuve c’est le personnage du commissaire Blot (Paul Meurisse), qui est en fait Clot et qui a croisé tout ce beau monde.

Il est amusant de noter que dans Le Gitan, c’est Marcel Bozzuffi qui interprète le rôle du commissaire alors que Paul Meurisse (encore lui) est un truand qui a le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment à chaque fois. Bref, on échange (presque) les rôles.

 

On retrouve dans ce film – tardif, si on se réfère à l’intrigue et la manière de filmer – non seulement les interprètes mais aussi l’ambiance des films de gangsters des années 1950, auxquels ce même Melville a participé (Bob le Flambeur, Le Doulos).

Mais ce qui caractérise Melville (encore une fois), c’est sa sobriété. Nul dialogue superflu, nul surjeu, nul plan acrobatique exécuté par vanité technique. 

Melville était ce qu’on peut appeler un cinéaste efficace : non  pas comme on l’entend actuellement quand un réalisateur règle une scène spectaculaire avec beaucoup d'effets par rapport au temps écoulé.

Non, Melville prend son temps mais rien n’est gratuit. La mise en place et surtout la réalisation du braquage sont des plus simples et surtout des plus efficientes. Certes, le coup est meurtrier mais le résultat est là.

 

Et il en va de même pour le reste du film.

Le second souffle, c’est celui qui amène aux sportifs un regain de vitalité et lui permet de hausser son effort en vue d’une arrivée victorieuse. Et il en va de même ici. Ce n’est pas un hasard si Gu s’évade et doit courir pour attraper un train, et reste allongé, à bout de souffle en attendant de repartir, comme le fait son compagnon.

Ce deuxième  souffle, ici, c’est avant tout le dernier coup de la carrière de Gu. Celui qui doit l’amener au finish, quel qu’il soit : la réussite ou la mort, il n’y a aucune alternative supplémentaire comme il le dit à Simone Sommelier, dite « Manouche » (Christine Fabréga).

 

Manouche, c’est la bouffée d’air frais de Gu qui cherche son second souffle. Elle est là, Pénélope fidèle qui ne peut empêcher un nouveau départ de celui qu’elle aime, sachant très bien quelle issue fatale il risque. Ce n’est pas une de ces femmes de gangsters bonne seulement à rendre des visites et envoyer des colis. Elle est en plus d’un soutien une femme d’organisation qui connaît toutes les ficelles du métier comme l’atteste ses différentes entrevues avec Blot.

 

Blot, c’est celui qu’on pourrait appeler « le troisième homme : celui avec lequel il faut compter bien qu’il ne soit pas du même côté de la barrière. Sa première intervention est des plus formidables : d’un cynisme terrible, il débite les phrases de Melville et Giovanni avec une aisance fantastique. Mais ses manières un tantinet retorses ne doivent pas faire oublier qu’il est lui aussi un « homme d’honneur ». Pour preuve, sa dernière intervention auprès des journalistes.

 

Au final, c’est ce qu’on pourrait appeler un film de gangsters crépusculaire, où chacun sait par avance le sort fatal qui va arriver : le truand qui fait son dernier coup ; le policier qui est là pour mettre un terme à ces pratiques d’un autre temps, quitte à enfreindre le code d’honneur tacite qui le lie à ceux qu’il poursuit (2) ; et le spectateur qui, malgré une certaine admiration pour ce héros aux mains sales, doit accepter l’issue malheureuse pour ce dernier, la morale exigeant encore de punir les méchant sans distinction.

De toute façon, si Gu s’en sortait, c’est un aller-simple vers la « Bascule à Charlot »  qui lui était destiné, alors pourquoi attendre…

 

  1. Surnom poétique donné à la Gestapo française située au 93, rue Lauriston (Paris 16ème).
  2. Ce n’est pas Blot, bien sûr, mais Fardiano (Paul Frankeur, autre rescapé de la grande époque), qui récolte malgré tout ce qu’il a semé en essayant de salir Gu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Christopher McQuarrie, #Espionnage, #Mission Impossible
Mission Impossible: Fallout (Christopher McQuarrie, 2018)

Et de 6 !

C’est à nouveau Christopher McQuarrie qui dirige les nouvelles aventures d’Ethan Hunt (Tom Cruise) et ses joyeux compagnons : Benji (Simon Pegg) et Luther (Ving Rhames).

Et comme dans l’épisode 3, on retrouve la belle Julia Mead (Michelle Monaghan), qui fut un temps la femme d’Ethan.

Et encore une fois, les agents de IMF (Impossible Missions Force)  vont sauver le monde qui continue de vivre, inconscient des prouesses époustouflantes de ces personnages très spéciaux. A propos d’agents très spéciaux, pour donner la réplique à Tom Cruise, on retrouve le grand, beau et fort Henry « Superman » Cavill dans le rôle d’August Walker, un nettoyeur de la CIA.

Bref, nous sommes en très bonne compagnie, puisque le vrai méchant du film n’est autre que Sean Harris qu’on avait rencontré à l’épisode précédent, tout comma l’autre femme de l’histoire, Ilsa (Rebecca Ferguson), elle aussi très belle.

 

Nous sommes en terrain connu : poursuite et fusillades, plans à couper le souffle et Tom Cruise qui s’accroche encore à un rôle de jeune premier mais qui commence à trahir son âge (1).

On est à Paris, à Londres et finalement on arrive dans la région du Cachemire, où doit avoir lieu une explosion nucléaire qui devrait répandre par les réseaux liquides (ruisseaux, rivières, fleuves et océans) le virus de la variole, maladie éradiquée voilà quelques décennies (2).

A ce propos, ce nouveau genre de terrorisme bactériologique n’est pas à prendre à la légère : depuis son éradication, on ne vaccine plus, et donc les victimes seraient innombrables.

Mais nous pouvons souffler, ce n’est pas près d’arriver : Ethan Hunt veille…

 

PS : j’oubliais, la musique de Lalo Schiffrin est toujours présente, déclinée sous plusieurs formes pendant le film, mais fidèle au poste pendant le générique. D’ailleurs, le format qui rappelle les épisodes de la série oblige à dérouler une première bande de générique au tout début : une habitude qui s’est perdue depuis quelques années, amenant le spectateur de suite dans l’action, et reléguant la liste des participants à la fin, quand les spectateurs s’en vont, gênant les enragés dont je fais partie qui veulent tout savoir du film et plus spécialement la key grip et le best boy, pour ne citer qu’eux.

 

Alors oui, on en a pour son argent, mais on peut tout de même regretter le manque d’humour qui se fait de plus en plus rare à mesure que les épisodes se multiplient. Je citais Agents très spéciaux dont fait partie Cavill, mais je me suis plus amusé avec Solo et Kuryakin qu’avec Hunt et Compagnie.

Les séquences époustouflantes ne suffisent pas, surtout dans une franchise rompue.

Alors quand je lis qu’il y a au moins deux épisodes supplémentaires en projet, je reste dubitatif…

 

A suivre donc… (3)

 

  1. Né en 1962, ce (plus tout) jeune homme va donc fêter ses 57 ans…
  2. 1977
  3. Ou pas : ne vous sentez pas obligés…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Walter Ruttmann, #Karl Freund
Berlin, Symphonie d'une grande ville (Berlin, Die Sinfonie der Großstadt - Walter Ruttmann, 1927)

Décidément, 1927 est une année riche pour le cinéma. Dans tous les pays, on assiste à la sortie de films magnifiques, de genres fort différents.

C’est le cas de cette Symphonie qui voit une journée – ordinaire ? – dans la capitale allemande.

Le film ce décompose en cinq parties, interrompues par un intertitre, présentant les différentes parties de la journée.

 

Tout commence par l’eau d’une rivière (Spree ou Havel ?) qui ondule doucement, rapidement remplacée par des lignes horizontales et en mouvement constant, s’effaçant progressivement pour laisser la place à un train qui arrive à Berlin.

Les premières images que nous avons de cette grande ville nous exposent un Berlin vide, désertée, où rien ne se passe, à part un morceau de papier qui volète sur le sol.

Mais rapidement, les habitants apparaissent, de plus en plus nombreux, et les machines se mettent en marche, anticipant sur la seconde partie qui voit les gens aller travailler.

Viennent ensuite les différents corps de métiers qui voient leurs salariés arriver, ainsi que les différents éléments des écoles, les professeurs bien sûr, mais surtout les enfants qui ne vont pas à la même vitesse que leurs aînés qui vont travailler.

Puis c’est la pause déjeuner, la reprise et enfin les activités post travail qui nous emmènent au bout de la nuit, avant que tout recommence le lendemain.

 

Nous sommes deux ans avant L’Homme à la caméra, et e qui frappe le plus dans ce film, c’est le mouvement. Le scénario de Ruttmann et Karl Freund (1) ne laisse que très peu de place à l’immobilité. De plus, le montage rapide et dynamique acccentue la frénésie de cette grande ville. Si la mise en train peut paraître lente voire poussive, une fois que la machine est lancée, elle ne va plus s’arrêter. Ce sont de plus en plus de véhicules et de gens qui se déplacent, amenant de nouvelles lignes horizontales et verticales.

 

C’est sans cesse une alternance de lignes horizontales et verticales la plupart du temps amenées par les différentes modes de locomotion à disposition : train, tram, voitures, vélos…

Parfois Ruttmann mixe des deux, grâce à l’architecture urbaine ou la présence des humains : la rue devient le lieu du croisement entre les lignes horizontales des trajectoires des voitures alors que s’y mélangent les silhouettes verticales des différents piétons qui traversent, donnant une autre verticalité à ces images.

 

A propos de la frénésie qui gagne progressivement le film, la période de travail après midi atteint un paroxysme dans la vitesse et l’intensité de l’activité. Et l’addition d’images extérieures – deux chiens qui se battent ou la caméra posée à l’avant d’un wagonnet de montagnes russes quand il prend de la vitesse – donne presque le vertige au spectateur qui se sent alors brinqueballé dans un tourbillon de plus en plus rapide.

Heureusement, la fin d’après-midi laisse la place aux activités de loisirs de ces différents travailleurs (adultes comme enfants). C’est une pause salutaire pour le spectateur, mais elle est de courte durée parce que les différents sports montrés tournent bien vite à la compétition et on retrouve le rythme soutenu des séquences précédentes.

 

Mais alors que le soir s’installe, et qu’on aurait pensé voir les gens rentrer tranquillement chez eux, c’est la vie nocturne qui se met en place, où si les déplacements sont moins visibles, il n’en demeure pas que le rythme va encore une fois en s’accélérant, la pénombre étant rapidement chassée au profit des enseignes des différents lieux de vie nocturne : au cinéma on lit Tom Mix, mais on voit les pieds du vagabond de Chaplin ; les différents réclames et enseignes, nouvelles lignes lumineuses cette fois, se mélangent les unes avec les autres zébrant la nuit de leurs lumières plus ou moins clignotantes ; les différentes revues nous proposent des alignement de danseuses lançant en l’air leurs jambes (2), jusqu’au tombé définitif du rideau marquant le début de la fin de la journée.

Ces attractions sont, bien entendu, fréquentées par les gens aisés de la ville : pendant ce temps, les moins riches s’entassent dans les différents cafés, s’amusant, riant et buvant de la bière.

 

C’est une succession d’images absolument magnifiques : il faut dire que la présence de Karl Freund est pour beaucoup dans les cadrages, même s’il n’est pas crédité en tant que chef-opérateur comme la plupart du temps.

De plus, à différents moments du film, Ruttmann insère des plans qui se démarquent de l’ambiance générale de frénésie et d’insouciance, ramenant régulièrement le spectateur à la réalité froide et tragique : c’est un corbillard qui évolue doucement parmi les voitures qui transportent rapidement les uns et les autres. C’est aussi cette mère avec ses deux enfants, assise sur des marches, le regard triste ; c’est aussi cette vendeuse à la sauvette qui glane quelques pfennigs en vendant quelque camelote ; et puis aussi cette jeune femme par-dessus le parapet d’un pont et qui après avoir fixé les eaux tumultueuses va se jeter et disparaître dans le courant.

 

Avec ce film, Ruttmann est le témoin de son époque, tout comme le sera Vertov deux ans plus tard. Mais alors que Vertov filme avec des arrière-pensées politiques, Ruttmann ne veut rien démontrer. De plus, il est le témoin qui ne prend pas non plus part aux images qu’il montre.

D’une manière générale, la démarche de Ruttmann et Freund est beaucoup plus artistique : la symphonie du titre est d’ailleurs d’une grande pertinence, classant le film dans une œuvre d’art alliant images et musique par leur point commun, le rythme.

Et il est bien dommage qu’on encense autant Vertov et qu’on ait tendance à oublier ce film.

La participation de Ruttmann dans le régime nazi qui se met en place quelques années plus tard peut l’expliquer, mais ce serait alors pénaliser Freund voire Mayer qui n’ont pas suivi le même chemin.

 

Berlin est un film qu’il est urgent de faire (re)découvrir.

 

  1. Sur une idée de l’immense Carl Mayer, excusez du peu…
  2. Est-il besoin de préciser que ce sont de nouvelles lignes qui nous sont alors proposée ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Pirates
Barbe Noire le Pirate (Blackbeard, the Pirate - Raoul Walsh, 1952)

C’est finalement Robert Newton qui tient le rôle du pirate, dirigé par Raoul Walsh, dans une adaptation très libre de la vie – et surtout la fin – de ce terrible personnage à la barbe noire et tressée.

 

Barbe-Noire est le type de personnage très walshien, de par sa démesure et sa truculence. Encore qu’on aurait pu faire un peu plus dans cette démesure. Mais pour une fois que le chef des pirates ne s’en sort pas à la fin, on ne va pas bouder notre plaisir.

Encore que les deux premiers tiers du film sont tout de même un peu lents et que heureusement pour nous, on assiste à une fin spectaculaire autant que cruelle.

 

Ce Barbe-Noire n’a rien d’un enfant de chœur, et surtout n’est absolument pas romantique comme pouvait l’être Errol Flynn dans les années 1930s ou encore Douglas Fairbanks dans la décennie précédente.

Robert Newton campe un Barbe-Noire des plus retors et cruel, pas très regardant quand il s’agit de sauver sa peau, sacrifiant ainsi un de ses hommes pour éviter lui-même la mort, en tuant un autre pour se faire passer pour mort.

Bref, un abominable personnage, reflétant tout de même la réalité quant à la flibuste.

 

En face de ce loup de mer, on trouve un autre pirate des plus célèbres : Henry Morgan (Torin Thatcher). Le seul petit problème, c’est que le véritable Morgan est mort quelques années seulement après la naissance du premier, en 1688. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma.

Par contre, s’il est bien quelqu’un qui a combattu l’infâme c’est Robert Maynard (Keith Andes).

C’est d’ailleurs lui qui raconte l’histoire et nous suivons donc son point de vue, jusqu’à la mort du pirate sur l’île d’Ocracoke, tué par ceux qui furent ses compagnons de mer.

 

Si Robert Newton s’en tire plutôt bien – Boris Karloff avait été envisagé – Keith Andes interprète un Maynard un tantinet falot : c’est un jeune homme blond, plein de courage, mais il lui manque le charme et surtout le charisme de ses prédécesseurs (voir plus haut).

Pourtant, il est secondé par Edwina Mansfield (Linda Darnell, toujours aussi belle) qui au final fait montre d’un caractère beaucoup plus trempé que son prétendant.

Cette différence explique aussi pourquoi Keith Andes n’apparaît qu’en quatrième position sur l’affiche du film.

Autre personnage de type walshien cette fois : Alvina (Irene Ryan). C’est une vieille demoiselle de compagnie qui suit la belle Edwina, mais n’a toujours pas trouvé l’âme sœur (on comprend alors aisément pourquoi elle est une « Lady en devenir »). C’est surtout une femme qui sait boire, comme elle le montre à B.N. : ce dernier en profite pour lui tirer le secret de sa maîtresse.

 

Si le seul dernier tiers retient l’attention, c’est aussi parce qu’on y assiste – enfin – à des abordages et les combats qui les accompagnent. Ca tire, ça tue, ça brette… Mais ça ne saute pas : pas de filins qui transbordent les pirates comme chez Curtiz ou Parker.

Par contre le combat naval entre les navires (celui de Morgan contre celui de B.N.) est destructeur au possible, les différentes phases s’enchaînant comme il faut pour le plaisir des spectateurs.

 

Quant à la fin du pirate – et du film par la même occasion – on assiste à un supplice des plus raffinés mais surtout très cruel : Barbe-Noire est enterré (vivant) sur la plage, seule sa tête dépassant pendant que la marée monte et le noie.

 

Cette image terrible m’a longtemps poursuivie : enfant, des copains m’avaient raconté ce final, insistant sur les détails horrifiques. J’ai enfin pu voir ce qu’il en était !

Et j’avoue que c’est un final des plus terribles, surtout quand il est comparé aux autres films de pirates que j’ai pu voir entretemps…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Gangsters, #Robert de Niro
Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)

Little Italy, New York (New York).

Charlie (Harvey Keitel) est un petit truand qui travaille pour son oncle Giovanni Cappa (Cesare Danova), avec l’espoir de gravir les échelons : il travaille dans la mafia new-yorkaise.

Mais malheureusement pour Charlie, il y a Johnny Boy (Robert de Niro), qui doit de l’argent à tout le monde, surtout à Michael (Richard Romanus), et ce dernier perd patience.

 

Pour son troisième long métrage, Martin Scorsese fait ses premiers pas dans le film de gangsters, avec bien sûr l’incontournable mafia qu’il reprendra une quinzaine d’années plus tard dans Goodfellas.

Mais ici, pas de rituels mafieux ni de parrain. Charlie et ses « amis » sont des truands de petite envergure, l’oncle de Charlie n’étant pas vraiment un grand ponte du système.

Et déjà on retrouve des éléments qu’il développera à nouveau ultérieurement : l’amitié, l’ambition et la religion (catholique, bien sûr).

 

La religion est omniprésente dans le film. En effet, on voit une procession dans Little Italy, avec la statue d’un saint (François d’Assise ?) qui défile, ainsi que les différentes réjouissances qui se déroulent pendant le temps de l’intrigue. En effet, l’intrigue ne se déroule pas sur une période bien longue, ce resserrement temporel permettant de plus se concentrer sur ce qu’il se passe pendant ces quelques jours.

De plus, la religion est aussi un soutien dans la vie de Charlie, donnant un sens à sa vie et surtout lui permettant d’accéder à une rédemption temporaire grâce à la confession.

 

L’amitié, qui est déjà couplée avec un sentiment d’honneur (la parole donnée), est omniprésente. Les différents protagonistes sont amis, ce qui amène toutefois quelques échauffourées, surtout entre Johnny et Michael, pour cette histoire d’argent, bien sûr.

On retrouve tout de même cette amitié virile et presque indéfectible qui marquera les protagonistes de Goodfellas ou encore Casino : l’analogie avec Casino devenant plus que pertinente. En effet, tout comme Sam Rothstein (Robert de Niro) par rapport à Nicky Santoro (Joe Pesci), son amitié avec Johnny Boy est de plus en plus difficile puisque ce dernier s’enfonce de plus en plus vers une issue déjà fatale.

 

Mais c’est avant tout l’ambition de Charlie qui est le moteur de l’intrigue. Charlie veut sortir des petites combines qu’il a montées avec ses amis et veut plaire à Cappa qui peut l’introduire dans un milieu plus important que ces petits larcins.

Mais l’amitié avec Johnny va sérieusement compromettre son avenir, son oncle n’approuvant pas son choix. Alors quand Johnny découvre que Charlie sort avec sa cousine Teresa (Amy Robinson), la situation se complique dangereusement.

 

Et puis il y a la violence.

C’est Johnny qui tire des coups de feu du haut d’un toit pour effrayer le voisinage ; c’est aussi la rixe dans le bar où  Charlie est venu encaisser les frais de « protection ». Et c’est bien sûr les coups de feu tirés sur Johnny par un tueur répondant au nom de Shorty, mais qui est surtout interprété par Martin Scorsese, qui aime à apparaître dans ses films.

 

Et déjà, dans ce premier film de gangsters, tout comme dans ceux qui suivront, Charlie aura beau tout tenter pour se hisser dans la « famille » de son oncle, il n’y arrivera pas. La fin le ramènera à sa situation initiale, voire plus bas : comment expliquer à son oncle la dernière séquence avec ces mêmes coups de feu, surtout après les mises en garde…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
Cœurs brûlés (Morocco - Josef von Sternberg, 1930)

A peine débarquée à Hollywood, Marlene Dietrich rejoint son mentor – Josef von Sternberg – pour un nouveau film qui va la propulser en haut de l’affiche. Encore une fois (1).

Cette fois-ci, c’est Gary Cooper qui partage la vedette et dans une moindre dimension, le vétéran Adolphe Menjou. On retrouvera d’ailleurs Cooper et Menjou deux ans plus tard dans le superbe Farewell to Arms.

 

Le même jour, à Mogador (côte ouest du Maroc) arrivent un bataillon de la légion étrangère ainsi qu’un paquebot venant d’Europe. Parmi les légionnaires, le soldat Tom Brown (Gary Cooper). Parmi les passagers, le riche La Bessière (Adolphe Menjou), habitué du pays, et la jeune et belle Amy Jolly (2), interprétée par la non moins belle Marlene.

Bien sûr, La Bessière tombe sous le charme de cette superbe femme, mais Tom aussi, et l’âge, s’il est parfois un bénéfice, est aussi un handicap face à un jeune homme (surtout quand c’est Gary Cooper !).

Mais Brown est envoyé dans le désert et son régiment revient sans lui…

 

Avec ce film s’ouvre un nouveau thème dans le cinéma américain : la Légion étrangère. Gary Cooper s’y retrouvera neuf ans plus tard avec William Wellman pour l’inoubliable Beau Geste. Mais alors que les autres films vont insister sur certains faits d’armes, ici nous n’avons que très peu de plan relatif à la guerre (3), Sternberg insistant pour sa part sur l’ambiance et surtout les éclairages. En effet, quand Brown est envoyé en mission – où meurt Caesar (Ullrich Haupt Sr., qui mourra lui aussi d’un coup de feu, mais involontaire celui-là, l’année suivante) – pour détruire une mitrailleuse, Sternberg abandonne la séquence alors que son héros s’approche de son objectif, revenant à Mogador, où se languit Amy.

 

Comme nous sommes dans ce qui fut une colonie française, la langue de Molière est régulièrement utilisée,  surtout par celui avec qui Sternberg a commencé, Emile Chautard (on le retrouvera dans deux autres Sternberg : Shanghai Express et Blonde Venus tous deux sortis en 1932).

Le français est aussi utilisé pour les ordres militaires même si certaine tournure n’est pas très habile. Dernière utilisation de cette langue : la troisième chanson qu’interprète Amy (eh oui, cher professeur Allen John, elle chante trois fois !)…

Cette utilisation à peu près naturelle ajoute dans le souci d’authenticité qu’on retrouve tout le long du film.

 

Cette authenticité qui prime dans les films de Sternberg est accentuée dans les différents détails de la vie de la caserne : les militaires grossiers qui huent Amy à sa première apparition, préférant voir ses jambes que son smoking (voir plus bas) ; les femmes qui suivent les différents bataillons en déplacement – « l’arrière-garde », les appelle La Bessière – ou encore celles qui s’accrochent au cou des soldats, le temps d’une permission ou/et de les plumer…

 

Mais encore une fois, c’est Marlene Dietrich que suit constamment Sternberg. Sa caméra est constamment en mouvement pour suivre la belle Allemande, à son propre rythme, s’attardant sur certaines poses plus ou moins mélancoliques.

Mais si Amy Jolly est ce que le capitaine du paquebot appelle une « candidate au suicide (4), sa première sortie au cabaret de Lo Tinto (Paul Porcasi) – le propriétaire à l’immense boucle d’oreille – a tout d’un événement, qu’il concerne le film lui-même ou son intrigue.

Amy apparaît en smoking donc, avec chapeau claque, et interprète Give me the Man (pas formidablement, d’ailleurs) et se penche à un moment vers une autre femme pour lui prendre une fleur, l’embrassant pour l’occasion sur la bouche le plus naturellement du monde.

Mais nous sommes encore dans la période pré-code et ce geste qui sera bien sûr fortement découragé quelques années plus tard ne choque personne sur l’écran.

Comme quoi, certaines mœurs ont régressées…

 

Et alors que l’Ange bleu se termine sur la mort du professeur, ici, Sternberg nous propose une fin ouverte, où personne ne meurt si ce n’est l’espoir de La Bessière : la belle Amy abandonne tout pour grossir le rang des femmes de l’arrière, celles qui aiment leur soldat.

 

C’est une fin fort étrange mais qui conclut tout de même de très belle façon ce film plutôt atypique, au vu du sujet : dans les films suivants (américains ou français), peu de héros échapperont à leur sort funeste.

 

 

  1. Le public américain  n’a pas encore eu la possibilité de voir L’Ange bleu quand ce film est projeté.
  2. Malgré l’orthographe anglaise, il faut prononcer cela à la française : « amie jolie ». Hasard ? Ca m’étonnerait…
  3. La pacification du Maroc : comme d’habitude, on pacifie à coups de fusil…
  4. Il appelle ainsi les jeunes femmes qui viennent au Maroc avec un aller-simple et ne reviennent jamais chez elles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis, #Comédie dramatique, #Tom Hanks
Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994)

« La vie c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais ce qu’on va avoir. »

Cette phrase pleine de sagesse (?), c’est celle que la maman de Forrest Gump (Tom Hanks) a prononcée pour lui expliquer la vie. Il faut dire que la vie de Forrest est très particulière : Forrest est un enfant différent. Différent parce que son QI n’est pas aussi élevé que ceux des autres enfants, ceux qui sont normaux.

Qu’importe : si la vie est une boîte de chocolats, ça doit être une très belle marque, parce qu’il la conduit naturellement, et elle devient alors très belle.

L’autre réplique, c’est bien sûr « Cours, Forrest, cours ! ». Et courir, c’est peut-être ce qu’il fait le mieux, dès l’enfance, afin d’échapper aux autres enfants qui se moquent de lui.

Courir, c’est aussi ce qui le sauve au Vietnam et lui permet même d’en sauver d’autres.

 

Mais Forrest Gump, ce n’est pas seulement une boîte de chocolats et une paire de tennis.

C’est avant tout un témoin de l’Amérique des années 1950s jusqu’aux années 1980s. C’est un témoin objectif, parce qu’il n’attend rien de la vie, il prend ce qu’elle lui amène, comme l’a prévenu sa maman (Sally Field).

Et il s’en passe des choses : les présidences de Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter et Reagan ; la Guerre du Vietnam ; les mouvements de protestations contre la Guerre du Vietnam ; quelques assassinats célèbres et un nombre incalculable de rencontres qui ont un impact aujourd’hui encore !

 

Oui, c’est trop beau pour être vrai ! Mais c’est justement pour ça que ce film l’est, beau. Tom Hanks interprète l’un des rôles les plus sympathique de sa carrière, cet homme un peu bébête qui est le spectateur de tous ces changements dans la société américaine, mais qui semble aussi spectateur de sa propre vie.

A ses côtés – de temps en temps – on retrouve Robin « Buttercup » Wright dans le rôle de Jenny, sa plus vieille amie, rencontrée sur le (premier) chemin de l’école : la seule qui accepta qu’il s’installe près de lui dans le bus.

Et alors que Forrest se laisse emporter par sa vie qui se déroule, Jenny agit sur la sienne, expérimentant les différents modes de vie de la fin des années 1960s jusqu’au début des années 1980s : musique, amour libre, drogues…

 

Quand ils se retrouvent – définitivement – tous les deux ont vécu pleinement cette vie qui s’était offerte à eux. Mais s’ils en sont sortis vivants, ce n’est pas dans le même état. Dernier avatar de Jenny, alors que les années Reagan se passent, elle attrape un virus que les médecins n’arrivent pas à comprendre mais que les spectateurs de 1994 (vingt-cinq ans déjà !) comme ceux d’aujourd’hui peuvent nommer : le terrible VIH.

Et si nous sommes tristes de l’issue inévitable pour Jenny, Robert Zemeckis filme avec beaucoup de finesse et de subtilité les émotions qui étreignent Forrest, nous les partageant avec la même délicatesse de Chaplin quand il ouvre The Kid, soixante-dix ans plus tôt.

ON sourit beaucoup, mais on chasse une petite larme dans le coin de l’œil alors que Forrest Gump Jr. (Haley Joel Osment dont c’est la première apparition au cinéma) entre dans le bus conduit par la même Dorothy Harris (Siobhan Fallon Hogan*) que quand son papa est allé pour la première fois à l’école.

 

Au final, c’est un film qui se regarde avec toujours plus de plaisir à chaque nouveau visionnage. Zemeckis – je le répète – présente ses personnages avec beaucoup de finesse et de délicatesse (surtout Forrest, bien sûr) : mais il faut dire aussi que ses différents interprètes – n’oublions pas Gary Sinise (le lieutenant Dan Taylor) – jouent avec beaucoup de justesse cette fable sur la différence où justement, c’est parce qu’on est différent qu’on est aussi comme les autres. Et n’oubliez jamais que c’est de la différence que naît la richesse.

 

PS : J’oubliais (encore une fois). Les différentes séquences d’actualité retouchées avec à chaque fois Forrest Gump côtoyant des personnalités emblématiques sont absolument bluffantes et amènent plus d’une fois le sourire : les réflexions des deux présidents ou les remarques de John Lennon ; ou encore ses attitudes et paroles qui expliquent certains événements et faits de société – Watergate ; « shit happens (etc.) ». Du bel ouvrage.

 

 

* Grande amie de la regrettée Mary Ellen Trainor (1952-2015) qui apparaît aussi dans le film : elle ramène Junior à sa maman. [NB : c’était aussi Mrs Zemeckis à cette époque]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Diane Kurys, #Comédie dramatique
Diabolo Menthe (Diane Kurys, 1977)

Anne Weber (Éléonore Klarwein) est en classe de quatrième au lycée Jules Ferry de Paris. Elle a treize ans, bientôt quatorze et n’a toujours pas eu ses règles. Quant aux garçons, c’est un sujet très intéressant mais il ne fait pas encore partie de sa vie.

Elle traîne son mal de vivre dans cette année scolaire 1963-1964, pendant qu’on enterre Edith Piaf et John Kennedy, alors que la Guerre d’Algérie a laissé des traces et que passe Salut les Copains tous les soirs sur Europe 1.

 

Anne, c’est Diane Kurys, bien sûr, celle par les yeux de qui on voit cette s’écouler cette année scolaire. Elle vit avec sa mère (Anouk Ferjac) et sa sœur Frédérique (Odile Michel). Et Diane Kurys a bien choisi cette année de quatrième car en général, c’est une année de transition pour les élèves, où les tensions avec les parents sont souvent au maximum, et où les résultats s’en font alors ressentir.

C’est une collection de mauvaises notes qu’elle ramène à sa mère au premier trimestre et on entend alors le refrain rebattu par les parents mécontents, encourageant leurs enfants à faire mieux (1) : «  si je te dis ça, c’est pour ton bien ».

 

Mais c’est aussi une très belle reconstitution de cette époque, rythmée surtout par la radio (2), la télévision étant alors un luxe, où le rock s’émancipe (voir plus haut SLC) et la politique s’installe dans les esprits des jeunes filles – celles de secondes où est Frédérique – et où la liberté de manœuvre de ces mêmes jeunes filles étaient fort réduite.

Deux anecdotes nous ramènent à cela :

  • les lettres d’amour que reçoit Frédérique et que madame Weber ne trouve pas adaptées à une jeune fille de bonne famille, encourageant Frédérique à les déchirer devant elle ;
  • le débat lancé par la prof d’histoire (Arlette Bonnard) où certaines sont déjà conditionnées pour être de parfaites épouses soumises.

Cet échange est aussi l’occasion d’un grand moment d’émotion quand Pascale (Corinne Dacla) raconte la manifestation de Charonne (8-2-1962), où la police s’est déchaînée sur des manifestants impuissants et retenus par les grilles abaissées de la station de métro.

 

Bien sûr, Eléonore Klarwein est le centre de l’attention. Cette année, en plus des différents événements est aussi celle qui la voit devenir femme : les règles qui n’arrivaient pas et qui la complexaient sont enfin là. Avec ce changement, c’est aussi des désirs de grandes qui s’emparent d’elle : les garçons, ces inconnus ; les bas que « toutes ses copines portent sauf elle ».

 

Mais sa vie, ce sont aussi les adultes autour d’elle : sa mère bien sûr, mais les différentes enseignantes ou représentantes de l’autorité. La directrice sévère (Tsilla Shelton, déjà acariâtre) qui ne sait pas qu’Oran n’est pas une école privée ; la prof de maths (Dominique Lavanant) incapable de tenir sa classe ; ou encore la prof de gym (Dora Doll) qui a perdu de sa souplesse et doit se battre contre les voyeurs qui zieutent les jeunes filles en tenues de sport.

 

Mais à travers cette société sclérosée où les enfants ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes, on trouve aussi la graine de la contestation qui va se répandre quelques années plus tard en France comme partout dans le monde :

  • la politisation des élèves : on voit s’affronter les « gauchistes » et les « réacs » devant l’établissement ; ou encore la distribution de badges de paix dans l’enceinte de l’établissement.
  • Le personnage de Muriel Cazeaux (Marie-Véronique Maurin) qui fugue et se révolte, goûtant à la liberté et ne pouvant plus retourner dans ce système uniforme et étriqué.

 

Et Anne dans tout ça ?

Elle traverse les périodes d’école en s’accrochant à la promesse de vacances salutaires : la montagne pour le ski (à « l’Alpe d’Huez ») ; la mer à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados) où habite son père.

Ce sont les rares moments où on la voit sourire pleinement.

Et quand l’image se fige sur son visage et qu’on entend la chanson d’Yves Simon, on reste l’écouter pour rester le plus longtemps avec elle, pendant que défilent les images de vacances avec Frédérique et leur père.

 

Diabolo Menthe est un film marqué du fait de la période qu’il décrit, mais reste tout de même d’actualité : les adolescentes d’aujourd’hui ne sont pas si différentes de maintenant, et la répression policière évoquée par Corinne Dacla a comme une résonnance actuelle…

 

 

PS : ayant vu le film en 1981, quand il est passé sur FR3 pour la première fois, je suis tombé amoureux de cette jeune fille.

  1. Echo à la célèbre appréciation atemporelle : « peut mieux faire. »
  2. Europe 1 règne sans partage sur les ondes pendant cette période.

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