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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Oscar Micheaux
Within our Gates (Oscar Micheaux, 1920)

Autant le dire tout de suite : Within our Gates est avant tout le plus ancien vestige du cinéma d’Oscar Micheaux, réalisateur noir américain et conservé pour tel.

Mais la force de ce film, c’est aussi de dépeindre la situation raciale aux Etats-Unis à la fin des années 1910s, pendant que le reste de la production omet d’en parler, utilisant parfois des acteurs blancs pour jouer le rôle des Noirs, la plupart du temps du fait des lois scélérates des différents états ségrégationnistes (1).

 

Nous sommes donc en 1919 (1), et Sylvia Landry (Evelyn Preer) attend son fiancé Conrad (James D. Ruffin). Mais les exactions de sa cousine Alma (Flo Clements) amènent la rupture entre les deux amoureux.

Dépitée, Sylvia va dans le Sud s’occuper d’une école noire qui se retrouve en difficulté financière, l’Etat n’ayant pas envie de payer pour éduquer des Noirs.

Elle retourne alors dans le Nord pour récolter de l’argent : elle y retrouve sur les gens de son ancienne vie.

 

Il y a dans ce film de Micheaux une description sans complaisance de la situation raciale aux Etats-Unis, n’hésitant pas à nous montrer des images chocs pour bine illustrer son propos : on assiste à un lynchage « en règle » avec corde de pendus et tentative de viol sur la personne de Sylvia, quand Alma, repentie, raconte ce que fut la vie de sa cousine avant. On avait eu droit très peu de temps avant à une image forte (encore une fois) qui nous montrait Efram (E.G. Tatum), le « bon Noir » qui collabore avec un peu trop de zèle, imaginant ce qui allait lui arriver : un plan de coupe le voyant pendu tirant la langue.

Pas étonnant que ces images furent censurées, les gens n’aimant que très peu de se faire rappeler leur erreurs et surtout leurs injustices.

 

Pour le reste, c’est un film tout à fait ordinaire qui nous est proposé ici, Micheaux nous montrant tout de même qu’il sait filmer utilisant quelques techniques remarquables (flashback, surimpressions…). Par contre, le jeu des acteurs n’est pas toujours très subtile ni certains personnages : Efram est vraiment le plus antipathique qu’on puisse trouver, même le pasteur Ned (Leigh Whipper) a une conscience, qu’il piétine allègrement tout de même dans ses sermons aux ordres des Blancs.

Cette séquence de prêche est d’ailleurs l’une des plus pénibles du film, les personnages décrits étant essentiellement des caricatures de Noirs soumis à la vindicte partiale d’un pasteur lui-même vendu à un système qu’il abhorre.

Les Blancs apparaissent aussi dans ce film, étant de deux natures différentes : les bons et les méchants. Et du côté des bons, on ne trouve qu’une personne : la vénérable Elena Warwick (Mrs Evelyn), philanthrope antiraciste qui n’hésite pas à baiser le front de Sylvia convalescente.

Parce que les autres sont tous, à des degrés divers, de méchantes personnes : Gridlestone (Ralph Johnson) qui est comparé à Néron, et Geraldine Stratton (Bernice Ladd) –véritable Lady du Sud – qui ne souhaite qu’une chose, c’est que les Noirs restent à leur place ; sans oublier la foule des anonymes qui s’en va lyncher sans vergogne les parents de Sylvia, menés par Armand Gridlestone (Grant Gorman), le frère de l’autre.

 

Ce qui marque aussi dans ce film, ce sont les intertitres. Une séquence introductive nous explique la renaissance du film (retrouvé en 1993) et la manière de recréer les cartons explicatifs. On y trouve à différents endroits le terme Negro (« nègre ») qui n’était alors pas autant connoté qu’aujourd’hui. Et Micheaux, qui évite ainsi le manichéisme facile, va utiliser les différentes prononciations dans les paroles de ses personnages afin de montrer le manque cruel d’éducation qui règne dans la population noire, afin de donner – encore – plus de force à son propos.

 

Et au final, Within our Gates n’a rien perdu de sa force documentaire, et appelle même à une égalité totale entre les Américains, rappelant qu’ils sont tous les citoyens d’un même (et grand) pays duquel ils doivent se sentir aussi fiers que les Blancs.

Et il faudra du temps avant que toute la population (ou presque, il y aura toujours des extrémistes) en vienne à cette même idée.

 

  1. Sans oublier le parangon de racisme qu’est Naissance d’une Nation
  2. Il est fait référence indirectement à la Guerre qui vient de se terminer.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Robert Redford
La Légende de Bagger Vance (The Legend of Bagger Vance - Robert Redford, 2000)

Hardy Greaves (Jack Lemmon) est un joueur de golf invétéré. Son ambition : jouer jusqu’au bout. Et il y est presque arrivé. Cinq fois. Cinq fois il a eu un infarctus qu’il a laissé passé avant de reprendre le parcours.

Et quel parcours !

Tout commence à Savannah (Géorgie) où la star locale est Rannulph Junuh (Matt Damon), mais avec la grande Guerre, ses illusions s’en vont, avec son swing.

Qu’importe, pour le petit Hardy Greaves (J. Michael Moncrief), il est son idole, son modèle.

Alors quand la crise de 1929 fait rage et qu’Adele Invergordon (Charlize Theron), la fille du propriétaire du golf de Savannah décide d’un immense coup de pub pour son site en invitant les deux plus grands golfeurs de l’époque, le troisième participant ne peut être qu’un petit gars de Savannah : Rannulph Junuh.

Mais ce dernier a perdu son swing, alors comment gagner ?

Heureusement passe par là un vagabond comme on en croisait beaucoup à cette période de disette. Mais ce vagabond n’est pas n’importe qui : il s’appelle Bagger Vance (Will Smith), et il est caddie.

Ca tombe plutôt bien, non ?

 

Evacuons tout de suite : il s’agit du dernier film de Jack « Daphne » Lemmon. Mais ce n’est pas lui qui nous intéresse ici, même si son rôle est tout de même important (il est le narrateur).

Non, celui qui nous intéresse, c’est ce drôle de caddie venu de nulle part – et qui y retourne – véritable catalyseur dans le retour à la vie de Junuh.

Parce que Bagger Vance est un passeur. C’est lui qui passe les clubs, mais aussi qui permet aux personnes qu’il côtoie de grandir et de devenir meilleures.

Eh oui, cette vieille idée de rédemption qui ne quitte pas le cinéma américain…

Et le parcours de golf devient alors parcours initiatique avec le salut au bout, ou tout au moins la victoire, l’objectif final des différents joueurs.

 

Et bien sûr, ici, la victoire finale n’est pas l’enjeu, mais bine la vie de Junuh, en lambeaux depuis son retour du front, dix ans après la fin du conflit : il faut dire que revenir sain et sauf et surtout seul survivant d’une compagnie a tendance à désorienter même un esprit sain.

Nous allons donc assister au retour graduel de Junuh, vers cette vie qu’il n’aurait jamais dû quitter, mais vous savez ce que c’est : on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie…

Alors on suit avec plaisir ce retour à la vie, sur fond de compétition de golf, et on savoure avec gourmandise les différentes interventions de ce caddie bien singulier, qui a en plus la particularité d’être noir, et ce en plein dans ce Sud fier et farouche où la défaite de 1865 (1) à laquelle il est fait référence plusieurs fois dans le film.

Mais qu’importe, Robert Redford gomme cette différence et resserre son intrigue autour du jeu, le racisme ambiant du Sud (2) étant mis de côté dans ce film qui n’est pas un pamphlet, même s’il reste une leçon de vie.

Sans oublier l’aspect comédie – i.e. : qui se termine bien – qui enveloppe le film de bout en bout, et ce malgré les incursions tragiques qui frappent les différents personnages.

 

Bref, c’est un beau film plein de bons sentiments – on peut donc faire de beaux films avec – qui nous est offert, et ce à travers les yeux d’un enfant – le jeune J. Michael Moncrief interprétant avec bonheur ce jeune garçon qui a la chance de pouvoir vivre sa passion. De plus, les autres interprètes – Will Smith en tête – sont eux aussi à la hauteur du challenge et on se laisse emporter par cette intrigue positive, émaillée d’images très belles autour d’un sport qui ne m’a pourtant jamais beaucoup attiré.

Un film généreux.

Normal, c’est un acteur qui le réalise…

 

  1. La Guerre de Sécession…
  2. La ségrégation ne sera abandonnée qu’une trentaine d’années plus tard avec les mouvements pour les droits civiques.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Comédie, #Philippe de Broca
L'Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964)

Bien avant de ne plus répondre, Rio était déjà le cadre d’aventures rocambolesques qui n’étaient pas sans rappeler celles de Tintin.

Mais reprenons.

 

Cambriolage au Musée de l’Homme (Paris) : on a volé une statuette maltèque. On a aussi enlevé le professeur Catalan (Jean Servais) qui l’avait découverte, et Agnès Villermosa (Françoise Dorléac, partie beaucoup trop tôt) la fille de son compagnon, autre découvreur des trois statuettes avec le brésilien De Castro (Adolfo Celi). Ces trois statuettes indiqueraient l’emplacement du trésor des Maltèques, peuplade amazonienne aujourd’hui disparue.

Mais en enlevant Agnès, les ravisseurs ont fait une erreur : son fiancé Adrien Fournaquet part à leurs trousses, bien décidé à leur arrachée sa fiancée.

 

Après deux participations à des films à sketches (Les 7 Péchés capitaux et Les Veinards), Philippe de Broca revient au film d’aventures, et pour l’occasion, il retrouve Jean-Paul Belmondo, vedette de son dernier long métrage (Cartouche).

Et encore une fois, le film qu’il nous propose est de très bonne facture, l’intrigue et le jeu des interprètes se conjuguant superbement pour notre plus grand plaisir.

Belmondo est toujours en pleine forme, interprétant cet aventurier malgré lui, un jour à Paris, le lendemain à Rio, au lieu d’être aux bras de sa fiancée pendant sa permission d’une semaine (il est troufion à Besançon).

A ses côtés, Françoise Dorléac est elle aussi magnifique, jouant avec subtilité cette jeune femme un tantinet écervelée mais au charme indéniable : même le vieux Catalan n’y résiste pas.

 

Bien sûr, à aucun moment on ne croit à toutes ces péripéties, mais l’esprit du film et la générosité de ses interprètes en font un grand moment de cinéma, soutenu par la musique inspirée de Georges Delerue.

Et si on retrouve de nombreux éléments de Tintin (1), on y trouve aussi l’inspiration qui amena Indiana Jones, autre avatar tintinesque, et dans une moindre mesure Hubert Bonisseur de la Bath comme suggéré au début de cet article.

Et comme dans tout bon film d’aventure, on y trouve les ingrédients indispensables : mystère, trésor fabuleux, milieu hostile avec en prime un crocodile, sans oublier une bonne bagarre qui se déroule chez Lola (Simone Renant), chanteuse et femme fatale.

 

Bref, on s’amuse et en plus, c’est très bien fait. Philippe de Broca, comme le dit mon ami Jean : « de Broca est un maître de la comédie, de la vitamine C pour les journées de pluie ou de confinement. »

Encore une fois, il le montre avec brio, retrouvant celui qui va être son interprète fétiche pour quelques films : Jean-Paul Belmondo, qui était capable à la même période (les années 1960s) de tourner avec lui et n’importe quel réalisateur de la fameuse « nouvelle vague » (personne n’est parfait, n’est-ce pas professeur Allen John ?) sans pour autant se griller chez l’un ou chez les autres. C’est aussi à ça qu’on reconnaît un grand acteur (2).

 

L’une des dernières images du film, une fois le chantier de la transamazonienne passé, nous montre une famille d’autochtones de l’Amazonie sur le bord de la route. Il y a dans cette image une détresse prémonitoire : les habitants véritables de cette forêt que le Brésil ne cesse de tuer (3) depuis des décennies – et avec encore plus de détermination depuis le nouveau président – éliminant les arbres, mais avec eux la vie animale et humaine.

Terrifiant.

 

  1. Allez voir sur Wikipédia, elle explique ça mieux que moi ici. Mais elle oublie tout de même la momie attachée qui n’est pas sans rappeler notre vieux complice Rascar Capac (Les 7 Boules de cristal)
  2. Certes, certains de ses films furent moins heureux (1970s-1980s), mais on ne peut pas toujours tout réussir… Et malgré tout, Belmondo reste l’un des plus grands du cinéma français.
  3. La forêt et les habitants, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Terrence Malick
The Tree of life (Terrence Malick, 2011)

 

Fascinant.

Fascinant et déroutant.


La vie à travers les yeux d’une petite fille, qui devient femme (Jessica Chastain), se marie et enfante : trois garçons. Une vie somme toute heureuse avec cette famille bien masculine.

Et puis survient le drame : l’un de ses fils – le cadet (Laramie Eppler) - meurt, à 19 ans.

C’est le chaos dans sa vie.

C’est aussi le retour au chaos originel, à l’autre bout de l’univers, celui qui amena la vie. Cette vie qui s’arrête tôt. Toujours trop tôt.

 

Il y a du Kubrick dans ce film de Terrence Malick, où la référence à 2001, a space Odyssey est plus qu’évidente. Mais alors que le grand Stanley avait joué sur les couleurs en filtrant ses images et sur la vitesse (vertigineuse) pour son voyage vers l’infini, Malick ici prend son temps, et utilise des couleurs qui semblent plus naturelles (1), émaillant ces images de voix conversant avec le disparu.

Mais là s’arrête la comparaison, Malick repartant pour les années 1950s, quand les trois fils étaient enfants, sous la coupe d’un père (Brad Pitt) à l’éducation (très) stricte.

 

Encore une fois, le film est un très bel objet, d’une grande recherche artistique et donnant du panache à une histoire assez ordinaire : le monde à travers les yeux d’un enfant, jack (Hunter McCracken), l’aîné de ce père sévère et injuste, et qui ne sait pas vraiment comment aimer ses fils (comme la plupart des pères de cette époque)…

Mais cette histoire qui pourrait être banale est construite magnifiquement pour devenir une réflexion sur la vie, - et la mort bien entendu – amenant de nombreuses ruptures dans la ligne narrative qui n’a rien d’une droite !

 

Certes, la mort du frère/fils reste omniprésente, et le dialogue entamé au début va se prolonger pendant tout le film, espoir illusoire de faire revivre l’être aimé parti (beaucoup) trop tôt.

Et les différents sites choisis pour le tournage donnent à cette évocation un poids mystique fort, mélangeant la réalité et une éventuelle fiction – un fantasme ? (2) – jusqu’à une hypothétique réunion.

Et alors que ce film traite avant tout de la mort, c’est bel et bien la vie qui l’emporte, par les images, et par les sons.

 

Malick nous ramène sans cesse à l’eau, voire la mer, cette base de la vie terrestre, mais aussi le feu, que ce soit celui du soleil ou d’un volcan actif. Mais sans cesse il y a activité. Sans oublier la musique d’Alexandre Desplat et de ses illustres et glorieux prédécesseurs qui accentue le côté beau de la vie inhérent aux images montrées.

Et quand la vie semble avoir disparu – le voyage de Jack adulte (Sean Penn) – elle sera tout de même là à l’arrivée, avec le paradoxe qui va avec.


Oui, il y a un paradoxe dans ce film : d’un côté la mort qui fauche et de l’autre cette activité trépidante qui fait la vie : les relations familiales, le travail, et l’amour, ingrédient indispensable quand on parle de la vie.

Et ce paradoxe débute avec la mort du jeune frère/fils : le chaos engendré par la perte nous ramène au big bang et à l’arrivée de cette vie.

Il se poursuit ensuite avec l’opposition entre le père, son (ses ?) fils et son épouse, incapable de leur dire et surtout leur montrer correctement qu’il les aime. Et cette incapacité prend toute sa saveur quand on sait le destin tragique qui attend ce deuxième fils, celui qui, comme son père avait des prédispositions pour la musique : là encore, c’est celui qui est le plus vivant (3) qui s’en ira.

 

Un film tout en subtilité, d’une puissance et d’une beauté incroyables.

Mais je comprends qu’on ne puisse pas l’aimer.

 

  1. nous sommes au cinéma, difficile de parler vraiment de « naturel ».
  2. N’oublions pas que « fantasme » et « fantôme » ont la même étymologie.
  3. Un artiste est toujours plus vivant que les autres.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Mel Gibson
Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge - Mel Gibson, 2016)

Mel Gibson nous revient avec un film de guerre plutôt singulier. En effet, après avoir filmé l’épopée – tragique – de Robert Bruce (Braveheart – ou s’être encore perdu dans les arcanes et surtout l’origine du christianisme – il nous propose ici un film de guerre en total accord avec le premier commandement (1) : « tu ne tueras point ». Ceci explique d’une part le titre français, mais surtout justifie le parcours de Desmond Doss (Andrew Garfield), objecteur de conscience et pourtant volontaire dans la seconde Guerre Mondiale.

 

Ce n’est pas la première fois que l’objection de conscience fait l’objet d’un film, mais après Howard Hawks (Sergeant York, 1941), qui voyait Gary Cooper refuser de tuer mais n’était pas contre le fait de se débarrasser d’ennemis légitimes, Mel Gibson ôte tout élément comique et nous propose ici un film de guerre des plus réalistes et authentiques, se basant sur l’expérience – et la vie – de Desmond Doss, qui a réellement vécu tout ça.

 

Alors que Hawks jouait sur l’ambigüité, Gibson ne fait aucune concession, et la seule fois où son héros a un fusil en mains, c’est pour créer un brancard de fortune, permettant au sergent Howell (Vince Vaughn) de se sortir de l’enfer de Hacksaw Ridge (le titre original) vivant.

 

Pourtant, Doss n’est pas un personnage des plus extraordinaires. Fils d’un ancien de la Grande Guerre, alcoolique (Hugo Weaving) – et donc violent – il se distingue par une bonté naturelle, et ce malgré la violence paternelle. C’est cette bonté qui lui fera rencontrer Dorothy (Teresa Palmer) et d’une certaine façon le poussera à s’engager dans l’armée américaine, avec la ferme détermination de ne jamais tenir en main une quelconque arme.

Et coup du sort, ou plaisanterie du destin, c’est son père, voir plus haut, qui lui permettra de jouir du statut décrié d’objecteur de conscience sans être taxé de lâcheté ou quelque qualification similaire et censée dégradante.

Bien sûr, la religion joue un grand rôle dans la conviction de Doss, mais sans pour autant faire du film un pamphlet religieux contre la guerre.

J’aurais même tendance à dire que ce film permet à deux conceptions totalement antinomiques de coexister : le fait que Doss refuse de porter arme(s) n’est pas incompatible aux assauts prévus.

 

Et c’est là, à mon avis que le bât blesse dans ce film.

Le dernier assaut, que nous ne verrons pas, Gibson choisissant – à juste titre – de terminer son film avant, prend en compte la différence de Doss, voire en fait d’une certaine manière une arme pour les soldats qui s’en vont mourir glorieusement pour leur pays (2) : l’assaut est différé afin de permettre à Doss de prier.

Et d’une certaine façon, on retrouve une situation des plus médiévales : Doss prie pour ceux qui n’en ont pas le temps, leur assurant de ce fait un quelconque salut, tout comme le faisaient les clercs pour les nobles guerroyant ou les paysans travaillant.

 

Je ne pense pas que Desmond Doss ait eu cette idée en tête quand il priait pour ceux qu’il allait éventuellement secourir, mais soixante-quinze ans après (environ) on ne peut s’empêcher d’y penser.

Quoi qu’il en soit, Mel Gibson nous livre un nouvel aspect de la guerre, allant beaucoup plus loin que Hawks. Il n’y a pas ici quelque élément comique dans la guerre de Doss, ce qui n’était pas vraiment le cas de York. Et cela ne vient pas du changement de conflit.

Gibson nous livre ici la guerre d’un pacifiste – un vrai – mais avec la conviction que ce sont ces gens qui peuvent réellement influer sur les conflits et – par extension – la bêtise humaine (ça, c’est de moi).

 

Oui, Desmond Doss fut un vrai héros. Mais pas un héros de guerre, un héros de la paix. On a l’habitude de considérer les soldats en héros quand ils ne reviennent pas du conflit.

Avec ce film, Mel Gibson nous montre qu’il existe d’autres héros, certainement pas célébrés part quelque chantre anonyme, mais tout de même indispensables voire responsables de la vie des autres, de ces anonymes – comme toujours – qui par leur action ont permis de sauver des vies, sans avoir pour autant à se salir les mains dans un tourbillon mortifère.

 

Pour une fois qu’un film de guerre glorifie (dans une certaine mesure, le terme est un tantinet fort) l’action de ceux qui sauvaient les autres, tout en sachant qu’ils pouvaient mourir aussi facilement qu’eux, on ne va pas bouder son plaisir…

 

  1. Tout du moins est-ce certainement le plus important.
  2. C’est ça, il me semble, la raison de mourir d’un soldat, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Blier
Buffet froid (Bertrand Blier, 1979)

Gare de RER de la Défense, un soir.

Alphonse Tram (Gérard Depardieu) est seul sur l’immense quai et rencontre un quidam (Michel Serrault) (1) assis sur un banc.

Plus tard, il retrouve ce même homme – un comptable avec la tête de l’emploi – dans le couloir qui le ramène chez lui, poignardé avec son propre couteau.

Et si c’était lui qui l’avait tué ? Tram n’en est pas vraiment sûr, ni de son contraire d’ailleurs.

 

Noir et absurde.

Pas étonnant que le public – en 1979-80 ait boudé ce film à sa sortie. Il ne ressemble à rien de connu à l’époque. Ou plutôt si, à quelque chose que beaucoup de spectateurs n’avaient pas non plus compris une dizaine d’années plus tôt : les Shadoks. Ou alors qui viendra quelques années plus tard : La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède.

En quoi ? Tout simplement parce que là encore, c’est surtout l’incompréhension qui a primé à la sortie, des spectateurs interloqués demandant même le remboursement de leur entrée !

Le film est avant tout une comédie où les dialogues (ciselés, cela va de soi) prennent une grande place, prononcés par des interprètes à la hauteur, le père du cinéaste en tête, Bernard Blier.

Et le tour de force de Bertrand Blier, ici, est de faire rire avec un sujet crucial dans ces années 1970s : la solitude des grands ensembles.

 

En effet, Tram vit à Créteil dans une immense tour (presque) vide, dans un grand ensemble urbain. Et pourtant, on ne voit que très peu de personnages pendant l’heure et demie que dure le film. L’une des deux séquences où il y a foule qui nous est proposée se constitue d’une brigade de policiers envoyée par Morvandiau pour débusquer un troisième locataire dans leur tour. L’autre « foule » concerne des invités à un concert privé où débarquent nos « héros » improbables.

A ce duo de locataires, vient se greffer un troisième larron lui aussi improbable : c’est un étrangleur de femmes compulsif (Jean Carmet). Mais comme Morvandiau est policier, ce n’est pas un problème.

  

Mais cette solitude froide qui nous est montrée est fort relative. En effet, alors que nous ne voyons que très peu de personnages à la fois (sauf dans les deux cas mentionnés ci-dessus), nos protagonistes ne sont pas seuls : outre le violoniste (Michel Fortin) qui essaie de s’installer), on sent des présences dans l’ombre. Le couteau de Tram disparaît alors que personne n’a été vu pendant l’échange entre ce dernier et le comptable assassiné au début : cette mort va déclencher plusieurs petits faits qui vont amener à la résolution finale de l’intrigue et qui nous confortent dans cette impression de présences.

Deux personnages vont apparaître qui feront suite à cette mort stupide et inutile : Eugène Léonard (Jean Rougerie) et un tueur à gage fort civil (Jean Benguigui).

 

Et nous spectateurs, somme autant déboussolés par cette histoire absolument absurde qui arrive à Alphonse Tram et ses deux acolytes. On pourrait même y trouver une pointe de surréalisme tant la référence au rêve est présente, Tram ayant toujours cette même impression de rêver à longueur de film, tant la situation est incongrue et lui échappe. Et de la même façon, la séquence dans le manoir où à lieu un concert privé n’est pas sans ressembler un cauchemar – pour Morvandiau alité sous un édredon démesuré – avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire) l’installation des musicien pour lui jouer une sérénade (Brahms), lui qui hait les instruments à cordes. Cette séquence se termine d’ailleurs par des coups de feu et Morvandiau apparaît tirant (au hasard ? Presque) des coups de feu pendant que la « foule » des invités s’égaille paniquée (2).

Et les femmes ? Parce qu’il y a aussi des femmes. Elles sont quatre et ont chacune un rôle fort différent.

La première, c’est la femme de Tram (Liliane Rovère) qui sera étranglée (devinez par qui). Sa relation avec son mari n’est pas sans rappeler les relations qui lient les autres protagonistes avec le monde extérieur : Tram et elle sont deux étrangers qui cohabitent mais ne s’aiment pas vraiment.

La seconde est la veuve Léonard (Geneviève Page, elle aussi formidable), nymphomane hystérique qui sera elle aussi étranglée, une pulsion se contrôlant difficilement semble-t-il.

La troisième accueille le concert et semble appartenir à une organisation qui a décidé de l’élimination de nos « héros ».

Quant à la dernière, elle est jeune et (très) belle (Carole Bouquet) et semble complètement  étrangère à ce qu’il se passe, jusqu’à la révélation finale. Sa jeunesse pourrait lui faire endosser le rôle de l’espoir et de la vie, mais à nouveau, c’est une personne mortifère, comme toutes celles qu’on a pu rencontrer depuis le début du film.

Toutes ces femmes, habituellement symbole de la vie (car la donnant) sont des symboles de mort, parce qu’elles la reçoivent, ou la donnent.

 

Bref, Buffet froid est un film qui n’a rien perdu de son mordant ni de son humour noir. Et jamais la définition de l’humour n’aura autant convenu à un film : « la politesse du désespoir. »

Car le désespoir est partout dans ces petites vies simples et qui se terminent toutes de la même façon, inéluctablement.

Mais un désespoir aussi drôle, on en redemande.

 

      1. Qui n'apparaît pas au générique

      2. « L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolver aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule (André Breton, Second Manifeste du Surréalisme, 1930)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Alberto Cavalcanti
Went the Day well? (Alberto Cavalcanti, 1942)

Bramley End, Royaume-Uni, Pentecôte 1942.

Une troupe de soldats britanniques débarque dans le petit village anglais pour des manœuvres.

Mais rapidement la vérité se fait jour : ce sont des soldats allemands parachutés qui annoncent l’invasion de l’île.

Après avoir maîtrisé la population, les nazis mettent en place cette invasion, avec la complicité d’un notable du village, Wilsford (Leslie Banks).

Mais même sur le sol anglais, la résistance s’organise et l’armée intérieure va venir déloger ces envahisseurs.

 

Il s’agit avant tout d’un film de propagande, tourné par le grand Alberto Cavalcanti (qui n’a pas son prénom au générique, d’ailleurs), et qui joue sur un des fantasmes anglais de cette deuxième guerre mondiale : l’invasion des troupes hitlériennes sur le sol anglais.

Et Cavalcanti nous entraîne avec brio dans cette histoire somme toute fort plausible, surtout pour les spectateurs de l’époque pour qui cette anticipation pouvait très vite (1) devenir une réalité.

Et alors que Hollywood de son côté nous proposait d’autres films de propagande avec des héros formidables et des nazis des plus ignobles, ici ce qu’on peut retenir, c’est le réalisme des situations.

 

En effet, aucun de es différents protagonistes ne répond aux critères hollywoodien (2), et surtout, Cavalcanti ne s’embarrasse pas de choquer ou non son public. La violence y est présente et surtout des plus justifiées : les nazis ne sont pas des enfants de chœur et s’il veut convaincre ce public, il doit jouer la carte de la vraisemblance.

Et tout semble bien se passer jusqu’au premier mort : le pasteur (C.V. France), qui meurt pour avoir voulu sonner l’alarme à la cloche de son église.

Les autres morts seront beaucoup moins belles mais sont parfois d’une sauvagerie assez crue : Mrs Collins (Muriel George) est tuée d’un coup de baïonnette après avoir tué un soldat d’un coup de hachette.

 

Bref, c’est un film de guerre très particulier qui nous est ici présenté, où nous sommes bien loin de la gloriole habituelle des productions cinématographiques de la même période. Cavalcanti reste au niveau des spectateurs, entretenant le mythe qui n’est alors pas seulement une chimère mais bel et bien la menace la plus réaliste qui puisse arriver quand le film sort (3).

Et avec cette histoire somme toute très simple, le but est atteint : il faut rester vigilant, on ne sait pas ce qui peut arriver (4).

Et si la Home Guard (armée de réservistes) intervient à temps pour éliminer les intrus, la démonstration est tout de même éloquente : une invasion est possible.

 

Outre cet aspect menaçant, ce qu’on retient du film, ce sont ces différents personnages embarqués malgré eux ans la guerre : les spectateurs de l’époque n’étaient en général confrontés à la guerre que dans les grandes villes, du fait des bombardements incessants de la Luftwaffe. Cette bataille de Bramley End, c’est la réalité du front qui arrive chez eux, au milieu de nulle part, là où la situation est réputée plus sûre.

Et cette situation extrême est accentuée par une armée allemande plus vraie que nature, une fois les apparences trompeuses effacées : ce sont des nazis aux manières barbares, capables de tout pour faire triompher leur idéologie mortifère.

A cela s’ajoute le personnage de Wilsford, traître des plus réussis (5), dont on peut toutefois se demander quelles sont ses motivations ou son contexte.

Il n’empêche, c’est un salaud bien campé par Leslie Banks, qu’on avait découvert dans Les Chasses du comte Zaroff : encore une fois, c’est un personnage peu sympathique qu’il interprète. Mais à nouveau avec beaucoup de savoir-faire.

 

Et puis il y a les autres, les petits qui vont permettre à la Home Guard de sauver le village, en ralentissant la progression des Allemands : le garde-champêtre (Johnnie Schofield) qui tente une sortie, ou même le braconnier. Sans oublier le sacrifice de Mrs Fraser (Marie Lohr), parce qu’il y en a toujours un : mais celui-ci est magnifique.

 

PS : ce film fut considéré – en 2005 – comme l’un des 100 meilleurs films de guerre par suite à une enquête de Channel 4. Ce n’est, à mon avis, pas usurpé.

 

  1. Enfin, pas si vite que ça tout de même…
  2. Normal : ce sont les Ealing Studios qui produisent
  3. Avant et après aussi, d’ailleurs.
  4. Cf. Matthieu, 25:13
  5. Rappel : il faut un méchant réussi pour un bon film. Ce film est donc très bon !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Heroic Fantasy, #Ron Howard
Willow (Ron Howard, 1988)

Willow Ufgood (Warwick Davis) est un Nelwyn : un nain si vous préférez. Un jour, ses enfants découvrent un bébé sur la rivière : c’est Elora Danan (Ruth & Kate Greenfield), qui doit précipiter la chute de la reine sorcière Bavdora (Jean Marsh).

Il va devoir protéger ce bébé de sa vie, aidé par un aventurier de grand chemin, Madmartigan (Val Kilmer), et un duo improbable de lutins, Rool (Kevin Pollack) et Franjean (Rick Overton).

 

Derrière cette histoire merveilleuse se trouve un grand nom du septième art : George Lucas. Non seulement il a imaginé l’histoire, mais il produit. Donc, ça va bien se passer. Il fait appel à Ron « Richie Cunningham » Howard pour la réalisation et on peut même trouver dans l’équipe un futur réalisateur : Joe Johnston qui sortira son premier long métrage l’année suivante.

Mais revenons à l’intrigue.

Lucas recycle : un peu de bible, un peu de mythologie grecque, et vous obtenez un bébé qui menace l’ordre établi et dont il faut se débarrasser.

En plus, si vous faites dériver cet enfant sur l’eau, vous n’êtres pas loin d’avoir un petit Moïse à l’arrivée. Mais (heureusement ?), c’est une fille et il n’y a aucune intervention divine dans cette histoire. Il faut dire que la magie suffit à rendre cette intrigue merveilleuse, même si on aurait pu espérer quelques éléments un tantinet plus sérieux.

 

En effet, nous spectateurs de 2020 qui avons vu le formidable Seigneur des Anneaux (les trois opus), avons l’habitude d’un peu plus de panache dans un film d’heroic fantasy. Parce que si visuellement, c’est plutôt magnifique (1), certaines réactions de personnages ne sont pas obligatoirement à la hauteur des espérances. Le combat des deux sorcières en est un exemple parlant : si Jean Marsh reste convaincante dans ce rôle de méchante, il n’en va pas de même pour Patricia Hayes (Raziel, la bonne sorcière) qui joue un bon ton en-dessous.

Par contre, le duo Willow-Madmartigan fonctionne très bien, Warwick Davis jouant avec brio de sa petite taille, flanqué d’un grand pendard au grand cœur, le plus souvent faire-valoir : c’est un changement notable, habituellement, c’est le nain qui sert de faire-valoir.

Et Davis est magnifique dans ce rôle, nous faisant presque oublier sa petite taille pour apparaître tel que doit être Willow : le gardien de la vie de la princesse.

 

Pour le reste, un film plaisant où la patte de Lucas reste tout de même présente. A cela s’ajoute la générosité de Ron Howard (2) pour une belle histoire, convenue certes, mais malgré tout bien rendue.

Alors, ne boudons pas notre plaisir.

 

PS : à noter la présence de Gavan O’Herlihy (Airk Thaughbaer) qui interpréta le rôle furtif de Chuck Cunningham, frère de Ritchie dans la série Happy Days (tiens, tiens…).

 

  1. Nous sommes en 1988 et nous en sommes alors aux débuts du « morphing ». Ce film, d’ailleurs, fera beaucoup pour le développement de cette technique, stade ultime avant l’introduction des effets numériques qui vont inonder le marché du cinéma dans la décennie suivante, moins de dix ans après.
  2. N’oublions qu’avant, il fut d’abord un acteur, ce qui explique cette générosité qu’on retrouve généralement chez les acteurs passés de l’autre côté de la caméra.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Guy Ritchie
Le Roi Arthur : la Légende d'Excalibur (King Arthur: Legend of the Sword - Guy Ritchie, 2017)

Oubliez tout ce que vous savez sur la légende arthurienne : Guy Ritchie nous propose ici un nouvel avatar du roi Arthur (Charlie Hunnam), avec épée dans le roc, magie et archi-méchant, l’usurpateur Vortigern (Jude Law).

Nous sommes bien loin des romans de la table ronde et du cycle du Graal cher à  Chrétien de Troyes.

En effet, nous sommes dans les âges sombres qui suivirent la chute de Rome (1), et le (faux) roi Vortigern a éliminé son frère Uther Pen-Dragon (Eric Bana) pour prendre sa place.

Mais son fils Arthur grandit loin de Camelot où il reviendra chasser son oncle et prendre la tête de l’Angleterre.

 

J’ai beau être un amateur du cinéma de Guy Ritchie, je n’arrive pas à sauver ce film. Pourtant, on y retrouve la même façon de filmer, alternant les rythmes et (ab)usant du ralenti pendant les temps forts, mais malgré tout ça, ça ne prend pas.

Dès l’ouverture ça ne va pas. On se retrouve plongé dans une sorte de resucée du Seigneur des Anneaux visitant Harry Potter.

Et la présence de l’immense Jude « Dr. Watson » Law – un habitué de Ritchie – n’y change rien : non seulement l’intrigue est poussive, mais en plus on se prend à bailler devant une telle débauche d’effets visuels.

Pare que c’est spectaculaire. Un peu trop d’ailleurs, à mon goût, Ritchie retrouvant les travers du cinéma du début des années 2000 : une multitude de plans séquences sur une minimum de temps amène rapidement une indigestion visuelle.

Et en plus il n’y a même pas Merlin !

 

D’une certaine façon, ce film est à la légende arthurienne ce que Gods of Egypt (l'année précédente) est à la mythologie égyptienne : un objet pompeux – très esthétique – mais qui n’a plus grand-chose à voir avec l’original.

J’ai déjà parlé ici de la version que John Boorman tira de cette même légende, la trouvant insipide et datée. Je dois avouer que grâce à la version Ritchie, je dois réviser mon jugement.

Mais, heureusement, il reste celle de Richard Thorpe, qui reste, à mon humble avis, la version cinématographique de base, même si elle n’est pas obligatoirement très respectueuse du cycle arthurien.

 

Bref, ne vous dérangez pas pour cette nouvelle adaptation et reprenez les essentiels : 1953, Robert Taylor (Lancelot), Ava Gardner (Guenièvre), Mel Ferrer (Arthur) & Felix Aylmer (Merlin), le tout réalisé par Richard Thorpe au meilleur de sa forme…

 

  1. Un beau cirque romain trône au milieu du Londinium qu’on n’appelle pas encore Londres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alice Winocour
Maryland (Alice Winocour, 2015)

Vincent (Mathias Schoenaerts) revient d’Afghanistan avec des fêlures dans la tête. En attendant le feu vert pour une nouvelle mission, il accepte une sécurité proposée par son ami Denis (Paul Hamy). Il s’agit d’une fête organisée par un riche Libanais, Imad Whalid (Percy Kemp).

Comme la soirée se déroule bien, on propose à Vincent de continuer pendant une semaine, assurant la protection de la femme de Whalid, Jessie (Diane Kruger) et leur fils Ali (Zaïd Errougui-Demonsant).

Mais si la soirée s’est déroulée normalement, le « baby-sitting » annoncé tourne au cauchemar : ils sont attaqués lors d’une sortie et on a cambriolé la maison pendant leur absence.

 

Avec Maryland, Alice Winocour réalise un film doublement « américain » : un thriller haletant (un peu quand même) ainsi qu’une incursion dans le stress post-traumatique des soldats, thème qu’on retrouve plus facilement outre-Atlantique.

Vincent revient d’Afghanistan ce qui ne fut pas une partie de plaisir : la liste de ses séquelles étant à elle seule une contre-indication pour effectuer la sécurité qui lui est proposée.

Et Winocour va suivre les événements essentiellement du point de vue de Vincent, utilisant une bande-son adéquate pour nous faire ressentir les émotions de ce soldat abîmé par les conflits : le travail de Gesaffelstein suit très bien l’évolution du personnage principal dont la perception est faussée par le stress déjà mentionné.

 

Progressivement, l’ambiance va se tendre, et ce qui semblait une chimère va devenir une réalité : la première alerte que ressent Vincent était bonne, n’en déplaise à ce que pensait sa cliente.

A partir de la première agression, Alice Winocour va continuer à faire monter la tension jusqu’à l’affrontement final – il y en a un, bien sûr – et amener progressivement la violence à un paroxysme.

Mais malgré tout cela, c’est bien la condition dans la tête de Vincent qui reste le fil rouge du film : la bande-son, mélangeant bruits réels et musique électro de Gesaffelstein ajoute au désordre qui y règne.

De plus, Mathias Schoenaerts s’est mis dans des conditions extrêmes – comme Matt Damon dans Courage under Fire – allant jusqu’à mettre sa propre santé en danger.

 

Il faut croire que cela valait le coup de le faire puisque son interprétation de Vincent est des plus convaincantes.

A ses côtés, Diane Kruger n’est pas seulement belle : nous assistons progressivement à une forme de décadence de son personnage. En effet, elle est absolument magnifique pendant la fête initiale mais à mesure que la tension s’installe, son apparence se dégrade : ses priorités ne sont plus les mêmes, elle apparaît alors telle qu’elle est vraiment, une femme qui n’a d’autre but dans la vie que de s’occuper de son fils, son mari – pas toujours présent – gagnant largement de quoi les faire vivre confortablement.

 

Leur relation est aussi intéressante car on assiste à une relation amoureuse fort étrange : à aucun moment ils ne vont faire l’amour, et si on se rappelle l’état d’esprit de Vincent cela n’est aucunement étonnant. Comme le confie Denis à Jessie : « Vincent est encore un peu là-bas ». Ajoutez à cela les réponses qu’il a faites au psy qui l’interrogeait, et vous comprendrez rapidement l’incapacité amoureuse.

Mais cela ne l’empêche pas de désirer cette femme, alors que dans le même temps il la terrorise : qui pourrait rester de marbre face à un tel individu ?

 

Et la toute dernière – et brève – séquence, avant les crédits de fin, constitue alors l’aboutissement de l’état d’esprit de Vincent : j’espère que vous n’y avez pas cru…

 

PS: Et « Maryland » dans tout ça ? C'est le nom de la villa.

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