C’était la fin des années 1980. Ces années qui ont vu l’argent enterrer le Flower Power. Où les hippies ont laissé place aux yuppies, ces jeunes loups qui ne vivaient que pour l’argent, ne pensaient que par l’argent. Bref, ils étaient l’argent.
Et Edward Lewis (Richard Gere) est indubitablement l’un d’eux : dirigeant d’une société qui en rachète d’autres pour les dépecer et les revendre au détail. Donc plus cher. En clair, s’il fait de l’argent, il ne crée rien. Bien au contraire.
Et puis un jour, il rencontre une prostituée indépendante, Vivian Ward (Julia Roberts). Il l’emmène à son hôtel et lui propose de rester près de lui pendant son séjour à Los Angeles. Elle accepte, bien sûr, la paie proposée est alléchante.
Seulement voilà, Vivian n’est pas une femme comme les autres… Et sur beaucoup de point.
Attention : conte de fées.
Mais le personnage qui est transfiguré n’est pas vraiment celui du titre. Elle n’est que l’adjuvant, celle qui lui permet de changer et devenir meilleur, condition sine qua non de la résolution d’un conte. Mais pour le reste, tout y est : un personnage qui s’ennuie et a besoin d’autre chose ; une rencontre qui change tout ; un méchant abject (je ne vous dis pas qui c’est) et donc une transfiguration qui amène la fin heureuse indispensable sans les enfants dont on nous rebat les oreilles et qui n’existent que dans l’imagination populaire (1).
Bon, il faut avouer que le fait que Edward est un homme riche facilite grandement la résolution heureuse. Mais quand même. Etre riche n’empêche pas d’être parfois un imbécile (2) ni d’être blessant. Mais le conte de fée, tel qu’on se l’imagine, c’est quand même la « pretty woman » qui le vit : là encore, l’argent y est pour beaucoup. Mais, et c’est pour cela que je considère que Vivian n’est pas transfigurée, la jeune femme ne change pas foncièrement : elle reste elle-même, avec sa générosité et son naturel qui font sa spécificité et son charme (aussi).
Si cette histoire est originale, je ne peux tout de même pas m’empêcher d’y voir un écho au film de Cukor : My fair Lady (1964). Tout comme Eliza Doolittle (sublime Audrey Hepburn), Vivian vient de très bas (3) et va s’élever, à l’aide d’un mentor fortuné. Et la belle Audrey fait même une apparition à la télévision lors d’une rediffusion de Charade (Stanley Donen, 1963) : un extrait du film de Cukor aurait été plus attendu, mais – à mon avis – trop facile.
De plus tout comme dans la comédie musicale, la musique – et surtout – les chansons – joue un rôle important, commentant ou illustrant les différentes étapes de l’intrigue, avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire ) le tube (phénoménal) de Roy Orbison, Oh Pretty Woman. J’avoue pour ma part que le titre m’y avait tout de suite fait penser, amis cette chanson n’est, là encore qu’une illustration de ce qu’il se passe : Vivian fait chauffer la carte bleue (4) et essaie des tenues toutes plus somptueuses les unes que les autres, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui ne peuvent que confirmer que Julia Roberts est extrêmement belle.
On y trouve même le pendant du Royal Ascot (pour les chevaux) avec la partie de polo, de même que la réplique afférente (“Come on, Dover! Move your bloomin' arse!”) dans la séquence de l’opéra (“Oh, it was so good, I almost peed my pants!”). Je vous laisse le plaisir de découvrir la traduction…
Evidemment, Julia Roberts (dont c’était certainement c’était seulement le troisième film) crève l’écran et s’impose (déjà) comme un immense star. LA suite ne fera que le confirmer. A ses côtés, Richard Gere est encore une fois impeccable, en homme jeune (5) légèrement grisonnant à un tournant de sa vie. Auprès d’eux, on peut retrouver – pour la dernière foi à l’écran – le vétéran Ralph Bellamy, autre ingrédient de ce conte moderne (opposant/adjuvant), ou encore Hector Elizondo qui manage l’hôtel de luxe, lieu central de l’intrigue, avec beaucoup de subtilité. Quant au méchant, il est donc abject à souhait (non je ne vous dirai pas qui c’est !) et on se réjouit du châtiment qui lui arrive sur le coin du nez (c’est le cas de le dire, encore une fois !).
Alors mettons de côté le mépris (naturel) pour ce richissime yuppie et savourons cette comédie enlevée comme elle le mérite.
- Vérifiez par vous-même, les textes originaux ne parlent pas d’enfants après la réunion des amoureux. Juste qu’ils vont vire heureux longtemps.
- J’avais en tête un qualificatif désobligeant…
- Certain·e·s diront même qu’il n’y a pas plus bas…
- Il n’y a qu’en France qu’elles sont bleues, les cartes de crédit.
- Ce n’est plus un « jeune homme » : il a quarante ans ! (6)
- Il y a beaucoup trop de notes de bas de page !
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