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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Garry Marshall
Pretty Woman (Garry Marshall, 1990)

C’était la fin des années 1980. Ces années qui ont vu l’argent enterrer le Flower Power. Où les hippies ont laissé place aux yuppies, ces jeunes loups qui ne vivaient que pour l’argent, ne pensaient que par l’argent. Bref, ils étaient l’argent.

Et Edward Lewis (Richard Gere) est indubitablement l’un d’eux : dirigeant d’une société qui en rachète d’autres pour les dépecer et les revendre au détail. Donc plus cher. En clair, s’il fait de l’argent, il ne crée rien. Bien au contraire.

Et puis un jour, il rencontre une prostituée indépendante, Vivian Ward (Julia Roberts). Il l’emmène à son hôtel et lui propose de rester près de lui pendant son séjour à Los Angeles. Elle accepte, bien sûr, la paie proposée est alléchante.

Seulement voilà, Vivian n’est pas une femme comme les autres… Et sur beaucoup de point.

 

Attention : conte de fées.

Mais le personnage qui est transfiguré n’est pas vraiment celui du titre. Elle n’est que l’adjuvant, celle qui lui permet de changer et devenir meilleur, condition sine qua non de  la résolution d’un conte. Mais pour le reste, tout y est : un personnage qui s’ennuie et a besoin d’autre chose ; une rencontre qui change tout ; un méchant abject (je ne vous dis pas qui c’est) et donc une transfiguration qui amène la fin heureuse indispensable sans les enfants dont on nous rebat les oreilles et qui n’existent que dans l’imagination populaire (1).

 

Bon, il faut avouer que le fait que Edward est un homme riche facilite grandement la résolution heureuse. Mais quand même. Etre riche n’empêche pas d’être parfois un imbécile (2) ni d’être blessant. Mais le conte de fée, tel qu’on se l’imagine, c’est quand même la « pretty woman » qui le vit : là encore, l’argent y est pour beaucoup. Mais, et c’est pour cela que je considère que Vivian n’est pas transfigurée, la jeune femme ne change pas foncièrement : elle reste elle-même, avec sa générosité et son naturel qui font sa spécificité et son charme (aussi).

 

Si cette histoire est originale, je ne peux tout de même pas m’empêcher d’y voir un écho au film de Cukor : My fair Lady (1964). Tout comme Eliza Doolittle (sublime Audrey Hepburn), Vivian vient de très bas (3) et va s’élever, à l’aide d’un mentor fortuné. Et la belle Audrey fait même une apparition à la télévision lors d’une rediffusion de Charade (Stanley Donen, 1963) : un extrait du film de Cukor aurait été plus attendu, mais – à mon avis – trop facile.

De plus tout comme dans la comédie musicale, la musique – et surtout – les chansons – joue un rôle important, commentant ou illustrant les différentes étapes de l’intrigue, avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire ) le tube (phénoménal) de Roy Orbison, Oh Pretty Woman. J’avoue pour ma part que le titre m’y avait tout de suite fait penser, amis cette chanson n’est, là encore qu’une illustration de ce qu’il se passe : Vivian fait chauffer la carte bleue (4) et essaie des tenues toutes plus somptueuses les unes que les autres, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui ne peuvent que confirmer que Julia Roberts est extrêmement belle.

On y trouve même le pendant du  Royal Ascot (pour les chevaux) avec la partie de polo, de même que la réplique afférente (“Come on, Dover! Move your bloomin' arse!”) dans la séquence de l’opéra (“Oh, it was so good, I almost peed my pants!”). Je vous laisse le plaisir de découvrir la traduction…

 

Evidemment, Julia Roberts (dont c’était certainement c’était seulement le troisième film) crève l’écran et s’impose (déjà) comme un immense star. LA suite ne fera que le confirmer. A ses côtés, Richard Gere est encore une fois impeccable, en homme jeune (5) légèrement grisonnant à un tournant de sa vie. Auprès d’eux, on peut retrouver – pour la dernière foi à l’écran – le vétéran Ralph Bellamy, autre ingrédient de ce conte moderne (opposant/adjuvant), ou encore Hector Elizondo qui manage l’hôtel de luxe, lieu central de l’intrigue, avec beaucoup de subtilité. Quant au méchant, il est donc abject à souhait (non je ne vous dirai pas qui c’est !) et on se réjouit du châtiment qui lui arrive sur le coin du nez (c’est le cas de le dire, encore une fois !).

 

Alors mettons de côté le mépris (naturel) pour ce richissime yuppie et savourons cette comédie enlevée comme elle le mérite.

 

  1. Vérifiez par vous-même, les textes originaux ne parlent pas d’enfants après la réunion des amoureux. Juste qu’ils vont vire heureux longtemps.
  2. J’avais en tête un qualificatif désobligeant…
  3. Certain·e·s diront même qu’il n’y a pas plus bas…
  4. Il n’y a qu’en France qu’elles sont bleues, les cartes de crédit.
  5. Ce n’est plus un « jeune homme » : il a quarante ans ! (6)
  6. Il y a beaucoup trop de notes de bas de page !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Biopic, #Uli Edel
La Bande à Baader (Der Baader Meihof Komplex - Uli Edel, 2008)

18 octobre 1977.

Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek), Jan-Carl Raspe (Niels Bruno Schmidt) sont retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stammheim. Irmgard Möller (Annika Kuèhl) quant à elle, baigne dans son sang : elle a raté son suicide. Un peu avant (le 9 mai 1976), c’était Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) qui avait mis fin à sa vie dans cette même prison.

C’en est terminé de la « Bande à Baader »comme l’ont surnommée les médias. Mais la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) va continuer pendant encore une vingtaine d’années avant de s’auto-dissoudre le 20 avril 1998.

 

Percutant.

Avec ce film très spectaculaire, Uli Edel nous démontre que le cinéma allemand n’a rien à envier aux Américains quand il s’agit de se tourner vers son passé récent douloureux. Comme nombre de pays en 1967, la RFA est engoncée dans ce monde ancien qui sera balayé l’année suivante. Et la visite du Shah à Berlin est le déclencheur qui va amener des jeunes gens révoltés par les pratiques d’un autre âge d’un gouvernement qui n’a pas su évoluer avec son peuple. Et entre nous, l’attitude passive puis très active de la police berlinoise n’a rien à envier à celle qui sévira à Paris l’année suivante. Ni à celle qu’on peut voir de temps en temps de nos jours, et pas seulement à Paris.

 

Mais la violence n’est pas seulement policière puisque Baader et sa bande vont en faire un usage exclusif jusqu’à l’arrestation totale des membres de cette première génération. Oui, on peut parler de terrorisme et certainement pas d’actes de déséquilibrés. Certes, Baader n’est pas présenté comme un héros romantique, et ses positions ne sont pas toujours très progressistes. Et l’autre atout de ce film est de ne pas réduire ce groupuscule à la seule figure de cet homme. Le titre original Der Baader Meinhof Komplex nous rappelle qu’il y avait des femmes (très) engagées dans cette aventure meurtrière. La personnalité d’Ulrike Meinhof est centrale pendant la plus grande partie du film, et c’est même elle qui l’ouvre, en famille au bord de la mer.  Nous allons alors assister à la destruction de ce schéma familial traditionnel, motivée par un engagement politique des plus radicaux dont la seule issue possible est bien entendu la mort. Ulrike, en s’engageant dans cette lutte ne fait rien d’autre que suivre les autres jeunes gens de cette époque qui rejettent cette société traditionnelle (et sclérosée) qui leur est proposée. Bien sûr, son engagement est extrémiste, tout comme les positions défendues par ce « complexe ».

 

Face à cette organisation terroriste, Uli Edel met en place une (très) petite cellule de lutte (qui va s’étoffer avec le temps menée par Horst Herold (Bruno Ganz). Cette organisation composée de représentants de cette ancienne conception réactionnaire du monde va réussir à neutraliser ces figures légendaires. Et Bruno Ganz est encore une fois remarquable dans le rôle de cet homme qui cherche à comprendre les motivations de ces jeunes gens. Il est d’ailleurs bien seul dans cette quête de sens : certains vont même jusqu’à penser qu’il justifie les actions des terroristes !

 

Bref, un film indispensable pour essayer de comprendre la situation de l’Allemagne des années 1970. Un nouveau paradoxe dans ce pays qui a vu dans le même temps une politique de Détente (die Spannung) chère à Willy Brandt à un niveau international alors que la situation intérieure se cristallisait.

Et si la violence tient une place importante, elle n’est qu’un reflet de ce qu’il se passait réellement à cette période. Et la force du film d’Edel est la façon de mixer adroitement les images d’archives à son film, rappelant que même si nous sommes au cinéma, c’est avant tout réalité qui nous est montrée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
Maison de Retraite (Thomas Gilou, 2022)

Milann (Kev Adams) est un grand couillon. Fainéant par nécessité, un tantinet niais, mais surtout, il y a une chose qu’il déteste : les vieux. Pas les personnes âgées non, les vieux. Pas seulement ceux de Brel qui s’en vont progressivement et qui n’existent (presque) que dans sa chanson. Non ? Tous. Petits, grands, cons… Vous ajoutez n’importe quel qualificatif (2) et vous aurez une idée de son dégoût.

Comme il faut bien vivre, et surtout que son ami et frère d’orphelinat Sami (Omar Mebrouk) en a assez de son oisiveté, il trouve du travail. Mais là encore, il est en butte à sa phobie en la personne d’une petite dame un brin mauvaise (Marie-Pierre Casey, qu’on a plaisir à retrouver), qui lui fait péter les plombs (et le matériel). Résultat : 300 heures d’intérêt général.

Seulement voilà, c’est dans une maison de retraite, avec de nouveaux des vieux.

 

Décidément, les vieux ont le vent en poupe. L’année 2022 s’est achevée avec le Chœur de Rocker dont je vous ai déjà parlé ici,  alors qu’elle s’était ouverte avec ce film de Thomas Gilou qui, question comédie, a déjà fait ses preuves. Mais qu’on ne s’y trompe pas, nous sommes bien loin du Sentier et de La Vérité si je mens. Ici, bien sûr, ce sont les pensionnaires de cette maison de retraite qui sont l’enjeu de l’intrigue, à défaut d’être les personnages vraiment principaux. Parce que là encore, c’est Kev Adams qui fait le spectacle. Mais comme il est (très) bien entouré, le message passe bien et on apprécie avec délectation cette comédie inter âges.

Oui, les co-interprètes d’Adams ont tous bon pied et bon œil – malgré leur âge – et donnent à cette comédie le ton juste nécessaire. Avec des mentions spéciales pour Marthe Villalonga qui, malgré le fait qu’elle tutoie ses 90 ans au moment de la sortie du film, reste d’une vivacité étonnante et forme avec Daniel Prévost (que 82 ans au même moment) un duo formidable et attachant.

 

Mais ce qui fait la force du film, c’est avant tout que l’intrigue ne se donne aucun tabou : l’amour (physique), la mort, la maladie (etc.) tout est là chez ce nouveau « clan des 7 » qui va, et on s’y attend dès le début, prendre en main ce petit « taulard ».

Oui, l’intrigue est prévisible. Normal, nous sommes dans une comédie et c’est aussi ce que nous sommes venus voir. Mais c’est bien entendu la justesse de jeu des anciens qui lui donne sa force. Même Depardieu (Lino Vartan, ex-boxeur) est tout dans la sobriété, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Par contre, il manque un petit quelque chose autour de ces résidents qu’on aurait aimé avec un petit peu plus de consistance. La découverte de chacun d’eux par Milann est le centre de l’intrigue mais on n’a pas le temps de les apprécier pleinement, ce qui aurait donné une plus grande dimension au film.

 

Mais on s’amuse, et en plus, le propos du film s’est vu télescoper la réalité puisqu’au moment de sa sortie, paraissait (le 26 janvier) Les Fossoyeurs, l’enquête de Victor Castanet sur les mauvais traitements en maison de retraite…

Parce que, ici aussi, les pensionnaires ne sont pas vraiment à la fête. Car s’ils ont développé une amitié, elle ne peut rien contre l’attitude du directeur de l’établissement, Daniel Ferrand (Antoine Duléry). Qu’on ne s’y trompe pas, c’est lui le méchant – indispensable – de l’histoire, et on prend plaisir à haïr cet homme infâme.

 

Bref, une belle comédie, qui a la grande prétention de faire rire.

Et y arrive.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Anthony Mann, #Erich von Stroheim
La Cible vivante (The great Flamarion - Anthony Mann, 1945)

Coups de feu dans un théâtre : une femme est morte. Son meurtrier, le grand Flamarion (Erich von Stroheim), est en train de mourir. Mais avant, il veut expliquer au comique Tony (Lester Allen) pourquoi il a tué Connie Wallace (Mary Beth Hughes), son ex-partenaire du numéro de cible vivante :

Flamarion est un tireur d’élite, et chaque soir il démontre son talent avec son couple partenaire, Connie et Al Wallace (Dan Duryea). Seulement Al boit, beaucoup trop. Et Connie aimerait se sortir de cette relation pesante. Il suffirait de trois fois rien pour qu’elle soit heureuse : que Flamarion rate sa cible.

Avec un partenaire ivre, ça devrait pouvoir se faire…

 

Erich von Stroheim, s’il était persona non grata derrière une caméra, n’en demeurait pas pour autant un grand interprète. Et ce grand Flamarion n’échappe pas à la règle. Ce personnage est quasiment du sur-mesure pour son talent. Elégant, distingué et tout en maîtrise, il campe cet artiste singulier avec beaucoup de brio, complétant sa performance avec certains regards (héritage de la période muette) très expressifs : un acteur complet. Et Anthony Mann a dû se régaler en le dirigeant tant il interprète avec conviction ce personnage que, cette fois-ci encore, on ne peut pas haïr.

 

Mais encore une fois, si Stroheim est impérial, c’et aussi dû au jeu de ses partenaires, Mary Beth Hughes et Dan Duryea en particulier. Avec une mention spéciale pour la jeune femme qui elle aussi interprète avec beaucoup de justesse cette garce manipulatrice extrêmement séduisante (1). Manipulatrice parce qu’elle arrive à ses fins, prenant et jetant les hommes qu’elle rencontre sans scrupule, sûre de son charme.

Duryea, pour sa part possède déjà cette nonchalance qu’on va trouver dans ses rôles suivants, mais avec ici un soupçon de désespoir qui s’exprime pleinement quand il vient trouver son patron pour lui demander de l’argent.

 

Et Mann filme au plus juste ce trio plutôt insolite, jusqu’à l’explication finale – que nous connaissons dès l’ouverture : la mort de Connie, puis de Flamarion. Et on comprend mieux les motivations de ce crime passionnel, qui porte bien son nom (2). Flamarion est un homme torturé : sa partenaire l’a envoûté, malgré sa répugnance envers les femmes suite à une expérience malheureuse quinze ans plus tôt. Et il veut y croire, malgré la différence d’âge. Son optimisme est avant tout de la naïveté : comment a-t-il pu croire que cette femme pût le désirer ?

 

Mais ce n’est pas cette question qui nous intéresse le plus, c’est le tourment constant qu’elle exerce sur cet homme qui, comme les autres, ne fait que passer dans sa vie. Jusqu’à ce qu’on l’arrête. Ce que fera le tireur d’élite. Et même pas avec une arme à feu.

 

  1. Oui, c’est la femme qui a le mauvais rôle.
  2. Passion signifie aussi souffrance.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #King Baggot
The notorious Lady (King Baggot, 1927)

Quelque part en Afrique du Sud, 192...

John Carewe (Lewis Stone) mène une expédition pour ramener des diamants de sa concession. A ses côtés, on trouve son associé (et financeur), Manuela Silvera (Francis McDonald), son serviteur et ami Williams (J. Gunnis Davis), son guide Carlos (Nick de Ruiz) et la fille de celui-ci, Kameela (Ann Rork). S’est joint à eux le jeune et fringant Anthony Walford (Earle Metcalfe), récemment fiancé à la belle Mary Brownlee (Barbara Bedford).

Mais cette dernière n’est pas ce qu’elle prétend : son vrai nom est Marlow, et un an plus tôt, pour innocenter son mari, elle avait faussement déclaré qu’elle était la maîtresse d’un homme peu recommandable que son époux avait accidentellement tué.

Détail : John Carewe s’appelle en réalité Patrick Marlow et a été annoncé pour mort des suites d’une fièvre maligne.

Oui, c’est son mari.

 

Nous sommes en 1927, et ce qu’on peut dire, c’est que ce (petit) film de King Baggot est bien léché, sinon un impérissable chef-d’œuvre. Tous les ingrédients sont là pour un succès au box-office, ce qui n’est pas pour déplaire :

  • de l’exotisme avec cette intrigue située aux antipodes ;
  • de la trahison avec Silvera et Carlos ;
  • de l’action (et des morts qui tombent) ;
  • et cette histoire d’amour éteint qui ne demande pas mieux qu’à repartir. (1)

Bien sûr, la résolution de l’intrigue est évidente (encore que) et ne comptez pas sur moi pour vous en faire part. Toujours est-il qu’on passe un moment très agréable avec cette histoire bien éloignée de nos préoccupations actuelles. Encore que…

 

Bien sûr, puisque l’intrigue est pliée (d’une certaine façon), l’intérêt du spectateur se porte ailleurs : la réunion des deux époux. Et c’est là qu’on peut saluer le savoir faire de Baggot. Servi par un scénario de Jane Murtin  (d’après la pièce de Patrick Hastings), Baggot ne va avoir de cesse de reculer cette réunion, usant sans abuser d’artifices superbement contrôlés. En effet, à plusieurs reprises, les conditions sont réunies pour que les deux protagonistes principaux se rencontrent mais à chaque fois, un grain de sable semble s’insérer dans la machine et faire capoter ce que tout le monde attend, et redoute en même temps.

Quand Mary arrive à destination en Afrique du Sud, Patrick est sur le quai, mais lui tourne le dos. Quand il se retourne, c’est elle qui s’est détournée. Puis Walford lui propose de la rencontrer – il lui annonce ses fiançailles avec elle – mais un coup de sirène le rappelle à son devoir et l’empêche de la voir ; puis c’est la veillée au coin du feu… Et une dernière occasion qui nous prépare quand même aux retrouvailles, que je vous laisse découvrir.

 

Bref, l’intérêt du spectateur est assuré et si l’intrigue principale est convenue, les prémices (tout le long du film) nous tiennent autant en haleine (sinon plus), amenant à chaque fois un sourire devant chaque nouveau retournement.

Ajoutez à cela la présence de l’immense Lewis Stone qui, avant de jouer pour la MGM les utilités dans la décennie suivante, était un (plus tout) jeune premier à la fière allure. Honorable, digne et à la prestance quasi aristocratique, il campe un Marlow superbe, affublé en outre d’un grand sens moral. Puisque son épouse en aime un autre, il est prêt à tout lui sacrifier pour son bonheur. Pas mal non ?

 

Bref, encore une fois, le film de Baggot n’est peut-être pas de la qualité de certaines autres productions de cette riche année 1927 (2), mais on passe une heure quinze en bonne compagnie, que demander de plus ?

C’est du cinéma. Du vrai !

 

  1. Le mélo était un genre très prisé par les spectateurs outre-atlantique.
  2. Wings, The King of Kings, Sunrise… J’en oublie, bien sûr : vous irez voir par vous-même !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Ethan Coen, #Joel Coen, #Tommy Lee Jones
No Country for old men (Ethan & Joel Coen, 2007)

Non, décidément, le Texas n’est pas un territoire pour les vieux. Surtout les vieux marshalls comme Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones). Chez les Bell, on est flic de père en fils et il semble que cet Ed Tom soit la fin de la lignée. Ce qui n’est pas plus mal, vu que le monde évolue et que lui, Ed Tom est las de tout ça.

Il faut dire qu’avec le trafic de drogue qui vient de se solder par une tuerie de type Gunfight at OK Corral, la coupe commence à déborder. S’ajoute à cette tuerie un règlement de compte qui voit la liste de cadavres s’alourdir de deux entrées, et surtout un type qui n’aurait pas dû être là : Llewelyn Moss (Josh Brolin). Ce dernier, parti chasser a découvert le carnage et est reparti avec l’argent : 2 millions de dollars.

Mais cet argent n’est pas à lui et celui qui le recherche n’est pas un enfant de chœur : Anton Chigurh (Javier Bardem). Comme le dit un de ses confrères : « il n’a pas le sens de l’humour. » Mais surtout, c’est un effroyable psychopathe.

 

Pour leur nouveau volet de l’absurdité, les frères Coen retournent chez les truands et surtout un de la pire espèce : Anton Chigurh. C’est un tueur méticuleux et froid, insensible moralement et physiquement, et qui se promène avec une sorte de compresseur, de ceux qui tuent des animaux. Nous sommes en 1980, et si Chigurh ne nous l’avait pas dit, il aurait été difficile de le deviner : nous sommes dans un Texas assez stéréotypé, avec ses rangers qui se promènent aussi à cheval et portent un inusable Stetson. Mais si Ed Tom est ce qu’on pourrait appeler le héros – tout du moins est-il d’une certaine façon un narrateur – c’est bien sûr les deux autres hommes qui sont intéressants.

 

Tous deux sont assez similaires, même si Chigurh est complètement fou : ce sont des hommes pleins de ressources, comme le montre cette poursuite à travers une partie du territoire texan, aux alentours de la frontière (1). Mais bien sûr, c’est, malgré son haut potentiel de danger, Chigurh qu’on préfère. Ses différentes interventions mortifères sont presque risibles tant ce personnage est absurde : il tue à coup de compresseur ! Sans oublier la pièce de monnaie récurrente : elle sert à tout (2) sauf à payer. En face de lui, Llewelyn n’a que très peu de chances de s’en sortir, comme le montre la fin. Et si les cadavres s’accumulent, seuls trois sont tués sous nos yeux (3), les Coen usant de l’ellipse avec bonheur, surtout avec l’éleveur de poulets !

 

Bref, pour leur retour aux gangsters et policiers, les Coen nous régalent. Il faut dire que la présence de Javier Bardem est pour beaucoup dans le succès du film : il sait tout faire cet homme-là ! Ici, il est un tueur psychopathe de haute volée, rarement vu au cinéma (sauf dans certains films d’horreur, ce qui n’est pas le cas ici !). Sa plastique et son gabarit, associés à sa coupe de cheveux en font un personnage incroyable. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on ne peut prendre cette histoire trop au sérieux.

Evidemment, en face d’un tel monstre (dans tous les sens du terme), les autres protagonistes peuvent paraître bien gentils. Mais là encore, ils se haussent au niveau de l’Espagnol et nous donnent un superbe spectacle. Bien sûr, Brolin n’a pas la même aura que les deux autres acteurs de premier plan, mais son personnage est bien rendu, amenant la sympathie du spectateur et l’envie qu’il s’en sorte.

Quant à Tommy Lee Jones, il est encore une fois impeccable, dans ce rôle de shérif vieillissant revenu de tout. Et surtout, l’un des rares de sa famille à ne pas mourir en service.

Peut-être est-ce la raison de cette fin de lignée…

 

  1. La frontière mexicaine, une fois franchie, offre la possibilité d’être à l’abri de la police américaine.
  2. Dévisser, instrument du destin, porte-bonheur…
  3. Non, je ne vous dirai pas lesquels…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Road Movie, #Denis Imbert
Sur les Chemins noirs (Denis Imbert, 2023)

 

 

 

 

1302 kilomètres.

C’est la distance totale parcourue par Pierre (Jean Dujardin), parti du Mercantour pour rejoindre la Manche.

Suite à un accident qui l’avait lourdement handicapé, Pierre avait décidé que s’il remarchait, il traverserait la France.

C’est fait. Deux mois et demi après, les « chemins noirs » sont parcourus, hors des sentiers battus, avec des rencontres parfois, mais surtout une compagnie qui peut aussi se révéler encombrante : son passé.

 

Et c’est vrai que ce passé fantasque est encombrant puisque c’est lui qui l’a amené sur ces chemins plus ou moins escarpés où on ne rencontre que des gens comme soi, qui fuient. Qui ? Quoi ? La vie, tout simplement.

N’ayant pas lu Tesson, je ne pourrai pas dire qu’il s’agit d’une bonne adaptation de son livre, même si mon ami Thierry en est ressorti enchanté. Toujours est-il que j’ai aussi passé un moment très agréable avec cet homme qui peine mais qui s’accroche, parfois un peu trop (il est épileptique, ce qui n’arrange rien).

 

Mais surtout, ce qui ravit les yeux, ce sont tous ces paysages qui jalonnent son parcours. Des pentes du Mercantour au Mont-Saint-Michel en passant par Vallon-Pont-d’Arc ou encore le franchissement de la Loire, c’est un très beau pays qui nous est montré. Où tout est encore naturel, et où même les promeneurs n’ont pas tous un téléphone sur eux. Mais ce beau pays a tout de même ses côtés plus sombres qui sont distillés subtilement tout au long du film. Les réflexions des rares personnes rencontrées lors de ses pérégrinations. Ou encore la banderole à l’entrée d’un village qui annonce qu’on y recherche un médecin… Se retirer dans des coins plus reculés a aussi ses désagréments…

 

Et puis il y a ce personnage de Pierre. Jean Dujardin est encore une fois à la hauteur de l’enjeu et on suit avec intérêt cette quête personnelle qui s’apparente à un road-movie sans en être tout à fait un. Parce que quand le périple est achevé, peut-on dire avec certitude que ce personnage a évolué ? Pas sûr du tout…

Par contre, on suit aussi avec une certaine délectation ce passé qui l’a conduit sur ces chemins noirs. Et comme tous les vrais souvenirs, ils n’arrivent pas dans l’ordre. Ils vont et viennent dans la tête de Pierre et nous sont livrés au fur et à mesure, selon les circonstances. Ce n’est qu’une fois le dernier présenté qu’on peut les remettre en ordre et évaluer les implications de cet accident, ô combien bête (1).

 

Bien sûr, cela ressemble à une ode à la liberté, comme le soulignent souvent les mots de Tesson que Dujardin dit avec beaucoup d’intensité. Mais on ne m’ôtera pas de la tête qu’il y a aussi une grande part d’égoïsme dans cette vie au grand air. C’est ce qui transparaît dans ses rapports avec deux femmes : sa sœur (Izïa Higelin) et sa compagne (occasionnelle (Joséphine Japy). On sent poindre dans leurs remarques l’égoïsme latent de cet homme en reconstruction.

Alors après tout ça, j’en arrive à me demander si les gens de Première sont allés voir le même film que moi : « […] Dujardin (qui) en fait des tonnes sur le mode de “l’écrivain-aventurier” hemingwayen à cigares et regards noyés dans l’horizon, (qui) s’abandonne à des aphorismes de haute volée, cite Thoreau au coin du feu, éconduit poliment des bergères émoustillées par son érudition virile, bref, se la joue ».

Où sont-ils donc allés chercher tout ça ?

 

  1. Si les accidents sont rarement intelligents (autrement, ce ne seraient pas des accidents), celui-ci est franchement idiot. Son degré de bêtise est à la hauteur de celui de sa gravité.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape et Epées, #Martin Bourboulon, #Alexandre de la Patellière, #Matthieu Laporte
Les trois Mousquetaires : D'Artagnan (Martin Bourboulon, 2023)

62 ans après André Hunebelle, un cinéaste français s’attaque à nouveau au chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas : Les trois Mousquetaires. Et comme la fois précédente, c’est en deux parties.

 

Charles de Batz de Castelmore (François Civil) – D’Artagnan, donc – est en route pour Paris sur sa jument. Arrivé à Meung (enfin c’est le livre qui le dit, ici, aucune indication), il tombe sur une échauffourée à l’issue de laquelle il reçoit une balle de pistolet. Mais il n’en meurt pas pour autant et reprend son chemin. Son objectif : intégrer la compagnie des mousquetaires de M. de Tréville (Marc Barbé).

Il y parviendra bien sûr, mais après moult pérégrinations et affrontements, et pas seulement contre les gardes du cardinal Richelieu (Eric Ruf). Sans oublier son histoire d’amour avec Constance Bonacieux (Lyna Khoudri), ni les ferrets de la reine (Vicky Krieps).

 

Quel faste !

Ce n’est plus une superproduction, mais une hyperproduction que signe ici Martin Bourboulon, avec l’aide de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (le fils de) au scénario. Ces derniers ayant d’ailleurs accentué le contexte politique qui va amener nos mousquetaires à La Rochelle, mais ça, ce sera pour le prochain opus (1). Le film s’ouvre d’ailleurs sur un rappel de cette situation politique, essentiellement dominée par les antagonismes entre catholiques et protestants.

Mais nos deux scénaristes poussent un peu loin cette opposition religieuse puisqu’elle va prendre le pas sur l’intrigue originale de Dumas. Et cela est bien dommage : on en arrive à des extrémités qui, si elles en sont pas éloignées de certains états d’esprit de l’époque, amènent une situation finale – le mariage de Monsieur (Julien Frison) – certes rocambolesque mais tout de même un tantinet exagérée, voire du grand n’importe quoi ! Certes, cela est prétexte à une ultime empoignade et cela sert le scénario (distordu, est-il besoin de le préciser ?), mais on a quand même du mal a gober tout ça.

 

Comme annoncé plus haut, le spectacle est là et les différents protagonistes attendus aussi, même si on aurait préféré voir Rochefort (Raynaldo Houy Delattre) un peu plus présent (son différend avec D’Artagnan étant l’une des composantes de l’intrigue originale (et surtout la cause des trois duels initiaux que ce dernier décroche dès son arrivée à Paris !), tout comme le bonhomme Bonacieux qui a carrément disparu, faisant de Constance une jeune femme célibataire (2).

Les différents épisodes attendus sont présents aussi mais je trouve qu’on n’en jouit pas pleinement du fait de la pénombre ambiante : je me demande même comment D’Artagnan a réussi à reconnaître Rochefort après l’attaque de Meung du fait de la brièveté de leur entrevue et surtout de la pénombre qui entourait cette séquence.

 

Parce que d’une manière générale, c’est sombre. Très sombre. L’intrigue l’est un peu plus qu’attendue, mais les images de Nicolas Bolduc, pour très belles qu’elles soient restent beaucoup trop sombres.

D’un autre côté (3), sa caméra est toujours au plus près de l’action, parfois même un peu trop et on ne peut pas pleinement profiter des inévitables duels de l’intrigue. De plus, l’obscurité environnante a tendance à desservir cette proximité : on ne voit plus qui fait quoi !

De plus cette même caméra est – à mon avis – un petit peu trop en mouvement : ne subsistent que quelques très rares plans fixes rapidement supplantés par une espèce de frénésie de mouvements. Et une fois qu’on en a pris conscience, on ne voit plus que ça, jusqu’à l’étourdissement (?).

 

Encore une fois, on peut être un peu déçu par le personnage de Porthos (Pio Marmaï auquel fait défaut une certaine truculence – en plus de son physique formidable – surtout après la prestation de Gérard Depardieu dans The Man in the iron mask (1998), l’un des éléments notables de ce film somme toute assez moyen. Quant à sa bisexualité, elle est plus là comme un atour que comme une caractéristique de ce personnage : non, elle n’apporte rien.

 

Reste un film quand même agréable, où les différents interprètes ont à cœur de nous offrir une nouvelle version du roman de Dumas, et où – pour moi – le personnage le plus réussi est celui de Louis XIII : Louis Garrel, même sil n’a plus l’âge de son personnage (26 ans en 1627, puisque l’intrigue a été décalée de deux ans dans le futur – de l’époque), est un monarque autrement plus convaincant que ses aînés : on y retrouve son aspect duel qui veut qu’on l’appelle « le Juste » mais qui ne l’est pas vraiment, ainsi que son inexpérience dans les affaires d’état qui lui ont fait choisir Richelieu pour l’aider.

Et je terminerai en mentionnant la très belle musique de Guillaume Roussel, en parfaite adéquation avec ce que nous voyons, complétée par quelques éléments du répertoire inévitables là encore quand on situe une intrigue au XVIIème siècle.

Alors, Les trois Mousquetaires : D’Artagnan, un film à voir ?

Oui. Quand même.

 

  1. Prévu le 13 décembre (en France).
  2. Je n’ose y voir de la pruderie : D’Artagnan, dans le roman, ne se gêne pas pour séduire une femme mariée !
  3. Vous remarquez : je n’ai pas écrit « en même temps »…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Enfance, #Ray Ashley, #Morris Engel, #Ruth Orkin
Le petit Fugitif (Little Fugitive - Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, 1953)

Joey (Ritchie Andrusco) et Lennie (Richard Brewster) vivent avec leur mère (Winifred Cushing), dans un petit appartement, à New York. C’est l’été et donc les  grandes vacances et les journées sont longues pour les deux garçons, même si la télévision propose des westerns que Joey ne manque sous aucun prétexte.

Un jour, la grand-mère et malade et leur mère doit s’absenter pour la soigner. Lennie doit donc s’occuper de son petit frère. Mais ça tombe mal, il a prévu d’aller à Coney Island avec ses copains, et pas question d’emmener le petit, surtout qu’il y a cette nouvelle attraction, le parachute. Et Joey n’est pas en âge de la pratiquer.

Qu’à cela ne tienne, Lennie et ses copains ont une idée pour éloigner Joey : lui faire croire qu’il a tué son frère par accident.

Joey va donc fuir (d’où le titre) et se réfugier  dans un endroit qu’il connaît : Coney Island…

 

Quelle bouffée d’air frais !

Alors que l’industrie cinématographique fournit des films comme jamais, avec budget(s) conséquent(s) et stars à la pelle, voici un film qui ne paye pas de mine, laissant une immense part à la spontanéité, utilisant des enfants dans de véritables rôles d’enfant, avec une grande liberté de manœuvre. C’est une intrigue minimale qui est ici proposée, l’intérêt résidant dans les réactions des enfants. Et c’est magnifiquement réussi : Joey est formidable de naturel, en parfaite adéquation avec un rôle qui lui ressemble : il a sept ans quand le tournage a lieu et se comporte avec beaucoup de naturel face à une caméra qui est toujours placée au bon endroit.

On suit ses angoisses d’avoir (faussement) tué son frère et son périple dans ce haut lieu de l’amusement new-yorkais, avec différentes étapes.

Passé l’effroi procuré par la disparition de son frère, Joey va l’oublier en s’amusant. Mais comme cet amusement n’est pas gratuit (surtout les séances de poney), Joey va devoir se débrouiller : ramasser les bouteilles vides contre consigne. C’est d’ailleurs cette attraction qui va permettre la résolution de l’intrigue et ramener Joey à la maison avant le retour de sa mère, élément très important du point de vue de Lennie.

 

Il est clair que le budget est (très) réduit et qu’une grande liberté est laissée aux enfants dans leur jeu : certes, il y a une ligne de conduite mais on sent qu’ils se l’approprient pleinement, se comportant « comme tous les jours » : les repas tout comme les différentes séquences mettant en scène des jeux d’enfants nous le confirment. On y retrouve la cruauté légendaire de ces mêmes enfants dans ce jeu pervers dont Joey est la victime.

Et finalement, alors que l’objectif était d’éloigner le plus petit pour aller s’amuser, c’est ce dernier qui va profiter de tout cela. Mais sans jamais perdre de vue la (fausse) disparition de Lennie : chaque policier dans le camp est une menace, et à aucun prix il n’est question d’abandonner l’objet qui le relie à son frère présumé mort, son harmonica.

 

Le petit Fugitif, c’est avant tout une errance, celle d’un petit garçon qui n’a plus rien qui le relie à la vie telle qu’il la connaissait : il a tue son frère et a décidé de couper les ponts avec ce qui le reliait à lui. Même ‘évocation de sa mère par l’un des animateurs du poney club l’éloigne de l’endroit, comme s’il savait qu’il irait en prison en s’y attardant.

Mais cette errance permet aussi à Joey de grandir : seul, il doit se débrouiller et subsister seul.

Mais bien sûr nous savons bien que cette situation ne peut s’éterniser et l’animateur de poney va s’y prendre plus subtilement pour ramener Joey à sa maison, mais tout en restant dans cette même optique : Joey doit se débrouiller tout seul pour s’alimenter. Heureusement, l’action se situe pendant les vacances d’été, on n’aura pas la recherche d’un hébergement pour la nui, à l’abri sur la plage, cela suffit.

 

Bref, c’est un film totalement à contre-courant qui nous est ici proposé, véritable chronique de l’enfance où les seuls adultes présents sont ceux que peuvent rencontrer les enfants, celle des trois réalisateurs annoncés se réduisant à tout ce qui n’est pas jeu d’enfants : intrigue, positionnement de caméra, montage.

 

Pas étonnant que la Nouvelle Vague française se soit réjouie en voyant cette œuvre, et Truffaut (1) avec ses 400 coups  a voulu retrouver cette spontanéité. Seulement voilà, son acteur, c’est Jean-Pierre Léaut…

 

  1. Comme le disait mon ami le professeur Allen John : « un truffal, des truffaut. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Comédie dramatique, #Jeanne Herry, #Gilles Lellouche
Je verrai toujours vos visages (Jeanne Herry, 2023)

 « Je verrai toujours vos visages. »

Cette phrase est prononcée par Nassim (Dali Benssalah), à la fin d’un processus de cinq semaines qui l’a amené, lui, petit braqueur un tantinet violent, à rencontrer des victimes d’agressions qui, si elles ne sont pas de son fait, possèdent beaucoup de similitudes avec les siennes.

Depuis presque dix ans (2014) a été mise en place une nouvelle approche de la justice en France : la justice restaurative (ou réparatrice), qui voit s’affronter des victimes et des criminels dans un but de mieux comprendre les enjeux d’une agression et les impacts qu’elle laisse chez ceux qu’elle a détruits.

Ici, trois victimes – Nawelle (Leila Bekhti), Sabine (Miou-Miou) et Grégoire (Gilles Lellouche) sont venues rencontrer trois petits délinquants – Nassim, donc, Issa (Birane Ba) et Thomas (Fred Testot) – pour cinq séances d’échanges afin de comprendre d’un côté l’impact des agressions sur leurs victimes, et de l’autre pourquoi ces agressions.

Le tout encadré par des médiateurs formés à mettre en place un environnement propice à un échange constructif, voire bien entendu réparateur.

 

Décidément, cette nouvelle année (m’)apporte son lot de films intéressants, voire magistraux !

Jeanne Herry réussit ici un beau tour de force : montrer les bien faits de cette nouvelle forme de justice, sans pour autant tomber dans un optimisme béat ou un voyeurisme sordide : les histoires criminelles possèdent un aspect sensationnel dont se repaissent certaines personnes de façon parfois assez malsaine. Ici, rien de tout cela : tout est dit mais avec beaucoup de subtilité, ce qui n’empêcha pas certaines séquences d’être plus éprouvantes que d’autres. En effet, en parallèle de ce groupe de discussion se prépare l’entrevue entre une jeune femme – Chloé (Adèle Exarchopoulos) – et son violeur qui n’est autre que son grand frère (Raphaël Quenard). Là encore, une situation qu’on peut aisément qualifier de « glauque », et qui est rendue avec beaucoup de subtilité, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu.

 

D’une manière générale, l’interprétation est la clé du film et lui donne tout son intérêt, présentant une autre façon de voir la justice à un public qui n’est pas obligatoirement au fait de cette nouvelle pratique. Et le fait que Jeanne Herry ait d’abord été actrice fait beaucoup pour la qualité de cette interprétation : je l’ai déjà écrit ici, il existe une générosité chez les acteurs qui sont passés de l’autre côté de la caméra qu’on ne retrouve pas toujours chez les réalisateurs purs et durs. C’est donc le cas ici, les différents personnages sont bien définis et superbement campés, donnant une atmosphère authentique à ces deux rencontres.

 

Bien sûr, on retrouve différents éléments qu’on était en droit d’attendre comme la haine des victimes par rapport à ceux qu’elles ont la possibilité de croiser, et qui vont d’une certaine manière « prendre pour les autres », un transfert s’effectuant naturellement pour ces personnes traumatisées qui ont une chance s’exprimer sur leur ressenti à d’autres qui se sont retrouvés dans le camp d’en face. Et la force de l’interprétation, c’est l’adéquation entre la parole et l’attitude, les visages reflétant avec beaucoup de conviction les enjeux du débat et l’état de réflexion des différents personnages. Il n’y a pas beaucoup de fuite, les rares essais d’esquive des délinquants étant révélés et battus en brèche par ceux qui sont venus pour essayer de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de leurs agresseurs.

 

De plus, le film montre aussi les efforts fournis par ceux qui mettent en place ces rencontres, les CPIP (1) : leur travail de médiation en amont, leurs réflexions, leur implication dans les différents dossiers traités… Avec en toile de fond l’Institution (2), représentée par Paul (Denis Podalydès) qui en est encore dans ses balbutiements et ne peut se permettre la moindre erreur. Et là aussi, l’intérêt général a tendance à gommer les différents intérêts particuliers exprimés ici par l’une des CPIP, Judith (Elodie Bouchez) : on retrouve, dans une certaine mesure le décalage entre la théorie et la pratique, d’autant plus grand qu’on traite ici de l’humain qui, immanquablement est imprévisible.

 

On comprend alors, en sortant de la projection, pourquoi « la justice restaurative » est un sport de combat ! »

 

  1. Conseillers Pénitentiaires d’Insertion et de Probation
  2. Le SPIP (S pour Service)

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