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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
L'Impératrice rouge (The scarlet Empress - Josef von Sternberg, 1934)

Sophia Frederica von Anhalt-Zerbst (Marlene Dietrich) nous est plus connue sous son nom de tsarine : Catherine II de Russie.

Josef von Sternberg nous propose sa vision de la prise de pouvoir de cette femme qui va instaurer un (nouveau) régime de terreur en Russie, méritant bien son titre d’ »impératrice écarlate » (le titre original), tant elle fit, elle aussi, couler de sang.

Nous assistons à son arrivée à la cour d’Elizabeth Petrovna (Louise Dresser), à son mariage avec le grand-duc Pierre (Sam Jaffe), jusqu’à sa prise de pouvoir suite à une véritable cavalcade dans le palais.

 

Alors que le Code Hays se met en place, Sternberg lance une dernière offensive avant la généralisation de ce qui fut une censure sans en avoir le nom.

En effet, au début du film, nous découvrons la (très) jeune Sophia (Maria Riva, la fille de Marlene) au moment de dormir. Son père va lui lire quelques pages d’histoire russe et en particulier des extraits concernant Pierre Le Grand et Ivan le Terrible : c’est une véritable débauche de violence et de femmes dénudées, avec des bourreaux plus sadiques les uns que les autres.

On retrouvera d’ailleurs cette violence lors de l’accession au pouvoir de Pierre, dans la dernière partie du film.

 

Mais L’Impératrice rouge, c’est avant tout un film épique aux teintes décadentes fort prononcées.

C’est une vision où la vérité historique n’est pas l’essentiel mais un prétexte pour une fresque splendide où Sternberg dirige (pour la sixième fois) Marlene Dietrich avec une exigence qui frise la dictature, amenant un climat de tournage forcément tendu.

Mais quel résultat : c’est une histoire absolument immorale mais tellement bien amenée qu’on ne peut que se réjouir d’une telle association.
Certes, le film fit scandale à sa sortie, les images étant plutôt en total décalage avec ce que les spectateurs avaient l’habitude de voir. Encore que : rappelez-vous certaines scènes du Signe de la Croix l’année précédente qui n’ont pas grand-chose à envier à celles de ce film question violence.

 

J’ai parlé de décadence plus tôt et c’est très certainement l’impression qui émane de ce film. En effet, quand nous découvrons celle qui sera la Grande Catherine, elle est encore une jeune femme innocente et un brin naïve, même si l’apparition du comte Alexei (John Lodge) va commencer à fissurer cette innocence : elle tombe amoureuse malgré elle.

Et Alexei est deux fois responsable de la perte de l’innocence de Sophia : sa description du grand-duc n’a rien à voir avec l’homme qu’elle va découvrir en arrivant à la cour de l’impératrice.

Pierre est un aristocrate dégénéré, sorte de victime collatérale consanguine : il est débile et surtout dangereux, dominé par une tante omnipotente (Elizabeth). Sam Jaffe, dont c’est le premier long métrage (1), campe un grand-duc absolument formidable, au regard de dément forcément maléfique.

Pas étonnant alors que Catherine veuille fuir cet homme et se réfugie alors dans d’autres bras, transformant le palais en un vaste lupanar, reprenant à son compte d’une certaine façon les coutumes de sa prédécesseure.

 

Et cette décadence est accentuée par les décors magnifiques de Hans Dreier et son équipe. Ce sont des statues torturées, rappelant parfois les gargouilles des églises, ou encore certains éléments de décors d’une autre grande fresque épique : Les Nibelungen de Fritz Lang, dans la première partie, La Mort de Siegfried.

Certaines de ces statues sont aussi des scènes de supplices de martyrs plus ou moins chrétiens, ajoutant une dose de malaise dans cette débauche de violence visuelle. Pas étonnant encore que l’opinion publique fût un tantinet choquée à l’époque (2).

 

Et plus de 85 ans après, la force du film est restée intacte et Marlene Dietrich est encore une fois magnifiquement dirigée par un réalisateur dont l’exigence est à la mesure de son talent.

Et en plus, comme pour faire plaisir à mon ami le professeur Allen John, elle ne chante pas !

 

PS : (Petit clin d’œil) Louise Dresser fut déjà Catherine II dans The Eagle (1925), aux côtés de Rudolf Valentino.

 

  1. Il a pourtant déjà 43 ans quand le film sort.
  2. Les critiques de l’époque ne furent vraiment pas tendres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Ridley Scott
American Gangster (Ridley Scott, 2007)

Un homme qui geint en espagnol pendant qu’on répand du liquide sur lui. La caméra s’éloigne : c’est de l’essence qu’on verse sur lui sous les yeux d’un homme âgé – Bumpy Johnson (Clarence Williams III) – et un plus jeune – Frank Lucas (Denzel Washington) – qui allume un cigare avant de jeter le briquet sur l’homme imbibé. Après quelques cris, le jeune homme abat le grand brûlé.

L’entrée en matière du film est forte, elle en donne le ton : comme annoncé par le titre, c’est le parcours d’un gangster que nous allons suivre, et après ces images choc, il faut s’attendre à un portrait sans concession.

 

Il s’agit d’une histoire inspirée de faits réels : Frank Lucas est mort l’année passée, alors que Richie Roberts (Russell Crowe), le policier qui l’a traqué, a fêté pour sa part ses 82 ans.

Et Ridley Scott déroule implacablement cette histoire dont l’affiche est un raccourci plutôt judicieux.

On y voit les deux têtes d’affiche sur fond noir, l’un habillé en sombre (Washington) et l’autre en clair (Crowe), amenant une sorte de manichéisme symbolisée par les deux côtés de la Loi : Frank est le méchant gangster alors que Richie est le gentil policier.

Bien évidemment, il n’en est rien, nous savons tous que le monde n’est pas manichéen et si Frank est vraiment un gangster dangereux – donc un « méchant » - Richie n’est pas non plus un enfant de chœur !

Mais une chose est sûre à propos de Richie : c’est un flic honnête et intègre, et en plus de l’histoire de ce gangster particulier, nous assistons au démantèlement d’un réseau de corruption dans la police de New York.

Cette opposition va aussi se traduire, pendant la première moitié du film, par une progression en parallèle de ces deux hommes, jusqu’à la première confrontation (de loin) qui a lieu pendant le « match du siècle » qui opposa Muhammad Ali et Joe Frazier.

 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Frank Lucas était un gangster redoutable, assassinant de sang-froid ses adversaires. On en a un très bon exemple en pleine rue devant le monde.

Il faut dire que Lucas est avant tout un homme d’affaire, loin de l’image des truands un peu trop voyants qu’on peut rencontrer autour de lui. Il est toujours impeccablement habillé, ce qui ne l’empêche nullement de tuer des gens. Dans cette même scène, l’exécution se fait entre deux bouchées – il est en train de déjeuner avec ses associés – et la conversation va reprendre là où elle s’était interrompu, le temps de régler un compte.

 

Mais ce redoutable criminel est interprété par le grand Denzel Washington, et il est difficile de ne pas vibrer pour cet acteur, et ce malgré le contexte meurtrier.

A cet effet, Scott insère des plans de coupe où la drogue continue d’être vendue et consommée, et on a même une grande réjouissance avec en toile de fond des overdoses fatales, résultat du trafic de Lucas : c’est sordide à souhait, mais une vision tout de même très réaliste du fléau que représente l’héroïne.

Alors oui, on admire l’acteur, mais certainement pas le personnage qu’il interprète. Encore que (1)…

Face à lui, on a un Russell Crowe dans un rôle de justicier singulier : certes, il est un incorruptible forcené et un pourfendeur de corruption. Mais à quel prix ? ON retrouve alors l’image classique du flic solitaire dont le métier a tué la vie de famille. Mais là encore, Richie assume, refusant une nouvelle fois la facilité.

Entre les deux, on retrouve – entre autres – Josh Brolin, chef du réseau corrompu : répugnant à souhait, à aucun moment on ne peut s’identifier à ce policier qui « bouffe à tous les râteliers », roulant dans une très belle voiture, au-delà de ses moyens de policier, cela va de soi…

Au final, un film de gangsters de très bonne facture où Scott réussit à faire un portrait assez formidable (2) de Frank Lucas mais sans pour autant faire de lui un héros au sens noble. Et Washington prend le relais de cet élément : comme je l’ai déjà dit plus haut, on admire l’acteur, pas le rôle.

 

  1. Je vous renvoie à la biographie de Frank Lucas qui ne fut pas un gangster toute sa vie.
  2. Bien sûr, ce n’est pas la réalité. Tout ceci est inspiré d’une histoire vraie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Howard Hawks, #Louise Brooks
Une Fille dans chaque port (A Girl in every port - Howard Hawks, 1928)

Spike Madden (Victor McLaglen) est un rude gaillard qui parcourt les mers. Et à chaque escale, il en profite pour aller voir une de ses « fiancées » qu’il a laissée quelque temps (des années) plus tôt.

Mais quand nous le retrouvons, il enchaîne vent sur vent (1) : l’une s’est mariée entretemps, l’autre est avec un jaloux… Mais surtout, de nombreuses conquêtes potentielles portent un bracelet orné d’un cœur dans lequel est tracée une ancre.

Bref, à chaque fois, Spike arrive en deuxième, ce qui n’est pas la meilleure place.

Lors d’une escale déterminante, il se frotte à un autre marin aussi bagarreur que lui : Bill (Robert Armstrong). Dès lors, l’affrontement est inévitable mais rapidement interrompu par la police qui va regretter de s’être déplacée : les deux antagonistes vont s’unir pour rosser la maréchaussée, scellant alors une amitié indéfectible.

Jusqu’à l’arrivée de la femme : Mam’selle Godiva (Louise Brooks).

 

C’est avant tout une histoire d’amitié virile que nous propose Howard Hawks, comme on en trouvera beaucoup d’autre dans ses films ultérieurs. Ses deux héros ne sont pas sans rappeler Flagg et Quirt dans What Price glory deux ans plus tôt, surtout qu’il y avait déjà Victor McLaglen. Mais alors que Walsh faisait se battre ses héros pour Charmaine, ici, si les femmes sont présentes, elles ne sont pas les enjeux des différentes bagarres.

Et quand paraît LA femme, elle n’est pas un enjeu entre ces deux hommes mais plus un danger pour leur amitié.

 

Mais pour cela, il faut attendre que la deuxième moitié du film soit entamée : pas de Louise Brooks avant !

Encore une fois, la belle Louise n’a pas la place qu’on attend de lui voir occuper. Non seulement elle apparaît tardivement, mais en plus elle est un sujet de discorde entre les deux hommes !
D’une manière générale, les réalisateurs ont souvent sous-employé la grande Louise, la cantonnant à des rôles plutôt utilitaires voire esthétiques. Sauf peut-être William Wellman et son Beggars of Life.

Heureusement, cette même année 1928 la verra tourner avec Pabst dans Loulou, révélant pleinement son talent.

 

Mais le personnage principal reste tout de même Spike, et Victor McLaglen nous montre qu’il n’était pas seulement le faire-valoir de John Wayne chez John Ford. Certes, son physique de brute ne le sert pas auprès des femmes, mais c’est d’ailleurs un des ressorts comiques du film, surtout avec l’accumulation des bracelets de Bill.

Et l’association McLaglen-Armstrong fonctionne très bien, leur animosité envers les représentants de l’ordre semble un terreau fertile pour une amitié (2). De plus, leurs différentes statures ne sont pas sans rappeler celles d’un duo comique américain qui en était à ses débuts à la même époque…

 

Mais la part comique (majoritaire) n’empêche pas un développement un tantinet dramatique dû à l’arrivée de la femme, ancienne conquête de Bill. Et le sommet tragique a lieu quand Spike revient chez lui après avoir été envoyé aux fraises par Marie/Godiva : il la trouve là, après le départ de Bill, qu’elle avait voulu reconquérir. Peu d’explication suffisent : un plan sur la chambre quittée précipitamment par ce dernier et Spike pense avoir tout compris, lui amenant le rire (3), qui devient alors la véritable politesse du désespoir.

 

Mais malgré tout le film se termine bien, et si on peut regretter la petite part de Louise Brooks, on n’en savoure pas moins les différents avatars de cette amitié singulière, où le terme « affectif » a tout de même tendance à rimer avec bourre-pif !

 

  1. Certains parlent de « râteau »…
  2. « Dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie. » (Georges Brassens, Hécatombe)
  3. Je me presse de rire de tout, de d’être obligé d’en pleurer (Beaumarchais).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Sport, #George Clooney
Jeux de Dupes (Leatherheads - George Clooney, 2008)

« Jeux de Dupes ». Quelle traduction (1) !

Le titre original est Leatherheads, qu’on peut traduire par « tête de cuir », du fait des casques utilisés dans les années 1920s pour le football (américain, cela va de soi).

Parce que c’est un film sur le football, au moment où le jeu va se professionnaliser, avec les contraintes et surtout les règles que cela implique.

Nous suivons deux joueurs emblématiques : un jeune qui monte – Carter Rutherford (John Krasinski) et un autre qui est sur la fin – Jimmy « Dodge » Connelly (George « What else » Clooney), alors que le sport est en pleine mutation.

C’est d’ailleurs Dodge qui va initier cette mutation, utilisant Carter « The Bullet » Rutherford pour promouvoir le jeu et éviter à son club (les Duluth Bulldogs) de disparaître.

Mais cette initiative va échapper au contrôle des principaux concernés et l’état va donc y mettre de l’ordre en nommant un responsable national, entérinant la professionnalisation de ce sport.

 

Encore une fois la troisième), George Clooney nous invite à un voyage dan le temps, dans cette histoire des Etats-Unis que nous Européens ne connaissons pas vraiment.

Après les années 1970s (Confession of a dangerous Mind) et les années 1950s (Good Night, and good luck), nous plongeons en plein cœur des années 1920s. Et en plus on s’y amuse beaucoup, l’équipe des Bulldogs n’étant pas vraiment une équipe comparable à celles qu’on peut voir chaque année au Superbowl, l’un des rares événements retransmis sur les chaînes européennes.

Ni d’ailleurs leur façon de jouer qui se rapproche plus du combat de rue que du sport. Il faut dire qu’à cette époque, les règles étaient on ne peut plus floues et plutôt sujettes à l’appréciation de l’arbitre – quand celui-ci réussissait à finir le match en un seul morceau.

 

Ajoutez à cela une sous-intrigue concernant Carter sur son expérience pendant la Grande Guerre – il aurait capturé les soldats de toute une tranchée seul – et vous avez l’élément manquant de l’intrigue : la femme.

Elle est journaliste et s’appelle Lexie Littleton (Renée Zellweger) et enquête sur les conditions de la reddition de la tranchée ; embarrassant grandement Carter qui aurait préféré des échanges un tantinet plus légers (2).

Cela nous amènera à un rapide épisode dans la tranchée, expliquant comment Carter a réellement contribué à la reddition de cette tranchée.

 

Mais bien sûr, c’est avant tout l’aspect sportif qui nous intéresse le plus ici, même si la reconstitution est encore une fois bien réalisée : Clooney prend un soin minutieux à recréer l’atmosphère de cette époque, usant de photographies en noir et blanc rappelant très bien l’importance des journaux à cette époque,

Et surtout, il renoue avec la tradition hollywoodienne de ces comédies (presque) intemporelles (3), qui vont surtout s’épanouir dans les années 1930s avec en particulier Frank Capra.

Parce qu’en plus, on s’amuse.

 

On s’amuse de cette équipe de bras (presque) cassés obligés de louvoyer et prendre certaines libertés pour emporter la victoire, contraints par l’évolution des mœurs de jouer « proprement », sous peine d’éviction (pour Dodge, surtout). Bien évidemment, Dodge n’en fera qu’à sa tête, mais s’il jouait réglo, où serait l’intérêt et surtout le plaisir ?

Mais derrière cette comédie brillante, pointe une réalité entrevue, noyée dans les différentes sous-intrigues du film : les joueurs de cette époque n’étaient absolument pas considérés : quand les Bulldogs doivent mettre la clef sous la porte, tous les joueurs (sauf Dodge) doivent réintégrer la « vie active » et s’affairer à des métiers non qualifiés et surtout pénibles : la mine, le ramassage des fruits, l’usine…

Dodge échappe à cet univers pénible mais pour se retrouver dans une situation qui n’dst guère plus enviable : la fonctionnaire de l’agence du chômage ne peut le classer dans une rubrique en rapport avec ses qualifications. Normal, il n’en a pas : jouer au football est un loisir, pas un gagne-pain.

 

Bref, Clooney réalise ici une comédie subtile, alliant avec bonheur les éléments comiques plus ou moins faciles, rappelant sur certains côtés le cinéma burlesque (muet) de l’époque, soutenu par la musique contemporaine à cette période. Parsemant son intrigue de quelques éléments d’actualité : la Prohibition et surtout les speakeasy et leur alcool de contrebande ; la radio et le langage réglementé…

Comme quoi on peut faire un saut dans le temps sans oublier de rire, même avec des sujets pas si comiques que ça.

 

Un plaisir, encore une fois.

 

  1. Encore !
  2. Le charme de Renée Zellweger incite plus à cette inclination.
  3. Si ce n’est le contexte, les éléments sont toujours les mêmes

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sport, #Hugh Hudson, #Lindsay Anderson
Les Chariots de feu (Chariots of Fire - Hugh Hudson, 1981)

En 1924, Paris accueillait (déjà) les Jeux Olympiques.

Le film de Hugh Hudson revient sur les épreuves d’athlétisme et surtout de course, dans lesquelles participaient quelques jeunes britanniques dont Harold Abrahams (Ben Cross) et Eric Liddell (Ian Charleson), tous deux médaillés d’or (1).

Avec ce film, Hugh Hudson remet à l’honneur deux grands champions anglais dont l’un venait de mourir  quelques années plus tôt (Abrahams, le 14 janvier 1978).

Le film s’ouvre sur Lord Lindsey (Nigel Havers) qui fait l’éloge funèbre de son compagnon, nous faisant basculer dans l’Angleterre de l’après Première Guerre Mondiale, en partie à Oxford, et le reste à Paris pour le grand événement.

 

C’est une très belle reconstitution que nous avons là, Hudson prenant un soin particulier aux tenues et autres accessoires tirés de cette époque de répit, suite à cette guerre (inutile, bien sûr) si meurtrière.

C’est généreux, c’est bourré de bons sentiments et toute cette sorte de choses, mais on y trouve aussi quelques attitudes britanniques beaucoup moins glorieuses, et en particulier les deux mandarins de Cambridge : le principal de Trinity College (Sir John Gielgud) et celui de Caïus (Lindsay Anderson).

 

Ces deux « gentlemen » représentent une frange on ne peut plus conservatrice d’une société qui disparaît et leur attitude envers Abrahams n’est pas exempte de tout reproche. Au contraire, le judaïsme de ce dernier n’est que très peu accepté (surtout pour celui de Caïus), n’hésitant pas à le rabaisser puisque n’ayant pas réussi à le convaincre.

Autre paria de l’intrigue : Sam Mussabini (Ian Holm, toujours impeccable). Il est l’entraîneur d’Abrahams, interdit un peu partout en Angleterre, et ses origines « métèques » ne semblent pas étrangères à cet état de fait : moitié italien et moitié arabe, dans cette société archaïque qui parle de « race » pour l’appartenance à un pays, il se retrouve doublement relégué sur la touche (2).

 

Bref, Hudson ne fait pas l’impasse sur les travers de cette société dans une période qui va devenir de plus en plus troublée avec la montée des totalitarismes et leur tentation même sur le sol anglais. L’antisémitisme feutré des deux représentants de Cambridge nous rappelle que la société n’était pas toujours tendre avec ses Juifs, et on peut se demander quel aurait été le sort d’Abrahams auprès de ses concitoyens en cas de défaite.

 

Mais la question en se pose pas et nous assistons avec plaisir – surtout pour ceux qui aiment le sport – à cet événement où le dépassement de soi est de mise comme le rappelle la devise des Jeux : « Plus vite, plus haut, plus fort. »

Sans oublier toutefois l’un des éléments qui fit beaucoup pour le succès du film, la musique qui est devenue depuis indissociable de Vangelis (Papathanassiou).

Et bien sûr, du fait de la course à pied, nous ne pouvions passer à côté du cantique Jerusalem d’Hubert Parry, tiré d’un poème de William Blake et qui commence ainsi : « and did those feet, in ancient time / Walk upon England’s mountains green ? » (3).

Mais l’utilisation de cet hymne par les Monty Python ne peut toutefois pas m’empêcher d’esquisser un sourire, un tantinet déplacé dans le contexte de l’intrigue…

 

Décidément, 1981 fut une bonne année pour courir : quatre mois (environ) après la sortie du film, Peter Weir proposait Gallipoli, autre film de coureurs, mais beaucoup moins optimiste.

 

PS : c’est lors de ces jeux que fut révélé un jeune athlète (20 ans) qu’on retrouvera quelques années plus tard à Hollywood : Johnny Weissmuller (3 médailles d’or, excusez du peu).

 

  1. Je ne révèle rien : c’est dans tous les livres d’histoire du sport anglais.
  2. La place de l’entraîneur, surtout dans les sports collectifs.
  3. « Dans les temps anciens, ces pieds ont-ils/Foulé les vertes montagnes d'Angleterre ?»

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Nicholas Ray, #Joan Crawford
Johnny Guitar (Nicholas Ray, 1954)

Une affaire de femmes.
Non, ce n’est pas un film de Chabrol, mais bien un western très particulier de Nicholas Ray. Très particulier du fait de la place laissée aux deux femmes qui envahissent l’écran : Joan Crawford (Vienna) et Mercedes McCambridge (Emma).

Et si le titre Johnny Guitar se réfère à un homme (Sterling Hayden), ce sont bien les deux femmes qui soutiennent l’intrigue et dirigent tout le monde, chacune de son côté.

Mais reprenons.

 

Alors que le chemin de fer progresse inexorablement, le saloon de Vienna se tient seul au milieu de nulle part, sur le futur tracé.

Ce saloon accueille tout le monde, sans distinction, Vienna ne s’occupant pas des affaires des autres.

Parmi ses clients, le Dancing Kid (Scott Brady) et sa bande – Bart (Ernest Borgnine), Corey (Royal Dano) et Turkey (Ben Cooper) – dont les revenus sont suspects aux yeux des autres habitants de la région.

Alors quand la diligence est attaquée et le frère d’Emma tué, les braves citoyens se rendent directement chez Vienna, espérant y trouver le Kid et pourquoi pas en profiter pour le pendre.

C’est dans ce climat tendu qu’apparaît Johnny Guitar, engagé par Vienna pour améliorer l’ambiance dans son saloon.

 

Du « sur mesure » !

C’est ce qu’on constate en voyant ce film : tout gravite autour de Joan Crawford qui, ayant revendu les droits du roman original à Republic Pictures, démontre une nouvelle fois qu’elle était une star absolue et une actrice extraordinaire. Et aussi une femme de (mauvais) caractère, si on en croit les différentes anecdotes qui émaillent le tournage.

En face d’elle, on trouve une autre grande actrice : Mercedes McCambridge qui tient la dragée (très) haute à la grande Joan, imposant son personnage de femme-maîtresse au même niveau que celui de Vienna.

La rivalité fut donc des deux côtés de la caméra, Joan et ses caprices ayant usé beaucoup de patiences…

 

De plus, quand sort le film (5 mai), l’Amérique vit la fin du maccarthysme, et ce fléau anti-démocratique se ressent dans le rôle de Vienna. Nicholas Ray profite de la séance d’arrestation (musclée) de cette dernière pour critiquer les pratiques du sénateur et sa « Commission des Affaires Anti-Américaines ».

La couleur est annoncée dès l’irruption du groupe aux velléités de lynchage : Vienna joue du piano (assis) dans une robe blanche immaculée, symbole évident de son innocence. S’ensuit un (beau) monologue dans lequel elle reproche à ses visiteurs leur manque de jugement et surtout leur injustice flagrante, menés par une femme aux motivations qui ne rejoignent pas obligatoirement l’intérêt général.

C’est une belle scène qui nous est offerte, Vienna/Crawford y étant superbe en porte-parole du réalisateur.


Cette arrestation amène un lynchage qui tourne court – Vienna sera sauvée, heureusement (1) – mais qui n’en demeure pas moins un élément marquant du film.

On se souvient du magnifique Ox-bow Incident qui traitait déjà de ce thème dans lequel on exécutait trois innocents. Ici, Ray va un tout petit peu plus lin dans la démonstration : certes Turkey n’est pas tout blanc, mais les conditions du lynchage sont aussi fortes que dans le film de Wellman. ON sent le malaise gagner les différentes participants qui se rendent compte de l’attitude outrancière voire insensée d’Emma, refroidissant alors leurs ardeurs.

Mais l’exécution de Turkey a tout de même lieu, la pendaison étant peut-être plus choquante du fait de la présence de sang dans le cou du jeune homme (blessure antérieure), et aussi parce que le montage coupe le plan au moment où le cheval se dérobe sous Turkey, soit un peu plus tard que l’avait fait Wellman. Un moment inoubliable : l’ayant vu une première fois il y a plus de 30 ans (2), je trouve que son intensité est la même.

 

Au final, un western inoubliable (encore un !) et surtout original : ici ce sont les femmes qui commandent et qui règlent les problèmes, à l’encontre des westerns plus traditionnels qu’on trouve à la même période. De plus, le duo infernal Crawford/McCambridge amène ce film à un haut niveau, faisant de ce western l’un des plus grands de la production hollywoodienne, aux côtés de ceux de Ford, Hawks (& C°).

 

  1. Sinon, pas de duel final !
  2. Ah, La Dernière Séance… Merci monsieur Eddy !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Anthony Hopkins
Slipstream (Anthony Hopkins, 2007)

« Slipstream », si on en croit Wikipedia (encore elle) est la zone de basse pression qui est créée par un objet en mouvement et qui suit cet objet, amenant une aspiration.

Ici, c’est le cerveau de Felix Bonhoeffer (Anthony Hopkins) qui est sans cesse en mouvement, amenant une aspiration de son esprit et créant des perturbations de l’image, la caméra passant régulièrement du niveau subjectif au niveau objectif, créant par là même aussi une confusion dans l’esprit des spectateurs.

 

Il est très difficile de résumer l’intrigue de ce film très déroutant du fait d’une multitude de niveaux : Felix est scénariste pour le cinéma et chaque élément de sa propre vie devient prétexte à une espèce de délire en rapport avec un scénario qu’il est en train d’élaborer.

Bref, c’est très complexe et on se demande à tout bout de champ si ce que nous voyons est la réalité ou une de ses fantasmagories mentales.

Le désordre ambiant est en plus accentué par un montage dynamique qui devient rapidement gênant, parasitant la compréhension de la situation générale.

 

Et c’est après la première demi-heure du film qu’on a enfin un repère : ce que nous avons vu était le fait d’un tournage cinématographique. Mais l’intervention régulière du scénariste dans l’intrigue relative à ce tournage ajoute à la confusion.

Et c’est comme ça pendant tout le film, où les personnages apparaissent et disparaissent à volonté (1), éclatant le continuum temporel.

Bref, c’est un film difficilement compréhensible où le spectateur est brinquebalé dans les délires d’un esprit rendu malade par son travail.

 

Et quand une esquisse d’explication est envisagée – vers la fin – on a tout de même du mal à se raccrocher à quelque chose de rationnel.

Le film fut un échec commercial, mais ce n’est pas surprenant : on ne sait pas où se positionner par rapport à cette déferlante d’images et le montage (trop) dynamique achève de nous donner le tournis et envie de décrocher.

Le seul aspect positif que je vois dans ce film, c’est les différentes prises de vue jouant sur l’opposition couleur/noir et blanc ou des effets en miroir. A cela s’ajoutent des surimpressions récurrentes qui rendent très bien ce qu’il peut se passer dans un esprit humain tourmenté.

Mais comme déjà dit deux fois, le montage est trop rapide et annihile ces bonnes intentions.

 

Et au final, on ne sait que penser de ce qu’on a vu, le réalisateur ajoutant une sorte de basculement final qui ne fait absolument rien pour nous éclairer.

De plus, j’ai un faible pour les films d’acteurs. Et là, je ne retrouve pas la générosité habituelle ni une lecteur très fluide.

Dommage.

 

PS : on notera l’une des dernières apparitions de Kevin « Bodysnatcher » McCarthy au cinéma.

 

  1. Celle du réalisateur du film ou/et de son personnage scénariste qui sont une seule et même personne : Anthony Hopkins.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Alfred Hitchcock
L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt - Alfred Hitchcock, 1943)

Charlie (Teresa Wright) s’ennuie dans la petite ville de Santa Rosa (Cal.). Les jours se répètent inlassablement entre sa mère (Patricia Collinge) au foyer, son père (Henry Travers), banquier passionné de crimes, et ses frère et sœur Roger et Ann (Edna May Wonacoff).

Alors elle souhaite que son oncle Charlie (Joseph Cotten les visite pour leur remonter le moral.

Ca tombe bien, Charlie (l’oncle) a besoin de changer d’air et a prévu de quitter la côte Est pour aller les voir.

Mais qui est donc cet oncle secret et pourquoi a-t-il besoin de changer d’air ? Surtout que dans le même temps, un tueur de « veuves joyeuses » sévit, éliminant ses riches victimes avant de disparaître avec leur argent.

Et pourquoi la valse Heure exquise (1) vient-elle résonner dans la tête de l’autre Charlie ?

 

Sixième film américain d’Hitchcock (en trois ans !), L’Ombre d’un doute est très certainement l’un de ses meilleurs, son préféré s’il faut en croire le maître lui-même. Il faut dire que c’est avant tout l’atmosphère qui prime dans ce film, amenant une tension de plus en plus palpable, dans une intrigue très inquiétante.

La présence de Joseph Cotten dans le rôle de l’oncle mystérieux y est pour beaucoup. Il faut dire que son physique de jeune homme très bien accentue la noirceur présumée (2) de son personnage.

Et Hitchcock joue longtemps avec le spectateur avant de lui révéler la vérité, amenant certaines réparties qui font pencher la balance d’un côté plus que de l’autre, ainsi que certaines attitudes qui ne trompent pas.

 La grande idée du scénario vient de la dualité des Charlie : d’un côté l’oncle sombre et de l’autre la jeune nièce très vivante qui semble renaître à l’arrivée de ce dernier.

Et Hitchcock insiste sur le lien qui les unit, jouant sur la coïncidence (?) qui l’amène alors qu’elle voulait l’inviter, et la complicité qui s’installe à nouveau (pour eux mais pas pour nous qui découvrons). Sans oublier les deux plans qui nous présentent ces deux personnes : pour chacun d’eux, nous les découvrons allongé sur leur lit, découragé (désabusé ?), avec un désir inextinguible de changement.

 

Mais l’ombre du doute dont parle le titre va détendre le lien entre ces deux personnes, et progressivement ils vont s’éloigner mais sans pour autant se perdre de vue : s’il s’agit du tueur, Charlie va devenir une menace pour lui. Et s’il ne l’est pas, comment pourra-t-elle revenir ?

 

[Je ne peux continuer sans donner la résolution de l’intrigue. Si vous n’avez pas vu le film, revenez plus tard (demain par exemple). Pour les autres, je continue :]

 

Bien sûr, elle ne reviendra pas : Charlie est le tueur de veuves. Et dès la révélation – pour l’autre Charlie – commence ce qu’on aime chez Hitchcock : l’installation d’un suspense, ici motivé par le danger qui guette Charlie face à cet homme sans scrupule et qui n’hésitera pas à la tuer pour s’en sortir.

Nous avons alors droit à des plans fixes qui accentuent la menace pour la nièce, ainsi  que la culpabilité de l’oncle. On retrouve ces mêmes plans dans le reste de l’œuvre du maître : une réalisation simple, minimale mais aux effets des plus intenses. C’est l’oncle le long de la maison qui attend la jeune femme, ou une caméra subjective qui suit la marche de Charlie (la fille) s’approchant de cet être dangereux. Sans oublier un jeu d’ombre et de lumière (bien sûr !) indispensable dans une telle intrigue : le noir l’emporte souvent mais malgré tout on ne peut négliger l’aspect lumineux des personnages, même l’oncle qui aime sincèrement sa nièce. Mais ça, c’était avant.

 

Et comme nous sommes chez Hitchcock, nous retrouvons un humour de bon ton qui fleurit tout le long du film : le père et son voisin Herb (Hume Cronyn) férus de romans policiers et autres histoires de meurtres (irrésolus aussi !) qui passent leur temps à imaginer la meilleure façon de s’éliminer l’un et l’autre, dans un souci criminel autant qu’esthétique ; la jeune Ann qui lit beaucoup et retient. Sans oublier le célèbre McGuffin : c’est une bague d’émeraude que Charlie offre à Charlie. Et Charlie apparaît, la bague au doigt en descendant l’escalier, tout comme était apparue la nouvelle Mrs de Winter dans les habits de Rebecca presque trois ans plus tôt.

 

Du grand Hitchcock. Encore !

 

  1. Tirée de l’opérette La Veuve joyeuse de Franz Lehár…
  2. On ne sait pas tout de suite s’il est ou non un tueur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Jake Kasdan
Jumanji : Bienvenue dans la Jungle (Jumanji: Welcome to the Jungle - Jake Kasdan, 2017)

Réjouissant.

C’est le qualificatif qui me vient naturellement après le visionnage de ce nouveau volet du jeu Jumanji. Et pourtant, ce n’était pas gagné : j’avais peu envie de le voir !

Rappelez-vous : dans le film de Joe Johnston, des jeunes gens se lançaient – légèrement au début puis beaucoup moins – dans une partie de Jumanji qui avait la particularité d’insérer les écueils dans la vraie vie. En prime, un jeune garçon qui avait commencé une partie quelques décennies plus tôt les rejoignait.

Ici, c’est (presque) pareil.

 

Jake Kasdan (le fils de Lawrence) reprend les mêmes ingrédients et ouvre avec le jeune Alex (Mason Guccione/Nick Jonas) qui commence la partie. Puis nous avons un saut dans le temps et nous retrouvons un quarteron vedette, ceux qui reprennent la partie : Spencer (Alex Wolff/Dwayne Johnson), Fridge (Ser’Darius Blain/Kevin Hart), Bethany (Madison Iseman/Jack Black) et Martha (Morgan Turner/Karen Gillan).

Mais attention, alors que le film de Johnston utilisait un jeu de plateau traditionnel avec pions qui se déplacent, ici c’est une version numérique avec une console.

Et alors que les incidents arrivaient dans le monde des joueurs, ici ce sont les joueurs qui sont envoyés sur place, dans cette jungle hostile annoncée par le titre.

 

C’est d’ailleurs le passage dans le monde virtuel (et pourtant bien réel !) qui est la source du comique du film. En effet, on rit souvent des différents décalages entre ces adolescents livrés à eux-mêmes dans des corps d’adultes. La palme revenant à Bethany qui devient un homme, avec des petits désagréments absolument inattendus : le fait d’uriner en fait partie…

Et on peut alors savourer le jeu de Jack Black (toujours aussi bon d’ailleurs) dans ce rôle transgenre : jouer une jeune fille quand on est un adulte plutôt épais et de surcroît barbu sans tomber dans la caricature mérite d’être distingué.

L’autre bonne surprise, c’est Dwayne Johnson et ses gros biscoteaux. IL interprète le joueur aventurier sans faiblesse, celui qui permet de gagner la partie, mais avec un handicap certain : Spencer, dans la vraie vie est un « nerd », une espèce d’intello à la connotation péjorative.

Et surtout, le vrai Spencer est un empoté, surtout auprès des filles. On retrouve alors ce décalage sur le grand corps fort et musclé de l’ancien catcheur.

 

Bref, ce décalage permet au film de virer dans la comédie et de tenir son rang par rapport au film de 1995. Bien sûr, les effets numériques ajoutent au spectacle mais ce n’est pas dans ce domaine que le film est le plus intéressant.

Kasdan dépoussière le thème et s’en tire très bien, amenant la comédie là où on ne l’attendait pas, en utilisant avec bonheur les ressorts du jeu vidéo (nombre de vies, caractéristiques…).

On s’amuse de ses ados un peu empêtrés dans cette histoire tout en vivant certains éléments de leur âge qui ne sont pas obligatoirement très agfréables, surtout devant les autres : le baiser entre Martha/Gillan et Spencer/Johnson vaut à lui seul le déplacement.

 

Alors allez-y, oubliez le film de Johnston et régalez-vous de cette comédie dont la grande prétention est de faire rire : elle y parvient !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Kevin Costner
The Postman (Kevin Costner, 1997)

Etats-Unis, 2013.

Enfin 2013 vu depuis 1997, soit une quinzaine d’années plus tard.

Nous sommes dans une période post-guerre (1) qui laissa un pays exsangue et une désorganisation générale, dominée par l’armée des Holnistes, suiveurs d’un paysan opportuniste, et menés par le terrible général Bethlehem (Will Patton).

Face à cette armée omnipotente, un homme remet en place un service public : la poste. Son nom : Le Postier (Kevin Costner).

 

Kevin Costner qui nous avait gratifiés d’un extraordinaire Dances with Wolves nous propose ici un western assez atypique.

En effet, alors que le Western est – à juste titre – lié aux débuts du cinéma et surtout à la période qui en a vu la naissance, il projette le genre une centaine d’années pus tard.

Nous spectateurs de 2020 savons que l’anticipation est un tantinet exagérée, mais il n’empêche : Costner construit son film comme un de ceux qui firent de l’Ouest un univers mythique.

En effet, outre les grands espaces chers à ses prédécesseurs (Ford, Hawks, Walsh, etc.), c’est une nouvelle accession à la civilisation qui nous est proposée ici.

 

D’ailleurs, la séquence d’introduction ne laisse aucune alternative : nous sommes dans un western et puis c’est tut.

L’armée de Bethlehem arrive dans un village afin de se ravitailler (2). Ensuite, la divergence s’installe et nous assistons à un road-movie mettant en scène un homme qui n’est pas vraiment ce qu’il prétend être : le postier. Ce postier est avant tout un opportuniste. Comme il le dit lui-même : « si tu savais comment je suis devenu postier, tu en rirais ou en pleurerais. »

Et c’est vrai que c’est une drôle d’opportunité qui se présente à cet homme : seul, transi et trempé jusqu’aux os, il trouve une fourgonnette de la poste et le courrier qui va avec. Après avoir allumé un peu de feu (chaleur) avec les premières lettres, il prend conscience du pouvoir e ces lettres et surtout de l’espoir qu’elles renferment. A cela se mêle un brin d’opportunisme et vous avez une mission qui se trace devant notre homme, une sorte de sauf-conduit dans cette période on ne peut plus troublée.

 

Et cette histoire de Poste – restante, cela va de soi puisque le système est tombé en 2001 et nous sommes en 2013 – possède des accents un peu prémonitoires qui ont un réel écho dans notre monde de 2020. En effet, ce que propose ce postier occasionnel, ce n’est rien d’autre que de réinstaurer du lien social dans un système abandonné. Et bien sûr, il y parvient. Mais il ne faut pas être très regardant sur la manière : c’est l’occasion qui fait le larron, comme on dit, mais ici qui fait le postier. Mais c’est surtout l’espoir qu’il génère qui fait le reste : sans le vouloir – et surtout pour des débarrasser d’un importun (Larenz Tate) – il nomme un suiveur qui va essaimer, amenant une situation qui va complètement lui échapper : on parle de lui comme d’un héros extraordinaire et inaccessible. Et cette inaccessibilité ne peut être reprochée à ce suiveur – Ford Lincoln Mercury, alias John Stephens (le même Tate) – d’user des mêmes méthodes que son prédécesseur.

 

Et puis il y a la dimension western. Outre les grands paysages dont j’ai déjà parlés, nous retrouvons une configuration qui n’est pas sans rappeler la Guerre de Sécession. En effet, nous avons d’un côté le postier et ses suiveurs, qui en plus portent l’uniforme bleu qui n’est pas sans rappeler celui de l’Union, et de l’autre des hors-la-loi menés par un chef illégitime, avec des tenues plus ou moins disparates, censées rappeler celles du Sud.

Et bien sûr, vous devinerez qui l’emporte…

 

Bref, un western « moderne » qui n’eut pas le succès escompté ni encore moins mérité.

A (re)voir !

 

  1. D’après la chronologie Wikipedia, c’était entre 1998 et 2001.
  2. Ca devrait vous rappeler un film de John Sturges de 1960…

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