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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle
Le Bal des domestiques (The waiters' Ball - Roscoe Arbuckle, 1916)

[Attention, le film est avant tout une reconstruction de Dave Glass d’après le livre de Steve Massa (1).]

 

Fatty (Roscoe Arbuckle) est cuisinier dans une sorte de café américain où les clients sont servis par un serveur pas toujours adroit (Al St. John). Une caissière (Corinne Parquet) est partagée entre les deux hommes : bientôt va avoir lieu le Bal des Serveurs (le titre original). Malheureusement pour celui du café, il n’a pas la tenue (correcte) exigée. Ce sera donc Fatty qui accompagnera la jolie caissière, car il a lui un magnifique complet.

Enfin, ça c’était avant que le serveur le lui vole et parte au bal avec la jeune femme…

 

Encore une fois, Fatty est dans la restauration,lieu qu’il semble affectionner et qui met en valeur les talents de Roscoe Arbuckle avec une poêle : c’est une série d’acrobaties qu’il nous offre, jetant en l’air et rattrapant avec toujours beaucoup de virtuosité la crêpe (pancake) qui y cuit indéfiniment. Ces différentes phases sont entrecoupées par l’utilisation d’un couteau de cuisine qui retombe toujours au bon endroit après avoir été lancé. Bref, Arbuckle annonce déjà le personnage du Garçon Boucher qui viendra l’année suivante.

Et si Buster Keaton n’est pas encore là, Al St. John s’en sort très bien pour mettre lui aussi de la fantaisie dans ce lieu de restauration, amenant immanquablement une dispute entre les deux hommes à propos – cette fois – de balayage, avec coups de balais et de pieds dans le cul inévitables.

 

Bien sûr, on a déjà vu ça de nombreuses fois, mais malgré tout, et surtout grâce à Arbuckle, ça fonctionne (2). Certes, les gags ne sont pas toujours très légers, mais il y en a tout de même quelques uns qui sont très drôles. Et encore une fois, Arbuckle va se déguiser en femme (avec perruque) et amener le chaos inévitable lui aussi. Et là encore, c’est avec Al St. John qu’il va semer un incroyable désordre dans ce qui donne son titre au film, le fameux bal.

Ce bal, d’ailleurs, n’est pas le moment le plus important du film puisqu’il s’agit de la dernière partie et dans cette version, cela ne dure moins de cinq minutes, l’essentiel de l’intrigue (mince) se déroulant dans le café.

 

Et encore une fois, c’est le personnage de Fatty qui recueille toute la sympathie. Outre son habileté à la poêle, il y a toute sa gentillesse qui transparaît dans ce personnage énorme aux manières si délicates. Encore une fois, la jeune femme de l’intrigue – la caissière, donc – tombe sous son charme malgré sa stature on ne peut plus imposante. Et même son travestissement en femme n’est pas si grotesque que ça. Il y a dans les poses d’Arbuckle devant la glace alors qu’il ajuste son costume la même finesse qu’on retrouve chez un de ses collègues de la même époque et avec qui il a joué : Charles Chaplin.

Comme à chaque fois, il est une femme (plus que) plantureuse aux maintien délicat et aux manières très féminines.

 

Tout ça jusqu’à ce que la situation dégénère, la perruque vole et la robe retrouve sa propriétaire (Kate Price, en personnage positif, pour changer) : le bal est fini, tout le monde s’en va, et les deux fauteurs de troubles sont châtiés. Et même si nous sommes chez Sennett (Keystone Film Company), nous restons tout de même chez Arbuckle : il n’y a qu’un seul flic, et il est plus dégourdis que les autres du studio…

 

  1. Steve Massa, Rediscovering Roscoe : the Films of Fatty (2019)
  2. Je sais, je ne suis pas objectif : j’adore le cinema burlesque.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fanstatique, #Segundo de Chomòn
La Légende du fantôme (Segundo de Chomòn, 1908)

Zoraida (Julienne Mathieu) est une sorcière. Ou plutôt une ensorceleuse ensorcelée.
Ensorcelée par le fantôme qui hante les ruines prochaines. Pour annuler cette malédiction, elle va devoir descendre au plus profond de la terre y chercher la flamme éternelle qui permettra de dénicher la perle noire, unique objet capable d’annuler cet ensorcellement.

Aidée d’une escorte magique, elle va descendre au centre de la terre, pour y rencontrer le diable, mais aussi une souveraine bénéfique…

 

Segundo de Chomón, avec ce film étonnant, est beaucoup plus dans le cinéma que dans l’animation comme on avait pu le voir dans La Maison ensorcelée. Et à nouveau, c’est une histoire fantastique de revenants, d’une durée doublée (un peu plus de treize minutes, contre six), avec essentiellement des effets normaux. Quelques surimpressions tout de même, mais avant tout, nous avons affaire à des personnes réelles. Ce sont surtout les décors qui sont travaillés et peuvent rappeler ceux de l’époque, et bien sûr ceux de Méliès. Il me semble clair que le Maître a influencé les décors de ce film car on y retrouve le même esprit merveilleux que dans ses films exotiques.

Mais là où Chomón diffère, c’est dans sa narration qui, malgré les mouvements incessants de ses personnages et de leurs capes (1) démons agitant leurs ailes…

C’est pleinement grouillant et cela donne une impression plus tourmentée de l’enfer que la jeune femme découvre.

 

Et surtout, Chomón a du mal à se défaire d’une des pratiques qui a la vie dure et ne va pas disparaître tout de suite : le théâtre filmé. Malgré l’agitation (presque) perpétuelle dans laquelle baigne l’intrigue et les personnages, ces derniers sont plutôt statiques, rappelant l’art pictural, mais aussi l’opéra. En effet, les  changements de décors successifs qui permettent à Zoraida de descendre toujours plus profondément vers le  centre de la terre sont effectués comme les rideaux d’un théâtre : des voiles successifs qui se lèvent et créent l’illusion de la descente.

De même les différents chars (superbes) apparaissent à plusieurs reprises à l’écran en plein centre, avec à chaque fois la façade différente. On pense alors aux artifices de ces mêmes théâtres qui font apparaître des éléments de décors. Et si je parle d’opéra plutôt que de théâtre, c’est avant tout parce que la profusion de figurants qui s’agitent rappelle les ballets présents dans certaines œuvres lyriques.

De plus, le Diable présent ressemble plus au Méphisto de Faust chez Gounod ou Berlioz qu’à celui chez Murnau (au début)…

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec plaisir cette histoire un peu convenue en admirant les différents décors qui rappellent que Chomón est avant tout intéressé par les images plutôt que le jeu, avec en prime différents filtres colorés (rouge, bleu) et des éléments coloriés au pochoir (2) qui accentuent l’aspect merveilleux décrit ci-dessus.

Encore une de ces curiosités qui émaillent le cinéma, et qui annoncent plus ou moins les grandes œuvres à venir : pour ma part, en voyant ce film, j’ai pensé au temple de Cabiria, et à l’apparition du dragon dans la première partie des Nibelungen

 

  1. Il a aussi tourné des films utilisant ce procédé : Metempsycose (1907), avec une femme-papillon.
  2. Chomón a commencé sa carrière en coloriant des films pour Pathé Frères.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Akira Kurosawa
Vivre (生きる - Akira Kurosawa, 1952)

Kanji Watanabe (Takashi « Kanbei Shimada » Shimura) est très malade : il a un cancer de l’estomac. Mais quand le film commence, il ne le sait pas. C’est un petit fonctionnaire qui travaille au service des Affaires Publiques, dirigeant le service et qui s’applique – tout comme ses subalternes – à ne pas faire bouger les choses : les dossiers s’empilent devant chacune de ces personnes, et quand une pile est trop haute, on la classe avec le reste, dans la pièce, le long des murs.

Alors quand Watanabe apprend qu’il est condamné, sa vie bascule : il ne va plus au travail, dépense son argent sans compter, se saoule et va même jusqu’à fréquenter des femmes…

Mais cette vie d’insouciance n’a qu’un temps et lui se rend bien compte qu’il n’en a plus beaucoup (de temps).

Alors pour la première fois depuis la mort de son épouse, il va faire quelque chose de sa vie.

 

J’ai déjà parlé ici du très beau remake qui en fut fait par Oliver Hermanus en 2022, alors il va être difficile de ne pas être redondant. Mais si ce film a très largement inspiré le second, il n’en garde pas moins une force qui, à mon avis, va plus loin que son cadet.

Kurosawa allie maîtrise cinématographique et pertinence à un très haut niveau. Pertinence de son intrigue et des actions, pertinence des cadrages avec ou sans mouvement, avec en fil rouge le regard perçant de Shimura qui est déjà au-delà de la vie de son personnage.

Quant à la bande-son, elle est elle aussi d’une grande justesse, alternant des musiques plus ou moins populaires et de grands instants de silence (un avant-goût de l’éternité qui l’attend ?) qui nous ramènent inlassablement à ce visage très humain.

 

Parce que la grande différence entre ce film et le remake, c’est avant tout le traitement des différents éléments de l’intrigue (1) qui diffère ici. Déjà, il y a cette rupture quand Watanabe décide de se mettre sérieusement au boulot. Et Kurosawa reprend le récit de ce changement au même instant qu’il l’avait quitté, avec changement de point de vue : ce sont ceux qui travaillaient avec lui qui racontent son changement radical qu’il a opéré et qui s’est remarqué pleinement avec l’apparition de son nouveau chapeau, à la couleur « criarde » comme le constate l’un des convives invités à sa veillée funèbre.

 

Et malgré cet événement triste, Kurosawa va y mettre des éléments de comiques – on rigole souvent à un enterrement – qui vont accentuer le caractère humain des différents protagonistes de cet événement. Les invités, une fois les officiels partis (les chefs des différents services et le maire), vont rendre justice à celui qu’ils appelaient encore peu de temps avant « La Momie ». Ce sont leurs souvenirs qui vont nous aider – et surtout aider son fils Mitsuo (Nobuo Kaneko) – à revivre les dernières semaines de la vie de ce petit homme qui ne l’était pas tant que ça. Mais ces souvenirs sont magnifiés par l’effet du saké que ces invités ingurgitent inlassablement, jusqu’à atteindre l’euphorie et les serments qu’on aura oublié une fois les vapeurs de l’alcool dissipées.

Et cette séquence alcoolique dépare complètement face à la solennité du moment qui est accentuée par les différentes personnes étrangères qui viennent se recueillir : les femmes pétitionnaires à l’origine du projet qui fera revivre Watanabe et le policier (Ichirô Chiba).

Ce dernier d’ailleurs demeure l’élément déclencheur final, soulignant le bonheur de Watanabe sur sa balançoire : celui qui confirme les supputations des fonctionnaires quant à la cause du brusque changement de Watanabe.

 

Bien entendu, c’est avant tout le jeu Shimura qui est essentiel dans ce film. Son regard surtout exprime toute l’étendue des sentiments qui passent dans son esprit à chaque moment du film. Kurosawa joue avec ce regard et l’absence de son avec maestria, donnant au film une teinte muette : les dialogues sont minimaux, le silence (et le regard) de Watanabe parlant de lui-même. Et à l’instar des films muets, la musique y a son importance, soutenant plus ou moins l’action. Mais ce qui marque le plus, c’est l’absence de musique traditionnelle japonaise. A un seul moment, on en entend une : quand Watanabe, déjà alcoolisé, se met à chanter Gondola no Uta, dans un dancing, accompagné au piano. C’est une chanson d’amour, bien sûr, mais aussi une chanson de vie qui exprime pleinement ce que ressent son interprète face à la maladie qui le frappe et surtout sa propre vie qui s’enfuit. Ce n’est pas le moment déclencheur du changement, c’est là encore une prémonition.

 

Parce que le véritable élément déclencheur, c’est la jeune femme, Toyo Odagiri (Miki Odagiri – notez le patronyme…). Elle est jeune et d’une certaine façon au début de sa vie, face à ce mort ambulant qui regarde sa fin de ses yeux tristes mais perçants. Elle est pétulante, vraie, sans fard et s’exprime franchement comme quelqu’un qui a tout le temps de mûrir et devenir sérieux. Mais surtout, sa vie a un sens depuis qu’elle a quitté le bureau de Watanabe où comme les autres, elle s’ennuyait et passait le temps.

Elle vit, et elle va faire passer sa vie et son envie de vivre à ce mort en sursis, l’amenant (vers la moitié du film) à sourire pour la première fois depuis bien longtemps. On peut alors dire que c’est ce sourire qui va faire basculer la vie de ce petit homme condamné. Pas étonnant qu’on retrouve ce sourire quand il se balance, attendant plus ou moins la mort qui s’était annoncée, et qui est mis en valeur sur certaines affiches (voir ci-dessous).

 

Superbe

 

  1. La façon de filmer est inévitablement différente. A part le Psycho de Gus van Sant, je ne connais pas beaucoup d’exemples d’un film refait à l’identique…
Vivre (生きる - Akira Kurosawa, 1952)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #İlter Çatak
La Salle des profs (Das Lehrerzimmer - İlter Çatak, 2023)

Un collège.

Des élèves.

Des professeurs.

Des vols.

Un vol.

Un ordinateur allumé.

Un chemisier avec des étoiles.

 

[Attention : De vrais bouts de résolution de l’intrigue se sont glissés dans le texte qui va suivre. A vous de voir le film avant, de lire malgré tout, ou de passer votre chemin…]

 

Terrifiant.

Quinze ans après La Vague, le cinéma allemand nous propose une nouvelle immersion dans le système scolaire. Et cette analogie n’est pas innocente parce que nous assistons encore une fois – mais de façon moindre – à la réapparition des anciens démons. En une séquence, tout est résumé :

La direction fait une descente dans une classe, suite à une dénonciation, exclut toutes les filles, et fouille tous les porte-monnaie. Et c’est Ali (Can Rodenbostel) qui est emmené. Ali, un enfant issu de l’immigration…

 

Mais c’est avant tout le vol d’argent dans la veste de la jeune Carla Nowak (Leonie Benesch, formidable) qui va faire basculer le scénario dans une atmosphère malsaine, pleine de suspicion, de doute et de malaise. Parce que Carla est professeure – de maths et d’EPS – et le vol principal s’est passé dans la fameuse « salle des profs » du titre. Et surtout, le chemisier étoilé n’appartient pas à un élève : alors que les vols dont on parlait au début ressemblait plutôt à des histoires d’ados (portable, argent, crayons…), ce nouveau délit concerne les adultes. En effet, ce n’est rien moins que la secrétaire – et un peu factotum – du collège, Mme Kuhn (Eva Löbau), qui est la seule que nous voyons porter un tel chemisier. Mme Kuhn qui travaille au collège depuis bientôt quinze ans !

 

Seulement voilà : il est interdit de filmer les gens à leur insu. Et cela va devenir l’un des enjeux de cette intrigue, qui va déborder de l’univers clos de la salle des professeurs. Parce que, au final, nous ne sommes pas si souvent que cela dans cette salle emblématique. Et si c’est de là que part le « scandale » (la une du journal du collège), ce sont avant tout les relations entre les élèves et les professeurs – et en particulier avec Carla Nowak – qui sont le véritable ressort de l’intrigue. Parce qu’il faut ajouter un élément supplémentaire à cette atmosphère malsaine : Oskar (Leonard Stettnisch).

 

Oskar n’a pas beaucoup de chance. En effet, en plus d’être l’élève le plus doué de la classe – ce qui lui amène des jalousies, il est le fils d’un des personnels du collège. Oui, vous avez deviné – ou vu le film – son nom de famille est Kuhn. Et Oskar va devenir, malgré lui (?), le centre de l’intrigue. Il se retrouve à faire le tampon entre sa mère et le collège – pas seulement avec Carla – tout en étant le centre de l’attention de ses camarades de la classe (et du reste du collège). Avec d’un côté ceux qui le soutiennent et de l’autre ceux qui le méprisent. Doublement parce qu’il est le plus fort de la classe. Avec en prime quelques idées nauséabondes sur l’hérédité : le fils d’une voleuse ne peut être que voleur…

 

Et İlter Çatak va progressivement développer son intrigue tel un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage, détruisant les relations entre les différents individus qui composent ce microcosme fermé qu’est l’école. Il n’y a plus de confiance : toutes les relations qui se sont créées pendant les premiers mois de l’année scolaire se retrouvent remises en cause. Et les différentes stratégies élaborées par Carla pour capter l’attention des élèves vont-elles aussi en pâtir.

Carla est une jeune prof et elle vient d’arriver dans cet établissement. Si elle a été bien acceptée par ses collègues, on comprend rapidement qu’elle n’est pas complètement à l’aise du fait de son arrivée récente dans l’établissement qui s’ajoute à sa jeunesse dans le poste. Alors se retrouver à accuser – plus ou moins ouvertement – une collègue de travail revêt une autre importance. Surtout que la personne soupçonnée est tout sauf une inconnue pour les élèves qui la consultent souvent et l’apprécient beaucoup.

 

Et Çatak (avec son complice de toujours Johannes Duncker au scénario) va utiliser avec beaucoup d’habileté ce rapport entre les élèves et les personnels, amplifiant une différence déjà fortement définie : morphologiquement (adulte-enfant) et fonctionnellement (autorité-obéissance).

Cela passe par le rejet du système – à travers la professeure – ainsi que des prises de position un tantinet exacerbées comme savent le faire les adolescents. Et je pense que tous les enseignants qui ont vu ce film ont éprouvé le même malaise que Carla quand ses élèves ont décidé de ne pas parler pendant son cours, en réaction à cette information terrible qui s’est mêlée à la rumeur inévitable. Et même si ce silence ne dure pas, l’impression reste gravée au plus profond de la professeure comme des spectateurs.

 

Bien entendu, Çatak et Duncker ne résolvent pas l’aspect policier de l’intrigue et on ne sait pas vraiment si Mme Kuhn est coupable ou non, et d’ailleurs, nous n’en sommes plus là : Oskar, malgré son éviction est revenu en cours, et n’a pas l’intention de partir, malgré l’insistance de Carla et de ses supérieurs.

Et la séquence finale est absolument fabuleuse : Oskar est porté sur sa chaise, tel un souverain son trône, à travers le collège, tandis que la musique est devenue munificente (ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn), donnant une emphase à l’aspect monarchique de la situation.

 

Mais, outre un basculement final, cette parade grandiose tombe à plat à cause des différents plans qui l’ont précédée : le collège est absolument vide !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Road Movie, #Denis Villeneuve
Incendies (Denis Villeneuve, 2010)

Au début, il y a Nawal (Lubna Azabal). Et puis Wahab (Hamed Najeb). Elle est enceinte. Il est tué. Elle accouche d’un fils.

Et puis il y a Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette), les autres enfants de Nawal.

Nawal vient de décéder et elle charge ses enfants de retrouver leur père – qu’ils croient mort à la guerre – et aussi leur frère, celui qu’elle a eu avant eux.

Alors Jeanne part au Moyen-Orient. Sur les traces de sa mère afin de retrouver ce frère qui semble tomber (tombé ?) du ciel.

 

Denis Villeneuve n’est pas ce qu’on appelle un réalisateur prolixe. Après (presque) dix ans sans un long métrage, il est entré dans une production un tantinet plus resserrée en 2009 et qui se poursuit depuis. Mais malgré tout, on attend toujours avec impatience sa nouvelle création (1). Quoi qu’il en soit, en attendant, il reste ses autres films qui permettent de patienter.

Et Incendies est une très belle occasion de (re)découvrir ce réalisateur de génie (j’ose !).

 

Il y a dans ce film un dimension road-movie qui se mélange avec un conflit qui ne dit pas son nom : à aucun moment nous n’apprenons le nom du pays où se déroule la majeure partie de l’action : seul le Canada (Québec, bien sûr, puisque le film est francophone en partie) est un lieu réel. Pour le reste, chacun peut imaginer ce qu’il veut : la Palestine (mentionnée sur une vitre) ou le Liban avec ses villes fantômes. Et puis comme la pièce dont s’inspire le film est de Wajdi Mouawad qui est lui-même libanais… Et que ce dernier s’est inspiré lui-même de l’histoire de Souha Bechara (voir ci-dessous) qui fut détenue dans une prison (dure) secrète du Liban… Le choix se restreint.

 

Nous allons donc suivre les différentes étapes de la vie de cette « Femme qui chante » dans un pays livré à la guerre civile (entre chrétiens et musulmans entre autres), reniée par sa famille (elle est enceinte alors qu’elle n’est pas mariée) et qui se retrouve en plein milieu d’un conflit qui non seulement va s’éterniser mais aussi lui causer des torts supplémentaires : seule et déracinée, il est toujours difficile de se faire une place dans une guerre où on ne considère aucun des belligérants comme légitimes.

Et ces étapes vont être doublées par ses deux enfants, à la recherche de leur famille, de leurs racines, de leur père, de leur frère.

Et bien entendu, comme dans tout bon road-movie qui se respecte, une fois le voyage (l’errance ?) terminée, les différents protagonistes seront métamorphosés, très différents de leur état initial.

 

Et les « incendies » du titre ? Il y en a un bien réel quand Nawal prend le car vers le sud, à la recherche de son enfant qu’elle a dû abandonner à la naissance avant de s’enfuir. Et cet incendie est terrible : il fait suite à une violence froide et déterminée de miliciens chrétiens envers des musulmans. Et Villeneuve ne fait pas dans le détail pour exposer cette violence : elle nous agresse de par sa soudaineté et sa brutalité. Mais il sait aussi exprimer la violence sans nous la montrer, nous laissant imaginer ce qui a bien pu se passer. Ce sont les ruines noircies par la suie dans la maison familiale rasée en représailles, mais c’est aussi Nawal allongée par terre après avoir été violée : dépenaillée, se tenant le bas-ventre et surtout se retenant de pleurer pour ne pas contenter son bourreau.

 

Mais alors pourquoi ce pluriel dans le titre ?

A vous de vous faire une idée.

La mienne est faite, et je ne veux surtout pas vous influencer…

 

  1. Il lui faudra trois ans avant de revenir sur les écrans pour son film suivant
Souha Bechara

Souha Bechara

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Paola Cortellesi
Il reste encore Demain (C'è ancora Domani - Paola Cortellesi, 2023)

« Il reste encore demain. »

C’est Delia (Paola Cortellesi) qui donne son titre au film, alors que son beau-père (Giorgio Colangeli) vient de mourir, juste le jour où elle a tenté de sortir de la maison-prison qu’elle habite depuis près de vingt ans auprès d’Ivano (Valerio Mastandrea).

Cette sortie d’ailleurs a tout d’une fuite…

Mais reprenons.

 

Delia vit dans la banlieue romaine avec son mari donc, et leurs trois enfants, dont Marcella (Romana Maggiora Vergano). Cette dernière fréquente le beau Giulio, et il semble qu’ils sont sur le point de franchir le pas…

Entre les courses, les piqûres (Delia est infirmière), la fabrique de parapluies, les enfants et la nourriture, Delia n’a pas vraiment un moment à elle. Mais surtout, elle a un mari qui, en plus « d’avoir fait deux guerres », la frappe régulièrement, à la moindre contrariété.

Pas étonnant alors qu’elle veuille fuir cet homme violent. Surtout que le bel Alvaro – le garagiste – regrette le temps où ils se fréquentaient…

 

Attention, chef-d’œuvre !

Paola Cortellesi, pour son premier long métrage en tant que réalisatrice a frappé très fort ! Elle nous propose ici un film d’une splendeur incroyable, confirmant le fait que les interprètes, quand ils passent de l’autre côté de la caméra, ont une générosité pour le jeu de leurs partenaires. Mais à l’instar d’un Charles Laughton, il y a en plus une dimension esthétique phénoménale, soutenue par un noir et blanc pertinent. Un chef-d’œuvre, vous dis-je !

On suit avec intensité le quotidien franchement gris (noir et blanc oblige, mais pas que de cette femme qui s’est enfermée dans une relation toxique, à une époque (l’Entre-Deux-Guerres) où quitter son mari est absolument impensable.

 

Parce que nous sommes en 1946, quand commence le film (et quand il finit, d’ailleurs), au moment où l’Italie essaie une nouvelle forme de gouvernement : la République. Après la monarchie et le fascisme, c’(est une nouvelle ère qui s’ouvre, avec un fait notoire très important : le droit de vote accordé aux femmes. Celles qu’on a toujours voulu museler vont enfin pouvoir donner leur avis ! Inutile de vous dire que pour Ivano, c’est une catastrophe, lui qui a été (mal) élevé dans le précepte sacré : « une femme doit la fermer. » que lui rappelle sans cesse son père.

 

L’ouverture du film donne le ton : le matin, au réveil, Delia se retourne et dit bonjour à son mari qui lui répond par une gifle.

Et cette violence conjugale va se développer pour atteindre rapidement son paroxysme visuel. Une séquence magnifique qui voit les deux interprètes se livrer à un pas de deux presque irréel. Irréel parce que nous ne sommes pas habitués à de la violence dansée et aussi parce que l’éclairage s’est modifié. Bien sûr, on pense à la violence d’Orange mécanique (dans le théâtre désaffecté) mais il y a ici une dimension esthétique qui va encore plus loin, jouant avec bonheur sur les éclairages et le manichéisme du format des images.

Il y a dans cette expression de la violence une drôle de contradiction. En effet, alors que l’échange – unilatéral d’une certaine façon – une violence inouïe de la part d’Ivano, la musique d’accompagnement va donc atténuer cette même violence. Mais cette atténuation n’est qu’apparente et ces images en deviennent alors presque insoutenables tant elles expriment la colère de cette homme qui, paradoxalement est faible (et méprisable, cela va de soi).

Cette violence s’exprimera à nouveau mais de manière plus subtile – et elliptique – puisqu’on ne verra plus Ivano frapper Delia, mais le contexte ne laissera aucun doute quant au sort – terrible – de Delia.

 

Mais heureusement pour nous, il n’y a pas que des mauvais côtés dans la vie de Delia. Il lui reste quelques moments intimes qui donnent un peu de rose dans ce gris presque uniforme. Le chocolat qu’elle partage avec Alvaro, ce sont quelques secondes d’un bonheur impossible qui se lit sur leurs deux visages ainsi que sur leurs dents brunies par la friandise.

C’est aussi la cigarette qu’elle s’accorde (elle peut, Ivano est sorti, comme tous les soirs), dans la nuit romaine alors que la vie continue et que d’autres femmes s’accordent elles aussi, jeunes ou non : le sentiment d’être libre un (petit) moment.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, on passe très facilement du rire aux larmes et inversement. Le sort de Delia – de nombreuses femmes italiennes à la même époque – n’est pas enviable, mais Paola Cortellesi nous les montre fortes et parfois même « la gueule ouverte » : parce quand on s’explique, c’est tout sauf calme. Il faut voir ces matrones sur la petite place du quartier s’expliquer franchement et même en venir aux mains ! C’est l’Italie éternelle, celle des stéréotypes, mais qui porte en elle toute la vie qu’on qualifie généralement de méditerranéenne. Et ce bouillonnement, c’est aussi leur façon de s’exprimer contre tout le mutisme imposé par ces phallocrates d’un autre âge.

Et ce microcosme romain s’inscrit dans la grande Histoire, celle des manuels. Parce que l’Italie est en pleine reconstruction : physique et morale. Le pays sort de la Guerre vaincu comme l’illustre la présence américaine des MP aux coins des rues. Et d’un point de vue cinématographique, on pense aussitôt au néoréalisme qui se développa à la même période que celle décrite dans le film.

 

Mais la différence notable se trouve dans la bande-son. En effet, Cortellesi joue avec le son et son absence. La musique qui baigne la première correction décrite ci-dessus fait parfois défaut et accentue la violence à venir. Tout comme le silence qui accompagne les différents moments de cette vie triste. Mais c’est surtout l’utilisation d’une musique moderne sur ces images qui semblent d’un autre temps que cette bande-son prend toute sa dimension. Et très rapidement le décalage entre ce que nous voyons et ce que nous entendons s’estompe jusqu’à disparaître : bien sûr que c’est cela que nous devons entendre, et pas autre chose.

 

Je terminerai par un élément qui revient plusieurs fois dans le film, avec à chaque fois la même thématique : le rouge à lèvres.

C’est celui que mettait Delia au début de son mariage (1), et qu’Ivano essuyait de sa bouche, l’assimilant à un élément de dévergondage.

C’est celui que Marcella met pour aller travailler et que Giulio essuie à son tour, refusant qu’elle se maquille pour les autres.

C’est aussi celui que va mettre à nouveau Delia dans sa fuite finale. Pour savoir s’il sera essuyé, il faudra que vous alliez voir le film !

 

  1. Pendant une magnifique séquence muette qui voit leur relation se détériorer progressivement, passant d’un amour insouciant à une relation conjugale unilatérale où elle ne fait que subir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Kenneth Branagh
Peter's Friends (Kenneth Branagh, 1992)

La dernière fois que Peter (Stephen Fry) a vu ses amis tous ensemble, c’était lors de leur dernière représentation pour le réveillon du nouvel an 1983.

Dix ans plus, alors qu’il vient de perdre son père, il invite les cinq autres membres de cette troupe très amicale.

Arrivent alors chez lui Andrew (Kenneth « Poirot » Branagh) et sa femme Carol (Rita Rudner), Maggie (Emma Thompson), Sarah (Alphonsia Emmanuel) et son nouveau petit ami Brian (Tony Slattery), ainsi que Roger (Hugh « Dr. House » Laurie) et Mary (Imelda « Umbridge » Staunton) qui ont fini par se marier et ont eu deux enfants. Malheureusement, l’un des deux est mort.

Qu’importe, tout le monde est chez Peter, dix ans après. Pour dire adieu à une nouvelle année…

Mais pas seulement !

 

Brillant.

Kenneth Branagh, pour son troisième long métrage nous propose une très belle comédie, un tantinet douce-amère, interprétée avec conviction par une pléiade d’interprètes qui s’accordent à merveille, donnant une authenticité appréciable et très agréable. Et malgré l’étendue de la propriété de Peter, c’est plutôt un huis clos qui nous est proposé. Chaque événement se passe à l’intérieur, fissurant petit à petit cette amitié distendue. Parce que bien sûr, 10 ans après, ce n’est plus la même donne. Et la comédie va alors basculer, et l’intrigue se garnir de tiroir qui vont s’ouvrir – et donc se refermer – l’un après l’autre, vers un fin heureuse inévitable : nous sommes dans une comédie. Heureuse, mais douce-amère comme annoncé.

Chaque tiroir concerne un des six que nous avons vu en scène en ouverture. Et tous ces tiroirs, d’une certaine façon, contient leur(s) vie(s), contient la Vie.

 

Et tout est abordé : la naissance – celle des jumeaux de Roger et Mary – ; l’amour – celui de Sarah pour tous les hommes – et le mariage – celui d’Andrew & Carol – la solitude (le célibat ?) de Peter et Maggie ; et bien évidemment la mort avec celles de l’enfant (Simon) et du père de Peter. Sans oublier le travail et la maladie qui constituent eux aussi quelques ressorts de l’intrigue.

Bref avec cette dizaine de personnes, nous retrouvons tous les éléments qui composent un microcosme social (pardonnez cette redondance), les relations d’amour et de haine – ce sont les mêmes, poussées à leurs extrémités –, les joies et les peines et toute cette sorte de choses qui font que la vie est ainsi.

 

Et puis il y a Peter. Stephen Fry est formidable dans ce personnage hautement british, alliant à une éducation sans faille un humour parfois ravageur. Mais encore une fois, si Fry est magnifique, c’est aussi parce que Kenneth Branagh a rassemblé autour de lui des interprètes à la hauteur de l’événement. Avec Hugh Laurie, c’était sûr que ça allait fonctionner (1), mais les autres ont la même verve et le même enthousiasme qui donne à cette comédie le ton juste.

On s’amuse, mais on s’émeut aussi de voir ces amis perdus de vue qui se retrouvent et essaient de rattraper le temps perdu (2).

 

Le temps de l’insouciance est passé – ils ont tous la trentaine – et la vie les a rattrapés. En sortiront-ils indemnes ?

De toute façon, à la fin, tout le monde meurt, alors… (3)

 

PS : si vous trouvez un air de ressemblance entre Maggie et Vera (Phyllida Law), c’est normal. La première est la fille de la seconde.

 

  1. Ils ont déjà participé ensemble à Blackadder et A Bit of Fry & Laurie
  2. Y parviendront-ils ? Voyez vous-mêmes !
  3. Pas dans le film !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
La Vérité si je mens 3 (Thomas Gilou, 2012)

Après le Sentier (premier film) et l’Europe (second film), voici le Monde pour cette bande de copains bien singuliers : une affaire de chaussures neuves pour trois fois rien !

Mais reprenons.

Eddie Vuibert (Richard Anconina) a de gros ennuis : son magasin est visité par la douane et ses affaires doivent s’arrêter. Tout ça parce qu’un livreur asiatique a déposé une pleine caisse de montres de luxe, contrefaites. Et en plus, Dov (Vincent Elbaz, de retour) ne trouve rien de mieux que d’en choisir une pour lui-même…

Bien entendu, c’est un coup monté et Eddie et ses copains vont devoir encore une fois « sauver leur peau », et pour cela aller à Shanghaï, récupérer rien de moins que 800 000 paires de chaussures.

 

Rien de bien nouveau sous le soleil d’Aubervilliers, nos amis ont certes vieilli mais ils restent comme nous les avons laissés une dizaine d’années plus tard (1) : forts en gueule, démonstratifs et entourés de jolies femmes. Encore une fois, c’est un coup aussi énaurme que ses commanditaires qui nous attend, et il n’y a pas vraiment de quoi être déçu. Mais d’une certaine façon, nous assistons à un rééquilibrage des parties en présence : chacun des cinq hommes a un rôle important, et si on retient encore une fois José Garcia), c’est avant tout parce qu’il est encore une fois le plus fort en gueule.

Mais Thomas Gilou conclut sa trilogie de belle manière, faisant de l’amitié le ressort essentiel de cette comédie.

 

Bien entendu, on pense à Yves Robert et sa bande de copains des années 70 avec Un Eléphant ça trompe énormément, mais on notera surtout un apparentement avec sa suite (Nous irons tous au Paradis). De même, comme l’annonce le générique, on y trouvera des clins d’œil aux Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury. Générique qui rappelle celui du film précédent, avec un côté James Bond encore une fois très prononcé. Sans oublier les références intrinsèques à la trilogie, et l’incontournable réplique de Serge Benamou : « tu veux gagner de l’argent ? ».

Donc nous sommes une dernière fois en bonne compagnie, et Thomas Gilou a repris la même équipe, avec en prime Marc Andréoni (Simon, un personnage pas spécialement mieux que dans le film précédent) et Isaac Sharry (le serveur) dans de nouveaux rôles.

 

On en redemande ? Peut-être pas. Les acteurs commencent à avoir quelques années sous le capot, et le côté un tantinet adulescent ne peut pas perdurer. Même Dov, sans son bouc, n’est plus tout à fait Dov, et il est temps qu’il se range.

Quant à la suite de la série, qui se passe avant, il semble que son absence ne va pas m’empêcher de dormir si je ne la vois pas.

Alors laissez-vous emporter une ultime fois par cette équipe sympathique, et tant pis pour la vraisemblance : au cinéma, vous savez bien que tout est permis !

 

  1. Seulement cinq à six années pour eux, puisque Victor (Alessandro Togni Bouglione), le fils d’Eddie, a 5 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Guerre, #Jean-Jacques Annaud
La Victoire en chantant (Jean-Jacques Annaud, 1976)

« La République nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons périr ;
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir. »

Si on connaît les premières paroles du Chant du Départ, on en ignore souvent le refrain ci-dessus (1). Et ce refrain est tout adapté pour ce film de guerre bien singulier.

Mais reprenons.

 

En Afrique Equatoriale Française, on se prépare à fêter le nouvel an : 1915 s’annonce bien. Et puis le jeune Hubert Fresnoy (Jacques Spiesser) reçoit les derniers numéros de l’Humanité. C’est la consternation : Jaurès a été tué. Pour les autres, c’est une information différente qui retient leur attention : la guerre a été déclarée contre l’Allemagne !

Poussé par les quelques colons français, le sergent Bosselet (Jean Carmet) déclare la mobilisation générale sans grand enthousiasme.

Dès lors, il n’y a plus qu’un seul objectif : aller tuer les Boches qui sont positionnés de l’autre côté de la rivière ! Les mêmes avec qui on faisait des affaires.

 

Pour un premier film, Jean-Jacques Annaud fait fort ! C’est à boulet rouge qu’il tire sur la bourgeoisie, la guerre et la colonisation. Il faut dire que ces trois thèmes vont souvent ensemble : on fait la guerre pour les bourgeois et on espère coloniser l’adversaire. Sans oublier la religion, accessoire indispensable du sabre militaire !

Mais là, c’est avant tout la guerre pour elle-même dont il est question. Nulle revendication territoriale ou idéologique, seulement l’envie d’en découdre avec un ennemi.

Une petite guerre de rien du tout : un village frontière qui va attaquer un poste isolé. Mais dans le cœur (et l’esprit) de ces patriotes de la dernière heure (la guerre est déjà bien entamée et meurtrière en janvier 1915).

 

C’est aussi une guerre qui ne dure pas, puisque les Allemands vont se rendre aux Britanniques. Mais on peut imaginer qu’à la proportionnelle, c’est l’une des batailles les plus meurtrières de ce conflit mondial. Et surtout, on remarque que les seules victimes de cet engouement patriotique sont les autochtones. Mal entraînés et mal équipés (à peine 20 fusils pour une centaines de soldats), il ne font pas long feu devant la mitrailleuse allemande. Et même l’offensive – un tantinet plus élaborée de Fresnoy – tourne au désastre, ajoutant encore des victimes que l’enjeu dépasse complètement.

Alors vous parlez d’un « effet bénéfique de la colonisation » ! (2)

 

Annaud nous démontre avec ce film l’absurdité de la guerre – il faut le rappeler souvent puisqu’on continue à se battre de nos jours – mais d’une manière très astucieuse et subtile. Elle se réduit à des classes bâclées pour ces soldats d’occasion et le bruit de la mitrailleuse au loin pendant que les civils pique-niquent tranquillement « comme au bon vieux temps » de la guerre : c’est seulement quand les premiers blessés commencent à refluer qu’ils prennent conscience de l’aspect meurtrier de la chose et retournent vite fait dans leurs quartiers !

Parce que l’absurdité est poussée à son comble : seuls les Africains sont tués pour un conflit qui ne les concernent pas. Et les va-t-en-guerre redeviennent aussi vite pacifistes qu’ils ont été bellicistes !

 

Et Annaud enfonce le clou quand il annonce la guerre. C’est au bistro que tout se passe. On y apprend la déclaration, on y décide d’un engagement et on y décrète la mobilisation générale ! Tout se réduit (presque) à des discussions de comptoir : une bande d’alcooliques galvanisés par la boisson et qui vont dessoûler brutalement au premières rafales de mitrailleuse.

La fin ressemble alors à une gueule de bois – assumée – et c’est le spectateur qui en mesure les effets : une guerre de plus à l’envie de décolonisation qui va secouer le continent dans les décennies suivantes.

 

Et ce qui fait la force du film, outre le sujet iconoclaste, c’est la performance des interprètes. Annaud a rassemblé un trio de seconds couteaux de toute beauté. Outre Carmet, la présence de Jacques Dufilho (Paul Rechampot, le bistrotier-épicier) et Maurice Barrier (Caprice) donne une véritable authenticité à ces colons mesquins. Sans oublier Claude Legros (Jacques Rechampot,frère de l’autre) dont la tête d’ahuri se fond magnifiquement dans le décor. Et encore plus quand c’est lui qui commande une colonne de soldats.

Et les femmes ? Deux sont mises en avant : Marinette (Catherine Rouvel), la femme de Caprice et Maryvonne (Dora Doll), qui soulage les hommes célibataires (et les autres) mais ressemble plus à une tenancière qu’une pensionnaire de maison close. Elles ne prennent pas part au conflit mais ont tout de même un haut degré de ferveur et encouragent les hommes à combattre. La grande différence avec celles d’Europe, c’est que leur rôle s’arrête là. Elles ne vont pas participer à l’effort de guerre. Même pas soigner les blessés : normal (de leur point de vue), ce sont des Africains.

 

Il n’est donc pas étonnant que ce film fut un échec à sortie et même à son retour sur les écrans l’année suivante,bardé de l’Oscar du meilleur film étranger : la guerre et la colonisation par les Français sur les Africains n’avaient pas vraiment de quoi enorgueillir certains spectateurs… Sans oublier la religion représentée par les deux prêtres (Jacques Monnet et Peter Berling) qui en illustrent parfaitement l’hypocrisie.

Bref, tout pour se fâcher avec une partie de la population française !

Qu’à cela ne tienne, Annaud récidivera trois ans plus tard avec Coup de Tête. Mais ceci, bien entendu, est une autre histoire…

 

PS : il est amusant de constater que le film est sorti un 22 septembre, jour anniversaire de la 1ère République Française. Le Chant du départ est d’abord un chant de la Révolution (écrit en 1794 par Marie-Joseph Chénier et Etienne Nicolas Méhui).

 

  1. Sauf si vous avez soutenu VGE en 1974 !
  2. Il y aura un effet, et qui touchera seulement les Camerounais. Mais qui ne changera pas grand-chose à la situation.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Bogdanovich
La dernière Séance (The last picture Show - Peter Bogdanovich, 1971)

Bien sûr, si des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans les mots qui suivent, vous aurez été prévenu·e·s…

 

Anarene, Texas, 1951.

On s’ennuie ferme dans cette bourgade texane, quand on est jeune. C’est le cas de Sonny Crawford (Timothy « Johnny » Bottoms), qui suit les cours du lycée et arrondit ses fins de mois au chantier pétrolier. C’est aussi le cas de Duane (Jeff « El Duderino » Bridges) qui a un avantage sur son (meilleur) ami : il sort avec la belle Jacy Farrow (Cybill Shepherd), et ça a l’air franchement sérieux.

Mais on sent qu’il manque quelque chose à ces adulescents. Un peu d’aventure, de fantaisie, de… Ce que vous voulez !

Que reste-t-il alors à ces jeunes gens ? La guerre (de Corée) ou la vie plus ou moins stéréotypée de leurs parents… Sans véritablement de variante possible.

 

Cette dernière séance, c’est celle du cinéma d’Anarene, après une séance de Red River (Howard Hawks, 1948), même pas un film de l’année, c’est vous dire la misère dans laquelle est tombé ce lieu culturel : quand le film commence, c’est Father of the Bride (Vincente Minelli, 1950), vite remplacé par Winchester ’73 (Anthony Mann, 1950), de la même époque.

Mais ce qui saute aux yeux de cette époque, c’est le désœuvrement. Et Peter Bogdanovitch rend très bien compte de cette période à travers ces (ses) trois héros (qui n’en sont pas).

Mais la grande différence, c’est qu’entre 1951 et la sortie du film, la révolution sexuelle est passée par là, et on ne se gêne plus pour montrer les corps (féminins, surtout) dans leur simple natureté. Pour les hommes, c’est encore un peu tôt semble-t-il… Toujours est-il que la belle Jacy est attirée par ces riches (plus ou moins) oisifs qui se baignent nues dans la piscine, s’affranchissant des conventions, ce que Duane n’est pas capable de faire.

 

Mais malheureusement pour elle, elle sera rattrapée par son époque, et si elle ne finit pas avec Duane – qui part en Corée – elle n’en finit pas moins avec Sonny, et ce n’est pas faute d’avoir essayé !

Rien d’étonnant cela : jamais il ne remettent en cause ou en question leur vie. Ils ferons comme leurs parents avant eux (etc.), comme le montrent les deux interventions de l’hymne du lycée : la première est spontanée, dans la voiture de Jacy, et chacun semble y trouver son contentement. La seconde, c’est quand la nouvelle équipe se prépare au match d’ouverture de la saison. Sonny, même s’il a quitté l’école ne peut s’empêcher de le chanter. Par réflexe plus qu’autre chose.

Parce qu’on sent que ces jeunes personnes étouffent. A l’instar des jeunes Anglais dans les premières années Thatcher (1), peu d’opportunités s’offrent à eux : la guerre ou le conformisme (le chômage pour le héros de Loach). Mais quand Bogdanovitch nous décrit cette situation, il n’est pas tellement loin de celle qu’on attend des jeunes gens vingt ans plus tard : le même conformisme un tantinet consumériste ou la guerre, celle du Viêt-Nam.

 

Et Bogdanovitch ne donne aucune solution. Il laisse ses personnages à leur – triste ? – sort, mais ont-ils le choix ? La seule opportunité qui s’offre à eux, c’est le rêve : celui de croire qu’on peut être heureux malgré le poids familial. Une véritable chimère pour ces jeunes gens coincés : trop jeunes pour avoir fait la Guerre (41-45), et trop jeune pour attendre le milieu des années 1960 : quand elles arriveront, ce sera trop tard.

Pour eux. Pas pour leurs enfants.

Enfin j’espère…

 

  1. Cf. Looks and Smiles  (Ken Loach, 1981)

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