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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Walter Ruttmann, #Karl Freund
Berlin, Symphonie d'une grande ville (Berlin, Die Sinfonie der Großstadt - Walter Ruttmann, 1927)

Décidément, 1927 est une année riche pour le cinéma. Dans tous les pays, on assiste à la sortie de films magnifiques, de genres fort différents.

C’est le cas de cette Symphonie qui voit une journée – ordinaire ? – dans la capitale allemande.

Le film ce décompose en cinq parties, interrompues par un intertitre, présentant les différentes parties de la journée.

 

Tout commence par l’eau d’une rivière (Spree ou Havel ?) qui ondule doucement, rapidement remplacée par des lignes horizontales et en mouvement constant, s’effaçant progressivement pour laisser la place à un train qui arrive à Berlin.

Les premières images que nous avons de cette grande ville nous exposent un Berlin vide, désertée, où rien ne se passe, à part un morceau de papier qui volète sur le sol.

Mais rapidement, les habitants apparaissent, de plus en plus nombreux, et les machines se mettent en marche, anticipant sur la seconde partie qui voit les gens aller travailler.

Viennent ensuite les différents corps de métiers qui voient leurs salariés arriver, ainsi que les différents éléments des écoles, les professeurs bien sûr, mais surtout les enfants qui ne vont pas à la même vitesse que leurs aînés qui vont travailler.

Puis c’est la pause déjeuner, la reprise et enfin les activités post travail qui nous emmènent au bout de la nuit, avant que tout recommence le lendemain.

 

Nous sommes deux ans avant L’Homme à la caméra, et e qui frappe le plus dans ce film, c’est le mouvement. Le scénario de Ruttmann et Karl Freund (1) ne laisse que très peu de place à l’immobilité. De plus, le montage rapide et dynamique acccentue la frénésie de cette grande ville. Si la mise en train peut paraître lente voire poussive, une fois que la machine est lancée, elle ne va plus s’arrêter. Ce sont de plus en plus de véhicules et de gens qui se déplacent, amenant de nouvelles lignes horizontales et verticales.

 

C’est sans cesse une alternance de lignes horizontales et verticales la plupart du temps amenées par les différentes modes de locomotion à disposition : train, tram, voitures, vélos…

Parfois Ruttmann mixe des deux, grâce à l’architecture urbaine ou la présence des humains : la rue devient le lieu du croisement entre les lignes horizontales des trajectoires des voitures alors que s’y mélangent les silhouettes verticales des différents piétons qui traversent, donnant une autre verticalité à ces images.

 

A propos de la frénésie qui gagne progressivement le film, la période de travail après midi atteint un paroxysme dans la vitesse et l’intensité de l’activité. Et l’addition d’images extérieures – deux chiens qui se battent ou la caméra posée à l’avant d’un wagonnet de montagnes russes quand il prend de la vitesse – donne presque le vertige au spectateur qui se sent alors brinqueballé dans un tourbillon de plus en plus rapide.

Heureusement, la fin d’après-midi laisse la place aux activités de loisirs de ces différents travailleurs (adultes comme enfants). C’est une pause salutaire pour le spectateur, mais elle est de courte durée parce que les différents sports montrés tournent bien vite à la compétition et on retrouve le rythme soutenu des séquences précédentes.

 

Mais alors que le soir s’installe, et qu’on aurait pensé voir les gens rentrer tranquillement chez eux, c’est la vie nocturne qui se met en place, où si les déplacements sont moins visibles, il n’en demeure pas que le rythme va encore une fois en s’accélérant, la pénombre étant rapidement chassée au profit des enseignes des différents lieux de vie nocturne : au cinéma on lit Tom Mix, mais on voit les pieds du vagabond de Chaplin ; les différents réclames et enseignes, nouvelles lignes lumineuses cette fois, se mélangent les unes avec les autres zébrant la nuit de leurs lumières plus ou moins clignotantes ; les différentes revues nous proposent des alignement de danseuses lançant en l’air leurs jambes (2), jusqu’au tombé définitif du rideau marquant le début de la fin de la journée.

Ces attractions sont, bien entendu, fréquentées par les gens aisés de la ville : pendant ce temps, les moins riches s’entassent dans les différents cafés, s’amusant, riant et buvant de la bière.

 

C’est une succession d’images absolument magnifiques : il faut dire que la présence de Karl Freund est pour beaucoup dans les cadrages, même s’il n’est pas crédité en tant que chef-opérateur comme la plupart du temps.

De plus, à différents moments du film, Ruttmann insère des plans qui se démarquent de l’ambiance générale de frénésie et d’insouciance, ramenant régulièrement le spectateur à la réalité froide et tragique : c’est un corbillard qui évolue doucement parmi les voitures qui transportent rapidement les uns et les autres. C’est aussi cette mère avec ses deux enfants, assise sur des marches, le regard triste ; c’est aussi cette vendeuse à la sauvette qui glane quelques pfennigs en vendant quelque camelote ; et puis aussi cette jeune femme par-dessus le parapet d’un pont et qui après avoir fixé les eaux tumultueuses va se jeter et disparaître dans le courant.

 

Avec ce film, Ruttmann est le témoin de son époque, tout comme le sera Vertov deux ans plus tard. Mais alors que Vertov filme avec des arrière-pensées politiques, Ruttmann ne veut rien démontrer. De plus, il est le témoin qui ne prend pas non plus part aux images qu’il montre.

D’une manière générale, la démarche de Ruttmann et Freund est beaucoup plus artistique : la symphonie du titre est d’ailleurs d’une grande pertinence, classant le film dans une œuvre d’art alliant images et musique par leur point commun, le rythme.

Et il est bien dommage qu’on encense autant Vertov et qu’on ait tendance à oublier ce film.

La participation de Ruttmann dans le régime nazi qui se met en place quelques années plus tard peut l’expliquer, mais ce serait alors pénaliser Freund voire Mayer qui n’ont pas suivi le même chemin.

 

Berlin est un film qu’il est urgent de faire (re)découvrir.

 

  1. Sur une idée de l’immense Carl Mayer, excusez du peu…
  2. Est-il besoin de préciser que ce sont de nouvelles lignes qui nous sont alors proposée ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Pirates
Barbe Noire le Pirate (Blackbeard, the Pirate - Raoul Walsh, 1952)

C’est finalement Robert Newton qui tient le rôle du pirate, dirigé par Raoul Walsh, dans une adaptation très libre de la vie – et surtout la fin – de ce terrible personnage à la barbe noire et tressée.

 

Barbe-Noire est le type de personnage très walshien, de par sa démesure et sa truculence. Encore qu’on aurait pu faire un peu plus dans cette démesure. Mais pour une fois que le chef des pirates ne s’en sort pas à la fin, on ne va pas bouder notre plaisir.

Encore que les deux premiers tiers du film sont tout de même un peu lents et que heureusement pour nous, on assiste à une fin spectaculaire autant que cruelle.

 

Ce Barbe-Noire n’a rien d’un enfant de chœur, et surtout n’est absolument pas romantique comme pouvait l’être Errol Flynn dans les années 1930s ou encore Douglas Fairbanks dans la décennie précédente.

Robert Newton campe un Barbe-Noire des plus retors et cruel, pas très regardant quand il s’agit de sauver sa peau, sacrifiant ainsi un de ses hommes pour éviter lui-même la mort, en tuant un autre pour se faire passer pour mort.

Bref, un abominable personnage, reflétant tout de même la réalité quant à la flibuste.

 

En face de ce loup de mer, on trouve un autre pirate des plus célèbres : Henry Morgan (Torin Thatcher). Le seul petit problème, c’est que le véritable Morgan est mort quelques années seulement après la naissance du premier, en 1688. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma.

Par contre, s’il est bien quelqu’un qui a combattu l’infâme c’est Robert Maynard (Keith Andes).

C’est d’ailleurs lui qui raconte l’histoire et nous suivons donc son point de vue, jusqu’à la mort du pirate sur l’île d’Ocracoke, tué par ceux qui furent ses compagnons de mer.

 

Si Robert Newton s’en tire plutôt bien – Boris Karloff avait été envisagé – Keith Andes interprète un Maynard un tantinet falot : c’est un jeune homme blond, plein de courage, mais il lui manque le charme et surtout le charisme de ses prédécesseurs (voir plus haut).

Pourtant, il est secondé par Edwina Mansfield (Linda Darnell, toujours aussi belle) qui au final fait montre d’un caractère beaucoup plus trempé que son prétendant.

Cette différence explique aussi pourquoi Keith Andes n’apparaît qu’en quatrième position sur l’affiche du film.

Autre personnage de type walshien cette fois : Alvina (Irene Ryan). C’est une vieille demoiselle de compagnie qui suit la belle Edwina, mais n’a toujours pas trouvé l’âme sœur (on comprend alors aisément pourquoi elle est une « Lady en devenir »). C’est surtout une femme qui sait boire, comme elle le montre à B.N. : ce dernier en profite pour lui tirer le secret de sa maîtresse.

 

Si le seul dernier tiers retient l’attention, c’est aussi parce qu’on y assiste – enfin – à des abordages et les combats qui les accompagnent. Ca tire, ça tue, ça brette… Mais ça ne saute pas : pas de filins qui transbordent les pirates comme chez Curtiz ou Parker.

Par contre le combat naval entre les navires (celui de Morgan contre celui de B.N.) est destructeur au possible, les différentes phases s’enchaînant comme il faut pour le plaisir des spectateurs.

 

Quant à la fin du pirate – et du film par la même occasion – on assiste à un supplice des plus raffinés mais surtout très cruel : Barbe-Noire est enterré (vivant) sur la plage, seule sa tête dépassant pendant que la marée monte et le noie.

 

Cette image terrible m’a longtemps poursuivie : enfant, des copains m’avaient raconté ce final, insistant sur les détails horrifiques. J’ai enfin pu voir ce qu’il en était !

Et j’avoue que c’est un final des plus terribles, surtout quand il est comparé aux autres films de pirates que j’ai pu voir entretemps…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Gangsters, #Robert de Niro
Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)

Little Italy, New York (New York).

Charlie (Harvey Keitel) est un petit truand qui travaille pour son oncle Giovanni Cappa (Cesare Danova), avec l’espoir de gravir les échelons : il travaille dans la mafia new-yorkaise.

Mais malheureusement pour Charlie, il y a Johnny Boy (Robert de Niro), qui doit de l’argent à tout le monde, surtout à Michael (Richard Romanus), et ce dernier perd patience.

 

Pour son troisième long métrage, Martin Scorsese fait ses premiers pas dans le film de gangsters, avec bien sûr l’incontournable mafia qu’il reprendra une quinzaine d’années plus tard dans Goodfellas.

Mais ici, pas de rituels mafieux ni de parrain. Charlie et ses « amis » sont des truands de petite envergure, l’oncle de Charlie n’étant pas vraiment un grand ponte du système.

Et déjà on retrouve des éléments qu’il développera à nouveau ultérieurement : l’amitié, l’ambition et la religion (catholique, bien sûr).

 

La religion est omniprésente dans le film. En effet, on voit une procession dans Little Italy, avec la statue d’un saint (François d’Assise ?) qui défile, ainsi que les différentes réjouissances qui se déroulent pendant le temps de l’intrigue. En effet, l’intrigue ne se déroule pas sur une période bien longue, ce resserrement temporel permettant de plus se concentrer sur ce qu’il se passe pendant ces quelques jours.

De plus, la religion est aussi un soutien dans la vie de Charlie, donnant un sens à sa vie et surtout lui permettant d’accéder à une rédemption temporaire grâce à la confession.

 

L’amitié, qui est déjà couplée avec un sentiment d’honneur (la parole donnée), est omniprésente. Les différents protagonistes sont amis, ce qui amène toutefois quelques échauffourées, surtout entre Johnny et Michael, pour cette histoire d’argent, bien sûr.

On retrouve tout de même cette amitié virile et presque indéfectible qui marquera les protagonistes de Goodfellas ou encore Casino : l’analogie avec Casino devenant plus que pertinente. En effet, tout comme Sam Rothstein (Robert de Niro) par rapport à Nicky Santoro (Joe Pesci), son amitié avec Johnny Boy est de plus en plus difficile puisque ce dernier s’enfonce de plus en plus vers une issue déjà fatale.

 

Mais c’est avant tout l’ambition de Charlie qui est le moteur de l’intrigue. Charlie veut sortir des petites combines qu’il a montées avec ses amis et veut plaire à Cappa qui peut l’introduire dans un milieu plus important que ces petits larcins.

Mais l’amitié avec Johnny va sérieusement compromettre son avenir, son oncle n’approuvant pas son choix. Alors quand Johnny découvre que Charlie sort avec sa cousine Teresa (Amy Robinson), la situation se complique dangereusement.

 

Et puis il y a la violence.

C’est Johnny qui tire des coups de feu du haut d’un toit pour effrayer le voisinage ; c’est aussi la rixe dans le bar où  Charlie est venu encaisser les frais de « protection ». Et c’est bien sûr les coups de feu tirés sur Johnny par un tueur répondant au nom de Shorty, mais qui est surtout interprété par Martin Scorsese, qui aime à apparaître dans ses films.

 

Et déjà, dans ce premier film de gangsters, tout comme dans ceux qui suivront, Charlie aura beau tout tenter pour se hisser dans la « famille » de son oncle, il n’y arrivera pas. La fin le ramènera à sa situation initiale, voire plus bas : comment expliquer à son oncle la dernière séquence avec ces mêmes coups de feu, surtout après les mises en garde…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
Cœurs brûlés (Morocco - Josef von Sternberg, 1930)

A peine débarquée à Hollywood, Marlene Dietrich rejoint son mentor – Josef von Sternberg – pour un nouveau film qui va la propulser en haut de l’affiche. Encore une fois (1).

Cette fois-ci, c’est Gary Cooper qui partage la vedette et dans une moindre dimension, le vétéran Adolphe Menjou. On retrouvera d’ailleurs Cooper et Menjou deux ans plus tard dans le superbe Farewell to Arms.

 

Le même jour, à Mogador (côte ouest du Maroc) arrivent un bataillon de la légion étrangère ainsi qu’un paquebot venant d’Europe. Parmi les légionnaires, le soldat Tom Brown (Gary Cooper). Parmi les passagers, le riche La Bessière (Adolphe Menjou), habitué du pays, et la jeune et belle Amy Jolly (2), interprétée par la non moins belle Marlene.

Bien sûr, La Bessière tombe sous le charme de cette superbe femme, mais Tom aussi, et l’âge, s’il est parfois un bénéfice, est aussi un handicap face à un jeune homme (surtout quand c’est Gary Cooper !).

Mais Brown est envoyé dans le désert et son régiment revient sans lui…

 

Avec ce film s’ouvre un nouveau thème dans le cinéma américain : la Légion étrangère. Gary Cooper s’y retrouvera neuf ans plus tard avec William Wellman pour l’inoubliable Beau Geste. Mais alors que les autres films vont insister sur certains faits d’armes, ici nous n’avons que très peu de plan relatif à la guerre (3), Sternberg insistant pour sa part sur l’ambiance et surtout les éclairages. En effet, quand Brown est envoyé en mission – où meurt Caesar (Ullrich Haupt Sr., qui mourra lui aussi d’un coup de feu, mais involontaire celui-là, l’année suivante) – pour détruire une mitrailleuse, Sternberg abandonne la séquence alors que son héros s’approche de son objectif, revenant à Mogador, où se languit Amy.

 

Comme nous sommes dans ce qui fut une colonie française, la langue de Molière est régulièrement utilisée,  surtout par celui avec qui Sternberg a commencé, Emile Chautard (on le retrouvera dans deux autres Sternberg : Shanghai Express et Blonde Venus tous deux sortis en 1932).

Le français est aussi utilisé pour les ordres militaires même si certaine tournure n’est pas très habile. Dernière utilisation de cette langue : la troisième chanson qu’interprète Amy (eh oui, cher professeur Allen John, elle chante trois fois !)…

Cette utilisation à peu près naturelle ajoute dans le souci d’authenticité qu’on retrouve tout le long du film.

 

Cette authenticité qui prime dans les films de Sternberg est accentuée dans les différents détails de la vie de la caserne : les militaires grossiers qui huent Amy à sa première apparition, préférant voir ses jambes que son smoking (voir plus bas) ; les femmes qui suivent les différents bataillons en déplacement – « l’arrière-garde », les appelle La Bessière – ou encore celles qui s’accrochent au cou des soldats, le temps d’une permission ou/et de les plumer…

 

Mais encore une fois, c’est Marlene Dietrich que suit constamment Sternberg. Sa caméra est constamment en mouvement pour suivre la belle Allemande, à son propre rythme, s’attardant sur certaines poses plus ou moins mélancoliques.

Mais si Amy Jolly est ce que le capitaine du paquebot appelle une « candidate au suicide (4), sa première sortie au cabaret de Lo Tinto (Paul Porcasi) – le propriétaire à l’immense boucle d’oreille – a tout d’un événement, qu’il concerne le film lui-même ou son intrigue.

Amy apparaît en smoking donc, avec chapeau claque, et interprète Give me the Man (pas formidablement, d’ailleurs) et se penche à un moment vers une autre femme pour lui prendre une fleur, l’embrassant pour l’occasion sur la bouche le plus naturellement du monde.

Mais nous sommes encore dans la période pré-code et ce geste qui sera bien sûr fortement découragé quelques années plus tard ne choque personne sur l’écran.

Comme quoi, certaines mœurs ont régressées…

 

Et alors que l’Ange bleu se termine sur la mort du professeur, ici, Sternberg nous propose une fin ouverte, où personne ne meurt si ce n’est l’espoir de La Bessière : la belle Amy abandonne tout pour grossir le rang des femmes de l’arrière, celles qui aiment leur soldat.

 

C’est une fin fort étrange mais qui conclut tout de même de très belle façon ce film plutôt atypique, au vu du sujet : dans les films suivants (américains ou français), peu de héros échapperont à leur sort funeste.

 

 

  1. Le public américain  n’a pas encore eu la possibilité de voir L’Ange bleu quand ce film est projeté.
  2. Malgré l’orthographe anglaise, il faut prononcer cela à la française : « amie jolie ». Hasard ? Ca m’étonnerait…
  3. La pacification du Maroc : comme d’habitude, on pacifie à coups de fusil…
  4. Il appelle ainsi les jeunes femmes qui viennent au Maroc avec un aller-simple et ne reviennent jamais chez elles.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis, #Comédie dramatique, #Tom Hanks
Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994)

« La vie c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais ce qu’on va avoir. »

Cette phrase pleine de sagesse (?), c’est celle que la maman de Forrest Gump (Tom Hanks) a prononcée pour lui expliquer la vie. Il faut dire que la vie de Forrest est très particulière : Forrest est un enfant différent. Différent parce que son QI n’est pas aussi élevé que ceux des autres enfants, ceux qui sont normaux.

Qu’importe : si la vie est une boîte de chocolats, ça doit être une très belle marque, parce qu’il la conduit naturellement, et elle devient alors très belle.

L’autre réplique, c’est bien sûr « Cours, Forrest, cours ! ». Et courir, c’est peut-être ce qu’il fait le mieux, dès l’enfance, afin d’échapper aux autres enfants qui se moquent de lui.

Courir, c’est aussi ce qui le sauve au Vietnam et lui permet même d’en sauver d’autres.

 

Mais Forrest Gump, ce n’est pas seulement une boîte de chocolats et une paire de tennis.

C’est avant tout un témoin de l’Amérique des années 1950s jusqu’aux années 1980s. C’est un témoin objectif, parce qu’il n’attend rien de la vie, il prend ce qu’elle lui amène, comme l’a prévenu sa maman (Sally Field).

Et il s’en passe des choses : les présidences de Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter et Reagan ; la Guerre du Vietnam ; les mouvements de protestations contre la Guerre du Vietnam ; quelques assassinats célèbres et un nombre incalculable de rencontres qui ont un impact aujourd’hui encore !

 

Oui, c’est trop beau pour être vrai ! Mais c’est justement pour ça que ce film l’est, beau. Tom Hanks interprète l’un des rôles les plus sympathique de sa carrière, cet homme un peu bébête qui est le spectateur de tous ces changements dans la société américaine, mais qui semble aussi spectateur de sa propre vie.

A ses côtés – de temps en temps – on retrouve Robin « Buttercup » Wright dans le rôle de Jenny, sa plus vieille amie, rencontrée sur le (premier) chemin de l’école : la seule qui accepta qu’il s’installe près de lui dans le bus.

Et alors que Forrest se laisse emporter par sa vie qui se déroule, Jenny agit sur la sienne, expérimentant les différents modes de vie de la fin des années 1960s jusqu’au début des années 1980s : musique, amour libre, drogues…

 

Quand ils se retrouvent – définitivement – tous les deux ont vécu pleinement cette vie qui s’était offerte à eux. Mais s’ils en sont sortis vivants, ce n’est pas dans le même état. Dernier avatar de Jenny, alors que les années Reagan se passent, elle attrape un virus que les médecins n’arrivent pas à comprendre mais que les spectateurs de 1994 (vingt-cinq ans déjà !) comme ceux d’aujourd’hui peuvent nommer : le terrible VIH.

Et si nous sommes tristes de l’issue inévitable pour Jenny, Robert Zemeckis filme avec beaucoup de finesse et de subtilité les émotions qui étreignent Forrest, nous les partageant avec la même délicatesse de Chaplin quand il ouvre The Kid, soixante-dix ans plus tôt.

ON sourit beaucoup, mais on chasse une petite larme dans le coin de l’œil alors que Forrest Gump Jr. (Haley Joel Osment dont c’est la première apparition au cinéma) entre dans le bus conduit par la même Dorothy Harris (Siobhan Fallon Hogan*) que quand son papa est allé pour la première fois à l’école.

 

Au final, c’est un film qui se regarde avec toujours plus de plaisir à chaque nouveau visionnage. Zemeckis – je le répète – présente ses personnages avec beaucoup de finesse et de délicatesse (surtout Forrest, bien sûr) : mais il faut dire aussi que ses différents interprètes – n’oublions pas Gary Sinise (le lieutenant Dan Taylor) – jouent avec beaucoup de justesse cette fable sur la différence où justement, c’est parce qu’on est différent qu’on est aussi comme les autres. Et n’oubliez jamais que c’est de la différence que naît la richesse.

 

PS : J’oubliais (encore une fois). Les différentes séquences d’actualité retouchées avec à chaque fois Forrest Gump côtoyant des personnalités emblématiques sont absolument bluffantes et amènent plus d’une fois le sourire : les réflexions des deux présidents ou les remarques de John Lennon ; ou encore ses attitudes et paroles qui expliquent certains événements et faits de société – Watergate ; « shit happens (etc.) ». Du bel ouvrage.

 

 

* Grande amie de la regrettée Mary Ellen Trainor (1952-2015) qui apparaît aussi dans le film : elle ramène Junior à sa maman. [NB : c’était aussi Mrs Zemeckis à cette époque]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Diane Kurys, #Comédie dramatique
Diabolo Menthe (Diane Kurys, 1977)

Anne Weber (Éléonore Klarwein) est en classe de quatrième au lycée Jules Ferry de Paris. Elle a treize ans, bientôt quatorze et n’a toujours pas eu ses règles. Quant aux garçons, c’est un sujet très intéressant mais il ne fait pas encore partie de sa vie.

Elle traîne son mal de vivre dans cette année scolaire 1963-1964, pendant qu’on enterre Edith Piaf et John Kennedy, alors que la Guerre d’Algérie a laissé des traces et que passe Salut les Copains tous les soirs sur Europe 1.

 

Anne, c’est Diane Kurys, bien sûr, celle par les yeux de qui on voit cette s’écouler cette année scolaire. Elle vit avec sa mère (Anouk Ferjac) et sa sœur Frédérique (Odile Michel). Et Diane Kurys a bien choisi cette année de quatrième car en général, c’est une année de transition pour les élèves, où les tensions avec les parents sont souvent au maximum, et où les résultats s’en font alors ressentir.

C’est une collection de mauvaises notes qu’elle ramène à sa mère au premier trimestre et on entend alors le refrain rebattu par les parents mécontents, encourageant leurs enfants à faire mieux (1) : «  si je te dis ça, c’est pour ton bien ».

 

Mais c’est aussi une très belle reconstitution de cette époque, rythmée surtout par la radio (2), la télévision étant alors un luxe, où le rock s’émancipe (voir plus haut SLC) et la politique s’installe dans les esprits des jeunes filles – celles de secondes où est Frédérique – et où la liberté de manœuvre de ces mêmes jeunes filles étaient fort réduite.

Deux anecdotes nous ramènent à cela :

  • les lettres d’amour que reçoit Frédérique et que madame Weber ne trouve pas adaptées à une jeune fille de bonne famille, encourageant Frédérique à les déchirer devant elle ;
  • le débat lancé par la prof d’histoire (Arlette Bonnard) où certaines sont déjà conditionnées pour être de parfaites épouses soumises.

Cet échange est aussi l’occasion d’un grand moment d’émotion quand Pascale (Corinne Dacla) raconte la manifestation de Charonne (8-2-1962), où la police s’est déchaînée sur des manifestants impuissants et retenus par les grilles abaissées de la station de métro.

 

Bien sûr, Eléonore Klarwein est le centre de l’attention. Cette année, en plus des différents événements est aussi celle qui la voit devenir femme : les règles qui n’arrivaient pas et qui la complexaient sont enfin là. Avec ce changement, c’est aussi des désirs de grandes qui s’emparent d’elle : les garçons, ces inconnus ; les bas que « toutes ses copines portent sauf elle ».

 

Mais sa vie, ce sont aussi les adultes autour d’elle : sa mère bien sûr, mais les différentes enseignantes ou représentantes de l’autorité. La directrice sévère (Tsilla Shelton, déjà acariâtre) qui ne sait pas qu’Oran n’est pas une école privée ; la prof de maths (Dominique Lavanant) incapable de tenir sa classe ; ou encore la prof de gym (Dora Doll) qui a perdu de sa souplesse et doit se battre contre les voyeurs qui zieutent les jeunes filles en tenues de sport.

 

Mais à travers cette société sclérosée où les enfants ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes, on trouve aussi la graine de la contestation qui va se répandre quelques années plus tard en France comme partout dans le monde :

  • la politisation des élèves : on voit s’affronter les « gauchistes » et les « réacs » devant l’établissement ; ou encore la distribution de badges de paix dans l’enceinte de l’établissement.
  • Le personnage de Muriel Cazeaux (Marie-Véronique Maurin) qui fugue et se révolte, goûtant à la liberté et ne pouvant plus retourner dans ce système uniforme et étriqué.

 

Et Anne dans tout ça ?

Elle traverse les périodes d’école en s’accrochant à la promesse de vacances salutaires : la montagne pour le ski (à « l’Alpe d’Huez ») ; la mer à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados) où habite son père.

Ce sont les rares moments où on la voit sourire pleinement.

Et quand l’image se fige sur son visage et qu’on entend la chanson d’Yves Simon, on reste l’écouter pour rester le plus longtemps avec elle, pendant que défilent les images de vacances avec Frédérique et leur père.

 

Diabolo Menthe est un film marqué du fait de la période qu’il décrit, mais reste tout de même d’actualité : les adolescentes d’aujourd’hui ne sont pas si différentes de maintenant, et la répression policière évoquée par Corinne Dacla a comme une résonnance actuelle…

 

 

PS : ayant vu le film en 1981, quand il est passé sur FR3 pour la première fois, je suis tombé amoureux de cette jeune fille.

  1. Echo à la célèbre appréciation atemporelle : « peut mieux faire. »
  2. Europe 1 règne sans partage sur les ondes pendant cette période.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Oliver Stone, #Guerre
Né un 4 juillet (Born on the fourth of July - Oliver Stone, 1989)

Trois ans après Platoon, Oliver Stone retourne au Vietnam pour suivre l’expérience de Ron Kovic (Tom Cruise), véritable soldat des Marines qui partit en 1967 mais revint au pays dans une chaise roulante, après une blessure en janvier 1968…

Tout comme Oliver Stone, Ron Kovic s’est porté volontaire mais lui est revenu avec deux meurtrissures : l’une physique qui l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant ; l’autre morale qui le fait sursauter quand il entend des pétards exploser, à laquelle s’ajoute une impuissance autant physique que sexuelle.

Un cauchemar.

 

Pourtant, ça commençait bien (pour lui). Nous sommes le 4 juillet 1956, et Ron (Bryan Larkin) regarde la parade des anciens combattants pour la fête nationale. Et ce qui retient le plus soin attention, ce sont les invalides qui défilent plus ou moins fièrement – sans bras, en fauteuils roulants (etc.) – signe prémonitoire du destin du jeune garçon.

Puis nous sommes dix ans plus tard et Ron est au Vietnam pour une journée très particulière de janvier 1968. Après avoir attaqué un village supposé abriter des Viêt-Cong (VC), les Marines se rendent compte qu’il n’y a aucun ennemi et qu’ils ont massacré (1) des femmes et des enfants. Plus tard dans cette même journée, alors que règne la confusion, Ron tue accidentellement un de ses frères d’armes qui s’élançait en hurlant.

C’est aussi ce même jour qu’il reçut plusieurs balles de vrais VC qui vont définitivement sceller son sort.

 

Encore une fois, Oliver Stone nous montre un pan de cette guerre traumatisante qui ne permet pas à l’armée américaine de briller. Et les différents filtres utilisés ajoutent à la confusion des soldats, les différents protagonistes apparaissant alors plus comme des ombres que des êtres humains. A la différence de Platoon, où la moiteur était omniprésente du fait de la jungle, ici c’est la sécheresse qui domine, accentuée par la teinte que prend l’écran pendant les différentes phases de combat.

Et c’est un épisode peu glorieux de cette armée réputée invincible qui va déclencher chez Ron une remise en question de son mode de vie et de ses convictions.

 

Au départ, c’est un Américain pur jus, élevé au base-ball et à la lutte, un tantinet nationaliste dont le mot d’ordre « America: love it or leave it » n’est pas sans rappeler les positions d’un président actuel. Et quand il revient du front, dans sa chaise, il n’a pas bougé d’un iota dans ses idées patriotiques. Il ne comprend absolument pas ces jeunes gens qui s'insurgent contre les défilés du 4 juillet (fête nationale) alors qu’il est partie prenante du défilé, fier de ce qu’il a accompli, mais surtout sursautant du fait des détonations (voir plus haut).

Comme de très nombreux vétérans (4) il va prendre conscience de la futilité du conflit et surtout de l’immense mensonge qu’il y a derrière.

 

Mais pour cela, il va devoir payer : et lui qui a été élevé dans la religion – surtout par sa mère (Caroline Kava) – ca devoir gagner sa rédemption (toujours elle !) pour accéder enfin à un quelconque bonheur. La première partie, il la trouve au Vietnam, mais la seconde va lui arriver au Mexique. Après une crise de foi – et une prise de bec terrible avec sa mère – il se rend au Mexique où il rencontre d’autres mutilés de guerre comme lui, dont le farouche Charlie (Willem Dafoe) qui lui permettra d’accéder à cette rédemption recherchée, sans toutefois oublier passer par un stade de déchéance encore plus bas.

 

Mais cette renaissance salutaire va nous ramener dans la réalité de l’époque – 1972 – avec la convention pour l’investiture de Nixon à sa réélection : ce dernier concluant son discours par une déclaration absolument contraire à ce qu’il se passait en marge de cet événement et où Ron Kovic et d’autres anciens combattants étaient entrés pour s’exprimer avant d’être chassé puis presque arrêtés par les forces de l’ordre vraiment hostiles face à cette contestation.

Des images de violences policières qui ne sont pas sans rappeler celles qu’on peut voir régulièrement actuellement, et pas obligatoirement aux Etats-Unis.

 

C’est encore un film coup de poing que Stone envoie à l’Amérique, relatant un état d’esprit alors très répandu, où les agissements des soldats n’étaient – encore une fois – pas très glorieux mais où ces mêmes soldats ont pu se racheter en condamnant ce conflit qu’un infirmier qualifie avec justesse de « guerre de blancs », voire de riches.

On y suit aussi le traumatisme physique et moral qu’engendra ce conflit où  la moyenne d’âge des combattants était extrêmement basse comparée aux autres conflits précédents : c’étaient les enfants du baby-boom qui allaient mourir là-bas, et beaucoup avaient moins de vingt ans.

 

Et avec ce film, c’est un autre aspect moins exploité au cinéma – Coming Home, une dizaine d’années auparavant (1978) – de cette guerre dont l’impact n’a pas beaucoup diminué dans la société américaine.

 

 

PS : outre Willem Dafoe, on a droit à une courte apparition de Tom Berenger, autre interprète de Platoon

 

  1. C’est comme ça qu’on dit, non ?
  2. Ne me demandez pas la couleur, je suis daltonien, mais l’effet est tout de même là.
  3. « L’Amérique : aimez-la ou quittez-la ».
  4. Il est toujours terrible de se dire qu'on a affaire à un vétéran si jeune.

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Publié le par Djayesse
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Harry Potter et la Chambre des secrets (Harry Potter and the Chamber of secrets - Chris Columbus, 2002)

Un an plus tard, il revient.

Alors que le deuxième opus du Seigneur des Anneaux tient ses promesses (1), on constate que Chris Columbus nous propose un deuxième épisode qui n’est pas sans rappeler le premier.

En effet, on retrouve la même structure que dans le premier film, certains interprètes venant s’ajouter au casting du premier épisode : Bonnie Wright (Ginny Weasley), la sœur Benjamine de Ron Weasley (Rupert Grind) et des autres ; Kenneth Branagh (Guilderoy Lockhart), le nouveau professeur de défense contre les forces du mal qui remplace le professeur Quirrel (Ian Hart) après les péripéties de l’aventure précédente. Autre personnage qu’on est appelé à revoir : Mr. Weasley (Mark Williams), sorcier fasciné par le monde des Muggles.

 

Donc Harry attend patiemment la reprise des cours à Hogwarts, subissant malgré tout les brimades de sa famille (les Dursley), avant d’être secouru par les frères Weasley.

Une fois les cours repris, on s’aperçoit que les élèves courent un grand danger car l’ennemi ultime, Voldemort, est de retour : on a ouvert la Chambre es Secrets (d’où le titre) et des élèves sont agressés.

Mais bien sûr Harry Potter, Ron et Hermione (Emma Watson) sont là pour sauver la journée.

 

Donc pas de surprise dans ce nouveau film : Columbus remplit encore une fois le cahier des charges, respectant la structure mise en place l’année précédente : chez les Dursley ; le voyage vers Hogwarts ; les enseignements ; le déclencheur (ouverture de la Chambre) ; les conséquences ; l’affrontement final ; la fin heureuse (2).

Et encore une fois, il manque un petit quelque chose pour que ce film devienne grand : rassurez-vous, le suivant est magnifique.

 

On notera tout de même que c’est le dernier film du grand Richard Harris, qui mourut quelques jours (onze) avant la présentation. Ainsi qu’un élément plutôt appréciable : les enfants choisis pour les différents rôles (principaux, secondaires voire subalternes) sont les mêmes, ce qui donne un cachet de réalisme à la saga en marche.

Pour le reste, le talent de J.K. Rowling nous permet d’assister à une intrigue passionnante avec les effets spéciaux indispensables qui prennent toute leur dimension dans cet univers magique.

 

 

PS : Un autre futur méchant apparaît, il s’agit du père de Draco Malfoy (Tom Felton), le redoutable et dangereux Lucius (Jason Isaacs), ancien homme de main de Vous-savez-Qui.

 

  1. C’est un peu normal : les trois films furent tournés dans la foulée, la sortie prévue avec un an de battement entre chaque partie.
  2. J’en oubliais le match de quidditch !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chris Columbus, #Fantastique, #Harry Potter
Harry Potter à l'Ecole des sorciers (Harry Potter and the philosopher's stone - Chris Columbus, 2001)

Qui sont ces drôles de personnes qui viennent d’arriver dans Private Drive de Little Whinging (Surrey) ?

Toujours est-il que le vieux barbu arrive à attraper toutes les lumières de la rue ; le chat s’est transformé en vieille femme ; et un motard gigantesque a apporté un bébé.

Cet enfant est Harry Potter, le garçon qui a survécu de sa rencontre avec l’infâme Voldemort, chef sorciers noirs.

 

Cette fin d’année 2001 fut énormément attendue par une partie des cinéphiles du monde entier. Pensez donc, on attendait deux grands films avec une grande impatience : Le Seigneur des Anneaux, premier film de la trilogie de Peter Jackson adaptée du livre de Tolkien ; et les débuts cinématographiques de ce nouveau personnage imaginé et créé par une écrivaine jusqu’alors inconnue (sauf de ses lecteurs), Joanne « J.K. » Rowling.

Et si Peter Jackson a tenu ses promesses et mis sur les rails une trilogie magnifique, on ne peut pas en dire complètement autant du film de Chris Columbus.

 

Attention, je ne dis pas que ce film est un navet. Au contraire, il s’agit d’une adaptation fort honnête d’un univers magique dont tous les enfants (petits et grands) ont un jour rêvé. Mais on aurait pu avoir une adaptation un tantinet moins stricte et surtout moins statique.

Columbus remplit le cahier des charges et nous livre une première aventure conforme, mais tout de même bien bavarde.

A sa décharge, le roman lui-même est une œuvre d’exposition : il met en place les différentes composantes de cet univers parallèle où une partie de l’humanité possède un don étonnant : la magie.

 

Mais ce qui est étonnant, c’est de voir combien ce monde merveilleux rejoint d’une certaine façon les contes de fées et autres mythes et légendes.

Tout d’abord, on trouve des créatures merveilleuses (centaure, licorne, chien à trois têtes…) ainsi que des lieux étranges et même capricieux (les escaliers), et surtout des gens qui agitent des baguettes magiques pour des résultats parfois étonnants (en bien comme en mal).

Par contre, si ce monde est un tantinet féérique, on y trouve des pratiques d’un autre âge : le courrier est apporté par des hiboux (dans certaines histoires, ce sont bien des corbeaux…) ; on écrit à la plume qu’on trempe dans l’encrier et la seule concession moderne de ce monde suranné, c’est une magnifique locomotive à vapeur qui emmène les élèves vers leur école : Hogwarts.

 

On se laisse alors emmener dans ce lieu merveilleux (1), et on découvre les différents personnages principaux, qu’ils soient du côté des bons – Harry (Daniel Radcliffe), Hermione (Emma Watson) et Ron (Rupert Grint) – ou des méchants – Voldemort (Richard Bremmer), Draco Malfoy (Tom Felton) ou encore Snape (le regretté Alan Rickman), quoi que pour ce dernier, les choses ne soient pas aussi claires…

Sans oublier les enseignants et tous les autres personnages qui font de cet univers un lieu magique mais aussi universel, de par ses emprunts multiples et multiculturels.

 

Avec ce premier film – d’une série de 8 – Columbus met en place non seulement un monde nouveau, mais aussi une sorte de structure pour le(s) film(s) suivant(s) comportant un passage obligé chez les Muggles (2) et surtout la famille terrible d’Harry (2) ; enseignement à Hogwarts ; match de Quidditch ; et bien sûr le face-à-face final.

Je le répète, Chris Columbus est un très bon artisan et nous gratifie d’un film honnête. Mais dès le troisième opus, Alfonso Cuarón nous montrera qu’on peut s’appuyer sur cette structure et en faire un film encore plus fabuleux.

Mais bien sûr, ceci est encore une autre histoire…

 

  1. Pas tout le temps, tout de même, sinon il n’y aurait pas de film…
  2. Non-magiciens (Moldus en français).
  3. Oncle Vernon (le regretté Richard Griffith), tante Petunia (Fiona Shaw) et leur fils l’insupportable Dudley (Harry Melling, magnifique enfant terrible pendant toute la saga !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
L'Ange bleu (Der blaue Engel - Josef von Sternberg, 1930)

Le Dr. Immanuel Rath (Emil Jannings) enseigne au lycée à des élèves qui lui préfèrent Lola Lola (Marlene Dietrich) : excédé, il se rend à l’Ange bleu, un cabaret où se produit la jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

 

C’est un trio extraordinaire qui nous est ici présenté : Josef von Sternberg avec ses deux interprètes nous gratifie d’un film qui est devenu – avec justice – culte pour différentes raisons.

 

La première, c’est évidemment la distribution. Outre les deux vedettes (1), on retrouve toute une collection de trogne absolument uniques : loin des critères de la beauté, ce sont des personnages aux mines fort étranges, qu’on peut difficilement considérées comme belles. ON se demande presque si ce n’est pas seulement leurs visages qui les a fait tourner dans ce film. Mais la présence de Rosa Valetti – Guste la femme de Kiepert le magicien (Kurt Gerron) – nous confirme que ce sont avant tout que les différent(e)s actrices et acteurs avaient déjà de nombreux films à leur actif.

Mais tout de même : entre le patron de l’Ange bleu (Károly Huszár), le capitaine (Wilhelm Diegelmann) ou les différentes autres artistes de la troupe de Kiepert, on est gâté.

 

La seconde, bien sûr la maîtrise de Sternberg. Souvent considéré comme un réalisateur allemand (2), ce dernier réussit l’exploit de faire ce qu’on appelle un film « allemand » sans toutefois en être un, et ce malgré la présence d’un casting germanique.

Si les éclairages rappellent les différents films des cinéastes réellement allemands, il ne faut pas se tromper : c’est bel et bien celui qui a tourné Underworld qui commande ici et son utilisation de l’ombre et la lumière ne doit rien à ses collègues d’outre-Rhin.

 

On retrouve d’ailleurs parfois des réminiscences internes au film : le halo de lumière qui va désigner Rath à Lola lors de sa recherche de ses élèves dans ce lieu de « dépravation ». Ce halo se retrouvera à la fin, quand le concierge du lycée ira découvrir Rath dans sa classe, mort, agrippé à un bureau qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Cette dernière séquence est aussi un rappel de la solitude de ce même Rath après qu’ait éclaté le scandale de ses visites à l’Ange bleu. Par deux fois donc, Sternberg accentue la solitude de son héros par un travelling latéral qui en plus s’éloigne du sujet pour renforcer ce sentiment d’isolement.

 

Bien évidemment, c’est Jannings qui porte le film, et chacune de ses (nombreuses) apparitions est un grand moment du jeu d’acteur. Il utilise avec talent sa propre timidité pour camper un professeur d’apparence sévère qui ne sait dire qu’une seule chose à ses élèves (3) : « nous en reparlerons. »

Et son nom – Rath – est régulièrement transformé en « Unrath » qui signifie phonétiquement « vermine » ou encore « ordure ».

Bref, malgré ses allures de professeur sévère (mais pas spécialement juste), ce n’est qu’une baudruche qu’on peut aisément commander : son dernier boulot – clown – l’entraîne à se produire sur la scène de ce même Ange bleu qui est le point de départ de sa déchéance.

Avec ce retour dans sa ville natale, c’est une boucle qui se ferme et la structure du film sous une forme un tantinet symétrique accentue cette déchéance, ramenant Rath à son point de départ : seul, irrémédiablement seul.

 

Aux côtés de Jannings, on a donc la superbe Marlene, inconnu du grand public, mais qui va devenir, grâce à ce film et ses autres collaborations avec Sternberg, une star mondiale. Si je partage en partie l’avis de mon ami le professeur Allen John à propos du chant de cette dernière, je ne peux réprimer un sentiment d’émotion quand elle chante « Ich bin von Kopf bis Fuβ, auf Liebe eingestellt ».

Mais c’est surtout son évolution tout le long du film qui est remarquable. Si on en croit Sternberg dans son autobiographie (4), il eut beaucoup de mal à engager la belle Marlene, et surtout de la convaincre qu’elle avait du talent. Mais on remarque tout de même une grande aisance dans le jeu de l’actrice qui quittera définitivement l’Allemagne pour Hollywood quelques semaines après le film.

 

Le dernier atout de ce film, c’est bien sûr l’utilisation du son. Il s’agit – c’est rabâché dans toutes les encyclopédies du cinéma – du premier film sonore tourné en Allemagne. Et Sternberg, malgré certaines difficultés (4), utilise le son de manière on ne peut plus pertinente. Outre les différents chants interprétés par Dietrich, le son est utilisé avec une parcimonie extrêmement précise. L’ambiance musicale de l’Ange bleu qui baigne les coulisses de la scène s’éteint brusquement à chaque fois que la porte se ferme ; les différents bruits quotidiens (naturels ou non) rythment la journée du personnage principal ou accentuent les différents événements qui se succèdent.

A cette magnifique utilisation sonore s’ajoute de longs moments de silence eux aussi pertinents : tout d’abord les pratiques du cinéma muet ont la vie dure, mais aussi la solitude de Rath est accentuée par ce silence pesant.

 

Et parmi les différents éléments sonores, on notera aussi l’adaptation l’air de Papageno dans la Flûte enchantée. La présence de cet air de cet extrait s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord, le professeur Rath possède une cage dans laquelle vient de mourir un oiseau (Papageno est oiseleur). De plus, dans l’opéra de Mozart (1791), ce personnage est l’un des (très) rares éléments comiques.

Si Rath est lui aussi un clown, la grande différence c’est malgré son costume, il ne fait rire personne.

De plus, cette nouvelle peau (le déguisement) implique automatiquement le silence : le premier clown qui apparaît (Reinhold Bernt) ne prononce aucune parole, à la différence du professeur, volubile mais surtout prestigieux.

 

 

  1. Attention, Dietrich, si elle est devenue l’immense star qu’on connaît, était une parfaite inconnue pour les spectateurs !
  2. Né à Viennes, il émigra (deux fois) aux Etats-Unis pour n’en sortir que pour tourner.
  3. Ses élèves qui fréquentent assidument Lola expliquent à cette dernière que Rath a peur d’eux, ce qui est la vérité.
  4. cf. Fun in a Chinese Laundry (1966), son autobiographie.

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