Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #James Mangold
Le Mans 66 (Ford v Ferrari - James Mangold, 2019)

1966 est pour Ford la première d’une série de quatre victoires sur le circuit mythique du Mans. Et cette victoire est aussi mythique dans sa préparation et son aboutissement qui vit les trois voitures engagées  par « Henry II » (Tracy Letts), le grand patron de Detroit, arriver ensemble sur la ligne d’arrivée.

 

Reprenons : Ford (l’entreprise) est en déclin et va se lancer dans la course automobile avec un nouveau prototype capable de rivaliser (et battre) la toute puissante écurie Ferrari. Pour cela, on fait appel à Carroll Shelby (Matt Damon), qui lui-même en appelle à Ken Miles (Christian Bale) pour l’aider à réaliser ce véhicule révolutionnaire.

Mais si les deux hommes s’entendent plutôt bien, ce n’est pas toujours le cas avec les cols blancs de la firme qui n’apprécient pas tous ce pilote hors norme. En particulier Leo Beebe (Josh Lucas), qui va tout faire pour écarter le pilote britannique de la course.

 

Bien entendu, on pense à Steve McQueen (qui est d’ailleurs cité), au même endroit en 1971. Mais ce ne sont plus les mêmes voitures, et l’aspect dramatique du film de Lee H. Katzin a complètement disparu, même si les risques encourus par les protagonistes sont les mêmes. Mais surtout, la grande différence entre les deux films tient à l’intrigue qui prédomine par rapport au film antérieur. Et cette intrigue est passionnante, jouant avec astuce sur les nerfs des spectateurs, offrant des plans à couper le souffle qui, malgré la vitesse des bolides, ne s’enchaînent pas sur un rythme effréné. James Mangold nous laisse le temps d’apprécier les différents cadrages sans pour autant faire baisser le suspense et la tension inhérents à ce genre d’intrigue (1).

On vibre avec Ken Miles autant que sa voiture en le voyant engloutir ses autres concurrents dans chacune des courses qu’il remporte, passant les vitesses ou appuyant sur les pédales de frein et d’accélérateur. Du grand spectacle.

 

Alors oui, le scénario de Jason Keller et des frères Butterworth prend des libertés quant à la vérité historique (Shelby n’est pas le premier américain à remporter la course, par exemple), mais ces libertés sont tout à fait normales voire légitimes : nous sommes au cinéma ! Le principal reste : les trois Ford terminent ensemble !

Pour le reste, il faut bien une intrigue solide pour éviter les déconvenues du film de Katzin alors on accentue le rejet de Miles pour en faire un enjeu et les différentes courses prennent un tout autre intérêt : comment va-t-on faire pour que Miles ne gagne pas ? Et bien entendu, « on », c’est Beebe. Et là encore, c’est un personnage très réussi : on n’a qu’une envie, qu’il se prenne un bourre-pif par Shelby ou Miles (2).

 

Bref, c’est une très belle réussite qui nous est proposée là – faut-il aimer les courses automobiles, tout de même – et le duo Damon-Bale fonctionne à merveille : ce sont deux acteurs sobres dans leur jeu, ce qui est indispensable dans ce genre de rôle (3). A leur côté, outre l’infâme Beebe, on a plaisir à voir Caitriona Balfe (Mollie Miles) dans un rôle féminin pas spécialement effacé malgré le thème qui serait plutôt viril (4) surtout depuis que les femmes avaient été écartées… A ses côtés, le jeune Noah Jupe (Peter Miles) donne à Ken un solide contexte familial qui vibre autant que lui à ses exploits. Bref, Mangold dirige avec brio tout son petit monde, se permettant même de faire venir le vieil Enzo Ferrari (Remo Girone) sur le circuit (enfin dans les tribunes), lui qui n’assistait jamais aux courses.

 

Alors, accrochez votre ceinture, et laissez vous guider par Ken Miles qui, malheureusement, décèdera quelques semaines après le triomphe du 19 juin 1966 (le 17 août).

 

  1. Et ce malgré l’issue attendue de la course !
  2. Je ne vous dirai rien.
  3. Rappelez-vous, McQueen était un acteur très cool.
  4. Les femmes ont participé aux 24 heures entre 1930 et 1939, puis entre 1949 et 1954, avant de revenir à partir de 1971.

 

 

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Lee Daniels
Le Majordome (Lee Daniels' The Butler - Lee Daniels, 2013)

De 1957 à (environ) 1987, a officié Cecil Gaines (Forest Whitaker) en tant que majordome.

Suite à la mort (brutale) de son père (David Banner), il est employé dans la maison et devient serviteur à table. Cette nouvelle position va lui permettre de briguer – malgré lui – à la charge suprême que pouvait espérer – à cette époque – un travailleur noir : majordome à la Maison Blanche. D’Eisenhower (Robin Williams) à Reagan (Alan « Snape » Rickman), ce ne sont pas moins de 7 présidents de la république avec toujours le même modus operandi, devenant plus qu’un élément du décor comme peut le montrer Reagan dans sa demande de service.

30 ans, c’est aussi le temps qu’il faudra à sino épouse, Gloria (Oprah Winfrey) pour être officiellement invitée dans le lieu prestigieux.

Mais cette invitation marquera la fin des relations entre la présidence et l’un de ses plus marquants serviteurs de l’ombre.

 

Magnifique.
Une extraordinaire fresque américaine qui allie civilisation et droits civiques, menée de main par un réalisateur en verve, Lee Daniels. Ce dernier va d’ailleurs donner son nom au titre du film pour ne pas qu’on le confonde avec un obscur film éponyme de 1916 : comme si c’était possible !

Non, ici nous sommes en présence d’un véritable chef-d’œuvre servi par des interprètes à la hauteur de l’événement (1) : entre Robin Williams et Alan Rickman, on retrouve aussi Vanessa Redgrave (Mrs. Belle), John Cusack (Nixon) ou encore Liev Schreiber (Johnson), sans oublier Jane Fonda (Nancy Reagan). Bref, nous sommes en très bonne compagnie et le jeu formidable – justesse et sobriété – de Forest Whitaker fait qu’on ne peut pas rester insensible aux enjeux de l’intrigue.

 

Parce que, malgré cette formidable moisson de stars, ce n’est pas l’apparence qui compte (2), mais bel et bien le propos qui retient notre attention. Nous sommes dans la même situation que Ken Follett quand, environ un an après la sortie du film, il publie son phénoménal Aux Portes de l’éternité, dernier volume de son Siècle. La conclusion entre les deux œuvres est d’ailleurs la même, bien que les points de vue n’aient pas grand chose à partager (3).

Mais malgré tout, il s’agit d’une grande oeuvre qui rend hommage à ces gens – petits et grands – qui ont fait des Etats Unis le pays que nous connaissons, même si les années 2017-2021 ont laissé un tantinet à désirer, et ce malgré le slogan de campagne de l’homme aux cheveux jaunes.

 

Et ce qui nous réjouit, c’est avant tout le jeu des différents interprètes. Comme je l’ai écrit plus haut, Forest Whitaker est formidable, mais à ses côtés, Oprah Winfrey est pleinement à la hauteur de la tâche, campant une épouse délaissée qui va de plus en plus assumer sa situation. A nouveau, nous avons le plaisir de voir qu’elle ne sait pas qu’animer une émission de télévision. Sans être un soutien pour son mari comme c’est souvent le cas dans ces cas-là, elle est un autre challenge que Cecil va devoir relever, mâtiné à ses problèmes avec son fils.

Mais comme nous sommes dans un film américain, il faut s’attendre à une fin heureuse et surtout une rédemption. Rassurez-vous, elle sera là, même si en deux temps : à chaque fois, elle va concerner les deux fils de Cecil, dans des situations différentes certes, mais au final pas tellement éloignée (4).

 

Un film indispensable sur la lutte – malheureusement toujours – quotidienne pour l’égalité entre tous les Américains !

 

  1. Oui, encore une : que voulez-vous, je regarde aussi des bons films !
  2. Si Alan Rickman ressemble réellement à son personnage, ce n’est pas vraiment le cas de Robin Williams, ni encore moins de John Cusack.
  3. Le personnage de Louis Gaines (David Oyelowo) n’est pas sans rappeler ceux que nous suivons chez Follett dans la lutte des Droits Civiques.
  4. Je vous laisse juge…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Ridley Scott
House of Gucci (Ridley Scott, 2021)

Sur l’affiche, on ne voit qu’elle : Lady Gaga. Ou plutôt Patrizia Reggiani épouse Gucci. C’était la femme de Maurizio (Adam Driver), le dernier membre de cette famille illustre à diriger le groupe du même nom. Jusqu’au 27 mars 1995, quand il a été assassiné, 17 ans après avoir rencontré la belle Patrizia qui l’a aidée – malgré lui ? – à prendre le contrôle de cette entreprise familiale créée en 1921.

Ce sont ces dix-sept années qui vont nous être présentées : l’ascension d’un couple hors norme parce que certainement mal apparié, comme le suggère Rodolfo Gucci (Jeremy Irons), le père de Maurizio.

Toujours est-il qu’ils s’aiment, se marient, se séparent, et puis il est tué. Sur sa demande à elle. Je ne vous révèle pas l’intrigue en écrivant tout ça : c’est sur n’importe quel site qui parle de cette affaire.

 

Bien sûr, l’intérêt est ailleurs puisqu’on sait déjà comment cela va se terminer. Dans la direction de Ridley Scott, bien entendu, qui mène demain de maître cette histoire presque vraie (1), ayant à sa disposition des interprètes à la hauteur de l’enjeu, et surtout Lady Gaga qui confirme tout le bien qu’on a pu dire d’elle après A Star is born (2018). Elle crève l’écran, et si la véritable Patrizia n’a pas du tout apprécié qu’elle l’ignore, ce n’est peut-être pas si mal parce que, ainsi, elle a pu se faire sa propre idée du personnage, sans autre influence que celle du scénario (et du réalisateur cela va de soi). A ses côtés, Adam Driver est un Maurizio très convaincant : grand échalas un tantinet hésitant, il n’a que la stature physique d’un chef de famille (2). Pour le reste, il campe avec beaucoup de justesse ce grand personnage peu sûr de lui sauf en ce qui concerne son amour pour Patrizia. C’est d’ailleurs la seule fois qu’il impose sa volonté.

Bien sûr, on se régale de la performance (encore une fois) de Al Pacino (Aldo Gucci), cet oncle légendaire un brin encombrant. De même Jared Leto est tout bonnement incroyable en Paolo Gucci, le cousin idiot, difficilement reconnaissable grâce au prothèses de Frederica Castelli qui lui transforme totalement le visage.

 

Et puis Ridley Scott joue avec le temps. Les dix-sept années passent devant nous et seules les coiffures – et donc les cheveux gris – nous indiquent qu’il passe plus vite qu’on pourrait l’imaginer. Seules deux repères temporels nous sont donnés : 1978 quand on rencontre pour la première fois Patrizia, et le 27 mars 1995, quand l’histoire Gucci se termine pour la marque qui continuera indépendamment de la famille. Rien en transpire qui ne soit pas du monde de Gucci : souvent, les scénaristes glissent quelques éléments du contexte politique voire historique lors de reconstitutions. Ici, à part ces deux dates, on doit se contenter d’une seule référence aux années 80. J’oubliais : l’année 1994 est mentionnée, mais elle appartient déjà au passé.

 

Mais surtout ce qui est remarquable (3), c’est l’utilisation de la couleur tout au long du film. Malgré quelques touches colorées, l’impression générale du film est le noir et blanc. Cela commence par la rencontre entre Patrizia et Maurizio mais cela continue jusqu’au bout, donnant une autre dimension esthétique au film : on pense aux clichés en noir et blanc que l’on retrouve sur les publicités de la marque. Mais sans pour autant donner un aspect suranné : nous sommes toujours dans l’actualité puisque quand le film est sorti, la marque fêtait ses 100 ans. Et se portait très bien !

Bref, Ridley Scott est toujours là, qu’on l’y attende ou non. Tant mieux.

 

Et entre nous soit dit, je ne comprends pas comment la famille Gucci a trouvé que Patrizia était présentée comme une victime…

Ou alors, je n’ai pas vu le même film.

 

  1. Comme le dit l’introduction : « d’après une histoire vraie ».
  2. Et surtout les lunettes !
  3. Dans tous les sens du terme.
Maurizio Gucci (1948-1995)

Maurizio Gucci (1948-1995)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Coupez ! (Michel Hazanavicius, 2022)

La première demi-heure est terrible. Véritablement. Il est très difficile de résister à une envie très naturelle : éteindre et aller voir ailleurs. Mais on se dit que c’est quand même Hazanavicius, alors on résiste, jusqu’au mot fin : c’était un film. Dans le film.

 

Rémy Bouillon (Romain Duris) est un réalisateur « rapide, pas cher et dans la moyenne ». Il est contactée par une Japonaise, Mme Matsuda (Yoshiko Takahera, qui joue dans le film originel) pour réaliser un film de zombies japonais…Avec des interprètes français ! Et tout se fera en direct pour l’ouverture d’une plateforme destinée au genre sur le net.

Bien entendu, tout ne se passe pas comme il faut et Rémi se retrouve obligé de jouer, tout comme sa compagne Nadia (Bérénice Bejo).

Mais c’est rapide, pas cher et dans la moyenne !

 

Je me suis réellement demandé si je n’allais pas éteindre tant le film d’introduction est d’une rare nullité. Tout est en caméra à l’épaule (1) ce qui donne certes une forme d’authenticité mais surtout un ennui qui va croissant. S’ajoute à cela des dialogues minables (euphémisme). Bref un navet de plus… Sauf que nous sommes dans une formidable mise en abyme très réjouissante ! Bien sûr, c’est une parodie, mais comme son modèle antérieur (Ne coupez pas !, 2017) c’est rondement mené par un spécialiste de la comédie : Hazanavicius nous entraîne dans ce tournage d’un tournage (oui, oui, il y a deux niveaux de tournage plus le tournage du film en lui-même – j’espère que vous me suivez !) qui dégénère. Et plus qu’on ne le voit, même si on le ressent.

 

EN effet, une fois le film (nul) terminé, nous assistons à sa préparation et aussi à son tournage (en direct, ne l’oublions pas !) qui est à l’image du produit fini : entre les deux acteurs qui ont un accident et doivent être remplacés au pied levé, un acteur alcoolique (Grégory Gadebois) qui prend un traitement mais ne résiste pas au saké et Diana qui a tendance à s’emporter, discernant de moins en moins son rôle de sa personnalité… Bouillon a de quoi perdre les pédales et s’exciter – lui aussi.

Bien sûr, ce n’est pas le meilleur film d’Hazanavicius, mais j’avoue quand même qu’il s’en sort avec beaucoup de brio et sa singulière équipe de tournage (les interprètes, donc) y met tout son cœur, donnant au final un engouement contagieux et agréable.

 

Mais surtout, la dernière partie du film recrée le tournage de ce que nous avons vu au début, expliquant certains comportements ou/et dialogues, voire certains plans. On comprend tout ce qu’il s’est passé d&ans ce tournage chaotique. Et surtout, on s’amuse beaucoup, les zombies, prétextes du film dans le film (dans le film ?) deviennent accessoires et tout se joue autour d’une technique déjà annoncée comme telle : rapide, pas chère et dans la moyenne.

C’est brillant. Du cinéma, quoi !

 

  1. C’est l’expression qui veut ça, mais c’est plutôt filmé à la main, voire avec les pieds !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Cédric Kahn
Le Procès Goldman (Cédric Kahn, 2023)

En 1976, Pierre Goldman (Arieh Wortalter) est à nouveau jugé pour différents méfaits qui lui avaient valu la perpétuité : plusieurs braquages dont celui de la rue Lenoir (Paris) qui avait fait deux mortes et deux blessés. Pourquoi le rejuger ? Parce que dans sa prison, Pierre Goldman a écrit un livre clamant son innocence. Cette innocence a été relayée par la gauche française, amenant le cassement du jugement.

Pierre Goldman a choisi de ne pas appeler de témoins, laissant sa défense à ses seuls avocats : Me Chouraqui (Jeremy Lewin), Me Bartoli (Christian Mazucchini) et bien sûr Me Kiejman (Arthur Harari).

Mais Goldman est tout sauf un accusé ordinaire, ce qui va poser évidemment des problèmes à la défense…

 

Autant le dire tout de suite, Goldman a été lavé du crime de la rue Lenoir, seul véritable enjeu de ce procès. Et d’ailleurs les débats se focalisent sur les deux meurtres, avec toutes les contradictions qui en ont émanées, que ce soit du côté des témoins de la défense comme de l’accusation. Bien entendu, ces mêmes contradictions – surtout de la police – offrent un boulevard à Pierre Goldman qui en profite pour tirer à boulets rouges sur les institutions.

C’est à chaque fois ponctué de réactions du public qui ajoute à la confusion. Sans oublier Me Garaud (Nicolas Briançon) qui n’est pas un novice et sait encourager les réactions de l’accusé pour mieux le discréditer.

Bref, c’est un procès à grand spectacle, où malgré l’enjeu l’humour est présent !

 

Mais malgré ce grand spectacle annoncé, Cédric Kahn nous prend à contre-pied dès le début : le format proposé est un 4:3 peu courant actuellement depuis l’explosion du 16:9. Nous sommes dans le format de la télévision de l’époque, et seul manque le noir et blanc (1). Parce que ce format sobre va resserrer l’attention du spectateur sur ce qu’il se passe et surtout ce qu’il se dit. Nous sommes en plein cœur du procès, prenant même parfois place dans le public ou sur la chaise du Président (Stéphan Guérin-Tillié), recevant directement les différents arguments des deux camps. Ce format « télévision » amène aussi un aspect documentaire de ce procès, ajoutant une teinte authentique très présente. Cette authenticité est relayée par la présence de personnalités dans le public : Simone Signoret, Régis Debray et le Jean-Jacques (appelé « jeune homme »), le frère de l’accusé (2).

 

Et pour renforcer (encore plus) l’aspect sérieux du film et empêcher toute intervention extérieure à ce procès, Cédric Kahn a exclu toute musique : de l’ouverture qui voit Kiejamn et Chouraqui revenir sur la dernière lubie de leur client, à la dernière ligne du générique de fin, c’est une bande originale muette que nous avons. Et tout l’art de Kahn, c’est de ne pas le faire remarquer. C’est seulement à la fin, alors que l’écran est noir et que la distribution commence qu’on s’en aperçoit (pas toujours, d’ailleurs). Alors on attend jusqu’au bout pour en être bien sûr. Mais non, pas une seule note. Et le propos du film n’en est que plus fort : nous sommes dans les conditions du procès, celles de Pierre Goldman. Et à chaque fois qu’il quitte la salle, la caméra le suit, délaissant ce qu’il se passe au-dehors, même s’il semble y avoir toujours du spectacle !

 

Et c’est vrai que ce film, malgré ce format réduit, est un formidable spectacle. Mais sans véritable effet (même pas de manche), les différents protagonistes l’assurant brillamment. Et là, je ne parle pas des personnages mais bien des interprètes qui, de par une certaine similitude de traits physiques, incarnent parfaitement leur rôle, Worthalter et Harari bien sûr, mais aussi Briançon et Guérin-Tillié. Il y aune parfaite osmose entre les personnages et leurs interprètes, ce qui renforce l’aspect authentique du film. C’est juste du début à la fin, et ce pour notre plus grand plaisir.

 

Décidément, l’année 2023 est une année judiciaire de qualité pour le cinéma français !

 

  1. Chez moi, c’est l’année où nous avons eu notre première télévision en couleur !
  2. Ces personnages ne s’exprimeront à aucun moment, ce qui rend difficile l’identification de leurs interprètes.
Pierre Goldman (1944-1979)

Pierre Goldman (1944-1979)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Aki Kaurismäki
Les Feuilles mortes (Kuolleet lehdet - Aki Kaurismäki, 2023)

Bien sûr, on pense à Prévert et Kosma. Et d’ailleurs, on a bien raison.

Alors on pense à l’automne. Et là encore, on a raison.

Mais si la chanson était l’histoire d’un amour mort, ici, c’est d’un amour naissant qu’il est question.

Celui de la rencontre entre Ansa (Alma Pöysti) et Holappa (Jussi Vatanen). Deux solitudes sous le ciel de Finlande, alors que les saisons s’enchaînent inlassablement et nous entraînent avec ces deux protagonistes vers l’automne qui verra la résolution de l’intrigue.

Il leur faudra tout de même trois rencontres (et la moitié du film !) pour se parler, alors aller plus loin va prendre encore plus de temps. Surtout que Holappa perd le numéro d’Ansa…

Mais pas seulement.

 

Formidable.

Tout le talent de Kaurismäki, dans ce film, est de faire de cette rencontre – attendue – une histoire d’amour – attendue elle aussi – et surtout un conte de fées (1) ! Et tout dans un format minimaliste : 81 minutes (génériques compris !).

C’est superbe, c’est sobre, et en plus c’est drôle. Pourtant, ce n’est pas gagné quand le film s’ouvre : les vies des deux personnages principaux sont d’une grande banalité et surtout d’un niveau relativement bas : entre Ansa qui travaille dans un supermarché et Holappa qui dérouille du métal avec un compresseur, rien de bien folichon. Et comme en plus chacun des deux est viré de son poste pour « faute professionnelle » (2), on se demande comment on va pouvoir arriver à une issue heureuse, et surtout où va apparaître le merveilleux !

 

Mais justement, c’est dans l’accumulation que réside tout le sel de ce film. Et aussi dans le traitement du temps (pas la météo !).

L’accumulation parce que les vies des personnages est vraiment une petite vie et que les calamités s’enchaînent, les obligeant à trouver encore et toujours un nouveau travail. Que l’alcoolisme de Holappa devient un véritable problème, pour sa relation avec Ansa mais surtout pour lui-même. Mais cet empilement de catastrophes est tellement énorme qu’il en devient comique, basculant le film dans un nouveau genre totalement éloigné de ce à quoi nous pouvions nous attendre.

 

Quant au temps de l’intrigue, Kaurismäki est là encore très habile et nous balade constamment !

Comme l’annonce régulièrement la radio, la Russie est en guerre contre l’Ukraine – donc nous sommes après le 24 février 2022 – mais que ce soit dans l’habillement, les décors et les coiffures, il nous est difficile de dater les personnages. Et qui plus est, on ne voit aucune voiture de tout le film : difficile là encore de dater quelque chose. Au contraire, on pourrait se croire dans une période qui va des années 1950 à 1990 !

Seule concession à la modernité : la possession par les deux protagonistes d’un téléphone portable. Mais comme Holappa perd le numéro d’Ansa…

Mais Kaurismäki va jusqu’au bout et nous révèle même l’année de cette intrigue (3).

 

Et puis il y a le cinéma. C’est là que se termine la première sortie des deux amoureux, qui, chose magnifique (encore une fois) se quittent devant l’affiche de Brève Rencontre ! Et d’une manière générale, les affiches de film émaillent les différents décors de l’intrigue. Quand ce ne sont pas des influences (hommages ?) directes qui nous sont proposées : la première image qu’on a de Holappa dans son travail n’est pas sans rappeler celle de Gabin dans Le Jour se lève, ni la rencontre finale entre eux deux celle de Elle et Lui…

Quant au roi Chaplin, il est cité deux fois : la première de façon homonymique puisqu’il s’agit d’une ville d’Ukraine, bombardée par les Russes ; la seconde de façon très appuyée et cinématographique, concluant ce magnifique film.

 

Il va être temps que je me remette à Kaurismäki : j’ai beaucoup de retard !

 

  1. Si, si ! (je vous laisse découvrir comment)
  2. Elle ramène chez elle des produits dépassés, il boit au boulot…
  3. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais vous la dire !

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Bob & Peter Farrelly
Dumb& Dumber (Peter & Bobby Farrelly, 1994)

D’un côté, il y a Lloyd Christmas (Jim « Truman » Carrey) et de l’autre, Harry Dunne (Jeff « Noone » Daniels). L’un est un abruti fini. L’autre aussi. D’où le titre.

Mais reprenons.

 

Lloyd conduit la belle Mary Swanson (Lauren Holly) à l’aéroport où elle doit déposer une mallette remplie de billets de banque (cela, Lloyd ne le sait pas) puis s’envoler pour Aspen (Colorado). Mais Lloyd ne sait pas que la mallette doit rester, et il décide d’aller la rapporter à sa propriétaire.

Harry a transformé son van en chien (!). Comme il est encore viré d’un petit boulot (convoyer des chiens à un concours), il accepte de conduire son ami – et colocataire – retrouver la jeune femme dont Lloyd est en outre tombé amoureux.

Seulement voilà : la mallette contient la rançon d’un être cher à Mary, et les deux imbéciles sont alors poursuivis par les ravisseurs qui ont vu la rançon leur échapper…

 

Il s’agit ici du premier film des frères Farrelly, et si j’ai déjà parlé ici de leur humour décapant (euphémisme), ce premier opus l’est encore plus. Oui, on s’amuse beaucoup des aventures vécues par ces deux abrutis, dont la bêtise frôle le pathétique. On se dit que ça ne peut pas être pire et les Farrelly nous démontrent que si !

Certes, ces deux imbéciles sont attachants. C’est avant tout leur candeur qui l’est : tout comme Forrest Gump (le film est sorti environ six mois plus tôt), ils ont une intelligence limitée. Mais alors qu’on s’amusait avec beaucoup d’émotion chez Zemeckis, ici, pas beaucoup d’émotion ne transpire des différents échanges de ces deux-là. Ils sont idiots, et c’est tout.

 

Et il n’y en a pas un pour rattraper l’autre !

Et si le titre nous présente un imbécile (Dumb) et un autre qui l’est plus (Dumber), on a du mal à les distinguer. Parce qu’à chaque fois que l’un fait ou dit une énormité, l’autre en rajoute. Et c’est comme ça pendant tout le film, chacun leur tour. Donc ce n’est ni Lloyd ni Harry qui est le plus idiot : cela dépend du moment.

Et le duo Carrey-Daniels fonctionne admirablement : le premier, coupe au bol et dent cassée sur le devant ; le second cheveux ébouriffés et regard vide en (presque) toute circonstance.

Bref de vraies « têtes de vainqueurs ! »

 

Tellement vainqueurs qu’il y aura une suite (qui se passe avant) et un retour des deux susnommés vingt ans plus tard.

Sans oublier la série créée par Hannah & Barbera. Mais ceci est une autre histoire. Enfin pas vraiment.

Bref, un film dingue de dingues.

J’aime !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Michel Audiard
Faut pas prendre les Enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (Michel Audiard, 1968)

Surtout pas.

Et encore plus quand ils sont interprétés par ces gens-là.

 

Rita (Marlène Jobert) est une jeune femme qui n’a qu’une passion dans la vie : l’argent.

Charles (Bernard Blier) est un homme d’affaires louches qui travaille pour l’argent.

Fred l’Elégant (André Pousse) est un braqueur de premier ordre, spécialiste des explosifs, et dont l’argent est la seule motivation.

Quant à Léontine (Françoise Rosay), non seulement elle est la tante de Rita, mais elle a un passé (international) très chargé qui la voyait régulièrement visiter les banques quand elles étaient fermées.

Et tout ce petit monde se retrouve autour d’une histoire de lingots volés qui changent de mains.

 

Non, Audiard n’était pas un grand réalisateur. Il le disait lui-même, précisant que ce qui l’intéressait (outre les dialogues, bien sûr) le plus dans la conception d’un film, c’était son titre. Et pour un premier film (en tant que réalisateur), le titre à rallonge est de sortie. Par contre, le format du film est court, ce qui n’est pas trop grave : 80 minutes sont suffisantes pour une telle histoire. C’est absolument foutraque, émaillé – bien entendu – de bons mots, et les cadavres ont tendance à s’accumuler, et pas seulement dans la pension de Ruffin (Paul Frankeur). On sent que tout le monde s’amuse beaucoup dans cette intrigue hautement improbable. Outre Blier et Rosay, on retrouve quelques habitués du monde d’Audiard : André Pousse, beaucoup plus drôle que dans Le Pacha qui est sorti quelques mois plus tôt (avec Audiard aussi), ou encore Robert Dalban (Casimir), et l’incontournable Dominique Zardi qui a droit à un petit peu plus de répliques que d’habitude.

 

Comme souvent chez Audiard, on retrouve quelques critiques sociales, ici en particulier la jeunesse tendance hippie qui a envahi le même hôtel. Cette jeunesse est brocardée par les interprètes (sauf Marlène Jobert), tous ayant un âge plus ou moins avancé (Rosay, 75 ans ; Dalban, 65 ans ; Frankeur 64). Nous avons même droit à un micro-trottoir sur le sort à réserver aux criminels (ceux qui volent des lingots d’or, par exemple). Bref, on retrouve les ingrédients de « l’anar de droite » comme on pouvait le définir…

 

Et pour enrober tout cela, Audiard nous gratifie de quelques saillies dont il a le secret, surtout quand elles sont déclamées par de tels interprètes :

« La connerie à ce point-là, j’dis qu’ça devient gênant. (Fred) »

« J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse. 

- Ca c’est chouette comme métaphore. (homme de main)

- C’est pas une métaphore, c’est une périphrase (autre homme de main – Zardi)

- Ah fais pas chier !

- Ca, c’est une métaphore. »

 

Donc tout le monde s’amuse, le spectateur aussi et les différents interprètes font des adresses à l'écran, rendant complice ce même spectateur, et accentuant par là-même l’aspect absurde de cette histoire de truands pour de rire.

Bref, c’est du Audiard.

Alors on savoure.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Josiane Balasko, #Michel Blanc
Demi-Sœur (Josiane Balasko, 2013)

Nénette (Josiane Balasko) vient de perdre sa maman. Elle se retrouve toute seule avec Totoche, sa tortue. Alors on l’envoie aux Tilleuls, une maison de retraites. Mais dans cet établissement, les animaux sont interdits. Alors Nénette décide d’aller chez son papa, à Angers. Malheureusement, lui aussi est mort et Nénette fait la connaissance de Paul (Michel Blanc), qui se trouve être son demi-frère.

Mais ce demi-frère ne voit pas d’un très bon œil cette sœur qui tombe du ciel et s’invite chez lui.

Il faut dire aussi que Nénette n’est pas une sœur comme les autres. Comme elle le dit elle-même, elle est née « trop petite ». En clair, elle a un handicap et accuse un retard mental qui lui donne l’esprit d’un jeune enfant.

 

A nouveau, Josiane Balasko un rôle remarquable (1), prétexte à une performance encore une fois  inoubliable. Bien sûr, elle en fait beaucoup (trop ?), mais comme je l’ai déjà dit la dernière fois, c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Et surtout, elle rend le personnage de Nénette très attachant, soutenue par une nouvelle belle prestation de Michel Blanc. Tout comme dans Je vous trouve très beau, il interprète quelqu’un qui a une vie bien réglée – bien rangée – et qui se retrouve dans l’inconnu parce que une personne qui lui est totalement différente va changer sa vie. En mieux, bien sûr. Mais comment pourrait-il, en être différemment avec une telle sœur ? Sa simplicité (dans tous les sens du terme) est un gage indiscutable de gentillesse, et d’altruisme, choses qui semblent absentes de la vie de ce pharmacien bien établi.

 

Certes, ce film fut un échec commercial, mais on ne peut pas ignorer la tentative de parler autrement du handicap, retransmis ici d’une manière malgré tout très sensible : nous spectateurs comprenons de suite que Nénette est « différente », ce qui n’est pas le cas des autres protagonistes. Et ce n’est qu’après avoir ingéré de l’ecstasy « à l’insu de son plein gré » que Paul va une première fois accueillir à bras ouverts cette femme si différente de lui.

Et il est clair que le ton comique du film n’aurait pas permis d’aller aussi loin avec une actrice véritablement handicapée. Alors on peut saluer la performance de la Balasko. Surtout que Michel Blanc est lui aussi à la hauteur de l’enjeu, tout en retenue, encore une fois.

 

Bref, un film agréable à regarder où on n’échappe pas, une nouvelle fois, à une forme de rédemption. Mais c’est avant tout une très belle histoire d’amour entre deux personnes que tout séparait. Et réunissait.

Merci Josiane Balasko.

 

  1. Dans le sens « qu’on remarque ».

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Justine Triet
Anatomie d'une Chute (Justine Triet, 2023)

Si une Palme d’Or, tout comme un Oscar, n’est pas toujours une récompense justifiée (1), celle de Justine Triet l’est pleinement !

C’est un film époustouflant voire bouleversant tant le propos et l’interprétation sont d’une justesse incroyable, le tout mâtiné d’une grande maîtrise technique, ce qui ne gâche rien.

Mais reprenons.

 

Quand Daniel (Milo Machado Graner) rentre d’une promenade avec Snoop son chien (Messi), il découvre une forme allongée par terre, entourée d’une autre rouge. C’est Samuel (Samuel Theis), son père, qui gît là, mort.

Il appelle sa mère, Sandra (Sandra Hüller) qui ne peut que constater le désastre et appeler – inutilement – les secours.

Il semble que c’est un suicide, mais certains éléments laissent à penser que Samuel n’est peut-être pas tombé accidentellement.

Sandra se retrouve alors jugée pour homicide volontaire sur son mari.

 

Bien sûr, on pense à Otto Preminger et son formidable Autopsie d’un Meurtre (Anatomy of a Murder, 1959), au vu de cette intrigue judiciaire, et pas seulement pour le nom. Mais alors que le réalisateur autrichien racontait le jugement d’un meurtre avéré, Justine Triet, qui a aussi coécrit le scénario avec Arthur Harari, nous montre le jugement d’une possibilité de meurtre. Mais à nouveau, c’est une femme qui est accusée, ici d’avoir frappé et poussé son mari dans le vide.

Mais là s’arrête le parallèle puisque c’est surtout l’avocat (James Stewart) qui est suivi dans le film de Preminger, ici c’est surtout Sandra et son fils qui sont le centre de l’attention. L’avocat (Swann Arlaud), ici, n’a pas de vie personnelle sauf les quelques bribes qu’il rappelle à Sandra qu’il connaît depuis longtemps : il reste exclusivement cantonné à sa profession, et ce malgré le lien fort qui l’unit à cette femme.

 

Et Justine Triet prend le temps pour mettre en place son intrigue, et ce malgré la découverte plutôt rapide du mort. Mais cette exposition succincte est tout de même bien amenée puisqu’on est capable dès la première intervention policière d’avoir une idée de ce qu’il s’est passé. Et cette idée va être exploitée avec beaucoup de justesse : qu’on croit Sandra coupable ou innocente de ce qui lui est reproché, jusqu’au verdict final qui sera annoncé à la télévision (oui, nous sommes au cinéma) on ne pourra pas savoir ce qu’il en est. Et j’aurai tendance à dire, même après ! Mais ça, c’est plus personnel. Toujours est-il que la personne qui m’accompagnait était d’accord pour dire qu’il y avait un débat possible après. Débat que nous avons un tantinet commencé…

 

La grande force du film, c’est bien sûr l’interprétation. Sandra Hüller est magnifique dans le rôle de cette femme qui se bat pour prouver son innocence. Outre le ton – très juste, donc – elle nous montre sa capacité physique à exprimer ses différentes émotions, passant parfois de l’une à l’autre sans transition. A ses côtés, le jeune Milo Machado Graner est un Daniel phénoménal : mal voyant, on assiste avec lui aux différentes phases du procès, et ce malgré la réticence de la juge qui considère que ce n’est pas un lieu pour un enfant. Et surtout, on ressent les mêmes émotions que lui : sa mère est accusée d’avoir tué son père. SI ce n’est pas oedipien, c’est tout de même bien proche ! Et Daniel en plus d’être un enfant très fort psychologiquement, est d’une très grande intelligence, en remontrant même à certains adultes de cet entourage judiciaire.

D’ailleurs, les deux principaux protagonistes judiciaires, l’avocat général (Antoine Reinartz) et celui de Sandra se livrent à une joute oratoire en plusieurs reprises, là encore d’une très grande justesse. Il y a une forte dose d’authenticité dans ce procès qui nous change complètement de ce que nous avons l’habitude devoir dans les films américains. Et quand les avocats interviennent, l’hilarité récurrente qu’on retrouve aussi chez Preminger n’a que très peu de place ici. Et aucun effet de manche ! On reste concentré jusqu’au bout sur les débats et le sens des mots : de toute façon, on ne peut rien faire d’autre puisqu’il n’y a aucun témoin de cette chute !

 

Je terminerai en parlant de la façon de montrer cette affaire judiciaire. IL est important de souligner le travail conjoint de prises de vue et de montage qui donnent çà ce film une autre force qui, jointe aux autres oblige de lui décerner la Palme d’Or. Le rythme du montage est très pertinent et le jeu sur les différents points de vue, s’il peut parfois décontenancer (2), l’est tout autant : entre ce que voient Sandra et/ou son fils, les cadrages de la police judiciaire ou de la télévision, on aurait pu s’étourdir de cette profusion.

Il n’en est rien. Justine Triet mène son film d’une main de maître et on ne peut que l’en féliciter.

Tout comme pour sa Palme d’Or !

 

  1. Non, je ne citerai pas de nom !
  2. Parfois on se demande quand même : « pourquoi ce point de vue ? »

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog