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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Michael Mann
Le dernier des Mohicans (The last of the Mohicans - Michael Mann, 1992)

Inspiré du roman de (James) Fenimore Cooper, il s’agit de la cinquième adaptation depuis celle de Clarence Brown et Maurice Tourneur (1920). Mais cette fois-ci on retrouve pas mal de descendants de ces autochtones américains, dont la figure emblématique Russell Means dans le rôle de Chingachgook, le père d’Uncas (Eric Schweig qui lui a des origines inuit), les deux derniers de ces fameux Mohicans.

De plus, le rôle du méchant Indien – Magua (1) – est  confié à un autre descendant, Wes Studi qui se retrouve encore une fois du côté obscur. Mais il faut avouer qu’il est toujours aussi bon, depuis que nous l’avons découvert dans Dances with Wolves deux ans plus tôt.

 

Mais reprenons.

D’un côté nous avons l’armée britannique qui se bat contre l’armée française pour les territoires américains. Entre ces deux camps se trouvent les différentes tribus indiennes qui occupent ces territoires depuis des temps immémoriaux, mais sans aucun doute bien avant ces deux armées européennes. On va alors trouver différentes tribus partagées entre les deux puissances coloniales avec, dans l’histoire qui nous intéresse, les Hurons du côté français et nos deux Mohicans du côté anglais, un peu malgré eux.

Accompagnant les Mohicans, on trouve Nathaniel « Hawkeye » Poe (Daniel Day-Lewis, avant qu’il passe à son tour du côté obscur), fils adoptif de Chingachgook et donc frère d’Uncas.

Tout commence (presque) quand un convoi doit amener Cora (Madeline Stowe, formidable elle aussi) et Alice (Jodhi May) – les filles du colonel Munro (Maurice Roëves). Attaqué par les Hurons et leur chef Magua, les deux femmes et l’officier qui les accompagne – Duncan Heyward (Steven Waddington) – sont secourus par Nathaniel et les deux Mohicans qui vont les mener au père des jeunes femmes : c’est ainsi qu’ils vont participer au conflit.

 

Nous sommes en 1757, et on peut trouver dans cette intrigue une teinte qui n’est pas sans annoncer la révolution et la guerre qui commenceront 19 ans plus tard suite à la Déclaration d’Indépendance.

L’attitude du colonel Munro, et à un moindre niveau celle du major Heyward vont à l’encontre des promesses faites, refusant de libérer les miliciens issus de la Frontière qui veulent sauver familles et fermes.

Mais cela ne reste qu’une teinte, l’intrigue restant plutôt du côté des affaires indiennes, le conflit franco-britannique devenant une partie du décor où se tient le véritable affrontement du film entre Magua et les deux Mohicans aidés de Nathaniel. Sans oublier les deux jeunes femmes qui sont l’enjeu, d’une certaine manière de cet affrontement.

 

L’intrigue principale réussit une nouvelle fois à nous faire pencher du côté des autochtones (les Natives, comme disent les Américains), n’ayant certes aucune sympathie pour Magua et ses hommes mais n’en ayant encore moins pour les Anglais lors de la dernière bataille.

Michael Mann filme ici deux grands combats totalement différents de deux manières très pertinentes : celui entre les Anglais et les Français a lieu la nuit alors que l’autre a lieu le jour, alors que les Anglais se retirent vaincus.

Ces deux choix temporels s’expliquent de deux façons :

  • visuel : un assaut d’artillerie, avec feu et fumée qui ressortent mieux la nuit, lui donnant un effet de feu d’artifice meurtrier spectaculaire ;
  • culturel : de l’autre une attaque en plein jour par les Hurons, les Indiens n’attaquant que très rarement la nuit.

Et alors que l’effet visuel du premier combat amène une distance quant aux conséquences de ces différentes salves meurtrières, le second combat est d’une grande sauvagerie, égale très certainement à la frustration et au désir de vengeance des Hurons, et en particulier de Magua, véritable méchant du film. Encore que.

 

[Attention, si vous n’avez pas lu le roman de Cooper ni vu le film, la suite révèle une partie de la résolution de l’intrigue. Passez au paragraphe suivant ou revenez quand vous l’aurez lu ou vu]

 

En effet, il y a chez Magua une logique indienne très forte qu’il est difficile à comprendre pour un occidental, comme Nathaniel l’explique à Cora. Et son combat victorieux contre Uncas se termine sans triomphe ni regard de haine. Il se finit, Magua l’a emporté, et il n’en tire, semble-t-il, aucun plaisir. Il a juste défendu sa vie contre un agresseur.

La réaction de Chingachgook, elle est compréhensible par tous : un père peut difficilement rester impassible quand son fils se fait tuer sous ses yeux.

 

Quoi qu’il en soit, Michael Mann signe ici un somptueux western, reprenant les principes de base : les grands espaces, l’Ouest sauvage, les Indiens, la Frontière, pour en faire une épopée formidable, servi par une distribution (2) au niveau de l’enjeu, le trio d’Indiens, tout comme Daniel Day-Lewis et la magnifique (encore une fois) Madeline Stowe donnent à ce film un cachet qui propulse le livre au niveau de la légende.

 

[NB : il y a toujours un décalage étonnant pour nous, spectateurs de 2019, de voir les deux chefs militaires anglais et français s’adresser l’un à l’autre de manière fort courtoise voire amicale. Eh oui, en ce temps-là, les conflits se réglaient ainsi, une fois l’assaut terminé et les blessés évacués. La guerre, ce n’est plus ce que c’était…]

 

 

PS : Parmi les acteurs qui ont contribué au film, on trouve Patrice Chéreau dans le rôle du général Montcalm (enfin un Français dans un rôle de même nationalité, ce qui n’arrive pas tout le temps), ainsi que Jared « Moriarty » Harris, un des officiers britishs…

 

  1. Wes Studi est largement plus crédible que Wallace Beery. Qui s’en étonnerait ?
  2. Prestigieuse, vous savez bien !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Anthony Mann
La Chute de l'empire romain (The Fall of the Roman empire - Anthony Mann, 1964)

Alec Guinness, Stephen Boyd, Sophia Loren, James Mason, Christopher Plummer, Mel Ferrer, Anthony Quayle… Je continue ?

Une distribution prestigieuse pour un film qui ne l’est pas moins même s’il fut peu rentable. D’un autre côté si on jugeait un film à sa rentabilité, que deviendrait Napoléon (Abel Gance, 1927) ?

Anthony Mann nous propose ici un péplum tardif dans des décors fastes, avec des costumes somptueux et une musique de Dimitri Tiomkin des plus brillantes.

C’est du très grand spectacle. Et en plus, c’est terriblement humain.

 

Marc Aurèle (Alec « Obi-wan » Guinness) vit ses derniers instants et souhaite léguer le trône de Rome à son chef des armées Livius (Stephen « Messala » Boyd), écartant de fait son fils Commode (Christopher Plummer) du pouvoir.

Bien entendu, cela ne se fait pas et Commode (1) devient donc le nouveau César et amène le début de la chute de l’empire romain comme l’annonce le titre.

Mais si ce n’était que cela, on aurait un film un tantinet plat.

Au contraire, ici, tout est important, et surtout toutes les relations humaines et comportements (qui ne le sont pas toujours) sont décrits dans ce long film (plus de trois heures).

 

Beaucoup d’entre vous vont relier ce film au Gladiator de Ridley Scott, ce qui est tout à fait normal puisque c’est ce film qui l’inspira : Livius sera remplacé par Maximus (Russell Crowe) et l’intrigue amoureuse avec Lucilla (La très belle Sophia Loren) est passée à la trappe, remplacée par des amours incestueuses.

Pour le reste, nous retrouvons un Commode qui ne l’est pas vraiment et une démesure formidable, les gigantesques décors de Veniero Colasanti et John Moore ayant nécessité jusqu’à sept mois de travail !

 

Evidemment, c’est l’opposition entre Commode et Livius, et on retrouve – au début tout du moins – la même relation entre Livius et Commode qu’entre celle qui existait entre Ben-Hur et Messala dans le film (inoubliable) de Victor Fleming cinq ans plus tôt. Et comme c’était déjà Stephen Boyd qui en était, le parallèle devient plus facile.

Car là encore, on assiste à une amitié qui se délite et se conclura dans le sang. Mais cette fois-ci, Boyd est du bon côté.

Il faut dire que le Commode que campe Christopher Plummer est extraordinaire. Il a une bonne dose de perfidie et de cruauté qui en font assez rapidement un personnage haïssable.

Mais il n’est pas pour autant cette brute que sera Joaquin Phoenix dans le film de Scott : en tant que fils (indigne) de Marc Aurèle, il possède tout de même quelques qualités cérébrales qui en font un être roué comme le montre la séquence où l’armée attend d’envahir Rome pour le renverser.

 

Bref, c’est du très grand péplum, avec une vision décadente de cette Rome que Commode débaptisa un temps (le sien). Les réjouissances populaires ont un je-ne-sais-quoi de demillien dans la démesure, et les combats sont plus sanglants que chez le maître. On y retrouve d’ailleurs deux grandes batailles, l’une en extérieur et l’autre en intérieur, qui illustrent très bien la confusion que généraient les assauts de ces barbares germains, alors qu’on retrouve l’ordre légendaire des légions romaines qui ne sont plus aussi ordonnées une fois le contact établi. Et nous avons même droit à une troisième bataille qui voit les Romains en découdre avec les Perses auxquels s’est allié le félon roi d’Arménie, Sohamus (Omar Sharif, encore une fois dans un film à très grand spectacle).

 

Toutefois, si la mort de Marc Aurèle a pu être provoquée (2) comme c’est le cas ici, le rebondissement (léger), qui intervient un peu avant la fin peut tout de même prêter à (sou)rire, au final n’influe pas vraiment sur l’intrigue en marche. Ca a dû faire relever quelques sourcils, mais cette anecdote se noie dans l’intrigue générale. Et puis de toute façon, on est au  cinéma…

Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

 

PS : J’allais oublier. En plus d’avoir celui qui fut Messala (avec les yeux marrons et pas bleus comme ici), nous avons droit à une course de char en plein air qui vaut elle aussi le détour !

 

  1. Je ne résiste pas à vous donner son titre latin intégral : Imperator Caesar Lucius Aelius Aurelius Commodus Augustus Pius Felix Sarmaticus Germanicus Maximus Britannicus. Rien que ça !
  2. Dion Cassius, historien romain contemporain de cette période, envisage que Commode aurait lui-même fomenté son empoisonnement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Edward Zwick
A l'Epreuve du feu (Courage under Fire - Edward Zwick, 1996)

Février 1991 : Guerre du Golfe.

Le lieutenant-colonel Serling (Denzel Washington) fait tirer par erreur sur un de ses chars.

Dans le même temps, la capitaine Walden (Meg Ryan) meurt au cours d’une mission de secours.

Il n’y a aucun lien entre ces deux affaires, sauf que Serling se voit charger d’enquêter sur ce sauvetage afin de décerner la Médaille d’Honneur (1) à la jeune femme, à titre posthume cela va sans dire.

 

Il y a dans les films d’Edward Zwick une constante : l’engagement. Qu’il soit moral ou physique, ses films tournent très souvent (pour ne pas dire tout le temps) autour des différentes responsabilités que vont (ou non) assumer ses héros.

Il est donc évident qu’il allait se tourner vers l’armée, là où la majeure partie de ses membres se sont engagés.

Et ici, l’enjeu est double même si la résolution est la même : la vérité.

On a d’un côté cet officier qui fait une « bavure », et cause la mort involontairement de certains de ses hommes (dont un ami proche) ; et de l’autre une femme qui est morte suite au crash de l’hélicoptère qu’elle dirigeait (2).

 

C’est donc une enquête que nous offre Zwick, qui s’avère dans le même temps – et c’est un peu toujours comme ça avec les films américains – une quête de rédemption pour Serling qui a du mal à vivre avec son erreur meurtrière.

Laissons de côté cette rédemption et concentrons-nous sur l’enquête. Bien sûr, il y a une version officielle. Mais comme il y a un enjeu symbolique – la première Médaille d’Honneur décernée à une femme (3) – l’enquête est inévitable et cela nous permet une jolie part narrative. En effet, Nous allons revivre ces mêmes instants selon des points de vue différents :

  • Les premiers que nous voyons nous raconter les faits sont les soldats au sol que l’hélicoptère devait secourir ;  ils posent le décor et racontent l’arrive de l’hélicoptère jusqu’à ce qu’il soit touché et aille s’écraser plus loin, hors champ (pour eux comme pour nous, puisque nous voyons tout selon les différents points de vue des narrateurs).
  • Puis ce sont les différents membres de l’équipe de secours : Rady (Tim Guinee) qui a été blessé et est depuis dans un fauteuil roulant ; Ilario (Matt Damon) qui se drogue depuis cet épisode ; Altameier (Seth Gilliam) qui meurt doucement d’un cancer ; et Monfriez (Lou « Ritchie Valens » Diamond Philips), qui est maintenant instructeur.

 

Bien sûr, c’est le deuxième groupe qui nous intéresse. Surtout celle de Monfriez qui diffère des deux précédentes. A partir de là, la recherche de la vérité devient primordiale pour Serling, alors qu’elle le devient de moins en moins pour sa hiérarchie. Pourquoi ? Parce qu’il va falloir dire la vérité, ce que toutes les armées du monde ont du mal à avouer (4).

Et au final, nous – spectateurs – savons ce qu’il s’est passé. Quant aux supérieurs de Serling, j’en suis beaucoup moins sûr.

Toujours est-il que cette quête indispensable de la vérité est le catalyseur de la rédemption de Serling : trouver cette vérité lui permettra d’affronter sa propre conscience et d’avouer aux parents de son ami qui est mort par sa faute.

 

Cette vérité ? Je vous laisse le soin de la découvrir.

 

PS : je vous vous évite le final et son côté rédempteur auquel sont accrochés quelques dizaines de violons pour une happy-end émouvante – un peu trop à mon goût, mais moins tout de même que pour Titanic (la minute de trop) – mais j’attire votre attention sur la performance de Matt Damon, alors acteur de second plan avant Will Hunting l’année suivante. Le beau Matt nous apparaît un tantinet décharné : normal, il s’est imposé un régime (très) sévère (peu de nourriture, beaucoup de café, du sport) qui le mettra en danger et il lui faudra environ deux ans pour s’en remettre complètement.

 

PPS : Le sergent Patella qui tire sur le char sur ordre de Serling est (encore) un obscur acteur californien : Sean « Samwise » Astin !

 

  1. Medal of Honor : plus haute distinction militaire américaine.
  2. Elle n’est pas morte dans l’accident mais dans ce qu’il s’est passé ensuite avant que l’équipe au sol soit à son tour secourue et la région nettoyée au napalm.
  3. C’est faux, bien sûr. Nous sommes au cinéma. Toutefois, la seule femme ayant reçu cette médaille est Dr Mary Edwards Walker pour son action pendant la Guerre de Sécession. Elle lui fut retirée en 1917 parce qu’elle n’était pas militaire, mais heureusement Jimmy Carter la lui rendit, à titre posthume, évidemment (1977).
  4. Pour rappel, l’armée française est surnommée – à juste titre – la « Grande Muette ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Robert Aldrich
Vera Cruz (Robert Aldrich, 1954)

En ce jour de Noël 1954, le public américain a le plaisir de voir sur une même affiche deux grands acteurs hollywoodiens : Gary Cooper, le vétéran et Burt Lancaster, le plus jeune. Et en plus : c’est un western, genre qui est à son apogée dans cette décennie qui n’a pas encore vu Gunfight at the OK Corral ou Rio Bravo quand Vera Cruz sort.

Mais d’entrée de jeu, Robert Aldrich donne le ton : ce ne sera pas un western ordinaire où  le manichéisme est l’étalon moral et les héros s’en vont dans le soleil couchant (1).

Ici, les héros ne sont pas ce qu’on a l’habitude d’appeler ainsi, et les cowboys (qui n’en sont pas : à aucun moment ils n’approchent une quelconque vache) montrent un visage un tantinet plus réaliste qu’à l’accoutumée.

Attention : je ne dis pas qu’Aldrich a inventé le réalisme dans le western, mais les situations que nous trouvons dans ce film sont en décalage avec ce qu’on a l’habitude de voir dans cette période.

Mais reprenons.

 

Nous sommes au Mexique, après la Guerre de Sécession, nous trouvons des Américains au Mexique : des Sudistes qui n’acceptent pas tous la défaite, ou encore des criminels qui ne seront pas extradés, et que sais-je encore. Mais tous ont un objectif commun : devenir riches.

Nous allons alors suivre la progression de deux Américains que beaucoup de choses séparent mais qui vont pourtant faire ce bout de chemin ensemble.

D’un côté Benjamin « Ben » Trane (Gary Cooper donc), Sudiste, propriétaire d’une plantation et qui a tout perdu pendant la guerre. De l’autre, Joseph « Joe » Erin (Burt Lancaster, alors), bandit jeune et faussement insouciant. Tous deux sont de très bonnes gâchettes et le duel final nous dira lequel est le meilleur.

Et que font-ils au Mexique ? Ils aident l’empereur fantoche Maximilien (George Macready) à conserver son trône en convoyant la comtesse Marie Duvarre (Denise Darcel) une aristocrate française, à regagner l’Europe pour y lever des armées en renfort.

Et ce faire, elle a à sa disposition 3.000.000 de dollars qu’elle a emmenés avec elle.

Et rapidement, ces quelques millions deviennent beaucoup plus intéressants que les 50.000 qu’avait prévu d’offrir à nos deux compères pour les remercier de leur aide. Surtout qu’en plus, il n’est pas vraiment question qu’ils touchent un jour de cet or, on leur a plutôt prévu du plomb.

 

A première vue, l’intrigue paraît classique, sauf que nos deux héros ne le sont pas vraiment, surtout Erin qui a à son actif (ou passif, cela dépend du point de vue) quelques crimes pendables, surtout dans cette Amérique où la justice est encore bien sommaire, mais surtout expéditive. Mais c’est plus dans les personnages qu’il faut trouver une sorte de nouveauté (2).

Il faut dire que la bande de Joe Erin est composée d’un beau ramassis de truands aux mines patibulaires, comme on en trouvera quelques années plus tard dans les films de Leone (3).

Parmi ces personnages franchement louches, on reconnaît d’ailleurs Ernest « Marty » Borgnine et une « jeune » acteur d’origine polonaise qui se fait encore appeler ici Charles Buchinsky et deviendra très bientôt Bronson.

 

Mais ces personnages ne sont pas tout : les différentes situations sont peu glorieuses pour des cowboys américains, et seul Gary Cooper sort du lot dans son attitude de gentleman du Sud aux manières fort courtoises et aux rudiments de français qui font plaisir à la comtesse.

Une scène très caractéristique du décalage avec les westerns contemporains de celui-ci, c’est la réception chez Maximilien :

Ces drôles de « gentlemen » y sont conviés, l’appelant déjà Max, et se conduisent d’une manière des plus étonnantes, voire y détonnant complètement.

Il faut dire que rapprocher des femmes et hommes en tenue de bal avec ces barbares pas rasés, sales et très certainement puants est une très bonne idée. A cet aspect fort rebutant s’ajoute une totale absence de discrétion qui transforme cette rencontre tout sauf un bal, amenant le sourire au spectateur.

 

Autre  changement de ton : la violence.

Aldrich va beaucoup plus loin que ses collègues cinéastes de l’époque dans le rendu de la violence. En effet, habituellement, ce sont échanges de coups de feu divers qui émaillent les films, comme ici, mais Aldrich va plus loin en proposant des scènes un peu plus crues qu’à l’accoutumée.

Certes, on ne voit pas beaucoup de sang couler, c’est encore trop tôt, mais on devine parfois une certaine sauvagerie chez ces hommes de peu de foi (à défaut de loi), jusqu’à Burt Lancaster (qui est aussi producteur, soit dit en passant) qui élimine de façon fort peu cavalière le capitaine

 

[Attention : le paragraphe qui suit et conclut cet article révèle la fin. Si vous ne voulez pas savoir, je vous donne rendez-vous à demain…]

 

Mais malgré tout cela nous sommes en 1954, et il n’est pas question qu’un méchant s’en sorte. Aldrich conclut alors avec un duel traditionnel et le moins corrompu des deux va s’en sortir.

Bien sûr, c’est Gary Cooper qui, comme le rappelait un internaute récemment, n’a jamais interprété de rôles négatifs dans toute sa carrière.

D’une certaine façon, la morale est sauve, mais Aldrich nous a tout de même montré qu’il était possible de faire autre chose de ce genre immortel du cinéma.

 

 

PS : On retrouvera d’ailleurs dans Les 12 Salopards ce même ton et ce même décalage avec l’idéal du film de guerre. En effet, les 12 choisis et d’une certaine mesure leur instructeur (Lee Marvin) ne sont pas des guerriers conventionnels, tout du moins comme on a l’habitude (en 1967) de les voir à l’écran.

 

  1. Je sais : c’est surtout Lucky Luke qui fait ça. Mais tout ça se tient : c’est dans cette décennie que Goscinny rejoint Morris (1955) pour lui offrir les plus belles aventures de son héros solitaire.
  2.  « La nouveauté. C’est vieux comme le monde ça, la nouveauté » (Anselme Debureau dans Les Enfants du paradis).
  3. Avec Jack Elam qui apparaît ici et sera dans la longue séquence générique de Once upon a Time in the West (1968).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gérard Oury
Le Corniaud (Gérard Oury, 1965)

Il s’appelle Antoine Maréchal (Bourvil), il habite Paris et il s’en va visiter l’Italie pendant ses vacances. Enfin allait visiter l’Italie, puisqu’au premier carrefour, il rencontre la voiture (1) de Léopold Saroyan (Louis de Funès), homme d’affaire des plus louches, lors d’un carambolage devenu depuis culte, dû à l’inventivité de Pierre Durin en charge des effets spéciaux.

A partir de là, la vie d’Antoine va basculer : pour compenser ses vacances fichues, Saroyan propose  Maréchal de convoyer une Cadillac de Naples à Bordeaux. Il ne lui précise pas que cette voiture emmène d’autres marchandises que la police cherche depuis un moment.

 

Le Corniaud, c’est bien sûr Maréchal-Bourvil, trop honnête pour voir un quelconque trafic, et surtout assez ahuri pour passer n’importe quel barrage routier. Un abruti facilement dirigeable ce dont Saroyan-de Funès va user avec un bonheur tout relatif.

Par contre, le Corniaud, c’est avant tout la rencontre (2) entre deux figures majeures du cinéma comique français : deux personnages tellement antithétiques qu’ils en deviennent complémentaires, voire inséparables.

 

Et pourtant, ils ne possèdent que trois moments de contact véritable, échangeant quelques répliques : l’accident ; la proposition ; la toute fin du film dans une voiture. Les autres rencontres sont indirectes et se font à l’insu de notre corniaud (garage, camping).

Mais malgré ces trois véritables scènes d’échanges, pas spécialement longues, le duo est constitué et on associera alors les deux noms à égalité sur ce film.

 

Pourtant, c’est bien Bourvil qui tient le haut de l’affiche, son air ahuri et simple faisant craquer les jolies femmes (3). Il avance, naïf au milieu des truands, Mais de Funès n’est pas bien loin derrière puisqu’il nous gratifie de quelques scènes d’anthologie dont la réparation de la voiture sur une adaptation de Rossini absolument jubilatoire !

 

Bref, c’est du comique de haute volée et tous les genres y passent : du burlesque aux dialogues ciselés (4), c’est une suite de gags irrésistibles, véritable hommage au cinéma comique muet. Rappelez-vous Louis de Funès dans les douches, ou encore dans le garage (l’autre) avec le masque de soudeur et Bourvil dans la voiture qui monte et descend…

C’est un festival de drôlerie, véritable galop d’essai pour le tandem qui sera de retour sur les écrans l’année suivante dans cet autre sommet du cinéma comique français : La grande Vadrouille.

 

Mais vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire...

 

  1. Le contraire serait plus juste
  2. Ce n’est pas la première fois qu’ils jouent ensemble dans un film. Leur véritable rencontre eut lieu lors d’un autre film inoubliable, mais pour le duo Bourvil-Gabin : La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956). Ici, c’est la première fois qu’ils se partagent le haut de l’affiche. Malheureusement, il n’y en aura qu’une seule autre fois…
  3. « Il m’épate, il m’épate, il m’épate, il m’épate (ad lib). » (Léopold Saroyan)
  4. L’inoubliable « Bah, maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien, forcément. » ; et la suite : « qu’est-ce que je vais devenir, moi ? – Et bien, un piéton. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom Tykwer, #Policier
L'Enquête (The International - Tom Tykwer, 2009)

Berlin, Lyon, New York, Istanbul…

Le film porte bien son titre (original) : The International.

Nous sommes ballotés d’un lieu à l’autre pour suivre l’enquête (le titre français donc) de Louis Salinger (Clive Owen), policier d’Interpol, sur la banque multinationale IBBC qui s’intéresse de (trop) près à l’armement léger.

Et malheureusement pour Louis, les enjeux vont beaucoup plus loin que son rayon d’action, à moins de sortir des clous…

 

Ironie du sort, ce film est sorti au moment où une nouvelle crise financière faisait rage, ce qui donnait un peu plus d’actualité à l’intrigue (comme si elle en avait besoin …).

Bien sûr, Clive Owen est impeccable et le voyage qui nous est proposé est fort agréable. Il fait partie de ces acteurs qui, même quand ils n’ont pas le rôle du gentil, ne sont pas tout à fait méchant et gardent la sympathie des spectateurs (1). Et on est d’autant plus de son côté que l’étendue des ramifications de son enquête vont à un moment le pousser sur la touche, ses investigations pouvant entraîner des conséquences graves d’un point de vue politique. Mais en ça, on n’est pas vraiment étonné, quand on voit ce qu’il se passe dans l’actualité, même aujourd’hui. Mais je ne suis pas là pour lancer une polémique.

 

Il est à noter que la première mouture du film, a été jugée un tantinet trop statique et de nouvelles scènes d’action ont été tournées, donnant un peu plus de rythme à l’intrigue. Cet ajout se justifie tout de même du fait du ton réaliste choisi par le scénariste et le réalisateur.

L’enquête que peut mener un agent d’Interpol, comme le rappelle Eleanor Whitman (la belle Naomi Watts) la supérieure de Salinger, n’est pas aussi intense que celle d’un policier normal. La marge de manœuvre est régie par les différents systèmes législatifs des états membres de l’institution.

 

Nous avons alors droit à une fusillade assez impressionnante dans le musée Guggenheim (de New York, bien sûr) d’un réalisme à couper le souffle : les murs et rampes d’accès sont criblés d’impacts, les vitres et autres verreries volent en éclat, et l’immense lustre tombe même sur les assaillants qui étaient en bas. Cette séquence est assez bluffante, jusqu’au moment où on apprend qu’il s’agit d’une réplique exacte qui fut créée dans une zone à l’abandon. Il n’empêche : on y croit !

 

Quant à l’intrigue à proprement parler, elle se tient et n’en devient que plus terrible quand on sait que tout ceci est basé sur une histoire vraie qui s’est passée une vingtaine d’années plus tôt.

Et les méchants – vous savez, ceux qui doivent être réussis pour réussir un film – s’ils n’ont pas tous des armes à la main n’en sont pas moins redoutables pour autant. On a droit à une équipe retorse en diable menée par un banquier en chef – Jonas Skarssen (Ulrich Thomen) – des plus froids (il faut toujours être calme quand on parle d’argent), travaillant en bonne intelligence avec d’autres partenaires tout aussi malintentionnés. Avec en prime la présence de l’acteur allemand Amin Mueller-Stahl, spécialisé dans les rôles de personnages troubles aux manières et discours des plus clames et assurés.

 

Le seul petit élément gênant, c’est le pan italien qui amène des répercussions un tantinet radicales. Mais comme le dit Skarssen (Ulrich Thomsen) : si on l’élimine, une centaine d’autres voudront prendre (et prendront ?) sa place.

Il n’empêche, cette impunité inévitable (?) fait tout de même mauvais genre et la résolution italienne de la situation a au moins le mérite de satisfaire temporairement Salinger, ainsi que le spectateur.

 

On notera aussi que les deux membres du couple Salinger-White ne tombent pas amoureux ni ne couchent ensemble. Si Salinger semble ne jamais dormir et encore moins manger, passant son temps sur son enquête, Whitman a, pour sa part, une vie de famille (un compagnon et un petit garçon).


Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre impérissable, mais je pense qu’il est bon de se pencher sur cette enquête particulière : on y découvrira un pan de l’économie qui ne fait pas souvent la une des médias, et une partie du quartier d’Eminönü, à Istanbul avec un passage dans la Citerne (2) et une incontournable promenade (au pas de course) dans le Grand Bazard.

 

 

  1. Voir Inside Man (Spike Lee, 2006)
  2. Elle n’est ni sous Sainte-Sophie ni sous la mosquée Süleymaniye

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Henri Verneuil, #Michel Audiard
Le Corps de mon ennemi (Henri Verneuil, 1976)

 

Après sept ans passés en prison (à Lomme ?), François Leclercq revient à Cournai (commune imaginaire du Nord) qu’il avait quittée après sa condamnation pour meurtre.
Seulement voilà, il n’a tué personne. Et s’il est de retour, c’est pour savoir pourquoi il a plongé à la place d’un autre, et surtout à cause de quoi et de qui.

 

Verneuil et Belmondo se retrouvent, un an après le spectaculaire Peur sur la Ville, dans un film fort éloigné racontant la quête de vérité d’un homme injustement emprisonné. Cette quête passe par de nombreux flashbacks, qui arrivent en désordre, en fonction des rencontres que fait Leclerq.

Et parmi ces gens rencontrés, seul Oscar (Claude Brosset) est réellement heureux de le revoir. Par contre, c’est de voir ce que cet ami est devenu qui amuse beaucoup moins Leclerq : travesti, il propose des séances sado-maso d’un goût fort douteux.

 

Comme de bien entendu, nous avons droit à la présence d’un grand nombre des seconds rôles et figurants qui émaillaient le cinéma français de cette période : on a même droit à mon préféré, Lionel Vitran. De plus, parmi les petits jeunes qui montent (comme on dit), on trouve Nicole Garcia et Bernard-Pierre Donnadieu qui en sont alors à leur cinquième apparition tous les deux.

Mais la bonne surprise de ce film, c’est la sobriété. Verneuil filme avec retenue ces personnages fort étonnants, usant à plusieurs reprise de monologues intérieurs : celui de Leclercq bien sûr, mais aussi de certains autres protagonistes, le premier étant l’ami de lycée, interprété par l’immuable (aux côtés de Belmondo) Michel Beaune.

Ces différents monologues amèneront des souvenirs, ceux de François bien sûr, mais les autres aussi, le retour de ce fils prodigue du pays étant bien embarrassant.

 

Autre élément de sobriété, le jeu de Belmondo. Alors qu’il enchaîne les films, deux par an de 1974 à 1976, il se retrouve ici dans un rôle beaucoup moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins séduisant et nous montre à l’occasion son corps d’athlète, mais sans non plus se pavaner. François Leclerq est un type relativement normal, qui plaît aux femmes (de tous âges) et n’éprouve pas le besoin de nous jouer la grande scène du II (1), avec cascades hyper-spectaculaires pour nous montrer qu’il est un bon acteur.

Face à lui, on trouve un Bernard Blier au diapason, encore une fois bien servi par les dialogues d’Audiard qui restent eux aussi sobres, sans toutefois passer outre quelques saillies qui amènent le sourire.

 

Un bémol tout de même dans cette sobriété : le personnage d’Oscar et la boîte de Leclercq (Number One).

Le personnage d’Oscar, qui joue les mères fouettardes n’est pas vraiment des plus subtils, surtout que ce personnage était videur dans la boîte sus mentionnée : Oscar fouette le maire de Cournai (Daniel Ivernel), ce dernier vêtu d’une chemise de nuit. 1968 a beau être passé par là (2), on aurait pu très bien s’en passer.

Quant à la boîte de Leclerq, on y admire des jeunes femmes dénudées et des strip-teaseuses : ce déballage était « dans l’air du temps », peut-on dire.

 

Bref, un film particulier dans la filmographie de Belmondo, où il doit seulement compter sur son talent pour gagner le public. Bien sûr, l’exploitation en salle fut moins fructueuse que Peur sur la ville, mais ce fut tout de même un succès. Et quand on voit que le film suivant Verneuil-Audiard-Belmondo est Les Morfalous, on se dit tout de même qu’on a perdu quelque chose en route.

 

  1. Ou du III, je ne sais plus…
  2. C’est d’ailleurs l’argument du maire.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #William A. Wellman
C'est la Guerre (Lafayette Escadrille - William Wellman, 1958)

L’Escadrille Lafayette fut une formation aérienne dans l’armée française qui accueillit de nombreux pilotes américains pendant la Première Guerre Mondiale.

Parmi eux, un certain William Augustus Wellman : il s’agit bien du réalisateur, qui est ici interprété par son fils William Jr.

Cette escadrille sert de décor à une histoire d’amour (un peu) malheureux : celle de Thad Walker (Tab Hunter), un mauvais garçon et déserteur, et de Renée Beaulieu (Etchika Choureau qui vient de fêter ses 90 ans le 12 novembre dernier), escort girl chez Madame (Veola Vonn).

 

Tout comme dans Wings trente ans plus tôt (à peu près), Wellman nous fait part de sa propre expérience dans l’escadrille Lafayette qui le marqua durablement. Mais alors que le premier film exaltait les passions de ces pilotes, devenus en peu de temps des as et des vétérans, ici, l’intrigue est beaucoup plus terre à terre (1), et nous n’assisterons qu’à une bataille aérienne, un peu avant la fin du film. Mais si on y retrouve le même savoir faire, l’intensité est moindre. Wellman a mûri et ses souvenirs sont moins frais.

 

Alors quand on découvre le titre français, on peut presque parler de publicité mensongère.

En effet, alors que l’intrigue se situe aux alentours de 1916-17, la guerre est une chose distante, bien loin des préoccupations des jeunes recrues qui tentent d’obtenir leur brevet de pilotage.

La guerre, ils auront affaire à elle bien assez (trop ?) tôt.

D’ailleurs, quand Wellman – il est aussi le narrateur – présente les membres cette escadrille, il complète à chaque fois que nécessaire que tel ou tel jeune homme est mort au combat. Cette précision va aussi éviter la multiplication des exploits guerriers : ce qui l’intéresse ici, c’est le souvenir de ces jeunes garçons vivants.

 

Bien sûr, on n’échappe pas aux exercices obligatoires dispensés par une vieille ganache. Ici, c’est Dalio qui interprète un sergent un tantinet bouché (pléonasme ?) qui a du mal avec ses soldats, la barrière de la langue étant alors un prétexte pour ne pas comprendre et donc désobéir. La marche aux accords d’un ukulélé est savoureuse.

 

Bien sûr, l’histoire d’amour entre Thad et Renée est le moteur du film, compliquée par la désertion de Thad, qui avait frappé le sergent Dalio pendant un exercice. Ce geste le fera enfermer en attendant une cour martiale, amenant en outre une belle bagarre dans le dortoir avec intervention des soldats français pendant que d’autres iront le libérer.

Cette expérience – malheureuse, donc – sera tout de même le déclencheur qui le verra regagner son salut (2) : il a quitté l’Amérique aussi pour fuir la justice, ayant renversé un jeune garçon alors qu’il conduisait une voiture qu’il venait de voler.

Il va mûrir, prématurément comme tous ceux qui ont combattu dans une guerre, et regagnera donc cette dignité qu’il n’avait qu’à peine acquise avant de quitter les Etats-Unis.

 

En occultant en partie la guerre, Wellman insiste plus sur le côté humain de ces jeunes hommes qui seront élevés au rang de héros plus tard, avec une retenue voire de la délicatesse, en totale opposition avec la guerre et ses horreurs.

Beaucoup d’éléments sont suggérés plus que montrés ; un détail, un bruit, suffisent à donner du sens au spectateur : le vélo à terre, près de la voiture ; la pancarte « partis mais pas oubliés » à l’endroit où se tenaient les lits de ceux qui sont morts.

 

Au final, un film de guerre où cette dernière reste presque tout le temps lointaine, voire inexistante : une page illustrée des mémoires de Wellman qui se rappelle ces jeunes hommes qui ont frôlé ou trouvé la mort avec lui. Et si les noms ont été changés (3), il suffit d’aller à Marnes-la-Coquette (92), où se situe le mémorial de cette escadrille, pour voir les noms de ceux qui sont morts pour elle, et donc pour la France.

 

Je ne pourrai pas terminer sans parler d’un jeune acteur encore méconnu et qui interprète George « Yale » Moseley : Clint Eastwood. C’est l’année suivante (1959) qu’il sera (enfin) connu du grand public avec la série Rawhide.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?
  2. Eh oui, encore la rédemption…
  3. « Toute ressemblance… », apparaît au générique dès le début.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie musicale, #Alan Parker
Fame (Alan Parker, 1980)

Quatre ans.

C’est la durée de l’enseignement que reçoivent les élèves à  la Fiorello H. LaGuardia High School of Music & Art and Performing Arts de New York.

Ils dansent, chantent, jouent la comédie en rêvant d’un futur de star.

Mais il ne faut pas se leurrer, seule une infime poignée arrivera tout en haut, tandis que beaucoup galéreront, ou abandonneront.

 

C’est une très belle mise en abyme que signe ici Alan Parker, déplaçant sa caméra non pas de l’autre côté de l’écran, mais de l’autre côté de la célébrité. Nous suivons ici de jeunes gens pendant leurs quatre année d’études intensives, de l’audition d’entrée au spectacle de fin de cycle, juste avant de partir affronter le vrai public, celui qui juge et qui n’est pas souvent bienveillant.

C’est d’ailleurs le premier point expliqué à toutes ces stars en devenir : ce sera très dur, et beaucoup devront revoir leurs prétentions à la baisse voire tout laisser tomber.

Et bien sûr, chaque professeur de chaque discipline dispute aux autres sa matière comme la plus difficile (et donc la plus noble, mais ça, c’est de moi).

 

Dès les premières images, nous sommes dans l’ambiance, celle qui ne va nous quitter qu’une fois le rideau fermé, ou plutôt au noir final.

C’est une effervescence continuelle qui se nourrit des différents arts étudiés, où chacun se livre progressivement jusqu’à l’apothéose finale : une véritable communion musicale où chacun, au moins ce soir là, sera la reine ou le roi de la fête.

Mais pour y arriver, il faut plus trouver la recette chez Churchill (le 13 mai 1940) que chez Shakespeare, Bach ou Nijinski : « du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. »

Si le sang n’est pas le plus visible, le reste l’est beaucoup, ce qui amène des situations qui n’ont rien de glorieuses, et virent même au sordide.

 

Cette école, pour prestigieuse qu’elle soit, accueille des jeunes gens de conditions et origines fort différentes : Leroy (Gene Anthony Ray) qui vient de Harlem et qui ne sait pas très bien lire ; Coco (Irene Cara), qui n’ose pas avouer d’où elle vient ou se fait berner par un prétendu casting ; Ralph Garci (Barry Miller), ou plutôt Raoul Garcia, un Portoricain qui vit avec sa mère et ses deux sœurs ; Doris (Maureen Teefey), juive et dominée par sa mère et qui rêve de sortir de ce son carcan… Et bien sûr, la gosse de riche, Hilary van Doren (Antonia Franceschi), mais qui est douée dans son domaine, la danse.

 

Pas étonnant alors qu’on voit les différents protagonistes en proie à des obstacles de la vie. Et Parker ne fait pas l’impasse sur cet aspect : le monde du spectacle est un monde où il faut laisser ses soucis en entrant, pour les retrouver quand on en sort. Mais ce qui semble acquis chez les stars reconnues ne l’est pas du tout pour ces apprentis.

C’est la sœur de Ralph, agressée par un junky, le ghetto de Leroy ou encore l’avortement inévitable si on veut percer jeune dans ce milieu. Ce dernier cas est l’un des moments forts du film, parce qu’on ne comprend pas tout de suite ce qu’il se passe : c’est un milieu où l’illusion est de mise, alors quand la réalité s’installe, elle prend une dimension plus dramatique.

Mais à mon avis, la scène la plus emblématique du film est celle qui voit Doris, Ralph et Montgomery (Paul McCrane) attablés quand le serveur vient prendre leur commande : ce serveur est un ancien de l’école, parti pour Hollywood son diplôme à peine obtenu et qui doit, pour survivre entre deux cachets, servir pour gagner sa pitance.

 

Et puis il y a la musique de Michael Gore, qui entraîne les différents protagonistes dans des numéros époustouflants, mettant en valeur la voix d’Irène Cara, mais pas seulement : c’est à chaque fois un grand élan de générosité qui nous ravit et nous emporte bien loin de toutes ces autres dimensions plus terre à terre que la vie « réelle » apporte.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Allan Dwan, #Douglas Fairbanks, #Victor Fleming
Paria de la Vie (The good Bad-Man - Allan Dwan, 1916)

Passin’ Through (Douglas Fairbanks) est un bandit singulier.

Un jour il attaque un train d’or et repart avec la poinçonneuse du contrôleur ; un autre, il vole des victuailles dans une épicerie qu’il va ensuite offrir à un jeune garçon orphelin ; etc.

On pourrait continuer à raconter longtemps les exploits de Passin’ Through (1), s’il n’était pas recherché par le marshall Bob Evans (Pomeroy Canon) : voler des victuailles, même pour une raison noble reste un délit.

Un jour, il fait la connaissance de la jeune et jolie Sarah May (Bessie Love), qui vit près du repaire de l’infâme Bud «  The Wolf » Frazer. Ce dernier a l’intention d’épouser la jeune fille, et ne voit pas d’un bon œil le rapprochement entre ce bandit de passage et celle qu’il s’est promise.

 

Avec ce film, c’est un tandem qui se reforme et se retrouvera dans quelques autres films : Douglas Fairbanks et Allan Dwan. Fairbanks en est encore à ses débuts de star de cinéma, alors que Dwan n’est pas à son premier film, ayant commencé à réaliser cinq ans plus tôt, dont beaucoup de courts-métrages, ce qui fait une somme vu qu’à cet époque, les tournages étaient plutôt rapides.

Ce film est aussi la première incursion de Fairbanks dans l’écriture puisque l’intertitre de présentation nous apprend qu’il a conçu cette histoire.

On peut alors comprendre pourquoi le scénario est un tantinet bancale, passant d’une situation absurde – le bandit qui vole les commissions ou une poinçonneuse (et d’autres choses) – à une sombre histoire de vengeance.

On retrouve dans cette première partie ce qui fera le sel de son premier film en tant que réalisateur, l’inoubliable Mystery of the leaping Fish (qui sort à peine deux mois plus tard) dans lequel on retrouve la belle Bessie qui n’a encore que 17 ans (2).

 

J’aurais tendance à dire que ce film est un premier jet si on le compare avec la collaboration future entre Fairbanks et Dwan. Le scénario pêche, comme je l’ai dit, mais sa première partie est tout à fait dans le ton des futures comédies dans lequel Douglas F. va exceller. De plus, on y voit une volonté de chevauchée avec l’indispensable bond pour se mettre en selle comme on le verra souvent par la suite.

En outre, derrière la caméra se trouve un jeune homme qui va lui aussi aller loin (mais malheureusement pas assez longtemps) : Victor Fleming, qui a alors 25 ans. (3)

A ces prises de vue audacieuses (de jolis plans rapprochés voire gros), ajoutez un montage dynamique qui amène une tension indispensable au film et son intrigue, et vous avez un film qui n’est au final pas si mineur que ça.

 

Une de ces curiosités comme on en trouvait beaucoup dans ce cinéma américain des années 1910s où l’expérimentation était aussi importante que le reste, où chacun essayait de maîtriser ce qui allait véritablement devenir un art et qui va toujours se perfectionner jusqu’à l’arrivée du parlant, une dizaine d’années plus tard.

Mal(?)heureusement, il ne s’agit pas de la copie originale de 1916, amis d’une restauration d’après la version qui fut reprise, avec de nouveaux intertitres, dont une copie subsiste à la Cinémathèque française.

 

A voir, donc.

 

PS : on n’échappe malheureusement pas au « mauvais Indien » qui tente d’abuser de la jeune fille. Heureusement, elle est sauvée par notre héros.

Ce stéréotype raciste aura la vie dure, hélas ! Et ce malgré The Half-Breed qui sortira le 30 juillet de cette même année. 

 

  1. Littéralement : « qui passe à travers », un nom pertinent pour un bandit qui ne se fait jamais attraper.
  2. Elle aura 18 ans le 10 septembre.
  3. C’est Douglas Fairbanks l’aîné de tous ces jeunes gens, il va sur 33 ans et Dwan en a 31. A noter la présence du « vétéran » Sam de Grasse (40 ans) qui tournera lui aussi plusieurs fois avec Fairbanks et/ou Dwan.

 

 

 

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