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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin
Mam'zelle Charlot (A Woman - Charles Chaplin, 1915)

Une famille un après-midi.

Pendant que maman (Marta Golden) et fifille (Edna Purviance) font la sieste, Papa (Charles Inslee) rencontre une charmante demoiselle à qui il veut offrir un verre.

C’est ce moment que choisit notre vagabond (Charles Chaplin) pour apparaître, ravissant l’attention de la jeune femme, amenant le début des hostilités.

 

Chaplin continue son aventure à la Essanay (plus que six films), continuant ses expérimentations grâce au format court-métrage. A nouveau, il endosse un rôle féminin (1), ici justifié par une tenue fort peu correcte : il a perdu son pantalon dans l’affrontement qui l’oppose au père et à son ami (Billy Armstrong).

C’est aussi une occasion (rare) de voir Chaplin sans sa moustache (une jeune femme en a rarement une), et le montage insiste fortement là-dessus puisqu’on a plusieurs gros plans de son visage glabre (2) : la transformation est époustouflante, accentuée par la couleur des yeux de Chaplin. En effet, le maître avait les yeux bleus et ils donnent alors à son visage une douceur que n’aurait peut-être pas amenée une autre couleur (3).


Si l’intrigue est à nouveau un tantinet légère et répétitive (par rapport à ses autres films), c’st bien la transformation qui donne tout son sel au film.

Il faut dire qu’il campe une « demoiselle » avec beaucoup de bonheur : à aucun moment il n’outre son jeu, restant – comme toujours – dans un registre subtil. On y voit confirmé la part féminine de son personnage qui continuera de se développer dans ses films suivants amenant parfois de beaux moments comiques (4).

 

Mais cette féminisation du  personnage amène aussi des situations fort incongrues pour l’époque, voire ambiguës !

En effet, alors qu’il a revêtu un tailleur qu’il est maquillé, Edna l’embrasse sur les lèvres !

Plus tard, ce sont ses deux ennemis qui, voulant l’embrasser sur la joue en même temps se feront un autre baiser sur les lèvres !

Bref, deux baisers homosexuels – dans le sens premier du terme, c’est-à-dire « du même sexe » – en 1915 !

N’oublions pas qu’à cette époque, aux Etats-Unis, l’homosexualité est encore punie par la loi.

D’ailleurs, la Suède ne s’y trompe pas : les censeurs vont interdire ce film qui ne sera autorisé qu’en 1931 !

 

Pour le reste, c’est du pur Chaplin, et on y retrouve les habitués (dont Leo White, au parc dans la première partie), ainsi que des gags récurrents habituels : le vagabond qui marche sur son adversaire couché, diverses chutes et autres joyeusetés.

Ici, le vagabond est un peu différent. En effet, s’il est toujours dans un processus d’errance, il n’en est pas pour autant un clochard : ses habits sont nets, même si mal coupés pour sa stature.

A ses côtés, Edna Purviance se fait complice d’un mauvais coup auprès de notre héros, mais aussi de sa mère et surtout du spectateur : elle n’hésite pas à l’inclure dans la farce.

Il est d’ailleurs intéressant aussi de noter que quand le vagabond apparaît en jeune femme, les rôles sont inversés : alors qu’il devient tout à coup timide et réservé, minaudant facilement, Edna prend les choses en main comme le fait habituellement son partenaire dans sa tenue normale.

 

Bref, une dernière excursion dans le transgenre pour Chaplin qui, si elle n’évite pas pour autant la chute finale habituelle, n’en demeure pas moins un film attachant.

 

  1. C’est la troisième et aussi la dernière fois.
  2. Là encore c’est la dernière fois avant longtemps : il faudra attendre Limelight – soit plus de trente-cinq ans après (1952) – pour le voir à nouveau le visage sans attribut pileux.
  3. Je sais, le film est en noir et blanc. Il n’empêche.
  4. La séquence avec Hank Mann dans City Lights (1931) en est une très belle illustration (avant le combat de boxe).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Roman Polanski
Chinatown (Roman Polanski, 1974)

J.J. « Jake » Gittes (Jack Nicholson) est détective privé à Los Angeles.

Une femme (Diane Ladd) lui demande de filer son mari, Hollis Mulwray (Darrell Zwerling) afin de découvrir sa maîtresse. Mulwray étant un personnage en vue, un scandale éclate quand des photos sont publiées dans la presse.

Problèmes :

  • Ce n’est pas Jake qui a fait fuiter l’information ;

  • Ce n’est pas la vraie Mrs Evelyn Mulwray (Faye Dunaway) qui lui a demandé d’enquêter.

Peu de temps après, Hollis Mulwray est retrouvé mort noyé.

Suicide ? Ce n’est pas ce que pense  Jake, qui va mener sa propre enquête.

C’est un rôle quasiment sur mesure qui est offert à Jack Nicholson. Il faut dire qu’il est sur le projet depuis le début. C’est d’ailleurs lui qui impose Roman Polanski, réticent (1) pour venir à Los Angeles assurer la réalisation, qui devait échoir à Robert Towne.

Et de ce côté-là, on n’a rien perdu au change, Polanski signant ici un film qui va relancer sa carrière après les deux échecs précédents.

Certes, le tournage ne fut pas de tout repos et des tensions apparurent surtout avec Faye Dunaway. Mais dans l’ensemble, l’interprétation est juste et le résultat est au niveau des espérances.

Et surtout, le jeu de Jack Nicholson est sobre (2), ce qui rend son personnage plus intéressant.

C’est vraiment la période où il va exploser sur les écrans : l’année suivante le verra triompher dans One flew over a cuckoo’s Nest.

L’intrigue de Robert Towne (qui devait donc réaliser) s’inspire de la Guerre de l’eau qui eut lieu à Los Angeles à la même période, et le personnage de Mulwray s’inspire directement de William Mulholland (1855-1935) – notez la première syllabe – qui donne son nom, entre autres, à des axes routiers devenus célèbres (« Mulholland Drive » est le plus emblématique, surtout pour les cinéphiles).

Cette intrigue sera d’ailleurs saluée par la critique et plusieurs fois récompensée (BAFTA + Golden Globes + Oscars, c’est tout de même un signe…).

[ATTENTION : ce qui suit dévoile une partie de la résolution finale  l’intrigue!]

A la différence des véritables faits, Robert Towne a ajouté un personnage central : Noah Cross (John Huston), le père d’Evelyn et associé de Mulwray. Ce personnage est d’une très grande immoralité, ajoutant une grande dose de sordide à l’intrigue : une relation incestueuse avec naissance d’un enfant.

Mais surtout, Polanski a insisté pour avoir une fin tragique, à l’encontre de celle heureuse de Towne (3). Il obtint donc gain de cause et le film se termine de manière assez terrible et dans une grande confusion.

C’est à propos de cette fin que j’émettrai une objection. Je ne remets – certainement – pas en cause l’aspect tragique, les privés ne peuvent pas toujours gagner sur tous les tableaux (4). Mais la fin proposée est laisse tout de même une impression d’inachevé du fait d’une résolution partielle : nous, spectateurs, savons le rôle de cette infâme crapule de Cross, mais l’enchaînement précipité des événements de fin laisse tout de même cette impression d’inachevé : quid de cet ignoble personnage et de sa « fille » (Belinda Palmer) ?

Une quinzaine d’années plus tard, le même Jack Nicholson réalisera une suite à ce film : The two Jakes (1990).

Vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire…

 

PS : je sais que Roman Polanski n’est pas en odeur de sainteté suite aux différentes affaires dans lesquelles il est – fort justement – impliqué. Je me refuse de faire ici son procès pour deux raisons bien claires :

  • Je ne suis pas juriste ;

  • C’est le film qui m’intéresse et non celui qui l’a tourné.

De plus, réduire le film à son réalisateur est un tantinet imbécile, puisque c’est nier le travail des différentes personnes qui ont permis sa sortie, des producteurs jusqu’aux techniciens.

Du jeu d’acteurs au montage, en passant par la réalisation des décors, le montage et les autres fonctions indispensables, Polanski aurait été bien en peine de tout faire tout seul…

PPS : On notera aussi la présence du même Polanski dans un rôle déterminant puisque c’est lui qui coupe le nez de Jake, amenant le célèbre pansement sur son appendice pendant la plus grande partie du film.

 

  1. Son épouse Sharon Tate fut assassinée le 9 août 1969 dans cette même ville.

  2. Les années 1980s (et les suivantes) vont parfois voir une certaine outrance dans son jeu qui ne va pas obligatoirement le servir.

  3. Cette habitude hollywoodienne tenace qui veut que tout se termine comme il faut…

  4. La présence de John Huston nous ramène à un autre film où le privé ne gagne pas complètement : Le Faucon maltais (1940).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #James Young, #Theda Bara
The unchastened Woman (James Young, 1925)

« La Femme non désirée » serait une traduction possible de ce film de James Young, le dernier long métrage avec l’immense Theda Bara.

La femme ? Caroline Knollys (Theda, donc) qui est délaissée par son mari Hubert (Wyndham Standing) pour sa secrétaire (très) particulière, Emily Madden (Eileen Percy).

Il est bien dommage que ce monsieur néglige sa femme pour une autre au moment où on lui annonce qu’elle est enceinte.

Elle décide alors de partir, laissant la place à la rivale, emportant avec elle son secret.

 

Il s’agit ici du dernier « long-métrage » de la grande Theda, dont il reste malheureusement peu de films encore disponibles au visionnage (6) : un incendie ayant détruit le reste (38).

Alors qu’elle eut presque toujours des rôles de femmes fatales, vamps ou tentatrices (plus de 10 ans avant Garbo !), elle incarne ici une femme d’âge mûr (1) qui est trompée : le contraire de ce que les spectateurs avaient l’habitude de voir !

Mais si elle est victime de l’infortune, elle va rapidement prendre sa destinée en main et diriger tout son monde.

C’est d’ailleurs un vrai plaisir pour le spectateur de voir comment elle tient en main les différents destins de son entourage, sans oublier le sien. Avec en prime une bombe à retardement pour la véritable tentatrice, la belle Emily : la robe (2).

 

Malgré le format plutôt réduit (52 minutes), le film de James Young est tout de même réjouissant, du fait bien sûr de la présence de l’immense star qui essayait – encore une fois – de sortir de son rôle habituel. Si elle conserve encore quelques réflexes de es débuts – une certaine grandiloquence dans ses gestes – elle est tout de même irrésistible dans ce rôle aux possibilités comiques soutenues par les intertitres : le parlant va bientôt arriver et les commentaires jouent à fond sur le langage.
Mais le temps a passé depuis A Fool there was et il est clair qu’elle ne peut (veut) plus jouer dans la même catégorie.

Signe des temps : alors qu’elle se déshabille, elle est surprise par son mari et cache ce qui aurait pu être sa nudité si elle était allée plus loin dans l’effeuillage… Reste tout de même une scène où la sensualité reste présente, surtout une fois que le mari est parti.

 

A ses côtés, il est clair que ses partenaires n’arrivent pas à son niveau, mais ils s’en tirent honorablement, Eileen Percy en tête, et les hommes décrits ici sont loin des canons de l’époque : entre le mari volage et les soupirants qui délaissent aussi leurs propres femmes, le constat est affligeant. Ces messieurs sont incapables de se dompter et seule une semonce vigoureuse va les faire redescendre sur terre.

 

Au final, le film e Young possède un charme indéniable, les différents interprètes étant dirigés avec inspiration et les prises de vue de L. William O’Connell rendent un bel hommage à tout e beau monde, Theda en tête, bien entendu. Et si la résolution de l’intrigue se devine – on reste dans un cadre tout de même très moral – le montage de Sam Zimbalist donne un rythme agréable au film, insérant différents plans de coupe afin d’accentuer les sentiments des personnages (gros plans, flashback…).

 

Une nouvelle friandise pour ceux qui, comme moi, aiment à retrouver la belle Theda Bara, autrement que figée sur la photo d’un film irrémédiablement perdu.

 

PS : on notera la présence d’une habituée des seconds rôles de la période, la grande Dale Fuller, dans le rôle d’une autre femme délaissée, Hildegarde Sanbury. A noter aussi la présence de l’inévitable Kate Price.

 

  1. Elle a quarante ans quand sort le film.
  2. Pas de commentaire : allez voir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Louis Lumière
L'Arrivée du train en gare de La Ciotat (Louis Lumière, 1896)

J’ai déjà parlé ici de ce film, vous pouvez d’ailleurs aller consulter ce que j’avais écrit ici.

Mais j’ai eu le plaisir de voir la restauration en 4k (1) réalisée par une intelligence artificielle.

C’est absolument extraordinaire.

 

Tous ces gens un tantinet voilés reprennent vie sous nos yeux. On a le temps de distinguer les traits des visages, de scruter le visage du jeune garçon qui regarde la caméra, légèrement interloqué par la présence de cet appareil à cet instant.

Ces gens qui étaient un peu plus que des formes redeviennent des individus et c’est bien une (courte) tranche de vie à laquelle nous assistons : l’effervescence de cette arrivée tant attendue : pour ceux qui attendaient sur le quai comme pour ceux qui avaient hâte que leur voyage se termine.

 

Et l’autre facteur d’importance dans cette restauration concerne la vitesse de défilement des images, ramené à une allure beaucoup plus naturelle.

Certes, on se précipite, mais il en a toujours été ainsi quand un train atteignait une étape,  et on peut encore observer ce même phénomène lors des arrêts-minutes (2).

Autre élément marquant qui est accentué par la netteté retrouvée (3) : les différentes tenues portées par les voyageurs. C’est un festival de belles tenues, des femmes portant robes à fanfreluches et des hommes à l’élégance raffinée (toujours ce même jeune homme).

 

On peut s’étonner aujourd’hui de ces beaux affiquets dans une gare, alors qu’il ne semble pas que ce film fut tourné un dimanche.

C’est alors oublier un fait important à cette époque : prendre le train n’était une habitude. C’était un événement en soi et comme pour tous les événements et autres sorties dans le monde, on se devait d’être bien mis.

Et si j’insiste sur ces éléments, c’est parce que la restauration nous permet – enfin – de bien voir comment étaient habillés ceux qui ne sont plus seulement des ombres mais de véritables êtres humains affairés dans une situation qui, malgré la vétusté du train, reste tout de même très actuelle.

 

Par contre, je ne peux que condamner LA faute de mauvais goût de cette entreprise : une sonorisation inutile et surtout un tantinet insultante : sommes-nous idiots au point de ne pas être capables de voir un film muet sans ajout de son ?

Et entre nous, qu’est-ce que cela apporte : le seul intérêt de ce nouveau film réside dans la beauté et surtout la netteté des images et non dans une artificialisation qui se veut encore plus réaliste.

 

  1. 4096 pixels de résolution
  2. Qui portent très bien leur nom !
  3. Les différentes projections de ce film primitif nous ont amené une copie légèrement floue due à l’usure naturelle de la pellicule.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Georges Méliès
Escamotage d'une Dame au théâtre Robert-Houdin (Georges Méliès, 1896)

Un illusionniste (Georges Méliès) présente son assistante (Jeanne D’Alcy) aux spectateurs et l’installe sur une chaise. Il la recouvre d’une pièce de tissus et quand il la retire la jeune femme a disparu. Il essaie de la faire réapparaître mais n’y arrive pas avant de replacer le tissus : la jeune femme revient. Ils saluent. C’est fini.

Il s’agit ici du premier film de Méliès en tant que tel. En effet, après avoir tourné Sauvetage en Rivière, qui se présente plus comme un documentaire, montré en mai de cette même année, il s’agit ici de la première utilisation (officielle) du trucage dans un film français (1) : Méliès, immobile et exactement au même endroit, va faire arrêter la caméra le temps que la jeune femme s’en aille, laissant la chaise vide. Puis il va la faire repartir, dévoilant la disparition. Il utilisera deux autres fois ce trucage pour mener à bien son expérience « magique ». Mais la nouveauté du film de Méliès tient plus au contexte, et surtout à la précision.

En effet, alors que Clark et Heise s’étaient contentés de substituer un mannequin à Marie Stuart (Robert Thomae), le plaçant à peu près où était la reine, Méliès use d’une précision des plus pertinentes, les différents personnages et accessoires restant exactement à la même place, accentuant l’illusion. Et l’effet est garanti, on a l’impression que le magicien a fait disparaître la femme. Mais là où Méliès va encore plus loin, c’est en introduisant un élément de comique lors de la première tentative de la faire revenir : un squelette apparaît brusquement à la place de la personne espérée.

C’est d’ailleurs cette apparition qui fait out le sel du trucage de Méliès. En effet, le reste du numéro d’illusionnisme est des plus classiques, de la préparation de la scène jusqu’à l’exécution, Méliès nous expose les usages habituels de présentation. Mais c’est quand le squelette apparaît que nous sommes réellement dans le trucage : c’est un élément (presque) incongru qui apparaît, sans artifice (le tissus) et comme venu de nulle part. Ce squelette qui apparaît, c’est le début d’une production prolifique qui perfectionnera ce premier trucage et en amènera d’autres, pour notre plus grand plaisir.

Alors quand vous regardez un film actuel avec effets spéciaux numériques (ou pas) absolument époustouflants (2), pensez à maître Georges qui passa une grande partie de sa vie de réalisateur à en mettre au point le principe !

 

  1. Méliès n’a rien inventé de ce côté-là, c’est Alfred Clark (réalisateur) et William Heise (opérateur) qui avaient eu les premiers l’idée dans L'Exécution de Marie, reine des Écossais (1895).
  2. Bluffants, étonnants, extraordinaires, prodigieux, stupéfiants, fabuleux, fantastiques, inattendus, incroyables, merveilleux, mirifiques, mirobolants, magnifiques, sensationnels, surpenants (etc.).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Georges Méliès
Le Déshabillage impossible (Georges Méliès, 1900)

C’est un homme (Georges Méliès) qui rentre chez lui et qui veut se coucher.

Il commence à se déshabiller, mais une fois le pantalon ôté, des habits lui apparaissent (chapeau, veste, gilet…) l’empêchant de se dévêtir totalement.

 

C’est un (très) court film que nous propose le grand Georges, que ce particulier qui a du mal à se mettre au lit.

En effet, c’est une accumulation double qui grandit pendant ces deux petites minutes : d’une part les habits qui se multiplient et prennent de plus en plus de place ; d’autre part un agacement qui tourne à l’énervement voire jusqu’à une certaine dose de folie du fait de ces vêtements récalcitrants.

Et comme si cela ne suffisait pas, le sort s’acharne sur ce pauvre homme : ulcéré de ces différents affiquets incongrus, notre homme se jette sur son lit, décidé à dormir coûte que coûte. Malheureusement pour lui, le lit disparaît, laissant notre individu par terre mais surtout à nouveau complètement habillé.

Et le film se termine brusquement, alors que notre homme lutte désespérément contre ses habits.

 

Nous sommes environ quatre ans après Escamotage d'une dame au théâtre Robert-Houdin, et Méliès pousse à son paroxysme le trucage dit « arrêt de la caméra ».

Que de chemin parcouru depuis ce film, d’ailleurs. Son personnage de vieil homme fatigué (dans plusieurs sens) n’a rien de l’illusionniste statique qui faisait apparaître des éléments. Non seulement il ne prend pas de pose grandiloquente, mais en plus il donne sans cesse une impression de mouvement, accentuant l’effet d’accumulation double.

C’est absolument génial et on ne peut que s’amuser de ce pauvre homme tourmenté par sers vêtements qui apparaissent de façon semble-t-il aléatoire. Avec en point d’orgue l’escamotage du lit qui ramènerait notre homme au début de la séance si les autres habits avaient disparu. Et l’effet comique ne peut être dissocié de l’état d’exaspération de l’homme face à sa malédiction.

 

Bref, nous ici encore dans l’expérimentation, ou plutôt dans le perfectionnement de cette technique d’arrêt de la caméra. C’est bien au point et cela pourra être utilisé dans les films plus ambitieux qui viendront ultérieurement.

 

Ceux de Méliès, bien sûr, mais aussi les autres…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Seth McFarlane
Ted (Seth McFarlane, 2012)

Ted (voix de Seth McFarlane), c’est un nounours merveilleux : il parle, et pas seulement quand on lui appuie sur le ventre.

Une nuit de noël, le petit John Bennett (Bretton Manley), un enfant solitaire fait un vœu : que l’ours qu’il vient de recevoir devienne vivant. Et comme c’est la nuit de noël, le miracle a lieu : c’est un événement mondial, rendez-vous compte : un ours qui parle.

27 ans plus tard, John (Mark Wahlberg) est devenu un adulte, il travaille dans une société de location de voitures, et il vit avec la (très) belle Lori (Mila Kunis).

Et aussi avec Ted qui, s’il n’a pas grandi en taille, a lui aussi mûri.

Quoique…

 

Décapant.

C’est le qualificatif qui vient en tête à la vision du film : McFarlane propose un film comique exclusivement adulte, où second degré et recul sont aussi présents que le bon vieux premier degré, avec flatulences inévitables.
Mark Wahlberg sort alors de ses rôles habituels un tantinet proprets qu’on lui connaît pour interpréter ce John Bennett qui est plus ou moins un raté : un gros nase qui n’a pas grandi et n’en a pas vraiment l’intention.

Mais la cohabitation (presque 30 ans) avec un nounours, même parlant, n’encourage pas à grandir.

C’est donc une vie d’insouciance, de bières et de joints qui commence à poser problème : John et Ted doivent se séparer.

 

Bien sûr, cette séparation se fera, non sans avoir auparavant décliné les différentes situations quotidiennes impliquant ce compagnon de plus en plus encombrant : défonce du matin, vie sexuelle débridée (sans pénis ce qui rend l’exploit encore plus intéressant…) avec des partenaires plus ou moins recommandables… Bref, c’est un fléau qui empêche toute relation adulte ainsi que toute évolution indispensable pour un personnage de fiction (1).

Mais cela va changer – heureusement pour nous et quand même aussi pour nos héros – avec l’intervention de personnages qui vont ajouter au délire général qu’est ce film.

Nous rencontrons un père (Giovanni Ribisi) et son fils (Aedin Mincks)  névrosés qui veulent adopter Ted, un fils à papa bien lourd (Joel McHale) qui veut coucher avec Lori, un responsable de supérette au raisonnement singulier, sans oublier la présence de Sam J. « Flash Gordon » Jones (dans son propre rôle, jusqu’à un certain point), John et Ted étant des admirateurs inconditionnels du film de Mike Hodges.

 

Bref, ça fume, ça boit, ça jure, ça copule et même ça pète : tout ce que la censure veille à éliminer dan notre société qui se veut aseptisée et « politiquement correcte » comme on disait autrefois.

Rien que pour ça, Ted est un film à voir !

 

PS : je vous passe les (très) nombreuses références distillée à longueur de film qu’elles soient télévisuelles, musicales ou bien sûr cinématographiques. Vous les trouverez facilement sur le net.

 

(1) Vladimir Propp appelle ça la « transfiguration » du héros (Morphologie du Conte, 1928)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Steven Spielberg
Attrape-moi si tu peux (Catch me if you can - Steven Spielberg, 2002)

Frank Abagnale Jr. (Leonardo DiCaprio) est pilote de ligne.

Ou médecin.

A moins que ce soit avocat.

Toujours est-il qu’une chose est sure : Frank Abagnale Jr. est un escroc notoire aux Etats-Unis, après avoir usurpé plusieurs fausses identités (et les professions qui vont avec) et détourné quelques millions de dollars. Et tout ça avant l’âge de 20 ans…

 

« D’après une histoire vraie »…

Il y a toujours un côté jouissif quand on lit ces quelques mots d’introduction à un film : surtout quand les faits racontés sont d’aussi haute volée.

Certes, les choses ne se sont pas passées exactement comme ça, mais tout de même : quel numéro !

Il faut dire qu’il a de qui tenir : son père, Frank Abagnale Sr. (Christopher Walken) a lui aussi un côté embobineur très marqué mâtiné d’une propension au mensonge.

Pas étonnant alors que Frank Jr. tourne ainsi.

Tout commence avec l’usurpation d’un professeur remplaçant de français en 1963 (il a alors 15 ans) et se termine 6 ans plus tard, en France, avec son extradition.

C’est d’ailleurs cette extradition qui introduit ces six années, le reste n’est qu’un long flashback qui met aux prises Frank avec Carl Hanratty (Tom Hanks), agent du FBI.

 

Il est clair que Frank est un personnage de Spielberg à part entière : tout comme Roy Neary (Rencontres du 3ème Type) ou Ray Ferrier (La Guerre des mondes), Frank est un grand gamin. Mais à l’inverse de ses deux aînés, quand commencent ses exploits, il n’a que 15 ans ! Il est un grand ado sans cesse dans une fuite en avant : fuite de sa famille, fuite de sa condition, mais surtout fuite de ses responsabilités.

La fuite de sa famille s’explique surtout par un divorce qui le met pour la première fois face à ses responsabilités : il doit choisir entre ses deux parents celui qui l’accueillera. Ce choix lourd et d’une certaine manière inhumain va conditionner les six années qui vont suivre, cette fuite en avant perpétuelle et fatigante qui l’amènera dans une prison de Marseille, en décembre 1969.

La fuite de sa condition s’explique tout d’abord par le manque d’argent et l’audace : fauché il va commencer à usurper les fonctions lucratives avec un opportunisme qui force le respect, s’appuyant sur le personnel – essentiellement féminin – en reprenant la technique de séduction de son père (encore lui).

Mais cette fuite est avant tout une fuite de ses responsabilités, qui va culminer quand le FBI va se rapprocher un petit peu trop de lui. Frank se rend compte que ce qu’il a fait pendant toutes ces années a des conséquences : on ne peut narguer les autorités impunément.

 

Bien sûr, les acteurs sont impeccables – pouvait-on attendre autre chose ? – et le duel à distance entre Leonardo DiCaprio et Tom Hanks est très réjouissant, leurs différences de caractères et de fonctions auxquelles s’ajoutent le thème récurrent de la vérité est très savoureux.

Bref, si ce n’est peut-être pas le meilleur film de Spielberg, c’en est tout de même un bien sympathique qui nous est proposé ici. On s’amuse autant que Frank le fait au début et on prend vite fait et cause avec ce personnage tout de même haut en couleur dont la maxime dantonnienne (dantonnesque ?) semble faite pour lui : « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! »

 

Je ne terminerai pas sans mentionner le générique animé qui présente les différents participants du film : à l’instar d’une ouverture d’opéra, on y trouve un résumé de l’intrigue du film dans lequel on identifie clairement les deux principaux protagonistes : Frank et Carl. On assiste déjà à la poursuite de l’un par l’autre jusqu’à l’imminence de l’arrestation : là encore, on ne sait pas (encore) s’il sera arrêté. Ce qui est un peu normal aussi puisque le titre indique « si tu peux » !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Alfred E. Green, #Jack Pickford
The Man who had everything (Alfred E. Green, 1920)

Harry (Jack Pickford) est un riche héritier qui préfère la fête au travail, au grand dam de son père, l’autoritaire Mark Bullway (Lionel Belmore). Bref, c’est un bon à rien qui devient de plus en plus embarrassant pour son géniteur : que faire d’un tel énergumène ?

La réponse viendra d’un aveugle (Alec B. Francis), rencontré par hasard, et qui va lancer une malédiction contre ce jeune homme trop gâté et qui manque cruellement de savoir-vivre (1) : qu’il ait tout ce qu’il désire.

Le vieux Bullway le prend au mot : Harry aura tout ce qu’il désire.

 

Nous sommes dans la fin de la carrière cinématographique de Jack Pickford qui, tout comme Harry, préfère la fête au travail : il s’agit du premier de ses quinze derniers films (sur 137 qu’il a tourné depuis 1909 !) qui s’étaleront jusqu’en 1928.

Bien sûr, l’analogie s’arrête là, mais on peut regretter tout de même un tel gâchis de talent. Certes, il est difficile de s’appeler Pickford avec une sœur comme la sienne, mais tout de même… (2)

Quoi qu’il en soit, on suit avec plaisir les tribulations de ce jeune homme malgré tout sympathique, et les différents interprètes donnent une performance très honnête qui, additionnée à la maîtrise d’Alfred E. Green, font de ce film un produit de bonne facture, même si l’intrigue est un tantinet convenue : très morale et bien sûr, l’expérience va réussir.


Ce qui fait le succès du film, c’est bien sûr le jeu d’acteurs ainsi que le montage qui donne le rythme mais suit aussi le mode de pensée des différents protagonistes : on a plusieurs rappels de la malédiction de l’aveugle mais on assiste aussi au cheminement de pensée des deux Bullway, et surtout celui d’Harry : l’insert de plans de coupe rappelant ses derniers « avantages » obtenus mâtiné d’un rebondissement de l’intrigue (3) illustre très bien cet aspect.

C’est donc du sur mesure pour Jack Pickford, mais on a plaisir à retrouver les vétérans Lionel Belmore et (surtout) Alec B. Francis dans le rôle indispensable du Destin : c’est lui qui va amener la quête de Harry qui va donc se réformer et devenir un type bien : vous avez dit « rédemption » ?

 

Par contre, question actrice, c’est un peu plus limité : deux femmes se partagent Harry, chacune étant l’antithèse de l’autre.

D’un côté la vertueuse Prue Winn (Priscilla Bonner), secrétaire de Mark Bullway et amoureuse transie de l’insouciant Harry ; de l’autre la méchante et calculatrice Leonore Pennell (Shannon Day), qui joue sur deux tableaux : elle a déjà un fiancé, mais l’argent des Bullway est tout de même bien attirant.

Ce dernier rôle est un tantinet outré mais la belle Shannon Day possède les qualités et le charisme pour interpréter cette tentatrice.

 

Bref, un « petit » film – quand on le compare à d’autres productions de cette même année 1920, mais qui possède tout de même son charme et on remarquera la présence dans le département des décors d’un jeune homme (27 ans quand le film sort) qui ira loin dans ce domaine : Cedric Gibbons. Il s’agit ici de son quatrième film, alors qu’il n’a commencé que l’année précédente.

 

  1. Alors qu’il s’apprête à traverser la rue, la voiture des Bullway manque de l’écraser : Harry reproche alors à ce piéton imprudent de ne pas regarder où il met les pieds.
  2. Autre facteur de sa déchéance ? Alors que le film sort (en octobre), son épouse, Olive Thomas vient de mourir le mois précédent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Edward Zwick
Blood Diamond (Edward Zwick, 2006)

Alors que Bill Clinton tente de se dépêtrer du « Monica Gate » (1999), la Sierra Leone vit une guerre civile sanglante (1991-2002), où les armes des rebelles sont financées par les diamants extraits du sol, extraits par des travailleurs qui ressemblent plutôt à des esclaves, sur lesquels les gardiens ont droit de vie et de mort.

Solomon Vandy (Djimon « Cinqué » Hounsou, formidable) se retrouve dans une de ces « mines », suite au raid meurtrier des RUF (Revolutionnary United Front) sur son village : esseulé, il va chercher des diamants pendant que sa famille s’exile et que son fils Dia (Kagiso Kuypers) est enrôlé dans les soldats de la Révolution.

 

Les différents films d’Edward Zwick traitent tous de l’engagement, et ce film ne fait certainement pas exception. Pourtant, Solomon n’est pas quelqu’un d’engagé : au contraire, il vit à l’écart, dans un village de pêcheurs, et encourage son fils à devenir autre chose : docteur, par exemple. Mais comme expliqué plus haut, l’engagement va le rattraper, ou tout du moins son fils qui va devenir un de ces enfants-soldats, tueurs shootés aux drogues dures, victimes d’un lavage de cerveau indispensable pour effectuer la tâche mortelle qui leur est assignée.

Mais si son fils peut être considéré comme un « malgré lui », Solomon ne s’engagera à aucun moment dans ce conflit fratricide, subissant la violence tout comme la majorité de la population de Sierra Leone.

 

Autre personnage engagé un peu malgré lui : Danny Archer (Leonardo DiCaprio, toujours  aussi bon).

Mais si Solomon est un personnage monobloc, Archer est un protagoniste complexe de cette intrigue terrible. En effet, son engagement remonte à l’âge de 19 ans quand il rejoint le colonel Coetzee (Arnold Volsloo) et ses mercenaires qui « font le ménage » en Afrique, au gré des gouvernements et des révolutions. Cet engagement précoce va justifier l’aptitude à survivre d’Archer à travers le conflit sierraléonais, et surtout les différentes séquences de violence du film.

Mais c’est la rencontre avec la journaliste Maddy Bowen (Jennifer Connelly, impeccable elle aussi) qui va modifier peu à peu son état d’esprit, passant du soldat mercenaire à la recherche de diamants à celui de soldat engagé pour une cause : celle de Solomon et à travers lui celle de ce pays ensanglanté.

 

Il faut dire que le personnage de Maddy Bowen est l’un des éléments-clés de l’intrigue, montrant qu’une autre voie est possible : on peut arriver à un résultat encore plus significatif ans pour autant utiliser les armes conventionnelles. Un stylo (1) et un appareil photo peuvent faire au moins autant de dégâts sinon plus qu’une kalachnikov.

Mais le véritable révélateur, c’est l’instituteur (Basil Wallace) qu’ils rencontrent. Benjamin Kapanay est lui aussi un homme engagé de par sa fonction et aussi les élèves qu’il sauve et enseigne : les amputés de la vie (et par le RUF, qui reprend à son compte une pratique coloniale instituée par le roi des Belges Léopold II).

 

Zwick décrit donc le processus qui va amener les engagements successifs de ses personnages essentiellement adultes tout en menant en parallèle celui de Dia et de ses congénères enfants. Et si les différentes séquences qui voient le RUF investir les villages et tuer les populations sont d’une grande violence, le parcours de ces enfants soldats est encore plus insupportable : outre le lavage de cerveau, la première exécution que Dia va effectuer est des plus traumatiques : elle va expliquer la rencontre – inévitable – avec son père venu le chercher et l’enlever de cet environnement mortifère.

 

Encore une fois, Edward Zwick nous propose un film choc où la violence n’est aucunement édulcorée (2), et la réalité aucunement occultée : on y suit les différents rouages d’un trafic international qui prend ses racines dans la vie et surtout la mort de femmes et d’hommes. Cela va de l’extraction dans des conditions terribles jusqu’à l’hypocrisie de la maison Van de Kaap qui régule le marché mondial du diamant et qui finance en sous-main ce trafic qu’elle est censée dénoncer – ce qu’elle fait bien sûr.

 

Bref, un film choc où les personnages ne sont pas les seuls engagés : dénoncer ces pratiques est aussi un engagement.

 

  1. En anglais, prendre une photo se dit aussi shoot, comme tirer pour une arme.
  2. Même si nous sommes au cinéma, et que par conséquent ce que nous voyons n’est pas « pour de vrai ».

 

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