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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Diane Kurys, #Comédie dramatique
Diabolo Menthe (Diane Kurys, 1977)

Anne Weber (Éléonore Klarwein) est en classe de quatrième au lycée Jules Ferry de Paris. Elle a treize ans, bientôt quatorze et n’a toujours pas eu ses règles. Quant aux garçons, c’est un sujet très intéressant mais il ne fait pas encore partie de sa vie.

Elle traîne son mal de vivre dans cette année scolaire 1963-1964, pendant qu’on enterre Edith Piaf et John Kennedy, alors que la Guerre d’Algérie a laissé des traces et que passe Salut les Copains tous les soirs sur Europe 1.

 

Anne, c’est Diane Kurys, bien sûr, celle par les yeux de qui on voit cette s’écouler cette année scolaire. Elle vit avec sa mère (Anouk Ferjac) et sa sœur Frédérique (Odile Michel). Et Diane Kurys a bien choisi cette année de quatrième car en général, c’est une année de transition pour les élèves, où les tensions avec les parents sont souvent au maximum, et où les résultats s’en font alors ressentir.

C’est une collection de mauvaises notes qu’elle ramène à sa mère au premier trimestre et on entend alors le refrain rebattu par les parents mécontents, encourageant leurs enfants à faire mieux (1) : «  si je te dis ça, c’est pour ton bien ».

 

Mais c’est aussi une très belle reconstitution de cette époque, rythmée surtout par la radio (2), la télévision étant alors un luxe, où le rock s’émancipe (voir plus haut SLC) et la politique s’installe dans les esprits des jeunes filles – celles de secondes où est Frédérique – et où la liberté de manœuvre de ces mêmes jeunes filles étaient fort réduite.

Deux anecdotes nous ramènent à cela :

  • les lettres d’amour que reçoit Frédérique et que madame Weber ne trouve pas adaptées à une jeune fille de bonne famille, encourageant Frédérique à les déchirer devant elle ;
  • le débat lancé par la prof d’histoire (Arlette Bonnard) où certaines sont déjà conditionnées pour être de parfaites épouses soumises.

Cet échange est aussi l’occasion d’un grand moment d’émotion quand Pascale (Corinne Dacla) raconte la manifestation de Charonne (8-2-1962), où la police s’est déchaînée sur des manifestants impuissants et retenus par les grilles abaissées de la station de métro.

 

Bien sûr, Eléonore Klarwein est le centre de l’attention. Cette année, en plus des différents événements est aussi celle qui la voit devenir femme : les règles qui n’arrivaient pas et qui la complexaient sont enfin là. Avec ce changement, c’est aussi des désirs de grandes qui s’emparent d’elle : les garçons, ces inconnus ; les bas que « toutes ses copines portent sauf elle ».

 

Mais sa vie, ce sont aussi les adultes autour d’elle : sa mère bien sûr, mais les différentes enseignantes ou représentantes de l’autorité. La directrice sévère (Tsilla Shelton, déjà acariâtre) qui ne sait pas qu’Oran n’est pas une école privée ; la prof de maths (Dominique Lavanant) incapable de tenir sa classe ; ou encore la prof de gym (Dora Doll) qui a perdu de sa souplesse et doit se battre contre les voyeurs qui zieutent les jeunes filles en tenues de sport.

 

Mais à travers cette société sclérosée où les enfants ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes, on trouve aussi la graine de la contestation qui va se répandre quelques années plus tard en France comme partout dans le monde :

  • la politisation des élèves : on voit s’affronter les « gauchistes » et les « réacs » devant l’établissement ; ou encore la distribution de badges de paix dans l’enceinte de l’établissement.
  • Le personnage de Muriel Cazeaux (Marie-Véronique Maurin) qui fugue et se révolte, goûtant à la liberté et ne pouvant plus retourner dans ce système uniforme et étriqué.

 

Et Anne dans tout ça ?

Elle traverse les périodes d’école en s’accrochant à la promesse de vacances salutaires : la montagne pour le ski (à « l’Alpe d’Huez ») ; la mer à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados) où habite son père.

Ce sont les rares moments où on la voit sourire pleinement.

Et quand l’image se fige sur son visage et qu’on entend la chanson d’Yves Simon, on reste l’écouter pour rester le plus longtemps avec elle, pendant que défilent les images de vacances avec Frédérique et leur père.

 

Diabolo Menthe est un film marqué du fait de la période qu’il décrit, mais reste tout de même d’actualité : les adolescentes d’aujourd’hui ne sont pas si différentes de maintenant, et la répression policière évoquée par Corinne Dacla a comme une résonnance actuelle…

 

 

PS : ayant vu le film en 1981, quand il est passé sur FR3 pour la première fois, je suis tombé amoureux de cette jeune fille.

  1. Echo à la célèbre appréciation atemporelle : « peut mieux faire. »
  2. Europe 1 règne sans partage sur les ondes pendant cette période.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Oliver Stone, #Guerre
Né un 4 juillet (Born on the fourth of July - Oliver Stone, 1989)

Trois ans après Platoon, Oliver Stone retourne au Vietnam pour suivre l’expérience de Ron Kovic (Tom Cruise), véritable soldat des Marines qui partit en 1967 mais revint au pays dans une chaise roulante, après une blessure en janvier 1968…

Tout comme Oliver Stone, Ron Kovic s’est porté volontaire mais lui est revenu avec deux meurtrissures : l’une physique qui l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant ; l’autre morale qui le fait sursauter quand il entend des pétards exploser, à laquelle s’ajoute une impuissance autant physique que sexuelle.

Un cauchemar.

 

Pourtant, ça commençait bien (pour lui). Nous sommes le 4 juillet 1956, et Ron (Bryan Larkin) regarde la parade des anciens combattants pour la fête nationale. Et ce qui retient le plus soin attention, ce sont les invalides qui défilent plus ou moins fièrement – sans bras, en fauteuils roulants (etc.) – signe prémonitoire du destin du jeune garçon.

Puis nous sommes dix ans plus tard et Ron est au Vietnam pour une journée très particulière de janvier 1968. Après avoir attaqué un village supposé abriter des Viêt-Cong (VC), les Marines se rendent compte qu’il n’y a aucun ennemi et qu’ils ont massacré (1) des femmes et des enfants. Plus tard dans cette même journée, alors que règne la confusion, Ron tue accidentellement un de ses frères d’armes qui s’élançait en hurlant.

C’est aussi ce même jour qu’il reçut plusieurs balles de vrais VC qui vont définitivement sceller son sort.

 

Encore une fois, Oliver Stone nous montre un pan de cette guerre traumatisante qui ne permet pas à l’armée américaine de briller. Et les différents filtres utilisés ajoutent à la confusion des soldats, les différents protagonistes apparaissant alors plus comme des ombres que des êtres humains. A la différence de Platoon, où la moiteur était omniprésente du fait de la jungle, ici c’est la sécheresse qui domine, accentuée par la teinte que prend l’écran pendant les différentes phases de combat.

Et c’est un épisode peu glorieux de cette armée réputée invincible qui va déclencher chez Ron une remise en question de son mode de vie et de ses convictions.

 

Au départ, c’est un Américain pur jus, élevé au base-ball et à la lutte, un tantinet nationaliste dont le mot d’ordre « America: love it or leave it » n’est pas sans rappeler les positions d’un président actuel. Et quand il revient du front, dans sa chaise, il n’a pas bougé d’un iota dans ses idées patriotiques. Il ne comprend absolument pas ces jeunes gens qui s'insurgent contre les défilés du 4 juillet (fête nationale) alors qu’il est partie prenante du défilé, fier de ce qu’il a accompli, mais surtout sursautant du fait des détonations (voir plus haut).

Comme de très nombreux vétérans (4) il va prendre conscience de la futilité du conflit et surtout de l’immense mensonge qu’il y a derrière.

 

Mais pour cela, il va devoir payer : et lui qui a été élevé dans la religion – surtout par sa mère (Caroline Kava) – ca devoir gagner sa rédemption (toujours elle !) pour accéder enfin à un quelconque bonheur. La première partie, il la trouve au Vietnam, mais la seconde va lui arriver au Mexique. Après une crise de foi – et une prise de bec terrible avec sa mère – il se rend au Mexique où il rencontre d’autres mutilés de guerre comme lui, dont le farouche Charlie (Willem Dafoe) qui lui permettra d’accéder à cette rédemption recherchée, sans toutefois oublier passer par un stade de déchéance encore plus bas.

 

Mais cette renaissance salutaire va nous ramener dans la réalité de l’époque – 1972 – avec la convention pour l’investiture de Nixon à sa réélection : ce dernier concluant son discours par une déclaration absolument contraire à ce qu’il se passait en marge de cet événement et où Ron Kovic et d’autres anciens combattants étaient entrés pour s’exprimer avant d’être chassé puis presque arrêtés par les forces de l’ordre vraiment hostiles face à cette contestation.

Des images de violences policières qui ne sont pas sans rappeler celles qu’on peut voir régulièrement actuellement, et pas obligatoirement aux Etats-Unis.

 

C’est encore un film coup de poing que Stone envoie à l’Amérique, relatant un état d’esprit alors très répandu, où les agissements des soldats n’étaient – encore une fois – pas très glorieux mais où ces mêmes soldats ont pu se racheter en condamnant ce conflit qu’un infirmier qualifie avec justesse de « guerre de blancs », voire de riches.

On y suit aussi le traumatisme physique et moral qu’engendra ce conflit où  la moyenne d’âge des combattants était extrêmement basse comparée aux autres conflits précédents : c’étaient les enfants du baby-boom qui allaient mourir là-bas, et beaucoup avaient moins de vingt ans.

 

Et avec ce film, c’est un autre aspect moins exploité au cinéma – Coming Home, une dizaine d’années auparavant (1978) – de cette guerre dont l’impact n’a pas beaucoup diminué dans la société américaine.

 

 

PS : outre Willem Dafoe, on a droit à une courte apparition de Tom Berenger, autre interprète de Platoon

 

  1. C’est comme ça qu’on dit, non ?
  2. Ne me demandez pas la couleur, je suis daltonien, mais l’effet est tout de même là.
  3. « L’Amérique : aimez-la ou quittez-la ».
  4. Il est toujours terrible de se dire qu'on a affaire à un vétéran si jeune.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chris Columbus, #Fantastique, #Harry Potter
Harry Potter et la Chambre des secrets (Harry Potter and the Chamber of secrets - Chris Columbus, 2002)

Un an plus tard, il revient.

Alors que le deuxième opus du Seigneur des Anneaux tient ses promesses (1), on constate que Chris Columbus nous propose un deuxième épisode qui n’est pas sans rappeler le premier.

En effet, on retrouve la même structure que dans le premier film, certains interprètes venant s’ajouter au casting du premier épisode : Bonnie Wright (Ginny Weasley), la sœur Benjamine de Ron Weasley (Rupert Grind) et des autres ; Kenneth Branagh (Guilderoy Lockhart), le nouveau professeur de défense contre les forces du mal qui remplace le professeur Quirrel (Ian Hart) après les péripéties de l’aventure précédente. Autre personnage qu’on est appelé à revoir : Mr. Weasley (Mark Williams), sorcier fasciné par le monde des Muggles.

 

Donc Harry attend patiemment la reprise des cours à Hogwarts, subissant malgré tout les brimades de sa famille (les Dursley), avant d’être secouru par les frères Weasley.

Une fois les cours repris, on s’aperçoit que les élèves courent un grand danger car l’ennemi ultime, Voldemort, est de retour : on a ouvert la Chambre es Secrets (d’où le titre) et des élèves sont agressés.

Mais bien sûr Harry Potter, Ron et Hermione (Emma Watson) sont là pour sauver la journée.

 

Donc pas de surprise dans ce nouveau film : Columbus remplit encore une fois le cahier des charges, respectant la structure mise en place l’année précédente : chez les Dursley ; le voyage vers Hogwarts ; les enseignements ; le déclencheur (ouverture de la Chambre) ; les conséquences ; l’affrontement final ; la fin heureuse (2).

Et encore une fois, il manque un petit quelque chose pour que ce film devienne grand : rassurez-vous, le suivant est magnifique.

 

On notera tout de même que c’est le dernier film du grand Richard Harris, qui mourut quelques jours (onze) avant la présentation. Ainsi qu’un élément plutôt appréciable : les enfants choisis pour les différents rôles (principaux, secondaires voire subalternes) sont les mêmes, ce qui donne un cachet de réalisme à la saga en marche.

Pour le reste, le talent de J.K. Rowling nous permet d’assister à une intrigue passionnante avec les effets spéciaux indispensables qui prennent toute leur dimension dans cet univers magique.

 

 

PS : Un autre futur méchant apparaît, il s’agit du père de Draco Malfoy (Tom Felton), le redoutable et dangereux Lucius (Jason Isaacs), ancien homme de main de Vous-savez-Qui.

 

  1. C’est un peu normal : les trois films furent tournés dans la foulée, la sortie prévue avec un an de battement entre chaque partie.
  2. J’en oubliais le match de quidditch !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chris Columbus, #Fantastique, #Harry Potter
Harry Potter à l'Ecole des sorciers (Harry Potter and the philosopher's stone - Chris Columbus, 2001)

Qui sont ces drôles de personnes qui viennent d’arriver dans Private Drive de Little Whinging (Surrey) ?

Toujours est-il que le vieux barbu arrive à attraper toutes les lumières de la rue ; le chat s’est transformé en vieille femme ; et un motard gigantesque a apporté un bébé.

Cet enfant est Harry Potter, le garçon qui a survécu de sa rencontre avec l’infâme Voldemort, chef sorciers noirs.

 

Cette fin d’année 2001 fut énormément attendue par une partie des cinéphiles du monde entier. Pensez donc, on attendait deux grands films avec une grande impatience : Le Seigneur des Anneaux, premier film de la trilogie de Peter Jackson adaptée du livre de Tolkien ; et les débuts cinématographiques de ce nouveau personnage imaginé et créé par une écrivaine jusqu’alors inconnue (sauf de ses lecteurs), Joanne « J.K. » Rowling.

Et si Peter Jackson a tenu ses promesses et mis sur les rails une trilogie magnifique, on ne peut pas en dire complètement autant du film de Chris Columbus.

 

Attention, je ne dis pas que ce film est un navet. Au contraire, il s’agit d’une adaptation fort honnête d’un univers magique dont tous les enfants (petits et grands) ont un jour rêvé. Mais on aurait pu avoir une adaptation un tantinet moins stricte et surtout moins statique.

Columbus remplit le cahier des charges et nous livre une première aventure conforme, mais tout de même bien bavarde.

A sa décharge, le roman lui-même est une œuvre d’exposition : il met en place les différentes composantes de cet univers parallèle où une partie de l’humanité possède un don étonnant : la magie.

 

Mais ce qui est étonnant, c’est de voir combien ce monde merveilleux rejoint d’une certaine façon les contes de fées et autres mythes et légendes.

Tout d’abord, on trouve des créatures merveilleuses (centaure, licorne, chien à trois têtes…) ainsi que des lieux étranges et même capricieux (les escaliers), et surtout des gens qui agitent des baguettes magiques pour des résultats parfois étonnants (en bien comme en mal).

Par contre, si ce monde est un tantinet féérique, on y trouve des pratiques d’un autre âge : le courrier est apporté par des hiboux (dans certaines histoires, ce sont bien des corbeaux…) ; on écrit à la plume qu’on trempe dans l’encrier et la seule concession moderne de ce monde suranné, c’est une magnifique locomotive à vapeur qui emmène les élèves vers leur école : Hogwarts.

 

On se laisse alors emmener dans ce lieu merveilleux (1), et on découvre les différents personnages principaux, qu’ils soient du côté des bons – Harry (Daniel Radcliffe), Hermione (Emma Watson) et Ron (Rupert Grint) – ou des méchants – Voldemort (Richard Bremmer), Draco Malfoy (Tom Felton) ou encore Snape (le regretté Alan Rickman), quoi que pour ce dernier, les choses ne soient pas aussi claires…

Sans oublier les enseignants et tous les autres personnages qui font de cet univers un lieu magique mais aussi universel, de par ses emprunts multiples et multiculturels.

 

Avec ce premier film – d’une série de 8 – Columbus met en place non seulement un monde nouveau, mais aussi une sorte de structure pour le(s) film(s) suivant(s) comportant un passage obligé chez les Muggles (2) et surtout la famille terrible d’Harry (2) ; enseignement à Hogwarts ; match de Quidditch ; et bien sûr le face-à-face final.

Je le répète, Chris Columbus est un très bon artisan et nous gratifie d’un film honnête. Mais dès le troisième opus, Alfonso Cuarón nous montrera qu’on peut s’appuyer sur cette structure et en faire un film encore plus fabuleux.

Mais bien sûr, ceci est encore une autre histoire…

 

  1. Pas tout le temps, tout de même, sinon il n’y aurait pas de film…
  2. Non-magiciens (Moldus en français).
  3. Oncle Vernon (le regretté Richard Griffith), tante Petunia (Fiona Shaw) et leur fils l’insupportable Dudley (Harry Melling, magnifique enfant terrible pendant toute la saga !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
L'Ange bleu (Der blaue Engel - Josef von Sternberg, 1930)

Le Dr. Immanuel Rath (Emil Jannings) enseigne au lycée à des élèves qui lui préfèrent Lola Lola (Marlene Dietrich) : excédé, il se rend à l’Ange bleu, un cabaret où se produit la jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

 

C’est un trio extraordinaire qui nous est ici présenté : Josef von Sternberg avec ses deux interprètes nous gratifie d’un film qui est devenu – avec justice – culte pour différentes raisons.

 

La première, c’est évidemment la distribution. Outre les deux vedettes (1), on retrouve toute une collection de trogne absolument uniques : loin des critères de la beauté, ce sont des personnages aux mines fort étranges, qu’on peut difficilement considérées comme belles. ON se demande presque si ce n’est pas seulement leurs visages qui les a fait tourner dans ce film. Mais la présence de Rosa Valetti – Guste la femme de Kiepert le magicien (Kurt Gerron) – nous confirme que ce sont avant tout que les différent(e)s actrices et acteurs avaient déjà de nombreux films à leur actif.

Mais tout de même : entre le patron de l’Ange bleu (Károly Huszár), le capitaine (Wilhelm Diegelmann) ou les différentes autres artistes de la troupe de Kiepert, on est gâté.

 

La seconde, bien sûr la maîtrise de Sternberg. Souvent considéré comme un réalisateur allemand (2), ce dernier réussit l’exploit de faire ce qu’on appelle un film « allemand » sans toutefois en être un, et ce malgré la présence d’un casting germanique.

Si les éclairages rappellent les différents films des cinéastes réellement allemands, il ne faut pas se tromper : c’est bel et bien celui qui a tourné Underworld qui commande ici et son utilisation de l’ombre et la lumière ne doit rien à ses collègues d’outre-Rhin.

 

On retrouve d’ailleurs parfois des réminiscences internes au film : le halo de lumière qui va désigner Rath à Lola lors de sa recherche de ses élèves dans ce lieu de « dépravation ». Ce halo se retrouvera à la fin, quand le concierge du lycée ira découvrir Rath dans sa classe, mort, agrippé à un bureau qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Cette dernière séquence est aussi un rappel de la solitude de ce même Rath après qu’ait éclaté le scandale de ses visites à l’Ange bleu. Par deux fois donc, Sternberg accentue la solitude de son héros par un travelling latéral qui en plus s’éloigne du sujet pour renforcer ce sentiment d’isolement.

 

Bien évidemment, c’est Jannings qui porte le film, et chacune de ses (nombreuses) apparitions est un grand moment du jeu d’acteur. Il utilise avec talent sa propre timidité pour camper un professeur d’apparence sévère qui ne sait dire qu’une seule chose à ses élèves (3) : « nous en reparlerons. »

Et son nom – Rath – est régulièrement transformé en « Unrath » qui signifie phonétiquement « vermine » ou encore « ordure ».

Bref, malgré ses allures de professeur sévère (mais pas spécialement juste), ce n’est qu’une baudruche qu’on peut aisément commander : son dernier boulot – clown – l’entraîne à se produire sur la scène de ce même Ange bleu qui est le point de départ de sa déchéance.

Avec ce retour dans sa ville natale, c’est une boucle qui se ferme et la structure du film sous une forme un tantinet symétrique accentue cette déchéance, ramenant Rath à son point de départ : seul, irrémédiablement seul.

 

Aux côtés de Jannings, on a donc la superbe Marlene, inconnu du grand public, mais qui va devenir, grâce à ce film et ses autres collaborations avec Sternberg, une star mondiale. Si je partage en partie l’avis de mon ami le professeur Allen John à propos du chant de cette dernière, je ne peux réprimer un sentiment d’émotion quand elle chante « Ich bin von Kopf bis Fuβ, auf Liebe eingestellt ».

Mais c’est surtout son évolution tout le long du film qui est remarquable. Si on en croit Sternberg dans son autobiographie (4), il eut beaucoup de mal à engager la belle Marlene, et surtout de la convaincre qu’elle avait du talent. Mais on remarque tout de même une grande aisance dans le jeu de l’actrice qui quittera définitivement l’Allemagne pour Hollywood quelques semaines après le film.

 

Le dernier atout de ce film, c’est bien sûr l’utilisation du son. Il s’agit – c’est rabâché dans toutes les encyclopédies du cinéma – du premier film sonore tourné en Allemagne. Et Sternberg, malgré certaines difficultés (4), utilise le son de manière on ne peut plus pertinente. Outre les différents chants interprétés par Dietrich, le son est utilisé avec une parcimonie extrêmement précise. L’ambiance musicale de l’Ange bleu qui baigne les coulisses de la scène s’éteint brusquement à chaque fois que la porte se ferme ; les différents bruits quotidiens (naturels ou non) rythment la journée du personnage principal ou accentuent les différents événements qui se succèdent.

A cette magnifique utilisation sonore s’ajoute de longs moments de silence eux aussi pertinents : tout d’abord les pratiques du cinéma muet ont la vie dure, mais aussi la solitude de Rath est accentuée par ce silence pesant.

 

Et parmi les différents éléments sonores, on notera aussi l’adaptation l’air de Papageno dans la Flûte enchantée. La présence de cet air de cet extrait s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord, le professeur Rath possède une cage dans laquelle vient de mourir un oiseau (Papageno est oiseleur). De plus, dans l’opéra de Mozart (1791), ce personnage est l’un des (très) rares éléments comiques.

Si Rath est lui aussi un clown, la grande différence c’est malgré son costume, il ne fait rire personne.

De plus, cette nouvelle peau (le déguisement) implique automatiquement le silence : le premier clown qui apparaît (Reinhold Bernt) ne prononce aucune parole, à la différence du professeur, volubile mais surtout prestigieux.

 

 

  1. Attention, Dietrich, si elle est devenue l’immense star qu’on connaît, était une parfaite inconnue pour les spectateurs !
  2. Né à Viennes, il émigra (deux fois) aux Etats-Unis pour n’en sortir que pour tourner.
  3. Ses élèves qui fréquentent assidument Lola expliquent à cette dernière que Rath a peur d’eux, ce qui est la vérité.
  4. cf. Fun in a Chinese Laundry (1966), son autobiographie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Prison, #Andreï Kontchaloski
Tango and Cash (Andreï Kontchalovski, 1989)

Vous prenez Snake Plissken (Kurt Russell), vous lui ajoutez Rocky (Sylvester Stallone) ou Rambo (1), vous mélangez quelques mines patibulaires, des flingues de tous calibres ainsi que quelques jolies filles peu vêtues ; vous terminez en utilisant une vieille gloire comme super méchant (Jack Palance, 70 ans quand le film sort) ; le tout bien entendu dirigé par un réalisateur prestigieux (Andreï Kontchalovski) et vous avez…

Ben, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

 

En effet, non seulement le script n’était pas finalisé, mais surtout parce que Kontchalovski (qui est crédité du film) a été viré, tout comme Barry Sonnenfeld qui assurait les images.

Quoi qu’il en soit, le film est du sur mesure pour Stallone puisqu’il a plus ou moins dirigé les débats et remplacé Sonnenfeld par celui qui l’avait filmé dans son précédent film.

Résultat : une comédie policière qui ne fera pas date dans les annales du genre, avec tout de même quelques moments intéressants, en particulier la confrontation entre les deux têtes d’affiche.

 

Bien sûr, c’est cette opposition qui nourrit le film et malheureusement, elle n’est pas toujours ni peut-être assez bien exploitée. Leur différence de style tout d’abord voit un Cash (Russell) absolument dans la lignée des policiers de cinéma : un homme seul aux pratiques parfois un tantinet border line. Et en face un Tango (Stallone, donc) très propre sur lui, qui est policier pour occuper son temps libre, la Bourse restant sa principale source d’émoluments.

Evidemment, cette différence physique ne masque pas complètement le fait qu’ils sont à peu près identiques, et que surtout ils ne peuvent que devenir amis à la fin.

Et ça malgré la présence d’une sœur – Catherine « Kiki »Tango (Teri Hatcher) – que le grand frère protège comme n’importe quel frère sicilien ou corse (2)…

 

Côté méchant, outre l’immense Jack Palance (3), on trouve quelques tronches gratinées et parmi elles « Poney Tail » Requin (Brion James), colosse à l’accent cockney qui tranche dans cette intrigue très américaine et surtout Face (Robert Z’Dar), super méchant patenté dont la mâchoire avait de quoi rendre jaloux Richard « Jaws » Kiel…

 

Pour le reste, un film efficace et sans surprise. On peut tout de même regretter que Kontchalovski (remplacé par Albert Magnoli) n’ait pas mené le film jusqu’au bout et lui ait alors donné une teinte plus sérieuse.

 

Alors à voir ou pas : justement, c’est vous qui voyez.

 

  1. Quoi que : « Rambo is a pussy ! » (Ray Tango)
  2. A ce propos, lire Astérix en Corse (Goscinny & Uderzo, 1973)
  3. Comme le disait une de mes connaissances, on trouve souvent de vieux acteurs dans des rôles de méchants, comme quoi au cinéma, les personnages s’aigrissent avec l’âge… D’un autre côté, Palance n’a pas toujours été du bon côté de la Loi…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Nicolas Saada, #Espionnage
Espion(s) (Nicolas Saada, 2009)

Vincent (Guillaume Canet) est un aquoiboniste : alors qu’il fit de brillantes études et fut envoyé en coopération dans l’ambassade française à Hong-Kong. Là, il fut renvoyé suite à un trafic de passeports.

Alors qu’il travaille à Roissy, son partenaire et lui ouvrent une valise diplomatique, afin d’en subtiliser quelques trésors.

Parmi eux, du nitrométhane, un mélange instable qui explose.

Pour éviter la prison, Vincent va être envoyé à Londres afin de démanteler un réseau terroriste syrien.

 

Des explosions, des poursuites, un réseau terroriste, le MI5 et la DST, sans oublier une histoire d’amour entre Vincent et la belle Claire (Géraldine Pailhas) : tout est là pour faire un film d’action efficace, d’autant plus que le titre est prometteur. Les parenthèses intriguent et nous sont expliquées dans le film. Au fur et à mesure qu’avance l’intrigue, de plus en plus de gens sont concernés, jusqu’au point de non-retour : démantèlement du réseau ou attentat.

Le tout avec un indispensable suspense.

Bref, tout pour plaire.

 

Et pourtant, je me suis un peu ennuyé à regarder ce film. Non pas parce que les interprètes n’étaient pas à la hauteur. Tout simplement parce que c’est un peu lent. Nicolas Saada insiste – à mon avis – un peu trop sur cette histoire d’amour qui n’en est pas vraiment une : Vincent est là pour séduire Claire. Il y parvient, mais après ?

Après, on ne sait pas vraiment. On reste en suspend (1). Et c’est bien dommage.

 

On se retrouve donc avec une histoire d’espionnage certes réaliste, mais un tantinet trop lente. Et l’intrigue qui promettait d’être haletante se délaie dans une histoire d’amour bancale.

On pouvait attendre un peu plus de développement des relations entre Claire et son mari Peter (Vincent Regan), ainsi qu’une pression ennemie pus forte sur Vincent, comme c’est le cas à son retour de la rencontre avec Simon (Hippolyte Girardot) de la DST.

 

Ce film est plein de bonnes intentions, et on passe plusieurs fois à côté d’un grand film d’espionnage, comme on peut en trouver dans le cinéma anglo-saxon, sans pour autant tomber dans un quelconque opus à la James Bond.

Mais c’est bien connu : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et ces bonnes intentions ne suffisent pas pour faire un grand film.

On se consolera avec les quelques séquences où Nicolas Saada sort Vincent de son histoire d’amour compliquée, entre vraiment dans le vif du sujet, et lui fait vivre une véritable expérience d’espionnage cinématographique.

 

Dommage. Vraiment.

 

 

PS : il faudrait m’expliquer à quoi sert la rencontre entre Vincent et une ancienne connaissance en présence de Palmer (Stephen Rea) le responsable du MI5. Je n’en vois pas l’intérêt.

 

(1) Oui, je sais, c’est l’origine du mot « suspense ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Antoine Fuqua
Les sept Mercenaires (The magnificent Seven - Antoine Fuqua, 2016)

Ce film était-il nécessaire ?

Poser la question c’est déjà y répondre. Et Antoine Fuqua s’est attaqué à un gros morceau en nous proposant ce remake du remake des 7 Samouraïs.

Un trop gros morceau ? Peut-être bien.

 

Tout d’abord, il déplace l’intrigue : ce n’est plus un petit village mexicain, c’est une ville minière de Californie, à trois jours de Sacramento.

Ensuite, ce n’est pas Calvera et sa bande de voleurs, mais un gros propriétaire minier qui veut récupérer l’intégralité des terres de la ville pour s’enrichir encore plus.

Et pour remplacer Calvera, un bandit pittoresque autant que déterminé, un homme d’affaires sans scrupule, aux manières calmes et à la gâchette facile : Bartholomew Bogue (Peter Sarsgaard).

 

En face, on retrouve sept hommes aussi déterminés que Bogue, un mélange de ce que furent les mercenaires de John Sturges. Grand amateur du maintenant classique de 1960, j’ai pu faire le parallèle entre ces nouveaux mercenaires et les anciens.

Question distribution, on est bien servi, malgré le fait qu’on ne peut ignorer le fait qu’elle a dû passer par les critères du cinéma américain moderne qui, se basant sur le Principe de Tolérance (1) : nous avons le noir Denzel Washington (Chisolm) qui reprend plus ou moins le rôle de Chris (Yul Brynner) ; l’asiatique Lee Byung-Hun (Billy Rocks) qui rappelle Britt (James Coburn) ; le Mexicain Manuel Garcia-Rulfo (Vasquez) en Hispano ; Martin Sensmeier (Red Harvest = « Moisson Rouge ») puis les autres de type caucasien…

A cette joyeuse bande s’ajoute une jeune femme qui demande justice ainsi que vengeance après la mort de son mari : la belle Haley Bennett (Emma Cullen).

 

Et pour le reste, on dévie progressivement de la version précédente, vers un carnage magnifiquement orchestré et filmé où,  encore une fois, seuls trois des sept resteront debout une fois les comptes réglés.

Mais c’est peut-être là qu’est le problème : on ne fait qu’assister à des morts violentes. Déjà, Chisolm n’est pas un vrai mercenaire : c’est une gâchette très habile mais qui s’en sert pour la justice dans les différents états qu’il parcourt. Ensuite, ses motivations ne sont pas aussi financières que l’étaient celles de Chris.

Quant au recrutement, qui était un moment-clé du film de Sturges, il est réduit au minimum, les impératifs temporels étant importants : l’arrivée de ces sept hommes va précipiter les choses et faire revenir l’infâme Bogue (2) deux semaines plus tôt que prévu.

 

Nous avons alors droit à une première explication entre nos héros et les hommes de Bogue qui sont restés sur place et je dois avouer que ça tombe comme à Gravelotte, deux personnes seulement réussissant à sortir indemne.

Alors évidemment, après un premier échange aussi spectaculaire, on devait avoir un combat final extraordinaire, une apothéose meurtrière.

Et là encore, on n’est pas  déçu. Encore que, toute cette débauche meurtrière éloigne les différents mercenaires de l’humanité qui faisait le sel des deux premiers films.

En effet, les relations aux villageois sont très sommaires, et plus une occasion pour nos héros de briller que d’aider ceux qu’ils sont venus protéger.

 

Au final, nous avons ce qu’on appelle un western efficace. Ca tire de partout, ça explose, ça tombe dans tous les coins.

Mais cette débauche de violence éloigne le côté humain de plus en plus, à mesure que l’intrigue progresse et que les morts s’accumulent.

Et en fin de compte, qui sort vainqueur (3) ?

 

 

PS : de plus, Antoine Fuqua nous fait une fin à la façon de Titanic. Une narratrice (Emma) qui conclut inutilement le film, tout comme la dernière minute du film de James Cameron.

 

  1. En France, ça ne marche pas, on a des maisons pour ça…
  2. En anglais, bog signifie « marais »
  3. Conclusion identique des deux précédents films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie horrifique, #Kevin Smith
Tusk (Kevin Smith, 2014)

Déroutant.

C’est le mot qui me vient à l’esprit en pensant au film de Kevin Smith.

Alors qu’on a classé ce film dans le genre horreur, j’ai du mal à m’y faire. Tout d’abord parce qu’il n’y a aucune hémoglobine et surtout parce qu’on est dans une intrigue fort particulière.

« Tusk », ça veut dire défense, à propos d’un morse. Et ça tombe bien, parce que le morse est l’élément central du film.

 

En effet, Wallace Bryton (Justin Long) anime une radio sur internet avec son complice Teddy Craft (Haley Joel Osment, qui a beaucoup changé depuis A.I.). Ensemble, ils commentent les différentes vidéo de youtube, essentiellement celles qui ont un côté sensationnel voire spectaculaire. Alors qu’il se rend à Winnipeg pour rencontrer un de ces vidéastes, il découvre que ce dernier est mort et tombe sur une annonce étonnante : un homme qui a des anecdotes à revendre. Wallace saute sur l’occasion et va rencontrer ce Howard Howe comme il se fait appeler. Mais ce dernier n’est pas ce qu’il prétend, et rapidement le voyage de Wallace tourne au cauchemar, pendant que la petite amie de Wallace et Teddy le recherche.

Ils rencontrent alors un policier particulier : Guy Lapointe (1).

 

C’est donc un bien curieux film que nous propose Kevin Smith, oscillant sans cesse entre le sensationnel et l’humour, ce dernier tout de même moins important.

Bien sûr, on ne croit pas une seconde à cette histoire improbable, si ce n’est l’enthousiasme des différents interprètes qui croient à ce qu’ils font. Justin Long possède une magnifique moustache qui sera moquée par deux employées d’une quelconque station-service (2).

Mais c’est peut-être cette accumulation d’improbabilités qui nuit au film : à force de trop en faire, on a tendance à détourner l’attention du spectateur.

Pourtant, on a Michael Parks dans le rôle principal : c’est lui qui tient les rênes de l’intrigue et emmène son invité (Wallace) dans une histoire absolument incroyable, émaillée d’éléments littéraires et historiques qui endorment ce même Wallace.

 

Et bien sûr, il y a la justification du titre : Tusk.

Mais cette explication a beau plus ou moins tenir la route, on ne peut pas prendre au sérieux un seul instant cette histoire absolument absurde. ON a l’impression d’être constamment baladé tout le long de cette histoire et si les numéros d’acteurs (Long, Parks et Lapointe) sont à la hauteur, on a du mal avec les autres personnages. Surtout le couple improbable (encore une fois) Ally Leon (Génesis Rodríguez) et Teddy Craft qui profite de l’absence de Wallace.

 

Quant aux différentes séquences avec le morse, on ne sait si on doit prendre ceci au sérieux ou éclater de rire devant un tel spectacle.

Je le répète : les différents interprètes jouent avec conviction. Mais l’intrigue est trop foutraque pour vraiment être prise au sérieux et emporter complètement l’approbation du public.

Dommage.

 

Quoi qu’il en soit, je préférerai toujours le morse qui fait : « goo goo g’joob ».

 

 

  1. Ce dernier n’a pas d’autre nom d’interprète au générique, mais si on sait qu’une certaine Lily-Rose Depp apparaît, on peut facilement en déduire que ce mystérieux Guy Lapointe est son père…
  2. Aux côtés de Lily-Rose, on découvre Harley Quinn Smith, elle aussi une « fille de » : celle du réalisateur et scénariste Kevin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Glen Ficarra, #John Requa
I love you Phillip Morris (Glen Ficarra - John Requa, 2009)

Ce Phillip Morris (Ewan McGregor), malgré son nom, n’a rien à voir avec un quelconque fabricant de cigarettes : il s’agit d’un jeune homme réservé dont tombe amoureux l’impressionnant Steven J. Russell (Jim Carrey), escroc notoire et homosexuel totalement assumé.

Et si ce film du duo Glen Ficarra & John Requa s’appuie sur une histoire vraie (1), il n’en demeure pas moins un très beau film d’amour, montrant en outre qu’on peut faire rire avec l’homosexualité sans pour autant tomber dans une parodie lourdingue et stéréotypée.

 

Il faut dire que l’association Carrey-McGregor est une sacrée trouvaille : d’un côté l’’extraverti Jim Carrey au visage élastique ; de l’autre le maître Jedi Obi-Wan Kenobi.

Si McGregor est un tantinet à contre-emploi, il n’en va pas complètement de même pour Carrey.

En effet, Jim Carrey donne l’impression de s’éclater dans le rôle de cet homme hors norme, mystificateur de génie mais surtout amoureux comme jamais il ne l’a été. Et bien que son personnage ait un fort côté fantasque, Carrey – une fois n’est pas coutume – nous propose un jeu plutôt sobre, et ce malgré les diverses occasions qui auraient pu se présenter de surjouer.

Il faut dire que l’intrigue suffit amplement dans la démesure sans avoir besoin d’en rajouter.

 

La grande originalité du fait vient surtout des séquences de prison. Alors qu’on a longtemps eu des intrigues où l’homosexualité est dans le meilleur des cas suggérée sinon carrément occultée dans les films sur les univers carcéraux, ici elle est totalement assumée par les deux hommes, qui l’affichent sans vergogne aucune. Cela nous change des rapports empreints de sadisme comme on peut en voir dans certains films.

Mais cela n’empêche pas qu’on y trouve référence à la sexualité habituelle des films de prison : la visite de l’établissement que Steven fait à son nouveau compagnon de cellule – Arnie (Clay Chamberlin) est des plus savoureux, surtout parce que cette homosexualité n’est pas latente mais bel et bien assumée. Et aussi un sésame pour accéder à certains avantages dans cette même prison.

 

Mais surtout, c’est cet amour qui est le moteur du film, plus que les acteurs. On assiste à des situations qui rappellent celles des couples hétérosexuels – tendresse, colère, émotion – sans pour autant amener une quelconque pointe de moquerie, montrant à ceux qui n’ont toujours pas compris que l’amour ne se commande pas et qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les homosexuels et les autres sinon ce que dicte la bêtises des gens obtus.

 

John Requa et Glen Ficarra réussissent avec ce film à aborder un thème plutôt tabou au cinéma – l’homosexualité en prison – sans pour autant le dévoyer, en faisant une magnifique histoire d’amour entre deux hommes totalement différents mais tout de même complémentaires. Ces deux hommes sont interprétés par deux acteurs formidables qui amusent sans se moquer et émeuvent sans pour autant verser dans le mélo. Bref, un grand moment de cinéma.

 

Avec une petite note un tantinet pessimiste quand on sait que Steven J. Russell est en prison depuis 1998 : il reste enfermé pendant 23 heures sur 24 dans sa cellule, passant la dernière heure à se laver et faire de l’exercice.

On ne plaisante pas avec la loi au Texas.

Mais surtout, on n’apprécie pas qu’on se moque de cette même loi et de ses exécutants comme a pu le faire Russell. Il est fort probable que ce dernier finisse sa vie dans cette situation, la dernière condamnation lui rapportant 144 années de prison.

144 ans ? Normal, les peines s’additionnent, aux Etats-Unis…

 

 

(1) Avec insistance sur cet aspect véridique dès l’ouverture.

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