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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Clint Eastwood
L'Epreuve de force (The Gauntlet - Clint Eastwood, 1977)

Ben Shockley (Clint Eastwood) est un policier minable et alcoolique, passant ses nuits à boire et jouer au poker. Bref, un loser de première.

Il est envoyé par son chef, Blakelock (William Prince), convoyer un témoin de rien du tout pour un procès aussi peu important. Bref, tout se déroule entre minables.

Mais ce témoin se révèle être une femme, Gus Mally (Sondra Locke), et pour un témoin de rien du tout qui doit s’exprimer à un tout petit procès, il y a tout de même beaucoup de gens qui ne veulent pas qu’elle y pointe le bout de son nez.

Mais si Shockley est un minable, il est aussi un flic qui « fait le boulot » jusqu’au bout.

Alors on lui prépare une haie d’honneur (1) bien particulière, sur la route du tribunal, avec bien sûr feu roulant (1) à l’arrivée…

 

Clint Eastwood + policier et dans les années 1970s, on pense tout de suite à Harry Callahan, ce flic (trop) efficace autour duquel s’entasse les cadavres des différents truands qu’il rencontre (quand ce ne sont pas ses partenaires).

Sauf que dès la première apparition de Shockley, on comprend rapidement qu’il n’est pas de la même trempe : alors qu’il sort de sa voiture, il casse son flacon de bourbon, signe d’une (très) mauvaise journée à venir.

Et sur ce point, il n’y a aucun doute : les deux jours que dure l’intrigue vont se révéler décisifs et surtout très éprouvant.

 

L’autre différence entre Harry et Ben, c’est l’intelligence. Alors que Harry possède un minimum de jugeote – sinon, il serait mort dès le premier opus – Ben ne voit pas tellement plus loin  que le bout de son nez. C’est Gus qui va se révéler essentielle dans cette drôle de promenade, inversant à plusieurs occasions les rôles établis entre ces deux personnages : c’est Shockley qui doit protéger Mally et non le contraire.

 

Mais si Ben n’est pas obligatoirement une lumière, il a tout de même du panache, et la séquence centrale du film, qui le voit arriver à Phoenix dans un bus à la cabine blindée est la véritable épreuve de force annoncée : c’est bien une haie d’honneur qui l’attend, et surtout une série de fusillades on ne peut plus nourries, redécorant – définitivement – le bus, sans pour autant toucher les pneus ! (2)

Bref, un road movie policier un tantinet différent où le personnage qu’interprète Clint Eastwood n’est pas infaillible – loin de là – et surtout il ne tue directement personne !

Quant aux déplacements – indispensables à tout road movie – il n’y a que le bateau qui n’est pas utilisé, et la poursuite inévitable et spectaculaire se déroule entre Shockley & Mally à moto (empruntée à des Hell’s Angels) et un hélicoptère dont un des occupants leur tire dessus.

Impressionnant.

 

Un mot pour finir à propos de l’affiche. On y voit Clint Eastwood l’arme au poing et Sondra Locke blotti à son côté devant le bus criblé d’impacts de balles. C’est une véritable vision post-apocalyptique – de style Mad Max – qui n’a que peu de rapport avec la réalité de l’intrigue, bien ancrée dans l’époque de la sortie du film.

Il n’empêche, elle a de l’allure.

 

  1. Traductions possibles de « gauntlet », le titre original, qui ne désigne pas seulement un gantelet chevaleresque qu’on peut relever. Ma préférence va tout de même pour le feu, comme l’indique l’affiche originale.
  2. Cette particularité m’a toujours étonné à chaque vision : comment autant de flingues tirant autant de balles peuvent-ils ne pas atteindre les roues et immobiliser le véhicule une bonne fois pour toutes ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #William S. Hart, #Charles Swickard, #Muet
Le Justicier (Hell's Hinges - Charles Swickard & William S. Hart, 1916)

Pendant que la guerre fait rage en Europe, la production hollywoodienne continue, installant pour longtemps sa suprématie sur le monde.

Voici un western – encore un – plutôt édifiant, où le rôle de la religion est, pour une fois central. Bien sûr, il y est question de rédemption, mais c’est tout de même un western à part dans la production foisonnante américaine.

 

Le jeune pasteur Rober Henley (Jack Standing) n’a pas encore de paroisse et pour cause : il manque cruellement de caractère. Mais soutenu par sa sœur qui a une confiance aveugle dans ses capacités, il se retrouve nommé en pleine campagne, là où les paroissiens sont réputés plus doux.

Mais en guise de campagne, c’est l’Ouest (sauvage, bien sûr) qui est sa destination, dans la petite ville de Placer Center (« Centre des Alluvions ») que les autochtones ont tendance à surnommer « Hell’s Hinges » (« Les Charnières de l’Enfer »), d’où le titre original.

Cette petite ville est dominée par deux personnalités fortes : Silk Miller (Alfred Hollingsworth) et « Blaze » Tracy (William S. Hart). Chacun a sa spécialité : Miller dirige le saloon tandis que Blaze est une très fine gâchette, tirant au pistolet d’abord et posant les questions ensuite.

Alors quand le pasteur débarque dans ce lieu sans foi ni loi (littéralement), on peut s’attendre à une recrudescence de la violence.

Ce sera le cas, mais pas comme on pouvait le craindre.

 

Bien sûr, William S. Hart est ce justicier du titre français, touché par la grâce et en quête d’une rédemption qui viendra à lui, mais de manière fort brutale.

D’une manière générale, d’ailleurs, le film est d’une violence assez crue, les morts s’accumulant progressivement. La première vision que nous avons de Hell’s Hinges, d’ailleurs, est un échange de coups de feu avec un premier mort, qui amène une nouvelle fusillade, (etc.)…

Et l’attente du pasteur par deux comités de réception est dans la plus pure tradition de l’Ouest.

D’un côté les fidèles – the petticoat Brigade (« la brigade enjuponnée ») – qui attend avec fébrilité le retour dans Dieu dans cet enfer ; de l’autre les cowboys goguenards qui en sont pas sans rappeler ceux qui s’occupaient des pieds-tendres à leur arrivée (1). Nous avons même droit à une séance de tir au revolver où Blaze montre son habileté en tirant à plusieurs reprises sur une boîte sur laquelle est dessiné un pasteur.

Mais, et sinon le film se terminerait là, la sœur du pasteur tape dans l’œil de Blaze qui va changer du tout au tout et protéger ces nouveaux-venus, commençant alors sa quête de salut.

 

Mais comme nous sommes dans l’ouest et que le surnom de la ville n’est pas usurpé, nous assisterons à des exactions instiguées par l’ignoble Silk Miller qui n’amèneront rien moins que le chaos, avec explication finale aux pistolets et autres carabines.

Mais revenons sur Miller. Il est estampillé grand méchant de l’intrigue et porte très bien cette appellation.

Par contre, on ne peut ignorer la xénophobie sous-jacente dirigée contre ce personnage : Miller est présenté comme un le croisement d’un Mexicain à la « ruse huileuse » (i.e. qui glisse entre les doigts) et d’un crotale. Bref, une personne vraiment peu recommandable, dans laquelle on sous-entend un métissage forcément maléfique (2).

 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un western plutôt plaisant, même si on se demande bien pourquoi on a utilisé le terme « justicier » pour le titre : si faire justice, c’est ça, il n’y a pas de quoi être bien fier.

Certes, Blaze a les allures du justicier comme l’imagerie populaire a pu le montrer, mais seulement les allures : ses pratiques ne sont pas spécialement placées sous l’égide du Droit (voir plus haut), et quand on voit le résultat final, on a de quoi être franchement dubitatif.

Mais qu’attendre d’un endroit qui s’appelle Hell’s Hinges ?

 

PS : c’est une copie de très bonne facture qui est disponible actuellement, avec accompagnement au piano et les teintes originales conservées (intérieur, nuit…), avec en prime quand c’était possible (la plupart du temps) des intertitres originaux illustrés de très belle facture.

 

  1. Voir à ce sujet le magnifique album de Morris et Goscinny : Le Pied-Tendre (Dargaud, 1968).
  2. Revoir, à ce sujet The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Gus van Sant
Will Hunting (Good Will Hunting - Gus van Sant, 1997)

Will Hunting est un garçon très simple : il fait le ménage au MIT (Massachusetts Institute of Technology), sort le soir se saouler avec ses copains, et drague les filles quand l’occasion se présente.

Mais derrière cette vie insouciante se cache un secret : Will est surdoué. En plus ‘une mémoire prodigieuse, il possède le génie des mathématiques, ce qui lui fait répondre aux différentes colles que pose Gerald Lambeau (Stellan Skarsgård), médaillé Fields, à ses élèves.

Mais la vie simple de Will est aussi constituée de violence et c’est pour voie de fait qu’il est jugé, risquant la prison.

Lambeau va alors prendre en main Will et lui éviter le séjour à l’ombre. Il devra faire des maths avec lui (jusque là, tout va bien) et suivre une thérapie. Mais cette dernière condition se révèle la plus difficile : Will refuse et use les psys les uns après les autres, jusqu’à ce que Lambeau fasse appel à un vieux copain de fac : Sean Maguire (Robin Williams).

 

Encore un film avec des bons sentiments, allez vous peut-être me dire. Oui. Mais ce n’est pas rédhibitoire pour avoir un bon film. La preuve !

Ce film, réalisé par Van Sant, est avant tout une brillante idée de deux acteurs encore peu célèbres quand il sort en décembre 1997. Matt Damon et Ben Affleck (Chuck, le meilleur ami de Will) ne sont pas les stars reconnues aujourd’hui, ce qui leur permet cette liberté par rapport à l’intrigue. De plus, ils se créent un répertoire, épaulés par quelques noms : van Sant tout d’abord, et Robin Williams qui marche allègrement dans cette aventure humaine.

Et si Ben Affleck dut attendre encore un petit peu avant de devenir celui qu’on célèbre aujourd’hui, pour Matt Damon, ce fut la révélation de l’année.

 

Il est clair que cette intrigue singulière allait intéresser Gus van Sant, où Will Hunting est, malgré son génie, un marginal en quête de sensations fortes, sans cesse dans la fuite en avant, refusant un quelconque engagement.

Et Matt Damon, incarne très bien ce jeune homme qui a peur de l’avenir, préférant végéter plutôt que s’engager : professionnellement, amoureusement et d’une certaine façon, socialement. Sa meilleure défense contre l’extérieur, c’est son verbe : sa grande intelligence lui a permis d’ingurgiter de très nombreux ouvrages dans différents domaines – arts, Droit, maths (bien sûr) etc. – et lui sert à se cacher voire se réfugier. A chaque comparution (nombreuses, Will et ses copains ne sont pas des tendres), il fait un discours qui embobine le juge et lui permet de s’en sortir.

Mais cette fois-ci, le juge fait la sourde oreille et c’est tant mieux : nous allons pouvoir avoir le déséquilibre qui manquait afin de lui permettre de grandir.

Evidemment, on pense à la rédemption, mais ce n’est pas aussi évident que d’habitude, la dimension mystique n’étant pas vraiment là.

 

Et au final, c’est un film un tantinet initiatique qui nous est proposé, Will oscillant sans cesse entre sa vie simple et confortable (1) et de nouvelles expériences qui feront de lui un homme, en opposition à l’enfant qu’il est comme le qualifie Sean, son psy opiniâtre.

Et bien sûr, nous aurons une fin heureuse, mais là encore tout est dans la manière d’y arriver et le jeu des différents interprètes est primordial, de Matt Damon à Robin William en passant par Stellan Skarsgård et Minnie Driver (Skylar, la petite amie de Will), sans oublier le catalyseur Chuck qui sera le dernier adjuvant de Will pour accéder au statut d’« homme ».

25 ans (presque) après sa sortie, le plaisir et l’émotion sont intacts et un film où Robin Williams est tout en sobriété dans son jeu est aussi une bonne raison de le voir.

 

(1) On parlerait aujourd’hui de « zone de confort » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Road Movie, #Ben Stiller
La Vie rêvée de Walter Mitty (The secret Life of Walter Mitty - Ben Stiller, 2013)

Walter Mitty (Ben Stiller) est un rêveur. Il travaille chez Life depuis seize ans et pour son anniversaire, outre un gâteau à la mandarine, il a reçu la terrible nouvelle : Life ne va plus paraître que sur internet.

Terminé l’exemplaire en papier, et donc beaucoup de l’activité de ce magazine légendaire.

Pour la dernière couverture, le célèbre photographe Sean O’Connell (Sean Penn), a prévu la « quintessence de la vie ».

Sauf que le négatif (O’Connell travaille à l’ancienne, avec de l’argentique !) n’est pas dans la pellicule à développer.

C’est alors une quête pour retrouver ce cliché perdu qui va emmener Walter à l’autre bout du monde, pour se rendre compte que le cliché n’était pas si loin que ça…

 

Pardonnez-moi cette petite indication quant à la résolution de l’intrigue, mais elle ne porte tout de même pas beaucoup à conséquence, la révélation finale restant à découvrir (si vous n’avez pas vu le film, bien sûr…).

Je ne m’avancerais pas non plus en disant que ce film est, malgré la mauvaise nouvelle originelle, une comédie. C’est Ben Stiller qui dirige et la comédie, c’est tout de même son truc.

Et cette comédie est des plus subtiles, transformant le film en road movie d’où Walter sortira changé, un peu moins rêveur peut-être (encore que), mais beaucoup plus assuré.

 

Il faut dire que le voyage qui lui est proposé (imposé ?) va l’amener dans des situations fort particulières voire très dangereuses, à la recherche du photographe qui saura lui dire où est le négatif.

Tout commence à New York (et y finira bien sûr), puis c’est le Groenland, l’Islande et l’Afghanistan, occasions de magnifiques prises de vue colorées.

Et d’une manière générale, il y a un grand souci de prises de vue tout au long du film, amenant des cadrages singuliers mais pertinents.

Mais comme Walter est un rêveur, nous assistons souvent à des incursions de rêve dans la réalité, allant jusqu’à nous demander si ce que nous voyons est réellement en train de se passer. Et à chaque fois, les images nous aident à nous y retrouver, confirmant ce voyage merveilleux et initiatique qui l’amènera sur les pentes de l’Himalaya.

 

Ce n’est pas la première fois que cette nouvelle de James Thurber est adaptée au cinéma. Ce fut déjà le cas en 1947 avec Danny Kaye dans le rôle-titre. Mais alors que le film de Norman Z. McLeod tournait à l’aventure et l’espionnage, ici, nous restons dans une intrigue simple, un voyage initiatique jusqu’au bout de soi vers une transfiguration inévitable.

Et Ben Stiller, en plus de réaliser, est un Walter Mitty bien sympathique, entouré de quelques adjuvants du même acabit – sa mère (Shirley MacLaine) et sa sœur (Katherine Hahn) ; Cheryl (Kristen Wiig) qu’il aime en secret ; et Todd (Patton Oswalt), qui s’occupe de son compte sur un site de rencontre – mais aussi talonné par un trio d’infâmes barbus : ceux qui doivent assurer le passage au numérique de Life, et donc de supprimer du personnel.

Ces odieux personnages sont franchement détestables et comme le suggérerait Walter s’il ne rêvait pas : « la barbe, c’est bien quand on s’appelle Dumbledore ! »

 

Laissez-vous donc emporter par cette vie rêvée (en partie) mais surtout secrète (le titre original) qui joue aussi avec les mots, les intégrant avec beaucoup de bonheur dans les images, que ce soit dans le générique d’introduction ou tout au long du film (1).

Quant au générique de fin, il reste dans le ton du film, dernier clin d’œil à ceux qui firent de Life ce grand magazine incontournable : les photographes.

A voir.

 

(1) La devise de Life est d’ailleurs habilement intégrée au film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Oscar Micheaux
Within our Gates (Oscar Micheaux, 1920)

Autant le dire tout de suite : Within our Gates est avant tout le plus ancien vestige du cinéma d’Oscar Micheaux, réalisateur noir américain et conservé pour tel.

Mais la force de ce film, c’est aussi de dépeindre la situation raciale aux Etats-Unis à la fin des années 1910s, pendant que le reste de la production omet d’en parler, utilisant parfois des acteurs blancs pour jouer le rôle des Noirs, la plupart du temps du fait des lois scélérates des différents états ségrégationnistes (1).

 

Nous sommes donc en 1919 (1), et Sylvia Landry (Evelyn Preer) attend son fiancé Conrad (James D. Ruffin). Mais les exactions de sa cousine Alma (Flo Clements) amènent la rupture entre les deux amoureux.

Dépitée, Sylvia va dans le Sud s’occuper d’une école noire qui se retrouve en difficulté financière, l’Etat n’ayant pas envie de payer pour éduquer des Noirs.

Elle retourne alors dans le Nord pour récolter de l’argent : elle y retrouve sur les gens de son ancienne vie.

 

Il y a dans ce film de Micheaux une description sans complaisance de la situation raciale aux Etats-Unis, n’hésitant pas à nous montrer des images chocs pour bine illustrer son propos : on assiste à un lynchage « en règle » avec corde de pendus et tentative de viol sur la personne de Sylvia, quand Alma, repentie, raconte ce que fut la vie de sa cousine avant. On avait eu droit très peu de temps avant à une image forte (encore une fois) qui nous montrait Efram (E.G. Tatum), le « bon Noir » qui collabore avec un peu trop de zèle, imaginant ce qui allait lui arriver : un plan de coupe le voyant pendu tirant la langue.

Pas étonnant que ces images furent censurées, les gens n’aimant que très peu de se faire rappeler leur erreurs et surtout leurs injustices.

 

Pour le reste, c’est un film tout à fait ordinaire qui nous est proposé ici, Micheaux nous montrant tout de même qu’il sait filmer utilisant quelques techniques remarquables (flashback, surimpressions…). Par contre, le jeu des acteurs n’est pas toujours très subtile ni certains personnages : Efram est vraiment le plus antipathique qu’on puisse trouver, même le pasteur Ned (Leigh Whipper) a une conscience, qu’il piétine allègrement tout de même dans ses sermons aux ordres des Blancs.

Cette séquence de prêche est d’ailleurs l’une des plus pénibles du film, les personnages décrits étant essentiellement des caricatures de Noirs soumis à la vindicte partiale d’un pasteur lui-même vendu à un système qu’il abhorre.

Les Blancs apparaissent aussi dans ce film, étant de deux natures différentes : les bons et les méchants. Et du côté des bons, on ne trouve qu’une personne : la vénérable Elena Warwick (Mrs Evelyn), philanthrope antiraciste qui n’hésite pas à baiser le front de Sylvia convalescente.

Parce que les autres sont tous, à des degrés divers, de méchantes personnes : Gridlestone (Ralph Johnson) qui est comparé à Néron, et Geraldine Stratton (Bernice Ladd) –véritable Lady du Sud – qui ne souhaite qu’une chose, c’est que les Noirs restent à leur place ; sans oublier la foule des anonymes qui s’en va lyncher sans vergogne les parents de Sylvia, menés par Armand Gridlestone (Grant Gorman), le frère de l’autre.

 

Ce qui marque aussi dans ce film, ce sont les intertitres. Une séquence introductive nous explique la renaissance du film (retrouvé en 1993) et la manière de recréer les cartons explicatifs. On y trouve à différents endroits le terme Negro (« nègre ») qui n’était alors pas autant connoté qu’aujourd’hui. Et Micheaux, qui évite ainsi le manichéisme facile, va utiliser les différentes prononciations dans les paroles de ses personnages afin de montrer le manque cruel d’éducation qui règne dans la population noire, afin de donner – encore – plus de force à son propos.

 

Et au final, Within our Gates n’a rien perdu de sa force documentaire, et appelle même à une égalité totale entre les Américains, rappelant qu’ils sont tous les citoyens d’un même (et grand) pays duquel ils doivent se sentir aussi fiers que les Blancs.

Et il faudra du temps avant que toute la population (ou presque, il y aura toujours des extrémistes) en vienne à cette même idée.

 

  1. Sans oublier le parangon de racisme qu’est Naissance d’une Nation
  2. Il est fait référence indirectement à la Guerre qui vient de se terminer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Robert Redford
La Légende de Bagger Vance (The Legend of Bagger Vance - Robert Redford, 2000)

Hardy Greaves (Jack Lemmon) est un joueur de golf invétéré. Son ambition : jouer jusqu’au bout. Et il y est presque arrivé. Cinq fois. Cinq fois il a eu un infarctus qu’il a laissé passé avant de reprendre le parcours.

Et quel parcours !

Tout commence à Savannah (Géorgie) où la star locale est Rannulph Junuh (Matt Damon), mais avec la grande Guerre, ses illusions s’en vont, avec son swing.

Qu’importe, pour le petit Hardy Greaves (J. Michael Moncrief), il est son idole, son modèle.

Alors quand la crise de 1929 fait rage et qu’Adele Invergordon (Charlize Theron), la fille du propriétaire du golf de Savannah décide d’un immense coup de pub pour son site en invitant les deux plus grands golfeurs de l’époque, le troisième participant ne peut être qu’un petit gars de Savannah : Rannulph Junuh.

Mais ce dernier a perdu son swing, alors comment gagner ?

Heureusement passe par là un vagabond comme on en croisait beaucoup à cette période de disette. Mais ce vagabond n’est pas n’importe qui : il s’appelle Bagger Vance (Will Smith), et il est caddie.

Ca tombe plutôt bien, non ?

 

Evacuons tout de suite : il s’agit du dernier film de Jack « Daphne » Lemmon. Mais ce n’est pas lui qui nous intéresse ici, même si son rôle est tout de même important (il est le narrateur).

Non, celui qui nous intéresse, c’est ce drôle de caddie venu de nulle part – et qui y retourne – véritable catalyseur dans le retour à la vie de Junuh.

Parce que Bagger Vance est un passeur. C’est lui qui passe les clubs, mais aussi qui permet aux personnes qu’il côtoie de grandir et de devenir meilleures.

Eh oui, cette vieille idée de rédemption qui ne quitte pas le cinéma américain…

Et le parcours de golf devient alors parcours initiatique avec le salut au bout, ou tout au moins la victoire, l’objectif final des différents joueurs.

 

Et bien sûr, ici, la victoire finale n’est pas l’enjeu, mais bine la vie de Junuh, en lambeaux depuis son retour du front, dix ans après la fin du conflit : il faut dire que revenir sain et sauf et surtout seul survivant d’une compagnie a tendance à désorienter même un esprit sain.

Nous allons donc assister au retour graduel de Junuh, vers cette vie qu’il n’aurait jamais dû quitter, mais vous savez ce que c’est : on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie…

Alors on suit avec plaisir ce retour à la vie, sur fond de compétition de golf, et on savoure avec gourmandise les différentes interventions de ce caddie bien singulier, qui a en plus la particularité d’être noir, et ce en plein dans ce Sud fier et farouche où la défaite de 1865 (1) à laquelle il est fait référence plusieurs fois dans le film.

Mais qu’importe, Robert Redford gomme cette différence et resserre son intrigue autour du jeu, le racisme ambiant du Sud (2) étant mis de côté dans ce film qui n’est pas un pamphlet, même s’il reste une leçon de vie.

Sans oublier l’aspect comédie – i.e. : qui se termine bien – qui enveloppe le film de bout en bout, et ce malgré les incursions tragiques qui frappent les différents personnages.

 

Bref, c’est un beau film plein de bons sentiments – on peut donc faire de beaux films avec – qui nous est offert, et ce à travers les yeux d’un enfant – le jeune J. Michael Moncrief interprétant avec bonheur ce jeune garçon qui a la chance de pouvoir vivre sa passion. De plus, les autres interprètes – Will Smith en tête – sont eux aussi à la hauteur du challenge et on se laisse emporter par cette intrigue positive, émaillée d’images très belles autour d’un sport qui ne m’a pourtant jamais beaucoup attiré.

Un film généreux.

Normal, c’est un acteur qui le réalise…

 

  1. La Guerre de Sécession…
  2. La ségrégation ne sera abandonnée qu’une trentaine d’années plus tard avec les mouvements pour les droits civiques.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Comédie, #Philippe de Broca
L'Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964)

Bien avant de ne plus répondre, Rio était déjà le cadre d’aventures rocambolesques qui n’étaient pas sans rappeler celles de Tintin.

Mais reprenons.

 

Cambriolage au Musée de l’Homme (Paris) : on a volé une statuette maltèque. On a aussi enlevé le professeur Catalan (Jean Servais) qui l’avait découverte, et Agnès Villermosa (Françoise Dorléac, partie beaucoup trop tôt) la fille de son compagnon, autre découvreur des trois statuettes avec le brésilien De Castro (Adolfo Celi). Ces trois statuettes indiqueraient l’emplacement du trésor des Maltèques, peuplade amazonienne aujourd’hui disparue.

Mais en enlevant Agnès, les ravisseurs ont fait une erreur : son fiancé Adrien Fournaquet part à leurs trousses, bien décidé à leur arrachée sa fiancée.

 

Après deux participations à des films à sketches (Les 7 Péchés capitaux et Les Veinards), Philippe de Broca revient au film d’aventures, et pour l’occasion, il retrouve Jean-Paul Belmondo, vedette de son dernier long métrage (Cartouche).

Et encore une fois, le film qu’il nous propose est de très bonne facture, l’intrigue et le jeu des interprètes se conjuguant superbement pour notre plus grand plaisir.

Belmondo est toujours en pleine forme, interprétant cet aventurier malgré lui, un jour à Paris, le lendemain à Rio, au lieu d’être aux bras de sa fiancée pendant sa permission d’une semaine (il est troufion à Besançon).

A ses côtés, Françoise Dorléac est elle aussi magnifique, jouant avec subtilité cette jeune femme un tantinet écervelée mais au charme indéniable : même le vieux Catalan n’y résiste pas.

 

Bien sûr, à aucun moment on ne croit à toutes ces péripéties, mais l’esprit du film et la générosité de ses interprètes en font un grand moment de cinéma, soutenu par la musique inspirée de Georges Delerue.

Et si on retrouve de nombreux éléments de Tintin (1), on y trouve aussi l’inspiration qui amena Indiana Jones, autre avatar tintinesque, et dans une moindre mesure Hubert Bonisseur de la Bath comme suggéré au début de cet article.

Et comme dans tout bon film d’aventure, on y trouve les ingrédients indispensables : mystère, trésor fabuleux, milieu hostile avec en prime un crocodile, sans oublier une bonne bagarre qui se déroule chez Lola (Simone Renant), chanteuse et femme fatale.

 

Bref, on s’amuse et en plus, c’est très bien fait. Philippe de Broca, comme le dit mon ami Jean : « de Broca est un maître de la comédie, de la vitamine C pour les journées de pluie ou de confinement. »

Encore une fois, il le montre avec brio, retrouvant celui qui va être son interprète fétiche pour quelques films : Jean-Paul Belmondo, qui était capable à la même période (les années 1960s) de tourner avec lui et n’importe quel réalisateur de la fameuse « nouvelle vague » (personne n’est parfait, n’est-ce pas professeur Allen John ?) sans pour autant se griller chez l’un ou chez les autres. C’est aussi à ça qu’on reconnaît un grand acteur (2).

 

L’une des dernières images du film, une fois le chantier de la transamazonienne passé, nous montre une famille d’autochtones de l’Amazonie sur le bord de la route. Il y a dans cette image une détresse prémonitoire : les habitants véritables de cette forêt que le Brésil ne cesse de tuer (3) depuis des décennies – et avec encore plus de détermination depuis le nouveau président – éliminant les arbres, mais avec eux la vie animale et humaine.

Terrifiant.

 

  1. Allez voir sur Wikipédia, elle explique ça mieux que moi ici. Mais elle oublie tout de même la momie attachée qui n’est pas sans rappeler notre vieux complice Rascar Capac (Les 7 Boules de cristal)
  2. Certes, certains de ses films furent moins heureux (1970s-1980s), mais on ne peut pas toujours tout réussir… Et malgré tout, Belmondo reste l’un des plus grands du cinéma français.
  3. La forêt et les habitants, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Terrence Malick
The Tree of life (Terrence Malick, 2011)

 

Fascinant.

Fascinant et déroutant.


La vie à travers les yeux d’une petite fille, qui devient femme (Jessica Chastain), se marie et enfante : trois garçons. Une vie somme toute heureuse avec cette famille bien masculine.

Et puis survient le drame : l’un de ses fils – le cadet (Laramie Eppler) - meurt, à 19 ans.

C’est le chaos dans sa vie.

C’est aussi le retour au chaos originel, à l’autre bout de l’univers, celui qui amena la vie. Cette vie qui s’arrête tôt. Toujours trop tôt.

 

Il y a du Kubrick dans ce film de Terrence Malick, où la référence à 2001, a space Odyssey est plus qu’évidente. Mais alors que le grand Stanley avait joué sur les couleurs en filtrant ses images et sur la vitesse (vertigineuse) pour son voyage vers l’infini, Malick ici prend son temps, et utilise des couleurs qui semblent plus naturelles (1), émaillant ces images de voix conversant avec le disparu.

Mais là s’arrête la comparaison, Malick repartant pour les années 1950s, quand les trois fils étaient enfants, sous la coupe d’un père (Brad Pitt) à l’éducation (très) stricte.

 

Encore une fois, le film est un très bel objet, d’une grande recherche artistique et donnant du panache à une histoire assez ordinaire : le monde à travers les yeux d’un enfant, jack (Hunter McCracken), l’aîné de ce père sévère et injuste, et qui ne sait pas vraiment comment aimer ses fils (comme la plupart des pères de cette époque)…

Mais cette histoire qui pourrait être banale est construite magnifiquement pour devenir une réflexion sur la vie, - et la mort bien entendu – amenant de nombreuses ruptures dans la ligne narrative qui n’a rien d’une droite !

 

Certes, la mort du frère/fils reste omniprésente, et le dialogue entamé au début va se prolonger pendant tout le film, espoir illusoire de faire revivre l’être aimé parti (beaucoup) trop tôt.

Et les différents sites choisis pour le tournage donnent à cette évocation un poids mystique fort, mélangeant la réalité et une éventuelle fiction – un fantasme ? (2) – jusqu’à une hypothétique réunion.

Et alors que ce film traite avant tout de la mort, c’est bel et bien la vie qui l’emporte, par les images, et par les sons.

 

Malick nous ramène sans cesse à l’eau, voire la mer, cette base de la vie terrestre, mais aussi le feu, que ce soit celui du soleil ou d’un volcan actif. Mais sans cesse il y a activité. Sans oublier la musique d’Alexandre Desplat et de ses illustres et glorieux prédécesseurs qui accentue le côté beau de la vie inhérent aux images montrées.

Et quand la vie semble avoir disparu – le voyage de Jack adulte (Sean Penn) – elle sera tout de même là à l’arrivée, avec le paradoxe qui va avec.


Oui, il y a un paradoxe dans ce film : d’un côté la mort qui fauche et de l’autre cette activité trépidante qui fait la vie : les relations familiales, le travail, et l’amour, ingrédient indispensable quand on parle de la vie.

Et ce paradoxe débute avec la mort du jeune frère/fils : le chaos engendré par la perte nous ramène au big bang et à l’arrivée de cette vie.

Il se poursuit ensuite avec l’opposition entre le père, son (ses ?) fils et son épouse, incapable de leur dire et surtout leur montrer correctement qu’il les aime. Et cette incapacité prend toute sa saveur quand on sait le destin tragique qui attend ce deuxième fils, celui qui, comme son père avait des prédispositions pour la musique : là encore, c’est celui qui est le plus vivant (3) qui s’en ira.

 

Un film tout en subtilité, d’une puissance et d’une beauté incroyables.

Mais je comprends qu’on ne puisse pas l’aimer.

 

  1. nous sommes au cinéma, difficile de parler vraiment de « naturel ».
  2. N’oublions pas que « fantasme » et « fantôme » ont la même étymologie.
  3. Un artiste est toujours plus vivant que les autres.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Mel Gibson
Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge - Mel Gibson, 2016)

Mel Gibson nous revient avec un film de guerre plutôt singulier. En effet, après avoir filmé l’épopée – tragique – de Robert Bruce (Braveheart – ou s’être encore perdu dans les arcanes et surtout l’origine du christianisme – il nous propose ici un film de guerre en total accord avec le premier commandement (1) : « tu ne tueras point ». Ceci explique d’une part le titre français, mais surtout justifie le parcours de Desmond Doss (Andrew Garfield), objecteur de conscience et pourtant volontaire dans la seconde Guerre Mondiale.

 

Ce n’est pas la première fois que l’objection de conscience fait l’objet d’un film, mais après Howard Hawks (Sergeant York, 1941), qui voyait Gary Cooper refuser de tuer mais n’était pas contre le fait de se débarrasser d’ennemis légitimes, Mel Gibson ôte tout élément comique et nous propose ici un film de guerre des plus réalistes et authentiques, se basant sur l’expérience – et la vie – de Desmond Doss, qui a réellement vécu tout ça.

 

Alors que Hawks jouait sur l’ambigüité, Gibson ne fait aucune concession, et la seule fois où son héros a un fusil en mains, c’est pour créer un brancard de fortune, permettant au sergent Howell (Vince Vaughn) de se sortir de l’enfer de Hacksaw Ridge (le titre original) vivant.

 

Pourtant, Doss n’est pas un personnage des plus extraordinaires. Fils d’un ancien de la Grande Guerre, alcoolique (Hugo Weaving) – et donc violent – il se distingue par une bonté naturelle, et ce malgré la violence paternelle. C’est cette bonté qui lui fera rencontrer Dorothy (Teresa Palmer) et d’une certaine façon le poussera à s’engager dans l’armée américaine, avec la ferme détermination de ne jamais tenir en main une quelconque arme.

Et coup du sort, ou plaisanterie du destin, c’est son père, voir plus haut, qui lui permettra de jouir du statut décrié d’objecteur de conscience sans être taxé de lâcheté ou quelque qualification similaire et censée dégradante.

Bien sûr, la religion joue un grand rôle dans la conviction de Doss, mais sans pour autant faire du film un pamphlet religieux contre la guerre.

J’aurais même tendance à dire que ce film permet à deux conceptions totalement antinomiques de coexister : le fait que Doss refuse de porter arme(s) n’est pas incompatible aux assauts prévus.

 

Et c’est là, à mon avis que le bât blesse dans ce film.

Le dernier assaut, que nous ne verrons pas, Gibson choisissant – à juste titre – de terminer son film avant, prend en compte la différence de Doss, voire en fait d’une certaine manière une arme pour les soldats qui s’en vont mourir glorieusement pour leur pays (2) : l’assaut est différé afin de permettre à Doss de prier.

Et d’une certaine façon, on retrouve une situation des plus médiévales : Doss prie pour ceux qui n’en ont pas le temps, leur assurant de ce fait un quelconque salut, tout comme le faisaient les clercs pour les nobles guerroyant ou les paysans travaillant.

 

Je ne pense pas que Desmond Doss ait eu cette idée en tête quand il priait pour ceux qu’il allait éventuellement secourir, mais soixante-quinze ans après (environ) on ne peut s’empêcher d’y penser.

Quoi qu’il en soit, Mel Gibson nous livre un nouvel aspect de la guerre, allant beaucoup plus loin que Hawks. Il n’y a pas ici quelque élément comique dans la guerre de Doss, ce qui n’était pas vraiment le cas de York. Et cela ne vient pas du changement de conflit.

Gibson nous livre ici la guerre d’un pacifiste – un vrai – mais avec la conviction que ce sont ces gens qui peuvent réellement influer sur les conflits et – par extension – la bêtise humaine (ça, c’est de moi).

 

Oui, Desmond Doss fut un vrai héros. Mais pas un héros de guerre, un héros de la paix. On a l’habitude de considérer les soldats en héros quand ils ne reviennent pas du conflit.

Avec ce film, Mel Gibson nous montre qu’il existe d’autres héros, certainement pas célébrés part quelque chantre anonyme, mais tout de même indispensables voire responsables de la vie des autres, de ces anonymes – comme toujours – qui par leur action ont permis de sauver des vies, sans avoir pour autant à se salir les mains dans un tourbillon mortifère.

 

Pour une fois qu’un film de guerre glorifie (dans une certaine mesure, le terme est un tantinet fort) l’action de ceux qui sauvaient les autres, tout en sachant qu’ils pouvaient mourir aussi facilement qu’eux, on ne va pas bouder son plaisir…

 

  1. Tout du moins est-ce certainement le plus important.
  2. C’est ça, il me semble, la raison de mourir d’un soldat, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Blier
Buffet froid (Bertrand Blier, 1979)

Gare de RER de la Défense, un soir.

Alphonse Tram (Gérard Depardieu) est seul sur l’immense quai et rencontre un quidam (Michel Serrault) (1) assis sur un banc.

Plus tard, il retrouve ce même homme – un comptable avec la tête de l’emploi – dans le couloir qui le ramène chez lui, poignardé avec son propre couteau.

Et si c’était lui qui l’avait tué ? Tram n’en est pas vraiment sûr, ni de son contraire d’ailleurs.

 

Noir et absurde.

Pas étonnant que le public – en 1979-80 ait boudé ce film à sa sortie. Il ne ressemble à rien de connu à l’époque. Ou plutôt si, à quelque chose que beaucoup de spectateurs n’avaient pas non plus compris une dizaine d’années plus tôt : les Shadoks. Ou alors qui viendra quelques années plus tard : La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

En quoi ? Tout simplement parce que là encore, c’est surtout l’incompréhension qui a primé à la sortie, des spectateurs interloqués demandant même le remboursement de leur entrée !

Le film est avant tout une comédie où les dialogues (ciselés, cela va de soi) prennent une grande place, prononcés par des interprètes à la hauteur, le père du cinéaste en tête, Bernard Blier.

Et le tour de force de Bertrand Blier, ici, est de faire rire avec un sujet crucial dans ces années 1970s : la solitude des grands ensembles.

 

En effet, Tram vit à Créteil dans une immense tour (presque) vide, dans un grand ensemble urbain. Et pourtant, on ne voit que très peu de personnages pendant l’heure et demie que dure le film. L’une des deux séquences où il y a foule qui nous est proposée se constitue d’une brigade de policiers envoyée par Morvandiau pour débusquer un troisième locataire dans leur tour. L’autre « foule » concerne des invités à un concert privé où débarquent nos « héros » improbables.

A ce duo de locataires, vient se greffer un troisième larron lui aussi improbable : c’est un étrangleur de femmes compulsif (Jean Carmet). Mais comme Morvandiau est policier, ce n’est pas un problème.

  

Mais cette solitude froide qui nous est montrée est fort relative. En effet, alors que nous ne voyons que très peu de personnages à la fois (sauf dans les deux cas mentionnés ci-dessus), nos protagonistes ne sont pas seuls : outre le violoniste (Michel Fortin) qui essaie de s’installer), on sent des présences dans l’ombre. Le couteau de Tram disparaît alors que personne n’a été vu pendant l’échange entre ce dernier et le comptable assassiné au début : cette mort va déclencher plusieurs petits faits qui vont amener à la résolution finale de l’intrigue et qui nous confortent dans cette impression de présences.

Deux personnages vont apparaître qui feront suite à cette mort stupide et inutile : Eugène Léonard (Jean Rougerie) et un tueur à gage fort civil (Jean Benguigui).

 

Et nous spectateurs, somme autant déboussolés par cette histoire absolument absurde qui arrive à Alphonse Tram et ses deux acolytes. On pourrait même y trouver une pointe de surréalisme tant la référence au rêve est présente, Tram ayant toujours cette même impression de rêver à longueur de film, tant la situation est incongrue et lui échappe. Et de la même façon, la séquence dans le manoir où à lieu un concert privé n’est pas sans ressembler un cauchemar – pour Morvandiau alité sous un édredon démesuré – avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire) l’installation des musicien pour lui jouer une sérénade (Brahms), lui qui hait les instruments à cordes. Cette séquence se termine d’ailleurs par des coups de feu et Morvandiau apparaît tirant (au hasard ? Presque) des coups de feu pendant que la « foule » des invités s’égaille paniquée (2).

Et les femmes ? Parce qu’il y a aussi des femmes. Elles sont quatre et ont chacune un rôle fort différent.

La première, c’est la femme de Tram (Liliane Rovère) qui sera étranglée (devinez par qui). Sa relation avec son mari n’est pas sans rappeler les relations qui lient les autres protagonistes avec le monde extérieur : Tram et elle sont deux étrangers qui cohabitent mais ne s’aiment pas vraiment.

La seconde est la veuve Léonard (Geneviève Page, elle aussi formidable), nymphomane hystérique qui sera elle aussi étranglée, une pulsion se contrôlant difficilement semble-t-il.

La troisième accueille le concert et semble appartenir à une organisation qui a décidé de l’élimination de nos « héros ».

Quant à la dernière, elle est jeune et (très) belle (Carole Bouquet) et semble complètement  étrangère à ce qu’il se passe, jusqu’à la révélation finale. Sa jeunesse pourrait lui faire endosser le rôle de l’espoir et de la vie, mais à nouveau, c’est une personne mortifère, comme toutes celles qu’on a pu rencontrer depuis le début du film.

Toutes ces femmes, habituellement symbole de la vie (car la donnant) sont des symboles de mort, parce qu’elles la reçoivent, ou la donnent.

 

Bref, Buffet froid est un film qui n’a rien perdu de son mordant ni de son humour noir. Et jamais la définition de l’humour n’aura autant convenu à un film : « la politesse du désespoir. »

Car le désespoir est partout dans ces petites vies simples et qui se terminent toutes de la même façon, inéluctablement.

Mais un désespoir aussi drôle, on en redemande.

 

      1. Qui n'apparaît pas au générique

      2. « L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolver aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule (André Breton, Second Manifeste du Surréalisme, 1930)

 

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