Alors que Bill Clinton tente de se dépêtrer du « Monica Gate » (1999), la Sierra Leone vit une guerre civile sanglante (1991-2002), où les armes des rebelles sont financées par les diamants extraits du sol, extraits par des travailleurs qui ressemblent plutôt à des esclaves, sur lesquels les gardiens ont droit de vie et de mort.
Solomon Vandy (Djimon « Cinqué » Hounsou, formidable) se retrouve dans une de ces « mines », suite au raid meurtrier des RUF (Revolutionnary United Front) sur son village : esseulé, il va chercher des diamants pendant que sa famille s’exile et que son fils Dia (Kagiso Kuypers) est enrôlé dans les soldats de la Révolution.
Les différents films d’Edward Zwick traitent tous de l’engagement, et ce film ne fait certainement pas exception. Pourtant, Solomon n’est pas quelqu’un d’engagé : au contraire, il vit à l’écart, dans un village de pêcheurs, et encourage son fils à devenir autre chose : docteur, par exemple. Mais comme expliqué plus haut, l’engagement va le rattraper, ou tout du moins son fils qui va devenir un de ces enfants-soldats, tueurs shootés aux drogues dures, victimes d’un lavage de cerveau indispensable pour effectuer la tâche mortelle qui leur est assignée.
Mais si son fils peut être considéré comme un « malgré lui », Solomon ne s’engagera à aucun moment dans ce conflit fratricide, subissant la violence tout comme la majorité de la population de Sierra Leone.
Autre personnage engagé un peu malgré lui : Danny Archer (Leonardo DiCaprio, toujours aussi bon).
Mais si Solomon est un personnage monobloc, Archer est un protagoniste complexe de cette intrigue terrible. En effet, son engagement remonte à l’âge de 19 ans quand il rejoint le colonel Coetzee (Arnold Volsloo) et ses mercenaires qui « font le ménage » en Afrique, au gré des gouvernements et des révolutions. Cet engagement précoce va justifier l’aptitude à survivre d’Archer à travers le conflit sierraléonais, et surtout les différentes séquences de violence du film.
Mais c’est la rencontre avec la journaliste Maddy Bowen (Jennifer Connelly, impeccable elle aussi) qui va modifier peu à peu son état d’esprit, passant du soldat mercenaire à la recherche de diamants à celui de soldat engagé pour une cause : celle de Solomon et à travers lui celle de ce pays ensanglanté.
Il faut dire que le personnage de Maddy Bowen est l’un des éléments-clés de l’intrigue, montrant qu’une autre voie est possible : on peut arriver à un résultat encore plus significatif ans pour autant utiliser les armes conventionnelles. Un stylo (1) et un appareil photo peuvent faire au moins autant de dégâts sinon plus qu’une kalachnikov.
Mais le véritable révélateur, c’est l’instituteur (Basil Wallace) qu’ils rencontrent. Benjamin Kapanay est lui aussi un homme engagé de par sa fonction et aussi les élèves qu’il sauve et enseigne : les amputés de la vie (et par le RUF, qui reprend à son compte une pratique coloniale instituée par le roi des Belges Léopold II).
Zwick décrit donc le processus qui va amener les engagements successifs de ses personnages essentiellement adultes tout en menant en parallèle celui de Dia et de ses congénères enfants. Et si les différentes séquences qui voient le RUF investir les villages et tuer les populations sont d’une grande violence, le parcours de ces enfants soldats est encore plus insupportable : outre le lavage de cerveau, la première exécution que Dia va effectuer est des plus traumatiques : elle va expliquer la rencontre – inévitable – avec son père venu le chercher et l’enlever de cet environnement mortifère.
Encore une fois, Edward Zwick nous propose un film choc où la violence n’est aucunement édulcorée (2), et la réalité aucunement occultée : on y suit les différents rouages d’un trafic international qui prend ses racines dans la vie et surtout la mort de femmes et d’hommes. Cela va de l’extraction dans des conditions terribles jusqu’à l’hypocrisie de la maison Van de Kaap qui régule le marché mondial du diamant et qui finance en sous-main ce trafic qu’elle est censée dénoncer – ce qu’elle fait bien sûr.
Bref, un film choc où les personnages ne sont pas les seuls engagés : dénoncer ces pratiques est aussi un engagement.
- En anglais, prendre une photo se dit aussi shoot, comme tirer pour une arme.
- Même si nous sommes au cinéma, et que par conséquent ce que nous voyons n’est pas « pour de vrai ».
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