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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Capes et Epées, #Richard Lester
On l'appelait Milady (The four Musketeers - Richard Lester, 1974)

Un an après Les trois Mousquetaires, Richard Lester, comme annoncé à la fin du film précédent, revient avec ses quatre mousquetaires (le titre original), et conclut l’adaptation du roman d’Alexandre Dumas.

Et si la première partie était assez fidèle au roman, cette suite ne l’est pas moins, même si les lecteurs scrupuleux – il y en a – peuvent lever le sourcil à certains moments. Ma réponse est la même que celle de mon très cher ami le professeur Allen John : nous sommes ici au cinéma.


Reprenons.

Suite à l’affaire des ferrets, D’Artagnan (Michael York) est devenu mousquetaire à plein temps, pendant que Richelieu fait la guerre aux protestants à La Rochelle (1). Bien sûr, notre quatuor participe à cette « christianisation » , ce qui nous donne une belle séquence de petit déjeuner batailleur.

Mais le personnage principal de cet épisode, c’est bien entendu Milady (Faye Dunaway), la méchante en titre et qui remplit toujours aussi magnifiquement son rôle. Nous allons alors assister à sa vengeance, qui doit éliminer D’Artagnan et Constance Bonacieux (Raquel Welch). Et heureusement pour nous – et de toute façon, c’est aussi dans le roman – elle n’y parviendra pas complètement.

 

La force de ce film – outre sa fidélité à l’original, c’est que les deux parties furent tournées dans le même temps, profitant alors d’une disponibilité et surtout d’un état d’esprit qu’on ne peut pas toujours quand quelques années se passent entre deux opus (opi ?).

Mais tout de même : on a beau être au cinéma, faire mourir Rochefort est une erreur, surtout quand on a l’intention de faire un troisième volet (2).

 

Pour le reste, on retrouve les mêmes ressorts et autres ficelles qui en font un divertissement agréable, même si on peut regretter que l’humour de la première partie a une part moins importante.

Quoi qu’il en soit, la distribution tient ses promesses et dans cette aventure D’Artagnan, qui fut le personnage central de la partie, s’efface au profit d’Athos (Oliver Reed) qui, une fois sa véritable identité révélée aura la dignité de son rang, allant même jusqu’à menacer D’Artagnan en cas de divergence avec lui.

 

Bref, une suite en dessous de la première partie, comme cela est – hélas – bien souvent le cas.

 

  1. Et ce malgré la politique du propre père du roi Louis XIII (Jean-Pierre Cassel, qui ne fait qu’une brève apparition) : notre bon roi Henri IV.
  2. Rochefort apparaît dans Vingt Ans après, et nous assistons alors à une relation curieuse entre D’Artagnan – qui le tuera à ce moment-là – mais n’en aura pas moins de respect pour cet homme. (Re)lisez la mort de Rochefort pour vous en convaincre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Dominic Anciano, #Ray Burdis
Final Cut (Dominic Anciano & Ray Burdis, 1998)

Jude (Jude Law) vient d’être enterré. Ses amis se retrouvent dans sa maison pour lui donner un dernier hommage, autour d’un verre, et pour pleurer une dernière fois.

Sadie (Sadie Frost) leur propose alors de regarder le film que Jude avait entrepris, afin de le terminer avec les réactions des uns et des autres tout au long de ce visionnage.

Visionnage éprouvant – en plus de la tristesse suite à sa disparition – parce que Jude a truffé sa maison de caméras, afin de révéler les secrets des uns et des autres.

 

Il y a un côté malsain dans ce film que je veux expulser de suite : nous sommes au cinéma, et cet aspect voyeur sert une narration à première vue décousue mais qui est loin de l’être.

En effet, les deux réalisateurs – qui jouent tous les deux un rôle dans le film – mêlent avec talent les différents temps de ce récit original :

  1. le présent de la narration, qui suit les obsèques de Jude, dans la maison ou de temps en temps en extérieur, afin de prendre l’air et surtout digérer les différentes révélations du film qu’il sont en train de voir ;
  2. La narration intrinsèque du film, une sorte de présent  de Jude qui exprime ses objectifs et sa démarche, avec aussi certaines réflexions qui naissent des rushes qu’il a pu obtenir à l’insu de ses « amis » dans des endroits parfois in attendus (chambre à coucher, WC)  ;
  3. Les temps des différentes séquences qui donnent matière aux réflexions de Jude, et qui sont ces révélations que chacun des spectateurs (forcés) va encaisser plus ou moins bien.

 

Autant vous le dire tout de suite : étant un grand admirateur de Jude Law, j’ai beaucoup aimé ce film qui met en abyme le genre, et donne un écho assez terrible de ce que nous appelons maintenant « téléréalité », mais avec une dimension philosophique un tantinet plus élevé : peut-on tout dire ? Et surtout, peut-on tout montrer ?

Et dans un même temps, Jude, qui est une sorte de « démiurge » dans cette intrigue, voit très bien jusqu’où il peut aller, même si à un moment la situation lui échappe et va des retourner contre lui.

On retrouve alors le mythe de Prométhée ou d’une autre déité créatrice : sa créature lui échappe et se retourne d’une certaine façon contre lui.

Mais si Prométhée était immortel, il n’en va pas de même pour Jude qui sera assassiné par l’un des protagonistes de cette after party, si on peut qualifier ainsi ce qu’il se passe entre les différents acteurs involontaires du drame qui se développe sous leurs yeux.

 

Au-delà de l’aspect voyeur, la réflexion de Jude n’est pas si éloignée que ça de celle de George Bailey : une sorte de négatif de It’s a wonderful Life (1946) alors que George a la possibilité de voir ce que son monde serait devenu sans son lui, Jude cherche à voir à travers ce film ce que ses différentes interventions ont comme impact sur la vie des autres.

Par contre, alors que le film de Capra est une célébration à la vie, il n’en va pas de même ici, le constat étant des plus pessimistes : l’amitié qui les a liés depuis leurs années d’université vole en éclat. Chacun ne peut plus voir les autres de la même façon.

Sans oublier – et c’est peut-être l’aspect le plus important de ce film – que l’un de ces personnes présentes dans la maison a tué Jude.

Et par ce film, Jude désigne son assassin, tel un Hercule Poirot posthume comme chez Agatha Christie.

 

Au final un film curieux mais qui participe au renouveau du cinéma britannique, où le montage et le montage final (1) est primordial et le travail de Sam Sneade (montage) est impeccable, sans oublier celui de John Ward derrière la caméra, utilisant les différents appareils que nous présente Jude, le grain de l’image devenant alors très pertinent, permettant au spectateur d’identifier les différents temps de la narration.

 

  1. « Final cut » peut se traduire ainsi, mais le terme « cut » désigne aussi une coupe (au cinéma par exemple) ou une blessure faite avec un instrument tranchant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Billy Wilder
Embrasse-moi, Idiot (Kiss me, Stupid - Billy Wilder, 1964)

C’est la fin de la saison à Vegas pour Dino (Dean Martin), crooner à succès. En route pour Hollywood, il doit effectuer un crochet par Climax (hum…).

Et à Climax, vivent Orville J. Spooner (Ray Walston) et Barney Millsap (Cliff Osmond) qui écrivent des chansons qui n’ont malheureusement pas de succès.

Le duo saute sur l’occasion pour essayer de vendre une de leurs chansons au crooner.

 

Voilà. Ca, c’est la trame principale. Et comme très souvent chez Billy Wilder, c’est comment y arriver qui va nous intéresser le plus. Surtout que comme l’indique le début du film, on y trouve la belle (et sulfureuse) Kim Novak (Polly the Pistol). Et croyez-moi, elle joue un rôle important dans cette histoire un tantinet de boulevard, à la morale plus que douteuse.

Enfin, pas exactement de boulevard, puisqu’on n’a pas le trio habituel mais quatuor fort hétéroclite : une femme – Zelda Spooner (Felicia Farr) et son mari, un crooner obsédé et porté sur l’alcool, et enfin une jeune femme dite « facile » et qui, même si elle est interprétée par Kim Novak, ne l’est pas tant que ça.


Alors on s’amuse de cette histoire compliquée où seuls les hommes sont eux-mêmes, avec leurs défauts inévitables, et où les femmes, bien que prétendant être ce qu’elles ne sont pas, sont tout de même les plus fortes et très certainement elles qui font que Dino, au bout du compte, sera bien obligé de repartir avec une chanson du duo de chansonniers improbables.

Mais cet échange – volontaire pour l’une (la blonde) inopinée pour l’autre (la brune) – ne sera pas du goût de certaines ligues bien-pensantes : il faut dire que sans toutefois le dire explicitement (comme dans Irma la Douce), Polly the Pistol est un peu plus qu’une serveuse de bar (1) : c’est avec la promesse de 25 dollars qu’elle accepte de se faire passer pour Zelda Spooner.

 

Et je rejoins mon ami le professeur Allen John : le rôle que chaque femme va jouer dans cet imbroglio plus ou moins sentimental a des connotations tragiques. Tout d’abord parce qu’elles doivent paraître ce qu’elles ne sont pas, mais aussi par ce qu’elles sont d’une certaine façon devenue. Et si Zelda n’est pas si malheureuse d’avoir réalisé un rêve d’adolescente, il n’en est pas de même pour Polly. Pendant une soirée et surtout une nuit, elle fut une femme respectable, découvrant alors ce que tout le monde savait : Spooner, malgré ses pullovers Beethoven, Bach et autre Tchaïkovski, est tout de même un homme formidable, mais rongé par la jalousie. Cette jalousie qu’il ne peut s’empêcher d’entretenir comme une maîtresse qu’on visite régulièrement et qui devient au bout du compte un des éléments essentiels (routiniers ?) de son mode de vie.

 

Bien sûr, Wilder s’amuse avec cette intrigue qu’il a coécrite avec I.A.L. Diamond, truffant les différentes séquences d’objets et de mots qu’on va retrouver plus tard (le demi pamplemousse et bien sûr le papier dans le goulot de la bouteille), amenant alors ce qu’outre Atlantique (et outre Manche) on appelle un comic relief (2) bienvenu qui empêche le film de sombrer dans la tragédie plus ou moins scabreuse.

Et en prime, on a droit à un petit intermède plus ou moins gratuit qui voit Zelda retourner chez ses parents : plus, parce qu’on pouvait s’en passer ; moins parce qu’on y retrouve un rappel d’une autre discussion antérieure entre Zelda et Orville (non mais quel prénom !).

 

  1. A ce propos, le brillant dans le nombril est une pique envoyée au moribond coder Hays qui interdisait de montrer l’ombilic d’une femme : et (heureusement ?) quatre ans plus tard, 1968 va définitivement sonner le glas de ce code qui, à l’instar de la prostitution au cinéma dans le même temps, n’est jamais désigné ouvertement comme un organisme de censure. En effet, les réalisateurs, (avec les « recommandations » des studios qui les embauchaient) procédaient eux-mêmes à une édulcoration de leurs films. Et certains avec une ironie voire des sous-entendus assez magnifiques.
  2. Terme difficile à traduire dont « soulagement comique » n’est peut-être pas assez clair ni précis (je vieillis, et mon anglais se rouille…) : qu’en pensez-vous, cher professeur Allen John ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Beal
The Inside of the white slave traffic (Frank Beal, 1913)

George Fisher (Edwin Carewe) est un proxénète. Sa spécialité : rabatteur. Il séduit les jeunes filles et les épouse frauduleusement : un complice déguisé en pasteur officie. Il les « éduque puis les vend à d’autres « collègues » qui les exploiteront à leur tour.

Annie (Virginia Mann) est une de ses victimes : elle sera vendue puis exploitée et enfin arrêtée et « réformée. Mais fatiguée des maigres revenus de son travail honnête, elle replonge dans la prostitution pour une vie meilleure (?).

 

Le film de Frank Beal (1862-1934) est avant tout un film pédagogique. Il informe le public des conditions déplorables dans lesquelles vivent certaines femmes, et comment se met en place la « traite des blanches ».

N’espérez pas y trouver un film extraordinaire, la dimension artistique ayant disparu devant le côté édifiant induit par l’intrigue (simplissime, pour ne pas dire simpliste). De plus, le film n’est pas complet

Et il y a une véritable volonté de réalisme, afin de faire prendre conscience aux spectateurs des dangers de la grande ville. Alors évidemment, le jeu des acteurs et la mise en scène s’en ressentent.

 

Toujours est-il que ce film fit scandale à sa sortie, et la projection dans certaines salles annulée, le personnel ayant été arrêté par la police (1).

Une centaine d’années après les événements, on peut s’étonner d’une telle ampleur pour un film somme toute relativement sage et ne montrant aucune nudité, pas même dans les gravures qui ornent les murs.

Mais en 1913, aux Etats-Unis, la morale pudibonde n’a rien à voir avec celle d’autres pays, et encore moins avec ce qu’il en est maintenant, même si on peut remarquer un retour en force des ligues religieuses ou/et de vertu.

Et surtout, en 1913, la « traite des blanches » est un sujet tabou pour de très nombreuses personnes : on considérait alors que le cinéma n’avait pas à être le relais d’un thème aussi scabreux. Et pas seulement aux Etats-Unis.

 

Il faut dire que malgré l’absence de nudité, Beal et Samuel H. London (le coscénariste) se font le plus précis possible. Malheureusement, nous n’avons aujourd’hui qu’une partie du film qui comportait quatre bobines (entre 30 et 40 minutes) et nous n’avons droit qu’à une copie de 28 minutes. La continuité est donc incomplète et certains sauts n’aident pas à la compréhension. Le dernier plan, par exemple, semble presque parachuté, sans aucune véritable préparation dans la narration (actuelle).

 

Au final, nous avons un film pas si mineur que ça et qui a une importance comme témoignage de la société américaine des années 1910s, et est surtout une condamnation des principaux acteurs de la prostitution (2). Avec en prime une remarque qui prend plus de sel de nos jours : « Une loi pour les hommes… Une autre pour les femmes » comme le signale un intertitre. Annie est arrêtée (et emprisonnée) pour racolage alors que l’homme racolé est gentiment écarté par un policier.

 

Ce film fait partie de ces curiosités qui ont réussi (presque entièrement) à traverser les ans pour nous donner une image du temps passé. Une de ces curiosités qui méritent de s’y arrêter pour les visionner : c’était ça aussi, le cinéma en 1913.

 

 

PS : si vous voulez plus de précisions sur ce film ou ce thème, je vous engage à consulter le très bon livre de Kevin Brownlow, Behind the Mask of innocence, (chapitre 2, Matters of Sex, pp. 80-84). Par contre, savoir lire dans la langue est indispensable.

  1. Le Park Theater (Columbus Circle, New York City) par exemple.
  2. Comme le signale mon grand ami le professeur Allen John, à aucun moment on ne parle de « prostitution », mais le trafic montré est assez éloquent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Thriller, #Jonas McCord
Le Tombeau (The Body - Jonas McCord, 2001)

La docteure en archéologie Sharon Golban (Olivia Williams) a fait une découverte extraordinaire : la tombe d’un homme crucifié du temps du gouverneur du Judée Ponce Pilate.

Très rapidement, le Vatican envoie sur place un jeune prêtre qui fut un temps agent secret : le père Matt Gutierrez (Antonio Banderas).

Bien sûr, le gouvernement israélien s’intéresse de très près à cette découverte, tout comme les Palestinien.

La question est donc : sont-ce les restes du Christ qui gisent dans cette tombe ?

 

Il y a dans le film de Jonas McCord une intrigue qui s’annonçait très intéressante. EN effet, la possibilité que ce soit le tombeau du Christ ouvre des possibilités théologiques (et en même temps en ferme d’autres) qui peuvent amener un chaos à l’échelle planétaire : le Christ qui ressuscité ne le serait finalement pas, annihilant quasiment la religion chrétienne dont cette résurrection est la pierre angulaire.

Sans oublier les tractations et autres simili-complots afférant à une telle découverte.

 

Alors oui, on a ça. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film. Certes les différents interprètes sont à peu près dans le ton, mais on a tout de même du mal à croire à cette intrigue prometteuse. Banderas n’est pas vraiment la personne qu’il fallait pour son personnage, et le fait qu’il fût un ancien agent secret ajoute dans l’invraisemblance.

Mais surtout, McCord reste dans le superficiel, et à aucun moment on ne sent vraiment la menace qui pèse sur le christianisme.

 

L’intrigue était-elle trop présomptueuse ? Je le pense pour une durée de 109 minutes (seulement). De plus, on aurait aimé avoir plus de détails sur les tractations en sous-main dans les trois religions concernées : Jérusalem étant la ville sainte des trois religions principales, l’enjeu devenant alors un moyen d’augmenter la puissance des deux qui n’étaient pas concernées (directement) par cette découverte.

 

D’ailleurs, le tournage ayant en partie eu lieu sur place, on peut en profiter pour faire une (légère) visite de cette ville très particulière. Et les différentes prises de vue générales nous permettent un peu de nous faire une idée de l’étendue de cette cité, même si à la longue on peut se lasser de ces plans.

 

Au final, on a un développement (très) convenu et une résolution des plus consensuelles. Et on en arrive à la conclusion inévitable : tout ça pour ça ?

Bref, un film qu’on peut oublier, et si vous recherchez une intrigue avec du religieux, du complot et de l’action (comme ici, mais en mieux), je vous renvoie à Dan Brown et son Da Vinci Code. Ou à la limite à l’adaptation qui en fut faite par Ron Howard.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Steven Spielberg
Artificial Intelligence: A.I. (Steven Spielberg, 2001)

L’an 2000 fut longtemps considéré comme une date symbolique, prétexte à toute sorte de visions futuristes qui s’estompèrent en même temps que l’année approchait.

Et c’est cette année-là que Spielberg tourna l’un de ses plus beaux films, l’un de ses plus adultes, et surtout l’un de ses plus noirs.

 

Nous sommes dans un futur plus ou moins proche où le professeur Hobby (William Hurt), avec une armée de collaborateurs va mettre au point un robot doté d’amour. Pour le reste, tout a déjà été inventé (1).

Quelques années après, Monica (Frances O’Connor) et Henry (Sam Robards), dont le fils Martin (Jake Thomas) est cryogénisé le temps que sa maladie se résorbe, vont acquérir un enfant-robot, David (Haley Joel Osment), qui va peu à peu remplacer ce fils endormi, jusqu’au réveil de ce dernier qui va entraîner l’abandon de David et le livrer à un monde corrompu, sale et impitoyable, surtout pour les robots.

 

Bien sûr, l’analogie est évidente avec le Pinocchio de Carlo Collodi, et Spielberg ne s’en cache pas, structurant son film en reprenant librement la structure du roman et en partie sa chronologie.

Mais si ce n’était que cela…

En effet, derrière cette histoire (pessimiste) de science-fiction se trouve une réflexion très intéressante sur l’homme et son devenir : sa descendance physique (ses enfants) et morale (son humanité).

 

Et il faut l’avouer, la critique est féroce et fort pertinente.

Dès le début, le narrateur nous prévient : la fonte des glaces a amené des inondations terribles, rayant des villes de la carte, dont New York (2).

Les humains restants sont conditionnés ou livrés à leurs bas instincts (par exemple : Rouge City est la ville des plaisirs), et la haine que portent une partie de cette humanité aux robots amènent des réactions d’une violence et d’une cruauté incroyables. Les robots, bien qu’étant des êtres artificiels sont sacrifiés avec une sauvagerie terrible.

Alors quand David se retrouve au milieu d’un de ces sacrifices, on assiste à un des climax du film : le public, dans un sursaut après cette débauche de violence, va prendre fait et cause pour David. Pourquoi ? Parce qu’il est un enfant.

 

Mais c’est justement cet état qui donne tout son sens au film. Et la séquence d’introduction ou Hobby (3) est primordiale : en introduisant l’amour dans une intelligence artificielle, c’est compléter définitivement l’androïde. « Le rire est le propre de l’homme », disait le truculent Rabelais. Et n’oubliez jamais qu’amour ne rime pas avec toujours mais avec humour. Et le basculement de David du robot à l’humain a lieu pendant le repas, alors que Monica se bat avec un spaghetto trop long déclenchant le rire de David, rire communicatif qui va totalement changer la maison où la tristesse due au fils éloignée était permanente.

David devient alors un fils idéal : toujours aimant, jamais malade, toujours obéissant.

 

Et cette trop grande humanité va causer sa perte. Parce que le professeur Hobby a négligé un aspect primordial dans ce qu’est l’enfant : la cruauté. David va alors se confronter à cette cruauté par l’intermédiaire de Martin d’abord puis par ses camarades, amenant à chaque fois une situation tragique certes, mais dont les parents ignorent la cause et concluent hâtivement à la dangerosité de cet enfant-robot.

S’ensuit alors une errance où David-Pinocchio va se retrouver, accompagné par un Jiminy-Cricket (la voix de sa conscience dans le film Disney) inattendu en la personne de Gigolo Joe (Jude Law, toujours magnifique), un robot sexuel pour femmes délaissées (ou déçues).

Joe-Cricket va alors accompagner Davide dans ses épreuves les plus éprouvantes qui sont analogues à celles du pantin jusqu’à la fête foraine : Coney Island (inévitablement), engloutie où un espace Pinocchio l’attend, avec la fée bleue, objet ultime de la quête du garçon.

 

Après, David devient-il un petit garçon ? Bien sûr que non, mais il n’empêche que la fin – encore plus pessimiste – amène une séquence des plus belles, où le trop-plein amour de David va pouvoir se déverser.

Bref, Steven Spielberg ré »alise ici l’un de ses plus beaux films, traitant avec beaucoup d’adresse ce sujet existentiel primordial – l’humanité – par le prisme de son personnage préféré : l’enfant. Nous restons presque toujours au niveau de David, la caméra se plaçant souvent à sa hauteur, donnant une impression de découverte partagée par David au spectateur.

Mais malgré tout, il réussit aussi à nous montrer les limites de l’invention de Hobby : la rencontre, chez ce dernier d’un autre robot identique à lui-même.


Je ne vous en dirai pas plus, sinon la dernière réplique de Gigolo Joe, ouvrant un débat sans fin que je ne développerai pas ici : « Je suis… j’étais. »

 

 

PS : la voix de Dr Know est celle de Robin « Peter Pan » Williams.

 

  1. Même des robots sexuels, c’est vous dire.
  2. Le film étant sorti en juin, nous pouvons alors voir les Tours Jumelles en partie émergées (le Chrysler Building, lui, est totalement englouti).
  3. En français : occupation, loisir. On peut se demander en quoi son nom reflète ce qu’il est, et ce qu’il a cherché à faire en créant ce nouveau genre de robot.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Mann
Le dernier des Mohicans (The last of the Mohicans - Michael Mann, 1992)

Inspiré du roman de (James) Fenimore Cooper, il s’agit de la cinquième adaptation depuis celle de Clarence Brown et Maurice Tourneur (1920). Mais cette fois-ci on retrouve pas mal de descendants de ces autochtones américains, dont la figure emblématique Russell Means dans le rôle de Chingachgook, le père d’Uncas (Eric Schweig qui lui a des origines inuit), les deux derniers de ces fameux Mohicans.

De plus, le rôle du méchant Indien – Magua (1) – est  confié à un autre descendant, Wes Studi qui se retrouve encore une fois du côté obscur. Mais il faut avouer qu’il est toujours aussi bon, depuis que nous l’avons découvert dans Dances with Wolves deux ans plus tôt.

 

Mais reprenons.

D’un côté nous avons l’armée britannique qui se bat contre l’armée française pour les territoires américains. Entre ces deux camps se trouvent les différentes tribus indiennes qui occupent ces territoires depuis des temps immémoriaux, mais sans aucun doute bien avant ces deux armées européennes. On va alors trouver différentes tribus partagées entre les deux puissances coloniales avec, dans l’histoire qui nous intéresse, les Hurons du côté français et nos deux Mohicans du côté anglais, un peu malgré eux.

Accompagnant les Mohicans, on trouve Nathaniel « Hawkeye » Poe (Daniel Day-Lewis, avant qu’il passe à son tour du côté obscur), fils adoptif de Chingachgook et donc frère d’Uncas.

Tout commence (presque) quand un convoi doit amener Cora (Madeline Stowe, formidable elle aussi) et Alice (Jodhi May) – les filles du colonel Munro (Maurice Roëves). Attaqué par les Hurons et leur chef Magua, les deux femmes et l’officier qui les accompagne – Duncan Heyward (Steven Waddington) – sont secourus par Nathaniel et les deux Mohicans qui vont les mener au père des jeunes femmes : c’est ainsi qu’ils vont participer au conflit.

 

Nous sommes en 1757, et on peut trouver dans cette intrigue une teinte qui n’est pas sans annoncer la révolution et la guerre qui commenceront 19 ans plus tard suite à la Déclaration d’Indépendance.

L’attitude du colonel Munro, et à un moindre niveau celle du major Heyward vont à l’encontre des promesses faites, refusant de libérer les miliciens issus de la Frontière qui veulent sauver familles et fermes.

Mais cela ne reste qu’une teinte, l’intrigue restant plutôt du côté des affaires indiennes, le conflit franco-britannique devenant une partie du décor où se tient le véritable affrontement du film entre Magua et les deux Mohicans aidés de Nathaniel. Sans oublier les deux jeunes femmes qui sont l’enjeu, d’une certaine manière de cet affrontement.

 

L’intrigue principale réussit une nouvelle fois à nous faire pencher du côté des autochtones (les Natives, comme disent les Américains), n’ayant certes aucune sympathie pour Magua et ses hommes mais n’en ayant encore moins pour les Anglais lors de la dernière bataille.

Michael Mann filme ici deux grands combats totalement différents de deux manières très pertinentes : celui entre les Anglais et les Français a lieu la nuit alors que l’autre a lieu le jour, alors que les Anglais se retirent vaincus.

Ces deux choix temporels s’expliquent de deux façons :

  • visuel : un assaut d’artillerie, avec feu et fumée qui ressortent mieux la nuit, lui donnant un effet de feu d’artifice meurtrier spectaculaire ;
  • culturel : de l’autre une attaque en plein jour par les Hurons, les Indiens n’attaquant que très rarement la nuit.

Et alors que l’effet visuel du premier combat amène une distance quant aux conséquences de ces différentes salves meurtrières, le second combat est d’une grande sauvagerie, égale très certainement à la frustration et au désir de vengeance des Hurons, et en particulier de Magua, véritable méchant du film. Encore que.

 

[Attention, si vous n’avez pas lu le roman de Cooper ni vu le film, la suite révèle une partie de la résolution de l’intrigue. Passez au paragraphe suivant ou revenez quand vous l’aurez lu ou vu]

 

En effet, il y a chez Magua une logique indienne très forte qu’il est difficile à comprendre pour un occidental, comme Nathaniel l’explique à Cora. Et son combat victorieux contre Uncas se termine sans triomphe ni regard de haine. Il se finit, Magua l’a emporté, et il n’en tire, semble-t-il, aucun plaisir. Il a juste défendu sa vie contre un agresseur.

La réaction de Chingachgook, elle est compréhensible par tous : un père peut difficilement rester impassible quand son fils se fait tuer sous ses yeux.

 

Quoi qu’il en soit, Michael Mann signe ici un somptueux western, reprenant les principes de base : les grands espaces, l’Ouest sauvage, les Indiens, la Frontière, pour en faire une épopée formidable, servi par une distribution (2) au niveau de l’enjeu, le trio d’Indiens, tout comme Daniel Day-Lewis et la magnifique (encore une fois) Madeline Stowe donnent à ce film un cachet qui propulse le livre au niveau de la légende.

 

[NB : il y a toujours un décalage étonnant pour nous, spectateurs de 2019, de voir les deux chefs militaires anglais et français s’adresser l’un à l’autre de manière fort courtoise voire amicale. Eh oui, en ce temps-là, les conflits se réglaient ainsi, une fois l’assaut terminé et les blessés évacués. La guerre, ce n’est plus ce que c’était…]

 

 

PS : Parmi les acteurs qui ont contribué au film, on trouve Patrice Chéreau dans le rôle du général Montcalm (enfin un Français dans un rôle de même nationalité, ce qui n’arrive pas tout le temps), ainsi que Jared « Moriarty » Harris, un des officiers britishs…

 

  1. Wes Studi est largement plus crédible que Wallace Beery. Qui s’en étonnerait ?
  2. Prestigieuse, vous savez bien !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Anthony Mann
La Chute de l'empire romain (The Fall of the Roman empire - Anthony Mann, 1964)

Alec Guinness, Stephen Boyd, Sophia Loren, James Mason, Christopher Plummer, Mel Ferrer, Anthony Quayle… Je continue ?

Une distribution prestigieuse pour un film qui ne l’est pas moins même s’il fut peu rentable. D’un autre côté si on jugeait un film à sa rentabilité, que deviendrait Napoléon (Abel Gance, 1927) ?

Anthony Mann nous propose ici un péplum tardif dans des décors fastes, avec des costumes somptueux et une musique de Dimitri Tiomkin des plus brillantes.

C’est du très grand spectacle. Et en plus, c’est terriblement humain.

 

Marc Aurèle (Alec « Obi-wan » Guinness) vit ses derniers instants et souhaite léguer le trône de Rome à son chef des armées Livius (Stephen « Messala » Boyd), écartant de fait son fils Commode (Christopher Plummer) du pouvoir.

Bien entendu, cela ne se fait pas et Commode (1) devient donc le nouveau César et amène le début de la chute de l’empire romain comme l’annonce le titre.

Mais si ce n’était que cela, on aurait un film un tantinet plat.

Au contraire, ici, tout est important, et surtout toutes les relations humaines et comportements (qui ne le sont pas toujours) sont décrits dans ce long film (plus de trois heures).

 

Beaucoup d’entre vous vont relier ce film au Gladiator de Ridley Scott, ce qui est tout à fait normal puisque c’est ce film qui l’inspira : Livius sera remplacé par Maximus (Russell Crowe) et l’intrigue amoureuse avec Lucilla (La très belle Sophia Loren) est passée à la trappe, remplacée par des amours incestueuses.

Pour le reste, nous retrouvons un Commode qui ne l’est pas vraiment et une démesure formidable, les gigantesques décors de Veniero Colasanti et John Moore ayant nécessité jusqu’à sept mois de travail !

 

Evidemment, c’est l’opposition entre Commode et Livius, et on retrouve – au début tout du moins – la même relation entre Livius et Commode qu’entre celle qui existait entre Ben-Hur et Messala dans le film (inoubliable) de Victor Fleming cinq ans plus tôt. Et comme c’était déjà Stephen Boyd qui en était, le parallèle devient plus facile.

Car là encore, on assiste à une amitié qui se délite et se conclura dans le sang. Mais cette fois-ci, Boyd est du bon côté.

Il faut dire que le Commode que campe Christopher Plummer est extraordinaire. Il a une bonne dose de perfidie et de cruauté qui en font assez rapidement un personnage haïssable.

Mais il n’est pas pour autant cette brute que sera Joaquin Phoenix dans le film de Scott : en tant que fils (indigne) de Marc Aurèle, il possède tout de même quelques qualités cérébrales qui en font un être roué comme le montre la séquence où l’armée attend d’envahir Rome pour le renverser.

 

Bref, c’est du très grand péplum, avec une vision décadente de cette Rome que Commode débaptisa un temps (le sien). Les réjouissances populaires ont un je-ne-sais-quoi de demillien dans la démesure, et les combats sont plus sanglants que chez le maître. On y retrouve d’ailleurs deux grandes batailles, l’une en extérieur et l’autre en intérieur, qui illustrent très bien la confusion que généraient les assauts de ces barbares germains, alors qu’on retrouve l’ordre légendaire des légions romaines qui ne sont plus aussi ordonnées une fois le contact établi. Et nous avons même droit à une troisième bataille qui voit les Romains en découdre avec les Perses auxquels s’est allié le félon roi d’Arménie, Sohamus (Omar Sharif, encore une fois dans un film à très grand spectacle).

 

Toutefois, si la mort de Marc Aurèle a pu être provoquée (2) comme c’est le cas ici, le rebondissement (léger), qui intervient un peu avant la fin peut tout de même prêter à (sou)rire, au final n’influe pas vraiment sur l’intrigue en marche. Ca a dû faire relever quelques sourcils, mais cette anecdote se noie dans l’intrigue générale. Et puis de toute façon, on est au  cinéma…

Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

 

PS : J’allais oublier. En plus d’avoir celui qui fut Messala (avec les yeux marrons et pas bleus comme ici), nous avons droit à une course de char en plein air qui vaut elle aussi le détour !

 

  1. Je ne résiste pas à vous donner son titre latin intégral : Imperator Caesar Lucius Aelius Aurelius Commodus Augustus Pius Felix Sarmaticus Germanicus Maximus Britannicus. Rien que ça !
  2. Dion Cassius, historien romain contemporain de cette période, envisage que Commode aurait lui-même fomenté son empoisonnement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Zwick
A l'Epreuve du feu (Courage under Fire - Edward Zwick, 1996)

Février 1991 : Guerre du Golfe.

Le lieutenant-colonel Serling (Denzel Washington) fait tirer par erreur sur un de ses chars.

Dans le même temps, la capitaine Walden (Meg Ryan) meurt au cours d’une mission de secours.

Il n’y a aucun lien entre ces deux affaires, sauf que Serling se voit charger d’enquêter sur ce sauvetage afin de décerner la Médaille d’Honneur (1) à la jeune femme, à titre posthume cela va sans dire.

 

Il y a dans les films d’Edward Zwick une constante : l’engagement. Qu’il soit moral ou physique, ses films tournent très souvent (pour ne pas dire tout le temps) autour des différentes responsabilités que vont (ou non) assumer ses héros.

Il est donc évident qu’il allait se tourner vers l’armée, là où la majeure partie de ses membres se sont engagés.

Et ici, l’enjeu est double même si la résolution est la même : la vérité.

On a d’un côté cet officier qui fait une « bavure », et cause la mort involontairement de certains de ses hommes (dont un ami proche) ; et de l’autre une femme qui est morte suite au crash de l’hélicoptère qu’elle dirigeait (2).

 

C’est donc une enquête que nous offre Zwick, qui s’avère dans le même temps – et c’est un peu toujours comme ça avec les films américains – une quête de rédemption pour Serling qui a du mal à vivre avec son erreur meurtrière.

Laissons de côté cette rédemption et concentrons-nous sur l’enquête. Bien sûr, il y a une version officielle. Mais comme il y a un enjeu symbolique – la première Médaille d’Honneur décernée à une femme (3) – l’enquête est inévitable et cela nous permet une jolie part narrative. En effet, Nous allons revivre ces mêmes instants selon des points de vue différents :

  • Les premiers que nous voyons nous raconter les faits sont les soldats au sol que l’hélicoptère devait secourir ;  ils posent le décor et racontent l’arrive de l’hélicoptère jusqu’à ce qu’il soit touché et aille s’écraser plus loin, hors champ (pour eux comme pour nous, puisque nous voyons tout selon les différents points de vue des narrateurs).
  • Puis ce sont les différents membres de l’équipe de secours : Rady (Tim Guinee) qui a été blessé et est depuis dans un fauteuil roulant ; Ilario (Matt Damon) qui se drogue depuis cet épisode ; Altameier (Seth Gilliam) qui meurt doucement d’un cancer ; et Monfriez (Lou « Ritchie Valens » Diamond Philips), qui est maintenant instructeur.

 

Bien sûr, c’est le deuxième groupe qui nous intéresse. Surtout celle de Monfriez qui diffère des deux précédentes. A partir de là, la recherche de la vérité devient primordiale pour Serling, alors qu’elle le devient de moins en moins pour sa hiérarchie. Pourquoi ? Parce qu’il va falloir dire la vérité, ce que toutes les armées du monde ont du mal à avouer (4).

Et au final, nous – spectateurs – savons ce qu’il s’est passé. Quant aux supérieurs de Serling, j’en suis beaucoup moins sûr.

Toujours est-il que cette quête indispensable de la vérité est le catalyseur de la rédemption de Serling : trouver cette vérité lui permettra d’affronter sa propre conscience et d’avouer aux parents de son ami qui est mort par sa faute.

 

Cette vérité ? Je vous laisse le soin de la découvrir.

 

PS : je vous vous évite le final et son côté rédempteur auquel sont accrochés quelques dizaines de violons pour une happy-end émouvante – un peu trop à mon goût, mais moins tout de même que pour Titanic (la minute de trop) – mais j’attire votre attention sur la performance de Matt Damon, alors acteur de second plan avant Will Hunting l’année suivante. Le beau Matt nous apparaît un tantinet décharné : normal, il s’est imposé un régime (très) sévère (peu de nourriture, beaucoup de café, du sport) qui le mettra en danger et il lui faudra environ deux ans pour s’en remettre complètement.

 

PPS : Le sergent Patella qui tire sur le char sur ordre de Serling est (encore) un obscur acteur californien : Sean « Samwise » Astin !

 

  1. Medal of Honor : plus haute distinction militaire américaine.
  2. Elle n’est pas morte dans l’accident mais dans ce qu’il s’est passé ensuite avant que l’équipe au sol soit à son tour secourue et la région nettoyée au napalm.
  3. C’est faux, bien sûr. Nous sommes au cinéma. Toutefois, la seule femme ayant reçu cette médaille est Dr Mary Edwards Walker pour son action pendant la Guerre de Sécession. Elle lui fut retirée en 1917 parce qu’elle n’était pas militaire, mais heureusement Jimmy Carter la lui rendit, à titre posthume, évidemment (1977).
  4. Pour rappel, l’armée française est surnommée – à juste titre – la « Grande Muette ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954)

En ce jour de Noël 1954, le public américain a le plaisir de voir sur une même affiche deux grands acteurs hollywoodiens : Gary Cooper, le vétéran et Burt Lancaster, le plus jeune. Et en plus : c’est un western, genre qui est à son apogée dans cette décennie qui n’a pas encore vu Gunfight at the OK Corral ou Rio Bravo quand Vera Cruz sort.

Mais d’entrée de jeu, Robert Aldrich donne le ton : ce ne sera pas un western ordinaire où  le manichéisme est l’étalon moral et les héros s’en vont dans le soleil couchant (1).

Ici, les héros ne sont pas ce qu’on a l’habitude d’appeler ainsi, et les cowboys (qui n’en sont pas : à aucun moment ils n’approchent une quelconque vache) montrent un visage un tantinet plus réaliste qu’à l’accoutumée.

Attention : je ne dis pas qu’Aldrich a inventé le réalisme dans le western, mais les situations que nous trouvons dans ce film sont en décalage avec ce qu’on a l’habitude de voir dans cette période.

Mais reprenons.

 

Nous sommes au Mexique, après la Guerre de Sécession, nous trouvons des Américains au Mexique : des Sudistes qui n’acceptent pas tous la défaite, ou encore des criminels qui ne seront pas extradés, et que sais-je encore. Mais tous ont un objectif commun : devenir riches.

Nous allons alors suivre la progression de deux Américains que beaucoup de choses séparent mais qui vont pourtant faire ce bout de chemin ensemble.

D’un côté Benjamin « Ben » Trane (Gary Cooper donc), Sudiste, propriétaire d’une plantation et qui a tout perdu pendant la guerre. De l’autre, Joseph « Joe » Erin (Burt Lancaster, alors), bandit jeune et faussement insouciant. Tous deux sont de très bonnes gâchettes et le duel final nous dira lequel est le meilleur.

Et que font-ils au Mexique ? Ils aident l’empereur fantoche Maximilien (George Macready) à conserver son trône en convoyant la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel) une aristocrate française, à regagner l’Europe pour y lever des armées en renfort.

Et ce faire, elle a à sa disposition 3.000.000 de dollars qu’elle a emmenés avec elle.

Et rapidement, ces quelques millions deviennent beaucoup plus intéressants que les 50.000 qu’avait prévu d’offrir à nos deux compères pour les remercier de leur aide. Surtout qu’en plus, il n’est pas vraiment question qu’ils touchent un jour de cet or, on leur a plutôt prévu du plomb.

 

A première vue, l’intrigue paraît classique, sauf que nos deux héros ne le sont pas vraiment, surtout Erin qui a à son actif (ou passif, cela dépend du point de vue) quelques crimes pendables, surtout dans cette Amérique où la justice est encore bien sommaire, mais surtout expéditive. Mais c’est plus dans les personnages qu’il faut trouver une sorte de nouveauté (2).

Il faut dire que la bande de Joe Erin est composée d’un beau ramassis de truands aux mines patibulaires, comme on en trouvera quelques années plus tard dans les films de Leone (3).

Parmi ces personnages franchement louches, on reconnaît d’ailleurs Ernest « Marty » Borgnine et une « jeune » acteur d’origine polonaise qui se fait encore appeler ici Charles Buchinsky et deviendra très bientôt Bronson.

 

Mais ces personnages ne sont pas tout : les différentes situations sont peu glorieuses pour des cowboys américains, et seul Gary Cooper sort du lot dans son attitude de gentleman du Sud aux manières fort courtoises et aux rudiments de français qui font plaisir à la comtesse.

Une scène très caractéristique du décalage avec les westerns contemporains de celui-ci, c’est la réception chez Maximilien :

Ces drôles de « gentlemen » y sont conviés, l’appelant déjà Max, et se conduisent d’une manière des plus étonnantes, voire y détonnant complètement.

Il faut dire que rapprocher des femmes et hommes en tenue de bal avec ces barbares pas rasés, sales et très certainement puants est une très bonne idée. A cet aspect fort rebutant s’ajoute une totale absence de discrétion qui transforme cette rencontre tout sauf un bal, amenant le sourire au spectateur.

 

Autre  changement de ton : la violence.

Aldrich va beaucoup plus loin que ses collègues cinéastes de l’époque dans le rendu de la violence. En effet, habituellement, ce sont échanges de coups de feu divers qui émaillent les films, comme ici, mais Aldrich va plus loin en proposant des scènes un peu plus crues qu’à l’accoutumée.

Certes, on ne voit pas beaucoup de sang couler, c’est encore trop tôt, mais on devine parfois une certaine sauvagerie chez ces hommes de peu de foi (à défaut de loi), jusqu’à Burt Lancaster (qui est aussi producteur, soit dit en passant) qui élimine de façon fort peu cavalière le capitaine

 

[Attention : le paragraphe qui suit et conclut cet article révèle la fin. Si vous ne voulez pas savoir, je vous donne rendez-vous à demain…]

 

Mais malgré tout cela nous sommes en 1954, et il n’est pas question qu’un méchant s’en sorte. Aldrich conclut alors avec un duel traditionnel et le moins corrompu des deux va s’en sortir.

Bien sûr, c’est Gary Cooper qui, comme le rappelait un internaute récemment, n’a jamais interprété de rôles négatifs dans toute sa carrière.

D’une certaine façon, la morale est sauve, mais Aldrich nous a tout de même montré qu’il était possible de faire autre chose de ce genre immortel du cinéma.

 

 

PS : On retrouvera d’ailleurs dans Les 12 Salopards ce même ton et ce même décalage avec l’idéal du film de guerre. En effet, les 12 choisis et d’une certaine mesure leur instructeur (Lee Marvin) ne sont pas des guerriers conventionnels, tout du moins comme on a l’habitude (en 1967) de les voir à l’écran.

 

  1. Je sais : c’est surtout Lucky Luke qui fait ça. Mais tout ça se tient : c’est dans cette décennie que Goscinny rejoint Morris (1955) pour lui offrir les plus belles aventures de son héros solitaire.
  2.  « La nouveauté. C’est vieux comme le monde ça, la nouveauté » (Anselme Debureau dans Les Enfants du paradis).
  3. Avec Jack Elam qui apparaît ici et sera dans la longue séquence générique de Once upon a Time in the West (1968).

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