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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Stephen Daldry
The Reader (Stephen Daldry, 2008)

Berlin, 1958.

Michael Berg (David Kross) rentre chez lui, malade. Il est secouru par une femme jeune, qui le sèche et le raccompagne.

Quelques mois plus tard, il retourne la remercier et tombe amoureux d’elle. Elle s’appelle Hanna Schmitz (Kate Winslet) et travaille dans les tramways.

Rapidement, ils deviennent amants, lui fougueux comme tout jeune homme de quinze ans, elle comme une femme gagnée par le retour d’âge et à qui la vie offre une nouvelle occasion d’aimer.

Mais Hanna a ses secrets : pourquoi laisse-t-elle Michael lui lire les livres qu’il étudie en classe ? Pourquoi ne veut-elle pas consulter l’itinéraire qu’il a préparé pour leur escapade ?

Mais s’il n’y avait que cela…

 

Il y a dans le cinéma de Stephen Daldry une subtilité qu’on avait beaucoup aimée dans Billy Elliott et qu’on retrouve ici dans cette histoire allemande. Mais alors que B.E. était une comédie, ici c’est plus d’une tragédie qu’il s’agit, où le passé se mêle aux sentiments et surtout où les vieux démons des « Années de Chien » (1) ressurgissent, rappelant sans cesse les responsabilités dans ce qui fut l’une des pages les plus noires de l’histoire de l’humanité.

Et ce qui fait la force du film, c’est bien sûr l’interprétation des différents protagonistes, avec en tête l’immense Kate Winslet dans ce rôle ambigu.

 

Ambigu parce que le personnage est complexe et renferme des secrets inavouables. Inavouables et de deux natures très différentes. Le premier, le plus évident, c’est son analphabétisme. On s’en doute rapidement quand on reconnaît certaines des tactiques employées par ses compagnons d’infortune frappés par ce même handicap (2).

L’autre secret concerne son passé : née en 1922, elle a vécu la période nazie comme enfant au début et comme adulte à la fin. Ses choix – « malheureux » serait un euphémisme – en découlent et pourraient s’expliquer par cette incapacité à lire. Mais à aucun moment la relation n’est officiellement exprimée : Hanna se refuse à avouer qu’elle est incapable de lire ni d’écrire.

 

D’où ce « liseur » (3) qui vient l’aimer et lire pour elle, lui permettant d’apprécier toutes ces grandes histoires. Et ce lien amour-livre est réciproque : d’un côté il lui apporte l’émotion artistique, de l’autre elle lui enseigne le plaisir amoureux, le temps d’un été.

Ce mélange sera aussi un révélateur de désespoir quand Michael apprendra le deuxième secret d’Hanna.

 

[Encore une fois, ce qui suit va révéler une partie de la résolution de l’intrigue. Si vous n’avez pas vu le film, vous savez quoi faire…]

 

En effet, Hanna a été une des gardiennes d’Auschwitz entre 1943 et 1944. Sa participation à la « solution finale » peut d’ailleurs être envisagée lors de la dispute qui se tient entre elle et Michael : ce n’est pas une certitude, certes, mais on sent cette vérité effleurer dans l’attitude et les propos d’Hanna.

Et on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement quand Hanna est accusée par ses anciennes collègues d’avoir écrit le rapport qui va la condamner plus lourdement : sa honte de ne savoir lire l’emportant sur son salut, si on peut parler de salut dans cette situation.

 

Stephen Daldry réussit – encore une fois – à nous emmener dans une histoire forte et il est grandement aidé par ses interprètes.

Kate Winslet est – encore une fois – époustouflante de justesse et de naturel : elle est Hanna, cette femme complexe. Et quand on sait que Schlink l’avait en tête comme une interprète possible de son personnage, on comprend pourquoi. Elle joue sans fard ni artifice une femme terrible : capable d’amour et aussi d’une intransigeance criminelle comme on le voit pendant son procès.

Sans oublier ses scènes de nu avec David Kross (4) : là encore, ce sont des moments chargés d’émotion et d’une grande subtilité. La différence d’âge ne facilitant pas les choses.

Et surtout, Kate Winslet se livre dans toute sa « natureté » comme on disait autrefois : pas de doublure corporelle, des formes assumées et généreuses qui seront saluées à leur juste valeur par Oprah Winfrey dans son show incontournable.

 

Pas étonnant alors qu’elle ait décroché un Oscar – mérité, bien sûr – pour son interprétation.

 

PS : outre Kate Winslet et David Kross, on trouve Ralph Fiennes dans le rôle de Michael âgé. Encore une fois, Fiennes nous montre qu’il est un grand acteur, ajoutant par son jeu à la subtilité et la sensibilité qui baignent ce film.

 

  1. « Hundejahre » : 1933-1945
  2. Oui, c’est un handicap dans notre société où tout s’écrit et se lit.
  3. Traduction du titre du roman de Bernhardt Schlink (Der Vorleser).
  4. Ces scènes furent d’ailleurs tournées une fois que Kross eut 18 ans, histoire d’éviter des complications juridiques…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Spike Lee
BlacKkKlansman (Spike Lee, 2018)

Ron Stallworth (John  David Washington, le fils de Denzel), jeune recrue, arrive à la police de Colorado Springs. S’il a été engagé, c’est aussi, et surtout, parce qu’il est noir.

Après un passage aux archives, il est envoyé sur le terrain en infiltration. Il rejoint alors Flip Zimmerman (Adam Driver), Jimmy Creek (Michael Buscemi, le frère de Steve) et le sergent Trapp (Ken Garito) qui les dirige.

Alors qu’il consulte le journal, il tombe sur une annonce du Klan : par jeu ou par sens de la provocation (ou autre ?), il appelle et se retrouve alors en bonne position pour devenir membre de cette terrible « organisation ».

Le seul problème : il est noir.

 

Comme l’annonce l’affiche, il s’agit d’une histoire vraie, celle de ce policier qui infiltra le triple K, avec l’aide de son équipe : les rencontres avec les membres ne pouvant avoir lieu avec Stallworth, c’est donc Zimmerman qui s’y rend, donnant alors le change à ces racistes ô combien dangereux.

Au début, cela semble relever de la gageure, voire de la plaisanterie. Mais rapidement, Stallworth rentre dans le jeu et convainc ses collègues.

C’est donc une descente dans ce milieu des plus malsains où les hommes et les femmes sont inégaux, et où la haine est de mise. Haine anti-noir tout d’abord et antijuive ensuite.

Et Spike Lee ne fait pas dans la demi-mesure (1), nous présentant froidement cette organisation néfaste : ses membres et surtout ses idées, exposées régulièrement par celui qui était leur chantre : David Duke (Topher Grace).


Et cette descente en enfer va définitivement éliminer l’élément comique original. Cette infiltration n’a rien de drôle : au contraire, les deux policiers sont constamment en danger – Zimmerman surtout – au milieu de ce groupuscule de ravagés qui sont en outre armés.

Mais alors qu’on a l’habitude de voir de la violence dans les films de Spike Lee, ici, pas une seule fois ces Américains dits « supérieurs » ne recourent à la violence physique : ce sont plus des échanges oraux entre les membres ou encore les réflexions de Stallworth qui nous intéressent ici. Il faut dire que le discours nauséabond de Duke est suffisamment violent pour éviter d’avoir en prime des images chocs.

Mais ces images ne nous seront pas épargnées : une fois l’intrigue terminée, Spike Lee termine sur ce qui faisait partie de l’actualité du film : Charlottesville. Et en particulier l’attaque à la voiture-bélier qui fit une victime, dans le cadre des manifestations des suprémacistes blancs qui protestaient contre l’enlèvement de la statue de Robert Lee, le célèbre héros du Sud.

 

Ce rappel historique est des plus pertinents quand il s’agit de parler du Klan : c’est au sortir de la Guerre de Sécession qu’est né cette organisation comme on peut le voir dans deux films-phares américains : Naissance d’une Nation et Autant en emporte le Vent. Ce n’est pas non plus un hasard si ces deux films sont cités ici : le film s’ouvre sur Atlanta et ses blessés pendant que Scarlett O’Hara (Vivien Leigh) recherche le docteur Meade. L’autre est projeté après la cérémonie d’intronisation des nouveaux membres (1).

Mais malgré la démonstration que représente ce film, nous sommes au cinéma, et Spike Lee mène son film de façon magistrale, réservant quelques grands moments d’émotion – c’est avant tout ce qu’on recherche dans une salle obscure, non ? – tout le long du film.

 

Lee premier, c’est le discours de Stokely Carmichael/Kwame Ture (Corey Hawkins) où Lee insère des plans des visages attentifs, isolés sur fond noir, donnant une solennité à son discours qui, n’en déplaise aux policiers, n’est pas un véritable appel au meurtre : il s’agit juste de changer de point de vue et de se dire « Black is beautiful ».

Autre moment de grâce (non, je n’en fais pas trop !) : le récit par Jerome Turner (Harry Belafonte) du lynchage d’un jeune homme noir en 1916. La voix de Belafonte va nous hypnotiser et nous allons nous imprégner de ce qu’il raconte, de cette injustice raciste flagrante qui amena la mort de ce jeune homme coupable – semblait-il, mais je n’y crois pas du tout – de viol su une jeune femme blanche. Et Turner remet ce lynchage dans son contexte : l’année précédente avait vu le retour du Klan, grâce à la projection du film de Griffith déjà mentionné plus haut.

Mais ce qui donne encore plus de force à l’histoire que nous avons entendue, ce sont les photos qui ont été prises de ce triste événement, lançant crûment à nos regards les effets de ce genre d’auto-justice.

De plus, cette histoire se tient dans une séquence de montage parallèle : l’autre sous-intrigue concerne l’intronisation des nouveaux membres de cette société, accentuant la force de ce qui nous est raconté.

 

Si Spike Lee réussit à nous tirer un sourire lors de l’une des dernières interventions de Ron Stollworth, ce sourire disparaît très vite quand surgissent les images de Charlottesville. Cette histoire qu’on aurait pu croire enterrée dans les années 1970s retrouve toute son actualité dans les événements d’août 2017. Et la violence qu’on n’a pas vue pendant le film se retrouve pleinement étalée dans les extraits d’actualité : ces gens du Klan ne sont pas des orateurs mais bel et bien des personnes d’action, prêts à tout pour imposer leurs idées sordides.

A ces images sont ajoutées celles du président américain actuel qui ne semble pas beaucoup dérangé par ces citoyens particuliers, renvoyant les deux camps sans les distinguer ni exprimer une quelconque préférence. Abject.

 

PS : David Duke, en 2017, tient toujours le même genre de discours, comme le confirme la dernière séquence du film.

 

  1. En va-il autrement avec lui ?
  2. Et une première fois au tout début alors qu’on assiste à la répétition d’un discours haineux prononcé par le docteur Kennebrew Beauregard (Alec Baldwin) en 1957.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Rouben Mamoulian, #Greta Garbo
La Reine Christine (Queen Christina - Rouben Mamoulian, 1933)

La caméra (1) se rapproche du visage de Greta Garbo, à la proue du navire qui l’emmène en Espagne : un visage lisse ni triste, ni gai, mais où les yeux ont cette étincelle d’espoir qu’on trouve malgré tout quand tout est perdu, mais qu’on ne peut pas descendre plus bas.

 

Garbo retourne en Suède.

En fait, elle interprète la reine Christine du titre, cette reine qui abdiqua au profit de son cousin Charles (Reginald Owen).

Et comme nous sommes à Hollywood, Rouben Mamoulian, par l’intermédiaire de son équipe de scénaristes (2), explique l’abdication par une volonté de liberté et surtout un amour magnifique avec l’envoyé de Philippe IV – Antonio (John Gilbert) – venu lui demander sa main pour le souverain.

 

Encore une fois, l’introduction du personnage interprété par Garbo est retardée au maximum, la découverte aiguisant l’envie du spectateur de découvrir la star dans un nouveau grand rôle.

Si nous rencontrons Christine dès le début, elle n’est qu’une enfant (1) !

Par contre, il faut attendre que la sixième minute soit entamée pour voir enfin la belle Greta. Voir est un tantinet exagéré puisqu’on ne peut que la distinguer, à cheval d’abor puis à pied et dans des habits d’homme (plus pratiques pour chevaucher). Et alors que la caméra la suit à travers le palais, son visage reste toujours occulté : la caméra est derrière et en plus, elle porte un chapeau.

Et quand enfin son visage va nous être révélé, c’est encore avec un léger temps d’attente, le chapeau s’effaçant au tout dernier moment.

Et croyez-moi, l’attente valait le coup : Greta Garbo est magnifique dans le rôle de cette femme libre au destin peut-être trop grand pour elle (4).

 

Mais surtout, ce film, ce sont avant tout les (dernières) retrouvailles de Garbo et Gilbert au cinéma. Je passerai sur leur histoire d’amour compliquée qui amena d’une certaine façon la déchéance de Gilbert, grâce surtout au gros Mayer, et me concentrerai sur ce duo extraordinaire qu’étaient ces deux immenses stars.

Certes, John Gilbert a été oublié, son souvenir se cantonnant au cinéma muet. Mais sa prestation – sonore – est tout à fait convaincante. On retrouve d’ailleurs la même intensité que dans les films communs antérieurs qu’il a tournés avec Garbo.

Sa voix n’est pas désagréable, mais surtout son regard n’a pas perdu de son éclat, et on sent bine qu’il n’a pas dû beaucoup se forcer pour interpréter ce gentilhomme amoureux de la belle Christine.

De son côté, la Divine porte encore une fois très bien son surnom, interprétant un personnage qui lui tient beaucoup à cœur – elle était suédoise, ne l’oubliez pas ! – une femme avant d’être une souveraine. Une femme, ce que Garbo était avant tout !

 

Bien sûr, ce fut l’un des plus gros succès de l’année pour la MGM, et même l’Impératrice rouge qui sortira quelques mois plus tard n’arrivera pas à le détrôner (c’est ce qu’on dit dans ce cas-là, non ?).

La Reine Christine est avant tout un film qui se savoure. Tout d’abord pour Garbo, toujours aussi magistrale, mais là aussi pour son partenaire naturel le grand Jack Gilbert, où leurs confrontations ne sont pas sans rappeler celles du temps où le cinéma était silencieux (5), et où tout passait – comme ici – par le regard.

Mais c’est aussi une très belle histoire d’amour, tragique bien sûr, où Garbo dégage la même sensualité que d’habitude. La séquence d’adieux dans la chambre que Christine a partagée avec Antonio est un grand moment sensuel du film : ses différents sens y sont mis à contribution afin qu’elle se remémore éternellement cet endroit : magnifique.

 

PS : Aussi curieux que cela puisse paraître, et la séquence d’intronisation le confirme, Christine portait le titre de « Roi de Suède ».

 

  1. De William H. Daniels, bien sûr !
  2. Dont l’ami de Garbo, Salka Viertel, qui collaborera à l’écriture de plusieurs films de la Divine à partir de celui-ci.
  3. Cora Sue Collins, qui aura 93 ans le 19 avril prochain…
  4. Toujours est-il que c’est ainsi que cela nous est proposé.
  5. Traduction littérale de « silent cinema », qu’on appelle chez nous « cinéma muet ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Ernst Lubitsch, #Greta Garbo
Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939)

1930 : Garbo parle (1).

1939 : Garbo rit (2).

Enfin, il faut tout de même attendre la 47ème minute du film pour la voir enfin rire. Et attention : elle ne fait pas semblant (3). C’est un rire franc et massif suite à une situation burlesque. C’est un rire qui dévaste tout et surtout qui libère son personnage de camarade soviétique des plus austères.

Mais reprenons.

 

Iranoff (Sig Ruman), Buljanoff (Felix Bressart) et Kopalski (Alexander Granach) débarquent à Paris pour vendre les bijoux de la famille impériale. Mais la grande duchesse Swana (Ina Claire) n’entend pas les laisser faire : elle envoie le comte Leon d’Algout (Melvyn Douglas) négocier avec les trois soviétiques. Acculés, ces trois compères font appel à Moscou qui leur envoie un agent spécial pour reprendre la main et mener à bien les négociations : Nina Ivanovna Yashukova (Greta Garbo), une camarade rigoureuse et dogmatique.

Cette dernière rencontre fortuitement d’Algout et ne semble pas totalement insensible à son charme…

 

Il aura fallu attendre 15 ans pour voir enfin la Divine rire et surtout jouer dans une comédie. On se dit alors qu’on a perdu tout de même beaucoup de temps : on aurait aimé la voir participer à d’autres, mais malheureusement, c’était l’avant-dernier film de la star qui tournera un dernier film (une autre comédie) avant de tirer un trait définitif sur sa carrière (prestigieuse).

C’est bien dommage, parce qu’elle nous montre ici qu’elle savait aussi faire rire (4), sans pour autant perdre son charme extraordinaire. Les trois premiers quarts d’heure semblent d’ailleurs un supplice pour Ninotchka (diminutif de Nina) d’avoir à conserver un visage de marbre face à un d’Algout en verve et séduisant.

 

Mais revenons sur l’éclat de rire. Jamais cette expression n’a aussi été pertinente parlant de Garbo. Avec ce rire sonore, c’est comme une libération pour la belle Greta, reniant toutes ces tragédies auxquelles elle participa et dont elle fut (enfin son personnage) la plupart du temps la cause. C’est le sérieux indispensable de tous ces autres films qui est évacué par ce rire que tout le monde attend dès les rugissements du lion (5).

Et pourtant ce n’était pas gagné : alors que les trois camarades qui ouvrent le film font immanquablement sourire, l’arrivée de Garbo est un grand moment d’austérité et de visage froid. Bien sûr, le contraste avec ses trois compatriotes nous amuse, mais son masque est éloquent : elle n’est pas venue pour rigoler, surtout quand elle va s’apercevoir de la situation dont elle hérite, sans oublier les dépenses somptuaires liées à l’hôtel fréquenté et surtout sa « suite royale ».

 

Mais nous sommes chez Lubitsch, et tout va s’éclairer. Ce seront tout d’abord des petits riens qui vont s’accumuler (un chapeau notamment), des petites touches que Lubitsch va étaler sur sa toile (6) pour nous proposer une comédie subtile sans tomber dans un anticommunisme primaire qu’on aurait pu craindre.

Il faut dire qu’il a aussi à sa disposition deux pointures au scénario : Charles Brackett et Billy Wilder (rien que ça !) qui va bientôt repasser derrière la caméra (7) pour notre plus grand plaisir.

 

Alors on s’amuse. Beaucoup. De cette histoire un tantinet absurde où malgré tout l’actualité reste présente et baigne certaines conversations : les conditions liberticides de la Russie soviétique, la famine, les conditions pas tellement plus reluisantes de l’ancien régime… Et en prime la présence de deux nazis dans la gare pendant que les trois hurluberlus attendent leur camarade. Cette anecdote jette un froid dans le film, et pas seulement pour le trio. Quand on sait que Lubitsch et Wilder n’étaient pas les bienvenus dans leur propre pays…

Oui, on s’amuse beaucoup, mais on ne peut s’empêcher de regretter de ne pas avoir proposé plus tôt à Garbo des rôles plus légers qui l’auraient certainement rendue plus humaine. A moins que ce ne soit « laissé plus tôt Garbo tourner dans des comédies un tantinet légères »…

Elle en eût été plus humaine, mais alors : moins divine ? (8)

 

  1. Anna Christie.
  2. Entre nous, elle rit déjà dans Queen Christina
  3. Si, quand même : nous sommes au cinéma…
  4. D’aucuns (dont je fais partie) vous diront qu’il est beaucoup plus difficile de faire rire que pleurer.
  5. Garbo était à la MGM.
  6. Analogie pertinente.
  7. Il avait tourné un premier film en 1934 (Mauvaise Graine) avant de se concentrer sur l’écriture.
  8. Ca fait beaucoup de notes de bas de page, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mélodrame, #Howard Hawks
L'Insoumise (Fazil - Howard Hawks, 1928)

Fazil (Charles Farrell) est un jeune cheik d’Arabie envoyé en ambassade à Venise. Il y fait la rencontre de la belle Fabienne (Greta Nissen) et pour lui qui n’était pas spécialement porté sur les femmes : c’est le coup de foudre. Ils se marient et s’installent à Paris.

Mais Fabienne est une jeune Française indépendante, ce qui ne convient pas beaucoup à son mari aux traditions orientales antagonistes.

Il la quitte.

Mais elle ne peut vivre sans lui et le rejoint chez lui, en Arabie.

 

Derrière cette intrigue somme toute classique se cache un film très particulier d’Howard Hawks, une romance orientale certes, mais avec une thématique qui hante le cinéma américain (1) depuis toujours : la différence culturelle. Ce que les gens de l’époque appelaient la différence de races.

En effet, oubliez ce que vous savez à propos de la race humaine : si physiologiquement il n’existe qu’une seule race, moralement les Américains en distinguent beaucoup (trop) mélangeant les concepts d’ethnie et de religion comme à peu près tout le monde à cette époque, comme vous le confirmera n’importe quel écrit à ce propos que vous pouvez consulter (2).

 

Alors que le film commence, on peut s’attendre à une resucée du Cheik, le décor et le physique du jeune premier (Farrell) nous le rappelant.

Mais très rapidement, on passe à autre chose et Fazil n’a rien d’un prince barbare et inculte : il est très attentionné et très raffiné(3). Et surtout, la rencontre se fait à Venise, ville d’amoureux s’il en est. Pour les reste, à aucun moment on ne peut parler de film d’aventures comme pour le film de Melford ou encore le suivant de Fitzmaurice. Si la séquence finale voit un petit peu d’action, l’ambiance générale reste celle d’un mélodrame où l’on voit un couple se déchirer et se retrouver du fait de ses différences culturelles.

 

Mais réduire ce film à cela est tout de même bien léger : Hawks nous montre qu’il sait réaliser, construisant un film magnifique grâce à un montage très bien rythmé (alternant les moments forts et faibles) de Ralph Dixon, ainsi que des prises de vue superbes signées par L. William O’Connell.

Certes, Hawks n’a pas encore atteint la plénitude de son art, mais il n’en est vraiment pas loin, servi par un duo de tête à la hauteur de son talent. Charles Farrell est un Fazil convaincant, interprétant ce prince musulman sans en faire un stéréotype (comme pouvait l’être Valentino), tout en lui prêtant les coutumes – essentiellement religieuses – de son personnage (la prière tient une place importante).

Et comme nous sommes chez Hawks, nous trouvons aussi cette pointe d’ironie qui baignera ses autres films, ici exprimée par le personnage de Jacques Dubreuze (Tyler Brooke) qui ne peut s’empêcher de se triturer une mèche latérale de cheveux au désespoir (habitué) de son épouse Helene (Mae Busch). [Et puisque je parle de Mae Busch, je préciserai qu’on trouve aussi dans la distribution Dale Fuller, affublée d’un grand nez, dans le rôle de la gardienne du harem. Ces deux actrices ayant participé quelques années plus tôt au Foolish Wives de Stroheim.]

 

Bref, Fazil est une (belle) curiosité dans la carrière d’Howard Hawks, son avant-dernier film muet, avant la            confirmation de son talent dans la décennie suivante.

 

  1. et pas seulement le cinéma, d’ailleurs…
  2. Le summum étant ce concept abject de « race juive » développé par un futur dictateur de la même époque dans un ouvrage dont je tairai le nom.
  3. Il lit même des livres occidentaux : est-ce une erreur d’inattention du réalisateur ou du scénariste ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Philippe de Broca
Cartouche (Philippe de Broca, 1962)

Louis-Dominique  Bourguignon dit « Cartouche » (Jean-Paul Belmondo) est un voleur parisien, membre de la bande de Malichot (Marcel Dalio), un vieux truand autoritaire.

Après un passage dans les armées royales, Cartouche va prendre la place de Malichot et mettre Paris sous sa coupe.

Mais quand on a tout, on s’ennuie rapidement. Heureusement, il reste les femmes :

  • Vénus d’un côté : la jeunesse, la fougue et le charme de Claudia Cardinale ;
  • Madame de Ferrussac de l’autre : la maturité, la réserve et la prestance d’Odile Versois.

Ce sera sa perte, bien sûr.

 

Alors que la Nouvelle Vague bat son plein et pense redistribuer la donne cinématographique française, on continue à faire du cinéma classique, sans se poser trop de questions existentielles, et surtout avec le souci de donner du plaisir aux spectateurs.

C’est aussi un film qui continue d’asseoir la notoriété – méritée – de Belmondo et permet l’émergence de ces nouvelles têtes du cinéma français qui continueront à monter dans les décennies suivantes. Et Philippe de Broca lui-même s’installe dans le paysage du cinéma français, réalisant ici une comédie, dramatique certes, et picaresque comme il continuera d’en proposer dans les années qui suivront. C’est aussi la première étape d’une collaboration fructueuse entre Belmondo et De Broca.

 

Bien sûr, il ne faut pas y regarder de trop près à la vérité historique, encore que certains éléments sont directement tirés de la biographie de ce « brigand bien-aimé » (1) qui eut tout de même du succès auprès du peuple de Paris alors que la corruption régnait chez les Grands à la même période.

Certes, Cartouche fut un homme du XVIIIème siècle (1693-1721), mais de Broca en fait un précurseur de la Révolution française, chantre de l’égalité : remplaçant le tyran Malichot, il institue un partage des gains du « Royaume d’Argot » plus égalitaire ; et une de ses sorties en ville tourne à l’émeute avant qu’il n’arrête la vindicte populaire qui allait s’attaquer à la belle Madame de Ferrussac (2).

Cette séquence voit aussi parmi la foule un individu coiffé d’un bonnet phrygien rouge annonciateur des événements de la fin de ce siècle « éclairé ».

Mais la comédie s’exprime aussi par quelques bons mots dont une adresse savoureuse de La Douceur (Jess Hahn) au vieux maréchal des armées française (Lucien Raimbourg).

 

Mais Cartouche, c’est aussi un renouveau de la comédie dans le cinéma français, servi par un acteur alors au meilleur de sa forme : Belmondo n’a pas encore trente ans et il bondit et brette comme put le faire longtemps le grand Douglas Fairbanks, avec le même souci comique.

On s’amuse des situations et des différents affrontements – dans l’auberge, par exemple – même si l’aspect tragique inéluctable reste sous-jacent.

Quoi qu’i se passe, l’issue est écrite : Cartouche finira dans les dans du bourreau. Cette éventualité est d’ailleurs évoquée à différentes reprises, surtout au début et en fin de film.

En effet, le film s’ouvre sur une exécution publique : un condamné est roué en place de grève sous les yeux des badauds et des nobles qui donnent l’impression de prendre beaucoup de plaisir à voir un homme mourir (3).

Cartouche/Belmondo est alors explicite – et prémonitoire – envers son frère Louison (Alain Decock) : c’est là ce qui les attend tous, eux, les voleurs de la capitale.

 

  1. Pour les besoins du film mais pas que…
  2. Le patronyme complet du réalisateur est Philippe de Broca de Ferrussac…
  3. Il semble que cette attitude ait encore de beaux jours devant elle…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Josef von Sternberg, #Marlene Dietrich
L'Impératrice rouge (The scarlet Empress - Josef von Sternberg, 1934)

Sophia Frederica von Anhalt-Zerbst (Marlene Dietrich) nous est plus connue sous son nom de tsarine : Catherine II de Russie.

Josef von Sternberg nous propose sa vision de la prise de pouvoir de cette femme qui va instaurer un (nouveau) régime de terreur en Russie, méritant bien son titre d’ »impératrice écarlate » (le titre original), tant elle fit, elle aussi, couler de sang.

Nous assistons à son arrivée à la cour d’Elizabeth Petrovna (Louise Dresser), à son mariage avec le grand-duc Pierre (Sam Jaffe), jusqu’à sa prise de pouvoir suite à une véritable cavalcade dans le palais.

 

Alors que le Code Hays se met en place, Sternberg lance une dernière offensive avant la généralisation de ce qui fut une censure sans en avoir le nom.

En effet, au début du film, nous découvrons la (très) jeune Sophia (Maria Riva, la fille de Marlene) au moment de dormir. Son père va lui lire quelques pages d’histoire russe et en particulier des extraits concernant Pierre Le Grand et Ivan le Terrible : c’est une véritable débauche de violence et de femmes dénudées, avec des bourreaux plus sadiques les uns que les autres.

On retrouvera d’ailleurs cette violence lors de l’accession au pouvoir de Pierre, dans la dernière partie du film.

 

Mais L’Impératrice rouge, c’est avant tout un film épique aux teintes décadentes fort prononcées.

C’est une vision où la vérité historique n’est pas l’essentiel mais un prétexte pour une fresque splendide où Sternberg dirige (pour la sixième fois) Marlene Dietrich avec une exigence qui frise la dictature, amenant un climat de tournage forcément tendu.

Mais quel résultat : c’est une histoire absolument immorale mais tellement bien amenée qu’on ne peut que se réjouir d’une telle association.
Certes, le film fit scandale à sa sortie, les images étant plutôt en total décalage avec ce que les spectateurs avaient l’habitude de voir. Encore que : rappelez-vous certaines scènes du Signe de la Croix l’année précédente qui n’ont pas grand-chose à envier à celles de ce film question violence.

 

J’ai parlé de décadence plus tôt et c’est très certainement l’impression qui émane de ce film. En effet, quand nous découvrons celle qui sera la Grande Catherine, elle est encore une jeune femme innocente et un brin naïve, même si l’apparition du comte Alexei (John Lodge) va commencer à fissurer cette innocence : elle tombe amoureuse malgré elle.

Et Alexei est deux fois responsable de la perte de l’innocence de Sophia : sa description du grand-duc n’a rien à voir avec l’homme qu’elle va découvrir en arrivant à la cour de l’impératrice.

Pierre est un aristocrate dégénéré, sorte de victime collatérale consanguine : il est débile et surtout dangereux, dominé par une tante omnipotente (Elizabeth). Sam Jaffe, dont c’est le premier long métrage (1), campe un grand-duc absolument formidable, au regard de dément forcément maléfique.

Pas étonnant alors que Catherine veuille fuir cet homme et se réfugie alors dans d’autres bras, transformant le palais en un vaste lupanar, reprenant à son compte d’une certaine façon les coutumes de sa prédécesseure.

 

Et cette décadence est accentuée par les décors magnifiques de Hans Dreier et son équipe. Ce sont des statues torturées, rappelant parfois les gargouilles des églises, ou encore certains éléments de décors d’une autre grande fresque épique : Les Nibelungen de Fritz Lang, dans la première partie, La Mort de Siegfried.

Certaines de ces statues sont aussi des scènes de supplices de martyrs plus ou moins chrétiens, ajoutant une dose de malaise dans cette débauche de violence visuelle. Pas étonnant encore que l’opinion publique fût un tantinet choquée à l’époque (2).

 

Et plus de 85 ans après, la force du film est restée intacte et Marlene Dietrich est encore une fois magnifiquement dirigée par un réalisateur dont l’exigence est à la mesure de son talent.

Et en plus, comme pour faire plaisir à mon ami le professeur Allen John, elle ne chante pas !

 

PS : (Petit clin d’œil) Louise Dresser fut déjà Catherine II dans The Eagle (1925), aux côtés de Rudolf Valentino.

 

  1. Il a pourtant déjà 43 ans quand le film sort.
  2. Les critiques de l’époque ne furent vraiment pas tendres.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Ridley Scott
American Gangster (Ridley Scott, 2007)

Un homme qui geint en espagnol pendant qu’on répand du liquide sur lui. La caméra s’éloigne : c’est de l’essence qu’on verse sur lui sous les yeux d’un homme âgé – Bumpy Johnson (Clarence Williams III) – et un plus jeune – Frank Lucas (Denzel Washington) – qui allume un cigare avant de jeter le briquet sur l’homme imbibé. Après quelques cris, le jeune homme abat le grand brûlé.

L’entrée en matière du film est forte, elle en donne le ton : comme annoncé par le titre, c’est le parcours d’un gangster que nous allons suivre, et après ces images choc, il faut s’attendre à un portrait sans concession.

 

Il s’agit d’une histoire inspirée de faits réels : Frank Lucas est mort l’année passée, alors que Richie Roberts (Russell Crowe), le policier qui l’a traqué, a fêté pour sa part ses 82 ans.

Et Ridley Scott déroule implacablement cette histoire dont l’affiche est un raccourci plutôt judicieux.

On y voit les deux têtes d’affiche sur fond noir, l’un habillé en sombre (Washington) et l’autre en clair (Crowe), amenant une sorte de manichéisme symbolisée par les deux côtés de la Loi : Frank est le méchant gangster alors que Richie est le gentil policier.

Bien évidemment, il n’en est rien, nous savons tous que le monde n’est pas manichéen et si Frank est vraiment un gangster dangereux – donc un « méchant » - Richie n’est pas non plus un enfant de chœur !

Mais une chose est sûre à propos de Richie : c’est un flic honnête et intègre, et en plus de l’histoire de ce gangster particulier, nous assistons au démantèlement d’un réseau de corruption dans la police de New York.

Cette opposition va aussi se traduire, pendant la première moitié du film, par une progression en parallèle de ces deux hommes, jusqu’à la première confrontation (de loin) qui a lieu pendant le « match du siècle » qui opposa Muhammad Ali et Joe Frazier.

 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Frank Lucas était un gangster redoutable, assassinant de sang-froid ses adversaires. On en a un très bon exemple en pleine rue devant le monde.

Il faut dire que Lucas est avant tout un homme d’affaire, loin de l’image des truands un peu trop voyants qu’on peut rencontrer autour de lui. Il est toujours impeccablement habillé, ce qui ne l’empêche nullement de tuer des gens. Dans cette même scène, l’exécution se fait entre deux bouchées – il est en train de déjeuner avec ses associés – et la conversation va reprendre là où elle s’était interrompu, le temps de régler un compte.

 

Mais ce redoutable criminel est interprété par le grand Denzel Washington, et il est difficile de ne pas vibrer pour cet acteur, et ce malgré le contexte meurtrier.

A cet effet, Scott insère des plans de coupe où la drogue continue d’être vendue et consommée, et on a même une grande réjouissance avec en toile de fond des overdoses fatales, résultat du trafic de Lucas : c’est sordide à souhait, mais une vision tout de même très réaliste du fléau que représente l’héroïne.

Alors oui, on admire l’acteur, mais certainement pas le personnage qu’il interprète. Encore que (1)…

Face à lui, on a un Russell Crowe dans un rôle de justicier singulier : certes, il est un incorruptible forcené et un pourfendeur de corruption. Mais à quel prix ? ON retrouve alors l’image classique du flic solitaire dont le métier a tué la vie de famille. Mais là encore, Richie assume, refusant une nouvelle fois la facilité.

Entre les deux, on retrouve – entre autres – Josh Brolin, chef du réseau corrompu : répugnant à souhait, à aucun moment on ne peut s’identifier à ce policier qui « bouffe à tous les râteliers », roulant dans une très belle voiture, au-delà de ses moyens de policier, cela va de soi…

Au final, un film de gangsters de très bonne facture où Scott réussit à faire un portrait assez formidable (2) de Frank Lucas mais sans pour autant faire de lui un héros au sens noble. Et Washington prend le relais de cet élément : comme je l’ai déjà dit plus haut, on admire l’acteur, pas le rôle.

 

  1. Je vous renvoie à la biographie de Frank Lucas qui ne fut pas un gangster toute sa vie.
  2. Bien sûr, ce n’est pas la réalité. Tout ceci est inspiré d’une histoire vraie.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Howard Hawks, #Louise Brooks
Une Fille dans chaque port (A Girl in every port - Howard Hawks, 1928)

Spike Madden (Victor McLaglen) est un rude gaillard qui parcourt les mers. Et à chaque escale, il en profite pour aller voir une de ses « fiancées » qu’il a laissée quelque temps (des années) plus tôt.

Mais quand nous le retrouvons, il enchaîne vent sur vent (1) : l’une s’est mariée entretemps, l’autre est avec un jaloux… Mais surtout, de nombreuses conquêtes potentielles portent un bracelet orné d’un cœur dans lequel est tracée une ancre.

Bref, à chaque fois, Spike arrive en deuxième, ce qui n’est pas la meilleure place.

Lors d’une escale déterminante, il se frotte à un autre marin aussi bagarreur que lui : Bill (Robert Armstrong). Dès lors, l’affrontement est inévitable mais rapidement interrompu par la police qui va regretter de s’être déplacée : les deux antagonistes vont s’unir pour rosser la maréchaussée, scellant alors une amitié indéfectible.

Jusqu’à l’arrivée de la femme : Mam’selle Godiva (Louise Brooks).

 

C’est avant tout une histoire d’amitié virile que nous propose Howard Hawks, comme on en trouvera beaucoup d’autre dans ses films ultérieurs. Ses deux héros ne sont pas sans rappeler Flagg et Quirt dans What Price glory deux ans plus tôt, surtout qu’il y avait déjà Victor McLaglen. Mais alors que Walsh faisait se battre ses héros pour Charmaine, ici, si les femmes sont présentes, elles ne sont pas les enjeux des différentes bagarres.

Et quand paraît LA femme, elle n’est pas un enjeu entre ces deux hommes mais plus un danger pour leur amitié.

 

Mais pour cela, il faut attendre que la deuxième moitié du film soit entamée : pas de Louise Brooks avant !

Encore une fois, la belle Louise n’a pas la place qu’on attend de lui voir occuper. Non seulement elle apparaît tardivement, mais en plus elle est un sujet de discorde entre les deux hommes !
D’une manière générale, les réalisateurs ont souvent sous-employé la grande Louise, la cantonnant à des rôles plutôt utilitaires voire esthétiques. Sauf peut-être William Wellman et son Beggars of Life.

Heureusement, cette même année 1928 la verra tourner avec Pabst dans Loulou, révélant pleinement son talent.

 

Mais le personnage principal reste tout de même Spike, et Victor McLaglen nous montre qu’il n’était pas seulement le faire-valoir de John Wayne chez John Ford. Certes, son physique de brute ne le sert pas auprès des femmes, mais c’est d’ailleurs un des ressorts comiques du film, surtout avec l’accumulation des bracelets de Bill.

Et l’association McLaglen-Armstrong fonctionne très bien, leur animosité envers les représentants de l’ordre semble un terreau fertile pour une amitié (2). De plus, leurs différentes statures ne sont pas sans rappeler celles d’un duo comique américain qui en était à ses débuts à la même époque…

 

Mais la part comique (majoritaire) n’empêche pas un développement un tantinet dramatique dû à l’arrivée de la femme, ancienne conquête de Bill. Et le sommet tragique a lieu quand Spike revient chez lui après avoir été envoyé aux fraises par Marie/Godiva : il la trouve là, après le départ de Bill, qu’elle avait voulu reconquérir. Peu d’explication suffisent : un plan sur la chambre quittée précipitamment par ce dernier et Spike pense avoir tout compris, lui amenant le rire (3), qui devient alors la véritable politesse du désespoir.

 

Mais malgré tout le film se termine bien, et si on peut regretter la petite part de Louise Brooks, on n’en savoure pas moins les différents avatars de cette amitié singulière, où le terme « affectif » a tout de même tendance à rimer avec bourre-pif !

 

  1. Certains parlent de « râteau »…
  2. « Dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie. » (Georges Brassens, Hécatombe)
  3. Je me presse de rire de tout, de d’être obligé d’en pleurer (Beaumarchais).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Sport, #George Clooney
Jeux de Dupes (Leatherheads - George Clooney, 2008)

« Jeux de Dupes ». Quelle traduction (1) !

Le titre original est Leatherheads, qu’on peut traduire par « tête de cuir », du fait des casques utilisés dans les années 1920s pour le football (américain, cela va de soi).

Parce que c’est un film sur le football, au moment où le jeu va se professionnaliser, avec les contraintes et surtout les règles que cela implique.

Nous suivons deux joueurs emblématiques : un jeune qui monte – Carter Rutherford (John Krasinski) et un autre qui est sur la fin – Jimmy « Dodge » Connelly (George « What else » Clooney), alors que le sport est en pleine mutation.

C’est d’ailleurs Dodge qui va initier cette mutation, utilisant Carter « The Bullet » Rutherford pour promouvoir le jeu et éviter à son club (les Duluth Bulldogs) de disparaître.

Mais cette initiative va échapper au contrôle des principaux concernés et l’état va donc y mettre de l’ordre en nommant un responsable national, entérinant la professionnalisation de ce sport.

 

Encore une fois la troisième), George Clooney nous invite à un voyage dan le temps, dans cette histoire des Etats-Unis que nous Européens ne connaissons pas vraiment.

Après les années 1970s (Confession of a dangerous Mind) et les années 1950s (Good Night, and good luck), nous plongeons en plein cœur des années 1920s. Et en plus on s’y amuse beaucoup, l’équipe des Bulldogs n’étant pas vraiment une équipe comparable à celles qu’on peut voir chaque année au Superbowl, l’un des rares événements retransmis sur les chaînes européennes.

Ni d’ailleurs leur façon de jouer qui se rapproche plus du combat de rue que du sport. Il faut dire qu’à cette époque, les règles étaient on ne peut plus floues et plutôt sujettes à l’appréciation de l’arbitre – quand celui-ci réussissait à finir le match en un seul morceau.

 

Ajoutez à cela une sous-intrigue concernant Carter sur son expérience pendant la Grande Guerre – il aurait capturé les soldats de toute une tranchée seul – et vous avez l’élément manquant de l’intrigue : la femme.

Elle est journaliste et s’appelle Lexie Littleton (Renée Zellweger) et enquête sur les conditions de la reddition de la tranchée ; embarrassant grandement Carter qui aurait préféré des échanges un tantinet plus légers (2).

Cela nous amènera à un rapide épisode dans la tranchée, expliquant comment Carter a réellement contribué à la reddition de cette tranchée.

 

Mais bien sûr, c’est avant tout l’aspect sportif qui nous intéresse le plus ici, même si la reconstitution est encore une fois bien réalisée : Clooney prend un soin minutieux à recréer l’atmosphère de cette époque, usant de photographies en noir et blanc rappelant très bien l’importance des journaux à cette époque,

Et surtout, il renoue avec la tradition hollywoodienne de ces comédies (presque) intemporelles (3), qui vont surtout s’épanouir dans les années 1930s avec en particulier Frank Capra.

Parce qu’en plus, on s’amuse.

 

On s’amuse de cette équipe de bras (presque) cassés obligés de louvoyer et prendre certaines libertés pour emporter la victoire, contraints par l’évolution des mœurs de jouer « proprement », sous peine d’éviction (pour Dodge, surtout). Bien évidemment, Dodge n’en fera qu’à sa tête, mais s’il jouait réglo, où serait l’intérêt et surtout le plaisir ?

Mais derrière cette comédie brillante, pointe une réalité entrevue, noyée dans les différentes sous-intrigues du film : les joueurs de cette époque n’étaient absolument pas considérés : quand les Bulldogs doivent mettre la clef sous la porte, tous les joueurs (sauf Dodge) doivent réintégrer la « vie active » et s’affairer à des métiers non qualifiés et surtout pénibles : la mine, le ramassage des fruits, l’usine…

Dodge échappe à cet univers pénible mais pour se retrouver dans une situation qui n’dst guère plus enviable : la fonctionnaire de l’agence du chômage ne peut le classer dans une rubrique en rapport avec ses qualifications. Normal, il n’en a pas : jouer au football est un loisir, pas un gagne-pain.

 

Bref, Clooney réalise ici une comédie subtile, alliant avec bonheur les éléments comiques plus ou moins faciles, rappelant sur certains côtés le cinéma burlesque (muet) de l’époque, soutenu par la musique contemporaine à cette période. Parsemant son intrigue de quelques éléments d’actualité : la Prohibition et surtout les speakeasy et leur alcool de contrebande ; la radio et le langage réglementé…

Comme quoi on peut faire un saut dans le temps sans oublier de rire, même avec des sujets pas si comiques que ça.

 

Un plaisir, encore une fois.

 

  1. Encore !
  2. Le charme de Renée Zellweger incite plus à cette inclination.
  3. Si ce n’est le contexte, les éléments sont toujours les mêmes

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